Tome 2 : Livre III
1Livre III Depuis le départ de Jeanne d’Arc pour Orléans, jusqu’à la délivrance de cette ville.
Tout étant prêt pour le départ de l’expédition, les vivres ayant été chargés sur des chars1236, et les troupes réunies sous les bannières de leurs chefs, Jeanne d’Arc, les maréchaux de Sainte-Sévère et de Rais, l’amiral de Culant, le seigneur de Gaucourt, grand maître de la maison du roi, Ambroise de Loré, La Hire1237, et plusieurs autres chefs de guerre moins célèbres, quittèrent la ville de Blois, et se dirigèrent sur Orléans. (Mercredi 27 avril 1429) Le duc d’Alençon ne put prendre part à cette expédition, parce qu’il n’avait pas encore achevé de payer la rançon 2pour laquelle il avait donné des otages, et qu’en vertu de ses engagements il ne pouvait jusque-là porter les armes contre les Anglais. Cette rançon avait été fixée à six cent mille écus, somme énorme pour Le temps, et le duc ne pouvait se la procurer qu’en vendant une partie de ses domaines. Le duc de Bretagne, profitant de cette conjoncture, acheta à vil prix, de ce prince, la ville de Fougères, qui se trouvait à sa bienséance1238.
Jeanne d’Arc avait fortement insisté pour qu’on prît la route de la Beauce, afin d’arriver à Orléans par le côté du siège où se trouvaient les plus grandes forces des assiégeants. Mais ce projet avait paru d’une audace voisine de l’extravagance ; le comte de Dunois, avec qui l’on n’avait pas cessé de correspondre, le désapprouvait absolument1239 ; on avait représenté à Jeanne tout ce qu’il avait de dangereux et de téméraire ; enfin, voyant qu’on ne pouvait la faire changer de résolution, fort embarrassés sur le parti qu’ils devaient prendre, car le roi avait prescrit d’obéir en tout à cette jeune fille, les généraux français imaginèrent de profiter de ce qu’elle ne connaissait point le pays, pour prendre, malgré elle, le chemin de la Sologne1240, en lui faisant croire, 3jusqu’au dernier moment, qu’on suivait la route qu’elle avait prescrite1241.
Le Chroniqueur bourguignon fait monter à sept mille hommes l’armée envoyée au secours d’Orléans ; mais il me paraît certain qu’il y a une exagération d’au moins quinze cents hommes dans son compte. Le plus grand ordre régnait dans cette petite armée. Jeanne avait ordonné
que toutes les gens de guerre se confessassent et laissassent leurs foles femmes (filles de mauvaise vie) et tout le bagaige1242.
On était à la fin du mois d’avril, à cette riante époque de l’année, où, surtout dans ces contrées, plutôt favorisées du retour du printemps que ne le sont les bords de la Seine, la terre, impatiente de dépouiller sa robe de deuil, se revêt d’un voile de verdure, et pare déjà son sein de marguerites et de violettes. Celui qui n’a pas contemplé ce réveil de la nature, dans les champs fertiles de la Touraine, aux environs de Blois, sur les belles rives de la Loire, n’a jamais connu la saison des roses. Là semblent de tous côtés s’élever, avec une rapidité qui tient de l’enchantement, des palais de feuillage, des temples de verdure. Chaque arbre, en balançant sa tige couronnée, confie aux souffles du matin les parfums les plus doux, et 4verse autour de lui une pluie de fleurs éclatantes ; les chemins en sont couverts, la terre en est semée ; les ruisseaux suivent leur cours entre des bordures de glaïeuls et de lis1243 ; des touffes de lilas, des buissons de roses sauvages, semblent se pencher sur la tête des voyageurs, comme pour les retenir sous leur ombre hospitalière ; tandis qu’une multitude d’oiseaux, différents de chant et de plumage, peuplent la forêt reverdie, les vergers renouvelés, les haies d’aubépine en fleurs, et semblent, en saluant les beaux jours revenus, célébrer les beautés de ce riant jardin de la France1244.
Jeanne d’Arc fit rassembler sous la bannière qu’elle leur avait destinée les prêtres qui devaient accompagner l’expédition, et leur ordonna de marcher à la tête de l’armée. Ils obéirent, et précédèrent toujours les guerriers, en faisant retentir les airs de chants religieux. Entre autres hymnes, consacrées par les rites de l’église catholique, ils répétaient souvent en chœur cette prière sublime, si propre à remplir les âmes d’un saint enthousiasme1245 :
Viens, Esprit créateur ! daigne visiter ceux qui se font gloire de t’appartenir, et remplis de ta grâce les cœurs formés 5par toi. Toi qui plaides pour nous auprès de la justice éternelle ; présent du Dieu Très-Haut, source de vie, feu sacré de la charité, onction céleste qui nous consacre à Dieu ! toi qui, multiplié sous sept formes mystérieuses, es la récompense du juste ! toi, le doigt puissant de la droite de Dieu ! toi, le premier objet de ses promesses, qui publies ses merveilles et chantes dignement ses louanges ! resplendis, céleste lumière, dans les ténèbres de nos sens ; répands l’amour divin dans nos cœurs ; soutiens incessamment nos corps débiles par ta force vivifiante ; repousse loin de nous l’Ennemi, rends-nous la paix, sois toi-même notre guide pour nous faire éviter les périls qui nous environnent ! Que par toi se manifestent et le Père et le Fils ; et toi-même, Esprit de tous les deux, signale aujourd’hui ta puissance, afin que nous croyions à toi dans toute la suite des siècles ! Gloire au Père, gloire au Fils, gloire à toi, Esprit Saint, dont le souffle divin répand dans les cœurs une flamme sacrée et les remplit d’une céleste lumière… Tu enverras de nouveau ton Esprit créateur, ô mon Dieu ! et tu renouvelleras la face de la terre1246.
6L’armée s’arrêta à la fin du jour et passa la nuit au milieu de la campagne. Il en fut de même la nuit suivante1247. (Jeudi 28 avril 1429) Jeanne d’Arc voulut reposer tout armée la première nuit : elle en fut malade1248. Elle exhortait souvent les guerriers à se confesser et à avoir confiance au Seigneur1249. Elle ajoutait que, s’ils se trouvaient en état de grâce (si essent in bono statu), avec le secours de Dieu, ils remporteraient la victoire1250. Ses paroles animées, sa conduite exemplaire, l’appareil religieux dont elle était environnée, commençaient à faire impression sur l’esprit des soldats. La plupart se confessèrent1251. Jeanne elle-même reçut, au milieu d’eux, le sacrement de l’Eucharistie1252. Cette cérémonie auguste peut faire une impression plus tendre dans l’enceinte paisible d’un temple, à l’ombre mystérieuse de ses voûtes, ou sous la lumière surnaturelle 7et pour ainsi dire fantastique qui s’échappe de ses vitraux colorés ; elle en doit peut-être produire une plus profonde en plein air, sous un ciel pur, dans des champs parés d’une verdure nouvelle, où nul ouvrage de l’homme ne semble interposé entre le suppliant et la Divinité ; où, libre d’élever les yeux jusqu’à la voûte azurée, l’homme se sent plus immédiatement placé sous les regards de son Dieu, de ce Dieu qui lit dans les replis des cœurs et les ténèbres des âmes. Combien surtout doit-elle frapper les esprits, mêlée à l’appareil de la guerre, environnée de l’éclat des armes, de la foudre des rois, des pompes de la victoire et de la mort ! Quel contraste touchant devait offrir ce spectacle d’un Dieu descendu du ciel, renouvelant son sublime sacrifice, et changeant sa substance pour nourrir du pain des anges une faible créature, au milieu de ces rangées de casques aux panaches flottants, de ces longues lignes de brillantes armures, et de cette forêt de lances étincelantes des premiers feux du soleil !
(Vendredi 29 avril 1429) On arriva le troisième jour aux environs d’Orléans ; et la jeune guerrière put, du haut du coteau qui domine le cours du Loiret, et d’où la vue s’étend jusqu’aux bords de la Loire, contempler pour la première fois cette cité fidèle, depuis longtemps l’objet continuel de ses pensées ; ces rivages sanglants, ces champs couverts 8de ruines, où tant de héros avaient combattu pour la gloire et l’indépendance de la patrie, où tant de bataillons superbes reposaient ensevelis. De quels sentiments, en considérant ce grand tableau, Jeanne d’Arc dut être agitée ! Mais une pensée soudaine, une pensée amère et cruelle dut bientôt en interrompre le cours. C’est en ce moment que, du haut de la colline où s’était arrêtée son armée, la jeune guerrière, jetant les yeux sur le cours de la Loire, dut s’apercevoir qu’on l’avait abusée, en la conduisant du côté du fleuve opposé à celui qu’elle avait voulu suivre. On verra, par le discours qu’elle tint bientôt après au comte de Dunois, qu’elle fut justement indignée d’une tromperie injurieuse pour la Divinité dont elle se croyait l’envoyée ; tromperie, au reste, qui retomba sur ses auteurs, et que Dieu sembla n’avoir permise que pour confondre la vaine prudence et les timides calculs de tant de généraux expérimentés.
Le convoi et la petite armée qui lui servait d’escorte traversèrent (les prêtres de l’expédition toujours à la tête des troupes) l’espace appelé Val de Loire, qui s’étend entre ce fleuve et les bords du Loiret, et parvinrent sur le rivage de la Loire un peu au-dessus de la bastille que les Anglais avaient élevée à la place de l’église de Saint-Jean-le-Blanc1253.
9Ce dernier endroit était le seul où auraient pu aborder les nefs préparées à Orléans pour venir recevoir les vivres. C’est sans doute le motif qui avait déterminé les Anglais à y construire un fort. Partout ailleurs, la rivière étant alors fort basse, il était impossible qu’elles approchassent assez de terre pour qu’on pût décharger immédiatement les vivres des chars qui les avaient apportés dans les vaisseaux qui devaient leur faire traverser le fleuve1254. Il aurait fallu les transporter à bras d’hommes, en ayant de l’eau jusqu’à la ceinture : opération lente et périlleuse, attendu le voisinage de la bastille pleine de guerriers nombreux et vaillants1255, qui pouvaient profiter du désordre et de l’embarras qu’aurait entraînés ce travail pour faire une sortie, tomber sur les Français, et les mettre en déroute. On était si près de la forteresse, que les guerriers des deux nations pouvaient mutuellement distinguer leurs traits1256. Ajoutez à cela que les grandes nefs destinées à prendre les vivres à leur bord, trop pesantes pour être conduites à la rame, ne pouvaient remonter qu’à la voile contre le cours du fleuve 10jusqu’à l’endroit où se trouvait le convoi ; et, comme si tout eût semblé se réunir pour empêcher qu’il n’entrât dans la ville, le vent était absolument contraire1257. Tous ces obstacles auraient été évités si, comme Jeanne d’Arc l’avait prescrit, on eût passé la Loire sur le pont de Blois, et suivi la rive droite du fleuve jusqu’aux portes d’Orléans, en passant entre la bastille de Saint-Laurent et celle de Londres ou des Douze-Pairs. La preuve qu’on s’était exagéré les dangers de ce dernier parti, c’est qu’ayant été obligé plus tard d’y revenir, il n’en résulta pour l’armée aucun inconvénient.
Et d’aucunes fois advenoit que l’opinion d’elle estoit tout au contraire des capitaines, (remarque N. Sala) : mais quoy qu’il en fust, s’ilz la créoient, tousjours leur prenoit bien ; et, le contraire, quant ilz vouloient exécuter leur opinion sans elle, mal leur venoit.
Ainsi se vérifiait la maxime du plus savant et du plus sage auteur de ce siècle :
Qui se fie autrement que par la divine espérance, marche sur la glace d’une nuictée, et s’appuye au baston de rouzeau1258.
Cependant les chefs de guerre de l’expédition qui avaient fait suivre au convoi les chemins de 11la Sologne, se trouvaient dans le plus grand embarras, et ne savaient à quoi se résoudre. Jeanne d’Arc, toujours prompte à prendre son parti, voulait qu’on commençât par s’emparer de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, ce qui aurait rendu les Français maîtres d’un port et d’un passage commodes ; mais on n’osa pas l’entreprendre1259.
Instruit de cet état de choses, et craignant que la petite armée de la Pucelle ne fût exposée au plus grand péril, si, en prolongeant son inaction, on donnait le temps aux Anglais des bastilles du sud de se rassembler et de venir l’attaquer avec des forces supérieures1260, Dunois passa la Loire, dans un léger bateau à rames, avec Thibault d’Armagnac, dit de Termes, et plusieurs autres chefs de guerre, et vint aborder à l’endroit où le convoi s’était arrêté1261.
Comme il approchait :
— Êtes-vous le bâtard d’Orléans ? lui demanda la jeune guerrière.
— Oui, je le suis, répondit-il, et je me réjouis de votre arrivée.
— Est-ce vous, poursuivit-elle, qui avez donné l’avis de me faire venir de 12ce côté de la rivière, et non pas directement du côté où sont Talbot et ses Anglais1262 ? Les vivres eussent entré sans les faire passer par la rivière1263.
Dunois répondit que lui et d’autres capitaines plus habiles que lui, avaient été de cet avis, croyant ce parti meilleur et plus sûr.
— En nom Dieu, reprit Jeanne d’Arc, le conseil de Dieu notre seigneur est plus sûr et plus habile que le vôtre. Vous avez cru me décevoir, et vous vous êtes vous-même plus déçu que moi ; car je vous amène le meilleur secours qui ait jamais été envoyé à qui que ce soit, soit à chevalier, soit à ville ; car c’est le secours du roi des cieux : non mie par amour de moi ; mais procède de Dieu même, qui, à la prière de saint Louis et de saint Charlemagne, a eu pitié de la ville d’Orléans, et ne veut point souffrir que les ennemis aient ensemble le corps du duc d’Orléans et sa ville1264.
On tint conseil, et il fut décidé qu’on remonterait le long des bords de la Loire jusque vis-à-vis le village de Chécy, à environ deux lieues à l’est d’Orléans1265, où Dunois avait une petite 13garnison1266. Il s’y trouvait un port commode pour décharger les vivres dans les grandes nefs, et l’on espérait apparemment que le vent viendrait à changer, et leur permettrait de remonter jusque-là. Malheureusement il continuait à souffler dans la même direction, et les nefs ne pouvaient en éluder la force en louvoyant, attendu, comme je l’ai déjà dit, que les eaux étaient alors fort basses1267, ce qui réduisait à une largeur très-médiocre la partie navigable du fleuve.
Le même embarras existait donc toujours, et l’on avait à chaque instant plus de raison de regretter de n’avoir point suivi les ordres de la jeune inspirée. Celle-ci, loin de triompher de la confusion et du chagrin des généraux, comme eût fait un esprit vulgaire, chercha à les encourager et à leur rendre l’espérance. Elle leur prédit expressément que le vent ne tarderait pas à changer, et que les vivres entreraient librement dans la ville, malgré les Anglais, quoique leurs forces fussent infiniment plus considérables que celles que les Français pouvaient leur opposer1268. Presque aussitôt le vent, qui était alors très-fort, changea en effet, et devint favorable1269. S’il faut 14en croire un témoin, que son enthousiasme put abuser, l’eau du fleuve sembla même croître et s’élever pour faciliter l’arrivée des navires1270.
Il paraît que Dunois s’était hâté de retraverser la Loire, aussitôt qu’on s’était aperçu que le vent changeait, pour aller présider au départ des nefs, et leur faire prendre la nouvelle direction qui venait d’être adoptée. Suivi de frère Nicolas de Giresme, chevalier de Rhodes, et, depuis, grand-prieur de France, il s’élança dans une des grandes nefs. On éleva de tous côtés les voiles ; la petite flotte commença à remonter la Loire avec rapidité. Elle passa sans obstacle devant le port et l’église de Saint-Loup, dont les Anglais étaient maîtres1271 : chose d’autant plus surprenante, qu’obligée, à cause du peu d’élévation des eaux, de prendre sa route par le canal étroit que forment en cet endroit l’île aux Bœufs et la rive droite du fleuve, il lui fallait naviguer très-près, et sous le canon de ce poste fortifié. Elle arriva au port vis-à-vis Chécy à peu près en même temps que le convoi et l’armée de la Pucelle. Dunois conçut un favorable augure de ce premier succès, et commença à avoir meilleure espérance qu’auparavant des promesses de cette jeune fille1272.
15Il descendit à terre pendant qu’on chargeait les vaisseaux, et supplia Jeanne d’Arc de vouloir bien traverser la Loire et entrer avec lui dans Orléans, dont tous les citoyens attendaient sa venue avec la plus vive impatience1273. Mais on n’avait pas un assez grand nombre de nefs pour transporter sur l’autre rive, en même temps que le convoi, l’armée qui l’avait escorté1274, et la jeune guerrière faisait difficulté de s’en séparer, disant qu’elle ne voulait point laisser là ses soldats, qui étaient bien confessés, pénitents et de bonne volonté1275, et qu’il les fallait employer1276
. Mais on n’était pas d’avis d’attaquer les Anglais avant d’avoir réuni des forces plus considérables. Quelques capitaines dirent qu’il fallait que l’armée retournât sur ses pas, et allât passer le fleuve à Blois, parce qu’il n’y avait pas de pont plus proche qui fût au pouvoir des Français. Jeanne d’Arc fut d’abord indignée de cette proposition : elle craignait avec raison qu’on ne voulût la tromper encore ; que les chefs de guerre ne cherchassent un prétexte honnête pour se retirer ; et, qu’une fois partis, ils n’abandonnassent l’entreprise1277.
16Il paraît cependant que l’idée de ramener l’armée à Blois ne venait pas des chefs de guerre de l’expédition, mais de ceux qui commandaient dans Orléans ; c’est du moins ce qu’on doit inférer du récit de Dunois. Voyant, dit-il, que Jeanne persistait dans son refus d’entrer dans Orléans sans son armée, il alla trouver les chefs de guerre qui l’avaient accompagnée, et les pria et requit, dans l’intérêt du roi, de vouloir bien consentir que Jeanne d’Arc entrât dans Orléans, tandis qu’ils retourneraient passer la Loire au pont de Blois. Ces capitaines se rendirent à sa requête relativement à Jeanne, et consentirent à aller traverser le fleuve à Blois. Soit qu’elle se sentît persuadée par leurs raisons, et rassurée par leurs promesses ; soit qu’à tout événement, s’ils devaient l’abandonner, elle aimât mieux combattre seule à la tête des Orléanais que de se voir peut-être retenue par leur désertion loin des murs de cette ville infortunée, Jeanne d’Arc se rendit enfin aux prières du jeune prince1278 ; mais avant de quitter ses soldats, elle ordonna à son chapelain de rester avec l’armée, de ne point s’en éloigner, et de la précéder toujours, ainsi que les autres prêtres, avec leur bannière déployée, comme ils avaient fait à leur venue1279.
17Jeanne d’Arc entra ensuite dans la nef de Dunois, tenant à la main son étendard, et suivie de ce prince, du brave La Hire1280, du chevalier d’Aulon1281, de Louis de Contes1282 et de plusieurs autres. Deux cents lances seulement l’accompagnèrent dans d’autres navires1283. Ils traversèrent la Loire, et allèrent aborder au village de Chécy, situé, comme je l’ai déjà dit, vis-à-vis l’endroit où ils s’étaient embarqués1284.
Si l’on s’en rapporte au Journal du siège, Jeanne d’Arc coucha cette nuit à Chécy, et n’entra dans Orléans que le lendemain au soir. Mais c’est une erreur qui provient de ce que l’auteur de cette chronique ignorait que l’armée avait passé deux nuits en pleine campagne. Faisant arriver Jeanne d’Arc à Chécy le lendemain de son départ de Blois, pour retrouver son compte de trois jours et deux nuits qui s’écoulèrent entre ce départ et l’entrée de la Pucelle à Orléans, il a supposé qu’elle avait passé une nuit à Chécy1285. Selon un ouvrage plus moderne, mais dont l’auteur devait travailler sur les actes et sur les mémoires des familles nobles de France,
Guy de Cailly logea 18la Pucelle allant à Orléans, en sa seigneurie de Rouilly Chécy, et depuis la suivit toujours en l’armée1286.
Selon plusieurs chroniques, le convoi ne se composait pas uniquement de provisions de bouche ;
le roy envoyait vivres, pouldres, canons, et aultres habiliemens de guerre1287.
L’opération de décharger les chariots, et de charger les grandes nefs, prit encore un certain temps ; en sorte qu’il était déjà tard quand les navires purent partir du port situé devant Chécy pour retourner à Orléans. L’armée, qui était jusque-là restée en bataille sur la rive gauche du fleuve pour protéger l’embarquement, reprit alors le chemin de Blois, conduite par le maréchal de Rais et Ambroise de Loré1288, et précédée de Jean Pasquerel, des autres prêtres de l’expédition et de la bannière sacrée1289. Il fut convenu que la Pucelle s’arrêterait à Chécy, et n’entrerait dans Orléans qu’à la nuit,
pour éviter le tumulte du peuple1290.
Cependant on faisait dans la ville toutes les dispositions nécessaires pour la réception du convoi.
Et parce qu’on disoit que les Angloys 19mectroient peine d’empescher les vivres, fut ordonné que chacun fust armé et bien empoint par la cité, ce qui fut faict1291.
Il fallait que les nefs repassassent devant le port Saint-Loup, et il était à craindre que les Anglais de ce poste, enhardis par le désir de saisir une si riche proie, ne les laissassent pas suivre leur route avec la même facilité que lorsqu’elles avaient remonté le fleuve à vide.
Et celuy mesme jour eut moult grosse escarmousche, parce que les Françoys vouloient donner lieu et heure d’entrer aux vivres qu’on leur amenoit. Et pour donner aux Angloys à entendre ailleurs, saillirent (sortirent) à grant puissance, et allèrent courir et escarmoucher devant Sainct Loup d’Orléans. Et tant le tindrent de près, qu’il y eut plusieurs mortz, blecez, et prins prisonniers, d’une part et d’aultre ; combien que les Françoys apportèrent dedens leur cité un des estendars des Angloys. Et lors que celle escarmousche se faisoit, entrèrent dedens la ville les vivres et artillerie que la Pucelle avoit conduits jusques à Checy1292.
Ainsi fut justifiée sa promesse, que le convoi entrerait dans la ville, sans que les Anglais fissent rien pour l’en empêcher1293.
20Vers six heures et demie du soir, Jeanne d’Arc et les chefs de guerre restés auprès d’elle, partirent à leur tour de Chécy, et se dirigèrent par terre1294 vers la porte orientale de la ville assiégée. Les Anglais ne mirent aucun obstacle au passage de la jeune inspirée1295. Le Journal d’un bourgeois de Paris entre à ce sujet dans quelques détails qu’on ne trouve point ailleurs.
En celluy temps, (dit-il), y avoit une Pucelle, comme on disoit, sur la rivière de Loire, qui se disoit prophète, et disoit : telle chose adviendra pour vray ; et estoit contraire au regent de France et à ses aidants. Et disoit on que maulgré tous ceulx qui tenoient le siège devant Orléans, elle entra en la cité à tout grant foyson d’Arminaz et grant quantité de vivres ; que oncques ceulx de l’ost ne s’en meurent ; et si, les véoient passer à ung traict d’arc près d’eulx. Et si, avoient si grant nécessité de vivres, que ung homme eust bien mangé pour trois blancs de pain à son disner1296.
La Pucelle arriva à huit heures à la porte de la ville1297.
Elle y entra armée de toutes pièces, 21montée sur un cheval blanc1298, et faisoit porter devant elle son estendart, qui estoit pareillement blanc, ouquel avoit deux anges tenant 22chacun une fleur de lis en leur main ; et où panon, estoit paincte comme une annonciation, c’est l’image de Nostre Dame, ayant devant elle un ange lui présentant un lis. Elle, ainsi entrant dedens Orléans, avoit à son costé senestre le bastard d’Orléans, armé et monté moult richement. Et après venoient plusieurs aultres nobles et vaillans seigneurs, escuiers, capitaines et gens de guerre, sans aulcuns de la garnison, et aussi des bourgeois d’Orléans, qui luy estoient allez au devant. D’aultre part la vindrent recepvoir les aultres gens de guerre, bourgois et bourgoises d’Orleans, portans grant nombre de torches, et faisant telle joye comme s’ils veissent Dieu descendu entre eulx, et non sans cause ; car ilz avoient plusieurs ennuys, et travaulz, et peines, et, qui pis est, grant doubte de non estre secouruz, et perdre tous corps et biens. Mais ilz se sentoient jà tout réconfortez, et comme desassiegez, par la vertu divine qu’on leur avoit dit estre en ceste simple Pucelle, qu’ilz regardoient moult affectueusement, tant hommes, femmes, que petits enffans. Et y avoit moult merveilleuse presse à toucher à elle ou au cheval sur quoy elle estoit. Tellement que l’ung de ceulx qui portoient les torches, s’approucha tant de son estendart, que le feu se print au panon. Pour quoy elle frappa son cheval des 23espérons, et le tourna autant gentement jusques au panon, dont elle en esteignit, comme s’elle eust longuement suivy les guerres : ce que les gens d’armes tindrent à grandes merveilles, et les bourgois d’Orleans aussi. Lesquelz l’accompagnoient au long de leur ville et cité, faisans moult grant chiere (réjouissance)1299.
Quelque fatiguée que dût être la jeune guerrière, elle voulut avant tout aller à la principale église rendre d’humbles actions de grâces à Dieu son créateur1300. On l’y suivit en foule ; on croyait voir en elle un ange de Dieu, Elle répondait aux acclamations de la multitude par des paroles pleines de bonté et de douceur ; elle exhortait le peuple à espérer en Dieu, et assurait que s’il avait foi et confiance il échapperait aux fureurs de ses ennemis1301.
Et par très grant honneur la conduisirent tous jusques auprès de la porte Regnart, en l’hostel de Jacques Boucher1302, pour lors trésorier du duc d’Orléans1303, un des notables bourgois d’icelle cité, lequel avait espousé une des notables 4femmes d’icelle1304, où elle fut reçeue à très grant joye1305, et où elle se fit desarmer. Et est vray que depuis le matin jusques au soir, elle avoit chevauché tout armée, sans descendre, boire ne manger. On luy avoit fait appareiller à souper bien et honorablement : mais elle fit seulement mectre du vin dans une tasse d’argent, où elle mit la moitié d’eau, et cinq à six soupes (menues tranches de pain) dedens, qu’elle mangea, et ne print aultre chose ce jour pour manger ny boire : puis s’alla coucher en la chambre qui luy avoit esté ordonnée (préparée) ; et avecques elle estoient la femme et la fille dudit trésorier, laquelle fille coucha la nuict avec ladite Jehanne1306.
Le chevalier d’Aulon1307, Pierre d’Arc1308, Jean de Metz et 25Bertrand de Poulengy, qui ne l’avaient pas quittée, furent logés dans la même maison1309.
Et ainsi vint ladite Pucelle en la ville d’Orléans, le penultiesme jour d’avril, l’an mil quatre cent vingt neuf1310.
Le maréchal de Boussac (Sainte-Sévère), qui apparemment n’avait pas voulu quitter la Pucelle avant qu’elle fût en sûreté dans la ville, en ressortit alors, et voyagea toute la nuit par la rive droite du fleuve pour aller rejoindre l’armée royale au pont de Blois1311.
(Samedi 30 avril 1429) Le lendemain matin, Jeanne d’Arc se rendit chez Dunois pour conférer avec lui sur ce qu’on avait à faire1312. Il paraît que son page, Louis de Contes, l’accompagna, mais seulement jusqu’à la porte de l’appartement du prince1313, et que le chevalier d’Aulon y entra avec elle1314. On tint conseil. Jeanne était d’avis que sans attendre davantage, on profitât de l’ardeur et de la bonne volonté des Orléanais pour donner l’assaut aux bastilles anglaises1315 ; La Hire et Florent d’Illiers partageaient le même avis ; mais plusieurs autres 26chefs de guerre voulaient qu’on n’entreprît rien avant l’arrivée de l’armée. La discussion s’échauffa par degrés ; Jeanne d’Arc, forte des ordres du roi, qui avait commandé qu’on lui obéît en tout, et de l’autorité émanée du ciel dont elle se croyait investie, ne se montrait nullement disposée à céder aux opinions de ces mêmes chefs, dont les conseils timides avaient eu pour résultat la veille les plus fâcheux inconvénients. Jean de Gamaches, frère de Guillaume II, comte de Gamaches, qui fut grand-veneur de France, fut blessé de voir qu’elle allait l’emporter par l’ascendant de son enthousiasme et de son génie. Humilié de la supériorité qu’une fille sans naissance exerçait sur tant de chevaliers, et de la noble fierté avec laquelle elle lui répondait dans une discussion où il s’exprimait à son égard avec une hauteur au moins déplacée,
riotte s’en esmeut, tant qu’il ne put reffrener son ire, disant : Puis qu’ainsi est, chevaliers, azener l’advis d’une péronnelle de bas lieu mieulx que celluy d’ung chevalier tel que suis, plus me rebifferois à l’encontre : je fairois parler en temps et lieu mon branc (cimeterre) et seroi peutestre occis : mais ainsi le veul, pour le roy et mon honneur, et onc dès ichi je deffais ma bannière, et ne suis plus qu’ung pauvre escuyer ; d’autant que j’aime mieulx homme noble pour maistre qu’une femme qui fut peutestre, qui çà, onc 27ne sçois.
Il ploya à ces mots sa bannière, et la remit à Dunois. Celui-ci, qui voyait avec peine un débat qui pouvait avoir des conséquences dangereuses, en divisant en deux partis ennemis des chefs dont l’union et le concours lui semblaient absolument indispensables pour opérer la délivrance de la ville assiégée, fit les plus grands efforts pour rapprocher Jean de Gamaches et la Pucelle, et fut secondé par des capitaines prudents et véritablement dévoués aux intérêts du roi. On parvint à les apaiser, et par l’avis des chefs,
li firent baisier en la joue la Pucelle : ce que firent les deux avec rechin1316.
On remit aux voix la question, et il fut enfin décidé qu’on n’attaquerait point l’ennemi avant l’arrivée de l’armée ; mais en même temps, et comme pour donner quelque satisfaction à la Pucelle, on arrêta que plusieurs chefs de guerre iraient jusqu’à Blois au-devant de l’armée pour accélérer sa venue.
Pour laquelle chose mectre à exécution, et pour iceulx amener en ladite cité, furent commis mondit seigneur de Dunoys, d’Aulon, et certains aultres capitaines avecques leurs gens1317.
Jeanne retourna alors à sa demeure, et dans le chemin elle paraissait fort irritée 28de ce que, disait-elle,
… il avait été appointé qu’on n’irait pas ce jour-là à l’assaut des bastilles1318.
Son impatience et son mécontentement étaient vivement partagés par Florent d’Illiers, et surtout par La Hire, dont l’impétuosité gasconne s’accommodait peu des prudentes lenteurs de quelques chefs. Si bien qu’usant de l’indépendance presque absolue dont la faiblesse du gouvernement et les usages du siècle laissaient jouir les chefs de guerre, ils firent une sortie par la porte de Paris, avec plusieurs autres chevaliers et écuyers de la garnison, à la tête de leurs hommes d’armes et de quelques citoyens d’Orléans.
Et chargèrent, estendars desployez, sur l’ost (camp ou parc) des Angloys, tant qu’ilz les feirent reculler, et gaignerent la place là où ilz avoient faict le guet, qu’ilz tenoient lors à la place de Saint Pouair, à deux traictz d’arc de la ville : pour quoy on cria fort tout au long de la cité, à celle heure, que chacun apportast feurres, pailles et fagotz, pour bouter le feu es logis des Angloys dedans leur ost. Mais on n’en fit riens, obstant que les Angloys feirent terribles criz, et se mirent tous en ordonnance. Et parce, s’en retournèrent les Françoys, combien qu’avant leur retour y avoit eu 29très forte et longue escarmouche, durant laquelle tirèrent merveilleusement les canons, couleuvrines, et bombardes, tant que plusieurs furent tuez, blecez, et prins prisonniers d’ung parti et d’aultre1319.
Jeanne d’Arc n’avait pas été découragée par le peu de succès de la première sommation qu’elle avait faite aux Anglais ; et, puisqu’on différait encore à les attaquer, elle voulut profiter au moins de ce délai pour renouveler sa démarche pacifique.
Elle envoya donc deux hérauts d’armes, Ambleville et Guyenne, à la bastille Saint-Laurent1320, porter à Talbot1321, au comte de Suffolk et au seigneur de Scales1322, une lettre1323 qui n’était probablement qu’une copie ou duplicata de celle qu’elle leur avait adressée de Blois. Non-seulement la substance de cette nouvelle sommation, rapportée par plusieurs témoins, s’accorde parfaitement avec celle de la lettre expédiée 30de Blois. L’un de ces témoins, qui avait lu celle dont il est maintenant question, nous en à conservé quelques expressions, autant que sa mémoire pouvait le lui rappeler, et ces expressions se trouvent à peu de choses près dans la lettre que j’ai déjà rapportée.
Messires vous mande, (disait-elle dans sa nouvelle sommation), que vous en aliez en vostre pais, car c’est son plaisir ; ou si non, je vous feray un tel ha haj1324.
Quant les seigneurs et capitaines angloys eurent leues et entendues les lectres, ilz furent corroucez à merveilles. Et où despit de la Pucelle, disans d’elle moult de villaines paroles, et par especial l’appellant ribaulde, vachiere, la menaçans de la faire brusler, retindrent le herault porteur des lectres (c’était Guienne), tenans à mocquerie tout ce qu’elle leur avoit escript1325.
Selon d’autres chroniques :
Les ditz Angloys prindrent ledit herault, et jugerent qu’il seroit ars (brûlé) ; et feirent faire l’attache pour le ardoir. Toutefois, avant d’exécuter ce dessein, ils jugèrent à propos de consulter l’université de Paris, et lui écrivirent pour lui soumettre la chose1326.
31Ils renvoyèrent cependant Ambleville à la Pucelle pour lui faire connaître le sort qu’ils réservaient à son compagnon1327.
— Que dit Talbot ? lui demanda la jeune guerrière aussitôt qu’elle l’aperçut.
Le héraut répondit
que luy et tous les aultres Angloys disoient d’elle tous les maux qu’ilz povoient, et que s’ilz la tenoient, ils la feroient ardoir (brûler). — Or t’en retourne, (lui dit-elle), et ne fais aulcun doubte que tu rameneras ton compagnon. Et dis à Talbot que s’il s’arme, je m’armeray aussi : et qu’il se trouve en place devant la ville : et s’il me peut prendre qu’il me fasse ardoir ; et si je le desconfis, qu’il fasse lever les sièges, et s’en aillent en leur pays1328.
Espèce de défi que l’Achille anglais, c’est ainsi que le nomme un de leurs historiens1329, ne jugea pas à propos d’accepter. Il paraît, au reste, qu’Ambleville, effrayé des menaces des Anglais, n’osa pas sur-le-champ exécuter sa commission, et attendit, pour s’aller présenter encore devant eux, que Dunois, qui allait partir pour Blois, fût de retour à Orléans. Cependant 32 Jeanne d’Arc ne montrait aucune inquiétude sur le sort du héraut qu’ils avaient retenu prisonnier.
— En mon Dieu, — disait-elle, — ilz ne luy feront point de mal1330.
Pour se faire une juste idée du crime dont les Anglais se rendaient coupables en jetant dans les fers, au mépris du droit des gens et des lois de la chevalerie, un envoyé revêtu d’un caractère révéré chez toutes les nations, il faut se rappeler ce qu’étaient les hérauts d’armes dans les temps héroïques et chevaleresques. L’institution de ces représentants des rois et des peuples, destinés à entretenir, au milieu de la guerre, des relations pacifiques entre les états et les princes, remonte au berceau de l’histoire et se perd dans la nuit des siècles. On voit dans l’Iliade des hérauts porter au roi des rois les messages de Priam et d’Hector. Agamemnon envoie les hérauts Eurybate et Talthybios enlever la belle Briséis de la tente du fils de Pelée ; et tel est le respect du fougueux Achille pour ces ministres de Jupiter et des hommes, qu’il ne s’oppose point à ce qu’ils exécutent les ordres qu’ils ont reçus1331. Les Bardes paraissent avoir rempli le même emploi chez les Gaulois nos aïeux, et la harpe de ces chantres sacrés, qui faisaient partie de l’ordre sacerdotal1332, 33ne faisait point en vain retentir des accents pacifiques devant la barrière des camps, ou sous les sombres murs des palais des chefs1333. Les féciaux et les pères-patrats des Romains étaient révérés d’un bout du monde à l’autre avant même que leur aigle victorieuse eût parcouru la terre. En France, l’institution des hérauts et rois d’armes est aussi ancienne que la monarchie. Ces ministres d’un prince et d’un peuple guerriers étaient divisés en trois classes, sous les noms de chevaucheurs, de poursuivants et de hérauts d’armes. Un chef suprême, appelé roi d’armes, exerçait sur ces diverses hiérarchies une autorité presque absolue. On ne parvenait aux différents degrés de l’ordre que successivement, et après un certain nombre d’années de service dans les cours et dans les armées. Les fonctions les plus pénibles, et cependant les moins importantes, étaient confiées aux chevaucheurs, qui commençaient par là à se former aux exercices de leur profession. Toujours prêts à accomplir les commissions dont il plaisait à leur seigneur de les charger, ils l’environnaient, quand il commandait l’armée, pour être à portée de recevoir ses ordres, et de les porter aux chefs de guerre répandus sur divers points de la bataille. Ces ordres étaient-ils en 34même temps plus importants, et d’une nature plus difficile ? c’est aux poursuivants d’armes qu’ils étaient confiés. Ceux-ci remplissaient à peu près les mêmes fonctions que celles dont les aides-de-camp sont chargés, de nos jours, auprès des généraux d’armée. Quand un chevaucheur passait au grade de poursuivant, un héraut le présentait au seigneur, et demandait à celui-ci quel nom il voulait lui donner. Le seigneur lui imposait ordinairement celui d’une ville de son obéissance. Le héraut, tenant le récipiendaire de la main gauche, l’appelait à haute voix par son nouveau nom, et répandait sur sa tête, inclinée sur un bassin, une coupe de vin et d’eau qu’il tenait de la main droite : cérémonie qui rappelait celle du baptême, et qui avait aux yeux des peuples un caractère presque également sacré. Le héraut prenait ensuite la tunique du seigneur, en revêtait le poursuivant, et par une singularité assez bizarre, observait qu’elle fût placée de manière que l’une des manches tombât sur la poitrine et l’autre entre les deux épaules. Le poursuivant devait toujours porter ainsi cette sorte de vêtement jusqu’au jour où il passait au grade de héraut. Ces officiers portaient toujours sur eux l’écusson des armes de leur seigneur. À la différence des simples coureurs, qui le suspendaient à leur ceinture, les chevaucheurs le portaient au bras droit, les poursuivants au bras gauche, et les 35hérauts sur la poitrine. On ne parvenait à ce dernier grade qu’après avoir exercé pendant sept années celui de poursuivant. L’usage était de recevoir les hérauts, soit à la guerre, dans un jour de bataille, soit aux couronnements des rois et des reines, soit dans la solennité d’un tournoi. Le prince, après avoir fait publiquement l’éloge de la fidélité, de la diligence, de l’honnêteté et de la discrétion de son poursuivant, déclarait qu’il le mettait au nombre de ses hérauts. Le plus ancien des hérauts dictait alors un serment, que le récipiendaire répétait après lui. Ce grade anoblissait celui à qui il était conféré. Son seigneur lui donnait ordinairement une terre ou fief, et désignait les armes ou blason qui devaient lui appartenir, et à sa descendance, à perpétuité. Le nouveau héraut changeait encore de nom : il recevait le plus souvent celui de quelque province ou du seigneur même. L’emploi des hérauts d’armes consistait principalement à représenter la personne du prince dans les négociations dont ils étaient chargés, traités de mariage entre les grands, propositions de paix, défis de bataille. Voilà pourquoi ils étaient revêtus des mêmes habits que les seigneurs au service desquels ils étaient attachés, La considération dont ils jouissaient était proportionnée à la qualité du prince dont ils étaient les officiers. Ils assistaient en général à toutes les actions militaires, aux combats en 36champ clos, aux tournois, aux mariages, aux couronnements, aux réjouissances, enfin à toutes les solennités publiques où nos aïeux mêlaient toujours un appareil guerrier. On a dit plus haut que ces divers officiers, chevaucheurs, poursuivants et hérauts, étaient subordonnés aux rois d’armes. On ne peut mieux faire connaître les fonctions et les prérogatives de ces derniers, qu’en rapportant ce qui se pratiquait à la réception du premier des rois d’armes ; c’était celui qui avait l’honneur de représenter le roi de France. On le nommait Montjoie. Le jour choisi pour cette cérémonie (et c’était ordinairement celui de quelque fête solennelle), le récipiendaire se rendait au palais où le roi se trouvait alors. Les valets-de-chambre du prince l’attendaient dans l’appartement qui lui était destiné. On le revêtait des habits royaux comme si c’eût été le roi même. Lorsque le monarque était prêt à se rendre à l’église ou à la chapelle de son palais pour entendre la messe, le connétable de France, ou, à son défaut, les maréchaux du royaume, y conduisaient l’élu, précédé des hérauts et rois d’armes des différentes provinces qui se trouvaient alors à la cour. Ils le plaçaient en face du grand autel, sur une chaire (chaise à bras) couverte d’un tapis de velours, au-dessous de l’oratoire du roi. À l’aspect du monarque, le récipiendaire se levait de sa chaire, se mettait à genoux devant lui, et 37prononçait à haute voix le serment qui lui était dicté parle connétable ou le premier maréchal. Après le serment, le connétable lui ôtait le manteau royal, prenait une épée des mains d’un chevalier, et la présentait au roi, qui s’en servait pour conférer l’ordre de la chevalerie au récipiendaire s’il n’était pas encore chevalier. Le connétable prenait ensuite la cotte d’arme, portée par un autre chevalier au bout d’une lance ; il la donnait au prince, qui en revêtait lui-même l’élu, en lui disant :
— Messire tel, par ceste cotte d’armes et blason couronné de nos armes, nous t’establissons perpétuellement en l’office de roy d’armes.
Et lui posant sur la tête la couronne royale, qui lui était présentée avec la même cérémonie, il ajoutait :
— Nostre roy d’armes, par ceste couronne, nous te nommons par nom Montjoie, qui est nostre roy d’armes, au nom de Dieu, de Nostre Dame sa benoicte mère, et de monseigneur sainct Denys nostre patron.
Les hérauts et poursuivants s’écriaient alors par trois fois :
— Montjoie Saint Denys !
Le roi rentrait dans son oratoire ; le roi d’armes se replaçait sur sa chaire, où il demeurait assis pendant tout le service divin, tandis que les rois et hérauts d’armes tenaient le manteau royal étendu derrière lui contre le mur. Après l’office, le roi d’armes suivait le roi dans son palais, où les tables étaient dressées pour le festin. Il prenait 38place au haut bout de la seconde table. Pendant le repas il était servi par deux écuyers, et avait devant lui une coupe dorée. Quelquefois, mais rarement, le roi d’armes était admis à la table du roi, lorsque sa naissance lui permettait de prétendre à un pareil honneur. Il ne s’en trouve que deux exemples dans notre histoire : Le premier est celui de Robert d’Orfin, sous Dagobert ; et le second, celui de François de Roussy, roi d’armes sous Philippe Auguste. À la fin du repas le roi se faisait apporter la coupé dorée qui avait servi à messire Montjoie, et y mettait, en or ou en argent, la somme dont il voulait le gratifier. On prenait ensuite les épices et le vin du congié ; et le roi d’armes, avant de se retirer, présentait au monarque celui des hérauts qu’il choisissait pour son maréchal d’armes. Montjoie, paré de la cotte d’armes, et la couronne en tête, se rendait ensuite à son hôtel, toujours escorté du connétable ou des maréchaux, et des hérauts et poursuivants. Un des valets-de-chambre du roi l’attendait dans son appartement, et lui présentait de la part du prince une couronne et un habillement complet de chevalier.
Ces officiers, et surtout le roi d’armes, jouissaient de privilèges et d’exemptions sans nombre. Leurs personnes étaient sacrées. Également employés pendant la paix et pendant la guerre, amis et ennemis avaient pour eux le même respect. 39La plupart des commissions où il fallait représenter le souverain ou la nation leur étaient confiées ; ils s’obligeaient, entre autres choses, par serment, à procurer en toute occasion et à conserver l’honneur des dames et damoiselles.
Si vous en entendez blasmer quelqu’une, (était-il dit dans leurs statuts), vous honnestement les reprendrés.
Ils devaient un secret inviolable à tout le monde, en sorte qu’ils n’excitaient la défiance d’aucun parti. Il ne leur était pas même permis de révéler à leur seigneur les entreprises secrètes de ses adversaires lorsqu’on les avait une fois confiées à leur discrétion1334. Que l’on juge maintenant de l’indignation dont la conduite des Anglais à l’égard du héraut de la Pucelle dut enflammer les Français, la nation la plus chevaleresque de l’Europe. Dunois, usant de représailles, fit arrêter sur-le-champ plusieurs hérauts anglais qui avaient été envoyés dans Orléans par quelques seigneurs de l’armée ennemie, pour traiter de la rançon d’un certain nombre de prisonniers de leur nation, et déclara qu’ils répondraient sur leur tête de la vie du héraut français1335.
J’ai dit que les Orléanais avaient élevé une redoute 40sur le pont, vis-à-vis le boulevard que les Anglais avaient construit de ce côté des Tournelles. Cette redoute, appelée le boulevard de la Belle-Croix, était si proche de la redoute anglaise, qu’on pouvait, en élevant la voix, se faire entendre facilement de l’une à l’autre1336. Jeanne d’Arc résolut de s’y rendre vers le soir, et de sommer elle-même, de vive voix, les Anglais qui tenaient ce côté du siège1337. À sa vue, attirés par la curiosité, ils accoururent en foule sur leurs fortifications. Elle leur commanda, au nom de Dieu, de s’éloigner, et de ne pas la réduire à la nécessité de les y contraindre par les armes1338 ;
que sinon, mal leur en adviendroit et honte à tretous1339.
D’autres assurent qu’elle les somma de se rendre,
leurs vies saulves seulement1340. Mais Glacidas (Glasdale) et ceulx de sa rote respondirent villainement, l’injuriant et appellant vachiere, comme devant ; criant moult hault qu’ilz la feroient ardoir, s’ilz la povoient tenir1341.
Un chef de guerre, appelé le bâtard de Granville, se fit surtout remarquer par son acharnement.
— Penses-tu, disait-il à la jeune 41inspirée, que des chevaliers veuillent fuir devant une femme ? et tournant contre les Français qui raccompagnaient une partie de sa fureur, il les appelait masquereaux mescreans1342.
Jeanne d’Arc ne put contenir entièrement son indignation1343 : elle répondit à Glasdale, qui l’appelait ribaulde et p***1344
qu’il mentoit1345 ; que maulgré eulx tous ilz partiroient bien bref ; mais il ne le verroit jà, et si seroient grant partie de sa gent tuez1346.
Elle s’éloigna rapidement à ces mots, et rentra dans la ville1347.
Avec quelque mépris que les Anglais affectassent de traiter la Pucelle, il est certain que ses prophéties avaient déjà fait une grande impression sur leur esprit. Du moment qu’ils eurent reçu sa sommation, ces mêmes guerriers qui, au nombre de deux cents hommes seulement, repoussaient mille Français, n’osaient presque plus sortir de leurs parcs et de leurs bastilles ; quatre ou cinq cents hommes du parti du roi combattaient chaque jour contre toute la puissance des Anglais, et les chassaient jusque dans leurs refuges1348.
(Dimanche 1er mai 1429) 42 Le lendemain, Dunois, d’Aulon et les autres capitaines qui devaient aller à Blois hâter la venue de l’armée, se disposant à partir, Jeanne d’Arc, aussitôt qu’elle en fut informée, se revêtit de ses armes, monta à cheval, et, accompagnée de La Hire,
avecques certaine quantité de ses gens yssy (sortit) hors aux champs, pour garder que lesditz ennemis ne leur portassent dommage.
Elle se plaça entre la ville et le camp ou parc établi par les Anglais près de Saint-Laurent, afin de les tenir en échec, et de donner à Dunois et à ses compagnons le temps de passer entre la bastille de Saint-Laurent et celle de Londres. Les Anglais n’osèrent sortir de leurs retranchements ; et
nonobstant la grant puissance et nombre de gens de guerre estans en l’ost desdits ennemis, toute fois, la mercy Dieu, passèrent lesdits seigneur Dunois et d’Aulon, avecques toutes leurs gens, et seurement allèrent leur chemin.
Jeanne d’Arc ne se retira que quand on les eut entièrement perdus de vue, et qu’il n’y eut plus rien à craindre pour eux1349. Ainsi une jeune fille, un enfant sans expérience, faisait déjà, par sa seule présence, la sûreté des plus vaillants guerriers ; et, sans avoir encore tiré l’épée, n’avait qu’à paraître pour envoyer la terreur parmi les ennemis. Avant 43de rentrer dans Orléans, la jeune guerrière profita du voisinage où elle se trouvait des fortifications élevées par les Anglais, à l’endroit appelé la Croix-Morin, pour s’en approcher, et leur faire de vive voix la même sommation qu’elle avait faite à ceux des Tournelles.
— Retournez, de par Dieu, en Angleterre, leur disait-elle, ou je vous ferai courroucez.
Mais ils crurent se venger par des injures, comme les guerriers des Tournelles, de la terreur qu’elle leur inspirait. Plus maîtresse de soi que la veille, Jeanne les regarda en pitié, et se retira sans leur répondre1350.
Rentrée dans Orléans, elle fut obligée de parcourir la ville pour satisfaire au vœu des habitants.
Celuy jour aussi chevaucha par la cité la Pucelle, accompagnée de plusieurs chevaliers et escuyers, parce que ceulx d’Orléans avoient si grant volunté de la veoir, qu’ilz rompoient presque l’huy (la porte) de l’hostel où elle estoit logée : pour laquelle veoir avoit tant grans gens de la cité par les rues où elle passoit, qu’à grant peine y pouvoit on passer, car le peuple ne se pouvoit saouler de la veoir. Et moult sembloit à tous estre grans merveilles, comment elle se pouvoit tenir si gentement à cheval comme elle faisoit. Et à la vérité aussi elle se maintenoit 44aussi haultement en toutes manières, comme eust sceu faire un homme d’armes suivant la guerre dès sa jeunesse1351.
La vie exemplaire de cette jeune fille, les récits qu’en faisaient ceux qui avaient le bonheur de l’approcher, ajoutaient de plus en plus à l’enthousiasme. On peut affirmer que si Jeanne d’Arc entraîna les esprits par son génie, elle les captiva par ses vertus ; genre de magie moins brillant, mais dont l’empire est à la fois plus doux et plus durable. Sa sobriété1352, la simplicité de son langage, la pudeur de ses manières, la chasteté de sa conduite, sa piété humble et profonde1353, excitaient l’admiration, et lui gagnaient tous les cœurs. Après tant de jours consumés dans le deuil et les larmes, c’était pour les fidèles Orléanais une grande consolation que de converser avec elle1354. Elle répétait souvent à l’épouse du trésorier du duc d’Orléans, chez laquelle elle était logée, qu’elle espérât en Dieu ; que Dieu secourrait la ville d’Orléans, et mettrait ses ennemis en fuite1355.
Les bontés de la Providence 45 étaient l’objet presque continuel de ses entretiens.
— Messire, répétait-elle sans cesse, Messire m’a envoyée pour secourir la ville d’Orléans1356.
L’épouse de Pierre Milet, qui allait la voir souvent, rend témoignage de sa piété1357. La jeune Charlotte, fille de ses hôtes, qui partageait régulièrement sa couche, rapportait qu’elle avait toujours vu en elle autant de chasteté que d’humilité et de douceur1358. Simple et timide, elle fuyait les hommages ; et, quand la nécessité des opérations de la guerre ne l’obligeait pas à demeurer parmi les hommes, elle recherchait avec soin, et préférait à tout la retraite et la solitude1359. Assidue à l’église1360, au moment où le prêtre élevait vers le ciel et présentait à Dieu la victime immortelle, des torrents de larmes s’échappaient de ses yeux1361. Non-seulement elle se confessait et communiait souvent1362, mais elle exhortait continuellement les guerriers à imiter son exemple, et réussit à en persuader 46plusieurs1363. La Hire, entre autres, vint incliner son front belliqueux devant le tribunal auguste de la pénitence1364. Quelques hommes d’armes, qui avaient jusqu’alors mené une vie extrêmement dissolue, furent convertis par les discours de cette jeune fille, et renoncèrent à leurs habitudes criminelles1365. Ennemie des jurements et des blasphèmes, elle reprenait avec une sévérité et une force étonnantes pour son sexe et pour son âge les guerriers qui insultaient au nom de Dieu1366. La Hire, accoutumé à se servir continuellement de ces expressions répréhensibles auxquelles une longue habitude finit par ôter toute espèce de sens, ne pouvait réussir à s’en défaire ; malgré ses promesses et sa bonne volonté, sans cesse, dans l’entraînement d’une conversation animée par la vivacité naturelle aux hommes de son pays, le mot coupable, la formule proscrite, venaient se placer à son insu sur ses lèvres, et affligeaient d’autant plus la jeune guerrière, que, rendant justice au zèle pour son roi, et a la foi simple et sincère qui caractérisaient ce loyal chevalier, elle avait vivement à cœur de le 47rendre en tout digne de sa gloire et de lui-même. Elle imagina un moyen assez singulier de tout concilier. Puisqu’il fallait absolument des jurons à La Hire, elle en inventa un dont la formule innocente ne pouvait alarmer ses scrupules ; elle l’engagea à ne plus jurer désormais que par son bâton. La Hire y consentit ; et tel était l’ascendant qu’elle exerçait sur ce guerrier, qu’il s’accoutuma en effet à ne jurer que par son bâton, du moins en présence de la jeune sainte1367.
(Lundi 2 mai 1429) Quoique restée dans Orléans avec des forces très-peu considérables, Jeanne d Arc ne crut pas devoir se renfermer dans ses murs, et voulut prendre une connaissance plus exacte de la position et de l’étendue des fortifications anglaises.
Le lundy, deuxiesme jour de may, se partit d’Orléans la Pucelle estant à cheval, et alla sur le champs visiter les bastilles et ost (camps) des Angloys ; après laquelle couroit le peuple à très grant foulle, prenant moult grant plaisir à la veoir et estre entour d’elle1368.
Sa confiance et sa sécurité avaient passé dans tous les cœurs ; la terreur, fuyant devant elle comme un vain fantôme, s’était réfugiée dans les forteresses ennemies. Ni Scales, ni Suffolk, ni Talbot, n’osèrent sortir de leurs retranchements, et 48tomber sur cette multitude désarmée, qu’il aurait été, ce semble, si facile de disperser et de tailler en pièces. La jeune guerrière parcourut tranquillement la ligne formée par les bastilles et les redoutes à l’occident, au nord et à l’orient de la place. Selon une chronique du temps, l’amiral Louis de Culant l’accompagnait dans cette reconnaissance1369.
Et quant eu veu et regardé à son plaisir les fortifications des Angloys, elle s’en retourna en l’église Saincte Croix d’Orleans, dedens la cité, où elle oyt (entendu) les vespres1370.
L’événement prouva que les inquiétudes manifestées par la Pucelle, lorsqu’il lui avait fallu se séparer de son armée, n’avaient pas été sans fondement. Revenues à Blois, les troupes s’y arrêtèrent au lieu de retourner, comme on était convenu, vers Orléans, par la rive droite du fleuve. On tint conseil, sous la présidence de Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France (qui était resté dans cette ville), pour savoir ce qu’on devait faire1371 ; comme s’il eût été temps d’agiter une question déjà résolue, les chefs de guerre (le maréchal de Rais et messire Ambroise de Loré) ayant donné à la Pucelle leur 49parole de revenir. Quoique leur désir fût de tenir leur promesse, les sentiments du chancelier n’étant pas, comme on l’a vu, favorables à la jeune inspirée, on ne peut dire quel eût été le résultat de cette délibération, si Dunois ne fût arrivé à temps pour y prendre part.
[Ce jeune prince] parla ausditz chancelier et capitaines, en les requerant, et priant, qu’on fist pour le secours d’icelle ville du mieulx qu’on pourroit ; remonstrant que si ceste compaignée se despartoit, icelle ville estoiten dangier de se perdre. Sur quoy il fut conclu par tous de retourner, et y faire entrer de rechef vivres par force, et qu’on iroit par le costé de la Beausse, où estoit la puissance des Angloys, en la grande bastille1372.
(Mardi 3 mai 1429) L’armée repartit donc enfin de Blois, remonta la rive droite du fleuve, et s’arrêta, à l’entrée de la nuit, à mi-chemin d’Orléans. (Mercredi 4 mai) Elle se remit en route le lendemain, et s’avança rapidement vers la ville assiégée1373.
On n’était pas cependant sans inquiétude à Orléans sur la venue de l’armée, et même sur le sort du maréchal de Sainte-Sévère, qui était parti pour Blois, pendant la nuit, aussitôt après l’arrivée de Jeanne d’Arc, pour aller au-devant des troupes, et 50dont, depuis ce temps, on n’avait reçu aucune nouvelle. La jeune inspirée ne partageait point ces alarmes.
Le maréchal vient, — disait-elle, — et je sais bien qu’il ne lui arrivera aucun mal1374.
Soit que des coureurs l’eussent devancée, soit qu’on eût aperçu du haut des tours l’éclat des lances et des armures, on annonça bientôt en effet que l’armée française s’avançait du côté de l’occident, et se dirigeait vers la ville par le chemin qui passait entre les bastilles de Londres1375 et de Saint-Laurent. À cette nouvelle, la Pucelle monta à cheval et sortit d’Orléans, accompagnée de Villars, de Florent d’Illiers, de La Hire, d’Alain Giron, de Jamet du Tillay, de plusieurs autres chevaliers et écuyers, et d’une partie de la garnison ; sa troupe montait en tout à cinq cents combattants1376.
Et s’en alla au devant du bastard d’Orléans, du mareschal de Rays, du mareschal de Saincte Severe, du baron de Coulonces, et de plusieurs aultres chevaliers et escuiers, avecques aultres gens de guerre habillez de guisarmes et mailletz de plomb, qui amenoient vivres que ceulx de Bourges, Angiers, 51Tours, Bloys, envoyoient à ceulx d’Orleans1377.
Son intention était de contenir les Anglais par sa présence, de veiller sur les Français, et de
leur subvenir et secourir, se besoing eust esté1378.
Mais les ennemis, malgré l’appât d’un riche butin, n’osèrent paraître dans la plaine1379. Armés et prêts à combattre, du haut de leurs fortifications, qu’ils couvraient d’une multitude innombrable, ils voyaient s’avancer entre leurs bastilles l’armée française (poignée d’hommes comparée à la leur), qui, précédée des prêtres de Blois et du chapelain de la Pucelle, portant à leur tête la bannière protectrice dont elle leur avait fait don, marchait en bon ordre, d’un pas lent et solennel, vers le terme de sa carrière1380. Ils distinguaient les traits des chefs, ils entendaient les chants des prêtres1381 ; frappés d’une terreur profonde et inexplicable, ils restaient immobiles ;
Une stupeur invincible, un silence de mort, régnaient parmi ces mêmes troupes, naguère encore si exaltées par la victoire, et si audacieuses dans les combats1382 ;
on eût dit qu’une 52puissance plus qu’humaine les enchaînait sur leurs retranchements.
Et au veu et sceu desditz, ennemis, entrèrent lesditz Pucelle, de Dunois, mareschal La Hire, d’Aulon, et leursdits gens, en icelle cité, sans contradiction quelxconques1383.
Ils furent reçus dans la ville avec la plus grande joie1384, aux acclamations d’un peuple livré à tous les transports de l’enthousiasme et de l’espérance ; et la jeune prophétesse prédit aux Orléanais que dans cinq jours il ne resterait pas un Anglais devant leurs murs1385.
Le comte de Suffolk, — dit l’auteur de l’histoire d’Angleterre la plus impartiale et la plus estimée, — se trouvait dans une situation fort extraordinaire, et de nature à confondre l’homme le plus habile et le plus courageux. Il voyait ses troupes effrayées, et fortement frappées de l’idée qu’une influence divine accompagnait la Pucelle. Au lieu d’appeler à son secours, pour bannir ces vaines terreurs, l’agitation et le mouvement de la guerre, il crut devoir attendre que ses soldats fussent revenus de leur premier effroi, et il donna par là à ces dangereuses préventions le temps de se graver plus profondément dans leurs esprits. Les préceptes militaires, 53bons à suivre dans les cas ordinaires, le trompèrent dans des circonstances qui sortaient des règles communes. Les Anglais sentirent leur courage dompté et abattu, et en inférèrent que la vengeance divine pesait sur eux. Les Français tirèrent la même conséquence d’une inaction si nouvelle et si inattendue. Tout changea à la fois dans l’opinion des hommes, véritable arbitre des événements ; et l’audace, résultat naturel d’une longue suite de succès, passa subitement des vainqueurs aux vaincus1386.
Jeanne retourna à sa demeure, où elle dîna avec le chevalier d’Aulon1387. On dînait alors vers dix heures du matin1388. Le repas de la Pucelle ne dut pas être long ; car elle était d’une grande sobriété1389, ne mangeant quelquefois qu’un morceau de pain dans toute une journée, et ne faisant jamais plus de deux repas1390. C’était un sujet d’étonnement et d’admiration qu’elle pût soutenir ses forces avec si peu d’aliments1391.
Dunois vint dans l’après-dîner rendre visite à la jeune guerrière. Il lui dit, entre autres choses,
qu’il avoit sceu pour vray, par gens de bien, que ung nommé Ffastolf (Fastolf), capitaine desdits ennemis, devoit brief venir par devers iceulx ennemis estans oùdit siege, pour leur donner secours et renforcier leur ost, comme aussi pour les advitailler ; et qu’il estoit déjà à Yenville (Janville) : desquelles paroles ladite Pucelle fut toute resjoye (réjouie)1393.
Cependant, contrariée dans toutes ses résolutions, souvent trompée par des chefs qui ne pouvaient-que difficilement se déterminer à sacrifier leur expérience aux inspirations d’une jeune fille sans instruction et sans naissance, elle se défiait maintenant de tout ce qu’ils lui promettaient ; et elle crut apercevoir dans l’air et l’accent du jeune prince, le projet de lui cacher, pour l’éprouver, l’instant précis où Fastolf s’approcherait d’Orléans. Cette pensée révolta la jeune guerrière. Croyant enfin devoir faire respecter l’autorité dont le roi l’avait investie :
— Bastart ! bastart ! s’écria-t-elle, où nom de Dieu, je te commande, que tantost que tu sçauras la venue dudit Ffastolf, que tu le me faces sçavoir ; car, s’il passe sans que je 55le sache, je te prometz que je te feray oster la teste1394.
On sent bien que cette menace n’avait pour but que d’imposer à l’insubordination des chefs de guerre placés sous ses ordres ; insubordination qui mettait chaque jour les intérêts du roi en péril ; mais si l’on considère l’amour prodigieux, le dévouement aveugle, l’enthousiasme presque fanatique du peuple et des soldats, on concevra que la jeune guerrière ne promettait pas au-delà de son pouvoir. Dunois en fut frappé. Il lui répondit d’un ton respectueux,
que de ce ne se doubtast, car il le luy feroit bien sçavoir1395.
Quoiqu’il ne parle point de cette particularité dans sa déposition (on devine aisément pourquoi), il est probable que la fermeté déployée par la Pucelle en cette circonstance et dans plusieurs autres, ne contribua pas peu à imprimer dans son esprit la considération qu’il lui témoigna par la suite. Tous les hommes se ressemblent en ce point, qu’une nuance de crainte peut seule changer leur estime en respect, et qu’ils ne considèrent pas longtemps ceux qu’ils peuvent impunément offenser.
Dunois s’étant retiré, d’Aulon
lequel estoit las et travaillé, se mist sur une couchete en la chambre de ladite Pucelle, pour un pou soy 56reposer ; et aussi se mist icelle avecques sadite hostesse (ou plutôt avec sa fille) sur ung aultre lit, pour pareillement soy dormir et reposer. Mais ainsi que ledit depposant commençoit à prendre son repos, soudainement icelle Pucelle se leva dudit lit, et, en faisant grant bruit, l’esveilla. Et lors luy demanda il qui parle, qu’elle vouloit ? Laquelle luy respondy : Où nom de Dieu, mon conseil m’a dit que je voise (que j’aille) contre les Angloys : mais je ne scay si je doy aller à leurs bastilles, ou contre Ffalstolf, qui les doibt advitailler1396.
Frère Jean Pasquerel et quelques autres prêtres qui venaient la voir, entrèrent en ce moment dans sa chambre, et l’entendirent s’écrier :
— Où sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule par terre1397. En mon Dieu, c’est mal fait, (ajouta-t-elle) : pourquoi ne m’a-t-on pas plus tôt éveillée1398 ? Nos gens ont bien à besoigner1399 devant une bastille, et y en a de blecez1400. Mes armes ! apportez moi mes armes ; et amenez moi mon 57 cheval1401 !
D’Aulon se hâtait de lui présenter son armure ; mais, entraînée par son impatience, elle descendit précipitamment l’escalier pour aller trouver son page Louis de Contes1402, qui causait en ce moment sur la porte du logis (qui s’esbattoit à l’huiys) avec la maîtresse de la maison1403 ; car tout, était tranquille en ce moment dans le quartier que la Pucelle habitait, et on n’y savait rien de ce qui se passait au-dehors de la ville1404.
— Ha, sanglant garçon ! (dit vivement la jeune inspirée à son page), vous ne me dyriez pas que le sang de France feust rependu !
Et elle lui ordonna d’aller seller son cheval, et de l’amener au plus vite devant la porte1405. Elle remonta dans sa chambre avec la même vivacité, et d’Aulon se hâta de la revêtir de ses armes1406.
Ainsi qu’il l’armoit, ouyrent grant bruit et grant cry que faisoient ceulx de ladite cité, en disant que les ennemis pourtoient grant dommage aux Françoys. Et adonc il qui parle (c’est d’Aulon) pareillement se fist armer : en quoy faisant, sans le sceu d’icelluy, s’en party ladite Pucelle 58de la chambre et issi en la rue1407.
Louis de Contes, qui arrivait au même instant avec le cheval de la guerrière, la trouva tout armée devant la porte. Au moment de monter à cheval, elle se rappela que dans sa précipitation elle avait oublié son étendard dans sa chambre, et elle ordonna à son page de l’aller chercher. Elle était si pressée, qu’elle n’eut pas la patience d’attendre qu’il redescendît, et lui cria de lui tendre l’étendard par la fenêtre. Il obéit1408. Aussitôt, frappant vivement son coursier des éperons, elle courut à la haie vers la porte de Bourgogne1409, tenant en main sa lance1410, ou plutôt son étendard, et pressant tellement son destrier que le feu jaillissait du pavé sous ses pas1411.
Et elle alla aussi droict comme si elle eust bien sceu le chemin auparavant ; et, toutes fois, oncques n’y avoit elle entré1412.
Louis de Contes (j’ai déjà dit que c’était un enfant de treize à quatorze ans) était resté stupéfait à sa place. La maîtresse de la maison lui dit qu’il fallait qu’il tachât de suivre et de rejoindre la Pucelle. Il monta donc à cheval, et courut 59après elle1413, ainsi que le chevalier d’Aulon, qui venait d’achever de s’armer ; mais ils ne purent la rejoindre qu’auprès de la porte de Bourgogne1414, où l’embarras occasionné par la foule des Français qui, mis en déroute par l’ennemi, rentraient en tumulte dans la ville, l’avait un moment arrêtée. Sans en parler à Dunois, sans en prévenir la Pucelle, quelques chefs étaient sortis d’Orléans,
avec grant nombre de gens de traict et du commun, et étaient allés assaillir la bastille Saint-Loup, qui estoit de grant deffence et beaucoup fortifiée, car elle avoit esté grandement bien garnie par le sire de Talbot, tant de gens, vivres, comme d’habillemens (machines de guerre)1415.
L’assaut avait été fier et merveilleux1416 ; les Français avaient même réussi d’abord à s’emparer du boulevard ou redoute avancée qui couvrait la bastille1417 ; mais la fortune n’avait pas tardé à les abandonner ; ils avaient été
fort grevez en icelluy assault1418,
et obligés de prendre la fuite. On rapportait un grand nombre de blessés dans la ville1419. Cette 60vue affligea beaucoup la Pucelle1420. Elle s’approcha de l’un d’eux, qui paraissait apparemment plus dangereusement atteint que les autres, et demanda qui il était ? On lui répondit que c’était un Français.
— Jamais, (s’écria-t-elle), je n’ai veu sang de Françoys, que les cheveux ne me levassent en sur1421 !
Plus irritée cependant que découragée par ce spectacle1422, elle poussa son cheval en avant, et sortit de la ville avec d’Aulon et plusieurs chefs de guerre qui venaient d’arriver
pour donner secours ausdits Françoys et grever lesdits ennemis à leur pouvoir1423.
S’avançant rapidement à travers les fuyards, la jeune guerrière marcha droit vers la bastille1424, couverte de ses armes, et étendard déployé1425. À sa vue les Français poussèrent un grand cri1426, et tournèrent visage. Dunois arriva sur ces entrefaites avec un renfort de troupes1427, et d’Aulon assure qu’il lui
fust advis, que oncques n’avoit veu tant de gens d’armes de leur parti comme il fist lors1428.
Cependant 61la Chronique du siège n’en élève le nombre qu’à environ quinze cents combattants.
Le commandant de la bastille, Thomas Guerrart, était alors à Montereau, dont il était capitaine (gouverneur) pour le roi d’Angleterre1429 ; mais on avait pourvu à son remplacement ; et tous les témoignages s’accordent à représenter cette forteresse comme également formidable sous le double rapport de la force de son enceinte et de la vaillance de ses défenseurs1430.
Jeanne d’Arc, arrivée devant les retranchements de la bastille, fit proclamer à son de trompe qu’aucun homme d’armes ne fût si hardi que de rien enlever de l’église de Saint-Loup1431, que les Anglais avaient renfermée dans l’enceinte de la forteresse ; puis elle ordonna aux troupes de retourner à l’assaut. La réflexion avait chassé du cœur des Anglais les terreurs inexplicables de la veille.
[Ils se] deffendirent très vaillamment l’espace de trois heures, que l’assaut dura1432,
et pendant lesquelles Jeanne d’Arc déploya autant de présence d’esprit, d’habileté et de courage que si 62elle eût fait la guerre toute sa vie1433. Outré de l’audace des Français, Talbot fit sortir de la bastille de Paris1434, de celle de Rouen et de quelques autres forteresses voisines1435, un nombre de troupes considérable, et s’avança à grant puissance au secours de la bastille assiégée1436. Les Français en furent avertis par la cloche du beffroi, qui fit retentir deux fois le signal d’alarme1437.
Par quoy le mareschal de Saincte Severe, le seigneur de Graville, le baron de Coulonces, et plusieurs aultres chevaliers, escuiers, gens de guerre et citoyens, estans en tout six cens combactans, saillirent hastivement hors d’Orleans, et se mirent aux champs en très belle ordonnance et bataille1438, entre la bastille assaillie et les aultres bastilles angloyses, attendans illec les Angloys pour les combactre1439. [Mais ceux-ci, ] quant ilz virent la manière des Françoys ainsi saillir hors et ordonnez en bataille [.] delaisserent leur entreprinse et secours de leurs compaignons1440.
Talbot lui-même, 63qui les avait appelés au combat, voyant que la jeune guerrière dirigeait ses pas de ce côté, n’osa pas paraître en pleine campagne contre un ennemi si formidable1441.
Et s’en retournerent dolens et courouciez dedans leur bastille, dont ilz estoient yssus en très grant haste1442. [Mais, ] non obstant leur retour, se deffendirent de plus en plus ceulx de la bastille1443.
Elle fut enfin emportée de vive force1444 vers l’heure des vespres1445. Tout ce qui refusa de se rendre fut passé au fil de l’épée1446. Cent quatorze Anglais y périrent, quarante furent emmenés prisonniers1447, deux cents durent prendre la fuite1448. Quelques-uns se réfugièrent dans le clocher de l’église, et s’y défendirent encore quelque temps1449. Voyant qu’ils ne pouvaient plus résister, ils se revêtirent d’habillements sacerdotaux 64qu’on y avait laissés par hasard, et se présentèrent ainsi aux Français, pensant que ces vêtements sacrés les sauveraient de la fureur des soldats. Les uns voulaient les tuer1450 ; les autres, frappés d’une sorte de respect religieux, demandaient qu’on les épargnât ; à la faveur de ce débat ils parvinrent jusqu’à l’endroit où était la Pucelle1451, et lui demandèrent la vie. La jeune guerrière feignit de croire qu’ils étaient ce qu’ils paraissaient être, défendit qu’on leur fît aucun mal1452, et dit aux troupes, qui voulaient au moins les dépouiller, qu’on ne devait rien demander aux gens d’église1453.
Elle les fit conduire ensuite à sa demeure, sans permettre, pendant le trajet, qu’on les éloignât de sa vue, parce que d’autres prisonniers avaient été mis à mort par des gens d’Orléans, et qu’elle craignait pour eux le même sort1454. Avant de quitter le champ de bataille, Jeanne, considérant le grand nombre d’Anglais qui couvraient la terre de leurs cadavres, fut saisie d’une vive douleur, et déplora amèrement qu’ils fussent morts sans confession1455. Elle voulut se confesser elle-même, sur-le-champ, 65 à son chapelain1456, parce qu’elle n’avait pas eu le temps de le faire avant de partir pour le combat1457. Elle lui ordonna ensuite d’avertir publiquement tous les guerriers qui avaient pris part à cette action, qu’ils eussent également à se confesser, et à rendre grâces à Dieu de la victoire qu’ils venaient d’obtenir ; qu’autrement elle cesserait de combattre avec eux, et les abandonnerait1458. Les Français rasèrent la forteresse, et réduisirent en cendres tout ce qui pouvait être consumé par les flammes1459,
au très grant courroux, dommage et desplaisir des Angloys1460. Cela faict, la Pucelle, les grants seigneurs et leur puissance, rentrèrent à Orléans : duquel bon succès furent à ceste mesme heure rendues grâces et louanges à Dieu par toutes les églises, en hymnes et dévotes oraisons, avecques le son des cloches, que les Angloys povoient bien ouyr ; lesquelz furent fort abaissez de puissance, et aussi de courage, par le moyen de celle perte1461.
Celle des Français, en comparaison, avait été peu considérable1462.
66Jeanne d’Arc revint ensuite souper dans sa demeure avec la sobriété qui lui était particulière1463. Elle dit à son aumônier qu’elle ne livrerait point de combat le lendemain, qui était la fête de l’Ascension, et qu’elle ne se revêtirait même pas de ses armes, par respect pour la solennité du jour1464. (Jeudi 5 mai, jour de l’Ascension) Avant de le quitter pour aller se reposer, elle le prévint qu’elle voulait se confesser, et recevoir le sacrement de l’Eucharistie1465.
On tint le lendemain un grand conseil1466 chez le chancelier d’Orléans1467, pour arrêter ce qu’on entreprendrait le jour suivant1468. À ce conseil furent présents ce même chancelier1469, Dunois, les maréchaux de Rais et de Sainte-Sévère, le baron de Coulonces ; les sires de Villars, de Graville, de Gaucourt, de Coarase et de Xaintrailles ; messires Denis de Chailly, Thibault d’Armagnac, dit de Termes, Jamet du Tillay, La Hire, Ambroise de Loré, Canede ou Kannede, capitaine écossais échappé à la déroute de Rouvray-Saint-Denis, 67quelques autres chefs de guerre1470, et plusieurs des principaux citoyens d’Orléans1471.
Auquel conseil fut délibère que on feroit certains appareils, comme mantelets et taudis de bois, pour aller assaillir la grant bastille et aultres, du costé de la Beausse, afin que l’on fist venir les Angloys qui estoient de l’aultre costé devers la Solongne, pour ayder à secourir ceulx de ladicte grant bastille, et aultres du costé de la Beausse. Ce n’estoit toutes fois qu’une chose feincte, car ilz n’avoient aulcune intention d’assaillir icelle bastille : mais c’estoit la conclusion d’icelluy conseil, que sitost que les Angloys du costé de la Solongne seroient passez la rivière, laquelle ilz passoient bien des ungs aux aultres, que tout à coup les Françoys passeroient icelle rivière du costé de la Solongne, pour aller assaillir ceulx qui seroient demourez audit costé de la Solongne. Et fut chacun de cette opinion. Jehanne n’estoit point a ce conseil, mais elle estoit en l’hostel du chancelier avecques sa femme ; et fut dit, après la conclusion prinse, par aulcuns, que il seroit bon d’envoyer querir Jehanne pour luy dire la conclusion qui avoit esté prinse, pour entreprendre sur les ennemis, le jour suivant. Il y 68en eut aulcuns qui dirent qu’il n’estoit point de nécessité de luy dire le passage que on avoit intention de faire de l’aultre costé de la rivière vers la Solongne, pource que on le debvoit tenir secret ; et, en doubtant que par icelle Jehanne ne fust révélé, ils furent d’avis qu’on ne luy dist sinon qu’il avoit esté conclu à ce conseil d’essayer à assaillir et prendre la grant bastille. Et fut envoyée querir, sur ce conseil, par Ambroise de Lore. Quant elle fut venue, on luy dit et recita le conseil qui avoit esté tenu, au regard d’essayer à prendre ladicte grant bastille, en laquelle estaient le comte de Suffolc, les sires de Talebot et de Scales, Jean Fastol, et plusieurs aultres en très grant nombre ; et ne luy dit on pas que on avoit volunté de passer de l’aultre costé devers la Solongne, comme dessus est dit ; et furent ces paroles dictes par le chancelier d’Orléans.
Lors, après qu’elle eust ouy et entendu ce chancelier, elle respondit comme personne courrouciée :
— Dictes ce que vous avés conclu et appoincté : je celerois bien plus grant chose que ceste-cy.
Et aloit et venoit par la place sans s’asseoir. Et incontinent le bastard d’Orléans luy dist :
— Jehanne, ne vous courrouciez pas, si on ne vous a pas tout dict à une fois. Ce que le chancelier vous a dict, a esté concleu et appoincté. Mais 69si ceulx de l’aultre costé de la rivière vers la Solongne se desemparent pour venir ayder la grant bastille, et à ceux de par de ça, nous avons appoincté de passer la rivière de l’aultre costé, pour besongner ce que nous pourrons sur ceulx de par de là ; et nous semble que ceste conclusion est bonne et proufitable.
Alors respondit Jehanne la Pucelle qu’elle estoit contente, et qu’il lui sembloit que cette conclusion estoit bonne : mais qu’elle fust ainsi exécutée. Et toutes fois d’icelle conclusion ne fut rien fait ny exécutés1472.
Ce mot seul en dit plus que tous les commentaires, auxquels ce récit d’un contemporain pourrait donner lieu.
En sortant du conseil la jeune guerrière fit proclamer une ordonnance par laquelle il était dit
qu’aucun ne fût si hardi, le lendemain, de sortir de la ville, et d’aller à l’attaque des bastilles, s’il n’avait d’abord été à confesse, et que les hommes d’armes eussent à renvoyer les femmes de mauvaise vie, et surtout à les empêcher d’approcher de la Pucelle, parce que, disait-elle, pour punir les péchés des hommes Dieu permet la perte des batailles.
Ses ordres furent ponctuellement exécutés1473.
70Jeanne voulut consacrer la fin de cette journée à une démarche pacifique ; elle sortit encore de la ville, s’approcha des bastilles anglaises, et leur envoya un triplicata de sa lettre de sommation. Elle se servit d’un moyen assez singulier pour la leur faire parvenir ; elle prit une flèche, attacha fortement la lettre au bout avec du fil, et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais, en leur criant :
— Lisez, voici des nouvelles !
On vit les Anglais la ramasser, la lire et se la montrer les uns aux autres en criant de toutes leurs forces afin d’être entendus de Jeanne :
— Voilà des nouvelles de la P. des Armagnacs !
Jeanne, à ce discours insultant, commença à soupirer et à verser beaucoup de larmes, prenant le roi des cieux à témoin de son innocence ; mais elle se sentit bientôt consolée, et dit à ceux qui l’entouraient, qu’elle venait d’avoir des nouvelles de son Seigneur1474
.
Elle avait fait ajouter au bas de sa lettre les paroles suivantes :
C’est pour la troisième et dernière fois que je vous écris, et ne vous écrirai plus désormais. Signé, Jhs Maria1475, Jehanne la Pucelle1476.
Et un peu plus bas :
Je vous enverrais mes lettres plus honnêtement, 71mais vous retenez mes héraults ; car vous retenez mon hérault nommé Guienne. Renvoyez-le moi, et je vous enverrai quelques-uns de vos gens pris à la bastille de Saint-Laud ; car tous ne sont pas morts1477.
Dunois ne crut pas que cela suffit. Comme il avait alors en son pouvoir un grand nombre de prisonniers, dont quelques-uns d’un certain rang, il résolut de faire signifier aux Anglais qu’ils eussent à renvoyer le héraut de la Pucelle, sinon
qu’il feroit mourir de male mort tous les Angloys qui estoient prisonniers dedens Orléans, et ceulx aussi (les hérauts) qui par aulcuns seigneurs d’Angleterre y avoient esté envoyez pour traicter de la rençon des aultres1478.
Mais, connaissant la barbarie des Anglais, personne n’osait se charger d’un message qui pouvait devenir funeste à celui qui l’accepterait, et le jeune prince ne croyait pas qu’il fût de sa dignité de se servir du moyen employé par la Pucelle. Jeanne d’Arc dit alors à Ambleville d’aller se présenter hardiment aux Anglais, qu’ils ne lui feraient aucun mal, et qu’il ramènerait sain et sauf son compagnon. Ambleville, que les événements de la veille avaient sans doute déjà ébranlé, se laissa persuader par la prophétesse ; il se rendit 72aux bastilles anglaises, accomplit son message, et Guyenne lui fut rendu1479. À la vérité les Anglais, en les renvoyant, les chargèrent de dire à la Pucelle
qu’ilz la brusleroient et feroient ardoir ; qu’elle n’estoit qu’une ribaulde, et, comme telle, s’en retournast garder les vaches1480.
Le soir du même jour, après souper, Jeanne ordonna à son chapelain de se lever le lendemain plus tôt qu’il n’avait fait ce jour-là, parce qu’elle voulait se confesser de très-bonne heure. Frère Jean Pasquerel promit de n’y pas manquer1481.
(Vendredi 6 mai 1429) Il se rendit en effet chez elle le lendemain de très-grand matin, entendit sa confession, et célébra la messe devant elle en présence de ses gens1482.
Tous les préparatifs avaient été faits la veille au soir pour l’attaque qu’on se proposait d’entreprendre ce jour-là, et
fut fait tant grant diligence, que tout fut prest au plus matin, et noncé (annoncé) à la Pucelle1483.
On voulait s’emparer de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc1484, 73qui avait tant nui aux Français lors de l’arrivée du premier convoi, afin de s’assurer un point d’appui qui tînt lieu du fort des Tournelles, et assurât la communication d’Orléans avec le Berry par la Sologne1485. Une fois maîtres du passage de la Loire, les Français pouvaient à volonté porter leurs forces tantôt contre les bastilles de la rive droite, tantôt contre celles de la Sologne, tenir sans cesse les Anglais en alarmes, tomber à l’improviste sur leurs forces divisées, et les battre successivement.
La jeune guerrière sortit d’Orléans vers l’heure de tierce1486, accompagnée de Dunois, des maréchaux de Rais et de Sainte-Sévère, de Graville, de La Hire, de Florent d’Illiers, de Gaucourt, de Villars, de plusieurs autres chevaliers, écuyers et chefs de guerre, et d’environ quatre mille combattants1487. Il avait été arrêté qu’on passerait la Loire dans des bateaux, et qu’on se réunirait dans une petite île très-voisine de la rive gauche du fleuve1488 : résolution d’autant plus sage, que si l’on eût voulu aborder 74directement à cette rive, les nefs employées au transport des troupes, obligées de lutter contre le courant, voguant avec plus ou moins de difficulté selon leur pesanteur, leur forme, la force et le nombre des rameurs, n’auraient pas, dans un si long trajet, manqué de se séparer, seraient arrivées l’une après l’autre au rivage, et auraient par-là donné à l’ennemi la facilité de faire éprouver aux Français, attaqués en détail à mesure qu’ils seraient débarqués, une perte considérable.
Sorties de la ville par la porte de Bourgogne, les troupes s’embarquèrent entre la Tour-Neuve et le port Saint-Loup1489, et vinrent aborder, comme on en était convenu, à la petite île voisine de Saint-Jean-le-Blanc1490. On fit faire le tour de l’île à deux des nefs qui avaient apporté les troupes, et on les plaça, pour servir de pont, dans le canal qui la séparait de la terre ferme1491.
[Or,] aux boulevart et bastille du bout du pont, et aultres bastilles du costé de la Solongne, estoient le sire de Moulins, le sire de Ponnis (Pomus ou Provins), et Guillaume Glacidas (Glasdale), 75lequel conduisoit tous ceulx de ce costé là ; car il estoit bien vaillant homme et entreprenant, et disoit on que ce siège se gouvernoit plus par luy que par nuls aultres, combien qu’il ne fust pas de si grand estat que plusieurs des dessus nommez1492.
Soit pour concentrer ses forces, soit pour tout autre motif, Glasdale, quand il vit les Français passer le fleuve,
aussitost fit desemparer et brasier la bastide de Sainct-Jehan-le-Blanc, et fit retirer ses Angloys avecques ses habillemens (artillerie), en la bastide des Augustins, au boulevart et aux Tournelles1493.
Cependant ce qu’il y avait de Français déjà rassemblés dans l’île dont j’ai parlé plus haut, passèrent le bras du fleuve qui leur restait à franchir, et s’approchèrent de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc,
laquelle ilz trouvèrent toute desemparée, pour ce que les Angloys qui estoient en icelle, incontinent qu’ilz apperceurent la venue d’iceulx François, s’en allerent et se retrahirent (retirèrent) en une aultre plus forte et plus grosse bastille, appellée la bastille des Augustins1494.
Soit qu’ils craignissent que cette retraite des 76Anglais ne cachât quelque piège, soit, ainsi que le dit un témoin, qu’ils ne crussent pas avoir des forces suffisantes pour s’emparer ce jour-là de la bastille des Augustins1495, les généraux français voulurent ramener les troupes dans la ville1496. La bastille de Saint-Jean-le-Blanc, dans l’état où les Anglais l’avaient laissée, ne pouvait être assez tôt rétablie pour qu’une garnison française pût y rester avec sûreté.
Mais la jeune guerrière ne pouvait se résoudre à quitter le champ de bataille sans avoir combattu ; elle ne voyait dans l’abandon que les Anglais avaient fait de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc qu’un motif de tenter l’attaque de celle des Augustins.
Si marcha avant la Pucelle à tout ses gens de pied, tenant sa voie droict au Portereau : et à ceste heure n’estoient pas tous ses gens passez, ains y en avoit une grant partie qui pouvoient peu finer (trouver) et avoir des vaisseaux pour leur passage. Neantmoins la Pucelle alla tant qu’elle approucha du boulevart (des Augustins), et là planta son estendart avec peu de gens. Mais à celle heure il survint un cry, que les Angloys [de la rive droite passaient le fleuve, et] venoient à puissance du costé de Saint-Privé. 77Pour lequel cry, les gens qui estaient avec la Pucelle furent espouvantez, et se prindrent à retrahir (se retirer) droict audit passage de Loire : de quoy la Pucelle fut en grant douleur, et fut contrainte de se retirer à peu de gens1497.
Comme on craignait que les Anglais ne tombassent sur eux dans leur retraite, surtout à l’instant où il leur faudrait rentrer dans l’île par le pont flottant dont j’ai déjà parlé,
fut ordonné demourer derrière des plus notables et vaillans gens de guerre du parti desdits François, affin de garder que lesdits ennemis ne les peussent grever, eulx en retournant : et pour ce faire, furent messeigneurs de Gaucourt, de Villars, lors seneschal de Baucaire, et d’Aulon1498.
Alors les Angloys leverent grant huée sur les François, et issirent à puissance1499 de l’hostel (bastille) des Augustins et du bout du pont (les Tournelles)1500, pour poursuivre la Pucelle, fesant grant crys après elle, luy disans paroles diffamantes1501, et vindrent très fort charger sur les François1502 [en désordre].
78 Un témoin oculaire rapporte qu’il vit alors l’armée du roi dans un très-grand péril1503. Jeanne d’Arc, qu’on avait forcée de rentrer dans l’île, ne put voir tranquillement ce spectacle. Le pont flottant étant alors trop encombré par les fuyards pour qu’il lui fût possible d’y repasser, elle s’élança, tirant son cheval par la bride, dans une barque qui se trouvait près d’elle, et ordonna aux rameurs de la porter sur la rive du fleuve. La Hire, qui ne s’éloignait guère de la jeune inspirée, ayant aperçu son mouvement, se précipita à sa suite dans la barque, tirant également son coursier après lui. Parvenus sur l’autre bord, tous deux montèrent à cheval1504.
— Au nom du Seigneur ! s’écria la jeune Amazone, courons hardiment aux Anglais1505 !
Ils couchèrent leurs lances1506 à ces mots,
et tous les premiers1507, se frapperent de tant grande force et hardiesse contre les Angloys1508, [que ceux-ci, épouvantés à leur tour], prinrent la fuitte laide et honteuse1509.
79Chacun alors tourna visage, et suivit au combat les traces de la guerrière1510. Les Anglais furent ramenés en désordre jusque dans leurs bastilles1511, et laissèrent la terre jonchée de leurs morts.
La Pucelle assit alors son estendart devant la bastide des Augustins, sur les fossez du boulevart, où vint incontinent le sire de Rayz, et tousjours les Françoys allèrent croissans1512.
De leur côté les Anglais, animés par Glasdale, se défendirent avec la plus grande vigueur, et le combat devint très-sanglant, surtout le long des palissades qui environnaient le parc placé près de la bastille des Augustins1513.
D’Aulon avait été placé à la garde du pont flottant avec quelques autres chevaliers,
entre lesquelx estoit ung bien vaillant homme d’armes, du païs de Espaigne, nommé Arphonse (Alphonse) de Partada.
Ce passage était d’autant plus important, que c’était pour les Français, en cas de déroute, le seul chemin de retraite. Au plus fort de l’action, ils
virent passer par devant eux ung aultre homme d’armes de leur compaignie, bel homme, grant, et bien armé ; et comme il passoit 80oultre sans s’arrêter, d’Aulon lui dit que illec demourast ung peu avec les aultres, pour faire resistance aux ennemis, où cas que besoing seroit.
Mais le son belliqueux des trompettes qui appelaient les Français au combat, retentissait plus puissamment dans le cœur du guerrier que les prudents avis de d’Aulon, et il lui répondit vivement
qu’il n’en feroit riens.
Alphonse de Partada prit alors la parole, et avec cette hauteur qui caractérisa toujours sa nation :
— Aussi y povez vous demourer que les aultres, (dit-il au chevalier français) ; il y en a d’aussi vaillans comme vous qui demourent bien.
Les Français ne sont pas endurants :
— Si ne fais-je pas, moi, (répondit fièrement celui-ci au superbe Espagnol).
Sur quoy eurent entre eux certaines arrogantes paroles, et tellement qu’ils conclurent aller eulx deux, l’un quant l’aultre (l’un à côté de l’autre) sur lesdits ennemis, et adonc seroit veu qui seroit le plus vaillant, et qui mieulx d’eulx deux feroit son devoir. Et eulx tenans par les mains, le plus grant cours qu’ilz purent, allèrent vers ladite bastille desdits ennemis, et furent jusqu’au pied du palis (de la palissade), qui s’étendait au-devant de la bastille, où ils se signalèrent à l’envi par des prodiges de valeur1514.
81Ce qui suit n’est pas à beaucoup près si brillant et si chevaleresque. Il y avait dans le parc des ennemis
un grant, fort, et puissant Angloys, bien en point et armé,
qui, favorisé par l’avantage du lieu, opposait à nos deux héros, du haut du palis, la plus vigoureuse et la plus intrépide résistance. Il triomphait de tous leurs efforts pour pénétrer dans l’enceinte du parc, lorsque d’Aulon, qui n’avait pas perdu de vue ces deux rivaux de gloire, leur ravit, par un zèle irréfléchi, la palme qu’ils se disputaient avec tant d’ardeur. Maître Jean, ce fameux canonnier dont j’ai eu plusieurs fois occasion de parler dans l’introduction de cet ouvrage, se trouvait en ce moment auprès de lui. D’Aulon lui dit
qu’il tirast à iceluy Angloys, car il fesoit trop grant grief, et pourtoit moult de dommage à ceulx qui vouloient approcher ladite bastille. [Maître Jean obéit, et] adressa son trait vers luy tellement, que, du premier coup, il le getta mort par terre1515.
Les deux hommes d’armes se trouvant alors maîtres du passage, s’élancèrent dans l’intérieur du palis ; une foule de guerriers s’y précipitèrent après eux, et assaillirent de toutes parts la bastille
très asprement et à grant diligence1516.
La Pucelle surtout se faisait remarquer au milieu 82de la mêlée par son intrépidité, son habileté et son enthousiasme héroïque1517. Quoique blessée au pied d’une des chausse-trapes dont les Anglais avaient semé la terre autour de la forteresse, elle ne quitta pas un instant le combat, et resta constamment exposée à tous les traits des ennemis1518. Les Anglais se défendaient avec courage, si bien
qu’on fit moult de biaux faicts d’armes d’une part et d’aultre1519.
Toutefois l’attaque impétueuse des Français surmonta en peu de temps tous les obstacles : la bastille fut emportée d’assaut1520 vers l’heure de vêpres1521 ; dans la chaleur du carnage la plupart de ses défenseurs furent passés au fil de l’épée ; ceux qui purent échapper se sauvèrent dans les Tournelles1522.
On trouva dans la forteresse conquise un grand nombre de prisonniers1523, aux yeux de qui la jeune amazone parut comme un ange libérateur ; 83ce devaient être, pour la plus grande partie, des pâtres et des laboureurs enlevés aux campagnes voisines, où les Anglais sous les ordres de Glasdale exerçaient toutes sortes de violences, de pillages et de tyrannies. Aussi la bastille renfermait-elle une grande quantité de vivres et des richesses considérables.
Mais d’autant que les Françoys furent trop attentifs au pillage,
la Pucelle, qui craignait que les Anglais des Tournelles ne profitassent de ce moment de désordre pour venir les attaquer avec avantage, et venger la mort de leurs compagnons, ordonna qu’on mît le feu à la bastille. On n’osa résister à un commandement donné avec l’autorité de la victoire, et tout ce que renfermait encore la forteresse fut en peu d’instants consumé1524.
Les Français mirent le soir même
le siège devant les Tournelles et les boulevards d’entour1525.
D’Aulon dit positivement que la Pucelle passa la nuit devant avec les autres chefs de guerre1526 ; mais en cela sa mémoire l’avait trompé, comme la suite le fera voir évidemment. Jeanne d’Arc fit seulement beaucoup de difficulté pour rentrer dans la ville.
— Laisserons nous là nos gens en péril ? répondait-elle à ceux qui 84l’y engageaient1527.
Mais elle finit par céder à leurs prières, et repassa le fleuve1528 avec son page Louis de Contes, qui était parti le matin d’Orléans avec elle, et qui ne l’avait pas quittée1529.
Pendant toute la nuit les habitants d’Orléans traversèrent le fleuve dans de petites barques, et ne cessèrent de porter
pain, vin, et aultres vivres, aux gens de guerre tenant le siège1530
devant le boulevard et le château des Tournelles.
Jeanne avait l’habitude d’observer un jeûne sévère le vendredi, et elle n’avait en conséquence rien pris de la journée quand elle arriva chez ses hôtes ; mais elle était trop fatiguée pour résister plus longtemps, et elle fut obligée, à son grand regret, de rompre le jeûne, cette fois, avant l’heure accoutumée1531.
Comme elle venait de souper, un vaillant et notable chevalier, dont le témoin à qui j’emprunte ces détails avait oublié le nom, vint parler à Jeanne d’Arc, et lui annonça que les généraux et les chefs de guerre de l’armée du roi ayant tenu conseil, avaient été unanimement d’avis,
qu’étant si peu 85de monde en comparaison des forces anglaises, les victoires qu’ils venaient d’obtenir étaient une grande grâce de Dieu. En conséquence, (continua-t-il), ces choses considérées, et que la ville est maintenant pleine de vivres, le conseil pense que nous pourrions bien garder la cité, et attendre un nouveau secours du roi ; et ne trouve pas expédient que les troupes sortent demain de la ville1532.
Cette décision ne pouvait regarder que les troupes restées dans Orléans, et le petit nombre de celles qui avaient pu y rentrer après la prise de la bastille des Augustins. Il est probable qu’elle avait été déterminée par la crainte que les troupes restées à la garde d’Orléans, entraînées par l’enthousiasme qu’excitait cette nouvelle victoire, n’abandonnassent toutes, le lendemain, les postes qui leur étaient confiés pour suivre la Pucelle de l’autre côté de la Loire ; que les Anglais de la rive droite ne voulussent faire ce jour-là une diversion en faveur de ceux de la rive gauche ; et que trouvant la place dégarnie de troupes, ils ne triomphassent du courage du petit nombre d’habitants demeurés dans ses murs. Toutes ces considérations pouvaient être très-fondées ; mais la jeune inspirée, qui voyait les choses de plus haut, ne crut pas devoir s’y arrêter.
86— Vous avez été en votre conseil, répondit-elle, et j’ai été au mien ; mais croyez que le conseil de mon Seigneur tiendra et s’accomplira, et que celui des hommes périra.
Se retournant alors vers son chapelain, qui était en ce moment auprès d’elle :
— Levez-vous demain, lui dit-elle, dès la pointe du jour, et de meilleure heure encore qu’aujourd’hui, et faites du mieux que vous pourrez. Tenez-vous surtout toujours auprès de moi, car j’aurai demain beaucoup à faire, et plus que je n’ai eu jusqu’à présent ; il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein1533 ; je serai blessée devant la bastille du bout du pont1534.
Jeanne alla ensuite prendre le repos dont elle devait avoir grand besoin. Selon l’usage qu’elle avait adopté, quelques femmes partagèrent sa couche1535. Elle sentait les inconvénients attachés à sa situation, et combien il importait qu’on ne pût élever aucun soupçon sur sa conduite ; environnée tout le jour d’un grand nombre de témoins, elle voulait encore faire en sorte que la méchanceté des hommes ne pût calomnier son sommeil.
87Cependant les Anglais qui formaient la garnison du boulevard ou fort de Saint-Privé en sortirent pendant la nuit, y mirent le feu, et, traversant la Loire dans des vaisseaux, se retirèrent dans la bastille de Saint-Laurent1536 ; si bien que de toutes les forteresses anglaises élevées au midi de la ville, il ne resta plus que les boulevards et le château des Tournelles à conquérir. Soit qu’on entendit du haut des remparts de la ville le bruit que faisaient, en se rembarquant, les Anglais de Saint-Privé ; soit qu’on ne pût bien juger, dans l’obscurité, quel était l’endroit d’où s’élevaient les flammes du fort qu’ils réduisaient en cendre,
la Pucelle fut cette nuict en grande doubte que les Angloys ne frappassent sur ses gens devant les Tournelles1537,
et ne jouit, par conséquent, que d’un sommeil agité et souvent interrompu.
(Samedi 7 mai 1429) Ayant, le lendemain, accompli dès la pointe du jour ses devoirs religieux, la jeune héroïne se revêtit de ses armes, et, malgré la résolution prise par les généraux, mais
de l’accord et consentement des bourgeois d’Orléans,
se disposa à conduire les troupes à l’attaque des Tournelles1538. À l’instant où elle allait sortir de la maison de son hôte, un homme y apporta une alose qu’on venait 88de pêcher dans le fleuve1539. Comme elle n’avait pris encore aucune nourriture1540, son hôte voulut l’engager à manger à dîner sa part de ce poisson1541. Il est probable que, connaissant la résolution des généraux, et les mesures qu’ils avaient prises pour la faire exécuter, le trésorier voulait tâcher de retenir la Pucelle par tous les moyens possibles, afin de prévenir une contestation qui, vu la disposition des esprits, pouvait devenir dangereuse.
— Jehanne, (lui dit-il), mangeons ceste alose avant que partiez1542.
— Gardez la jusqu’à ce soir, (répondit-elle), car je vous amènerai ce soir ung Godon1543 qui en mangera sa part1544, et repasseray par dessus le pont1545, après avoir pris les Tournelles1546.
Promesse qui parut à tout le monde 89impossible, ou du moins bien difficile à accomplir1547.
Jeanne monta alors à cheval, et se dirigea vers la porte de Bourgogne1548. Une grande partie des troupes restées à la garde de la ville accoururent sur ses traces, ainsi qu’une foule de citoyens d’Orléans. Comme on avait prévu ce qui allait se passer, on avait confié, dès la veille, la garde de cette porte au seigneur de Gaucourt, grand-maître de la maison du roi, et l’un des chevaliers le plus célèbre de ce temps par sa fermeté et son courage. Gaucourt avait fait tenir la porte fermée. Il parut à la tête de ses hommes d’armes, et déclara que personne ne passerait. Ces paroles excitèrent une indignation générale parmi le peuple et les soldats ; des cris et des menaces retentirent de toutes parts. Jeanne d’Arc s’avançant au milieu du tumulte, et imposant silence à la multitude :
— Vous êtes un méchant homme, dit-elle à Gaucourt : mais, veuillez ou non, les gens d’armes viendront, et obtiendront aujourd’hui comme ils ont déjà obtenu.
Elle commanda alors d’ouvrir la porte. La foule se précipita pour exécuter cet ordre. Les hommes d’armes de Gaucourt n’osèrent s’y opposer : entouré, pressé de toutes parts, menacé par une 90multitude irritée, il se trouva en grand péril ; et raconta depuis qu’il avait craint ce jour-là pour sa vie1549. Non content d’ouvrir la porte de Bourgogne, le peuple força encore une petite porte voisine d’une grosse tour (probablement la Tour-Neuve), et sortit à grands flots de la ville1550.
L’amazone et la foule qui l’avait suivie passèrent la Loire sans obstacles1551. Le soleil se levait en ce moment1552.
La nef qui portait Jeanne d’Arc ayant touché la terre, la guerrière s’élança légèrement sur le rivage, et envoya chercher les chefs de guerre restés devant les Tournelles, afin d’arrêter avec eux ce qu’il y avait de mieux à faire pour s’emparer de cette redoutable forteresse1553, qui, revêtue de nouveaux ouvrages, et garnie par les Anglais d’une artillerie nombreuse, était maintenant regardée comme imprenable1554. Le chroniqueur bourguignon avoue que cette bastille,
estoit treffort merveilleusement et puissamment ediffiée : et si, estoient dedans la fleur des 91meilleurs gens de guerre de Angleterre1555.
On tint conseil, et il fut décide qu’on réunirait d’abord toutes ses forces, pour emporter d’assaut la grande redoute ou boulevard, qui, séparée du fort par une ou deux arches du pont, s’étendait au-devant de la bastille1556, et la couvrait du côté de la Sologne. Cette redoute était elle-même défendue par des fossés profonds où coulait l’eau de la Loire. C’était ce même boulevard défendu avec tant de courage par les Français le 21 octobre 1428, et sur lequel les femmes d’Orléans, Villars, Coaraze, Guitry, La Chapelle et Xaintrailles, avaient fait de si beaux faicts d’armes1557 ;
et estoit expédient de l’avoir et gaigner, devant que faire aultre chose1558.
On rangea donc les troupes en bataille, on sonna la charge, et le boulevard fut de toutes parts assailli1559. Il faut que le passage du fleuve, le débarquement des nouvelles troupes, la tenue du conseil, et l’opération de mettre les soldats en ordre, eussent pris un temps considérable, car il était alors dix heures du matin1560. L’engagement devint bientôt général. On avait amené d’Orléans 92une artillerie considérable1561. Celle des Anglais n’était pas moins nombreuse1562. Servies de part et d’autre avec une égale ardeur, elles faisaient retentir au loin le rivage d’un fracas épouvantable ; partout roulaient des nuages de fumées ; l’éclair suivait l’éclair, la foudre répondait à la foudre, la mort volait alternativement sur le boulevard et dans la plaine ensanglantée. Cependant des chevaliers s’élançaient dans les fossés, s’efforçaient de gravir les retranchements, et combattaient main à main avec les guerriers ennemis1563. On voyait briller dans la foule et s’exposer à tous les périls Dunois, le maréchal de Rais, les sires de Graville, de Guitry, de Coaraze et de Villars, messires Denis de Chailly, Florent d’Illiers, Thibaut de Termes, l’amiral Louis de Culant, le bourg de Mascaran, La Hire et Poton de Xaintrailles1564. De leur côté, Glasdale, Pommus, Moulins et le bailli de Mantes, ne déployaient pas moins de valeur dans la défense de la forteresse.
Et y eut moult merveilleux assault, durant lequel furent faictz plusieurs biaulx faictz d’armes, tant en assaillant qu’en deffendant, pour ce que les Angloys estoient 93grant nombre, fors combactans, et garnis abundamment de toutes choses deffensables. Et aussi le monstrerent ilz bien ; car, non obstant que les Françoys les eschellassent par divers lieux moult espessement, et assaillissent de fronc au plus hault de leurs fortifications, de telle vaillance et hardisse qu’ilz semblast, à leur hardy maintien, qu’ilz cuidassent (crussent) estre immortelz ; si, les rebouterent ils (repoussèrent-ils) par maintes fois, et tresbucherent du hault en bas, tant par canons et aultre traict, comme aux haches, guisarmes, mailletz de plomb, et mesmes à leurs propres mains1565.
Malgré tant et de si grands efforts, la victoire demeurait toujours incertaine ; un grand nombre de guerriers français avaient succombé, et remplissaient le fossé de leurs cadavres1566 ; beaucoup d’autres étaient grièvement blessés1567. Richard de Guontaut ou Gontaut, châtelain de Badeffol, qui avait combattu aux journées d’Azincourt et de Verneuil, et qui dans cette attaque déployait la plus grande intrépidité, venait d’être frappé au visage d’un trait qui lui ressortait derrière la tête, et forcé d’abandonner le combat1568. Il était une heure après 94midi1569 ; la lassitude et le découragement commençaient à se faire sentir.
Cependant la jeune guerrière n’avait pas cessé un instant de rester exposée à tous les traits des ennemis, principalement dirigés contre elle. Elle s’était montrée si vaillante et si habile à conduire une attaque, qu’aucun guerrier n’aurait pu mieux faire, et que tous les capitaines étaient confondus d’étonnement en voyant les fatigues et les travaux qu’elle supportait avec tant de constance et de courage1570. Animée d’un enthousiasme indomptable, on l’apercevait partout à la fois, donnant des conseils utiles1571, animant les uns à tenir ferme, ramenant les autres au combat, faisant 95retentir au milieu des bruits de la guerre le nom du Dieu des armées, le cri de la valeur, et les promesses de la victoire1572.
— Que chacun, (disait-elle), ait bon cueur et bonne espérance en Dieu ! car l’heure approuche, où les Angloys seront desconfitz1573, et toutes choses viendront à bonne fin1574.
Tout à coup, s’apercevant que les Français mollissent, elle n’écoute plus que son courage, elle se précipite dans le fossé, saisit la première une échelle, l’élève avec force, l’applique contre le boulevard1575. À l’instant même un trait, lancé par l’ennemi, siffle et vient en tournant frapper l’amazone au-dessus du sein1576, entre le cou et l’épaule1577 : elle tombe renversée et presque sans connaissance. Investie aussitôt par une troupe d’Anglais qu’enhardit sa chute, elle se relève à demi, les repousse à coups d’épée, et se défend avec autant d’adresse que de courage. Jean de Gamaches voit le péril où se 96trouve la jeune héroïne, il s’avance pour la délivrer, massacre avec sa hache plusieurs ennemis, les écarte, et présentant son cheval à la Pucelle :
— Acceptez ce don, (dit-il), brave chevalière : plus de rancueur ; j’advoue mon tort quant j’ay mal présumé de vous.
— J’aurois grant tort, (répondit-elle), de garder rancueur, car oncques ne vis chevalier si bien appris1578.
Elle ne put cependant profiter de son offre. Vaincue par la douleur, prête à retomber en défaillance, il fallut l’emporter presque mourante, quoiqu’elle s’obstinât à vouloir rester dans le fossé1579 ; on l’éloigne du champ de bataille, on la désarme1580, on l’étend sur l’herbe. Dunois et plusieurs autres chefs de guerre accourent et l’environnent1581 ; son chapelain et son page lui prodiguent leurs secours. Sa blessure était profonde ; le trait ou vireton ressortait derrière le cou de près d’un demi-pied1582. Jeanne s’en effraya d’abord, et ne put retenir ses larme1583. Tout à coup elle reprit courage, et dit aux assistants,
Elle a raconté depuis que ses deux immortelles protectrices lui étaient en ce moment apparues, et lui avaient inspiré un grand courage1585. Elle arracha elle-même le trait de sa blessure1586 : le sang coulait en grande abondance, et paraissait difficile à arrêter. On assure que la jeune héroïne dit alors aux guerriers qui l’environnaient :
— C’est de la gloire, et non du sang, qui coule de cette plaie1587.
Des hommes d’armes s’approchèrent et voulurent charnier la blessure1588 ; c’était une cérémonie superstitieuse en usage parmi les soldats, et qui consistait à prononcer sur la plaie des paroles mystérieuses, auxquelles on attribuait un pouvoir magique1589. Mais Jeanne d’Arc les repoussant avec indignation :
— J’aimerais mieux mourir, dit-elle, que de faire quelque chose que je saurais être un péché, ou contre la volonté de Dieu.
Et comme on lui demandait si elle en mourrait :
— Je sais bien, répondit-elle, que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni où, ni 98quand, ni comment, ni à quelle heure ; que si l’on peut, sans péché, apporter remède à ma blessure, je veux bien être guérie.
On mit alors sur la plaie un appareil assez bizarre, du lard et de l’huile d’olives. Jeanne ayant prié la foule de s’écarter un peu, se confessa à son chapelain, en pleurant et en gémissant1590 ; mais ces gémissements et ces pleurs n’étaient plus provoqués par des douleurs physiques ; c’était l’effusion d’une piété aussi tendre qu’ardente et profonde.
Cependant la blessure de la jeune prophétesse avait répandu la consternation parmi les troupes, et les chefs de guerre, témoins de leur découragement, furent d’avis de remettre l’entreprise à un autre jour. En vain,
par moult belles et hardies paroles,
elle s’efforça de les rassurer1591. L’impuissance de leurs efforts, le peu de succès des attaques, qui duraient sans interruption depuis dix heures du matin, le grand nombre d’hommes qu’on avait déjà perdus, la nuit qui approchait (l’octave de vêpres allait commencer), tout semblait garantir qu’on n’emporterait pas ce jour-là la forteresse1592. Dunois voulait que les troupes se retirassent dans 99la ville1593, et qu’on y rapportât l’artillerie1594. Les trompettes, par son ordre, sonnèrent la retraite1595, et les troupes abandonnèrent le pied du boulevard1596.
Jeanne d’Arc fut vivement affligée du découragement des soldats et des capitaines1597 ; elle alla trouver Dunois, et le pria d’attendre encore un peu1598.
— En mon Dieu, (dit-elle aux chefs de guerre), ce vous entrerez bien brief dedans, n’ayez doubte1599. Quand vous verrez flotter mon étendard vers la bastille, reprenez vos armes, elle sera vôtre1600. Pour quoy, reposez vous ung peu, beuvez et mangez.
Ce qu’ilz firent ; car à merveilles luy obéissoient1601.
Elle remit alors son étendard à l’un de ses gens1602, demanda son cheval, s’élança légèrement dessus, comme si elle eût perdu le sentiment de ses fatigues et de sa blessure, et se retira à l’écart dans une vigne assez éloignée de la foule 100et du tumulte, où elle demeura un quart-d’heure en prière1603.
L’homme d’armes auquel elle avait confié son étendard était resté debout devant le boulevard1604 ; on pouvait l’apercevoir de l’endroit où la jeune prophétesse s’était retirée, et elle dit à un gentilhomme qui l’avait suivie, et qui était resté à quelques pas :
— Donnez vous garde quant la queue de mon estendart touchera (ou plutôt aura l’air de toucher) contre le boulevart.
Un moment après, le gentilhomme lui dit :
— Jehanne, la queue y touche.
— Tout est vostre ! (s’écria la jeune inspirée), et y entrez1605.
Elle 101remonte, à ces mots, sur son cheval, et court vers le boulevard en criant à l’assaut.
D’Aulon, cependant (s’il faut s’en rapporter à son récit), n’était pas resté oisif en l’absence de la guerrière, voyant qu’un grand nombre de troupes se disposaient à retourner dans la ville, et
obstant (considérant) que icelluy qui portoit l’estendart de ladite Pucelle, et le tenoit encore debout devant ledit boulevart, estoit las et travaillé, bailla ledit estard (étendard) à ung nommé le Basque, qui estoit au seigneur de Villars ; et pour ce que il qui parle (lui d’AuIon) congnoissoit ledit Basque estre vaillant homme, et qu’il doubtoit que à l’occasion de ladicte retraicte mal s’en ensuivist, et que lesdits bastille et boulevart demeurast es mains desdits ennemis, eult ymagination que se (si) ledit estendart estoit bouté (porté) en avant, pour la grant affection qu’il congnoissoit estre es gens de guerre estans illec, ilz pourroient par ce moyen gaigner iceluy boulevart. Et lors demanda il qui parle audit Basque, s’il entroit (dans le fossé) et alloit (lui d’Aulon) au pié dudit boulevart, s’il le suivroit ? Lequel luy dist et promist de ainsy le faire. Et adonc entra 102il qui parle dedans ledit fossé, et alla jusques au pié de la doue dudit boulevart, soy couvrant de sa targette (bouclier) pour doubte des pierres, et laissa sondit compaignon de l’aultre costé (c’est-à-dire dans le fossé aussi ; mais au bas et contre le talus qui soutenait les terres du côté de la campagne), lequel il cuidoit qu’il le deust suivre pié à pié. Mais pour ce que, quant ladite Pucelle vist sondit estendart es mains dudit Basque, et qu’elle le cuidoit avoir perdu, ainsi que (puisque) celuy qui le portoit estoit entré audit fossé, vint ladite Pucelle (au bord du fossé), laquelle print ledit estendart par le bout, en telle maniere qu’il ne le pouvoit avoir, en criant :
— Haa ! mon estendart ! mon estendart !
Et branloit ledit estandart en manière que l’ymagination dudit déposant (d’Aulon) estoit qu’en ce faisant, les aultres (les Anglais) cuidassent qu’elle leur feist quelque signe. Et lors il qui parle s’escria, et dit :
— Ha, Basque, est ce que tu m’as promis ?
Et adonc ledit Basque tira tellement ledit estendart, qu’il le arracha des mains de ladite Pucelle ; et, ce fait, alla à il qui parle, et (lui) porta ledit estendart : à l’occasion de laquelle chose tous ceux de l’ost de ladicte Pucelle s’assemblèrent, et de rechef se rallièrent1606.
Cette fin de récit est formellement 103contredite par le comte de Dunois, par Jean de Gaucourt, grand-maître de la maison du roi, et par Jean l’Huillier, citoyen d’Orléans : d’après leur relation, l’étendard serait resté dans les mains de la guerrière. Jeanne d’Arc, disent-ils, arrivée près du boulevard, saisit son étendard et s’avança au bord du fossé. À cette vue les Anglais frémirent et furent frappés d’épouvante (Anglici fremuerunt et effecti sunt pavidi). Les Français, au contraire, enflammés d’un nouveau courage, revinrent à l’assaut, et recommencèrent à escalader le boulevard1607.
Si nous dirent et affirmerent des plus grans capitaines des Françoys, (dit un chroniqueur contemporain), que, après que ladicte Jehanne eust prononcé les parolles dessus dictes (tout est vostre et y entrez), ilz monterent contremont le boulevart aussi aysement, comme par ung degré ; et ne sçavoient considerer comment il se pouvoit faire ainsi, sinon par ouvrage comme divin, et tout extraordinaire… Si furent les Angloys assaillis des deux parties très asprement ; car ceulx d’Orléans jecterent à merveilles contre les Angloys des coups de canon, de grosses arbalestes, et d’aultre traict. L’assault fut fier et merveilleux, plus que nul 104qui eust esté eu de la mémoire des vivans… Les Angloys se deffendirent vaillamment, et tant éjectèrent (tirèrent) que leurs pouldres et aultres traicts s’en alloient faillans (s’épuisant), et si, deffendoient de lances, guisarmes, et aultres bastons et pierres, le boulevart et les Tournelles1608.
Les Français, dit un poète du temps,
Si eurent de la paine moult,
En combattant de main en main,
Contre la bastille du Pont.
Chacun frappait à l’estourdy,
Pour cuider gaigner le fossé :
Et dura l’assault puis midy
Jusques au soleil reconsé…
Tout chascun de cueur et courage
Y travailloit à grant puissance ;
Et eust on lors veu faire rage
De failz d’armes et de vaillance…
Et là le comte de Dunois,
L’Admiral, Poton et La Hyre,
Gaucourt, et autres chiefs françois,
Firent grant vaillance à veoir dire1609.
Cependant les guerriers restés à la garde d’Orléans, dès qu’ils eurent aperçu qu’on revenait à 105l’assaut, ne purent plus résister au désir de prendre part à la gloire de leurs compagnons d’armes ; ils ouvrent la porte du Sud, ils se précipitent sur le pont, et arrivent, suivis d’une foule de peuple, au boulevard de la Belle-Croix, élevé, comme je l’ai déjà dit, sur l’île qui séparait le pont en deux parties à peu près égales. Là, ils se trouvent arrêtés par un obstacle jugé d’abord insurmontable : plusieurs arches avaient été rompues entre la redoute de la Belle-Croix et le boulevard qui couvrait, de ce côté, la forteresse des Tournelles ; mais que ne peuvent l’industrie et la témérité françaises ! À peine les guerriers ont déclaré le dessein de franchir l’espace qui les sépare de leurs ennemis, que le peuple, mu comme par enchantement, d’une seule et même volonté, traîne à force de bras, amène en un instant, de la ville à la redoute, les solives nécessaires pour établir à la hâte un pont volant d’une pile à l’autre. Nouvel obstacle ; aucune des solives ne se trouve de la longueur des arches. N’importe : on prend la plus longue ; un charpentier y ajoute, avec des chevilles, une pièce de bois le plus solidement qu’il lui est possible ; on pousse alors en avant ce pont d’une espèce nouvelle, et il va se joindre à l’autre bord. L’artisan descend au bas de la pile, il pose, tant bien que mal, une fragile étaie sous ce pont chancelant. Qui osera le premier 106tenter cette voie périlleuse ? C’est frère Nicole de Giresme, chevalier commandeur de l’ordre des chevaliers de Rhodes, autrement de Saint-Jean-de-Jérusalem1610, qui a mille fois, sous le ciel de la Grèce et de l’Idumée, signalé contre les Infidèles sa constance héroïque et sa pieuse valeur. Revêtu de toutes ses armes, le front ceint de son casque aux panaches flottants, le bras couvert d’un large bouclier où brille la croix éclatante, symbole de son ordre, il s’élance, il court rapidement sur la solive étroite, qui crie et plie sous ses pas ; les traits, les javelots, les boulets sifflent autour de lui ; l’abîme de flots gronde au-dessous : rien ne l’effraie, rien ne l’arrête ; il arrive à la pile opposée, il touche au boulevard ennemi, il y monte son épée étincelante à la main. Une foule de chevaliers suivent ses nobles traces ; les lances se croisent, les boucliers s’entre-heurtent ; en vain les Anglais opposent aux assaillants le courage du désespoir : le boulevard du nord des Tournelles est emporté au même instant que celui du sud tombe au pouvoir de la guerrière inspirée1611.
107Alors les vertiges de la terreur s’emparent des assiégés ; du haut de la forteresse ils jettent autour d’eux des regards effrayés ; il leur semble
qu’ilz voyent tant de peuple que merveilles, et que tout le monde est là rassemblé1612.
Les uns croient apercevoir en l’air de jeunes hommes d’une beauté divine, d’une taille au-dessus de la stature humaine,
autrement armez que les combactans,
et montés sur des chevaux d’une blancheur éclatante ; ce sont saint Aignan et saint Euverte, protecteurs d’Orléans, qui viennent au secours de leur peuple ; on entend retentir autour d’eux les sons des trompettes et les cris d’une grande armée1613. D’autres assurent qu’ils ont vu sur le pont l’archange saint Michel, revêtu de sa céleste armure, conduire les Français au combat et à la victoire1614. L’épouvante s’empare enfin du superbe Glasdale : la guerrière inspirée, montée, l’étendard à la main, sur le boulevard du Sud, lui crie en vain :
— Clasdas ! Clasdas ! ren ty, ren ty au roi des cieulx ! Tu m’as appelée P*** : j’ai grant pitié de ton âme et de celle des tiens.
L’insensé 108ne l’entend ou ne l’écoute pas ; il veut fuir, avec les siens, du boulevard conquis dans le château1615 ; mais l’arche du pont qui séparait la bastille du boulevard, avait été frappée, pendant le combat, d’une bombarde dirigée sur ce point par l’ordre de d’Aulon1616. Au moment où cette multitude armée se précipite sur les pas de son chef vers la forteresse où ils espèrent trouver un refuge, l’arche s’enfonce tout à coup, se brise avec un fracas épouvantable ; Glasdale et tous les siens tombent en poussant des hurlements d’effroi, roulent dans le fleuve pêle-mêle avec les ruines, et, accablés du poids de leurs armures, y demeurent ensevelis1617.
Qui fut grant esbahissement de la force des Angloys, (dit la Chronique du siège), et grant dommage des vaillans Françoys, qui, pour leur rançon, eussent peu avoir grant finance. [Là périrent] Glacidas, moult renommé en faitz d’armes, le seigneur de Pommiers (ou Pomus), le bailli de Mente, et plusieurs aultres chevaliers bannerets 109et nobles d’Angleterre1618.
Jeanne d’Arc, émue à ce spectacle de la pitié la plus généreuse, fondit en larmes ; elle se désolait en songeant au péril où devaient se trouver en ce moment devant le tribunal du souverain juge des hommes, l’âme de Glasdale et celle de tant de guerriers cruels engloutis avec lui dans les flots1619. C’est probablement par son ordre que le corps de ce chef qui, au rapport du comte de Dunois, avait surpassé tous les Anglais dans les injures infâmes dont ils l’avaient la veille accablée1620, fut retiré des eaux, et rendu à ses compatriotes1621.
Les boulevards conquis, la bastille n’opposa plus qu’une faible et courte résistance. Tout ce qu’elle renfermait de guerriers et de chefs célèbres périrent par l’épée ou furent ensevelis dans les flots1622, à l’exception d’un très-petit nombre de prisonniers obscurs, à qui les Français, par pitié plutôt que par intérêt, firent grâce de la vie1623.
Là fut fait grant carnage, (dit une 110chronique du temps) ; car du nombre de cinq cents chevaliers et escuyers, reputez les plus preux et hardys du royaulme d’Angleterre, qui estoient là soubs Glacidas, avecques d’aultres faulx Françoys, n’en furent retenus prisonniers et en vie fors environ deux cents1624.
Le chroniqueur bourguignon porte à sept ou huit mille combattants le nombre des Anglais tués ou faits prisonniers à la prise des trois bastilles de Saint-Loup, des Augustins et des Tournelles1625. Les Français n’en avaient guère perdu davantage à la la fatale journée d’Azincourt1626 ; la bataille de Verneuil ne leur avait coûté que cinq mille hommes1627. Aussi dit-on
que celluy assault, qui dura depuis le matin jusques au soleil couchant, fut tant grandement assailli et deffendu, que ce fut ung des plus beaux faicts d’armes qui eust esté fait longtemps paravant. Et aussy fust miracle de Nostre Seigneur à la requeste de sainct Aignan et sainct Euverte, jadis evesques et patrons d’Orléans, comme assez en fut apparence, selon la commune opinion, et mesmes par les personnes qu’icelluy jour furent amenez dedens la ville1628.
Chose inconcevable ! 111ce combat si sanglant, si opiniâtre, et dont le résultat devait avoir des conséquences incalculables pour l’armée anglaise, se passa sous les yeux du comte de Suffolk, du célèbre Talbot et des autres généraux ennemis
sans qu’ilz monstrassent ou feissent semblant d’aulcun secours1629.
La communication fut bientôt entièrement rétablie entre les Tournelles et la redoute de la Belle-Croix au moyen d’un grand nombre de solives et de planches apportées de la ville. L’amazone victorieuse revint dans Orléans1630 par le pont, ainsi qu’elle l’avait prédit le matin avant de partir pour le combat1631. Son entrée fut un véritable triomphe. Dunois l’accompagnait avec respect ; des cris de joie éclataient partout sur leur passage1632. Tous les Orléanais voulaient les contempler à leur retour ; ils exaltaient la vaillance de leurs défenseurs, et portaient jusqu’au ciel le nom de leur jeune libératrice1633. Par l’ordre de la guerrière, toutes les cloches de la ville, à la fois en mouvement, proclamèrent au loin dans les airs la victoire que les armes du roi venaient 112d’obtenir sur ses ennemis1634. Le peuple se précipitait en foule dans les temples pour remercier Dieu et les deux saints confesseurs, protecteurs de la cité fidèle1635, et les ministres des autels faisaient retentir de ce cantique les voûtes sacrées de la maison du Seigneur1636 :
Nous te louons, ô Dieu ! nous reconnaissons en toi l’arbitre de l’univers, le Père-Éternel que toute la terre adore. Les anges t’obéissent ; le ciel et les puissances tremblent devant toi ; les chérubins et les séraphins chantent perpétuellement en ta présence : saint, saint, saint, est le Seigneur, le Dieu des armées ! Les cieux et la terre sont pleins de ta gloire et de ta majesté. Le chœur glorieux des apôtres, la vénérable multitude des prophètes, l’innocente et nombreuse armée des martyrs, célèbrent tes louanges. Sur toute la surface de la terre l’Église sainte te proclame son Dieu, reconnaît en toi l’immense majesté du Père, le Fils unique et vénérable engendré de ta substance, et le Saint-Esprit paraclet qui procède du Père et du Fils. Ô Christ ! ô Roi de gloire ! Fils Éternel du Père ! toi qui, pour délivrer l’homme d’un honteux esclavage, n’as point dédaigné le sein d’une 113humble Vierge ; toi qui, après avoir brisé l’aiguillon de la mort, as rouvert aux croyants le royaume des cieux ; qui es assis à la droite de Dieu en la gloire du Père, et qui dois un jour venir juger le monde ; daigne, nous t’en supplions, secourir tes serviteurs, que ton sang précieux a rachetés ; fais qu’ils soient comptés au nombre des saints dans la gloire éternelle ! Sauvez votre peuple, Seigneur, et bénissez votre héritage ! Régnez sur vos sujets, ô mon Dieu, et faites-les triompher jusque dans l’éternité ! Chaque jour nous vous bénissons ; chaque jour nous louons votre nom, et nous le louerons à jamais dans toute la suite des siècles. Daignez, Seigneur, nous préserver des séductions du crime ; ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous ; et comme nous avons espéré en votre bonté, répandez sur nous votre clémence ! J’ai espéré en vous, Seigneur, et vous ne me couvrirez point d’une honte éternelle. Je vous bénirai tous les jours, ô mon Dieu ! et je louerai votre nom dans ce siècle et les siècles à venir1637.
Jeanne d’Arc étant rentrée dans sa demeure, d’Aulon envoya chercher un chirurgien, et l’on posa un nouvel appareil sur la blessure de la guerrière1638. Quoiqu’elle n’eût rien bu ni mangé de 114toute la journée, elle ne voulut prendre que quatre ou cinq tranches de pain trempées dans un peu de vin mêlé à beaucoup d’eau1639.
(Dimanche 8 mai 1429) Les Anglais furent plongés dans la plus grande consternation par le spectacle d’une si sanglante défaite. Leurs généraux tinrent conseil pendant la nuit, et résolurent de lever le siège1640. Le lendemain, avant le lever du soleil1641, ils firent sortir les troupes de leurs tentes1642 et des bastilles qui leur restaient sur la rive droite1643 ; ils en formèrent deux corps d armée, l’un du côté de l’occident, et l’autre du coté du nord1644. Talbot et Scales commandaient le premier ; le second obéissait au comte de Suffolk1645. Ces généraux rangèrent leurs soldats en bataille1646 ; leur nombre était encore si considérable, que leurs files s’étendaient jusque sur les fossés de la ville1647, et que les Français crurent qu’ils venaient les attaquer1648. C’est pourquoi la plus grande partie 115des guerriers de France sortirent de la ville pour les combattre1649. Jeanne d’Arc étant informée de ce qui se passait, sortit précipitamment de son lit, se revêtit d’un simple jasseren ou joseran (sorte d’armure légère)1650, et sortit de la ville accompagnée des maréchaux de Rais et de Sainte-Sévère, du baron de Coulonces, des seigneurs de Coaraze et de Xaintrailles, de La Hire, d’Alain Giron, de Jamet du Tillay, et de Florent d’Illiers1651. Arrivée auprès des troupes, elle les rangea elle-même en bataille1652 en face et à très peu de distance des Anglais1653. Toutefois elle défendit aux Français, pour l’amour et honneur du saint dimanche
, de les attaquer les premiers1654, ni de leur rien demander1655 :
car, (disait-elle), c’est le plaisir et la volonté de Dieu, s’ils veulent partir, qu’on leur permette de s’en aller1656. Mais si les Anglais vous assaillent, (ajouta-t-elle), deffendez vous fort et hardiment, 116et n’ayez nulle paour ; car vous serez les maistres1657.
Elle ordonna alors qu’on apportât une table, la fit décorer des ornements religieux, et se prosterna humblement, avec toute l’armée française et les citoyens d’Orléans, devant cet autel élevé à la face du ciel, au milieu des champs, entre la ville et les ennemis. On y célébra deux messes, que cette multitude armée entendit avec une attention respectueuse et dans le plus profond silence1658. Les Anglais même n’osèrent troubler cette auguste cérémonie.
[Ils] s’en allerent comme tous confus desconfitz1659.
Jeanne d’Arc, toujours prosternée, demanda à la fin de la seconde messe qu’on regardât si les Anglais, avaient le visage tourné vers les Français
. On lui répondit que non, et qu’ils regardaient vers Meun.
— En mon Dieu, reprit-elle, ils s’en vont ; laissez-les partir, et allons rendre grâces à Dieu. Nous ne les poursuivrons pas outre, parce que c’est aujourd’hui dimanche1660.
Cependant les Français souffraient très-impatiemment de ne pouvoir combattre1661, et de voir 117les Anglais se retirer tranquillement
en belle ordonnance et leurs estendarts desployez1662,
les uns, sous les ordres de Talbot, vers Meung et Beaugency, et les autres, commandes par le comte de Suffolk, vers la ville de Jargeau1663.
Toutesfois ne s’en allerent ils, ne n’emporterent saulvement toutes leurs bagues ; car aulcuns de la garnison de la cité les poursuivirent, et frapperent sur la queue de leur armée par divers assaults, tellement qu’ilz gaignerent sur eulx plusieurs bombarbes, gros canons, arcs, arbalestres, et aultre artillerie1664.
Jeanne d’Arc qui vit l’acharnement des Français à les poursuivre, intercéda encore pour ses mortels ennemis.
— Laissez aller les Anglais, disait-elle, et ne les tuez pas ! Ils s’en vont : il me suffit de leur départ1665.
Quelques chefs de guerre français voulurent au moins s’assurer de la route qu’ils prenaient, et juger par-là quels pouvaient être leurs desseins ultérieurs.
Or ainsy que lesditz Angloys s’en alloient, Estienne de Vignolles dit La Hyre, et messire Ambroise de Loré, accompaignez de cent à six vingt lances, monterent à cheval, 118et les chevaucherent et poursuivirent, en les cotoyant, bien trois grosses lieues, pour voir et regarder leur maintien ; puis s’en retournerent en ladicte ville1666.
Selon une autre chronique, les Anglais laissèrent leurs bastilles pleines d’artillerie et de vivres1667. Ils partirent, dit celle que je viens de citer,
mettans à l’abandon tous leurs malades, tant prisonniers comme aultres, avec leurs bombardes, canons, artillerie, pouldres, pavois, habillemens de guerre, et tous les vivres et biens1668.
Ces vivres, qui se trouvaient en si grande abondance que
ceulx de ladicte ville d’Orleans en furent moult reffaictz1669,
avaient sans doute été amenés par John Fastolf, qui se trouvait déjà à Janville le 4 mai1670, et qui était arrivé le lendemain, jour de l’Ascension, dans la grande bastille des Anglais1671 ; car lorsque la Pucelle entra dans Orléans avec un convoi, les ennemis éprouvaient eux-mêmes la plus grande disette1672.
Une aventure assez singulière acheva de combler 119les Français de joie, en leur fournissant l’occasion de donner carrière à leur gaîté naturelle, et à leur penchant invincible pour la plaisanterie.
Les Angloys retenaient dans leurs hastilles un capitaine françoys1673, moult vaillant homme1674, nommé le bourg de Bar, lequel estoit enferré par les pieds d’ung gros et pesant fer, tellement qu’il ne pouvoit aller.
On se rappelle que ce chevalier, parti d’Orléans le 9 février 1428 (v. st.) avec messires Jacques de Chabannes et Regnault de Fratames, à la tête de vingt combattants seulement, pour aller rejoindre à Blois le comte de Clermont, avait été pris en chemin par une troupe nombreuse de Bourguignons et d’Anglais, et conduit d’abord à la tour de Marchenoir1675.
Et y avoit ung Augustin angloys, confesseur du seigneur de Talbot, qui pour luy gouvernoit ledit prisonnier1676. Ledit Augustin avoit accoustumé de luy donner à manger, et ledit de Talbot se fioit en luy de le bien garder comme son prisonnier, espérant d’en avoir une grosse finance, ou délivrance d’aultre prisonnier. Doncques, quant cet Augustin vit les Angloys se retirer ainsi hastivement, il demoura 120avec ledit prisonnier, en intencion de le mener après ledit de Talbot son maistre, et le mena par dessoubs les bras bien demy traict d’arc de distance1677, et tout le pas, obstant ce ce qu’il ne povoit aller aultrement, pour les fers1678 ; mais ilz n’eussent jamais peu atteindre les Angloys. Lors icelluy Bourg, voyant les Angloys s’en aller en grant desordre1679, et congnoissant, comme subtil en faict de guerre1680, qu’ilz avoient du pire1681, et qu’ilz s’en alloient sans retour1682, si print l’Augustin à bons poings, et luy dit qu’il n’iroit pas plus avant, et que s’il ne le portoit jusques à Orléans, il luy feroit ou feroit faire desplaisir. Et combien qu’il y eust tousjours des Angloys et Françoys qui escarmouchoient encores, toutes fois1683 contraignit par force celluy Augustin à le porter sur ses espaulles jusques dedens Orléans, et ainsi eschappa sa rançon. Et si fut sceu par l’Augustin beaucoup de la convenue1684 ou commune1685 121des adversaires ; car il estoit fort familier de Talbot1686.
Cependant le peuple d’Orléans sortit en foule de la ville, et se répandit dans les bastilles,
où ils trouvèrent largement des vivres et aultres biens. Puis toutes les bastilles furent jectées et renversées par terre, suivant la volunté des seigneurs et capitaines. Mais leurs canons et bombardes furent retirées en la ville d’Orléans1687. D’aultre part rentrèrent à grant joie dedens Orléans la Pucelle et les aultres seigneurs et gens d’armes, en la très grant exaltation de tout le clergé et peuple, qui tous ensemble rendirent humbles grâces à Notre Seigneur, et louanges très méritées, pour les très grans secours et victoires qu’il leur avoit donnés et envoyés contre les Angloys anciens ennemis de ce royaulme1688.
Les ministres du Seigneur montèrent dans les tribunes sacrées, et firent à cette occasion au peuple des exhortations chrétiennes. Une procession solennelle de tous les prêtres d’Orléans parcourut les rues et les remparts de la ville en faisant retentir les airs d’hymnes et de cantiques d’actions de grâce1689. L’usage 122de renouveler tous les ans, à pareil jour, cette cérémonie religieuse et touchante s’est perpétuée jusqu’à notre temps, et n’a été interrompue pendant quelques années de troubles et d’anarchie, que pour être renouvelée avec plus d’enthousiasme et de joie aussitôt que le retour de l’ordre a ramené les cœurs à des sentiments de piété et de reconnaissance.
Ainsi s’accomplit la prophétie que Jeanne d’Arc avait faite au peuple d’Orléans la veille de la fête de l’Ascension, que, dans cinq jours, il ne resterait pas un Anglais devant la place1690.
Ainsi s’accomplit la prédiction qu’elle avait faite à Glasdale, qu’il ne serait pas témoin du départ de ses compatriotes1691.
Ainsi s’accomplit la promesse qu’elle avait faite au roi, à la France entière, qu’elle ferait lever le siège d’Orléans, premier objet de la mission qu’elle avait reçue du ciel1692.
Sept mois s’étaient écoulés depuis que le comte de Salisbury était venu, le 12 octobre 1428, mettre le siège devant cette ville, dernier rempart de la monarchie1693. C’était le 8 mai que les généraux 123ses successeurs fuyaient celle terre héroïque, consacrée par tant de prodiges ; le 8 mai, jour où l’Église célèbre l’apparition sur le Mont-Gargan (Monte Gargano) de l’archange saint Michel, protecteur de la France1694 ; le 8 mai, jour où Rome chrétienne fut délivrée des barbares1695 ; le 8 mai enfin, jour où l’on prétendait que ce chef immortel des milices célestes était apparu pour la première fois à la bergère de Domrémy.
Ce qui meut le roy Louis XI, (dit l’historien d’Orléans), d’instituer un ordre de chevalerie, l’an 1469, et donner saint Michel pour patron, imitant l’exemple du roy Charles son père, qui portoit en ses enseignes l’image de ce glorieux archange, à cause qu’il avoit esté veu sur les ponts de la ville d’Orléans, la deffendant contre l’invasion et tyrannie des Angloys1696.
Et c’est un pareil ordre, un ordre auquel se rattachaient tant de souvenirs glorieux et poétiques, que les Guises, en le prostituant au premier venu, firent tomber dans un décri aussi honteux pour les dépositaires de la gloire nationale, qu’injurieux pour la mémoire des libérateurs de la France !
124Jamais de si grands intérêts n’avaient été disputés sur un plus noble théâtre, avec plus de constance, d’héroïsme et de dévouement. Jamais on n’avait mis en œuvre, avec plus d’activité et d’industrie, toutes les ressources alors connues de l’art terrible de la guerre. Il est même probable que cet art fit des progrès sensibles pendant la longue durée d’un siège dont le succès devait décider du sort de l’Europe.
Durant lequel, (dit la chronique), furent faicts plusieurs biaux faicts d’armes, escarmouches, assaults, et trouvez aultres innumerables engins, nouvelletez et subtilitez de guerre, et plus que longtemps paravant n’avoit esté faict devant nulle aultre cité, ville, ne chasteau de ce royaulme, comme disoient toutes les gens en ce congnoissans, tant Françoys comme Angloys, et qui avoient esté presens à les faire et trouver1697.
Le duc d’Alençon, qui ne fut pas témoin de la levée du siège, mais qui vint peu de temps après à Orléans, et parcourut les débris des forteresses anglaises, déclare
qu’il croit qu’elles ont été prises plutôt miraculeusement que par force d’armes, principalement la bastille des Tournelles, au bout du pont, et la bastille des Augustins, dans lesquelles il eût bien osé se défendre, pendant six ou sept jours, contre toute puissance d’hommes 125d’armes ; et lui semble qu’il n’eût pas été pris. Et selon qu’il l’entendit rapporter par les gens d’armes et capitaines qui s’y trouvèrent, presque tout ce qui fut fait alors à Orléans ils l’attribuaient à un miracle de Dieu, et que ces choses n’avaient pas été faites par œuvre humaine, mais provenaient d’en haut. Et il l’entendit dire, entre autres, plusieurs fois, à messire Ambroise de Loré, qui fut depuis prévôt de Paris1698.
Le comte de Dunois et Jean, seigneur de Gaucourt, grand-maître de la maison du roi, beaucoup d’années après cet événement, parvenus à un âge où les illusions de l’enthousiasme et de la jeunesse sont ordinairement dissipées, partageaient complètement cette opinion1699. Tous les habitants d’Orléans étaient fermement persuadés que si ladite Pucelle ne fût pas venue de la part de Dieu à leur secours, eux et leur cité eussent été sous très-peu de jours réduits en l’obéissance de leurs adversaires1700
.
Aussi attribuait-on à la guerrière sainte tout le mérite d’un succès si inespéré1701. Mais cette jeune fille, toujours humble 126et modeste, refusait constamment ces hommages, renvoyait tout à Dieu, et résistait tant qu’elle pouvait à ce que le peuple l’honorât et lui donnât la gloire de sa délivrance1702
.
Arrêtons-nous un instant pour reporter nos regards en arrière, et pour considérer l’étonnante révolution qui venait de s’opérer dans la situation du premier empire du monde. Huit jours s’étaient écoulés depuis l’arrivée de Jeanne d’Arc dans Orléans ; trois seulement avaient été employés à combattre ; et déjà, dans les deux partis, tout avait changé de face. Qui ne contemplerait avec un sentiment de terreur religieuse ces grandes manifestations des volontés du souverain juge des hommes ? Un jeune prince à peine âgé de vingt ans, encore inconnu dans les fastes de la gloire, Dunois, avait arrêté au pied des murs d’Orléans les progrès de la puissance anglaise, et retardé pendant sept mois la chute de la monarchie ; une jeune paysanne, un enfant de dix-neuf ans paraît ; trois jours lui suffisent pour sauver le trône, relever les lis abattus, et fouler aux pieds l’orgueil des léopards qui menaçaient de dévorer la France.
Or notons cy grande merveille,
Les faitz de Dieu et les vertuz,
127Quant à la voix d’une pucelle
Les Angloys furent abattuz.
Une chose de Dieu venue,
Ung ange de Dieu amyable,
De quoy touteffois la venue
Fut au royaume proffitable.
Nostre Seigneur communément
N’a point acoustumé de ouvrer (prononcer d’ouvrer),
Ne de donner allégement,
Quant aillieurs on le peut trouver.
Mais où nature et les humains
N’ont plus de pouvoir et puissance,
C’est alors qu’il y met les mains,
Et qu’il fait sa grâce et clémence1703.
En mémoire de ces événements, les Orléanais instituèrent une fête destinée à faire éclater, le 8 mai de chaque année, leur respect et leur reconnaissance pour leur libératrice. Ce jour-là, dès le matin, le corps de ville se rendait en cérémonie à la cathédrale, où l’on prononçait l’éloge de Jeanne d’Arc. Il se faisait ensuite une procession générale, qui allait de cette église à celle des Augustins. Elle passait en revenant devant le monument de la Pucelle. Un jeune garçon, vêtu d’un habit tailladé aux couleurs de la ville, portant un drapeau, et précédé d’une bannière, 128marchait au milieu de ce cortège, et représentait la Pucelle1704.
Notes
- [1236]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1237]
Edmond Richer, Histoire de la Pucelle ; déposition de Jean, comte de Dunois, etc.
- [1238]
Villaret, Histoire de France, t. XIV.
- [1239]
Journal du siège.
- [1240]
Toutes les dépositions s’accordent à dire qu’on suivit cette route.
- [1241]
Déposition du comte de Dunois.
- [1242]
Journal du siège.
- [1243]
Il s’agit ici du lis de mai ou des vallées, autrement dit, muguet de mai.
- [1244]
C’est le surnom qu’on donne à la Touraine.
- [1245]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1246]
J’ai cru devoir donner ici la traduction tout entière du Veni, Creator, parce qu’il m’a semblé que le rapport existant entre plusieurs passages de cette hymne, et la circonstance où elle était chantée, ne serait pas sans intérêt. J’en présente aux lecteurs une traduction nouvelle, parce que celles que contiennent nos livres d’Heures, m’ont paru ne la reproduire que faiblement ; le vers Tu septiformis munere, entre autres, n’y est presque jamais rendu.
- [1247]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1248]
Déposition de Louis de Contes.
- [1249]
Même déposition ; déposition de Simon Beaucroix.
- [1250]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1251]
C’est ce qu’indique un passage de la déposition de Dunois.
- [1252]
Déposition de Louis de Contes.
- [1253]
Dépositions de Simon Beaucroix et de Théobald ou Thibaut d’Armignac, autrement dit de Termes, chevalier, bailli de Chartres ; Chronique sans titre, etc.
- [1254]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1255]
Déposition du comte de Dunois.
- [1256]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1257]
Dépositions du comte de Dunois, et de Jean, seigneur de Gaucourt.
- [1258]
Alain Chartier, en ses Sentences.
- [1259]
Déposition de Simon Beaucroix, clerc conjugat.
- [1260]
Déposition du comte de Dunois.
- [1261]
Dépositions de Théobald d’Armignac, chevalier, bailli de Chartres, et de Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire.
- [1262]
Déposition du comte de Dunois.
- [1263]
Chronique sans titre.
- [1264]
Déposition du comte de Dunois.
- [1265]
Déposition de Simon Beaucroix ; Chronique du siège ; Edmond Richer, Histoire de la Pucelle.
- [1266]
Edmond Richer, lieu cité.
- [1267]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean, soigneur de Gaucourt, etc.
- [1268]
Idem.
- [1269]
Idem.
- [1270]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1271]
Déposition du comte de Dunois.
- [1272]
Idem.
- [1273]
Déposition du comte de Dunois.
- [1274]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1275]
Déposition du comte de Dunois.
- [1276]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1277]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1278]
Dépositions du comte de Dunois et de Simon Beaucroix.
- [1279]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1280]
Déposition du comte de Dunois.
- [1281]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1282]
Déposition de Louis de Contes.
- [1283]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1284]
Idem.
- [1285]
Journal du siège.
- [1286]
Le frère Mathieu de Goussancourt, Martyrologe des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
- [1287]
Journal du siège.
- [1288]
Idem.
- [1289]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1290]
Journal du siège.
- [1291]
Journal du siège.
- [1292]
Idem.
- [1293]
Chronique sans titre.
- [1294]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1295]
Journal du siège.
- [1296]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1297]
Journal du siège.
- [1298]
Les chevaux blancs étaient un attribut de la souveraineté ; les rois, les papes, les empereurs d’Allemagne, lorsqu’ils faisaient ou une marche solennelle, ou leur entrée dans quelqu’une de leurs villes, ne montaient que des chevaux blancs. Le continuateur de Guillaume de Nangis, parlant de l’entrée de l’empereur Charles IV dans Paris, remarque que le roi Charles V eut l’attention de lui fournir, ainsi qu’au roi des Romains, un cheval noir, de peur que si l’empereur montait un cheval blanc, ce ne fut un signe de domination.
Et ce temps partist le roy de son palais, monté sur un grant palefroy blanc.
Quand le prince de Galles entra dans Londres, conduisant prisonnier notre roi Jean, il eut la modestie, ou le raffinement de vanité, de ne monter qu’une petite haquenée, et de lui donner un cheval blanc. Les rois et hérauts d’armes, comme représentant la personne du roi, montaient des chevaux blancs. Telle est l’origine de l’usage que l’on conserve encore dans toute l’Europe, de donner des chevaux blancs aux trompettes, qui remplissent souvent aujourd’hui l’emploi réservé aux anciens hérauts d’armes. Dans les romans du moyen âge, les fées paraissent toujours montées sur des chevaux blancs. C’est sur des chevaux blancs que saint Michel, saint George, et d’autres guerriers célestes, apparaissaient quelquefois au milieu des batailles. Il est probable qu’on avait donné un cheval blanc à la Pucelle, soit parce qu’on la considérait comme le héraut de Dieu, soit parce qu’en qualité de chef suprême de l’armée, elle représentait la personne du roi. Encore aujourd’hui les généraux en chef montent des chevaux blancs les jours de bataille.
- [1299]
Journal du siège.
- [1300]
Déposition de Jacques l’Esbahy, bourgeois d’Orléans.
- [1301]
Déposition de Jean l’Huillier, bourgeois d’Orléans.
- [1302]
Louis de Contes dit que sa maison était située près de la porte Bannier.
- [1303]
Journal du siège.
- [1304]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1305]
Journal du siège.
- [1306]
Chronique sans titre, imprimée dans le recueil de Godefroy, sous celui d’Histoire de la Pucelle.
- [1307]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1308]
Journal du siège. Cette chronique dit : les deux frères de la Pucelle, mais c’est une erreur ; il n’y en avait qu’un qui fût alors avec elle, et c’était Pierre d’Arc. (Registres de la cour des comptes, au compte de l’année 1444, où est l’extrait d’une requête de ce même Pierre d’Arc, dans laquelle il dit avoir accompagné sa sœur à la levée du siège d’Orléans.) Jean d’Arc, troisième frère de la Pucelle, ne vint la rejoindre que quelque temps après ce siège. (Lettre de Guy IV, sire de Laval, à ses mère et grand-mère.)
- [1309]
Journal du siège.
- [1310]
Chronique sans titre.
- [1311]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1312]
Déposition de Louis de Contes.
- [1313]
Idem.
- [1314]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1315]
Déposition du comte de Dunois.
- [1316]
Vie de Guillaume de Gamaches, second du nom, comte de Gamaches, etc., Paris, 1786.
- [1317]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1318]
Déposition de Louis de Contes.
- [1319]
Journal du siège.
- [1320]
Déposition de Jacques l’Esbahy, bourgeois d’Orléans.
- [1321]
Dépositions de Jacques l’Esbahy et de Jean, comte de Dunois.
- [1322]
Déposition de Jacques l’Esbahy.
- [1323]
Dépositions de Jean, comte de Dunois ; de Jean l’Huillier et de Pierre Milet ; Alain Chartier, Chronique de Charles VII, etc.
- [1324]
Déposition de Pierre Milet. Aucun manuscrit n’en contient davantage.
- [1325]
Journal du siège.
- [1326]
Alain Chartier, Chroniques duroy Charles septiestne. Nota. Le même passage se trouve copié mot à mot dans l’Histoire de Charles VII, par J. Bouvier, dit Berry, roi d’armes de France.
- [1327]
Déposition de Jacques l’Esbahy.
- [1328]
Chronique sans titre, imprimée par Godefroy, sous celui d’Histoire de la Pucelle.
- [1329]
William Camden (1551-1623).
- [1330]
Chronique sans titre ; déposition de Jacques l’Esbahy.
- [1331]
Homère, Iliade, chant Ier.
- [1332]
Diodore de Sicile, Strabon, Ammien Marcellin.
- [1333]
Poésies erses.
- [1334]
Villaret, Histoire de France, t. XI, qui cite à l’appui du Tillet, Recueil des roys de France, p. 420 ; Histoire généalogique, t. I, p. 1002.
- [1335]
Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1336]
Journal du siège.
- [1337]
Journal du siège.
- [1338]
Déposition de Louis de Contes.
- [1339]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1340]
Journal du siège.
- [1341]
Journal du siège.
- [1342]
Déposition de Louis de Contes.
- [1343]
Journal du siège.
- [1344]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1345]
Journal du siège.
- [1346]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1347]
Journal du siège.
- [1348]
Dépositions de Jean, comte de Dunois, et de Jean l’Huillier, bourgeois d’Orléans.
- [1349]
Déposition de Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire.
- [1350]
Journal du siège.
- [1351]
Journal du siège.
- [1352]
Dépositions de Louis de Contes et de Pierre Milet clerc ou greffier des élus de Paris, etc.
- [1353]
Dépositions de J. Coulon et de J. Beauharnais.
- [1354]
Idem.
- [1355]
Déposition de Charlotte, femme de Guillaume Havet.
- [1356]
Déposition de Colette, femme de Pierre Milet.
- [1357]
Idem.
- [1358]
Déposition de Charlotte, femme de Guillaume Havet.
- [1359]
Déposition de Pierre Vaillant, bourgeois d’Orléans.
- [1360]
Déposition de Pierre Milet.
- [1361]
Déposition de Pierre Compaing, chanoine de Saint-Aignan d’Orléans.
- [1362]
Dépositions de Charlotte, femme de Guillaume Havet ; de Pierre Milet, etc.
- [1363]
Déposition de Pierre Compaing, chanoine de Saint-Aignan d’Orléans.
- [1364]
Idem.
- [1365]
Déposition d’André de Bordes, chanoine de Saint-Aignan.
- [1366]
Ibid. ; déposition de frère Séguin.
- [1367]
Déposition de frère Séguin.
- [1368]
Journal du siège.
- [1369]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [1370]
Journal du siège.
- [1371]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1372]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1373]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1374]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1375]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII ; Journal du siège, etc.
- [1376]
Journal du siège ; dépositions de Jean d’Aulon, de frère Jean Pasquerel.
- [1377]
Journal du siège.
- [1378]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1379]
Journal du siège.
- [1380]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1381]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1382]
A dead silence and astonishment reigned among those troops, formerly so elated by victory, and so fierce for combat. (Hume, History of England.)
- [1383]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1384]
Journal du siège.
- [1385]
Déposition de Itère Jean Pasquerel.
- [1386]
Hume, History of England.
- [1387]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1388]
Legrand d’Aussy, Vie privée des Français ; Éloge du roy Charles VII, imprimé dans le recueil de Godefroy.
- [1389]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean de Gaucourt, etc.
- [1390]
Déposition de Louis de Contes.
- [1391]
Déposition de Louis de Contes.
- [1392]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [1393]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1394]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1395]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1396]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1397]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1398]
Déposition de Colette, femme de Pierre Milet.
- [1399]
Dépositions de maître Aman Viole, avocat en la cour de parlement ; de Pierre Milet, de Colette, sa femme, et de Simon Beaucroix ; Chronique sans titre.
- [1400]
Chronique sans titre.
- [1401]
Déposition d’Aman Viole.
- [1402]
Déposition de Louis de Contes.
- [1403]
Chronique sans titre.
- [1404]
Chronique sans titre.
- [1405]
Déposition de Louis de Contes.
- [1406]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1407]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1408]
Déposition de Louis de Contes.
- [1409]
Idem.
- [1410]
Déposition de Colette, femme de Pierre Milet.
- [1411]
Idem.
- [1412]
Chronique sans titre.
- [1413]
Déposition de Louis de Contes.
- [1414]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1415]
Chronique sans titre.
- [1416]
Idem.
- [1417]
Déposition de Louis de Contes.
- [1418]
Chronique sans titre.
- [1419]
Dépositions de frère Jean Pasquerel, de Louis de Contes et de Jean d’Aulon.
- [1420]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1421]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1422]
Déposition de Louis de Contes.
- [1423]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1424]
Déposition do Colette, femme de Pierre Milet.
- [1425]
Déposition d’Aman Viole.
- [1426]
Déposition de Louis de Contes.
- [1427]
Journal du siège.
- [1428]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1429]
Alain Charrier, Chroniques de Charles VII.
- [1430]
Journal du siège ; Chronique sans titre ; Alain Chartier, Chroniques de Charles VII ; Monstrelet, en ses Chroniques, etc.
- [1431]
Dépositions de Pierre Milet et de Colette, sa femme.
- [1432]
Journal du siège.
- [1433]
Déposition de Thibaut ou Théobald d’Armagnac, dit de Termes, chevalier, bailli de Chartres.
- [1434]
Journal du siège.
- [1435]
Chronique sans titre.
- [1436]
Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1437]
Journal du siège.
- [1438]
Idem.
- [1439]
Chronique sans titre.
- [1440]
Journal du siège.
- [1441]
And sir John Talbot himself, who had drawn together, from the other redoubts, some troops to bring them relief, dared not to appear in the open field against so formidable an enemy. (Hume, History of England.)
- [1442]
Journal du siège.
- [1443]
Idem.
- [1444]
Toutes les chroniques et dépositions.
- [1445]
Chronique sans titre.
- [1446]
Toutes les chroniques et dépositions ; Hume, History of England.
- [1447]
Journal du siège.
- [1448]
D’après le compte de Monstrelet, en ses Chroniques.
- [1449]
Chronique sans titre.
- [1450]
Chronique sans titre.
- [1451]
Déposition de Louis de Contes.
- [1452]
Idem.
- [1453]
Chronique sans titre.
- [1454]
Déposition de Louis de Contes.
- [1455]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1456]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1457]
M. de L’Averdy, Notices des manuscrits, etc., t. III.
- [1458]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1459]
Journal du siège ; Chronique sans titre ; Monstrelet, en ses Chroniques.
- [1460]
Journal du siège.
- [1461]
Chronique sans titre.
- [1462]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1463]
Déposition de Louis de Contes.
- [1464]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1465]
Idem.
- [1466]
Journal du siège ; Chronique sans titre ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1467]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1468]
Journal du siège ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1469]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1470]
Journal du siège ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1471]
Journal du siège.
- [1472]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1473]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1474]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1475]
Idem.
- [1476]
M. de L’Averdy, Notices des manuscrits, etc., t. III.
- [1477]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1478]
Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1479]
Déposition de Jacques l’Esbahy ; Journal du siège ; Chronique sans titre, etc.
- [1480]
Journal du siège.
- [1481]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1482]
Idem.
- [1483]
Journal du siège.
- [1484]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1485]
Chronique sans titre.
- [1486]
Déposition de Louis de Contes.
- [1487]
Journal du siège ; déposition de Jean d’Aulon.
- [1488]
Déposition de Jean d’Aulon. — Cette île n’existe plus.
- [1489]
Journal du siège.
- [1490]
Dépositions de Jean d’Aulon et de Simon Beaucroix ; Chronique sans titre.
- [1491]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1492]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1493]
Chronique sans titre.
- [1494]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1495]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1496]
Idem.
- [1497]
Chronique sans titre.
- [1498]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1499]
Chronique sans titre.
- [1500]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1501]
Chronique sans titre.
- [1502]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1503]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1504]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1505]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1506]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1507]
Idem.
- [1508]
Journal du siège ; Chronique sans titre ; déposition de Jean d’Aulon.
- [1509]
Chronique sans titre.
- [1510]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1511]
Déposition de Jean d’Aulon ; Journal du siège ; Chronique sans titre, etc.
- [1512]
Chronique sans titre.
- [1513]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1514]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1515]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1516]
Idem.
- [1517]
Dépositions de Thibaut d’Armagnac.
- [1518]
Chronique sans titre.
- [1519]
Journal du siège.
- [1520]
Déposition de Jean d’Aulon ; Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1521]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1522]
Déposition de Jean d’Aulon ; Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1523]
Journal du siège.
- [1524]
Chronique sans titre.
- [1525]
Journal du siège.
- [1526]
Sa déposition.
- [1527]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1528]
Déposition de Louis de Contes ; Chronique sans titre.
- [1529]
Déposition de Louis de Contes.
- [1530]
Journal du siège.
- [1531]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1532]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1533]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1534]
Déposition de maître Aman Viole, avocat en la cour de Parlement
- [1535]
Déposition de Louis de Contes.
- [1536]
Chronique sans titre.
- [1537]
Idem.
- [1538]
Idem.
- [1539]
Déposition de Colette, femme de Pierre Milet ; Chronique sans titre.
- [1540]
C’est ce qui résulte de la déposition du comte de Dunois.
- [1541]
Chronique sans titre.
- [1542]
Idem.
- [1543]
On donnait ce sobriquet aux Anglais, à cause du juron de God-dam (Dieu me damne) qu’ils ont souvent à la bouche. — Déposition de Colette.
- [1544]
Chronique sans titre.
- [1545]
Dépositions de Colette, de maître Aman Viole et de Jean d’Aulon.
- [1546]
Déposition de maître Aman Viole.
- [1547]
Déposition de maître Aman Viole.
- [1548]
Déposition de Louis de Contes.
- [1549]
Déposition de Simon Charles, président en la chambre des comptes, qui tenait ce récit de Gaucourt même ; déposition de Louis de Contes, témoin oculaire.
- [1550]
Déposition de Louis de Contes.
- [1551]
Idem.
- [1552]
Chronique sans titre.
- [1553]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1554]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1555]
Monstrelet.
- [1556]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1557]
Journal du siège. Voyez l’Introduction.
- [1558]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1559]
Idem.
- [1560]
Déposition de Louis de Contes.
- [1561]
Chronique sans titre.
- [1562]
Toutes les chroniques.
- [1563]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1564]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [1565]
Journal du siège.
- [1566]
Ibid.
- [1567]
Ibid. ; la Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430.
- [1568]
Enquête faite en 1458, au sujet d’un procès touchant la possession du château et châtellenie de Badeffol, réclamée, tant comme héritage que comme don du roi Charles VII, par messire Richard de Guontaut ou Guontaud de Badeffol. Voir notamment les dépositions de messire Pons de Baynac et d’Anthoine, seigneur de Haultefort.
Je dois la connaissance de ce monument curieux au respectable M. l’Épine, préposé à la conservation des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, qui joint à beaucoup d’érudition une extrême modestie, et qui m’a fourni avec une obligeance infatigable une foule de documents précieux. Le manuscrit sur lequel j’ai fait mes extraits est une copie prise sur l’original en papier, envoyé au cabinet du Saint-Esprit par M. Bertin, ministre, en 1772.
- [1569]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1570]
Déposition de Thibaut d’Armagnac.
- [1571]
Déposition de Robert de Sarciaux.
- [1572]
Déposition de Louis de Contes.
- [1573]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1574]
Déposition de Robert de Sarciaux.
- [1575]
Déclaration de la Pucelle elle-même, interrogatoire du 27 février 1430.
- [1576]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1577]
La Pucelle, interrogatoire du 27 février 1430 ; dépositions du comte de Dunois et de Louis de Contes ; Chronique sans titre ; Journal du siège ; Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1578]
Vie de Guillaume de Gamaches, second du nom, comte de Gamaches, etc., Paris, 1786.
- [1579]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1580]
Déposition de Louis de Contes.
- [1581]
Journal du siège.
- [1582]
Déposition du comte de Dunois.
- [1583]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1584]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1585]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [1586]
Chronique sans titre ; Hume, History of England.
- [1587]
Vie des Femmes illustres de la France, Paris, 1762, in-12.
- [1588]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1589]
Lenglet Du Fresnoy, Histoire de Jeanne d’Arc.
- [1590]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1591]
Journal du siège.
- [1592]
Dépositions de Jean d’Aulon, du comte de Dunois, etc.
- [1593]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [1594]
Journal du siège.
- [1595]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1596]
Journal du siège.
- [1597]
Ibid.
- [1598]
Déposition du comte de Dunois.
- [1599]
Journal du siège.
- [1600]
Déposition de Louis de Contes.
- [1601]
Journal du siège.
- [1602]
Ibid.
- [1603]
Déposition du comte de Dunois.
- [1604]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1605]
Journal du siège ; Chronique sans titre. L’auteur du Traité sommaire tant du nom que des armes de la Pucelle d’Orléans et de ses frères, nomme ce gentilhomme, et dit que c’était Guy de Cailly, seigneur de Rouilly, principal fief de la paroisse de Chécy, lequel, ayant reçu la Pucelle chez lui quand elle vint secourir Orléans, ne voulut plus s’en séparer. Il ajoute que quand Guy de Cailly vint l’avertir que la queue de son guidon flottait du côté des Anglais, il trouva la Pucelle en extase, ayant une apparition de chérubins qui semblaient combattre pour elle contre les Anglais : ce qui fut cause que, peu de temps après, en juin 1429, la Pucelle fit obtenir à Guy de Cailly des lettres confirmatives de sa noblesse, avec permission de changer ses armes, et d’y porter, en mémoire de cette apparition, trois têtes de chérubins ailées et barbelées de gueules en champ d’argent. L’une de ses descendantes, Catherine de Cailly, épousa Charles du Lis, descendant d’un des frères de la Pucelle.
- [1606]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1607]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean de Gaucourt et de Jean l’Huillier.
- [1608]
Chronique sans titre.
- [1609]
Martial d’Auvergne, Vigiles de Charles VII.
- [1610]
Le comte de Dunois lui donne, dans sa déposition, le titre de grand prieur de France ; mais il ne fut élevé à cette dignité que postérieurement à la levée du siège d’Orléans.
- [1611]
Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1612]
Journal du siège. C’est des prisonniers anglais qu’on tenait cette particularité.
- [1613]
Antoine Dubreton, Histoire du siège d’Orléans et de la Pucelle Jeanne, 1631 ; Journal du siège.
- [1614]
Le Maire, Histoire d’Orléans.
- [1615]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1616]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1617]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean de Gaucourt, de Jean l’Huillier, de Louis de Contes, de Simon Beaucroix et de frère Jean Pasquerel ; Journal du siège ; Chronique sans titre ; Alain Chartier, Chroniques de Charles VII ; Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1618]
Journal du siège.
- [1619]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1620]
Déposition du comte de Dunois.
- [1621]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1622]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean de Gaucourt, de Jean l’Huillier, de Louis de Contes et de frère Jean Pasquerel ; Journal du siège.
- [1623]
Journal du siège.
- [1624]
Chronique sans titre.
- [1625]
Monstrelet.
- [1626]
Villaret, Histoire de France, t. XIII.
- [1627]
Villaret, Histoire de France, t. XIV.
- [1628]
Journal du siège.
- [1629]
Chronique sans titre.
- [1630]
Dépositions du comte de Dunois et de Jean d’Aulon ; Chronique sans titre.
- [1631]
Déposition de Jean d’Aulon, etc.
- [1632]
Déposition du comte de Dunois.
- [1633]
Journal du siège.
- [1634]
Chronique sans titre.
- [1635]
Journal du siège.
- [1636]
Journal du siège.
- [1637]
Te Deum laudamus, etc.
- [1638]
Dépositions de Jean d’Aulon et du comte de Dunois.
- [1639]
Déposition du comte de Dunois.
- [1640]
Chronique sans titre. — 7 mai selon le Journal du siège ; mais c’est une erreur qui provient de ce qu’il met la prise des Tournelles le 6, jour de l’Ascension, tandis qu’on ne combattit point ce jour-là. Les Tournelles ne furent attaquées que le 7 ; les Anglais ne levèrent le siège que le lendemain.
- [1641]
Dépositions de Jean l’Huillier et de frère Jean Pasquerel.
- [1642]
Déposition du comte de Dunois et de Jean l’Huillier.
- [1643]
Chronique sans titre ; Journal du siège.
- [1644]
Journal du siège.
- [1645]
Chronique sans titre.
- [1646]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean l’Huillier, de J. de Champiaux et d’Aman Viole ; Journal du siège.
- [1647]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1648]
Dépositions de Jean l’Huillier et de J. de Champiaux.
- [1649]
Déposition de maître Aman Viole.
- [1650]
Dépositions du comte de Dunois et de maître Aman Viole.
- [1651]
Journal du siège.
- [1652]
Déposition de maître Aman Viole.
- [1653]
Journal du siège.
- [1654]
Dépositions du comte de Dunois, de Jean l’Huillier et de maître Aman Viole ; Journal du siège ; Chronique sans titre.
- [1655]
Dépositions du comte de Dunois et de Jean l’Huillier.
- [1656]
Déposition de maître Aman Viole.
- [1657]
Journal du siège.
- [1658]
Déposition de J. de Champiaux, contenant en outre l’attestation de Jaugant, Hue, Aubet, Roulliard et de plusieurs autres habitants d’Orléans.
- [1659]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1660]
Dépositions de J. de Champiaux ; etc.
- [1661]
Journal du siège.
- [1662]
Chronique sans titre.
- [1663]
Chronique sans titre.
- [1664]
Journal du siège.
- [1665]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [1666]
Chronique sans titre.
- [1667]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [1668]
Chronique sans titre.
- [1669]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [1670]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [1671]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [1672]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1673]
Chronique sans titre.
- [1674]
Journal du siège.
- [1675]
Chronique sans titre.
- [1676]
Journal du siège.
- [1677]
Chronique sans titre.
- [1678]
Journal du siège.
- [1679]
Chronique sans titre.
- [1680]
Journal du siège.
- [1681]
Chronique sans titre.
- [1682]
Journal du siège.
- [1683]
Chronique sans titre.
- [1684]
Journal du siège.
- [1685]
Chronique sans titre.
- [1686]
Journal du siège.
- [1687]
Chronique sans titre.
- [1688]
Journal du siège.
- [1689]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1690]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [1691]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [1692]
Une foule de dépositions et de chroniques.
- [1693]
Journal du siège.
- [1694]
Le Maire, Histoire d’Orléans.
- [1695]
Martyrologe romain ; Le Maire, Histoire d’Orléans.
- [1696]
Le Maire, Histoire d’Orléans. On se rappelle que cet ordre avait pour devise : Immensa tremor Oceani.
- [1697]
Journal du siège.
- [1698]
Déposition du duc d’Alençon.
- [1699]
Leurs dépositions ; celle de Robert Thibaut, écuyer de l’écuyerie du roi, etc.
- [1700]
Déposition de Jean l’Huillier.
- [1701]
Déposition de Robert Thibault.
- [1702]
Dépositions de Pierre Vaillant et de J. Coulon, habitants d’Orléans.
- [1703]
Martial d’Auvergne, Vigiles de Charles VII.
- [1704]
Daniel Polluche, Essais historiques sur Orléans, avec des remarques par M. Beauvais de Préaux, remarque 77.