Le Brun de Charmettes  : Histoire de Jeanne d’Arc (1817)

Tome 4 : Livre XIII

149Livre XIII
Depuis le premier jugement, jusqu’à la mort de la Pucelle.

La Pucelle en habit de religieuse, écoutant sa sentence de mort.

Soit que leurs intérêts les appelassent ailleurs, soit que le séjour de Rouen leur fût devenu odieux, et que leur conscience souffrît trop de l’obligation qu’on leur avait imposée de prendre part à une procédure aussi monstrueusement inique, plusieurs assesseurs s’empressèrent, à cette époque, de s’éloigner du théâtre de tant de crimes. Jean Fabry, le même qui avait pris avec tant de courage la défense de Jeanne dans l’une des séances du procès, cessa du moins d’y figurer à compter du 24 mai3401. Jean Beaupère partit le lundi suivant pour le concile de Bâle, où il était envoyé par l’Université de Paris3402 ; son secrétaire Jean Monnet l’y accompagna3403.

On a prétendu que les Français avaient tout-à-fait oublié leur libératrice ; on leur a reproché de n’avoir fait aucun effort pour l’arracher à ses 150bourreaux. Cette accusation serait terrible si elle était fondée ; mais on va voir qu’elle ne l’est pas entièrement. Précisément à cette époque,

plusieurs cappitaines et gens d’armes (français) se assemblèrent en la ville de Beauvais, où estoient messire Regnaut de Chartres, archevesque de Reims et chancelier de France, et monseigneur de Saincte Severe et de Boussac, mareschal de France, lesquelz estoient deliberez d’aller à Rouen avec un petit bergier, enfant, qui disoit que Dieu l’avait envoyé pour les y bouter3404, et on le tenoit pour fol3405.

Le bourgeois de Paris le traite encore plus mal dans sa chronique écrite jour par jour.

Et entre les autres, (dit-il), avoit ung meschant nommé Guillaume le Berger, qui faisoit les gens ydolastrer en luy, et se chevaulchoit de costé, et monstroit de foys en autres ses mains et piez et son costé, et estoient tachez de sang comme saint François.

N’est-il pas naturel de penser que le désir de délivrer Jeanne d’Arc déterminait principalement les guerriers de France à tenter cette entreprise ? Il faut souvent suppléer à ce qu’omettent les historiens de ce siècle, 151assez peu attentifs à indiquer les causes des événements.

Le fameux Poton de Xaintrailles, l’un des compagnons d’armes de Jeanne d’Arc, était de cette aventureuse expédition3406, qui ne tendait pas à moins qu’à s’emparer par surprise de la capitale de la Normandie, de la personne du roi anglais, du régent, et de tout son conseil.

Un concours de circonstances imprévue fit échouer ce grand projet.

Les guerriers de l’expédition avaient arrêté de partir le lendemain dès le point du jour3407. Précisément la veille, le régent anglais, appelé à Paris par les affaires de son gouvernement, quitta Rouen, et se mit en route vers la capitale. Un parti français, averti de ce voyage, se mit en embuscade auprès de Mantes, où le régent se proposait de passer, et se serait emparé de sa personne si,

comme bien advisé, il ne se fût hâté de repasser la rivière, laissant ses gens tenir pié à leurs ennemys, tant que de touttes parts en demoura plus (sur le champ de bataille) que mestier ne fut.

Cependant le régent continua sa route en grande précipitation,

et vint jour et nuyt tant qu’il fut à Paris, [où 152il entra] par la porte Saint Jacques le jour Saint Dominique, [et] celle année fut la Saint Dominique au dimanche3408.

Peut-être ce parti français avait-il cherché, en s’emparant du régent anglais, à forcer les Anglais à respecter les jours de la Pucelle.

La nouvelle du danger que le régent avait couru ne tarda pas à se répandre ; et comme les choses grossissent toujours en passant de bouche en bouche, on alla jusqu’à dire qu’il était tombé dans les mains des Français. Ce bruit parvint jusqu’au camp que les Anglais avaient établi devant Louviers, et y répandit une vive inquiétude3409. Un grand nombre de guerriers en partit précipitamment pour aller au secours du régent3410, sous la conduite du comte d’Arundel3411, du comte de Warwick, du comte de Suffolk3412 et du célèbre Talbot3413, laissant à deux ou trois capitaines le gouvernement du siège3414. Leur troupe montait à deux mille combattants3415.

Arrivés aux environs de Mantes, ils apprirent que le régent avait échappé aux Français3416. Ils ne voulurent pas s’être assemblés inutilement en 153si grand nombre, et surtout rentrer au camp sans s’être enrichis par quelque fait d’armes.

Si s’enhardirent, [et formèrent le dessein d’aller se mettre en embuscade aux environs de Beauvais3417, où ils savaient sans doute que le chancelier de France, le maréchal de Sainte-Sévère et quelques autres chefs de guerre de l’armée française venaient de se réunir.] Si chevaucherent à leurs journées, tant qu’ilz vindrent à Nully près de Beauvais3418.

Une partie resta à Nully, le reste alla se mettre en embuscade plus près de Beauvais3419.

Le comte d’Arundel, qui, à ce qu’il semble, avait le principal commandement du corps d’armée anglais, envoya des coureurs jusque sous les murs de la ville3420.

Les Français, qui étaient au nombre d’environ mille hommes, sortirent de la ville avec plusieurs habitants, et se mirent à la poursuite des coureurs anglais3421.

Arrivés à environ une lieue de la ville3422, les Français virent s’avancer à eux la moitié du corps d’armée ennemi. Les Anglais

les assaillirent 154moult asprement, et eulx se deffendirent moult bien3423.

Malgré l’infériorité de leur nombre, ils auraient peut-être remporté la victoire, quand

soubdainement vindrent saillir d’une vallée et les surprendre ce conte d’Arondel avec ses gens3424.

Se voyant attaqués à la fois par-devant et par-derrière, les Français commencèrent à se troubler3425. Le maréchal de Sainte-Sévère leur représenta

qu’il estoit necessite de se mectre en bataille et ordonnance3426

de manière à tenir tête à cette double attaque, et il fut convenu que le maréchal chargerait les ennemis d’un côté, tandis que Xaintrailles les chargerait de l’autre3427. Cette nouvelle disposition ne put s’exécuter sans quelque confusion ; plusieurs chefs hésitaient encore sur le parti qu’il y avait à prendre ; pendant ce temps les Anglais de l’embuscade

approucherent tousjours, et sans marchander, ilz donnèrent sur les Françoys3428.

[Cependant] les Françoys coucherent leurs lances pour frapper sur eulx, et ledit Poton frappa d’un costé, cuydant que le mareschal 155frappast d’ung autre : lequel mareschal et sa puissance (on ne sait de quelle manière) retourna à Beauvais3429.

Ou les Anglais s’ouvrirent pour le laisser passer, afin d’affaiblir d’autant les Français, ou il se fit un passage l’épée à la main, ou il se jeta de côté dans quelque chemin détourné.

Poton de Xaintrailles, suivi seulement de vingt-cinq lances, se jeta au milieu du corps qu’il avait en tête ; accablés par le nombre, la plupart de ses compagnons périrent : lui-même fut obligé de se rendre, et ce fut à Talbot qu’il remit son épée3430. Talbot n’avait pas oublié qu’il avait été prisonnier de Xaintrailles à la bataille de Patay3431, et lui avait dû sa liberté. Il ne fut pas moins généreux à l’égard du héros français ; mais il paraît qu’il était nécessaire d’obtenir l’agrément du roi anglais, car Xaintrailles fut conduit à Rouen3432. Il n’est pas impossible, quoiqu’il n’en soit pas fait mention dans les histoires du temps, que ce chevalier ait obtenu de voir la Pucelle pendant son séjour à dans cette ville. Comme prisonnier de guerre, à moins d’une exception toute particulière, il dut même habiter le château où elle était retenue.

156Si cette infortunée avait pu dissimuler et attendre les événements, elle aurait peut-être évité le sort qui la menaçait, ou du moins jeté ses persécuteurs dans un grand embarras3433. Mais il était presque impossible que dans l’affreuse situation où on l’avait placée, le désespoir ne s’emparât point de son âme, et ne produisît pas les tristes résultats qui me restent à raconter.

(25 et 26 mai 1431) Jeanne remplit exactement le vendredi et le samedi les obligations qui lui étaient imposées. Cependant, ces jours-là même, elle manifesta le regret de s’y être soumise. Richard de Bronchot ou de Grouchet raconte à ce sujet, que Pierre Morice alla la voir, et l’engagea à persister dans le bon parti qu’elle avait pris ; que les Anglais furent très-mécontents de ce conseil, et qu’il avait été en grand péril d’être assommé à coups de bâtons. C’est de Pierre Morice même que le témoin tenait ces particularités3434. Jean Beaupère rapporte que,

après telle abjuracion, et qu’elle eut son habit de femme, qu’elle receut en ladite prison, le vendredy ou samedy d’après fut rapporté ausditz juges que ladite Jehanne se repentait aucunement d’avoir laissé l’habit 157d’homme et prins l’habit de femme. Et pour ce, M. de Beauvais, juge, envoya celluy qui parle et messire Nicole Midy en espérance de parler à ladite Jehanne, pour l’induire et l’admonester qu’elle perseverast et continuast le bon propos qu’elle avoit eu en l’eschaffault, et qu’elle se donnast de garde qu’elle ne rencheust.

(L’évêque de Beauvais agissait-il alors de bonne foi dans le désir et l’espoir de sauver la Pucelle, ou ne voulait-il que disposer les esprits à l’événement qui se préparait, et se mettre lui-même, en apparence, à l’abri de tout reproche ?)

Mais ne peurent iceulx trouver celluy qui avoit la clef de la prison. Et ainsi qu’ilz attendoient le garde d’icelle prison, furent par aucuns Angloys estans en la cour dudit chasteau dittes parolles comminatoires (menaçantes) comme rapporta ledit Midy audit parlant ; c’est assavoir, que, qui les gecteroit tous deux dans la rivière, il seroit bien employé. Pour quoy, icelles parolles oyes (entendues), s’en retournerent ; et sur le pont dudit chasteau oyt (entendit) ledit Midy, comme il le rapporta audit parlant, semblables parolles, ou près d’icelles, par autres Angloys prononcées. Par quoy les dessusditz furent espouvantez, et s’en vindrent, sans parler à icelle Jehanne3435.

158(27 mai) Le lendemain dimanche, fête de la Sainte-Trinité, l’évêque de Beauvais et le comte de Warwick mandèrent3436

les maistres (les assesseurs), notaires, et autres qui s’entremectoient du procez, et leur fut dit qu’elle avait reprins son habit d’homme et qu’elle estoit rencheue3437.

On leur ordonna ensuite de se rendre au château dans l’après-dîner pour se convaincre par leurs yeux de la vérité de ce rapport3438. Ils obéirent. Il paraît que l’évêque de Beauvais leur avait promis de s’y rendre de son côté, et qu’il leur était enjoint de l’attendre, s’ils arrivaient avant lui ; car

en l’absence dudit M. de Beauvais3439, eux étant dans la cour dudit château3440, arrivèrent sur eulx quatrevingt ou cent Angloys ou environ, lesquelz s’adresserent à eulx […] en leur disant que entre eulx, gens d’Eglise, estoient tous faulx traistres, Armagneaux, et faulx conseillers3441.

Ils menacèrent même de leurs armes Guillaume Manchon et ses compagnons, leur reprochant de s’être mal conduits dans le procès3442.

Par quoy 159à grant peine peurent évader et yssir hors du chasteau, et ne feirent riens par icelle journée3443.

L’appariteur Jean Massieu, qui se rendait probablement à la prison d’après la même injonction,

les rencontra auprès du chasteau moult esbahiz et espaourez ; et disoient que moult furieusement avaient esté reboutez par les Angloys à haches et glaives, et apellez traistres, et plusieurs autres injures3444.

Guillaume Manchon

croit qu’ils étaient irrités de ce que, lors de sa première prédication et sentence, elle n’avait pas été brûlée3445.

Quelques-uns des assesseurs furent cependant admis, ce jour-là, dans l’intérieur de la prison.

Ce jour, fête de la Sainte-Trinité, furent mandés plusieurs pour qu’ils la vissent en cet état, auxquels elle disait telles excuses. Entre lesquels fut maître André Marguerie, qui fut en grand péril ; car comme il disait : Il serait bon de s’enquérir d’elle pour quelle cause elle a repris l’habit d’homme3446 ; quelqu’un lui cria : Taisez-vous ; au nom du diable3447 ! et un 160Anglais leva une hache qu’il tenait à la main, et voulut en frapper ledit André Marguerie ; et alors ledit maître André et plusieurs autres, frappés de terreur, s’en allèrent3448.

Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume, fut le seul des notaires qui parvint à entrer dans la chambre de Jeanne. Il rapporte qu’il l’y trouva revêtue d’habits d’homme.

Et fut interrogée, (dit-il), pourquoi elle avait repris cet habit ? laquelle dit quelques excusations qui sont contenues au procès3449.

Il s’éleva alors un grand tumulte3450. On entendit l’évêque de Beauvais et plusieurs Anglais, nommément le comte de Warwick, se réjouir hautement de cet événement, et s’écrier avec une joie barbare :

— Elle est prise3451.

Boys-Guillaume

croit plutôt qu’à ce faire fut induite ; car quelques-uns de ceux qui s’entremirent dans le procès faisaient grand applaudissement et réjouissance de ce qu’elle avait repris cet habit. Néanmoins plusieurs notables hommes en gémissaient, entre lesquels étaient maître Pierre Morice, qui s’en affligeait fort, et plusieurs autres3452.

161(Lundi 28 mai) Les juges, c’est-à-dire l’évêque de Beauvais et le vice-inquisiteur, se rendirent le lendemain à la prison, accompagnés de huit assesseurs. Ils entrèrent en conversation avec la Pucelle, et ils ne lui firent point prêter serment de dire la vérité3453 ; ils la laissèrent par là autorisée à penser qu’elle n’était pas en cours d’instruction d’un procès criminel.

Ils lui demandèrent d’abord pourquoi elle était revêtue d’un habit d’homme ? et elle leur répondit, selon le procès-verbal, que dès la veille elle avait quitté celui de femme et repris celui-ci. On insista pour en savoir la raison. Elle se contenta d’assurer que c’était de son plein gré, sans que personne l’y eût portée, parce qu’elle aimait mieux ce vêtement que celui de son sexe3454.

On lui représenta aussitôt qu’elle avait promis et juré de ne plus porter l’habit d’homme. Elle assura qu’elle n’avait pas compris qu’on lui faisait jurer de ne le reprendre jamais3455.

Les juges insistèrent encore pour savoir le motif de ce changement.

— C’est, répondit-elle, que cette manière de m’habiller me paraît plus honnête et plus convenable qu’un vêtement de femme, tant que je serai gardée par des hommes. Au surplus, je ne l’ai pris que parce qu’on ne me tient pas ce qu’on m’avait promis, savoir 162de me laisser aller à la messe, de recevoir le corps de Jésus-Christ, et de ne plus me retenir dans les ceps et les chaînes de fer3456.

Les juges, sans nier la justice du reproche qu’elle leur faisait, lui représentèrent de nouveau qu’elle avait promis et fait serment de ne plus reprendre cet habit. Le désespoir qu’elle portait dans son cœur lui arracha alors ces paroles :

— J’aime mieux mourir que de rester dans les chaînes ; mais si l’on me permet d’aller à la messe, si l’on ne me tient plus enchaînée, si l’on me donne une prison plus douce (carcer graciosus), je serai bonne, je ferai tout ce que voudra l’Église (quod esset bona et faceret illud quod voluerit Ecclesia)3457.

De si tristes réponses, s’il est vrai que Jeanne ait tenu ce langage, devaient faire rougir les juges et les assesseurs. Elles contenaient des motifs de conduite digne d’être pesés ; et l’offre qu’elle faisait de se soumettre à des conditions si raisonnables que l’humanité aurait dû lui épargner la nécessité de les réclamer, ôtait aux juges tout moyen de la condamner ; car elle ne parlait plus ni de ses apparitions ni de ses révélations.

Il est évident que l’évêque de Beauvais voulait absolument la perdre. Quittant tout à coup l’objet dont il s’était agi jusqu’alors, il lui dit qu’il 163avait appris qu’elle tenait encore aux illusions auxquelles elle avait renoncé3458. Est-il donc permis d’interroger ainsi la pensée intérieure des hommes ?

Reprenant ensuite le cours de ses questions, il demanda à Jeanne si depuis le jeudi précédent (jour de la prétendue abjuration), elle avait entendu les voix des deux saintes, Catherine et Marguerite. Au lieu de dissimuler, Jeanne répondit avec une franchise qui lui coûta la vie, que cela était vrai (quod sic).

— Que vous ont-elles dit, reprirent les juges ?

— Dieu m’a fait connaître par ces deux saintes la grande pitié de cette grande expédition, dans laquelle j’ai consenti à faire abjuration pour sauver ma vie. Avant jeudi dernier elles m’avaient avertie que j’en agirais ainsi, et que je ferais ce que j’ai fait. Lorsque j’étais sur l’échafaud, elles m’ont dit de répondre hardiment à celui qui prêchait, et je dis que c’est un faux prédicateur, parce qu’il m’a accusée d’avoir fait des choses que je n’ai jamais faites3459. — Depuis jeudi les deux saintes m’ont déclaré que j’avais fait une grande faute (magnam injuriam). Enfin, tout ce que j’ai dit et fait depuis 164 jeudi dernier, je ne l’ai fait que par la crainte du feu3460.

Sans s’arrêter à ces déclarations, qui ne suffisaient pas encore, les juges lui demandèrent si elle croyait que les voix qui lui avaient apparu, fussent sainte Catherine et sainte Marguerite ? Elle répondit que oui. Si elle croyait qu’elles vinssent de la part de Dieu ? Elle répondit encore affirmativement (quod sic, et quod sunt a Deo)3461.

Si elle avait été suffisamment instruite, elle aurait répondu qu’elle le croyait ainsi, à moins que, sur son appel au Pape, il n’en fût autrement décidé, et les juges n’auraient pas osé la condamner. Il était donc dangereux pour eux de soutenir la conversation avec elle, parce que l’équivalent de cette réponse pouvait lui venir à l’esprit et s’échapper de sa bouche.

Aussi l’évêque passa-t-il sur-le-champ à un autre objet ; il l’interpella de lui déclarer la vérité sur le signe de la couronne donnée à Charles VII par un ange.

— J’ai toujours répondu la vérité dans le procès, dit-elle, telle que je l’ai sue3462.

Alors les juges lui représentèrent en très-peu de mots, qu’étant sur l’échafaud elle avait abjuré en leur présence, devant un grand nombre d’ecclésiastiques et au vu de tout le peuple, et qu’elle 165avait déclaré qu’elle s’était vantée faussement que c’étaient les voix de ces deux saintes qui lui parlaient.

Jeanne reprit la parole et leur dit :

— C’est ce que je ne croyais ni dire ni faire ; je n’ai point entendu révoquer ces apparitions, ni dire que ce n’étaient point les voix de ces deux saintes qui me parlaient, et tout ce que j’ai fait, ce n’a été que par la crainte du feu. C’est contre la vérité que j’ai révoqué tout ce que j’ai pu révoquer. J’aime mieux faire ma pénitence tout d’un coup, que de souffrir plus longtemps tout ce que je souffre en prison. Au surplus, je n’ai jamais rien dit ni rien fait contre Dieu et contre la foi, quelque chose qu’on m’ait ordonné de révoquer. Je ne comprends pas ce qu’il y avait dans la cédule d’abjuration, et je n’ai rien révoqué que dans la supposition que cette révocation plairait à Dieu. Enfin, si les juges le veulent, je reprendrai l’habit de femme ; mais je ne ferai rien autre chose3463.

Les juges terminèrent là cet entretien, dans la crainte apparemment que Jeanne ne vint à changer quelque chose à ce qu’elle venait de dire ; et, sans lui faire aucune représentation, sans lui déclarer que la tenant pour relapse, ils allaient 166la remettre en jugement, ils terminèrent promptement leur procès-verbal par ces paroles :

Ce qu’ayant entendu, nous nous sommes retirés pour procéder ultérieurement (his auditis, ab ea discessimus ulterius processuri)3464 ;

expressions dont il est même à croire qu’ils ne lui donnèrent aucune connaissance.

Tel est le récit contenu dans les grosses du procès, rédigées sous les yeux des juges. Les passages suivants, tirés des dépositions, prouveront jusqu’à quel point ce récit est inexact et quelquefois infidèle.

On y fait dire à Jeanne d’Arc (et cette déclaration importait singulièrement au succès du complot), que c’était de son plein gré, sans que personne l’y eût portée, qu’elle avait repris l’habit d’homme, et parce qu’elle aimait mieux ce vêtement que celui de son sexe.

Maître Thomas de Courcelles, docteur peu favorable à Jeanne d’Arc, rapporte cependant qu’elle répondit qu’elle avait repris cet habit, parce qu’il lui semblait plus convenable de porter un habit d’homme au milieu des hommes, qu’un habit de femme3465.

Guillaume Manchon entre dans de plus grands détails.

Et le lendemain, (dit-il dans sa déposition 167française), fut mandé celluy qui parle, lequel respondit qu’il n’iroit point s’il n’avoit seureté, pour la paour qu’il avoit eue le jour de devant. Et n’y fust point retourné, ce n’eust esté ung des gens de M. de Warwic, qui luy fust envoyé pour seureté.

Et dans une de ses dépositions latines :

Le lundi, par lesdits évêque et comte mandé, alla à ce château, dans lequel il n’aurait jamais osé entrer, pour la frayeur qui avait été faite précédemment à lui et à ses compagnons, s’il n’avait eu sécurité dudit comte de Warwick, qui conduisit celui qui parle jusqu’au lieu de la prison. Et là trouva les juges dans la prison, et quelques autres en petit nombre, et en la présence de celui qui parle fut interrogée (ladite Jeanne) pour quelle cause elle avait repris cet habit d’homme ? Laquelle répondit que c’était pour la défense de sa pudicité, car elle n’était pas en sûreté en habit de femme avec ses gardes, qui avaient voulu attenter à sa pudeur, ce dont elle s’était plusieurs fois plainte auxdits évêque et comte (explication supprimée au procès-verbal) ; et que lesdits juges lui avaient promis qu’elle serait dans les mains et prison de l’Église, et qu’elle aurait avec soi une femme. Disant en outre que s’il plaisait auxdits juges de la mettre en lieu sûr (in loco tuto, expression changée dans le procès-verbal en celle de prison agréable, carcer graciosus), dans lequel elle n’eût rien à 168craindre, elle était prête à reprendre l’habit de femme. […] Quant aux autres choses qu’on lui disait par elle abjurées, elle répondait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans ladite abjuration, et que tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par la crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec son chariot3466.

Ce récit contient de terribles inculpations contre les juges : eh bien ! Guillaume Manchon n’a pas encore tout dit.

Frère Isambard de la Pierre

dit et dépose que, après qu’elle eust renoncé et abjuré, et reprins habit d’homme, luy et plusieurs autres furent presens quant ladicte Jehanne s’excusoit de ce que elle avoit revestu habit d’homme, en disant et affermant publiquement que les Angloys luy avoient faict ou faict faire en la prison beaucoup de tort et de violence, quant elle estoit vestue d’habits de femme. Et de fait, la vit esplourée, son viaire (visage) plain de larmes, desfiguré et oultraigié en telle sorte, que celluy qui parle en eut pitié et compassion3467.

Frère Martin Ladvenu

dépose que la simple Pucelle luy révéla que, après son abjuracion et renonciacion, on l’avoit tourmentée violentement 169en la prison, molestée, bastue et deschoullée (peut-être désolée) ; et qu’un millourt d’Angleterre l’avoit voulu forcer3468. Et disoit publicquement que cela estoit la cause pourquoy elle avoit reprins habit d’homme3469.

Il paraît cependant que, fidèle au seul engagement qu’elle croyait avoir pris, Jeanne avait résisté à toutes ces manœuvres, dirigées évidemment dans le but de l’y faire manquer, et qu’il fallut, pour la déterminer à reprendre son habit d’homme, la mettre dans l’impossibilité absolue de faire autrement. Voici ce que raconte, à ce sujet, l’appariteur Jean Massieu.

Et quant vint le dimanche matin ensuivant, qu’il estoit jour de la Trinité, qu’elle se deust lever, comme elle rapporta et dit à celluy qui parle, demanda à iceulx Angloys ses gardes : Defferrez-moy, si me leveray. Et lors un d’iceulx Angloys luy osta ses habillemens de femme, que avoit sus elle (c’est-à-dire sur son lit), et vuiderent le sac oùquel estoit l’habit d’homme, et ledit habit jecterent sur elle, en luy disant : 170Lieve toy ! et mucerent (cachèrent) l’habit de femme oùdit sac. Et, ad ce qu’elle disoit, elle se vestit de l’habit d’homme qu’ilz luy avoient baillé, en disant : Messieurs, vous savez qu’il m’est deffendu ; sans faulte, je ne le prendray point ; et neantmoins ne luy en voulurent bailler d’aultre. En tant qu’en cest debat demoura jusques à l’heure de midy ; et finalement, pour necessité de corps, fut contraincte de yssir dehors et prendre ledit habit. Et après qu’elle fut retournée, ne luy en voulurent point bailler d’aultre, nonobstant quelque supplicacion ou requeste qu’elle en feit. Interrogué à quel jour elle leur dit ce qu’il depose de la relacion d’elle, dit, ce fut le mardy ensuivant, devant disner ; auquel jour le promoteur se despartit pour aller avec M. de Warwick ; et luy qui parle demoura seul avec elle, et incontinent demanda à ladicte Jehanne pourquoy elle avoit reprins ledit habit d’homme ; et elle luy dit et respondit ce que dessus est dit3470.

Dans une autre déposition, écrite en latin, Jean Massieu, moins bien ou mieux servi par sa mémoire, dit que Jeanne avait donné ces explications, dès le dimanche au soir, aux personnes mandées pour la voir en habit d’homme3471.

171Et les juges suppriment tous ces faits dans leurs procès-verbaux ! Mais qui pourrait s’en étonner ? Toute leur conduite ne révèle-t-elle pas la noirceur et la bassesse de leur âme ? C’était peu d’avoir attiré dans un piège exécrable l’innocente victime qu’ils avaient promise à la vengeance de l’Angleterre ; ils osaient publiquement triompher du succès de leur infâme complot ! Ils se paraient de leur opprobre, ils faisaient gloire du rôle d’assassins juridiques que leur avaient confié des étrangers, tyrans de leur patrie. Le lâche évêque de Beauvais,

sortissant de la prison, advisa le comte de Warwick et grant multitude d’Angloys entour luy, auxquieulx, en riant, dit à haulte voix intelligible : Farowelle ! farowelle (pour farewell, mot anglais qui signifie tenez-vous en joie) ! faictes bonne chiere ! il en est faict3472 !

Cette simple visite des juges à Jeanne d’Arc, tint lieu à ses persécuteurs de toutes les formes judiciaires. On ne trouve dans les grosses ni procès préparatoire instruit d’office, ni plainte rendue par le promoteur contre l’accusée comme étant retombée dans ses erreurs, ni nouvel interrogatoire, ni prestation de serment, ni signature, ni représentation, ni monition, quoique 172un procès pour rechute dût exiger, selon les notions les plus communes, une nouvelle instruction. Un seul procès-verbal, qui n’est pas ordonné en justice, que l’accusée n’a pas signé, où elle n’a pas parlé dans l’état d’une personne que la justice interroge et poursuit, compose toute cette instruction vraiment extrajudiciaire. On n’y voit pas même l’indication du plus léger effort pour ramener cette fille, que les rigueurs de sa prison tendaient si évidemment à jeter dans le désespoir. Un instant de retour au passé prononcé dans une simple conversation, a suffi, sans autre forme de procès, pour la condamner à mort. Si telle est la marche de l’Inquisition, elle est non-seulement injuste, mais détestable3473.

(Mardi 29 mai) Dès le lendemain 20, les deux juges rassemblèrent, dans la salle de l’archevêché, les assesseurs qu’ils jugèrent à propos de choisir, et qu’ils purent engager à s’y rendre3474.

Ceci donne lieu à une observation qui n’est pas sans importance. Parmi les juges assesseurs dont les noms figurent au procès, et qui sont en grand nombre, les uns ont assisté assidûment aux séances, les autres moins souvent, plusieurs fort rarement, et quelques-uns une seule fois. On doit regarder 173comme s’étant retirés du procès, ceux qui avaient été présents au premier jugement, et qui n’assistèrent pas au second. Or, parmi ceux qui ont opiné avec voix consultative seulement au premier jugement de condamnation, ou jugement du 19 mai, il s’en est trouvé quinze, dont six gradués en théologie et neuf gradués en droit, qui n’ont pas assisté au second jugement, soit que les deux juges ne les ait pas fait convoquer par leur appariteur, ce qui serait une irrégularité manifeste, soit qu’adhérant aux principes de Jean de La Fontaine, ne croyant pas que l’Église militante résidât dans la personne de deux juges et de quelques docteurs, persuadés qu’on ne devait pas fouler aux pieds un appel au saint-siège, ainsi que l’un des deux juges l’avait fait à la séance de l’abjuration, ils n’aient plus voulu concourir à une procédure qu’ils jugeaient injuste, abusive, et entachée de nullité3475.

Au surplus, les deux juges appelèrent, pour les remplacer en partie, des assesseurs qui non-seulement n’avaient pas opiné dans le premier jugement, mais qui n’avaient pas même assisté depuis longtemps aux instructions. On voit, entre autres, figurer parmi eux trois membres de la Faculté de médecine3476. Nouvelle singularité 174qui appelait au jugement des personnes qui avaient à peine connaissance du procès.

L’assemblée étant formée, les deux juges rendirent compte de ce qui s’était passé la veille, firent lire le procès-verbal extrajudiciaire qu’ils avaient dressé, et demandèrent les avis des assesseurs3477.

Si les assesseurs avaient voulu remplir, selon les règles de la justice, le ministère auquel ils se trouvaient appelés, ils auraient d’abord remarqué que Jeanne niait les faits et les discours que lui avait imputés le prédicateur du cimetière de Saint-Ouen, en lui lisant les douze articles. En conséquence, ils auraient vérifié sur les interrogatoires même si cette défense était fondée ou si elle ne l’était pas. La prévention leur ferma les yeux, et il paraît que personne n’y pensa.

La forme inadmissible d’un seul procès-verbal, non ordonné par jugement, sans prestation de serment, et sans autre procédure, ne les frappa pas davantage, quoiqu’elle eût dû suffire pour leur faire rejeter ce procès-verbal, et exiger qu’on y substituât une procédure régulière.

Ils ne firent même aucune réflexion sur l’indication qui résultait du peu de mots qu’on y faisait dire à Jeanne, touchant les précautions 175qu’elle avait à prendre pour la conservation de sa virginité ; ils dédaignèrent d’éclaircir les faits et d’en informer, quoiqu’ils pussent être de nature à justifier complètement la Pucelle de la conduite qui lui était imputée à crime.

Ils ne furent attentifs qu’à ce que Jeanne avait dit qu’elle n’avait pas compris l’abjuration qu’on lui avait fait faire, ni entendu dire et promettre tout ce qu’on prétendait qu’elle avait dit et promis.

Il y eut trois avis ouverts dans cette séance.

Le premier, celui de Nicolas de Vendères, proposait en substance de déclarer Jeanne hérétique et de la livrer à la justice séculière, avec la formule de la prier d’en agir doucement envers elle (cum ea mite agere)3478.

Le second, ouvert par l’abbé de Fécamp, exprimait l’opinion que Jeanne était relapse ; mais que cependant il était à propos qu’on lût devant elle la cédule de son abjuration, et qu’on lui exposât la parole de Dieu ; et qu’ensuite les juges devaient la déclarer hérétique, et la livrer à la justice séculière, avec la clause, ut mite agat3479.

Le troisième avis était conforme à celui de l’abbé de Fécamp, avec cette exception qu’au lieu de livrer Jeanne à la justice séculière, ceux qui l’embrassèrent s’en rapportaient aux deux juges 176sur ce qui concernait la personne même de l’accusée3480.

Le premier avis, celui de Nicolas de Vendères, tendant à abandonner Jeanne immédiatement à la justice séculière, ne fut adopté par personne, dès que l’abbé de Fécamp eut proposé celui d’y ajouter par préalable la lecture de l’abjuration à l’accusée3481.

Ce second avis réunit la très-grande pluralité des assesseurs3482. Ils auraient mieux fait, s’ils soupçonnaient la fidélité de l’acte présenté comme étant l’abjuration de la Pucelle, de mander Jeanne devant eux, et de lire cette abjuration avant de rien statuer sur son sort. Mais leur proposition prouve au moins qu’ils n’avaient point eu de part à la substitution d’une fausse cédule d’abjuration à la véritable. Cette proposition dut embarrasser beaucoup l’évêque de Beauvais : il ne se tira d’affaire qu’en ne s’y conformant pas ; de sorte que Jeanne est morte sans avoir jamais connu la fausse abjuration qu’on lui attribuait, et en vertu de laquelle elle était condamnée.

Le troisième avis, qui tendait à ne point statuer sur la personne de l’accusée, et à s’en rapporter sur son sort aux juges du procès (l’évêque et l’inquisiteur), ne fut suivi que par un petit nombre d’assesseurs3483, qui se flattaient peut-être, 177par ce parti mitoyen, de ne point tremper leurs mains dans le sang de l’innocence.

Qu’entendaient, au surplus, les assesseurs qui suivirent l’avis de l’abbé de Fécamp, par le jugement qu’ils conseillaient aux juges de rendre ? Quelle opinion en avaient-ils eux-mêmes ? Savaient-ils tout ce qui devait résulter d’un jugement qui livrerait Jeanne à la justice séculière ? Connaissaient-ils les prétendus privilèges de l’Inquisition, en vertu desquels le juge séculier ne pouvait se dispenser d’envoyer au supplice la personne ainsi abandonnée à son tribunal ? Ce privilège même avait-il été jusque-là observé en France ? Quelques-uns des assesseurs l’ignoraient-ils ? C’est ce qu’il est fort malaisé d’éclaircir.

Cet avis de l’abbé de Fécamp, presque généralement adopté, présente encore une question également difficile à résoudre. C’était, au premier coup d’œil, le même avis que celui qu’avait ouvert Nicolas de Vendères, en y ajoutant, pour la décharge des juges, la lecture de la cédule d’abjuration que Jeanne disait n’avoir pas comprise, et une prédication également inutile, si, quel que fût le résultat de cette lecture et de cette prédication, ils entendaient qu’elle fût déclarée hérétique et traitée comme telle. Mais n’y a-t-il pas lieu de penser que, par cette marche, les assesseurs qui la proposaient, voulaient indirectement ouvrir à l’accusée la voie du retour à son 178appel au pape, et la mettre à même de revenir sur ses pas, en l’y engageant par une prédication qui devenait alors une véritable monition nouvelle, pour parler le langage des rédacteurs du procès ?

Plusieurs remarques semblent fortifier cette supposition :

  1. Il semble qu’il n’y aurait pas eu, sans cela, de la part des assesseurs, une si grande attention à distinguer les deux avis l’un de l’autre, celui de Nicolas de Vendères et celui de l’abbé de Fécamp, comme on le voit par le procès-verbal.
  2. Cet avis, ainsi interprété, est plus conforme au bon sens et à la raison.
  3. Il n’y avait pas de preuves judiciairement acquises, ce qui nécessitait au moins une monition.
  4. On ne pouvait lire à l’accusée la cédule d’abjuration qu’on lui attribuait, que pour la mettre à portée de s’expliquer.
  5. Enfin, les deux juges ont bien suivi l’avis des assesseurs quant à la prédication, mais ils ne l’ont pas adopté quant à la lecture de l’abjuration ; ce qui prouve, vu l’esprit dont ils étaient animés, que cette dernière proposition était tout à l’avantage de l’accusée, de quelque manière qu’on veuille la considérer.

Quoi qu’il en puisse être, les deux juges remercièrent les assesseurs ; et, sans s’expliquer davantage, ils déclarèrent qu’ils continueraient à procéder contre Jeanne comme relapse selon droit et raison ; ce qui achève de prouver que les juges assesseurs n’avaient que voix consultative : 179abus qui cachait deux juges seulement sous l’apparence d’un nombreux tribunal. Ils firent dresser une citation à Jeanne d’avoir à comparaître devant eux en jugement, mais ils ordonnèrent de ne la signifier que le lendemain à huit heures du matin, ce qui fut exécuté3484.

Dès ce moment, la mort de Jeanne était intérieurement résolue, fixée pour ce jour-là ; et Jeanne ne devait plus comparaître devant eux que pour entendre prononcer sa sentence, et la subir.

Mercredi 30 mai

Près de consommer leur dernier crime, la conscience des juges, cette voix secrète que les plus grands scélérats ne parviennent jamais à étouffer entièrement, devait être livrée à de grandes agitations ; et il est permis de supposer que l’évêque de Beauvais ne jouit pas d’un sommeil paisible pendant la nuit qui précéda le meurtre solennel qu’il avait si longtemps médité. Ses remords, s’il en eut, lui inspirèrent l’idée d’adoucir les derniers moments de sa victime par les consolations religieuses qu’elle avait si ardemment et si inutilement sollicitées depuis le commencement de son procès. Peut-être espérait-il par-là diminuer le poids du forfait dont il allait se charger. Dans le trouble de son esprit, il ne fit aucune réflexion sur la contradiction qui résulterait de la 180permission qu’il accordait d’admettre Jeanne à la pénitence, au moment où il allait la déclarer hérétique et excommuniée.

Dès le matin du jour fatal, il envoya à Jeanne frère Martin Ladvenu,

pour luy annoncer la mort prouchaine (elle était donc déjà condamnée de fait avant d’être jugée), et pour l’induire à vraie contrition et pénitence, et aussi pour l’ouyr de confession ; ce que ledit Ladvenu fist moult soigneusement et charitativement3485.

L’appariteur Jean Massieu3486 et frère Jean Toutmouille ou Toutmouillé3487, étaient présents ; il paraît probable que celui-ci avait accompagné Ladvenu.

Et quant il (Ladvenu) annonça à la pouvre femme la mort de quoy elle devait mourir ce jour là, que ainsi ses juges le avoient ordonné et entendu, et oy (ouï) la dure et cruelle mort qui luy estoit prouchaine, commença à s’escrier doloreusement et piteusement, se destendre et arracher les cheveulx :

— Helas ! me traite l’en ainsi horriblement et cruellement, qu’il faille mon cors net en entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd’hui consumé et rendu en cendres ! Ha, a ! j’aymerais mieulx estre descapitée sept 181fois, que d’estre ainsi bruslée. Helas ! se j’eusse esté en la prison ecclésiastique, à laquelle je m’estois submise, et que j’eusse esté gardée par les gens de l’Eglise, non pas par mes ennemys et adversaires, il ne me fust pas si miserablement mescheu, comme il est. O ! j’en appelle à Dieu, le grant juge, des grans torts et ingravances qu’on me fait3488.

Elle se complaignoit merveilleusement en ce lieu […] des oppressions et violences qu’on luy avoit faictes en la prison par les geôliers et par les autres qu’on avoit fait entrer sur elle3489.

Cependant frère Martin Ladvenu l’ayant rappelée à elle-même, elle se disposa, avec sa piété et sa résignation ordinaires, à faire au tribunal de la pénitence l’humble aveu de ses fautes, et il reçut sa confession3490. Une difficulté se présenta alors ; Jeanne demandait avec ardeur le sacrement de l’Eucharistie : devait-il, pouvait-il le lui administrer ?

Ledit frère Martin envoya l’appariteur Jean Massieu à l’évêque de Beauvais pour lui notifier comment elle avait été entendue en confession, et qu’elle demandait que le sacrement de l’Eucharistie lui fût apporté. Lequel évêque 182rassembla quelques maîtres pour agiter cette question, par la délibération desquels ledit évêque dit à Jean Massieu de dire à frère Martin qu’il lui donnât le sacrement de l’Eucharistie et toutes choses quelconques qu’elle demanderait3491.

On n’osait pas dire expressément qu’on lui permettait de lui donner l’absolution, au moment où l’on se disposait à la déclarer excommuniée ; mais on le laissait sous-entendre, tant par ces dernières paroles, que par la permission donnée de lui accorder un sacrement qui présuppose l’absolution. Misérables subtilités, plus dignes des sophistes qui remplissaient alors les écoles, que des membres d’un tribunal religieux !

Le notaire Guillaume Manchon avait eu connaissance de cette délibération. Interrogé longtemps après

comment ils lui avaient accordé le sacrement de l’Eucharistie, vu qu’ils la déclarèrent excommuniée et hérétique, et si le prêtre lui donna l’absolution dans les formes consacrées par l’Église ? [il répondit] que sur cela fut délibéré par les juges et les conseillers, si sur sa demande, on devait lui donner le sacrement de l’Eucharistie et l’absoudre dans le tribunal de la pénitence ; toutefois aucune autre absolution ne lui fut montrée3492.

183Jean Massieu retourna au château, et rapporta à frère Martin la réponse indiquée plus haut3493.

Frère Martin envoya alors chercher le saint Sacrement. Soit qu’on craignît d’irriter les Anglais, soit qu’on eût voulu d’abord tenir secret un acte dont la consommation faisait la condamnation des juges ;

luy fut apporté le corps de Jhesus Christ irreverentement sans estolle et lumiere, dont frère Martin, qui l’avait confessée, fut mal content ; et, pour ce, fut renvoyé quérir une estolle et de la lumiere3494.

Frère Jean de Levozolles rapporte en effet que

le matin du jour où Jeanne fut conduite au dernier prêchement, il vit porter le corps du Christ à ladite Jeanne moult solennellement, chantant litanies, et disant : Priez pour elle ! à la lueur d’une grande multitude de torches3495.

Frère Martin Ladvenu3496 lui administra alors le sacrement de la sainte Eucharistie3497 ; elle le reçut très-dévotement, avec une grande abondance 184de larmes3498 et une humilité inexprimable3499.

Survint l’evesque denommé (et plusieurs autres), auquel elle dit incontinent : Evesque, je meurs par vous. Et il luy commença a remonstrer, en disant : Ha Jehanne ! prenez en patience. Vous mourés par ce que vous n’avés tenu ce que vous nous aviés promis, et que vous estes retournée à vostre premier maléfice. Et la pouvre Pucelle luy respondit : Helas, se vous m’eussiés mise aux prisons de court d’Église, et rendue entre les mains de concierges ecclésiastiques competens et convenables, cecy ne fust pas advenu : pour quoy je appelle de vous devant Dieu3500.

En ce moment Jean Toutmouillé, de qui j’emprunte ce détail, apparemment révolté de tant d’iniquités, et n’en pouvant plus soutenir le spectacle,

sortit hors, et n’en oyt plus riens3501.

Jeanne aperçut alors Pierre Morice, ce docteur qui avait été chargé de la monition du 23 mai, et qui l’avait exhortée, en commun avec Jean de Castillon, la veille de sa prétendue abjuration. Probablement elle avait cru démêler en lui quelque intérêt pour son sort, et l’association de ce 185docteur avec Jean de Castillon dans la circonstance ci-dessus indiquée, permet de penser qu’elle pouvait ne s’être pas trompée.

— Ah, maître Pierre ! s’écria-t-elle, où serai-je aujourd’hui ?

Et ledit maître Pierre répondit :

— N’avez-vous pas bonne espérance au Seigneur ?

Laquelle répondit que oui, et que, Dieu aidant, elle serait en Paradis3502.

Et comment n’en aurait-elle pas conçu l’espérance ? Voyons ce que pensaient eux-mêmes alors de cette malheureuse jeune fille, ceux qui la connurent pendant sa captivité, ceux qui assistèrent à ses interrogatoires, ceux qui furent témoins de sa mort.

Elle paraissait âgée d’environ vingt ans3503. Quoique par un don naturel, développé par la nécessité et le péril où elle se trouvait placée, elle parût dans ses défenses, selon un témoin qui ne lui fut jamais favorable,

bien subtille, et de subtillité appartenante à femme, comme luy sembloit3504 ;

quoiqu’elle répondît quelquefois avec beaucoup de prudence à ceux qui l’interrogeaient3505 ; quoiqu’elle déployât pendant 186le procès une si grande constance que beaucoup en concluaient qu’il fallait qu’elle eût reçu quelque secours spécial (speciale juvamento)3506 et que l’évêque de Démétriade crut pendant trois semaines qu’elle était inspirée3507 ; hors de là,

c’estoit une pouvre femme assez simple, qui à grant peine savoit Pater noster et Ave Maria3508.

Cette simplicité est attestée par une foule de témoins3509.

C’était une bonne fille3510, honnête dans ses paroles, pudique dans ses gestes3511, bonne catholique3512, bonne chrétienne3513 ; maître Nicolas de Houppeville, qui l’avait confessée, en disait beaucoup de bonnes choses3514. Maître Pierre Morice, qui avait également reçu sa confession, disait qu’il n’avait jamais reçu une telle confession ni d’un docteur, ni de qui que ce fût, 187et qu’il croyait qu’elle marchait saintement et justement devant Dieu3515. Enfin, Guillaume Manchon pense qu’elle n’eût pas pu se défendre comme elle l’avait fait contre tant de docteurs, si elle n’eût été inspirée3516.

Ainsi Jeanne d’Arc, persécutée avec le plus cruel acharnement, accablée de tourments et d’injustices, était encore la même que nous l’avons vue sous le chaume, à l’armée et dans le palais des rois.

L’infortunée fut alors revêtue d’habits de femme3517, et le moment de partir étant arrivé, on la fit monter dans un chariot (quadriga)3518, qui l’attendait dans la cour du château. Il était alors neuf heures du matin3519. À côté d’elle se placèrent son confesseur frère Martin Ladvenu et l’appariteur Jean Massieu3520. Frère Isambard de La Pierre se fit également un devoir de ne la pas quitter jusqu’au dernier moment3521. Plus de huit cents hommes de guerre3522, armés de haches, 188de glaives3523 et de lances3524, se disposèrent à l’accompagner3525.

Nicolas L’Oyseleur, saisi en ce moment d’un remords déchirant (compunctus corde), perça la foule, et monta sur le chariot pour demander pardon à Jeanne de ses perfidies.

Et de ce furent moult indignés les Angloys là étans, si bien que si ce n’eût été le comte de Warwick, ledit L’Oyseleur eût été tué. Et ledit comte enjoignit audit L’Oyseleur de sortir de la ville de Rouen le plus tôt qu’il pourroit, s’il vouloit sauver sa vie3526.

Dans le chemin Jeanne proférait des lamentations si pieuses, et recommandait si dévotement son âme à Dieu et aux saints, qu’elle provoquait les larmes des assistants3527. Jean Massieu et frère Martin

ne s’en pouvaient tenir3528.

Nicolas de Houppeville, qui la vit sortir du château au milieu de cette foule d’hommes d’armes, et le visage baigné de pleurs, fut tellement attendri de ce spectacle (motus compassione), qu’il n’eut pas la force de la suivre jusqu’au lieu du supplice3529.

189Jeanne fut ainsi conduite au vieux marché de Rouen3530, qui était alors le lieu où les criminels étaient exécutés3531.

Guillaume Manchon, qui la vit arriver au vieux marché, dit qu’il

y avoit le nombre de sept à huit cens hommes autour d’elle, portans glaives et bastons (épées et lances), tellement qu’il n’y avoit homme qui fust assés hardy de parler à elle, excepté frère Martin Ladvenu et messire Jehan Massieu3532.

Elle paraissait assez troublée, (dit un témoin), car elle s’écriait : Rouen ! Rouen ! mouray-je cy3533 ?

Trois échafauds avaient été élevés dans la place : sur l’un étaient les juges ; sur un autre plusieurs prélats ; sur le troisième le bois destiné à consumer la Pucelle3534. Ce dernier échafaud était en plâtre3535, ou plutôt en moellons. Ainsi le bûcher était dressé avant que la prédication fût prononcée et la sentence rendue3536.

190Comme Jeanne fut placée sur échafaud3537 pendant cette dernière séance du procès, il faut supposer ou qu’il en existait un quatrième, circonstance qui n’est indiquée par aucun témoin, ou qu’elle était sur le même échafaud que ses juges, ce qui est contraire aux grosses, ou qu’elle monta sur celui qui est indiqué comme ayant été occupé par plusieurs prélats, simples spectateurs. Cette dernière supposition est la seule probable, et s’accorde avec le procès-verbal qui porte qu’elle fut placée vis-à-vis de ses juges.

Les juges séculiers, c’est-à-dire le bailli de Rouen et son lieutenant, Laurent Guesdon, qui pouvaient seuls prononcer une sentence de mort contre l’accusée3538, étaient assis sur l’un des échafauds3539 ; c’était vraisemblablement le même que celui où se trouvaient les juges ecclésiastiques. Le cardinal d’Angleterre était au nombre des prélats spectateurs3540.

Une grande multitude couvrait la place ; on distinguait parmi Jean Moreau, du pays de Jeanne, et Jean Marcel, bourgeois de Paris3541 dont nous avons les dépositions.

191Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen, qui avait été présent à la prédication de la place Saint-Ouen, ne voulut point assister à la dernière scène de cette tragédie,

parce que, (dit-il), son cœur ne l’aurait pu souffrir ou tolérer, tant il avait pitié de ladite Jeanne ; car le bruit commun était, et quasi tout le peuple murmurait, qu’on faisait à ladite Jeanne grande injure et injustice3542.

Au nombre des ecclésiastiques présents, figuraient, outre l’évêque de Beauvais et le vice-inquisiteur Jean le Maître :

  • L’évêque de Noyon,
  • l’évêque de Boulogne-sur-Mer3543, qui fut depuis cardinal ;
  • Jean Fabry3544, qui fut depuis évêque de Démétriade ;
  • Pierre Miger, prieur de Longueville3545 ;
  • Nicolas Caval3546 et Jean Riquier3547, chanoines de Rouen ;
  • Thomas de Courcelles3548, chanoine de Paris ;
  • Guillaume de La Chambre3549, André Marguerie3550, deux autres docteurs, en tout onze assesseurs3551, dont aucun n’est dénommé au procès-verbal.

Frère Jean de Levozolles, clerc ou secrétaire de Guillaume Érard, était également présent3552.

192Une place particulière avait dû être réservée pour les notaires du procès, Guillaume Manchon, Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume, et Nicolas Tasquel, qui, tous trois, rapportent avoir assisté à la condamnation de la Pucelle3553.

L’appariteur Manger le Parmentier, également présent3554, était sans doute, comme son collègue Jean Massieu, à côté de Jeanne d’Arc.

Nicolas Midy, docteur en théologie, adressa alors à Jeanne, selon le procès-verbal de la séance, une admonition salutaire et propre à l’édification du peuple. Le texte de son discours fut ce passage de saint Paul : Si l’un des membres souffrent, les autres souffrent également3555. Les manuscrits du procès n’en rapportent pas davantage.

Un témoin raconte qu’entre autres choses le prédicateur disait, que ladite Jeanne avait mal fait ; que son péché lui avait été pardonné une fois, et que l’Église ne pouvait plus s’intéresser pour elle3556.

Patientement elle oyt le sermon tout au au long, (dit le notaire Guillaume Manchon)3557.

193Elle eut grande constance et moult paisiblement l’oyt, (rapporte l’appariteur Jean Massieu)3558.

La prédication finie, Nicolas Midy adressa ces paroles à la Pucelle :

— Jeanne, allez en paix : l’Église ne peut plus te défendre, et te laisse en la main séculière3559.

Selon le procès-verbal, aussitôt la prédication achevée, l’évêque de Beauvais, sans faire lire la cédule d’abjuration (lecture demandée par le plus grand nombre des assesseurs3560), dit à cette prétendue hérétique qu’il venait de faire communier de s’occuper de son salut, de se rappeler ses maléfices, de songer à s’en repentir, de s’exciter à une véritable contrition, à la pénitence nécessaire au salut, et spécialement de s’attacher aux conseils des deux frères prêcheurs qu’on lui avait donnés pour l’assister3561.

Jeanne n’avait pas attendu ce conseil. Aussitôt les dernières paroles du prédicateur prononcées, elle s’était mise à genoux et avait adressé à 194Dieu les prières les plus ferventes3562,

monstrant grans signes, et évidences et apparences de sa contricion, pénitence, et ferveur de foy, tant par les piteuses et devotes lamentacions et invocacions de la benoiste Trinité, et de la benoiste glorieuse Vierge Marie, et de tous les benoists saincts de Paradis, en nommant expressement plusieurs d’iceulx saincts3563, comme saint Michel et sainte Catherine3564 ; esquelles devocions, lamentacions et vraye confession de la foy, en requérant aussi à toutes manières de gens, de quelques condicions ou estat quilz feussent, tant de son party que d’autre, mercy tres humblement, en requerant qu’ilz voulsissent prier pour elle, en leur pardonnant le mal qu’ilz luy avoient fait, elle persevera et continua tres longue espace de temps comme d’une demye heure, et jusques à la fin. Dont les juges assistans, et mesmes plusieurs Angloys, furent provoquez à grandes larmes et pleurs, et, de faict, tres amerement en pleurerent3565. Fit sa regraciacion, ses prières et lamentacions moult notablement et devotement, tellement que les juges, prelats 195et tous les autres assistans furent provoquez à grans pleurs et larmes, de luy veoir faire ses pitéables regrez et douloureuses complainctes3566. Eut si grande contricion, et si belle repentance, en disant paroles si devotes, piteuses et catholiques, que tous ceulx qui la regardoient, en grant multitude, plouroient à chauldes larmes ; tellement que le cardinal d’Angleterre, et plusieurs Angloys, furent contraincts plourer, et en avoient compacion3567.

Pleine de confiance dans l’efficacité des prières de l’Église, elle supplia tous les prêtres qui étaient présents de vouloir bien dire chacun une messe pour elle3568. Attentive, même dans un moment si terrible, à prévenir tout ce qui pouvait nuire à son roi, elle attesta qu’il ne l’avait point induite aux choses qu’elle avait faites, qu’elle eût eu raison ou tort de les faire (sive bene, sive male3569.

L’évêque de Beauvais reprit alors la parole, et déclara,

qu’eu égard à ce qui était constaté, cette femme n’avait jamais abandonné ses erreurs et ses crimes horribles (nefandis criminibus) ; qu’elle s’était cachée, par une malice diabolique, 196sous une fausse apparence de changement et de pénitence, en parjurant le saint nom de Dieu, en tombant dans des blasphèmes plus damnables encore que les précédents, ce qui la rendait obstinée, renchue en hérésie, et indigne de la grâce et de la communion de l’Église qui lui avait été miséricordieusement accordées par la dernière sentence ; qu’en conséquence, après avoir tout considéré, et entendu la mûre délibération de plusieurs personnes habiles, lui et son collègue avaient rendu leur sentence définitive3570.

Il en donna aussitôt lecture.

Cette sentence est comme la première, adressée à la personne de l’accusée. On y lit d’abord une nouvelle moralité sur le devoir imposé aux pasteurs, lorsqu’un membre de l’Église est hérétique obstiné, d’empêcher la contagion du mal, en le séparant du milieu des justes, suivant les instituts des saints pères, plutôt que de laisser le venin se répandre dans le sein de l’Église3571. Certainement les pères de l’Église n’ont entendu parler que de la peine spirituelle de l’excommunication, et non de la peine du feu. Ces saints prédicateurs d’une religion pleine de douceur et de charité étaient bien éloignés de recommander des supplices, eux qui exhortaient sans cesse les fidèles à ne pas se révolter, à souffrir avec patience 197le martyre, et qui leur en ont si souvent donné l’exemple.

Sur quoi, (continue la sentence), nous, juges compétents, nous vous avons déjà déclarée coupable de diverses erreurs, de crimes, de schisme, d’idolâtrie, d’invocations de démons et de plusieurs autres, après quoi nous vous avons admise à retour, parce que vous y avez renoncé, et que vous avez promis de n’y plus retomber, suivant la cédule que vous avez souscrite. Cependant, (est-il dit ensuite), votre cœur étant séduit par le prince du schisme et du mensonge, vous êtes, de votre aveu, retombée, ô douleur ! dans vos premières erreurs, comme le chien qui se précipite pour dévorer ce qu’il a vomi (ex tuis confessionibus, iterum proh dolor ! incidisse sicut canis ad vomitum) ; vous avez déclaré que c’est avec un cœur dissimulé, non sincèrement et de bonne foi, que vous y avez renoncé ; c’est pourquoi nous, étant sur notre tribunal, vous déclarons relapse et hérétique par notre présente sentence ; nous prononçons que vous êtes un membre pourri ; et comme telle, pour que vous ne corrompiez pas les autres, nous vous déclarons rejetée et retranchée de l’Église, et nous vous livrons à la puissance séculière, en la priant de modérer son jugement à votre égard, en vous évitant la mort et la mutilation des membres. Et 198si vous montrez de vrais sentiments de repentir, le sacrement de pénitence vous sera administré3572.

Ces dernières paroles prouvent que cette sentence avait été rédigée la veille avant qu’on eût accordé à Jeanne la faveur de communier, et qu’on n’avait pas songé à y faire les changements rendus nécessaires par ce qui s’était passé depuis.

Laissons parler ici l’appariteur Jean Massieu.

Et quant elle fut delaissée par l’Eglise, celluy qui parle estoit encores avec elle. Et à grande devocion demanda à avoir la croix : et, ce oyant, un Angloys qui estoit là présent, en feit une petite de boys, du bout d’un baston, qu’il luy bailla : et devotement la reçut et la baisa, en faisant piteuses lamentacions et recognicions à Dieu nostre rédempteur, qui avoit souffert en la croix pour nostre redempcion, de laquelle croix elle avoit le signe et la representacion ; et mist icelle croix en son sain, entre sa chair et ses vestemens. Et oultre demanda humblement à celluy qui parle, qu’il luy feit avoir la croix de l’eglise affin que continuellement elle la puisse veoir jusques à la mort3573. Et 199celluy qui parle feit tant, que le clerc de la paroisse de Sainct Sauveur la luy apporta : laquelle apportée, elle l’embrassa moult estroictement et longuement3574, en se recommandant à Dieu, à saint Michel, et à sainte Catherine3575, et la détint jusqu’à ce qu’elle fut liée à la tache. En tant qu’elle faisoit lesdites devocions et lamentacions, fut fort precipitée par les Angloys, et mesmes par aucuns de leurs cappitaines, de la leur laisser en leurs mains, pour plus tost la faire mourir, disant à celluy qui parle, qui, à son entendement la reconfortoit en l’escherffaut : Comment, prestre, nous ferés vous ici disner ? Et incontinent, sans aucune forme ou signe de jugement, la envoyerent au feu, en disant au maistre de l’œuvre : Fais ton office.3576

Une foule de témoins déposent également que Jeanne fut conduite à la mort sans qu’aucune sentence eût été prononcée par les juges séculiers3577. 200Frère Isambard de La Pierre est celui qui entre à cet égard dans un plus grand détail :

Dit et depose avoir bien veu et clairement apperceu, à cause qu’il a toujours esté present assistant à toute la deduction et conclusion du procez, que le juge seculier ne l’a point condempnée à mort, ne à consumpcion de feu, combien que le juge lay et seculier se soit comparu et trouvé au lieu mesme où elle fut preschée derrenierement, et delaissée à justice seculiere. Toutesfois, sans jugement ou conclusion dudit juge, a esté livrée entre les mains du bourreau et bruslée, en disant au bourreau tant seulement, sans autre sentence : Fais ton devoir.3578.

Un seul témoin rapporte que le bailli de Rouen dit au bourreau : Menez-la, menez-la3579. Mais Laurent Guesdon, alors lieutenant de ce même bailli, atteste expressément, qu’à peine Jeanne eut-elle été remise entre leurs mains, le bourreau s’en saisit

sans qu’il eût été prononcé aucune sentence par le bailli ou par lui, auxquels seuls appartenait de rendre 201contre elle une sentence de mort3580.

Enfin, pour ne laisser subsister aucun doute à cet égard, M. de L’Averdy, voulant savoir s’il était fait quelque mention d’un jugement dans les registres ou dans les minutes du bailliage de Rouen, engagea, en 1788 ou 1789, M. le baron de Breteuil, alors ministre, à écrire à M. le procureur général du parlement de Rouen pour le prier de s’en assurer. Ce dernier lui adressa la réponse du bailliage : elle portait qu’on avait fait les recherches les plus exactes dans tous les papiers du greffe, et qu’il ne s’y était rien trouvé qui eût le plus léger rapport avec cette affaire3581.

Deux sergents s’approchèrent pour contraindre Jeanne de descendre de l’échafaud3582. Elle embrassa alors la croix qui lui avait été apportée, salua les assistants, et descendit de l’échafaud, s’abandonnant (sibi commitante) à frère Martin Ladvenu3583. Des hommes d’armes anglais la saisirent en ce moment, et l’entraînèrent au supplice avec une grande furie (cum magna furia)3584. Tandis qu’on la conduisait ainsi, elle proférait des lamentations pieuses, invoquait le nom du 202Sauveur3585, et s’écriait :

— Ah ! Rouen ! Rouen ! seras-tu ma dernière demeure3586 !

Ne pouvant soutenir ce cruel spectacle, plusieurs des assistants, entre autres le notaire Nicolas Tasquel, Jean de Mailly, évêque de Noyon ; Pierre Miger, prieur de Longueville, et Thomas de Courcelles, chanoine de Paris, s’éloignèrent avec précipitation de ce théâtre d’horreurs3587.

C’est sans doute lorsque Jeanne fut arrivée au pied du bûcher, qu’on ceignit sa tête de la mitre ignominieuse de l’Inquisition.

Et estoient escripts en la mittre qu’elle avoit sur sa teste les mos qui s’ensuivent : Heretique, Relapse, Apostate, Ydolastre. Et en ung tableau devant l’eschaffault estoient escripts ces mots : Jehanne, qui s’est fait nommer la Pucelle, menteresse, pernicieuse, abuseresse de peuple, divineresse, supersticieuse, blasphemeresse de Dieu, mal créant de la foy de Jhesuscrist, vanteresse, ydolastre, cruelle, dissolue, invocateresse de deables, scismatique et heretique3588.

Jeanne monta sur Je bûcher,

et fut liée à une 203estache qui estoit sur l’eschaffault, qui estoit fait de plastre3589.

Et ainsi fut menée et attachée, (dit Jean Massieu)3590.

Le bourreau s’approcha alors, et mit le feu au bas du bûcher (per inferius posuit ignem)3591.

Jeanne, en voyant approcher le feu du bûcher, s’écria très-haut (magna voce) :

— Jhesus3592 !

Frère Martin Ladvenu était si occupé du soin de la bien préparer à la mort, qu’il ne s’apercevait pas que la flamme gagnait. Reconnaissante de sa charité, Jeanne y veillait pour lui : elle eut la présence d’esprit et le courage de l’en avertir, et de lui dire de se retirer. Elle le pria en même temps de se placer au bas de l’échafaud, de tenir la croix du Seigneur élevée devant elle, afin qu’elle pût la voir jusqu’à la mort, et de continuer à l’exhorter assez haut pour qu’elle pût l’entendre3593, ce qu’il exécuta. Tandis qu’il remplissait ce pieux devoir, et entretenait Jeanne de son salut, l’évêque de Beauvais et quelques ecclésiastiques de l’Église de Rouen s’approchèrent pour la voir. Quand Jeanne aperçut ce prélat, elle lui dit qu’il était la cause de sa mort ; qu’il lui avait promis de la remettre dans 204les mains de l’Église, et qu’il l’avait laissée dans celles de ses ennemis mortels (capitalium)3594.

— Helas, (disait-elle), je meurs par vous ; car se m’eussiés baillée à garder aux prisons de l’Eglise, je ne fusse pas icy3595.

Quant à ses révélations, elle ne voulut jamais les révoquer, et y persista jusqu’à la fin3596.

Toujours jusqu’à la fin de sa vie maintint et assura que les voix qu’elle avait eues étaient de Dieu ; et que, quoi qu’elle eût fait, elle l’avait fait par ordre de Dieu, et ne croyait point par lesdites voix avoir été trompée3597.

Aussi, convaincue de son innocence et de l’iniquité de ses juges, s’écriait-elle en jetant autour d’elle un regard douloureux :

— Ha, Rouen ! j’ay grant paour que tu ne ayes à souffrir de ma mort3598 !

Une foule de témoins déposent du mouvement de pitié presque général qui se manifesta en ce moment parmi les spectateurs, français et étrangers, amis et ennemis3599, même parmi les juges, 205dit Guillaume Manchon3600, ce qui semble devoir s’entendre de l’évêque de Beauvais et du vice-inquisiteur. Jean Fabry, depuis évêque de Démétriade,

ne croyait pas qu’il fût un homme au monde dont le cœur fût assez dur pour, s’il eût été présent, ne pas être ému jusqu’aux larmes3601.

Tous, ou presque tous les spectateurs en répandirent3602. L’évêque de Boulogne se faisait surtout remarquer par sa profonde douleur, qui attira l’attention de plusieurs assistants3603. Beaucoup disaient que Jeanne était injustement condamnée3604, et étaient mécontents de ce que l’exécution avait lieu dans la ville de Rouen3605. Jean Fabry n’eut pas la force d’en voir davantage, et se hâta de se retirer3606. Au milieu de l’affliction et de la consternation générales, quelques Anglais riaient3607.

206Cependant l’exécuteur s’efforçait d’abréger les tourments de sa victime, en hâtant l’embrasement du bûcher, et y trouvait beaucoup d’obstacles ;

car les Angloys firent faire un hault escherffault de plastre ; et, ainsi que rapportoit ledit executeur, il ne la povoit bonnement ne facillement expedier ne atteindre à elle : de quoy il estoit fort marry, et avoit grant compacion de la forme et cruelle maniere pour laquelle on la faisoit mourir3608.

Le feu et la fumée commençant enfin à l’envelopper, un témoin l’entendit demander de l’eau bénite3609, soit pour se garantir des tentations du démon, soit dans l’espoir de conjurer l’ardeur des flammes. Elle invoquait saint Michel3610, et proférait continuellement le nom du Sauveur3611 assez haut pour être entendue de la plupart des assistants3612. Frère Isambard de la Pierre, qui, comme frère Martin Ladvenu, ne l’avait pas quittée un instant,

dit en oultre, qu’elle estant dedans la flambe, oncques 207ne cessa jusques en la fin de résonner, confesser à haulte voix le sainct nom de Jhesus, en implorant et invocant sans cesse l’ayde des saincts et sainctes de Paradis ; et encores, qui plus est, en rendant son esprit, et inclinant la teste, profera le nom de Jhesus, en signe qu’elle estoit fervente en la foy de Dieu, ainsi comme nous lisons de saint Ignatius et plusieurs autres martyrs3613.

Jean Massieu confirme ce témoignage.

Et en continuant, (dit-il), ses louanges et lamentacions dévotes envers Dieu et ses saincts, dès le derrain mot, en trespassant cria à haulte voix : Jhesus3614 !

Certain homme d’armes anglais, qui merveilleusement la haïssait, et qui avait juré qu’il mettrait de sa propre main un fagot dans le bûcher de ladite Jeanne, ayant, au moment où il exécutait cette promesse, entendu ladite Jeanne crier le nom de Jésus en rendant le dernier soupir, tout épouvanté, et tombant presque en défaillance, fut conduit dans certaine taverne proche du vieux marché, où il reprit ses forces en buvant. Et après dîner, avec certain frère de l’ordre des frères prêcheurs, ledit Anglais se confessa à frère Isambert de la Pierre, par l’organe du frère dudit 208Anglais, déclarant qu’il avait erré grandement, et qu’il se repentait de ce qu’il avait fait contre ladite Jeanne, ainsi qu’il est ci-dessus rapporté, laquelle il tenait pour une bonne femme. Car, ainsi qu’il lui semblait, avait vu ledit Anglais, en l’émission de l’esprit de ladite Jeanne, une colombe blanche sortant de la flamme3615.

Thomas Marie, prieur de Saint-Michel de Rouen, rapportait avoir entendu dire à un grand nombre de gens, qu’ils avaient vu le nom de Jésus écrit dans la flamme du bûcher où elle avait été consumée3616.

Quand elle fut morte, (dit un témoin), les Anglais, craignant qu’on ne dît qu’elle s’était évadée, dirent au bourreau qu’il retirât un peu le feu, afin que les assistants pussent la voir morte3617.

Ce fait est confirmé par le bourgeois de Paris dans sa chronique écrite jour par jour.

Et tantost, (dit-il), elle fut de tous jugiée à mourir, et fut liée à une estache qui estoit sur l’eschaffault, qui estoit fait de plastre, et le feu sur lui : et là fut bientost estainte (étouffée)3618 209et sa robe tonte arse. Et puis fut le feu tiré arrière, et fut veue de tout le peuple, toute nue, et tous les secrets qui povent estre ou doivent estre en femme, pour oster les doubtes du peuple. Et quant ils l’orent assez et à leur gré veue toute morte, liée à l’estache, le bourel remist le feu grant sur sa povre charrongne, qui tantost fut toute comburée, et os et char mis en cendres3619.

Quelques parties du corps de la Pucelle résistèrent cependant à l’action des flammes et aux efforts du bourreau.

Et disoit et affermoit cedit bourreau, que, nonobstant l’huille, le souffre et le charbon qu’il avoit appliquez contre les entrailles et le cueur de ladicte Jehanne, toutesfoys il n’avoit peu aucunement consommer ne rendre en cendres les breuilles ne les cueur : de quoy estoit autant estonné comme d’un miracle tout evident3620.

Informé apparemment de cette particularité, et craignant l’effet qu’elle pouvait produire sur l’esprit du peuple, le cardinal d’Angleterre ordonna que 210les cendres, les os, en un mot tout ce qui restait de l’héroïne du quinzième siècle, fût jeté dans la Seine ; ce qui fut exécuté3621.

On a vu plus haut que plusieurs des spectateurs n’avaient pas eu le courage d’assister aux derniers moments de la Pucelle. L’effet que produisit ce spectacle sur ceux qui demeurèrent est important à faire connaître.

Aucuns, et plusieurs d’iceulx mesmes Angloys, recongneurent et confesserent le nom de Dieu, voyant si notable fin, et estoient joyeulx d’avoir esté à la fin, disant que ce avoit esté une bonne femme3622. Assés avoit il là, et ailleurs, qui disoient qu’elle estoit martyre, et pour son droict seigneur ; autres disoient que non, et que mal avoit fait qui l’avoit tant gardée3623.

Maître Jean de l’Espée, qui était en ce temps-là chanoine de Rouen, dit, en fondant en larmes (mirabiliter lacrymando), à Jean Riquier, qui se trouvait à côté de lui :

— Plût à Dieu que mon âme fût dans le même lieu où je crois l’âme de cette femme être en ce moment3624.

Guillaume Manchon éprouva une si violente émotion en voyant expirer Jeanne, que pendant un 211mois il en resta terrifie (territus)3625.

Jamais ne ploura tant, pour chose qui luy advinst, et par ung mois après ne s’en povoit bonnement appaiser. Par quoy, d’une partie de l’argent qu’il avoit eu du procez, il achepta un petit messel affin qu’il eust cause de prier pour elle3626.

Pierre Gusquel, bourgeois de Rouen,

ouït maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice, lequel, triste et dolent, rapportait, et lamentablement deplorait, les choses qui avaient été faites à ladite Jeanne, et qu’il avait vues audit lieu, disant expressément (in effectu) : Nous sommes tous perdus ; car une sainte personne a été brûlée ; et qu’il croyait son âme en la main de Dieu3627.

Enfin frère Isambard de la Pierre

dit et dépose, que, incontinent après l’execucion, le bourreau vint à luy et à son compaignon, frère Martin Ladvenu, frappé et esmu d’une merveilleuse repentance et terrible contricion, comme tout desesperé, craignant de non savoir jamais impetrer pardon et indulgence envers Dieu, de ce qu’il avoit faict à ceste saincte femme3628.

Ce témoignage est 212confirmé par celui de frère Martin, qui rapporte

que le bourreau, après la combustion, quasi à quatres heures après nones, disoit que jamais n’avoit tant craint à faire l’execution d’aucun criminel, comme il avoit eu en la combustion de la Pucelle, pour plusieurs causes : premierement, pour le grant bruit et renom d’icelle ; secondement, pour la cruelle manière de la lier et afficher3629.

Ainsi s’accomplit la prédiction que Jeanne d’Arc croyait lui avoir été faite par ses célestes protectrices :

Tu auras secours ; tu seras delivrée par grant victoire. Pran tout en gré ; ne te chaille (soucie) de ton martyre ; tu t’en viendras enfin au royaume de paradis3630.

Ainsi périt, âgée de moins de dix-neuf ans, après un an de captivité, par les mains d’une poignée de prêtres vendus à l’Angleterre, cette fille extraordinaire qui avait sauvé la monarchie d’une chute jugée inévitable, et porté à la puissance britannique une atteinte si profonde, que ses armées, poursuivies de défaites en défaites, finirent par être forcées d’abandonner les rivages de la France.

Au regard de finalle pénitence, [Guillaume Manchon] ne vit oncques plus grant 213signe à chrestien3631.

Laurent Guesdon3632, Pierre d’Aron3633, Nicolas Caval3634, Jean Marcel3635 et Jean Fabry3636, pensaient qu’elle était morte catholiquement. N’est-ce pas saintement qu’ils ont voulu dire ?

Raymond, seigneur de Macy, ne craint pas de l’affirmer, et de la placer dans le ciel :

Et credit, quod sit in paradiso3637.

Notes

  1. [3401]

    Grosses du procès de condamnation ; déposition de Jean Fabry.

  2. [3402]

    Sa déposition.

  3. [3403]

    Sa déposition.

  4. [3404]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII. Jean Chartier en parle également, et fixe la date au mois de mai 1431.

  5. [3405]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  6. [3406]

    Jean et Alain Chartier ; Journal d’un bourgeois de Paris.

  7. [3407]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  8. [3408]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  9. [3409]

    Idem.

  10. [3410]

    Idem.

  11. [3411]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  12. [3412]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  13. [3413]

    Idem.

  14. [3414]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  15. [3415]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  16. [3416]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  17. [3417]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  18. [3418]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  19. [3419]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  20. [3420]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  21. [3421]

    Idem.

  22. [3422]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  23. [3423]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  24. [3424]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  25. [3425]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  26. [3426]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  27. [3427]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  28. [3428]

    Jean Chartier, Histoire de Charles VII.

  29. [3429]

    Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.

  30. [3430]

    Idem.

  31. [3431]

    Idem.

  32. [3432]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  33. [3433]

    M. de L’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.

  34. [3434]

    Déposition de Richard de Bronchot ou de Grouchot.

  35. [3435]

    Déposition de J. Beaupère.

  36. [3436]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  37. [3437]

    Première déposition du même.

  38. [3438]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  39. [3439]

    Première déposition de Guillaume Manchon.

  40. [3440]

    Quatrième déposition du même.

  41. [3441]

    Première déposition du même.

  42. [3442]

    Quatrième déposition du même.

  43. [3443]

    Première déposition du même.

  44. [3444]

    Première déposition de Jean Massieu.

  45. [3445]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  46. [3446]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  47. [3447]

    Deuxième déposition de Pierre Cusquel.

  48. [3448]

    Deuxième déposition de Jean Massieu ; déposition d’André Marguerie.

  49. [3449]

    Déposition de Pierre Taquel.

  50. [3450]

    Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.

  51. [3451]

    Déposition d’Isambard de la Pierre.

  52. [3452]

    Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.

  53. [3453]

    Grosses du procès de condamnation.

  54. [3454]

    Idem.

  55. [3455]

    Idem.

  56. [3456]

    Grosses du procès de condamnation.

  57. [3457]

    Idem.

  58. [3458]

    Grosses du procès de condamnation.

  59. [3459]

    Ceci était une réclamation contre le contenu des douze assertions.

  60. [3460]

    Grosses du procès de condamnation.

  61. [3461]

    Idem.

  62. [3462]

    Idem.

  63. [3463]

    Grosses du procès de condamnation.

  64. [3464]

    Grosses du procès de condamnation.

  65. [3465]

    Sa déposition.

  66. [3466]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  67. [3467]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre.

  68. [3468]

    Le manuscrit de Soubise, d’où cette déposition a été tirée, porte l’avoit forcée ; mais c’est certainement une faute du copiste, puisque dans sa seconde déposition, rédigée en latin, le même Ladvenu s’exprime de la manière suivante 

    Quidem magnus dominus anglicus ad eam in carceribus introierat, et eam temptavit vi opprimere.

  69. [3469]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  70. [3470]

    Première déposition de Jean Massieu.

  71. [3471]

    Troisième déposition du même.

  72. [3472]

    Premières dépositions de Martin Ladvenu et d’Isambard de la Pierre.

  73. [3473]

    M. de l’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.

  74. [3474]

    Grosses du procès de condamnation.

  75. [3475]

    M. de L’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.

  76. [3476]

    Grosses du procès de condamnation.

  77. [3477]

    Grosses du procès de condamnation.

  78. [3478]

    Grosses du procès de condamnation.

  79. [3479]

    Idem.

  80. [3480]

    Grosses du procès de condamnation.

  81. [3481]

    Idem.

  82. [3482]

    Idem.

  83. [3483]

    Idem.

  84. [3484]

    Grosses du procès de condamnation.

  85. [3485]

    Déposition de frère Jean Toutmouille ou Toutmouillé.

  86. [3486]

    Sa déposition.

  87. [3487]

    Déposition de frère Jean Toutmouillé.

  88. [3488]

    Déposition de frère Jean Toutmouillé.

  89. [3489]

    Idem.

  90. [3490]

    Quatrième déposition de Martin Ladvenu ; troisième déposition de Jean Massieu.

  91. [3491]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  92. [3492]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  93. [3493]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  94. [3494]

    Première déposition du même.

  95. [3495]

    Déposition de frère Jean de Levozolles.

  96. [3496]

    Première déposition de Jean Massieu.

  97. [3497]

    Dépositions de Pierre Miger, de Jean Riquier, de Thomas de Courcelles, de J. Moreau, de Pierre Tasquel, de J. de Levozolles, de Jean Massieu, de Guillaume Manchon, de Martin Ladvenu et de Nicolas de Houppeville.

  98. [3498]

    Dépositions de J. de Levozolles et de Martin Ladvenu.

  99. [3499]

    Quatrième déposition de Martin Ladvenu.

  100. [3500]

    Déposition de Jean Toutmouillé.

  101. [3501]

    Idem.

  102. [3502]

    Deuxième déposition de Jean Riquier.

  103. [3503]

    Dépositions de Pierre Miger, de Martin Ladvenu, de Nicolas de Houppeville, de Jean Fabry, de Pierre Cusquel et de Jean Riquier.

  104. [3504]

    Déposition de J. Beaupère.

  105. [3505]

    Troisième déposition de Martin Ladvenu ; quatrième de Guillaume Manchon ; dépositions de Jean Fabry, de Pierre Cusquel, d’André Marguerie et de Mauger le Parmentier.

  106. [3506]

    Deuxième déposition de Nicolas de Houppeville.

  107. [3507]

    Sa déposition.

  108. [3508]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  109. [3509]

    Dépositions de Pierre Miger, de Guillaume Manchon, de Jean Massieu, de Martin Ladvenu, etc.

  110. [3510]

    Dépositions de Guillaume de La Chambre et de Jean Massieu.

  111. [3511]

    Déposition de Raymond, seigneur de Macy.

  112. [3512]

    Deuxièmes dépositions de Jean Riquier et de Nicolas de Houppeville.

  113. [3513]

    Déposition de Raymond, seigneur de Macy.

  114. [3514]

    Idem.

  115. [3515]

    Déposition de Guillaume de La Chambre.

  116. [3516]

    Sa quatrième déposition.

  117. [3517]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  118. [3518]

    Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.

  119. [3519]

    Grosses du procès de condamnation.

  120. [3520]

    Première déposition de Jean Massieu.

  121. [3521]

    Sa déposition, première déposition de Martin l’Advenu.

  122. [3522]

    Première déposition de Jean Massieu.

  123. [3523]

    Première déposition de Jean Massieu.

  124. [3524]

    Deuxième déposition de Nicolas de Houppeville.

  125. [3525]

    Dépositions de Jean Massieu, de Nicolas de Houppeville, etc.

  126. [3526]

    Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.

  127. [3527]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  128. [3528]

    Idem.

  129. [3529]

    Sa deuxième déposition.

  130. [3530]

    Premières dépositions de Jean Massieu et de Martin Ladvenu ; dépositions de Jean Fabry, de Mauger le Parmentier, etc.

  131. [3531]

    Dissertation de M. de Belbeuf, sur le lieu juste où la Pucelle fut brûlée, insérée t. III, p. 554, des Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi.

  132. [3532]

    Sa première déposition.

  133. [3533]

    Deuxième déposition d’André Marguerie.

  134. [3534]

    Déposition de J. de Mailly.

  135. [3535]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  136. [3536]

    Remarque de l’appariteur Mauger le Parmentier en sa déposition.

  137. [3537]

    Deuxième déposition de Martin Ladvenu ; première déposition de Guillaume Manchon ; grosses du procès de condamnation.

  138. [3538]

    Déclaration de Laurent Guesdon en sa déposition.

  139. [3539]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  140. [3540]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre.

  141. [3541]

    Leurs dépositions.

  142. [3542]

    Troisième déposition de Pierre Cusquel.

  143. [3543]

    Grosses du procès de condamnation.

  144. [3544]

    Sa déposition.

  145. [3545]

    Sa déposition.

  146. [3546]

    Sa déposition.

  147. [3547]

    Sa déposition.

  148. [3548]

    Sa déposition.

  149. [3549]

    Sa déposition.

  150. [3550]

    Sa déposition.

  151. [3551]

    Grosses du procès de condamnation.

  152. [3552]

    Sa déposition.

  153. [3553]

    Leurs dépositions.

  154. [3554]

    Sa déposition.

  155. [3555]

    Grosses du procès de condamnation.

  156. [3556]

    Déposition de J. Moreau.

  157. [3557]

    Sa déposition.

  158. [3558]

    Sa déposition.

  159. [3559]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  160. [3560]

    L’évêque de Beauvais craignait sans doute le désaveu de la Pucelle ; désaveu dont une partie des assistants auraient été obligés de reconnaître la justice. Il foula aux pieds toute autre considération, entraîné à ce nouveau crime par la nécessité où il s’était mis de consommer ce grand œuvre d’iniquité.

  161. [3561]

    Grosses du procès de condamnation.

  162. [3562]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  163. [3563]

    Première déposition du même.

  164. [3564]

    Troisième déposition du même.

  165. [3565]

    Première déposition du même.

  166. [3566]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  167. [3567]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre.

  168. [3568]

    Deuxième déposition de Jean Fabry.

  169. [3569]

    Déposition de J. de Mailly.

  170. [3570]

    Grosses du procès de condamnation.

  171. [3571]

    Idem.

  172. [3572]

    Grosses du procès de condamnation.

  173. [3573]

    Elle fit la même demande à frère Isambard de la Pierre, qui rapporte en ces mots cette particularité :

    Dit oultre plus, que la piteuse femme luy demanda ; requist, et supplia humblement, ainsi qu’il estoit près d’elle en sa fin, qu’il allast en l’église prouchaine, et qu’illuy apportast la croix, pour la tenir eslevée tout droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendist fust en sa vie continuellement devant sa vue.

  174. [3574]

    Première déposition de Jean Massieu.

  175. [3575]

    Troisième déposition du même.

  176. [3576]

    Première déposition du même.

  177. [3577]

    Dépositions de Martin Ladvenu, de Laurent Guesdon, de Boys-Guillaume, de Mauger le Parmentier, de J.Moreau, de Pierre d’Aron, de Pierre Miger, de Jean Riquier et d’Isambard de la Pierre.

  178. [3578]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre.

  179. [3579]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  180. [3580]

    Sa déposition.

  181. [3581]

    M. de L’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, p. 461.

  182. [3582]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  183. [3583]

    Troisième déposition de Jean Massieu.

  184. [3584]

    Troisième déposition de Pierre Miger.

  185. [3585]

    Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.

  186. [3586]

    Déposition de Pierre d’Aron.

  187. [3587]

    Leurs dépositions.

  188. [3588]

    Registres du parlement, vol. XV.

  189. [3589]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  190. [3590]

    Sa première déposition.

  191. [3591]

    Quatrième déposition de Martin Ladvenu.

  192. [3592]

    Deuxième déposition de Jean Riquier.

  193. [3593]

    Quatrième déposition de Martin Ladvenu.

  194. [3594]

    Quatrième déposition de Martin Ladvenu.

  195. [3595]

    Première déposition du même.

  196. [3596]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  197. [3597]

    Quatrième déposition de Martin Ladvenu.

  198. [3598]

    Déposition de Guillaume de La Chambre.

  199. [3599]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon ; dépositions de Laurent Guesdon, de Mauger le Parmentier, de Pierre d’Aron, de J. Marcel, de Pierre Miger, de J. de Mailly, de Guillaume de La Chambre, d’André Marguerie, etc.

  200. [3600]

    Quatrième déposition de Guillaume Manchon.

  201. [3601]

    Sa deuxième déposition.

  202. [3602]

    Dépositions de Jean Fabry, de Pierre Miger, d’Isambard de la Pierre, de Guillaume Manchon, de Jean Massieu, de Laurent Guesdon, de Boys-Guillaume, de Mauger le Parmentier, de Pierre d’Aron, de J. Marcel, de J. de Mailly, de Guillaume de La Chambre, d’André Marguerie, etc.

  203. [3603]

    Dernières dépositions d’André Marguerie, de Pierre Miger et de Jean Fabry.

  204. [3604]

    Déposition de J. Marcel.

  205. [3605]

    Déposition de Pierre d’Aron.

  206. [3606]

    Sa deuxième déposition.

  207. [3607]

    Déposition de Guillaume de La Chambre

  208. [3608]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  209. [3609]

    Déposition de J. Moreau.

  210. [3610]

    Déposition de Guillaume de La Chambre.

  211. [3611]

    Dépositions de Guillaume de La Chambre, de Martin Ladvenu, de Jean Riquier, de Jean Massieu, de Laurent Guesdon, de Manger le Parmentier, de J. Moreau, de Pierre d’Aron, de Jean Fabry, de J. Marcel, de Nicolas Caval, de J. de Levozolles, etc.

  212. [3612]

    Déposition de Mauger le Parmentier.

  213. [3613]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre.

  214. [3614]

    Sa première déposition.

  215. [3615]

    Troisième déposition d’Isambard de la Pierre.

  216. [3616]

    Sa déposition.

  217. [3617]

    Déposition de Jean Riquier. Ce passage, qui est tronqué dans le manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n° 5970, est restitué d’après le précieux manuscrit de d’Urfé, autrement dit du Trésor des chartes.

  218. [3618]

    Un témoin se sert, dans ce sens, de la même expression :

    Et tandem, (dit-il), igne extincta est. (Déposition de Guillaume de La Chambre.)

  219. [3619]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  220. [3620]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre. Ce fait est confirmé par Jean Massieu (troisième déposition), qui le tenait de J. Fleury, clerc et greffier du bailli de Rouen.

  221. [3621]

    Dépositions d’André Marguerie, de Pierre Cusquel, de Pierre d’Aron, de Jean Massieu, de Manger le Parmentier et de Laurent Guesdon.

  222. [3622]

    Première déposition de Jean Massieu.

  223. [3623]

    Journal d’un bourgeois de Paris.

  224. [3624]

    Deuxième déposition de Jean Riquier.

  225. [3625]

    Sa quatrième déposition.

  226. [3626]

    Sa première déposition.

  227. [3627]

    Troisième déposition de Pierre Cusquel.

  228. [3628]

    Première déposition d’Isambard de la Pierre.

  229. [3629]

    Première déposition de Martin Ladvenu.

  230. [3630]

    Interrogatoire du 13 mars 1430.

  231. [3631]

    Sa première déposition.

  232. [3632]

    Sa déposition.

  233. [3633]

    Sa déposition.

  234. [3634]

    Sa déposition.

  235. [3635]

    Sa déposition.

  236. [3636]

    Sa déposition.

  237. [3637]

    Sa déposition.

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