Tome 4 : Livre XVI
411Livre XVI
Exposition des divers systèmes par lesquels on a voulu expliquer l’avènement de la Pucelle.
Par M. Le Brun de Charmettes
On pourra juger de l’admiration que Jeanne d’Arc avait laissée dans les esprits, par les déclarations suivantes, extraites des dépositions d’une foule de personnages qui illustraient alors la France par leur naissance, leur génie, leurs talents ou leurs vertus. Vingt-cinq ans après la délivrance d’Orléans et le couronnement de Charles VII à Reims, dans un âge exempt des illusions de la jeunesse, et lorsque son enthousiasme avait eu tout le temps de se refroidir, le célèbre Dunois, la mémoire encore pleine de ces événements, déclare
qu’il croit que ladite Jeanne était envoyée de Dieu ; que ses actes dans la guerre étaient plutôt de l’inspiration du Seigneur que de l’esprit humain ;
et il fonde cette opinion sur un grand nombre de probabilités tirées des exploits de la Pucelle, et de ses prophéties justifiées par l’événement3747. Jean, seigneur de Gaucourt, 412grand maître de la maison du roi, qui dépose comme Dunois du miracle du changement du vent à l’entrée du premier convoi dans Orléans, déclare concorder en tout avec la déposition de ce prince3748. Ce seigneur était alors âgé de quatre-vingt-cinq ans. Guillaume, chevalier, seigneur de Ricarville,
croit, attendu sa manière de vivre et ses faits, qu’elle avait été inspirée de Dieu3749.
Renaud Thierry, doyen de l’église collégiale de Mehun-sur-Yèvre ; Jean l’Huillier, bourgeois d’Orléans ; frère Séguin, doyen de la Faculté de théologie de l’université de Poitiers ; Jean de Novelonpont, dit de Metz, chevalier ; Bertrand de Poulengy, écuyer ; Marguerite la Touroulde, veuve de Renaud de Bouligny, trésorier du roi ; Simon Charles, président en la cour des comptes ; Colette, femme de Pierre Milet, bourgeois d’Orléans ; Thibaut d’Armagnac, dit de Termes, chevalier, bailli de Chartres ; Pierre Milet, greffier des élus de Paris ; Aman Viole, avocat en la cour de parlement ; maître Jean Barbin, avocat du roi ; frère Jean Pasquerel, aumônier de la Pucelle, et Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire, autrefois son écuyer et maître de sa maison, partageaient tous cette opinion3750. D’Aulon revient même à deux fois sur 413ce témoignage :
Et dit il qui parle que tous les fais de ladite Pucelle luy sembloient plus fais divins et miraculeux que autrement, et qu’il estoit impossible à si jeune pucelle faire telles euvres sans le vouloir et conduite de Nostre Seigneur. [Et ailleurs :] dit que à son advis elle estoit très bonne xhrestpienne, et qu’elle devoit estre inspirée.
Cosme de Commy et Jean de Champiaux, bourgeois d’Orléans, rapportent
avoir entendu dire à Jean de Mâcon, docteur très-fameux en l’un et en l’autre droit, que ledit docteur avait beaucoup de fois examiné ladite Jeanne sur ses faits et dits, et qu’il ne faisait aucun doute qu’elle ne fût envoyée de Dieu ; que c’était chose admirable de l’entendre parler et répondre ; et qu’il n’avait jamais rien aperçu que de bon et de saint dans sa vie3751.
Thibaut d’Armagnac
avait entendu dire à maître Robert Baignart ou Begnart, professeur de théologie, de l’ordre des frères prêcheurs, qu’il l’avait entendue en confession ; que ladite Jeanne était une femme de Dieu ; que les choses qu’elle faisait étaient de Dieu ; et qu’elle avait une bonne âme et une bonne conscience3752.
Le seul Jean 414Beaupère, l’un des juges assesseurs qui s’étaient montrés le plus mal disposés envers la Pucelle3753, déclare
que, au regard des apparicions dont il est fait mencion au procès de ladite Jehanne, qu’il a eu et a les plus grans conjectures que lesdictes apparicions estoient plus de cause naturelle et invencion humaine que de cause surnaturelle3754.
Cette déclaration prouve au moins que les témoins jouirent de la plus grande liberté dans leurs dépositions, ce qui donne beaucoup de prix à ce qu’ils rapportent de favorable à la Pucelle.
Quatre opinions ont été soutenues relativement à cette fille extraordinaire. Fidèle à l’engagement que j’ai pris au commencement de cet ouvrage, de mettre mes lecteurs en état de former la leur avec connaissance de cause, j’exposerai successivement ces quatre systèmes avec la plus grande intégrité ; je pousserai même la bonne foi jusqu’à fortifier chacun d’eux d’observations et d’arguments qui avaient échappé à leurs auteurs, faute d’avoir eu une connaissance suffisante des faits.
- Le premier système, celui des Anglais du XVe siècle, attribuait tous les succès de la Pucelle aux merveilles de la magie.
- 415Le second système consiste à regarder Jeanne d’Arc comme une espèce de Mahomet, comme un de ces génies hardis et habiles, qui, à l’aide d’un feint enthousiasme, séduisent et trompent les nations pour s’en faire les arbitres.
- Le troisième système présente la Pucelle comme une jeune fille ignorante et fanatisée, mais désintéressée et vertueuse, dont quelque grand politique se sera servi, comme d’un instrument aveugle, pour jeter la terreur dans les armées anglaises, rendre le courage aux Français, et sauver la monarchie.
- Le quatrième système montre Jeanne d’Arc réellement choisie par le ciel pour délivrer la France, favorisée d’apparitions célestes et de révélations divines.
Le premier système, né de la répugnance que l’amour-propre et l’orgueil éprouvent à se reconnaître vaincus par des forces inférieures, s’appuyait sur l’existence d’un arbre consacré aux fées et d’une mandragore, près du village où naquit la Pucelle, et sur une prédiction renfermée dans les livres du prétendu enchanteur Merlin, qu’on appliquait à Jeanne d’Arc. Un enchanteur n’avait dû s’occuper que de magie ; il avait prédit l’avènement de Jeanne : donc Jeanne était une magicienne.
On ne ferait pas à ce système l’honneur de le réfuter, si cette réfutation ne faisait la condamnation 416des juges de la Pucelle. Même en raisonnant d’après les opinions de leur siècle, ils ne pouvaient, ils ne devaient pas la croire magicienne. Les inspirations du démon ne pouvaient se concilier ni avec la vie pure et sans tache de la Pucelle, ni avec sa tendre dévotion, ni avec sa virginité, qu’ils n’osèrent pas mettre en doute, ni avec les signes de croix qu’elle faisait à la vue des êtres merveilleux qu’elle croyait lui apparaître. Quel intérêt d’ailleurs aurait eu l’ennemi des hommes à soustraire la France au joug d’un usurpateur étranger, pour la rendre à son roi légitime, à la dynastie des rois très-chrétiens ?
Le second système se fonde sur les observations suivantes. Il est évident que Jeanne avait dans les idées plus d’élévation qu’on n’en trouve communément dans celles des filles de la campagne. Le génie est une faculté active, inquiète ; l’exemple d’une infinité de grands hommes prouve que l’être qui en est doué dans un état obscur, éprouve le besoin de sortir de cette obscurité, et de s’élancer dans une sphère plus éclatante : Jeanne d’Arc dut naturellement éprouver ce besoin avec ardeur, et la faculté qui lui en inspira le désir, lui fournit des moyens appropriés aux idées du siècle, en l’élevant au-dessus de ses préjugés. Elle feignit de se croire inspirée.
Charles VII et ses ministres favorisèrent une imposture qui pouvait être utile à la France, 417dans un moment où le sort de la monarchie paraissant désespéré, il semblait permis de recourir à tous les moyens de salut.
Plusieurs faits viennent à l’appui de cette supposition. Le frère Richard, ce célèbre prédicateur, qui passait aussi pour inspiré aux yeux du peuple ; Catherine de la Rochelle, dont les apparitions avaient tant de rapport avec celles dont Jeanne se disait favorisée, eussent obtenu facilement la confiance d’une fille dévote et crédule : loin de là, elle s’oppose ouvertement aux projets de l’un et de l’autre ; elle veut même veiller avec la dernière pour vérifier la réalité de ses visions, et la convaincre d’imposture : tout cela n’annonce-t-il pas déjà une âme au-dessus des préjugés de son siècle, en un mot, ce que nous appelons aujourd’hui un esprit fort ?
Quand des femmes pieuses venaient lui demander de toucher des croix, des chapelets, croyant leur faire contracter des vertus merveilleuses, et qu’elle disait en riant à son hôtesse, la dame de Bouligny, touchez-les vous-même, car ils seront aussi bons de votre toucher que du mien
: ne se moquait-elle pas elle-même de sa prétendue sainteté et de la crédulité du peuple à son égard ?
Ces mots qu’on lui attribue lorsqu’elle fut blessée à la levée du siège d’Orléans : Ce n’est pas du sang, c’est de la gloire qui découle de 418cette plaie !
ne sont-ils pas plutôt d’un héros amoureux de la gloire du monde que d’une sainte détachée des honneurs et des biens de cette vie ?
Un ancien historien français assure positivement que la prétendue inspiration de Jeanne fut une utile imposture, et met en question la pureté de ses mœurs.
Il y eut, (dit-il), une jeune fille […] nourrie aux champs entre les brebis et les moutons, laquelle estant amenée au roy, luy dit qu’elle venoit vers luy inspirée de Dieu, pour luy promettre qu’elle chasseroit les Angloys de la France. Le roy fut bien estonné de cette fille, et luy et les seigneurs l’interrogeans de diverses choses, jamais elle ne varia, ne disant aucune parole qui ne fut sainte, modeste et chaste. […] Le miracle de cette fille, soit que ce fust un miracle aposté ou véritable, esleva les cœurs des seigneurs, du peuple et du roy, qui les avoient abattus. Telle est la force de la religion, et bien souvent de la superstition ; car les uns disent que cette Jeanne estoit la maistresse de Jean, bastard d’Orléans, les autres, du sieur de Baudricourt, les autres de Pothon, lesquels estant fins et avisez, et voyant le roy si estonné qu’il ne sçavoit plus que faire, ni que dire, et le peuple, pour toutes les continuelles guerres, tant abattu qu’il ne pouvoit relever son cœur ni ses espérances, s’adviserent de se servir d’un miracle 419composé d’une fausse religion, qui est la chose du monde qui plus anime et releve les cœurs, et qui plus fait croire aux hommes, mesmement aux simples, ce qui n’est pas, et le peuple estoit fort propre à recevoir telles superstitions. Ceux qui croyent que c’est une Pucelle envoyée de Dieu, ne sont pas damnés, et ne le sont pas ceux qui ne le croyent point. Plusieurs estiment cet article dernier estre une heresie ; mais nous ne voulons pas trebucher en l’une, ni trop en l’autre créance. Adonc ces seigneurs par l’espace de quelques jours l’instruisirent de tout ce qu’elle devoit respondre aux demandes qui par le roy et eux luy seroient faites en la presence du roy (car ils devoient eux-mêmes faire les interrogatoires) ; et afin quelle pust recongnoistre le roy, lorsqu’elle seroit menée vers luy (lequel elle n’avoit jamais vu), ils luy faisoient tous les jours voir son portrait. Le jour designé auquel elle devoit venir vers luy en sa chambre, et eux ayant dressé cette partie, ils ne faillirent de s’y trouver. Estant entrée, les premiers qui luy demandèrent ce qu’elle vouloit furent le bastard d’Orléans et Baudricourt, lesquels lui demandant ce qu’elle souhaitoit, elle répondit qu’elle vouloit parler au roy : ils lui présentèrent un des autres seigneurs qui estoient là, luy disant que c’estoit 420le roy : mais elle, instruite de tout ce qui lui seroit fait et dit, et de ce qu’elle de voit faire et dire, respondit que ce n’estoit pas le roy, et qu’il estoit caché en la ruelle du lict (là où de vray il estoit), et allant l’y trouver, luy dit ce qui est marqué ci-dessus. Cette invention de religion profita tant à ce royaume, qu’elle releva les courages perdus et abattus de desespoir. […] Quelques-uns ont trouvé et trouveront mauvais que je dis cela, et que j’oste à nos François une opinion qu’ils ont si longuement eue d’une chose sainte et d’un miracle, pour la vouloir maintenant convertir en fable. Mais je l’ay voulu dire parce qu’il a esté ainsi decouvert par le temps ; et puis ce n’est chose si importante, qu’on la doive croire comme article de foy3755.
Un homme de beaucoup d’esprit, M. Caze, sous-préfet de Bergerac, imagina dans ces derniers temps une suite d’hypothèses aussi ingénieuses que nouvelles, qui rentrent dans le système que je viens d’exposer ; je crois devoir les rapporter ici, ne fût-ce que pour leur singularité. Cet auteur, en rassemblant les circonstances de l’histoire qui pouvaient concourir à son système, s’était persuadé que Jeanne d’Arc était née du commerce incestueux d’Isabeau de 421Bavière et du duc Louis d’Orléans ; qu’élevée dans l’obscurité et loin des yeux de la cour, quelque circonstance, qu’il n’explique pas, lui avait découvert le secret de sa naissance ; que cette découverte lui avait fait prendre la part la plus vive aux revers de la maison de France ; que ses idées s’élevant au-dessus de sa condition apparente, se sentant douée d’un génie au-dessus de son sexe, elle avait résolu d’employer toutes les ressources de son courage à sauver son frère utérin, le roi Charles VII, du malheur qui le menaçait ; que la révélation qu’elle avait faite à ce monarque des liens du sang dont ils étaient unis, l’avait déterminé à se confier à elle, et avait seule fait consentir les princes et les généraux à lui obéir, ce qu’ils auraient refusé de faire s’ils eussent cru qu’on leur donnait pour chef une simple paysanne.
Laissons parler ce nouvel Œdipe.
La France, délivrée par Jeanne d’Arc, est, (dit-il), un événement que tous les historiens ont regardé comme un phénomène, comme une énigme inexplicable. Cet aveu ne suffit-il pas pour que chacun soit libre de l’expliquer à sa manière, de hasarder à cet égard toutes les conjectures, toutes les présomptions fondées sur des probabilités réelles ? […]
Si Jeanne d’Arc n’avait été qu’une fille exaltée, privée d’ailleurs des talents propres à donner 422une tournure nouvelle aux événements, il n’est pas probable que Charles et ses généraux eussent songé à faire usage d’une pareille ressource, car, dans la supposition où elle aurait échoué, il en aurait rejailli sur eux un ridicule mille fois plus funeste qu’une défaite. Il faut donc croire, et ses lettres aux Anglais, les réponses qu’elle fit devant ses juges, ses triomphes, l’ensemble de sa conduite enfin, en sont un assez puissant témoignage ; il faut croire, dis-je, qu’elle avait réellement autant de génie que de courage et de vertu, et qu’on ne fit usage de sa personne que parce qu’on l’avait jugée capable d’opérer une importante révolution dans les affaires.
Mais, avant que de grands succès eussent signalé son mérite et provoqué l’enthousiasme, est-il raisonnable de penser que, sur la foi de ses seules promesses, le roi, les princes du sang, la noblesse et les généraux se soient déterminés à fouler aux pieds tous les préjugés du rang au point de lui donner ou de lui laisser prendre le commandement de l’armée ? un pareil bouleversement dans les idées monarchiques me paraît n’avoir pu être que le produit d’un prestige dont cette fille était déjà environnée. Presque tous les historiens disent qu’elle sut répéter au roi une prière mentale qu’il avait faite, et dont qui que ce soit n’avait 423connaissance excepté lui. Maintenant qu’on n’ajoute plus foi aux miracles de ce genre, il faut indispensablement avoir recours à quelque autre moyen pour expliquer l’éclat magique qui brilla sur Jeanne d’Arc lors de sa présentation à la cour, et qui aplanit les difficultés qu’opposa d’abord à ses desseins le conseil de Charles VII. Ce prestige, d’après l’observation réfléchie et le rapprochement des faits, m’a semblé devoir être celui de la naissance.
On a vu partout de grands conquérants recevoir le nom des pays qu’ils avaient soumis3756 ; mais il ne paraît pas qu’un semblable surnom ait jamais été adopté par eux au point de leur faire abandonner entièrement leur nom véritable et primitif. Jeanne d’Arc, an contraire, dans tout ce qu’elle dit et écrit, ne se sert jamais que du nom de Jeanne la Pucelle, c’est-à-dire de la Pucelle d’Orléans. La cour n’eut-elle pas l’intention, en l’appelant ainsi après la délivrance d’Orléans, de la reconnaître implicitement pour la fille du prince dont cette ville avait été l’apanage ? N’y avait-il pas dans la langue française, du temps de Charles VII, une grande analogie entre cette dénomination de Pucelle d’Orléans et celle de bâtard d’Orléans, 424qu’avait reçue le comte de Dunois ? La prétendue Jeanne d’Arc n’était-elle pas enfin, comme lui, le fruit des amours secrets du duc d’Orléans, frère de Charles VII ?
L’affirmative est d’autant plus plausible qu’elle seule peut expliquer d’une manière raisonnable et satisfaisante le caractère héroïque de la Pucelle, l’extrême indignation que lui causèrent les malheurs de la famille royale, et la déférence respectueuse qu’eurent toujours pour elle les princes et les généraux, déférence que les talents, sans la naissance, ne lui auraient certainement jamais obtenue à cette époque à moins d’un miracle, c’est-à-dire d’un renversement de l’ordre des choses. Une présomption nouvelle en faveur de l’opinion que je me suis formée sur la Pucelle d’Orléans peut être tirée de ce mot qui lui échappa dans une circonstance, et que les historiens ont recueilli :
Plus il y aura de princes du sang, plus les affaires prospéreront.Ce mot n’aurait pas valu la peine d’être retenu ni rapporté, s’il n’avait pas, en effet, renfermé quelque sens détourné relativement à elle.Mais où découvrir la véritable mère de Jeanne d’Arc ? Les éclaircissements que je vais présenter là-dessus donneront un nouveau poids aux conjectures précédentes. Reportons nos regards sur le règne de Charles VI, rappelons-nous 425ici qu’abandonné de tous les siens, ce prince infortuné, déplorable rebut de ses serviteurs les plus abjects, languissait en proie aux accès d’une honteuse maladie et aux horreurs de la plus affreuse misère, tandis que la reine son épouse, Isabelle de Bavière, passait ouvertement pour entretenir un commerce incestueux avec le duc d’Orléans, frère du roi. Une pareille intimité portait obstacle aux vues du duc de Bourgogne, qui convoitait le pouvoir ; ce prince ambitieux résolut de la rompre, et il exécuta ce projet en faisant assassiner le duc d’Orléans à l’instant où celui-ci revenait de chez la reine, qui était alors en couche.
Tous les historiens parlent de cet état de la reine, à l’époque où fut assassiné celui qu’on regardait comme son amant, et tous disent que l’enfant qui en provint, et qui était une fille, mourut vingt-quatre heures après sa naissance. Je regarde cette mort comme supposée, et je me fonde sur l’extrême intérêt qu’avaient la reine et le duc à soustraire aux yeux accusateurs de la cour et de la ville ce vivant témoignage de leur crime, sur l’existence duquel, au reste, le roi ne pouvait rien assurer ni rien savoir de positif, à raison de sa folie habituelle. N’est-il donc pas bien naturel de présumer que, pour tromper les haines prêtes 426à éclater, le duc d’Orléans fit passer pour morte l’enfant dont il s’agit, après l’avoir fait disparaître et l’avoir remise en des mains sûres pour la faire secrètement élever ?
Voici maintenant les motifs qui m’ont porté à croire que Jeanne d’Arc était cette même enfant.
Les historiens ont beaucoup raisonné sur ce qu’elle put avoir à révéler au roi lors de sa première entrevue avec lui ; mais il n’est résulté de tout ce qu’ils ont dit que des conjectures absurdes ou nullement satisfaisantes. Comment aurait-elle eu connaissance d’un secret intéressant pour Charles VII ? une pareille connaissance lui avait-elle été inspirée ? encore une fois c’est ce que le public ne croit plus et ce qui par conséquent n’explique rien. D’un autre côté, une simple villageoise aurait-elle été en position d’apprendre un secret de ce genre, en supposant surtout, comme on l’a dit, qu’elle eût vécu longtemps en qualité de servante dans une hôtellerie ? si elle l’avait appris dans un pareil endroit, ce secret n’aurait certainement pas été d’une grande valeur ; or celui dont elle fit part au roi devait être de la plus haute importance, car il lui donna le commandement de l’armée aussitôt après en avoir été informé, et dans les divers interrogatoires qu’on fit subir à la Pucelle pendant 427sa captivité, lorsque les juges lui demandèrent quelle avait été la raison de la conduite de Charles à son égard, elle donna à entendre que cette conduite avait eu pour motif le secret dont il s’agit, et sur lequel elle avait donné sa parole de garder le silence.
Sous quel point de vue à présent la naissance que j’attribue à Jeanne d’Arc devait-elle être en effet un secret si important ? Les Anglais connaissaient la vie qu’avait menée Isabelle ; ils disaient même hautement que Charles était bâtard. Beaucoup trop intéressés à répandre un tel bruit, les Anglais n’en pouvaient pas être crus sur parole ; mais si le public eût appris que la Pucelle était née du commerce qui avait existé entre la reine et le duc d’Orléans, son beau-frère, la légitimité de la naissance de Charles VII, n’aurait-elle pas été justement suspectée ? n’aurait-il pas été dès lors en danger de ne plus passer pour le véritable héritier de la couronne ? Dans les circonstances critiques où il se trouvait, en aurait-il fallu davantage pour le perdre ?
M. Caze explique ensuite de la manière suivante,
le parti que prît la cour de faire passer Jeanne d’Arc pour une fille miraculeuse. […]
À la faveur d’un tel bruit, (dit-il), on arrêtait jusqu’à un certain point toute recherche 428 indiscrète et dangereuse sur son compte ; on pouvait en outre attacher de la sorte à sa virginité un prix qui mettait une espèce d’obstacle à ce qu’il sortit jamais d’elle aucun rejeton capable de faire accuser tôt ou tard, ou du moins soupçonner le sang royal.
La Pucelle d’Orléans parut pour la première fois à la cour en 1429 ; or, les historiens ne sont nullement d’accord sur l’âge qu’elle avait alors. Plusieurs disent qu’elle était âgée de dix-huit à vingt ans, d’autres de vingt-sept. En la supposant née des parents que le rapprochement des faits semble lui donner elle aurait reçu le jour en 1407, époque de l’assassinat du duc d’Orléans ; elle aurait donc été présentée au roi à l’âge de vingt-deux ans, ce qui coïncide d’une manière bien frappante sans doute avec tout le reste.
L’histoire rapporte que Charles VI, de son mariage avec Isabelle de Bavière, eut un grand nombre d’enfants des deux sexes, savoir d’abord : deux princes nommés Charles, qui moururent dans leur enfance ; Louis, Jean et Charles, successivement dauphins, et sept filles, dont, suivant les historiens, l’aînée ne vécut qu’un jour. Cette fille est précisément celle qui naquit en 1407, lors de l’assassinat du duc d’Orléans. Or, d’après le témoignage de Villaret, elle reçut le nom de Jeanne. L’existence 429d’un pareil fait n’est-elle pas décisive en faveur de mon système ? Ce concours extraordinaire avec tout ce que j’ai déjà rapporté ne lui donne-t-il pas le caractère de la plus frappante vérité3757 !
Je ne crois pas qu’on soit tenté d’ajouter beaucoup de foi au récit du Gascon Du Haillan, qui écrivait cent soixante ans après les événements, qui ne cite point ses garants, qui veut qu’on l’en croie sur parole, qui croit qu’il lui suffit d’affirmer hardiment qu’il a été ainsi découvert par le temps
; qui se montre si peu réfléchi dans ses assertions, qu’après avoir rapporté que Jeanne ne varia jamais, et qu’il ne sortit jamais de sa bouche rien que de saint et de chaste, prétend qu’elle était maîtresse de Dunois, de Baudricourt ou de Poton de Xaintrailles ; qui est enfin si malencontreux dans ses inventions, qu’il donne à la Pucelle pour introducteurs auprès du roi, le bâtard d’Orléans, qui était alors à Orléans, et le sire de Baudricourt, qui était à Vaucouleurs. Passons donc à M. Caze.
Si M. Caze eût étudié l’histoire de Jeanne d’Arc dans les pièces originales de son procès 430et dans les historiens contemporains, il aurait pu présenter à l’appui de son opinion quelques considérations encore. Jeanne d’Arc partit pour Chinon malgré les défenses de son père : une fille si humble, si attachée à ses devoirs, se serait-elle permis cette action, si elle n’avait pas su qu’elle ne tenait point le jour de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée ? La lettre, ou le manifeste, du roi d’Angleterre, datée de Rouen le 28 juin 1431, et rapportée précédemment, reproche, entre autres choses, à la Pucelle, d’avoir obtenu et porté dans les combats une partie des armes de France : faveur insigne à cette époque, et qu’on ne croit pas avoir été accordée avant ce temps-là à aucune personne étrangère à la maison royale. Enfin, au rapport de Georges Chastelain, cité par Pontus Heuterus, le roi lui avait donné une maison qui égalait celle d’un comte, des filles de haute naissance pour sa compagnie, un intendant, un écuyer, des pages, des valets de main, de pied et de chambre ; et elle était traitée avec le plus grand respect par le roi et par les grands de sa cour.
Mais M. Caze aurait trouvé dans ces mêmes pièces du procès de la Pucelle et dans ces mêmes historiens du temps, la réfutation complète de son ingénieux système. Comme le lecteur a vu dans cet ouvrage tous les faits contenus dans ces pièces et dans les chroniques qui composent l’histoire 431de Jeanne d’Arc, je laisse à sa mémoire le soin de relever en détail les nombreuses erreurs dans lesquelles est tombé M. Caze ; je me bornerai à indiquer les plus importantes, celles qui, en disparaissant au flambeau de la critique, détruisent son système par sa base.
M. Caze ne veut pas croire qu’il fût possible à une jeune paysanne, d’inspirer par son enthousiasme et son génie, au roi et à ses généraux, le respect et la confiance nécessaires pour les entraîner. Il veut absolument que la naissance seule ait pu avoir ce privilège. Il oublie que ces événements se passaient au XVe siècle ; il oublie l’empire qu’exercèrent sur les rois et les nations tant de papes souvent tirés des dernières classes du peuple ; il oublie cet ermite Pierre, que quelques-uns, à la vérité, prétendent avoir été gentilhomme, mais qui n’eut pas besoin de recourir à cet avantage, s’il est vrai qu’il le posséda, pour entraîner l’Europe à sa suite dans l’Asie épouvantée.
Il veut que le surnom de Pucelle d’Orléans ait été donné à Jeanne d’Arc par la cour, comme pour reconnaître qu’elle était fille du duc d’Orléans assassiné dans la rue Barbette. Malheureusement pour cette hypothèse, le nom de Pucelle d’Orléans n’est pas donné une seule fois à Jeanne dans les pièces de son procès, dans les lettres de noblesse accordées par Charles VII à Jeanne 432et à sa famille, dans les nombreuses dépositions des témoins entendus lors de la révision, enfin dans les chroniques contemporaines. C’est une dénomination postérieure à la mort de Jeanne, et très-vraisemblablement adoptée depuis l’érection de la statue de la Pucelle sur le pont de la ville d’Orléans, les voyageurs s’étant habitués à désigner ainsi cette statue, comme on disait le saint Christophe de Paris, la Vierge de Lorette, les chevaux de Venise, la Vénus de Florence, etc. ; le nom donné à la statue finit par passer à l’héroïne. Dans les anciennes histoires de Jeanne d’Arc, cette fille célèbre n’est désignée que sous le nom de la Pucelle Jeanne de Lorraine, la Pucelle de Vaucouleurs, etc.
Le mot : Plus il aura de princes du sang, plus les affaires prospéreront
, est rapporté par le seul duc d’Alençon, qui certes, en sa qualité de prince du sang, n’aurait pas eu, dans l’hypothèse de M. Caze, intérêt à fixer l’attention sur ces paroles, s’il y avait attaché le sens que M. Caze leur attribue. C’était peut-être une invitation adressée indirectement à Charles VII, de sortir de son inaction. De tout temps on a remarqué l’effet que produisait la présence des princes dans leurs armées, et cela a dû suffire pour inspirer à leurs fidèles serviteurs, dans les moments difficiles, le désir de les y voir paraître.
M. Caze trouve que tous les historiens ont expliqué 433par des conjectures absurdes la circonstance de la révélation faite par la Pucelle au roi, qui détermina celui-ci à remployer. S’il avait lu l’ouvrage de N. Sala, cité au livre II de cette histoire, j’ose croire qu’il y aurait trouvé une explication de ce problème, assez satisfaisante pour lui ôter le désir d’en chercher une solution nouvelle dans des suppositions hasardées.
M. Caze argumente du rapport qu’il trouve entre l’âge qu’aurait eu la fille d’Isabelle de Bavière née en 1407, et celui que quelques historiens attribuent à la Pucelle lorsqu’elle parut à la cour. S’il eût jeté les yeux sur les interrogatoires qu’elle subit à Rouen, il se serait convaincu par les déclarations de la Pucelle elle-même qu’elle devait être née en 1411 ou 1410 au plus tôt.
L’induction qu’il tire du prénom de Jeanne, commun à la fille d’Isabelle de Bavière et à celle d’Isabelle Romée, est un de ces hasards curieux qui ne prouvent rien. Cette particularité n’aurait quelque importance que si nous ne possédions aucun détail sur la naissance de la Pucelle ; mais nous savons qu’elle fut baptisée par maître Jean Minet, curé de Domrémy, en présence de quatre parrains et de trois marraines. Pour que la fille de la reine eût pu être transportée sans danger pour sa vie de Paris à Domrémy, et eût eu le 434temps de parcourir une si grande distance, un mois au moins aurait dû s’écouler depuis l’époque de sa naissance jusqu’à celle de son baptême. Est-il supposable que huit personnes eussent pris pour un enfant nouveau-né, un enfant âgé d’un mois, ou que, s’étant aperçues de la supercherie, elles eussent toutes gardé le secret avec assez de fidélité pour qu’à l’époque du procès de révision, tant de témoins du pays de Jeanne n’eussent rien rapporté qui eût le moindre rapport à un fait aussi remarquable ?
Passons aux moyens que j’ai fournis moi-même à M. Caze. Jeanne d’Arc partit pour Chinon malgré la volonté de ses parents ; mais elle croyait en cela obéir aux ordres de Dieu, et il n’y a pas de casuiste qui ne décidât comme elle qu’on doit obéir à Dieu plutôt qu’à ses parents. Les vies des saints offrent une foule d’exemples à l’appui de cette doctrine. Ainsi elle a pu désobéir cette unique fois à Jacques d’Arc et à Isabelle Romée, sans avoir besoin de croire qu’elle n’était pas née d’eux. La faveur accordée aux frères de la Pucelle, de porter deux fleurs de lis dans leurs armes, était en effet insigne à cette époque ; mais les services rendus par la Pucelle n’étaient pas moins insignes, et ce n’est qu’après la levée du siège d’Orléans et le sacre de Reims, que Charles VII, lui donna ce témoignage de reconnaissance dans la personne de ses frères ; car, quant 435à elle, elle déclara à ses juges n’avoir jamais eu d’armoiries, et en effet il n’en est fait aucune mention dans les lettres de noblesse qui lui furent accordées. Dira-t-on que ses frères étaient du sang d’Orléans ? Quant à l’état de maison que le roi avait donné à la Pucelle, non seulement c’était le moins qu’il pût faire pour sa libératrice, mais Pontus Heutérus dit expressément qu’en cela Charles avait eu principalement pour objet de soutenir la considération qu’il était nécessaire qu’elle conservât dans l’esprit des peuples.
Mais c’est trop s’arrêter à combattre un rêve ingénieux. Voyons si, sans supposer Jeanne d’Arc fille du duc Louis d’Orléans, on peut soupçonner avec quelque fondement que cette héroïne, joignant un esprit fort à un grand courage, se soit servie sans scrupule d’un prestige religieux, pour sauver la France en l’abusant.
D’abord le mot cité : Ce n’est pas du sang, c’est de la gloire qui découle de cette blessure
, ne se trouvant dans aucune déposition, dans aucune pièce des deux procès, n’est rien moins qu’authentique. En l’admettant comme vrai, on peut n’y voir qu’un mouvement d’enthousiasme militaire, qui n’est certainement pas incompatible avec l’enthousiasme religieux.
La méfiance qu’elle montra à l’égard de frère Richard et de Catherine de la Rochelle, les paroles qu’elle adressa à la dame de Bouligny au 436sujet des chapelets et des croix que des femmes dévotes voulaient lui faire toucher, prouvent que Jeanne d’Arc ne poussait pas la crédulité si loin que quelques écrivains l’ont pensé ; mais ne peut-on pas être en même temps plein de piété et exempt de toute superstition ? Sans doute c’était une chose fort rare, un véritable phénomène, au XVe siècle ; mais saint Louis en avait déjà donné l’exemple, et tout ce qui tient à l’héroïne française est également extraordinaire. Où en serions-nous en fait d’histoire, si nous ne voulions admettre comme vraies que les choses vraisemblables et communes ?
Je le demande enfin à tout lecteur impartial : la tendre et ardente dévotion de Jeanne d’Arc, attestée unanimement par tous les témoins, par une foule d’auteurs contemporains, peut-elle être mise en doute ? Et comment concilier tant de piété avec une imposture sacrilège ?
Jeanne sur le bûcher persiste à soutenir la réalité de ses apparitions ; quelques heures auparavant, selon ses juges, et lorsqu’elle savait déjà qu’elle était condamnée sans retour, cette déclaration pleine de candeur : Soient bons, soient mauvais esprits, ils me sont apparus
, fut tout ce qu’on put obtenir d’elle à force d’arguments et d’importunités. Qui ne reconnaîtrait dans cette conduite la conviction et la bonne foi ?
Examinons le troisième système.
437Si Jeanne ne trompa point la France, disent quelques auteurs, il est évident qu’elle fut elle-même trompée.
Peut-on penser que Dieu s’intéresse au sort des empires, au point d’intervertir l’ordre de la nature en faveur de l’un d’eux ? Qu’est-ce qu’un royaume de plus ou de moins ? Qu’est-ce qu’un monde aux yeux de l’Éternel ?
Admettons toutefois que Dieu s’occupe du sort des princes : il n’est pas vraisemblable que Charles VII, dont la conduite n’est rien moins qu’exempte de reproches, eût mérité du ciel une grâce aussi extraordinaire que celle de l’intervention divine en sa faveur.
N’est-il pas plus naturel de présumer que les généraux, les ministres de Charles VII, la reine Marie, Agnès Sorel même, ont employé l’apparence d’un secours miraculeux pour ranimer le courage abattu de ce monarque ? Ayant su par le sire de Baudricourt ou par quelque autre, qu’il existait auprès de Vaucouleurs une fille d’une dévotion ardente, dont l’imagination pouvait être déjà échauffée par les histoires du pays touchant l’arbre des fées, et par l’effet physique de la privation des évacuations périodiques ordinaires à son sexe, n’a-t-on pu faire agir Baudricourt, ou quelque autre personnage, pour achever de l’exalter ?
On se sera servi de son oncle Laxart pour la guider ; 438 son père y aura peut-être contribué volontairement, en feignant des songes propres à la confirmer dans ses idées, et en la laissant sortir de sa maison sans paraître y consentir. On aura fait annoncer sa venue à la cour par une fausse prédiction de Merlin (je n’ai pas, en effet, trouvé cette prédiction dans les livres attribués à ce prétendu prophète), et par les discours de quelques femmes gagnées pour jouer le rôle de sibylles, afin de préparer les esprits à cet événement. Baudricourt aura d’abord refusé d’accorder à Jeanne ce qu’elle désirait, afin d’enflammer davantage son désir ; il aura employé pour la tromper des êtres humains, puisque, suivant elle, saint Michel lui apparaissait sous la figure d’un homme, que les saintes avaient des têtes, etc. Sans doute les personnes qu’on aura chargées de jouer des rôles d’anges et de saintes auprès de Jeanne d’Arc, ne lui auront inspiré que de bons sentiments : outre que cela était nécessaire pour qu’elle crût elle-même que ces apparitions venaient de Dieu, il fallait, pour séduire les capitaines, les soldats et le peuple, leur montrer une fille remplie de piété et de vertus ; la conduite irrégulière ou seulement équivoque de la personne destinée à relever leur courage, eût, en détruisant le prestige, fait avorter aussitôt l’entreprise.
N’est-il pas possible que le même homme qui 439jouait le rôle de saint Michel, et les femmes employées pour remplir celui des deux saintes, Catherine et Marguerite, accompagnassent partout les pas de Jeanne, sans qu’elle s’en doutât ? que quelqu’un de ceux qui étaient mis par le roi auprès d’elle, soit d’Aulon, soit Poulengy, soit Jean de Metz, préparât toutes les facilités nécessaires pour favoriser l’illusion ? qu’enfin l’imagination de Jeanne, frappée souvent de la vue d’objets réels, crût quelquefois les voir quand ils n’étaient pas présents, soit avant, soit pendant sa captivité ? Un royaliste secret, demeurant à Rouen, n’a-t-il pas pu gagner quelqu’un des gardes de Jeanne ? Les Anglais eux-mêmes ne peuvent-ils pas l’avoir à leur tour environnée de prestiges, pour lui inspirer le refus qu’ils voulaient qu’elle fît de se soumettre à l’Église ?
Le 3 mai, lendemain de la seconde monition, Jeanne crut avoir été visitée par l’ange Gabriel. Les voix des deux saintes lui assurèrent que c’était lui. Il venait pour la fortifier, ce qui veut dire sans doute qu’il l’encouragea à persévérer dans son système de défense. Tel est du moins le récit que Jeanne fit à ses juges à la monition suivante3758. Il n’est pas impossible que les ennemis de Jeanne eussent feint cette apparition pour achever de l’égarer. Observons que ce n’est 440pas, en cette circonstance, saint Michel qui se présente à elle ; saint Michel qu’elle avait vu ou cru voir un grand nombre de fois, et dont elle eût pu comparer l’image restée dans sa mémoire, avec les traits d’un nouveau personnage qui se serait présenté sous le même nom ; c’est Gabriel qui lui apparaît, Gabriel, que, dans ses précédents interrogatoires, elle avait dit avoir vu très-rarement. Dans sa prison, il semble qu’elle ne voit plus que rarement les saintes ; elle ne fait guère qu’entendre leurs voix, notamment en cette circonstance. Le trou par lequel le duc de Bedford avait regardé la malheureuse captive, lorsqu’elle fut examinée parles matrones ; ce trou par lequel on avait voulu que les notaires entendissent la conversation de Jeanne avec L’Oyseleur, ne put-il pas servir, en cette occasion, à donner passage à la voix d’une ou de plusieurs femmes gagnées pour jouer le rôle de saintes ? Un bourgeois de Rouen ne dépose-t-il pas
qu’il entendit dire à quelqu’un, dont il ne se rappelle pas le nom, que maître Nicolas L’Oyseleur feignait être sainte Catherine, et induisait ladite Jeanne à dire ce qu’il voulait3759 ?
Qu’on se rappelle l’histoire de la miraculeuse épée de Sainte-Catherine de Fierbois : cette anecdote ne porte-t-elle pas évidemment tous les 441signes d’une maladroite imposture ?
Cette épée était en terre et rouillée, (dit Jeanne d’Arc à ses juges), et je sus qu’elle était là par les voix. Je n’avais jamais vu l’homme qui alla chercher cette épée. J’écrivis aux ecclésiastiques de Fierbois pour les prier de trouver bon que j’eusse cette épée, et ils me l’envoyèrent. Elle n’était pas très-avant dans la terre, derrière l’autel, ce me semble. […] Aussitôt que ladite épée eut été trouvée, les ecclésiastiques de Fierbois la frottèrent, et la rouille en tomba incontinent et sans effort3760.
Ces deux dernières circonstances n’offrent-elles pas la preuve que cette épée n’avait été mise en terre que depuis peu de temps, par quelqu’un des agents de l’entreprise, et avec une précipitation, causée par la peur d’être surpris, qui ne lui avait pas permis de creuser une fosse profonde ? Si Dieu, d’ailleurs, destinait cette épée à sauver la France, que coûtait-il à sa toute-puissance d’empêcher qu’elle se rouillât ? On ne voit pas à quoi pouvait tendre la révélation miraculeuse de l’existence de cette épée, puisque Jeanne dit elle-même avoir évité avec le plus grand soin de s’en servir.
On prétend que s’il y avait eu une intrigue de cette nature, quelques-uns des agents employés en auraient parlé au moins en termes couverts ; 442que l’histoire aurait fini par en recueillir quelque renseignement ; que cependant tout est muet à cet égard, et qu’on est réduit à de simples conjectures. N’est-ce donc rien que cette déclaration de l’aumônier de la Pucelle ?
De ses actes aussi et de ses faits savent très-pleinement et sont informés de plusieurs choses secrètes (de aliquibus secretis) notre seigneur le roi et Le duc d’Alençon, qui en pourraient déclarer quelques-uns, s’ils voulaient3761.
Toutes les prédictions de Jeanne ne se sont pas exactement accomplies. On peut remarquer que si, comme elle l’avait annoncé, les Anglais en perdant Paris, perdirent un plus grand gage que celui d’Orléans, ils n’avaient pas encore tout perdu en France à cette époque, comme elle l’avait annoncé. Quant aux prédictions de détail, en fait de guerre, ceux qui les lui inspiraient ne couraient peut-être pas autant de risques qu’on pourrait le présumer. On avait lieu d’espérer que la prédiction se réaliserait par le courage inouï, la confiance invincible qu’elle inspirait aux soldats. Au pis aller, si quelqu’une de ses prophéties ne se fût pas accomplie, on avait la ressource de s’en prendre au manque de foi des troupes, et de faire agréer cette excuse à des esprits prévenus.
443Jeanne avait des vertus ; elle fit de grandes choses ; mais plusieurs faits peuvent être cités, qu’on n’aurait probablement pas à lui reprocher si elle avait été réellement inspirée, car Dieu n’anime que ses saints de l’esprit prophétique. Le désir qu’elle éprouvait dans son enfance, que le seul partisan de la faction bourguignonne qui fût dans son village eût la tête tranchée3762 ; plusieurs répartie, piquantes adressées par elle à ses examinateurs, tant à Poitiers qu’à Rouen3763 ; sa menace au bâtard d’Orléans de le faire mourir s’il lui cachait le moment de l’arrivée de Fastolf dans l’armée anglaise rassemblée sous Orléans3764 ; l’emportement qui lui fit rompre son épée3765 ; la faiblesse qui la fit consentir à signer une cédule de révocation pour éviter d’être brûlée3766 ; l’effroi dont elle ne fut pas maîtresse quand on lui annonça le supplice auquel elle était condamnée3767 : toutes ces circonstances réunies s’opposent à ce qu’on reconnaisse une sainte dans la Pucelle. Aussi le pape Calixte III, qui ordonna la révision de son procès, et à qui il fut démontré 444que ce procès avait été inique et calomnieux, se garda-t-il bien de prononcer la canonisation de Jeanne, ce qu’il n’eût pu se dispenser de faire, ce semble, si sa mission céleste eût été aussi bien prouvée que l’injustice de sa condamnation.
Un auteur moderne va plus loin. Non-seulement il ne reconnaît dans la Pucelle aucun signe de sainteté ; selon lui, c’était
une malheureuse insensée, une visionnaire extravagante, laide, folle, brutale, faible, opiniâtre, dont la vie n’est qu’un tissu de fanatisme et de superstitions ; qui ne connaissait point les droits de la nature ; à qui on refuse même d’être vertueuse ; dont toutes les réponses ne sont qu’un amas grossier de contradictions, d’extravagances, d’illusions, de faiblesse et de mensonges3768.
On répond à ce second système :
Oui, Dieu peut s’occuper du sort des empires. Rien n’est grand, rien n’est petit à ses yeux. Son vaste et pénétrant regard embrasse et suit en même temps le cours des soleils dans l’espace, et l’insecte imperceptible à nos sens qui se meut dans la poussière. En douter, c’est juger de Dieu par l’homme, qui prononce sur l’importance des 445choses d’après leur rapport avec ses dimensions physiques et morales ; qui se sent petit à l’égard des unes et s’estime grand à l’égard des autres. Mais qu’est-ce que le plus ou le moins comparé à l’immensité ? Où l’homme ne voit qu’un grain de sable, Dieu reconnaît un monde ; également admirable dans ces deux infinités, son attention inépuisable, immense comme sa bonté même, se répand à la fois sur tous les objets sans en négliger aucun.
En vain allègue-t-on le peu de droits qu’avait, dit-on, Charles VII, à mériter un si grand secours du ciel : il n’a pas été dirigé uniquement en sa faveur, quoiqu’il en ait recueilli le premier les fruits apparents. Ce secours était destiné principalement pour la race de saint Louis et pour la nation française, suffisamment punie de ses fautes par tant d’années de calamités. Qui sait s’il n’avait pas encore pour objet de la préserver du joug de l’hérésie, sous lequel elle serait probablement tombée un siècle après, si elle eût passé entièrement, à l’époque de la mission de la Pucelle, sous le sceptre des rois d’Angleterre ?
La circonstance de la privation des évacuations périodiques, dont on se sert pour expliquer l’exaltation et l’enthousiasme de Jeanne, ne peut-il pas être considéré comme une marque de l’attention de la Providence à la disposer en tout pour l’exécution du grand œuvre auquel Dieu l’avait 446destinée ? On sait que cette incommodité est ce qui rend surtout les femmes impropres à la guerre.
Peut-on facilement se persuader que Jeanne d’Arc, cette fille dont l’histoire fourmille de traits qui annoncent une sagacité peu commune ; Jeanne qui, suivant le comte de Warwick, était une fille rusée3769
; qui, selon l’assesseur Jean Beaupère, semblait bien subtile3770
, ce qui prouve qu’il n’est pas impossible de réunir la finesse de l’esprit à la simplicité du cœur ; Jeanne enfin, qui loin d’en croire sur parole Catherine de la Rochelle, avait voulu s’assurer par ses yeux de la réalité de ses apparitions, fait dont la conséquence évidente est qu’elle croyait l’imposture possible dans ces sortes de merveilles ; peut-on, dis-je, concevoir facilement qu’on ait pu abuser une telle personne au point de lui persuader qu’elle voyait sans discontinuation, et tous les jours plusieurs fois, des anges et des saints ; qu’elle entendait des voix qui lui parlaient, et qui se trouvaient partout où elle allait, et toutes les fois qu’elle implorait leur assistance ? A-t-elle pu enfin être trompée si longtemps sans qu’il soit survenu une seule circonstance qui l’ait mise dans le cas de s’apercevoir, ni même de soupçonner qu’on l’abusait ?
447Si les généraux de Charles VII avaient été les auteurs de ce stratagème, eussent-ils continué à s’en taire à cette époque où, devenus jaloux de ses succès, ils se conduisirent si mal envers elle que plusieurs furent soupçonnés de l’avoir trahie ?
Étaient-ce les ministres ? Mais nous voyons la Pucelle constamment en opposition avec le principal d’entre eux, le célèbre La Trémoille : est-il probable qu’il n’eût pas employé l’influence des apparitions qu’il aurait dirigées, à inspirer à Jeanne une haute estime pour lui, et des desseins conformes en tout à ses vues ?
Était-ce la reine ? Mais cette princesse était alors dans l’abandon et la pénurie la plus affligeante3771 ; et il eût fallu sans doute avoir beaucoup d’argent à dépenser pour salarier les agents d’une semblable entreprise, payer les frais de tant de prestiges, etc.
C’était donc Agnès Sorel ? Mais Agnès ne commença à être connue du roi, et par conséquent à pouvoir prendre intérêt à sa fortune et s’entremettre dans ses affaires, qu’en 14323772, c’est-à-dire un an après la mort de la Pucelle.
Il y a plus. C’est dès l’âge de treize ans que 448Jeanne a eu ses premières apparitions, cinq années avant son départ de Domrémy, et par conséquent à une époque où Charles VII n’était pas encore dans une situation qui pût l’obliger de recourir à un pareil expédient. Il avait donc fallu savoir lire dans l’avenir pour préparer Jeanne si longtemps d’avance au rôle d’inspirée. Elle était trop jeune, son caractère ne pouvait pas être assez développé, on ne devait pas assez compter sur sa discrétion, il y avait trop de temps à attendre, pour qu’on pût se résoudre à prendre tant de peines, à s’imposer tant de soins, lorsque rien n’en montrait encore la nécessité.
Si Baudricourt eût été chargé de diriger cette machine, eût-il traité Jeanne avec tant de dureté et de mépris, rejeté tant de fois ses offres, et conseillé de la guérir de sa manie à force de coups ? N’est-il pas évident qu’il eût porté trop loin sa résistance, et qu’au lieu d’assurer le succès de l’intrigue, il se fût exposé à la faire avorter ? Les difficultés, les oppositions, les contradictions qu’on fit essuyer à Jeanne tant à Chinon qu’à Poitiers, et, depuis, dans toutes ses opérations militaires, dégoûts qui auraient découragé toute autre qu’une sainte, ne sont-ce pas autant de preuves qu’il n’existait aucune connivence, au moins de la part du gouvernement, qui tendît à seconder le prodige ?
Je n’ai pas trouvé la prédiction attribuée à 449Merlin dans les livres tant manuscrits qu’imprimés qui portent le nom de ce prétendu prophète ; mais les manuscrits et les éditions qu’on en possède offrent une foule de variantes, et je n’en ai parcouru qu’un petit nombre. D’ailleurs un docteur qui avait figuré à Rouen, comme assesseur, dans le procès de la Pucelle, avait lu dans un livre de Merlin cette même prophétie qui avait couru à la cour, et qui fut montrée à Orléans au comte de Suffolk. Peut-on supposer que tout à coup, à de si grandes distances, et, qui plus est, dans un pays d’obéissance anglaise, on eût fabriqué de nouvelles copies des prophéties de Merlin tout exprès pour y insérer cette prédiction ? stratagème grossier, qu’on eût détruit à l’instant en produisant les manuscrits antérieurs, et qui surtout eût été promptement démenti par les Anglais, probablement très-instruits de ce que renfermaient les livres de leur prophète national. Ces observations n’ont pas pour but de démontrer que l’auteur des prophéties attribuées à Merlin avait deviné l’avènement de la Pucelle, mais bien que cette prophétie existait, et ne fut point inventée à la cour ; ce qui détruit un des plus puissants arguments de ceux qui soutiennent le second système. Quant à la révélation de Marie d’Avignon, ce fut sans doute une imposture si Jeanne d’Arc ne fut pas réellement inspirée ; mais si elle le fut (et l’on n’a pas prouvé le contraire), 450rien ne s’oppose à ce que cette révélation ait eu lieu.
Quelques personnes, selon un témoin, disaient que L’Oyseleur jouait dans la prison le rôle de sainte Catherine pour abuser et égarer Jeanne d’Arc. Si ce fait eût été vrai, sans doute L’Oyseleur en eût fait grand mystère ; donc ce ne pouvait être qu’une présomption de la part de ceux qui le disaient, présomption fondée sur ses manœuvres perfides, trop connues d’un grand nombre de personnes pour n’avoir pas percé dans le public. Une seule observation suffira pour prouver l’impossibilité du fait. Soit réels, soit imaginaires, soit humains, soit célestes, les êtres mystérieux que Jeanne avait cru voir, avaient des visages ; ces visages devaient lui être familiers : aurait-il précisément existé une ressemblance assez exacte entre L’Oyseleur et l’un des acteurs employé par Charles VII, pour que Jeanne pût prendre l’un pour l’autre ? Admettons qu’il aura choisi le rôle de Gabriel, parce que Jeanne disait avoir rarement vu cet archange : si la figure de Gabriel était peu connue de Jeanne, on ne peut nier du moins que celle de L’Oyseleur devait le lui être on ne peut davantage ; sous quelque déguisement que celui-ci se fût présenté à ses yeux, aurait-elle méconnu sa voix et ses traits ?
On ne peut nier que l’anecdote de l’épée de Fierbois n’ait l’apparence d’une imposture. Mais 451n’est pas de chrétien un peu instruit qui ne réponde que Dieu permet souvent que ses plus grands miracles aient cette apparence, pour soumettre la foi des hommes à des épreuves sans lesquelles elle n’aurait aucun prix. Ce n’est point ici le lieu de discuter la justice de ces épreuves ; il suffit qu’il soit évident à quiconque réfléchit que la vie entière n’est qu’un cours d’épreuves, pour admettre la possibilité et l’existence de celles-là. D’ailleurs cette circonstance, la rouille en tomba incontinent et sans effort, est-elle bien authentique ? Jeanne ne l’avait pas vu ; elle en parlait d’après le récit d’autrui ; quelque ignorant, animé du désir d’enchérir sur le merveilleux, n’avait-il pu inventer cette particularité, sans songer qu’il allait produire un effet tout contraire à celui qu’il se proposait ? Si ce fut un miracle, si l’épée était sans rouille, les prêtres qui l’essuyèrent pour en ôter la terre dont elle devait être couverte, ne purent-ils pas prendre cette terre pour une rouille légère qui s’en était facilement séparée ? Si la rouille avait existé, quelque légère qu’on la suppose, il aurait fallu employer plus ou moins l’opération du fourbissage pour l’en détacher. Cependant il leur suffit de la frotter, ce qui doit vouloir dire, de l’essuyer, puisque cette prétendue rouille tomba incontinent et sans effort. Ici les mots sont précieux. Observez que la rouille ne tombe pas d’une lame qu’on frotte, elle s’en détache 452 avec plus ou moins de peine ; tandis que la terre en tombe, et s’en sépare sans effort, parce qu’elle ne fait pas corps avec elle. Le peu de profondeur à laquelle on fut obligé de creuser pour trouver l’épée est sans doute remarquable ; mais en raisonnant dans l’hypothèse du miracle, pourquoi Dieu l’aurait-il déposée plus avant ? Pour mieux convaincre les hommes. J’ai déjà dit qu’il laisse volontairement une libre carrière à leurs doutes ; et si cette seule circonstance devait suffire pour empêcher que le grand miracle du rétablissement de la monarchie française par une jeune fille de dix-huit à dix-neuf ans dessillât les yeux de quelques-uns d’entre eux, ceux-là ne méritaient point que Dieu s’occupât de les convaincre de la réalité d’une moindre merveille. Quant au but de cette révélation miraculeuse, est-il réellement impossible d’en pénétrer le mystère ? Qui sait si, en destinant cette épée à la Pucelle, Dieu n’avait pas voulu que les cinq croix qui s’y voyaient gravées, images et emblèmes des cinq blessures du Sauveur des hommes, lui rappelassent toujours, lorsqu’elle la tirerait du fourreau, que, comme Jésus-Christ était venu pour dissiper les impies aux traits de sa lumière, et non pas les écraser de sa foudre, elle devait se servir de son épée pour écarter ses ennemis, mais non pour leur donner la mort. Qui sait s’il n’avait pas voulu, en fixant sous ses yeux, même 453au milieu du tumulte des armes, ces symboles des souffrances de l’Homme-Dieu, préparer de loin son cœur au martyre auquel elle était destinée ?
Les conséquences qu’on peut tirer du passage de la déposition de l’aumônier de la Pucelle, où l’on croit apercevoir quelque soupçon sur des machinations de la part du roi et du duc d’Alençon, disparaissent devant un examen plus réfléchi. Cet aumônier rapporte plusieurs miracles de la Pucelle ; il atteste qu’il la regarde comme une fille inspirée : cette opinion pourrait-elle s’accorder avec un soupçon de cette nature ? Il est évident que frère Jean Pasquerel, en disant que le roi et le duc d’Alençon savaient aussi plusieurs choses secrètes touchant la Pucelle, et auraient pu les déclarer s’ils avaient voulu, entendait parler du secret révélé au roi par la Pucelle, qui avait déterminé ce prince à l’employer, circonstance dont la Pucelle avait pu lui dire que le duc d’Alençon était bien informé.
On prétend que toutes les prédictions de Jeanne d’Arc ne se sont pas exactement accomplies. Il suffira, pour prouver le contraire, de présenter le tableau de ces prophéties dans toute leur intégrité.
Jeanne dit à Baudricourt qui refusait alors de l’envoyer au roi :
Qu’elle venait à lui de la part de son 454Seigneur, pour qu’il mandât au dauphin de se bien maintenir, et qu’il n’assignât point de bataille à ses ennemis, parce que son Seigneur lui donnerait secours dans la mi-carême3773.
Loin d’éviter de livrer bataille, les Français, sous la conduite du comte de Clermont et du bâtard d’Orléans, allèrent la présenter aux Anglais dans les plaines de Rouvray Saint-Denis, et y furent complètement défaits. Aussitôt que Baudricourt eût appris cette nouvelle, il consentit à envoyer Jeanne au roi, et elle arriva à Chinon le 24 février 1428, le onzième jour après le premier dimanche de carême3774.
Jeanne prédit aux examinateurs de Poitiers :
Que les Anglais seraient détruits ; qu’ils lèveraient le siège qu’ils avaient mis devant Orléans, et que cette ville serait délivrée desdits Anglais3775.
L’armée anglaise fut en effet détruite tant devant Orléans que dans Jargeau, et auprès de Patay ; Orléans fut délivré le 8 mai 14293776
Que le roi serait sacré à Reims3777.
455Cette cérémonie eut lieu3778 le 17 juillet3779 de la même année.
Que la ville de Paris serait rendue à l’obéissance du roi3780.
Paris se rendit presque sans coup férir au connétable et au comte de Dunois en 14363781.
Que le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre3782.
Les Anglais admirent en effet ce prince à payer sa rançon, et il revint en France en 14403783.
On voit que Jeanne n’avait pas dit aux examinateurs qu’il lui était révélé qu’elle délivrerait le duc d’Orléans, mais seulement que ce prince reviendrait de prison. Il est vrai qu’elle dit à ses juges qu’elle avait cherché à faire des prisonniers pour pouvoir payer la rançon de ce duc, et que si elle n’avait pas été prise, elle aurait tenté de passer la mer pour le délivrer ; mais elle n’a jamais dit que ses voix lui eussent conseillé d’en agir ainsi et fait connaître qu’elle réussirait.
Jeanne avant de se séparer du roi lui dit qu’elle serait blessée à la levée du siège d’Orléans, mais 456qu’elle ne cesserait pas d’agir pour cela3784. Jean Pasquerel rapporte qu’elle répéta cette prédiction le matin même du jour où elle fut blessée, et indiqua l’endroit où elle devait l’être, en disant qu’il sortirait ce jour-là du sang de son corps, au-dessus du sein3785. La preuve que cette prophétie ne fut point inventée après coup résulte d’une lettre adressée le 22 avril 1429 parle seigneur de Rotslaer à quelques personnes du conseil du duc de Brabant, dont l’analyse existait dans les archives de Bruxelles, et où il est dit que la Pucelle a dit au roi :
Qu’elle sauvera Orléans, et chassera les Anglais de leur siège, et qu’elle-même, dans un combat devant Orléans, sera blessée d’un trait, mais qu’elle n’en mourra pas ; et que ledit roi, dans le même été suivant, sera couronné en la cité de Reims, et plusieurs choses que le roi tient secrètes3786.
La Pucelle fut en effet blessée, le 6 mai suivant, d’un trait ; et au-dessus du sein, sous les murs des Tournelles3787.
457Je passe sur une infinité de prédictions de détail, toutes accomplies, dont la preuve ne repose que sur des témoignages nombreux et imposants, pour arriver à celles qu’elle fit à ses juges, qui sont consignées dans les grosses de son procès, grosses authentiques signées et paraphées de la main des notaires.
Avant qu’il soit sept ans les Anglais abandonneront un plus grand gage qu’ils n’ont fait devant Orléans, et perdront tout en France3788.
Les Anglais évacuèrent en effet Paris le 13 avril 1436, c’est-à-dire six ans seulement après cette prophétie. Quant à ces paroles : et perdront tout en France
, j’ai déjà dit que le peuple, dans son langage vulgaire, appelait alors exclusivement du nom de France
l’Île-de-France, l’Orléanais, le Berry, la Touraine, en un mot ce qui avait primitivement composé le domaine immédiat de Hugues Capet et de ses premiers descendants. Jeanne d’Arc, née à Domrémy, à l’extrémité de la Champagne, disait que saint Michel lui avait ordonné de se rendre en France
.
Si Jeanne a voulu parler du royaume de France considéré dans son ensemble, dont les Anglais ont en effet été chassés un peu plus tard, mais toujours sous Charles VII., rien ne prouve que les greffiers n’aient pas commis ici une légère 458faute de rédaction, en subordonnant cette phrase, et perdront tout en France
, à ce qui précède, avant sept ans
, mots qui n’avaient peut-être de rapport qu’avec la reddition de Paris au roi.
Ils éprouveront la plus grande perte qu’ils aient jamais faite en France, et ce sera par une grande victoire que Dieu enverra aux Français3789.
Cette prophétie peut également désigner la bataille de Formigny, gagnée par les Français en 1450, et qui entraîna pour les Anglais la perte de la Normandie, et la bataille de Castillon, livrée en 1452, journée terrible, où périt le fameux Talbot, et qui acheva de soumettre la Guyenne au roi de France3790.
J’ai dit qu’avant la Saint-Martin d’hiver on verrait beaucoup de choses, et que peut-être ce seraient les Anglais qui se prosterneraient à terre3791.
La Saint-Martin d’hiver a lieu dans le mois de novembre. L’année 1430, vieux style, allait expirer à Pâques, un mois après le jour où la Pucelle faisait cette prophétie. C’est donc dans le courant de l’année 1431, et avant la Saint-Martin de novembre, que les Anglais devaient éprouver 459des défaites sanglantes. Ils ne laissèrent pas vivre Jeanne assez longtemps pour en être témoin ; mais la prophétie ne s’en réalisa pas moins.
Au mois d’août 1431, environ deux mois et demi après la mort de la Pucelle, le brave Ambroise de Loré, à la tête de soixante à quatre-vingts lances et d’environ cent ou cent vingt archers, défit douze cents Anglais dans le village de Vivaing ou plutôt Vivoin, situé au bord de la Sarthe ; fit mordre la poussière à six cents d’entre eux, et ne perdit que vingt-cinq combattants. Le sire de Willy (peut-être Willoughby), le bâtard de Salisbury, et un autre général anglais nommé Mathago, qui, à la tête d’une grant armée, faisaient en ce moment le siège de la forteresse de Saint-Célerin, furent saisis d’une si grande terreur à cette nouvelle, eux et les troupes sous leurs ordres, que tous s’enfuirent dans la plus grande confusion, abandonnant leur vivres et leur nombreuse artillerie3792. Le bâtard d’Orléans, Florent d’Illiers et La Hire, surprirent à la même époque la ville de Chartres, et s’en emparèrent à la tête d’une poignée de soldats3793. Le duc de Bedford, dont l’armée assiégeait Lagny depuis cinq mois, et qui avait fait faire, pour renfermer son camp, un parc entouré de fossés, plus grand que toute la ville, fut 460forcé par le comte de Dunois et par le maréchal de Rais de lever honteusement, et pour la seconde fois, le siège de cette ville, après un combat sanglant, où les Anglais furent tellement accablés de la chaleur de la saison,
que plusieurs en moururent de chaud sous leur harnoys sans coup ferir3794.
Enfin, cette prophétie, qu’elle déclarait lui avoir été faite par ses voix :
— Tu seras délivrée par grant victoire ; prends tout en gré ; ne te chaille de ton martyre ; tu t’en viendras enfin au royaulme de Paradis3795.
prophétie d’autant plus remarquable, que Jeanne en la répétant, n’en comprenait pas le sens, qui l’aurait glacée de terreur, et aurait fait un long et horrible supplice des deux mois et demi qui lui restaient encore à vivre ; cette prophétie, dis-je, s’est accomplie exactement, en ce qui peut être à la connaissance des hommes, le trente-un mai suivant.
Pour que tant de prédictions, toutes réalisées, eussent été dictées à Jeanne par des personnages apostés, il faudrait supposer que ces personnages, ou ceux qui les employaient, avaient eux-mêmes le don de la prophétie, ce qui est reculer la difficulté et non la résoudre, ou tout attribuer 461au hasard, mot vide de sens et qui n’explique rien. Le hasard, si le hasard existe, ne produit pas cette continuité d’effets merveilleux. Qu’une ou deux prédictions téméraires s’accomplissent par hasard, à la bonne heure ; mais tant et de si singulières prophéties, c’est ce qu’on croira difficilement.
J’arrive aux objections tirées du caractère même de la Pucelle. Que Jeanne ait eu des moments d’une grande vivacité, de colère même si l’on veut, c’est ce que je ne prétends pas nier ; mais qu’on en considère la cause, on la trouvera toujours juste, légitime, sainte même, j’oserai le dire ; car il est une sainte colère, et Dieu ne défend pas à la vertu de s’indigner profondément à l’aspect du vice et du crime. Moïse, en descendant du mont Sinaï, ne brisa-t-il pas les tables où Dieu venait de graver sa loi, quand il aperçut les Hébreux dansant autour du veau d’or3796 ? Jésus-Christ lui-même, ce Dieu tout amour, ce modèle divin de charité, de douceur et de patience, étant entré dans le temple, n’en chassa-t-il pas les changeurs et les marchands en renversant leurs sièges et leurs tables3797 ? Jeanne, 462dans son enfance, avait désiré la mort du seul partisan des Bourguignons qui existât à Domrémy ; mais à cette époque, quoique déjà élue pour la sainteté et le martyre, elle n’était encore ni sainte ni prophétesse, et à mesure qu’elle crût en vertus, non-seulement elle condamna ce sentiment, mais elle parvint même à vaincre son aversion jusqu’à tenir un enfant sur les fonts baptismaux avec ce même homme, et à s’en faire estimer et chérir3798. Ses réparties vives et piquantes aux examinateurs de Poitiers et à ses juges de Rouen, arrachées par des questions ridicules et inconvenantes, sont des fautes sans doute ; mais qui a jamais voulu prétendre que Jeanne fût parfaite ? la perfection appartient-elle donc à l’humanité ? et la sainteté est-elle incompatible avec de légers défauts ? autant vaudrait-il dire qu’elle est incompatible avec l’humanité, et par conséquent il n’aurait jamais existé de saints sur la terre. Ouvrez leur histoire, et vous verrez que ces grands hommes, aujourd’hui admis dans le ciel, eurent des torts et commirent des erreurs3799. La menace que Jeanne fit au bâtard d’Orléans était justifiée par les faits antécédents ; Dunois lui en avait imposé une fois, 463et les plus grands inconvénients s’en étaient suivis3800 : non-seulement Jeanne se croyait envoyée de Dieu et revêtue d’une autorité divine ; elle avait encore été investie par le roi des pouvoirs d’un général ; or, tromper son général, lui en imposer sur ce qui touche aux opérations militaires, est une véritable trahison, un crime digne de mort ; et si Jeanne n’eût pas déployé cette vigueur et cette sévérité, il est évident, vu l’insubordination des chefs de guerre3801, qu’ils auraient fait manquer l’entreprise. Jeanne devait donc se faire craindre, puisque les Français ne savent pas estimer ce qu’ils ne craignent pas. La sévérité n’est pas la tyrannie, et ce qui est juste cesse à l’instant d’être cruel. Trouverait-on Jeanne féroce si elle avait fait juger et condamner à mort un meurtrier ? et l’assassin d’un peuple est-il moins coupable que celui d’un seul homme ? On reproche à la Pucelle d’avoir signé la cédule de la place Saint-Ouen ! d’abord il est prouvé qu’elle ignorait ce que contenait cette cédule ; elle croyait ne signer que l’engagement de reprendre l’habit de son sexe et de laisser croître ses cheveux3802 ; et l’ascendant qu’exercèrent en cette occasion sur cette jeune fille tant d’ecclésiastiques 464réunis, rend certainement bien excusable une si légère faiblesse. Sans doute Jeanne fut d’abord saisie d’horreur quand on lui annonça le supplice atroce auquel elle était condamnée3803 ; et quel être humain aurait pu s’en défendre ? Le vrai courage, le courage du chrétien ne consiste pas à étouffer ou plutôt à déguiser l’effroi qu’inspire à tous les hommes, sans exception, l’idée de leur destruction inévitable ; mais à se résigner avec humilité et à souffrir avec patience. Cette horreur de notre destruction est tellement inhérente à notre nature, qu’ayant une fois revêtu l’humanité, Dieu, c’est-à-dire la force et la vertu même,
… Dieu même a craint la mort3804.
Qu’un Caton, qu’un Régulus, qu’un sauvage du nord, affrontent le trépas avec l’apparence de l’audace, j’y vois l’orgueil de l’homme épuisant toutes les forces de son âme pour en imposer à la multitude sur ce qui se passe au fond de son cœur ; mais ce faste de vaine gloire ne convient ni au sage ni au héros chrétien, qui ne s’occupent ni de l’admiration ni des louanges du monde. La preuve, au reste, que non-seulement Jeanne s’était résignée à son sort, mais qu’elle avait conservé un courage extraordinaire, c’est qu’elle 465eut soin de défendre encore la réputation de son roi avant de monter sur le bûcher3805, qu’elle eut la présence d’esprit d’en faire descendre son confesseur lorsque la flamme commença à s’élever3806, et la générosité de pardonner à ses bourreaux3807.
Rappelez-vous la mort terrible de ses persécuteurs ; rappelez-vous les merveilles qu’elle avait accomplies ; joignez à ces faits le témoignage de cette multitude de témoins qui tous déposent de sa douceur habituelle, de sa patience, de sa bonté, de sa candeur, de sa modestie, de son humilité, de sa chasteté, de sa charité, de son courage, de son désintéressement, de sa générosité, de sa piété tendre et brûlante ; prononcez ensuite si une âme si pure était digne ou non de recevoir les secrets de la divinité, et s’il y a eu une manifestation suffisante de la part du ciel pour le croire. Calixte III, dit-on, n’a pas canonisé la Pucelle ! Est-il si difficile d’en deviner la véritable cause ? Une puissante raison politique, le désir de ne pas se brouiller avec l’Angleterre, ne peut-il pas l’en avoir empêché ? Comme pontife il put en secret la révérer, et comme prince se borner à l’absoudre.
Je m’aperçois qu’en réfutant les systèmes qui 466attribuent les faits de la Pucelle à l’invention humaine, j’ai suffisamment exposé le système contraire, qui consiste à y reconnaître la main de Dieu. Je n’entrerai donc pas à cet égard dans de plus grands détails. Que si l’on demande maintenant à l’auteur de cette histoire quelle est son opinion particulière sur Jeanne d’Arc et les merveilles de son avènement, il se contentera de répondre, dans toute la simplicité de son cœur : Je suis Français ; je suis chrétien.
Fin.
Notes
- [3747]
Déposition de J. comte de Dunois et de Longueville.
- [3748]
Déposition de Jean, seigneur de Gaucourt.
- [3749]
Sa déposition.
- [3750]
Leurs dépositions.
- [3751]
Dépositions de Cosme de Commy et de J. de Champiaux.
- [3752]
Sa déposition.
- [3753]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [3754]
Sa déposition.
- [3755]
Du Haillan, De l’État et succès des affaires de France, livre II, in-8°, Paris, 1609.
- [3756]
Scipion l’Africain, Germanicus, etc.
- [3757]
Observations historiques et dramatiques, imprimées à la suite de la tragédie de la Mort de Jeanne d’Arc, ou la Pucelle d’Orléans ; par M. Pierre Caze, sous-préfet de Bergerac, 1805 ; sans nom de ville ni d’imprimeur.
- [3758]
Grosses du procès de condamnation.
- [3759]
Troisième déposition de Pierre Cusquel.
- [3760]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [3761]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [3762]
Interrogatoire du 22 février 1430.
- [3763]
Déposition de frère Séguin ; grosses du procès de condamnation.
- [3764]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [3765]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [3766]
Grosses du procès de condamnation.
- [3767]
Déposition de frère Jean Toutmouillé.
- [3768]
M. le marquis Jean-Pierre-Louis de La Roche du Maine Luchet, Histoire de l’Orléanais depuis l’an 703 de Rome jusqu’à nos jours, Amsterdam et Pans, 1766, in-4°, p. 385, 400, 351, 364, 452, 319, 332, 352, 322, 329, 321 ; 338, 315, 328 et 347.
- [3769]
Déposition de Guillaume de La Chambre.
- [3770]
Sa déposition.
- [3771]
Déposition de la dame de Bouligny.
- [3772]
Gaguin, in Car. VII, lib. X ; le père Anselme, t. VIII, p. 540, Mémoires historiques des Reines et Régentes, à l’art. d’Agnès Sorel.
- [3773]
Déposition de Bertrand de Poulengy.
- [3774]
Déclaration de la Pucelle, en ses interrogatoires des 11 et 27 février 1430.
- [3775]
Déposition de frère Séguin.
- [3776]
Chroniques du siège, etc.
- [3777]
Déposition de frère Séguin.
- [3778]
Tous les historiens.
- [3779]
Lettre de la Pucelle au duc de Bourgogne.
- [3780]
Déposition de frère Séguin.
- [3781]
Tous les historiens.
- [3782]
Déposition de frère Séguin.
- [3783]
Tous les historiens.
- [3784]
Interrogatoire du 27 février 1430.
- [3785]
Sa déposition.
- [3786]
Vol. 1er p. 116, des manuscrits de M. d’Esnans, commissaire nommé par arrêt du conseil d’état, du 2 mai 1717, à l’examen des archives des pays conquis. Ces manuscrits sont déposés à la Bibliothèque du Roi.
- [3787]
Interrogatoire du 27 février 1430 ; une foule de dépositions.
- [3788]
Interrogatoire du 1er mars 1430.
- [3789]
Interrogatoire du 1er mars 1430.
- [3790]
Villaret, Mézerai, Daniel, etc.
- [3791]
Interrogatoire du 1er mars 1430.
- [3792]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [3793]
Idem.
- [3794]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [3795]
Interrogatoire du 13 mars 1430.
- [3796]
Exode, chap. XXII, vers. 19.
- [3797]
Évangile selon saint Mathieu, chap. XX, vers. 12 et 13 ; Évangile selon saint Marc, chap. XI, vers. 15, 16 et 17 ; Évangile selon saint Luc, chap. XIX, vers. 45 et 46 ; Évangile selon saint Jean, chap. II, vers. 14 et 15.
- [3798]
Voyez livre Ier de cette Histoire.
- [3799]
Vies des Saints, Vies des Patriarches, Vies des Pères du désert, etc.
- [3800]
Voyez au livre III de cette Histoire.
- [3801]
Chroniques du temps.
- [3802]
Ses propres déclarations ; une foule de dépositions.
- [3803]
Déposition de Jean Toutmouillé, etc.
- [3804]
Corneille, Polyeucte, acte III, scène VII.
- [3805]
Déposition de J. de Mailly, évêque de Noyon.
- [3806]
Quatrième déposition de Martin Ladvenu.
- [3807]
Première déposition de J. Massieu.