Tome 3 : Livre IX
143Livre IX Depuis la prise de la Pucelle, jusqu’à l’instant où l’on commença à l’interroger.

(1430) Jusqu’à présent la tâche de l’historien de Jeanne d’Arc, à peu d’exceptions près, a été aussi douce que brillante. J’ai suivi l’héroïne française du chaume à la cour, et sur les champs de batailles illustres par son courage ; je l’ai montrée tour-à-tour au milieu des pompes du triomphe, et dans le repos d’une vie privée embellie par l’exercice de toutes les vertus. Mes tableaux vont changer. Le domaine de l’Idylle et de l’Épopée est parcouru ; celui de la tragédie s’offre maintenant devant moi avec ses chaînes, ses poignards, ses coupes empoisonnées, ses échafauds et ses bûchers funèbres. Je vais suivre la vertu infortunée, dépouillée du prestige des honneurs et de la victoire, au fond des cachots, devant un tribunal hypocrite et barbare, entre une soldatesque superstitieuse, altérée de son sang, et des prêtres aveuglés par l’orgueil, ou vendus à la vengeance.
144 (26 mai) À peine la Pucelle était-elle tombée au pouvoir de ses ennemis, qu’un Frère Martin, qui prenait les titres de maître en théologie et de vicaire général de l’inquisiteur de la foi au royaume de France, écrivit au duc de Bourgogne pour l’inviter à remettre cette infortunée entre ses mains. Dans sa lettre, monument curieux des efforts d’une institution tyrannique pour étendre son empire sur l’Église de France, ce moine a l’audace de s’exprimer ainsi :
Nous, en usant des droits de nostre office, de l’auctorité à nous commise du saint siège de Rome, requerons instamment et enjoignons, en faveur de la foy catholique, et sur les peines de droit, de envoyer et amener toute prisonnière par devers nous lad. Jehanne, soupçonnée vehementement de plusieurs crimes sentans heresie, pour estre à droit pardevers nous procédé contre elle par le promoteur de la sainte inquisition2786.
Il paraît qu’on ne fit pas beaucoup d’attention à cette injonction (que l’université de Paris devait bientôt seconder de tous ses efforts) ; car peu de jours après la prise de la Pucelle, Jean de Luxembourg envoya sa prisonnière, avec une escorte nombreuse, au château de Beaulieu2787.
145(Derniers jours de mai) Quoique les saintes qui l’assistaient, implorées par elle, lui eussent répondu
qu’il falloit qu’elle veist le roy des Angloys,
chose dont elle désirait beaucoup être dispensée, Jeanne d’Arc ne fut pas longtemps dans ce château sans chercher les moyens de s’en échapper, et son esprit inventif lui n fournit bientôt les moyens. Comme elle avait la taille très-fine2788, elle parvint à sortir de la chambre où elle était renfermée, en passant entre deux pièces de bois, à travers lesquelles elle avait réussi à pratiquer une ouverture, et se disposait à renfermer ses gardes dans la tour et à gagner ensuite la campagne, lorsque le hasard amena le portier du château sur son passage2789. Cet homme ne l’eut pas plutôt aperçue, qu’il jeta l’alarme par ses cris, et força la triste captive à rentrer dans sa prison. Elle prit ce malheur avec assez de patience, et se dit qu’apparemment
il ne plaisoit pas à Dieu qu’elle eschappast pour celle fois, et qu’il falloit qu’elle veist le roy des Angloys, comme ses voix luy avoient dit2790.
Soit que le château de Beaulieu fût jugé trop voisin du théâtre de la guerre, dont il importait d’éloigner la Pucelle, et que la tentative qu’elle venait de faire pour s’évader rendît plus inquiet 146à cet égard ; soit que Jean de Luxembourg ne jugeât pas convenable de laisser une jeune fille, recommandable par ses exploits et par sa renommée, dans un lieu où la présence d’aucune personne de son sexe, d’un rang un peu considérable, ne protégeait sa pudeur ; il ne tarda pas à l’envoyer à son château de Beaurevoir, situé en Picardie, à quatre lieues au sud de Cambrai, où son épouse, la dame de Beaurevoir, et sa sœur, la demoiselle de Luxembourg, firent, à ce qu’il paraît, à l’illustre prisonnière, l’accueil le plus affectueux. Ces dames n’ignoraient point qu’on s’agitait dans le parti anglais pour trouver les moyens de perdre la Pucelle, et que l’un des chefs d’accusation qu’on élevait contre elle (ce fut en effet le seul qu’on put prouver), ne reposait que sur son changement d’habits. Désirant la sauver, s’il était possible, du péril qui la menaçait, elles s’empressèrent de lui offrir des habits de son sexe, et l’invitèrent, de la manière la plus engageante, à s’en revêtir ; elles allèrent même jusqu’à lui présenter du drap pour en faire à sa fantaisie, dans le cas où ceux qu’elles lui présentaient ne lui paraîtraient pas convenables. Jeanne d’Arc refusa avec douceur et fermeté.
— Je ne quitterai point, dit-elle, les vêtements que je porte, sans la permission de Dieu.
Pressée de nouveau :
— Je n’en ai pas, dit-elle, le congé de messire ; et il n’est pas 147encore temps.
Elle a raconté depuis
que s’elle le deust avoir fait, elle l’eust plus tost fait à la requeste de ces deux dames que d’autres dames qui soient en France, exceptée sa royne2791.
Quelque désir qu’eussent ses nobles hôtesses d’adoucir sa captivité, elles ne pouvaient en faire disparaître toutes les rigueurs ; Jeanne d’Arc n’avait pas la liberté de parcourir librement le château de Beaurevoir. Ce qu’elle avait tenté au château de Beaulieu, et la volonté qu’elle annonçait de s’évader à la première occasion, obligeaient de la retenir dans le donjon ; mais elle n’y était point enchaînée, et la manière dont elle était traitée pouvait, jusqu’à un certain point, la consoler de son malheur. Il s’en fallait bien que les Bourguignons éprouvassent pour cette noble fille l’animosité féroce que manifestait le parti britannique. Le chevalier Raymond, seigneur de Macy, que Jean de Luxembourg envoya plusieurs fois la visiter en son nom, cherchait à l’égayer par un entretien propre à faire diversion à ses idées ; il plaisantait avec elle, et se permettait même ces agaceries badines que la délicatesse de nos mœurs et de nos usages a fait abandonner à des classes moins relevées. Jeanne d’Arc le repoussait de toutes ses forces lorsqu’il 148se hasardait, en jouant, à vouloir porter la main sur son sein. Ce seigneur affirme, au reste, que sa conversation, son maintien et ses gestes étaient pleins d’honnêteté et de pudeur2792.
Le séjour de la Pucelle à Beaurevoir fut d’environ quatre mois2793. Ce qui l’affligeait le plus pendant ce temps, c’était le danger où elle savait être les habitants de Compiègne, et l’impossibilité où elle était de les secourir ; elle priait sans cesse pour eux, et ses saintes protectrices unissaient leurs prières aux siennes2794.
Un nouveau sujet d’inquiétude vint bientôt ajouter au malheur de sa situation.
Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, qui haïssait mortellement le parti français parce que Charles VII retenait ses revenus, et la Pucelle en particulier parce qu’il la regardait comme la première cause de son bannissement, se prétendit juge naturel de la Pucelle, qui avait, disait-on, été arrêtée dans le territoire de son diocèse2795, et, pour faire sa cour aux Anglais, demanda 149avec chaleur qu’elle fût traduite devant son tribunal. Il écrivit à ce sujet au roi d’Angleterre une lettre qui ne nous a pas été conservée2796.
L’Université de Paris, comme l’observe M. de L’Averdy, joua un très-grand rôle dans l’affaire de la Pucelle, à laquelle elle donna presque l’existence par ses clameurs et par ses démarches. Il n’est pas invraisemblable qu’on ait pu les lui inspirer ; mais, attendu le grand nombre de personnes qui prirent part à ses délibérations, on peut regarder ce qu’elle fit comme le résultat naturel de l’opinion qui régnait alors dans le parti anglais, auquel elle était assujettie et dévouée2797. Les Français avaient vu dans Jeanne d’Arc une 150sainte, un ange libérateur ; leurs ennemis étaient persuadés que c’était une fée, une magicienne, et attribuaient ses victoires à de coupables enchantements.
À peine Jeanne d’Arc était-elle tombée au pouvoir des Bourguignons, que l’Université avait écrit au duc de Bourgogne pour que cette jeune fille fût traduite devant un tribunal ecclésiastique comme suspecte de magie et de sortilèges. Cette lettre ne nous a pas été conservée ; mais elle est rappelée dans une seconde, adressée au même prince, pour se plaindre de son silence, par ce corps vendu ou fanatisé.
Toutesvoyes, (y est-il dit), nous n’avons eu aulcune responce sur ce, et n’avons point sceu que pour faire du faict de cette femme discussion convenable, ait esté faict aulcune provision ; mais doubtons moult que par la séduction et faulseté de l’ennemy d’enfer, et par la malice et subtilité des personnes maulvaises, vos ennemys et adversaires, qui mectent toute leur cure, comme l’en dict à vouloir delivrer celle femme par voyes exquises (subtiles et illicites) elle soit mise hors de vostre subjection par quelque manière que Dieu ne veuille pas permectre. […] Car, en vérité, en jugement de tous bons catholiques, congnoissans en ce, si grande lezion en la sainte foy, si enorme peril, inconvenient et dommage pour toute la chose publique de ce royaulme, 151ne sont advenues de memoire d’homme, si comme seroit, si elle partoit par telle voye dampnée, sans convenable reparacion.
En conséquence, l’Université supplie le duc de Bourgogne
qu’en faveur de la foy de Nostre Seigneur, à la conservation de la sainte Église, et tuition de l’honneur divin, et aussy par la grant utilité de ce royaulme très xhrestpien, il la mecte es mains de l’inquisiteur de la foy et de l’evesque de Beauvais, en la jurisdiction duquel elle a esté appréhendée, pour à icelle faire son procès en la foy, comme il appartiendra par raison2798.
Cette lettre est sans date. L’Université en écrivit une autre, également sans date, et probablement en même temps, à Jean de Luxembourg. Elle le félicite de ce que, conformément à son serment de chevalerie,
qui est de garder et deffendre l’honneur de Dieu, la foy catholique, et la sainte Église, il a employé sa noble puissance à appréhender celle femme qui se dit la Pucelle, au moyen de laquelle l’honneur de Dieu a esté sans mesure offensé, la foy excessivement bleciée, et l’Église tropfort deshonnorée ; car par son occasion, idolastrie, erreurs, maulvaises doctrines 152et inconveniens inestimables s’en sont ensuivis en ce royaulme. […] Mais, (ajoute-t-elle), a peu de chose seroit avoir faict telle prinse, se ne s’ensuivoit ce qu’il appartient pour satisfaire l’offense par icelle femme perpetrée contre nostre doulx Créateur et sa foy, et sa sainte Église, avec ses aultres meffaictz innumerables. […] Et si, seroit intolerable offense contre la majesté divine, se il arrivoit qu’icelle femme fust délivrée.
L’objet principal de cette lettre est d’obtenir de Jean de Luxembourg qu’il remette la Pucelle à l’inquisiteur de la foi et à l’évêque de Beauvais,
qui sont, (dit l’Université), juges d’icelle, en la matière de la foy ; et est tenu obéir tout xhrestpien de quelque estat qu’il soit, en ce cas present, sous les peines de droict, qui sont grandes.
Menace indirecte qui, succédant à des louanges pompeuses, décèle la haine furieuse dont les auteurs de cet écrit étaient animés, et qu’ils cherchaient en vain à dissimuler. Il n’y avait en effet que l’aveuglement de la haine, ou l’ignorance la plus profonde, ou l’intrigue la plus coupable, qui pussent entraîner l’Université, ce corps qui a montré dans d’autres, occasions tant de zèle et de fermeté pour la défense de la pragmatique sanction et des libertés de l’Église gallicane, à reconnaître, à invoquer la juridiction de l’Inquisition, à la joindre à celle des évêques en pure matière de foi, et à se rendre 153la plus ardente persécutrice de l’héroïne qui avait sauvé le légitime roi de France2799.
Lorsque Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, vit que l’Université disait si mal à propos que tout chrétien était tenu de lui obéir et à l’inquisiteur, dans le cas dont il s’agissait, la haine qu’il nourrissait depuis longtemps contre la Pucelle, lui inspira l’idée de la démarche la plus inconvenante et la plus audacieuse dont on pût s’aviser. Il se chargea, pour ainsi dire, d’être l’entremetteur entre Jean de Luxembourg, le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre, qui, pour que la Pucelle fût remise en son pouvoir, consentait (je veux dire son conseil en son nom) à leur payer la rançon de cette fille. (14 juillet 1430) Pierre Cauchon envoya, en son propre nom, au duc de Bourgogne et à Jean de Luxembourg, une lettre de réquisition, qui leur fut notifiée en présence des chevaliers et des nobles de la cour du duc, et dans son château, in bastilla, par des notaires apostoliques. Le prélat s’y soumet à agir de concert avec l’inquisiteur de la foi ; et c’est ainsi, observe judicieusement M. de L’Averdy, que la France aurait gémi sous les lois monstrueuses de l’Inquisition, si elle était restée sous la domination anglaise2800. Voici cette pièce, véritablement curieuse :
C’est ce que requiert 154l’evesque de Beauvais à monseigneur duc de Bouigongne et à messire Jehan de Luxembourg, et au bastard de Vendosme, de par le roy nostresire, et de par luy comme evesque de Beauvais, que celle femme que l’on apelle Jehanne la Pucelle, prisonnière, soit envoyée au roy, pour la delivrer à l’eglise pour luy faire son procès, pour ce qu’elle est suspectionnée et diffamée d’avoir commis plusieurs crimes, comme sortilège, idolastrie, invocation d’ennemys (de démons), et aultres plusieurs cas touchans nostre saine te foy et contre icelle.
Et combien qu’elle ne doit point estre prinse de guerre, comme il semble, considéré ce que dit est2801, neantmoins, pour la remuneracion de ceulx qui l’ont prinse et detenue, le roy veult libéralement leur bailler jusqu’à la somme de six mille francs ; et pour ledit bastard qui 155l’a prinse, luy donner et assigner rente, pour soubstenir son estat, jusques à deux ou trois cents livres.
Item, ledit evesque requiert de par luy ceulx dessusdictz et à chascun d’eulx, comme icelle femme ait esté prinse en son diocèse, soubs sa jurisdiction spirituelle, qu’elle luy soit rendue pour luy faire son procès, comme il appartient ; à quoy il est tout prest d’entendre par l’assistance de l’inquisiteur de la foy, se besoin est, et par l’assistance des docteurs en theologie et en decret (droit civil), et aultres notables personnages experts en fait de judicature, ainsy que la matière le requiert, affin qu’il soit meurement et deuement fait à l’exaltation de la foy, et à l’instruction de plusieurs qui ont esté en ceste matière deceus et abusez, à l’occasion d’icelle femme.
Après avoir ainsi parlé en plénipotentiaire et en évêque, il finit par s’exprimer en négociateur2802.
Item, à la parfin, se par la maniere avant dicte ne veullent, ne soient, ou aulcuns d’entre eulx estre voulans à obtemperer en ce que dessus est dit, combien que la prinse d’icelle femme ne soit pareille à la prinse du roy, princes, ou aultres gens de grant estat, lesquels 156toutesvoyes, se princes estoient, ou aulcun de tel estat, fust le roy, le daulphin, ou aultres princes, se pourroient avoir s’ilz vouloient en baillant dix mille francs (environ soixante-six mille livres de notre monnaie) au preneur, seIon droict, usaige, et coustume de France ; ledit evesque somme et requiert les dessusditz, au nom que dessus, que ladicte Pucelle luy soit delivrée en baillant seureté de ladicte somme de dix mille francs, pour toutes choses quelconques ; et luy evesque, de par luy, selon la forme et peine de droit, ce requiert à luy estre baillée et delivrée comme dessus2803.
Cette diversité de caractères que prend successivement un évêque français, qui fait pour le roi d’Angleterre la fonction tantôt d’un héraut d’armes, et tantôt d’un négociateur, tandis qu’il somme et menace comme évêque exerçant la juridiction spirituelle, est si révoltante, qu’on ne croit pas qu’il ait jamais existé d’acte qui lui ressemble2804.
Soit que les intéressés eussent de la peine à se résoudre à livrer ainsi une fille qu’ils ne croyaient pas coupable au péril des procédures canoniques et aux bûchers de l’Inquisition ; soit que le roi 157anglais ne fût pas en état de payer sur-le-champ une somme aussi considérable pour le temps ; soit enfin que le conseil d’Angleterre hésitât à faire instruire un semblable procès2805, il se passa un temps assez long avant que la négociation pût se terminer. Il paraît d’ailleurs que Charles VII faisait agir de son côté auprès du duc de Bourgogne pour être admis à payer la rançon de la Pucelle2806, et peut-être espérait-on tirer de lui plus d’argent que du gouvernement anglais2807.
L’animosité des Anglais contre la Pucelle était alors si grande, qu’il suffisait de parler en sa faveur pour être en péril de mort.
Le 3 septembre, à ung dimanche, furent preschées au Puis Notre Dame à Paris deux femmes, qui, environ demy an avant, avoient esté prinses à Corbeil et admenées à Paris, dont la plus ainsnée (âgée), Pierrone, estoit de Bretagne bretonnant (Basse-Bretagne). Elle disoit, et vray propos avoit, que dame Jehanne qui s’armoit avecques les Arminaz estoit bonne, et ce qu’elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu. Elle reconnut avoir deux foys receu le precieux corps de nostre Seigneur en un jour. 158Elle affermoit et juroit que Dieu s’apparoist (apparaissait) souvent à elle comme homme fait à autre ; et que la darraine (dernière) fois qu’elle l’avoit veu, il estoit long vestu de robe blanche, et avoit une huque (tunique) vermeille par dessoubs… ce qui est blasphesme. […] Parquoy cedit jour fust jugée à estre arse (brûlée) et mourut en ce propos ce dit jour de dimanche ; et l’autre fut délivrée pour celle heure2808.
Cependant, les injonctions de l’évêque de Beauvais et les offres du gouvernement anglais ébranlèrent Jean de Luxembourg,
malgré les sollicitations de son épouse, la dame de Beaurevoir, qui, plusieurs fois, (dit Villaret), embrassa ses genoux, en le conjurant, par les motifs les plus pressants de l’honneur et de l’humanité, de ne pas livrer à une mort certaine une captive intéressante par son courage et son innocence, que d’ailleurs les lois de la guerre commandaient de respecter, puisqu’en se rendant prisonnière, elle avait donné sa foi et reçu celle du vainqueur2809.
J’ai déjà dit que le péril où se trouvaient les habitants de la ville de Compiègne, dont les Bourguignons poursuivaient le 159siège avec acharnement2810, causait les plus vives alarmes à la Pucelle. Les démarches du roi anglais pour s’emparer de sa personne ajoutèrent d’autant plus à sa douleur, qu’en tombant dans les mains de ce prince, elle voyait disparaître tout-à-fait l’espoir qu’elle conservait encore de pouvoir aller au secours de cette cité fidèle. Chaque jour lui apportait des nouvelles funestes, propres à la porter au désespoir. Un individu qu’elle ne nomme pas lui annonça
que ceulx de Compiègne, tous, jusques à l’aage de sept ans, devaient estre mis à feu et à sanc.
Cette nouvelle acheva d’exalter sa tête.
Elle aymoit mieulx mourir que vivre après une telle destruction de bonnes gens.
Dans son trouble et son agitation, elle appelait à son aide ses saintes protectrices ; elle leur adressait la parole comme si elles eussent été présentes.
Comme, (disait-elle à Sainte Catherine) comme laira Dieu mourir ces bonnes gens de Compiegne, qui ont esté et sont si loyaulz à leur seigneur !
Sur ces entrefaites,
elle sceut qu’elle estoit vendue aux Angloys ; et eust eu plus cher mourir que d’estre en la main des Angloys ses adversaires.
Elle résolut alors de tout tenter pour s’évader, jusqu’à s’élancer du haut de la tour où elle était enfermée, pour prévenir 160l’instant où elle devait être livrée à ses ennemis, et voler au secours de Compiègne2811. En vain
Saincte Katherine luy disoit presque tous les jours qu’elle ne saillist (sautât) point, et que Dieu luy aideroit, et mesmes à ceulx de Compiègne ; [Jeanne lui répondait que], puisque Dieu aideroit à ceulx de Compiegne, elle y vouloit estre. Et Saincte Katherine luy dist : sans faulte il faut que vous preniés [ce qui arrive] en gré ; et ne serés point delivre (délivrée) tant que aies veu le roy des Angloys. Et ladicte Jehanne respondoit : Vrayement je ne le voulsisse point veoir ; j’aymasse mieulx mourir que d’estre mise en la main des Angloys2812.
Ni l’extrême élévation de la tour2813, ni les défenses des saintes, ne purent l’arrêter2814 ;
elle ne s’en peust tenir2815,
se recommanda à Dieu et à Notre-Dame2816, et s’élança du sommet du donjon2817. Quand les saintes
veirent sa nécessité, et qu’elles ne s’en sçavoit et povoit 161tenir, elles luy secourirent sa vie, et la garderent de se tuer2818.
Cependant, Jeanne d’Arc se blessa gravement dans sa chute, et demeura évanouie au pied des remparts. Les gardes accoururent ; on lui donna des secours ; quelques-uns disaient qu’elle était morte. En revenant à elle, elle ne savait où elle était, ni comment elle y avait été conduite ; et on fut obligé de lui dire qu’elle s’était élancée de la tour. Tout à coup, elle entendit à ses côtés la voix de Sainte Catherine qui lui disait de prendre courage,
qu’elle garirait, et que ceulx de Compiègne airaient secours2819.
Cette promesse n’était pas assez précisa pour consoler cette fille généreuse, plus occupée des périls des Français que de ses propres souffrances.
Elle fut deux ou trois jours qu’elle ne vouloit mangier ; et mesmes aussi, pour ce sault, elle fut grevée tant qu’elle ne povait ne boire ne mangier. Et toutes voies fut reconfortée de Saincte Katherine, qui luy dist qu’elle se confessast et requist mercy à Dieu de ce qu’elle avoit sailli ; et que, sans faulte, ceulx de Compiegne airaient secours dedens la Sainct Martin d’yver. Et adoncques se prinst à revenir et commencier à mangier, et fut tantoust 162 guérie2820.
Elle fit à Dieu l’humble aveu de sa faute, en exprima le repentir, et en implora le pardon. Sainte-Catherine lui assura qu’elle l’avait obtenu2821.
(Commencement d’octobre) Enfin, la Pucelle étant tout-à-fait rétablie, on la conduisit à Arras, ou probablement elle devait être remise aux officiers du roi d’Angleterre. Pendant le séjour qu’elle fit dans cette ville, messire Jean de Pressy, et plusieurs autres personnes, lui offrirent des habits de femme, qu’elle refusa comme elle avait fait à Beaurevoir, et par les mêmes motifs2822. Un écossais, apparemment prisonnier comme elle, lui montra une petite peinture qu’il portait avec lui, où elle était représentée armée de pied en cap, un genou en terre, et remettant une lettre à Charles VII. C’est la seule image qu’elle eût vue d’elle ; et elle ne s’était jamais fait peindre2823 : ainsi ce ne pouvait être qu’une figure d’invention, telle à peu près que ces gravures informes qui représentent de nos jours les personnages les plus éminents de l’Europe, qui n’offrent aucune ressemblance, et qui font l’amusement des enfants et du peuple.
Jeanne d’Arc fut ensuite conduite au château 163du Crotoy2824, forteresse située en Picardie, à l’embouchure de la Somme, et qui avait, dit-on, dans sa masse pesante et son aspect sévère, beaucoup de ressemblance avec la bastille de Paris2825. Ce château commandait alors un port important qui n’existe plus, parce que la Somme s’est encombrée de ce côté, et s’est creusé un lit plus profond au sud devant Saint-Valery2826. Des étroites fenêtres de sa prison, l’héroïne du quinzième siècle pouvait embrasser un pays immense, contempler cette mer, antique barrière qui sépare la France des îles britanniques ; que franchirent successivement Jules César, Guillaume le Conquérant, et Louis le Lion, et qu’elle-même avait le projet de traverser à la tête de la nation française, pour aller délivrer le duc 164d’Orléans (ce prince à qui, selon les révélations qu’elle avait eues, de si grands destins étaient réservés), de la captivité dans laquelle il gémissait depuis tant d’années2827.
Dans cette même forteresse était alors retenu prisonnier un ecclésiastique d’un mérite et d’un rang distingués (multum notabilis homo), appelé Maître Nicolas de Quenville, chancelier de l’église d’Amiens, docteur en droit canon et en droit civil, qui célébrait souvent la messe dans une des salles de ce lugubre donjon. Jeanne d’Arc assistait régulièrement à cette auguste et consolante cérémonie. Elle se confessait à son compagnon d’infortune : il rapporta depuis que c’était une bonne chrétienne, pleine de piété ; et il racontait beaucoup de choses à sa louange2828. Les esprits célestes dont Jeanne d’Arc se croyait assistée, n’avaient point cessé de lui prodiguer leurs consolations. Saint Michel continuait de la visiter, et ne cessa de lui apparaître que quand elle eut quitté le Crotoy pour être conduite à Rouen2829. Les promesses de ces personnages réels ou imaginaires touchant le secours que devaient recevoir les habitants de Compiègne, s’effectuèrent exactement dans le terme 165fixé par eux. Voici ce que rapportent à ce sujet les chroniqueurs du temps. La ville de Compiègne, assiégée depuis plus de six mois, se trouvait réduite aux dernières extrémités2830. De grandes bastilles et plusieurs quartiers fortifiés en interdisaient de tous côtés l’accès2831 ; la famine s’y faisait sentir ; Jean de Luxembourg, qui commandait le siège au nom du duc de Bourgogne, regardait comme infaillible et très-prochaine la soumission de cette place. En vain Philippe de Gamaches, abbé de Saint-Faron de Meaux, échangeant les habits sacerdotaux contre le casque et la cuirasse, faisait chaque jour des prodiges de valeur pour la défendre2832 ; en vain Jamet du Tillay, gentilhomme breton, que nous avons vu figurer au nombre des héros d’Orléans, était parvenu à s’y jeter à la tête d’une centaine de combattants intrépides2833 ; malgré tous leurs efforts et ceux du gouverneur Guillaume de Flavy, en qui l’on est obligé de reconnaître un très-grand courage2834, le jour approchait où cette ville importante allait être forcée de capituler, quand les capitaines français répandus dans les places de l’Île-de-France, résolurent de tenter de la secourir 166et d’en faire lever le siège.
(1er novembre) Au jour assigné, le comte de Vendôme et le sire de Boussac, maréchal de Sainte-Sévère, partirent de Senlis, passèrent la petite rivière d’Automne au pont de Verberie, traversèrent un fossé que les Anglais avaient creusé dans l’espace qui s’étend de la forêt de Compiègne jusqu’au bord de l’Oise, et s’avancèrent vers Royallieu, où ils trouvèrent les Anglais rangés en bataille2835. Il est probable qu’ils avaient fait de cette abbaye l’une de leurs bastilles, et je pencherais à croire que c’était la garnison de cette forteresse qui sortit de ses murs et voulut arrêter les Français au passage. Selon Villaret, les ennemis, instruits de l’approche du comte de Vendôme et du maréchal de Sainte-Sévère, avait assemblé un conseil de guerre, où il avait été résolu qu’on laisserait des forces suffisantes pour défendre les travaux du siège, et que l’on marcherait avec le reste à la rencontre des Français. Les Bourguignons et les Anglais avaient mis pied à terre : ils s’attendaient que les Français engageraient le combat en les attaquant les premiers : mais ce n’était pas leur dessein2836.
Cependant le brave Poton de Xaintrailles, parti de son côté de Château-Thierry avec une troupe 167en qui la vaillance suppléait au nombre (il n’avait avec lui que cent vingt lances ou trois cent soixante hommes), avait franchi l’Automne à Béthisy, et s’avançait directement sur Compiègne à travers la forêt qui s’étend au sud-est de cette ville. Il passa près d’un endroit appelé la Justice, et vint tout à coup se présenter de ce côté du siège, tandis que les principales forces des Anglais et des Français se tenaient en échec auprès de Royallieu.
À la vue de Xaintrailles et de ses intrépides compagnons, les défenseurs de Compiègne, qui ne doutèrent plus qu’on ne voulût réellement tenter de les secourir, sortirent en armes de la ville, conduits par Flavy, attaquèrent une bastille qui avait été élevée devant une des portes, s’en emparèrent, et en passèrent au fil de l’épée la nombreuse garnison, toute composée de Portugais. Ils se réunirent ensuite à la troupe de Xaintrailles, qui attaquait une autre bastille défendue par des Picards sous le commandement du sire de Crigny ou de Créqui, et du seigneur de Brimeu, maréchal de Bourgogne2837. Deux fois repoussés, mais toujours ranimés par l’exemple et les discours du vaillant Xaintrailles, excités surtout par les habitants 168de tout sexe et de tout âge, qui venaient en foule prendre part à ce combat, les guerriers français revinrent une troisième fois à l’assaut, avec cette furie impétueuse à laquelle il n’est rien qui puisse résister, et entrèrent l’épée à la main dans la forteresse2838. Le sire de Crigny ou de Créqui et plusieurs gentilshommes de Picardie y furent faits prisonniers2839.
Il est probable que la nouvelle de ce revers jeta le trouble parmi les Anglais et Bourguignons rangés en bataille près de Royallieu. Le comte de Vendôme et le maréchal de Sainte-Sévère en profitèrent pour les charger à pied et à cheval, et pénétrèrent de vive forte dans l’enceinte de fossés et de pieux dont ils s’étaient environnés. Vendôme et Sainte-Sévère firent en cette occasion
de très belles armes et de grandes vaillances.
Un grand nombre d’ennemis périrent ; beaucoup furent pris ; le reste se sauva de l’autre côté de l’Oise, au moyen d’un pont qu’ils avaient jeté sur cette rivière pour communiquer avec les bastilles de la rive droite2840. Le comte de Vendôme et son brave compagnon d’armes allèrent alors rejoindre Xaintrailles à la tête de leurs troupes victorieuses2841, et entrèrent avec 169lui dans la ville aux acclamations des habitants. Plusieurs guerriers français, impatients d’achever la délivrance de Compiègne, passèrent la rivière dans des bateaux (le pont avait été rompu) 2842 et, quoique la nuit approchât2843, attaquèrent une des bastilles de la rive droite et s’en rendirent maîtres2844. Les ennemis épouvantés en abandonnèrent une autre2845 ; il ne resta plus à conquérir que celle de Marigny, située vis-à-vis du pont, et commencée par Baudon de Noielle2846. La nuit empêcha les vainqueurs de pousser plus loin leurs succès, et les força de rentrer dans la ville2847. Jean de Luxembourg, qui commandait toujours le siège, ne savait quel parti prendre.
Cependant toute la nuit deslogerent les Angloys et Bourguignons, et se retrahirent sans ordonnance, les ungz en Normandie et les autres en Picardie, en très grande confusion2848.
Cette défection générale obligea Luxembourg à abandonner une entreprise désormais désespérée. Forcé de s’éloigner précipitamment, à peine eut-il le temps d’envoyer à Baudon de Noielle l’ordre de mettre le feu à sa bastille2849.
Mesme il se disoit que si lesdits comte de Vendosme et mareschal de Boussac 170(autrement de Sainte Sévère), avec leur compagnée, eussent peu passer la rivière, ils eussent lors peu deffaire tous ces Angloys et Bourguignons, qui laisserent dans leur camp deux ou trois grosses bombardes, plusieurs canons et autre artillerie, avec fort grande quantité de vins et autres vivres qu’ilz ne peurent emmener avec eulx2850.
Et s’en alloient si hastivement que l’ung n’attendoit pas l’aultre, (dit une autre chronique). Le duc de Bourgongne estoit à Noyon, à cinq lieues de Compiegne, lequel, quant il sceut ces nouvelles, fut moult courroucié, et s’en alla au pays d’Arthois2851.
La délivrance de Compiègne fut suivie immédiatement de la reprise de Gournay-sur-Aronde, de Pont-Sainte-Maxence, de Longueil, de Breteuil et de plusieurs autres places, tant en Picardie que dans l’Île-de-France. Une victoire complète remportée dans les champs de Germigny par le brave Poton de Xaintrailles sur les Anglais et les Bourguignons, acheva de couvrir de gloire les armées françaises. Un nombre prodigieux de prisonniers étaient tombés en notre pouvoir ; on remarquait dans le nombre le seigneur de Brimeu, maréchal de Bourgogne, les sires de Créquy, de Beauval, de Béthencourt, Thomas Kyriell, 171célèbre général anglais, et une infinité de chevaliers et de chefs de guerre2852.
La nouvelle de ces succès, surtout de la délivrance de Compiègne, dut faire luire un rayon de joie dans le cœur attriste de l’héroïne française, si toutefois on ne lui cacha point les revers que venait d’essuyer le parti britannique. Loin de se refroidir, la haine des Anglais contre la guerrière inspirée semblait s’accroître avec leurs défaites, dont ils voyaient en elle la première et peut-être la seule cause. Tout ce qui leur était dévoué redoubla donc d’efforts pour leur sacrifier cette illustre victime.
(21 novembre) L’Université écrivit deux lettres à ce sujet le 21 novembre 1430. La première est adressée à l’évêque de Beauvais, pour se plaindre de ce que la Pucelle étant remise au roi de France et d’Angleterre, ainsi qu’elle en a été informée, cette fille n’est pas encore dans ses mains. Elle ajoute que si lui, évêque de Beauvais, y eût mis la diligence nécessaire, le procès serait déjà entamé ; elle l’exhorte à agir en conséquence, et à se faire livrer la prisonnière, et elle l’invite à venir instruire le procès à Paris, où il y a tant de sages et de savants, pour l’examiner et la juger. La seconde lettre de l’Université est adressée au roi de France et d’Angleterre, pour le solliciter de remettre sa captive à la justice de l’église,
172… c’est à savoir à l’evesque de Beauvais et à l’inquisition ordonnée en France, auxquelz la congnoissance des meffaitz d’icelle appartient especiallement en ce qui touche notre foy2853.
Il serait difficile, dit Villaret, d’imaginer une manœuvre plus artificieuse que celle du duc de Bedford et du ministère anglais, qui se faisaient ainsi demander ce qu’ils désiraient avec le plus d’ardeur. Ils étaient impatients d’immoler la Pucelle ; sa perte était utile à leurs intérêts ; ils voulaient la rendre éclatante, et leur politique s’attachait à rejeter sur notre nation la honte de ce crime : ils se vengeaient en nous couvrant d’opprobre2854.
(12 décembre) Chose incroyable ! désarmée et dans les fers, 173Jeanne d’Arc inspirait encore à la nation britannique une terreur profonde. Le duc de Gloucester adressa des lettres royales, datées de Wye, le 12 décembre 1430, aux vicomtes de Kent, de Norfolk et Suffolk, d’Essex, de Londres, de Surrey, de Sussex et de Sutht, et au constable du château royal de Douvres, gouverneur des cinq ports, pour leur enjoindre de faire arrêter et traduire devant le conseil d’Angleterre les guerriers à qui la peur de la Pucelle ferait abandonner leurs drapeaux ; quos terriculamenta Puellæ animaverant2855.
Une des plus sanglantes et des plus honteuses défaites que les Anglais eussent encore éprouvées depuis le commencement de cette guerre, et qui mit le comble à la gloire du célèbre Barbazan, autrement dit le chevalier sans reproche, acheva de décourager les armées britanniques, et de porter jusqu’à la rage le ressentiment du gouvernement anglais contre les Français et leur héroïne. Laissons parler un auteur du temps, qui fut presque témoin de cette bataille.
(Cours de décembre) Audit an, y avait une grande compaignée d’Angloys et Bourguignons assemblez jusques aux nombre de sept à huit mille combactans, 174lesquelz tiroient pays pour aller mectre le siege quelque part, ou autrement chercher leur adventure. Quant ilz furent entre la ville de Chalons en Champaigne et Nostre Dame de l’Espine, vint le bruit audit lieu de Chalons d’icelle assemblée. Par quoy ceulx de Chalons se doubtans qu’ilz ne feissent quelque entreprinse sur leur ville, par le conseil d’ung ancien chevalier, fort subtil et ingénieux en guerre, nommé de Barbazan, qui pour lors estoit logié audit lieu de Chalons, en l’abbaye de Sainct Menge les Chalons, fut résolu qu’on entreprendroit sur lesditz Angloys et Bourguignons, et qu’on les iroit assaillir. Pour ce faire, furent assemblez avecques ledit de Barbazan, Eustache de Conflans, chevalier, cappitaine de ladicte ville de Chalons, ung escuyer nommé Versailles, ung autre escuyer nommé Pierre Martel, cappitaine de Sepsaulx, avecques plusieurs autres cappitaines et gens de guerre des garnisons des environs, jusques au nombre de trois mille, qui estoit toutesfois peu de chose au regard de la grant compaignée d’iceulx Angloys et Bourguignons : neantmoins partirent iceulx Françoys dudit lieu de Chalons, et allerent courir sur lesditz Angloys et Bourguignons, lesquelz prindrent leur advantage, quant ilz veirent les Françoys venir dans un lieu nommé la Croisette, là où il fut vaillamment 175combatu tant d’une part que d’aultre. Durant que ceste bataille se faisoit, ledit Barbazan envoya quérir ung escuier nomme Henry de Bourges, cappitaine des ville et chastel de Sarre, pour venir à leur secours. Et combien que ce cappitaine fust fort harassé, retournant fraischement de courir le pays sur les ennemys, toutesfois, comme vaillant et hardy, luy et ses gens changerent aussi tost de chevaulx : il y avoit en sa compagnée quelque quatre cent combatans bien en poinct, entre lesquelz paroissoit comme le principal, ung nommé le bourg de Vignoles, frère du fameux de La Hire : ilz vindrent donc audit lieu où se faisoit la bataille, qui estoit à une lieue près dudit lieu de Sarre, tenans leur chemin le long des vignes, tout le plus couvertement qu’ilz peurent, et sans marchander survindrent, et se jecterent au milieu d’icelle bataille, où tellement ilz se comporterent, que ces Angloys et Bourguignons furent desconfitz, n’en eschapant gueres qu’ilz ne fussent tous tuez ou prins. Et disoit on qu’il y estoit bien demouré cinq à six cent prisonniers, qui furent menez dedans Chalons. Les mors furent enterrez par les gens des villaiges des environs. Aussi y mourut il des Françoys quatre vingt, ou environ. Ceste deffaicte me fut raportée, par Pierre de Bruyères, serviteur d’icelluy 176bourg de Vignoles, lequel estoit present à ladicte journée2856.
(Hiver 1430) Partout les affaires des Anglais continuaient à décliner. Les habitants de Sens chassèrent leur gouverneur anglais, nommé Pierre Bartort, arborèrent les couleurs de Charles VII, et obtinrent le pardon de leurs anciens torts envers ce prince, qui voulut s’y rendre en personne, comme pour leur garantir plus solennellement l’oubli du passé2857. Un moine, en qui Perrinet Gensset ou Grasset, gouverneur de La Charité et de quelques autres petites villes fortifiées, avait une extrême confiance, ouvrit aux troupes du roi une poterne de Ville-Neuve, où Perrinet se trouvait alors, et les introduisit dans la place. Perrinet fut obligé, pour se sauver, de passer par dessus les murailles de la ville, et s’enfuit à La Charité2858.
Le gouvernement anglais, effrayé de tant de revers, crut qu’il n’y avait désormais de salut pour lui que dans la mort de la Pucelle, et il ordonna qu’on travaillât sans délai au procès de cette infortunée, dans le triste espoir de rendre le courage aux armées britanniques, d’infamer le roi Charles, et d’épouvanter ses partisans. C’est ce qu’attestent une foule de dépositions dont voici les passages les plus remarquables. Il semble 177à un témoin,
à cause de ce qu’il veit, que on proceda par haine, par faveur, et en deprimant l’honneur du roy de France, auquel elle servoit ; par vengeance, et affin de la faire mourir, et non pas selon raison et l’honneur de Dieu et de la foy catholique2859.
Le proces fait contre elle (la Pucelle) en matière de foi ne fut point intenté, (disent d’autres témoins), en faveur de la foi, ni par zèle pour la justice ; mais par haine, et pour la crainte que les Anglais avaient de ladite Jeanne2860,
parce qu’elle leur était préjudiciable, et qu’elle leur avait déjà fait plusieurs maux2861.
Les soldats anglais haïssaient ladite Jeanne et avaient soif de sa mort2862.
effrayés des victoires qu’elle avait remportées, ils disaient qu’elle usait de sortilège2863.
Parce que ladite Jeanne faisait des choses merveilleuses à la guerre, lesdits Anglais, qui sont communément superstitieux, estimaient qu’il y avait en elle quelque chose de magique (existimabant de ea 178aliquid fatale esse), et pour cette raison desiraient sa mort. Les Anglais sont superstitieux, c’est le bruit commun ; et cela est même passé en proverbe2864.
Un chevalier anglais avait dit à un témoin
qu’ils redoutaient plus ladite Jeanne que cent hommes d’armes2865, plus que toute l’armée du roi de France2866 ; avant sa prise ils n’eussent osé paraître en un lieu où ils eussent cru la rencontrer2867.
Un chanoine de Rouen déclare
qu’entre autres choses il entendit dire à maître Pierre Morice, à Nicole l’Oyseleur (juges assesseurs), et à d’autres dont il ne se rappelle pas les noms, que lesdits Anglais la redoutaient tant, qu’ils n’osaient pas mettre le siège devant la ville de Louviers, jusqu’à ce qu’elle fût morte, et qu’il était nécessaire, pour leur complaire, qu’on fît avec célérité son procès, et qu’on trouvât moyen de la faire mourir2868.
Un autre assure que c’était le bruit commun à Rouen, que les Anglais n’entreprendraient ce 179siège qu’après la mort de la Pucelle2869. Un troisième entre là-dessus dans de plus grands détails :
De l’accession des juges et de ceux qui ont traictié et mené le procez de ladite Jehanne, depose, pour ce qu’il n’a point assisté et comparu au procez, qu’il ne sauroit rien dire de vue ; mais rapporte que la commune renommée divulgoit que par apetit de vengeance perverse, ilz l’avoient persecutée, et de ce donné signe et apparence. Car devant la mort d’elle, les Angloys proposerent mectre le siege devant Louviers ; mais tantost muèrent leur propos, disant que point n’assiegeroient ladicte ville, jusques à tant que ladicte Pucelle eust esté examinée ; de quoy ce qui ensuit fait probacion evidente ; car incontinent après la combustion d’icelle, sont allés planter le siege devant Louviers ; estimans que durant sa vie, jamais n’auroient gloire ne prospérité en faict de guerre2870.
180Jeanne d’Arc fut transférée du Crotoy à Rouen et renfermée dans les prisons du château de cette ville2871, sans égard pour le vœu exprime par l’Université, que cette affaire fût jugée dans la capitale2872. La raison pour laquelle Jeanne fut amenée à Rouen plutôt qu’à Paris, c’est que le roi anglais et ses principaux conseillers étaient à Rouen2873, et que le feu de la guerre, allumé dans l’Île-de-France, retardait d’une manière indéfinie le voyage de ce jeune prince dans sa capitale française.
Jeanne fut enfermée dans la grosse2874 tour du château de Rouen2875 ; c’est la seule tour de ce château qui existe encore aujourd’hui, et elle porte toujours le même nom : on l’appelait aussi la tour du donjon. On a longtemps cru à tort qu’une petite tour, située non loin de celle-là 181et maintenant détruite, avait servi de prison à la Pucelle ; on lui en donnait même communément le nom. Quelques restes de chaînes trouvés dans les fondements de cette tour, ont seuls donné naissance à cette opinion. Plusieurs séances du procès se tinrent, selon les procès-verbaux, dans la chambre de l’accusée ; quinze personnes assistèrent à celles du 17 mars 14302876 : assurément cela eût été impossible dans un espace aussi étroit que celui que pouvait offrir l’intérieur de la petite tour où l’on supposait que Jeanne d’Arc avait été retenue.
Sa chambre n’était ni dans une basse-fosse, comme l’ont cru les partisans de cette opinion, ni dans le haut de la tour ; elle se trouvait dans un étage intermédiaire (in quadam camera media) ; on y montait de la cour du château par huit degrés2877. Cette pièce était éclairée sur la campagne2878.
Pendant le jour Jeanne d’Arc avait les pieds retenus par des ceps de fer, qui tenaient eux-mêmes, par une forte chaîne et au moyen d’une serrure fermante à clé, à une grosse pièce de bois2879.
Et sçait de certain celui qui parle, 182(dit un des appariteurs dans sa déposition), que, de nuyt, elle estoit couchée ferrée par les jambes de deux paires de fer à chaisne, et attachée moult estroitement d’une chaisne traversante par les piedz de son lict, tenante à une grosse pièce de boys, de longueur de cinq pieds, et fermante à clé ; parquoy ne pouvoit mouvoir de la place2880.
Selon un autre témoin, une seconde chaîne la retenait alors par le milieu du corps2881.
La situation de cette infortunée avait été encore plus affreuse dans les premiers temps. Étienne Castillon, serrurier, rapporta à l’appariteur Jean Massieu,
qu’il avait eu ordre de faire pour elle une cage de fer ; qu’elle y était à l’étroit, attachée par le cou, les pieds et les mains, et qu’elle y avait été renfermée depuis son arrivée au château de Rouen jusqu’à l’ouverture du procès intenté contre elle2882.
Il avait raconté le même fait à un autre témoin, qui ne doutait point que Jeanne n’eût été en effet enfermée dans cette horrible machine2883. Un 183bourgeois de Rouen atteste que la cage destinée pour la Pucelle fut pesée dans sa maison et sous ses yeux2884, apparemment pour qu’on en déterminât la valeur. À la vérité aucun témoin n’a vu Jeanne dans cette cage ; mais l’assertion du serrurier, deux fois renouvelée, était positive, et d’ailleurs il paraît que personne ne fut admis auprès de la Pucelle avant l’ouverture du procès2885 ; même alors ce n’était qu’avec la plus grande difficulté qu’on obtenait de la voir.
Et demoura en garde audit lieu, (dit un des témoins), entre les mains de cinq Anglais, dont en demouroit de nuyt trois en la chambre et deux dehors, à l’uys de ladicte chambre2886.
C’étaient de vrais misérables2887, pris dans les derniers rangs de la populace, parmi ceux qu’on désignait en français sous le nom de Houcepaillers2888, terme de mépris qui n’est point resté dans notre langue. Ils désiraient ardemment la mort de leur malheureuse prisonnière ; ils en faisaient continuellement l’objet de leurs risées2889 ; ils l’insultaient et la maltraitaient indignement2890 ; 184 en vain elle les reprenait de leur manque de charité2891 ; ils poussaient souvent la méchanceté jusqu’à l’éveiller, pendant la nuit, pour lui dire que l’heure de sa mort était venue, et qu’on venait la prendre pour l’expédier2892.
Jeanne d’Arc fut exposée, de la part de ces hommes vils et dépravés, à des outrages encore plus affreux.
L’évêque de Beauvais et le comte de Warwick lui demandant une fois pourquoi elle ne revêtait pas des habits de femme, et observant qu’il n’était pas décent à une femme d’avoir une robe d’homme (tunicam viri), et des chausses attachées avec beaucoup d’aiguillettes fortement nouées, elle leur répondit qu’elle n’osait quitter lesdites chausses, ni les tenir moins fortement attachées ; car ils savaient bien (ledit comte et ledit évêque en convenaient) que ses gardes avaient plusieurs fois tenté de la violer ; et qu’une fois qu’elle appelait à son aide, ledit comte, entendant ses cris, vint au secours ; si bien que s’il ne fût survenu, lesdits gardes l’eussent violée ; et de cela se plaignait2893.
Le chanoine L’Oyseleur 185avait rapporté le même fait à un témoin, et ajouté que le comte de Warwick avait fait mettre d’autres gardes à la place des premiers2894. Tel fut sans doute le principal motif qui porta Jeanne d’Arc à refuser avec tant d’obstination à ses juges de reprendre l’habit de son sexe.
La renommée de Jeanne d’Arc était répandue dans Rouen comme dans tout le reste de l’Europe : dès le temps de son arrivée auprès du roi elle y faisait le sujet de l’entretien général. Deux marchands chaudronniers, nommés Nicolas Saussart et Jean Chando, étaient venus à Rouen, et avaient raconté sa requête au sire de Baudricourt, sa venue à Chinon, le stratagème employé par le roi pour découvrir si elle était réellement inspirée, et le jugement favorable qu’en avaient porté les docteurs chargés de l’examiner2895. Depuis, ses merveilleuses victoires l’avaient rendue l’objet de l’admiration universelle. Aussi chacun éprouvait-il le plus ardent désir de la voir 2896. Laurent Guesdon, avocat en la cour laïque de Rouen, fut du petit nombre de ceux qui eurent la permission de la visiter2897. Pierre Cusquel, 186bourgeois de Rouen, entra également deux fois dans sa prison, à la prière et par la protection de maître Jean Son, maître de l’œuvre (architecte) du château. Il parla à Jeanne d’Arc, l’engagea à répondre avec prudence aux questions qui lui seraient faites, et l’avertit qu’il s’agissait de sa mort. Elle lui parut âgée d’environ vingt ans, très-simple, et sans connaissances des formes judiciaires ; cependant ses réponses étaient, dit-il, prudentes et mesurées2898. Pierre d’Aron ou d’Avon, alors procurateur de la ville de Rouen, excité par une vive curiosité, cherchait tous les moyens de la voir, lorsqu’il rencontra un avocat du roi anglais, nommé Pierre Manuel, qui partageait le même désir, et ils y allèrent ensemble. Manuel s’entretint quelque temps avec Jeanne d’Arc, et lui dit, en badinant, que si elle n’eût été conduite de force en ce lieu, elle n’y fût pas venue. Il lui demanda ensuite si elle savait avant sa prise qu’elle devait tomber au pouvoir de ses ennemis.
— Je m’en doutais bien, répondit la Pucelle.
— Pourquoi donc, reprit Manuel, puisque vous vous doutiez de votre prise, ne vous gardâtes-vous pas ce jour-là ?
— Je ne savais, répliqua-t-elle, ni le jour, ni l’heure où je serais prise, ni quand il fallait que cela arrivât2899.
187Jeanne d’Arc était si simple (ou plutôt son âme candide et pure était si éloignée de pouvoir concevoir l’idée d’un crime), qu’elle pensait que les Anglais la rendraient pour de l’argent, et ne pouvait pas croire qu’ils se proposassent de la faire mourir2900. C’était pourtant l’unique but de toutes leurs démarches, et rien ne leur coûtait pour y parvenir. Outre la somme, énorme pour le temps, qu’ils avaient donnée pour se la faire livrer, ils payèrent tous les frais d’un procès2901 qui n’était intenté qu’à leur instigation à l’héroïne française2902. Ce fait, rapporté par un grand nombre de témoins, est confirmé par des pièces originales, autrefois conservées à Paris dans les archives du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, et dont l’archiviste de cette maison, dom Pravas, avait donné des copies collationnées à l’Académie des inscriptions et belles-lettres. On y voit que le 14 avril 1431 il fut expédié une ordonnance de vingt saluts au profit du vice-inquisiteur Jean le Maistre,
pour ses peines, travaulx 188et diligences d’avoir assisté au procès de Jehanne, avec révérend père en Dieu l’evesque de Beauvais, son juge ordinaire.
La quittance de Jean le Maistre est du 27 avril 1431. Ces saluts d’or valaient, de notre monnaie d’avant la révolution, douze livres six deniers chacun ; ce qui fait en tout deux cent quarante livres six sous. À l’égard des autres assesseurs, ils furent payés sur le pied de vingt sous tournois par jour, suivant une ordonnance de Henri VI, roi de France et d’Angleterre, du 20 février 1430, pour six d’entre eux qui étaient venus de Paris ; savoir : Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicole Midy, Pierre Morice, Girard Feuillet et Thomas de Courcelles. Leurs quittances sont datées du 4 mars 1430, 9 avril et 12 juin 1431. Cette dernière quittance est même finale pour décompte de cent jours à Beaupère, de cent treize jours à Midy, de quatre-vingt-dix-huit jours à Morice, et de cent treize jours à Courcelles. Le même traitement fut accordé à maître Jean Érard, suivant sa quittance du 20 juin 1431. Chaque livre tournois équivalait à six livres douze sous de notre monnaie2903.
Comme l’évêque de Beauvais, qui se prétendait 189juge de la Pucelle, ne pouvait exercer sa juridiction hors de son diocèse sans l’autorisation des chefs de l’église dans la circonscription de laquelle il se trouvait, ce prélat demanda cette autorisation au chapitre de Rouen, investi, le siège vacant, de l’autorité archiépiscopale. On n’avait rien à refuser a un conseiller du roi anglais dans les circonstances où il faisait cette demande. (28 décembre) Le chapitre lui délivra des lettres par lesquelles il lui accordait territoire et juridiction pour instruire ce procès dans l’étendue du diocèse2904.
(3 janvier 1431/1430 ancien style) Enfin le roi anglais donna des lettres patentes pour autoriser la mise en jugement de sa prisonnière.
Une femme, (lui fait-on dire dans ces lettres), qui se fait appeller la Pucelle, laissant l’habit et vestiere du sexe féminin, contre la loy divine, comme chose abhominable à Dieu, reprouvée et deffendue de toute loy, vestue et habillée et armée en habit et estat d’homme, a fait et exercé cruel faict d’homicide, et, comme l’en dict, a donné à entendre au simple peuple, pour le seduire et abuser, qu’elle estoit envoyée de par Dieu et avoit congnoissance de ses divins secrets, ensemble plusieurs aultres dogmatisations tresperilleuses à nostre sainte 190foy catholique, moult prejudiciables et scandaleuses ; en poursuivant par elle lesquelles abusions, et exerçant hostilité à l’encontre de nous et de nostre peuple, a este prinse armée devant Compiegne par aulcuns de nos loyaulz subjectz, et deppuis amenée prisonnière par devers nous.
Voulant ensuite faire entendre que ce n’est pas de son propre mouvement que le roi anglais livre sa captive à un tribunal ecclésiastique, on lui fait ajouter le considérant qui suit :
Et pource que de superstitions, faulses dogmatisations, et aultres crimes de leze-majesté divine, elle a esté de plusieurs réputée suspecte, nottée et diffamée, avons esté requis très instamment par révérend père en Dieu nostre amé et féal conseiller l’evesque de Beauvais, juge ecclésiastique et ordinaire de ladite Jehanne, pour ce qu’elle a esté prinse et apprehendée es termes et limites de son dioceze, et pareillement exhorté de par nostre treschiere et tressaincte fille l’Université de Paris, que icelle Jehanne vueillons faire rendre, bailler et delivrer audit reverend père en Dieu, pour la interroger et examiner sur lesditz cas.
Il est remarquable que dans ces lettres le roi anglais ne dit pas un mot de l’Inquisition ; mais une clause particulière laisse à l’évêque établi juge la faculté d’instruire conjointement avec elle :
et proceder contre elle (Jeanne), (disent 191les lettres patentes), selon les ordonnances et dispositions des droits divins et canoniques, appelés ceulx qui sont à appeller ;
expression qui peut être applicable à l’Inquisition comme aux docteurs en théologie, en droits canonique et civil. Enfin les lettres ordonnent que la Pucelle soit remise à l’évêque de Beauvais, pour lui faire son procès
suyvant Dieu et raison ;
et il est ordonné à tous de donner au prélat
aide, deffense, protection et confort.
On s’y réserve expressément toutefois de reprendre Jeanne
se elle n’est pas convaincue ou atteinte des cas ci-dessus2905.
Ainsi, comme l’observe M. de L’Averdy, le roi d’Angleterre ne faisait, pour ainsi dire, que la prêter aux juges ecclésiastiques pour décider si elle devait ou non subir la peine de mort.
(9 janvier) Il fut rédigé quelques jours après une espèce de consultation sur cette affaire chez l’évêque de Beauvais, et en présence de Jean le Maistre, de l’ordre des frères-prêcheurs, député pour le diocèse de Rouen par le grand-inquisiteur de France2906. Ces inquisiteurs s’étaient probablement perpétués en France depuis les malheureuses affaires des Albigeois. Comme c’est ici la première fois qu’on voit figurer Jean le Maistre 192dans le procès de la Pucelle, il ne sera pas inutile d’indiquer en peu de mots comment il y avait été appelé. L’évêque de Beauvais voulait que le jugement à intervenir jouît de tous les prétendus privilèges de l’Inquisition ; il était peut-être assez peu instruit pour douter de la validité d’une procédure où elle n’eût pas été présente ; il fit en conséquence tout ce qui fut en son pouvoir pour obliger le vice-inquisiteur à y prendre part. Celui-ci ne fit pas moins d’efforts pour obtenir d’en être dispensé2907 ; il lui déplaisait beaucoup de figurer dans une pareille affaire2908 ; il refusa plusieurs fois de s’en mêler2909 ; mais il finit par y être forcé2910 malgré sa répugnance ; car on lui fit dire par quelques personnes de sa connaissance que s’il persistait dans ses refus, il serait en péril de mort2911. On joignit les présents aux menaces pour l’entraîner : on assurait qu’un nommé Soreau, receveur des finances du roi anglais, lui avait remis en don, de la part du gouvernement, une certaine somme pour qu’il prît part à cette infâme procédure2912. Quant à la consultation 193qui nous occupe, cet ecclésiastique, s’il est vrai qu’il y fut présent, à la faveur des difficultés qu’il avait eu l’art d’élever, et quoi qu’en dise le procès-verbal, n’y devait jouer que le rôle de simple témoin, ou tout au plus de docteur consulté, et non point celui de juge, puisqu’il n’en accepta les fonctions que beaucoup plus tard. Huit docteurs, licenciés et maîtres-ès-arts, avaient été invités à cette conférence ; Jean le Maistre put être compris dans le nombre, et appelé au même titre. Dans cette hypothèse, il ne pouvait refuser de venir à la conférence sans manquer aux devoirs de son état, et sans se compromettre par une opposition qu’aucun prétexte n’aurait alors déguisée. Sa présence suffit sans doute pour enhardir l’évêque de Beauvais à le faire figurer comme juge dans le procès-verbal de la séance. Ce procès-verbal porte que la Pucelle a été prise armée, par des hommes d’armes, dans les limites du diocèse de Beauvais ; qu’on lui reproche d’avoir quitté les habits de son sexe pour prendre celui des hommes par une étonnante et monstrueuse difformité (mira et monstruosa difformitate) et d’avoir agi et parlé contre la foi On y rappelle les démarches de l’Université de Paris pour obtenir qu’elle fût remise à l’évêque de Beauvais, les réquisitions du prélat, l’abandon qu’en avaient fait au roi anglais ceux qui l’avaient prise, les lettres patentes 194de ce prince, enfin les lettres territoriales obtenues par l’évêque de Beauvais dès le 28 décembre précèdent2913.
On y dit ensuite que les juges (ce qui ne peut s’entendre que de l’évêque et du vicaire de l’inquisiteur), ont résolu de procéder sur le tout
avec les gens lettrés et habiles dans le droit divin et humain, dont abonde, grâce à Dieu, la ville de Rouen.
On ajoute qu’ils ont convoqué pour ce jour, 9 janvier 1430, des docteurs et des maîtres, pour avoir dès à présent leur avis sur les premières mesures à prendre. Après cet exposé, le prélat leur fait part d’informations qui avaient déjà été faites par son ordre, et qui ne se trouvent point parmi les pièces du procès. Ils furent tous d’avis qu’on en fît de nouvelles sur les faits attribués à l’accusée, afin de pouvoir décider avec plus de lumières comment on procéderait (on ne trouve pas plus ces informations que les précédentes) ; et qu’on nommât dès ce moment les officiers du tribunal saisi de cette affaire. Les juges (continue le procès-verbal) ordonnèrent sur le tout, conformément à l’opinion des docteurs consultés2914.
Jean d’Estivet, chanoine de Beauvais et de Bayeux, fut nommé promoteur2915. Les fonctions de promoteur, dans les tribunaux ecclésiastiques 195répondaient à celles de procureur du roi dans les juridictions séculières2916.
C’était un méchant homme très-attaché aux Anglais, et qui avait singulièrement à cœur de leur complaire2917.
Rien n’égalait la bassesse de son âme, si ce n’est la grossièreté de son langage.
Pendant tout le cours du procès, il ne cessa de calomnier les notaires-greffiers, et tous ceux qu’il voyait agir conformément aux règles de la justice. Il accablait Jeanne d’injures infâmes, telles que paillarde, ordure, etc.2918.
Jean de Fonte ou de La Fontaine fut nommé conseiller et commissaire-examinateur2919. Il paraît que l’évêque de Beauvais avait mis une grande confiance dans cet assesseur, puisqu’il le chargea de le remplacer dans l’instruction du procès.
Maistre Jehan de Fonte, depuis le commencement du procez jusques à la sepmaine d’après Pasques 1431, fut lieutenant de M. de Beauvais à l’interroger (la Pucelle) en l’absence dudit evesque : lequel (de Fonte) neantmoins tousjours present estoit avec ledit evesque en demené du procez2920.
Le prélat se trompa dans son choix : La Fontaine joignait à de l’instruction beaucoup de probité.
196Guillaume Manchon et Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume, tous deux notaires apostoliques et royaux, et notaires de l’officialité de Rouen, furent nommes notaires-greffiers du procès2921. Quant au premier, voici ce qu’il rapporte lui-même touchant sa nomination :
Au commencement du procès fut faite certaine congrégation en laquelle étaient monseigneur l’évêque de Beauvais, l’abbé de Fécamp, maître Nicolas L’Oyseleur, et plusieurs autres, dans certaine maison proche du château, qui envoyèrent chercher celui qui parle, et audit qui parle dit l’évêque qu’il fallait qu’il servît le roi, et qu’ils entendaient faire un beau procès contre ladite Jeanne ; et qu’il avisât un autre notaire pour l’assister. Et alors nomma Boys-Guillaume. Et celui qui parle fut forcé de prendre part à cette affaire, comme notaire, et le fit malgré lui ; car il n’aurait osé contredire au commandement des seigneurs du conseil du roi2922.
Enfin, Jean Massieu, doyen de la chrétienté de Rouen, eut la charge d’appariteur ou d’exécuteur des mandements et des convocations des 197juges2923. Toute sa conduite, dans le cours de ce procès barbare, fut celle d’un homme plein de probité et de douceur.
Les lettres de nomination de ces officiers se trouvent parmi les pièces du procès, à la suite du procès-verbal de la consultation du 9 janvier. Elles ne sont expédiées qu’au nom de l’évêque de Beauvais ; il n’y est fait aucune mention de l’Inquisition : nouvelle preuve que, quoi que porte le procès-verbal de la séance du 9 janvier, Jean le Maistre, s’il est vrai qu’il y fut présent, n’y figurait point en qualité de juge. On trouve dans ces lettres l’énonciation du genre de délit pour lequel on veut faire le procès à l’accusée. Elle y est déclarée
suspecte de plusieurs sortilèges, enchantemens, invocations de démons ou malins esprits, et de plusieurs autres choses concernant notre foi.
Il me semble que M. de L’Averdy se trompe en assurant que ces expressions fixaient invariablement l’affaire à un procès de sortilège et de magie
; ce qui, ajoute-t-il, ne l’empêchera pas de devenir dans la suite un procès d’hérésie
. Je pense que ces mots plusieurs autres choses concernant notre foi
, comprennent évidemment l’hérésie au nombre des crimes imputés à la Pucelle.
198Il s’en faut bien, au reste, que le procès-verbal de l’assemblée du 9 janvier renferme le récit exact de tout ce qui s’était passé dans cette consultation. Une circonstance de la plus grande importance en a été supprimée, et ce sont les dépositions particulières qui nous la font connaître.
Quand cedit evesque (l’évêque de Beauvais) se portoit pour juge, (dit un des témoins entendus au procès de révision), commanda ladicte Jehanne estre gardée es prisons séculières et entre les mains de ses ennemis mortelz. Et, quoy qu’il eust bien peu la faire detenir et garder aux prisons ecclésiastiques, toutesfois si a il permis, depuis le commencement du procez jusques à la consommacion, icelle tormenter et traictier tres cruellement aux prisons séculières. Dit oultre davantaige ce tesmoing, qu’en la premiere session ou instance (séance), l’evesque allegué requist et demanda le conseil de toute l’assistance, assavoir, lequel estoit le plus convenable, de la garder et detenir aux prisons seculieres, ou aux prisons de l’Eglise.
Il s’attendait apparemment que la peur de déplaire aux Anglais forcerait les assistants de se déclarer pour la première de ces mesures : il en fut autrement.
Surquoy il fut deliberé, (poursuit le même témoin), qu’il estoit plus decent la garder aux prisons ecclesiastiques qu’aux autres. Fors (mais) 199respondit cest evesque, qu’il n’en feroit pas cela, de paour de desplaire aux Anglais2924.
Cette décision excita un grand murmure parmi les docteurs consultés2925 ; il déplaisait beaucoup à plusieurs d’entre eux que l’accusée ne fût pas conduite dans les prisons ecclésiastiques2926 ; il leur semblait, principalement à l’évêque de Démétriade et à André Marguerie, que c’était mal agir que de la laisser dans les mains des laïques, surtout dans celles des Anglais, pendant un procès en matière de foi, où l’Église allait décider de son sort2927. Mais l’évêque ne tint aucun compte de leur mécontentement2928 ni des réclamations de l’accusée au sujet de cette injustice, réclamations qu’elle réitéra plusieurs fois avant et depuis l’ouverture du procès2929. L’évêque ne voulait pas prendre sur sa responsabilité de la faire sortir du château de Rouen, et les Anglais n’y eussent pas non plus consenti volontiers2930. Dans la suite aucun des conseillers n’eût osé élever la voix pour invoquer à ce 200sujet les principes de la justice2931,
tant chacun craignait de déplaire audit évêque et aux Anglais2932.
(13 janvier) Le 13 janvier suivant, selon un autre procès-verbal qui se trouve parmi les pièces du procès, l’évêque de Beauvais fit chez lui une nouvelle assemblée2933 ; ce prélat habitait alors une maison voisine de l’église de Saint-Nicolas-le-Paincteur2934. Il rendit compte aux abbés, docteurs et licenciés présents, de ce qui s’était passé dans la conférence du 9 du même mois, et il leur communiqua (porte le procès verbal) des informations faites dans le pays de la Pucelle (qui ne sont pas jointes au procès), et des mémoires contenant ce que la renommée en publiait. Tous furent d’avis qu’on en formât des articles rédigés avec ordre, pour qu’on pût délibérer sur la question de savoir 201s’il y avait matière suffisante pour accuser quelqu’un d’offenses contre la foi. L’évêque prononça conformément à cet avis, en chargeant des personnes habiles dans le droit divin et humain (continue le procès-verbal), de rédiger sans délai ces articles conjointement avec les notaires-greffiers du tribunal2935.
Dans un procès de cette nature, les informations étaient une mesure de la plus grande importance ; on sent qu’il est nécessaire d’examiner avec la plus scrupuleuse attention la vie et la conduite de ceux qui se prétendent favorisés d’apparitions et de révélations célestes, car c’est un des moyens les plus propres à éclairer sur le jugement qu’on en doit porter. Aussi l’évêque de Beauvais annonça, dès la première assemblée, qu’il en avait fait faire ; il en rendit compte comme il lui plut ; elles furent trouvées insuffisantes ; il fut arrêté qu’on en ferait de nouvelles : cependant aucune ne se retrouve parmi les pièces du procès. Tout prouve qu’il y eut en effet des informations ; qu’elles furent supprimées ; qu’elles étaient favorables à Jeanne d’Arc, et que c’est pour cela qu’on les fit disparaître.
1. Tout prouve qu’il y eut des informations.
Deux témoins du pays de Jeanne déposent en avoir eu connaissance.
Quand ladite Jeanne 202eut été prise, (dit l’un d’eux), il vit un certain homme d’Andelot, nommé Nicolas Bailly, qui vint avec plusieurs autres en cedit village de Domrémy, et à l’instance de messire Jean de Torcenay, alors bailli de Chaumont au nom du roi de France et d’Angleterre, fit une information sur la réputation et la conversation, comme on disait, de ladite Jeanne ; et, comme il lui semble, ils n’osaient forcer quelques-uns à prêter serment, à cause de ceux de Vaucouleurs. […] Il croit que Jean Bigot, dudit village, fut examiné, car ils étaient logés en sa maison […] Il croit qu’en faisant cette information ils ne trouvèrent rien de mal touchant le fait de ladite Jeanne2936.
L’autre témoin assure
qu’il vit Nicolas, dit Bailly, d’Andelot, et Guyot, son serviteur, avec quelques autres, dans ledit village de Domrémy, lesquels firent information sur le fait de la Pucelle, comme on disait ; et néanmoins, à ce qu’il lui semble, ils ne forçaient pas quelques-uns. Dit que, comme il pense, en ladite information furent examinés Jean Morel, Jean Guillemete, son père (le père du déposant), Jean Colin et certain Jean Hennequin, de Greux, et plusieurs. Et, cela fait, lesdits commissaires partirent précipitamment, par crainte de 203ceux de Vaucouleurs. Dit ledit témoin qu’il croit que ladite information ou inquisition fut faite à la requête du bailli de Chaumont, tenant le parti des Anglais et Bourguignons2937.
La déposition de Nicolas, dit Bailly, achève de dissiper tous les doutes. Voici ce qu’il rapporte à ce sujets :
Le témoin qui parle, autrefois fut tabellion commis de la part de messire Jean de Torcenay, chevalier, alors bailli de Chaumont, ayant puissance de celui qui se disait alors roi de France et des Anglais, conjointement avec certain Gérard, dit Petit, en ce temps-là prévôt dudit lieu d’Andelot, pour faire information sur ladite Jeanne, dite la Pucelle, alors, comme on disait, retenue dans les prisons de la ville de Rouen…
2. Ces informations furent supprimées.
Pierre Miger, prieur de Longueville, l’un des assesseurs choisis par l’évêque de Beauvais, déclare
qu’il fut présent en la déduction du procès fait contre ladite Jeanne, ou en la plus grande partie : il entendit qu’on faisait mention de certaines informations ; cependant il ne les vit, ni ne les entendit lire2938.
Thomas de Courcelles, chanoine de Paris, autre assesseur, dit
ignorer s’il y avait eu des informations 204préparatoires faites à Rouen ou dans le lieu de la naissance de ladite Jeanne, et qu’il ne les vit point.
Et quoiqu’on lui montrât l’endroit du procès où il est dit que de certaines informations furent lues en sa présence, il persista à dire qu’il n’en avait aucun souvenir2939. Guillaume Manchon, principal notaire-greffier du procès,
dépose que, quoiqu’il soit contenu dans le procès que les juges disaient qu’ils avaient fait faire des informations, il ne se rappelle toutefois les avoir ni vues ni lues. Il assure cependant que si elles eussent été produites, il les eût insérées au procès2940.
Boys-Guillaume, autre notaire-greffier,
… ne sait rien là dessus, car il ne les vit pas ;
ce qui le porte à croire qu’il n’en exista jamais2941. Enfin l’appariteur Jean Massieu
ne sait s’il fut fait quelque information contre elle, car jamais il n’en vit aucune2942.
3. Le résultat de ces informations était favorable à la Pucelle, et c’est pour cela qu’on les fit disparaître.
Nicolas Bailly n’en avait pas conservé de copie ; mais il s’en rappelait la substance ; et ce qui 205prouve que sa mémoire ne le trompait pas, c’est que ce qu’il en dit est parfaitement conforme aux dépositions des habitants de Domrémy et des paroisses voisines. Voici, dit-il, ce qu’il avait trouvé.
Elle était et fut bonne fille, de bonne conversation, bonne catholique, volontiers fréquentant l’église et les lieux saints, et allait en pèlerinage à l’église de Bermont, et presque chaque mois se confessait, ainsi qu’il l’a entendu dire à beaucoup d’habitants dudit lieu de Domrémy…
Il entre ensuite dans quelques détails relatifs à l’arbre des Fées, dont j’ai parlé dans le premier livre de cette histoire. Il parle plus loin, et dans les mêmes termes que les autres témoins, de la fuite de la famille d’Arc à Neufchâteau. Enfin,
il affirme que, quand lui et le susdit prévôt Gérard, firent autrefois ladite information sur ladite Jeanne, ils parvinrent par leur diligence à faire examiner environ douze ou quinze témoins (procuraverunt hahere de examinatis quasi duodecim aut quindecim testes), pour attester l’information qu’ils avaient faite sur ladite Pucelle, devant Simon de Cherviis, écuyer, se portant alors pour lieutenant du capitaine de Montclair, affin qu’ils ne fussent point soupçonnés d’avoir mal fait ladite information ; lesquels témoins, devant le susdit lieutenant, déclarèrent déposer conformément à ce qui était contenu dans 206leur examen. Et alors ledit lieutenant récrivit au susdit messire Jean, bailli de Chaumont, que les choses, qui étaient écrites en l’information faite par lesdits tabellion et prévôt, étaient vraies. Et quand ledit bailli vit la relation dudit lieutenant, il dit que lesdits commissaires étaient de faux (traîtres) Armignacs2943.
Le pauvre tabellion fut encore plus mal reçu de l’évêque de Beauvais. Jean Moreau, homme né dans le pays de Jeanne d’Arc, mais demeurant à Rouen lors du procès, rapporte à ce sujet les particularités suivantes :
Au temps que ladite Jeanne était dans la ville de Rouen, et qu’on lui faisait son procès, vint à Rouen certain notable homme des parties de Lorraine, avec lequel celui qui parle fit connaissance, parce qu’il était de son pays. Et il lui dit qu’il venait des parties de Lorraine, et était arrivé en cette cité de Rouen, parce qu’il avait été commis spécialement à faire des informations dans le lieu de la naissance de ladite Jeanne, sur ce que la renommée y disait d’elle ; lesquelles il avait faites et apportées à monseigneur l’évêque de Beauvais, croyant avoir satisfaction de son travail et de ses dépens. Mais ledit évêque lui avait dit qu’il était un traître et un mauvais homme, et qu’il 207n’avait pas fait son devoir en ce qui lui avait été enjoint. Et de cela se plaignait au déposant cet homme, qui, comme il disait, ne pouvait obtenir d’être payé de son salaire, parce qu’il ne semblait pas audit évêque que ces informations pussent lui être utiles ; disant au déposant cet homme, que par lesdites informations il n’avait rien trouvé en ladite Jeanne, qu’il n’eût voulu trouver en sa propre sœur, quoiqu’il eût fait lesdites informations dans cinq ou six paroisses voisines dudit village de Domrémy, et aussi dans ledit village2944.
Quel jugement porterons-nous maintenant du procès-verbal de l’assemblée du 13 janvier, où il est dit que l’évêque de Beauvais communiqua aux assistants des informations faites au pays de la Pucelle, et du procès-verbal de la séance du 23 du même mois, où l’on assure que les assesseurs trouvèrent bien rédigés les articles extraits de ces informations, et furent d’avis que Jeanne devait être interrogée en conséquence ? N’est-il pas très-probable que ces procès-verbaux sont des pièces rédigées sous les yeux de l’archevêque de Beauvais, et comme il le jugeait à propos ? Il lui était d’autant plus facile d’y faire insérer ce qui lui convenait, que ces prétendus procès-verbaux n’étaient ni lus en présence des juges 208assesseurs, ni présentés à leur signature ; du moins les grosses authentiques du procès ne font aucune mention de cette formalité. Il y a plus : le procès-verbal du 13 janvier porte, comme on l’a vu, que les articles à extraire des informations, seront rédigés conjointement avec les notaires greffiers du procès ; et ces notaires déclarent dans leurs dépositions n’avoir eu aucune connaissance des informations à l’analyse desquelles, selon ce procès-verbal, ils auraient eu ordre de travailler. Une autre contradiction, également manifeste, infirme le procès-verbal du 23 janvier ; et celle-là existe dans l’acte même. Il y est dit que les assesseurs trouvèrent bien rédigés les articles extraits des informations, et qu’ils furent d’avis que Jeanne devait être interrogée en conséquence ; et immédiatement après, selon le même procès-verbal, ils sont d’avis que l’évêque procède a une information préparatoire. Ce second fait ne dément-il pas entièrement le premier ? Quoi ! les assesseurs auraient conseillé de procéder à une information préparatoire pour guider les interrogateurs ; et non-seulement ces informations auraient déjà existé, mais elles leur auraient été lues, mais ils auraient conseillé d’en extraire des articles, mais ces articles leur auraient été soumis, et ils les auraient approuvés l’instant d’auparavant ? Jamais l’amalgame du faux et du vrai n’a été fait, dans aucun acte, d’une 209manière plus maladroite et plus grossière.
Au surplus, suivant le procès-verbal, l’évêque de Beauvais, sans faire aucune observation sur un conseil qui eût été si ridicule, si la première partie de cet acte était véridique, chargea le licencié Jean de La Fontaine de l’information demandée. (On n’en trouve aucune trace dans les pièces du procès.) Les officiers du tribunal prêtèrent serment devant l’évêque et ses assesseurs, dont il paraît qu’on avait augmenté le nombre. Le vicaire de l’Inquisition n’est point désigné comme présent dans les procès-verbaux de ces deux dernières assemblées.
Arrêtons-nous un instant sur la situation de l’évêque de Beauvais. Il est évident qu’il avait fait disparaître les actes de l’information faite au pays de la Pucelle ; il paraît qu’il avait même caché aux assesseurs qu’il en avait existé, puisque, à la date du 23 janvier, ils conseillaient encore d’en faire de préparatoires. Renvoyer au pays de Jeanne, c’était s’exposer à n’obtenir que des renseignements conformes aux premiers ; c’était donner lieu à de nouvelles longueurs, et mécontenter par-là les Anglais, impatiens de conduire Jeanne d’Arc au supplice. Recueillir à Rouen, ou même à Paris, des bruits populaires, n’offrait pas moins d’inconvénients : ces bruits pouvaient finir par tourner à l’avantage de l’héroïne française. Il était 210cependant nécessaire de rassembler d’autres indications, sinon pour les soumettre aux assesseurs (mesure à laquelle on renonça bientôt tout-à-fait), du moins pour suggérer aux interrogateurs des questions propres à amener des réponses prévues d’avance, et dangereuses pour l’accusée. Ce n’est pas qu’on renonçât à se servir du peu qu’on pouvait tirer de l’information de Domrémy : quoique l’évêque la tînt secrète, il se promettait d’y puiser des motifs d’interrogatoires ; on en verra la preuve dans le cours des examens qu’on fit subir à la Pucelle ; mais il s’en fallait bien que les faits renfermés dans cette information, et ceux que rapportait la voix publique, parussent pouvoir donner lieu à des questions propres à mener Jeanne d’Arc à sa perte. Ses ennemis étaient donc fort embarrassés. Voici le criminel artifice qu’ils employèrent pour en venir à leurs fins. C’est Guillaume Manchon, principal notaire du procès, qui nous en fait connaître les particularités.
Il dit
qu’ung nommé maistre Nicole l’Oyseleur, qui estoit familier de M. de Beauvais, et tenant le party extresmement des Angloys (car autresfois, le roy estant devant Chartres, alla quérir le roy d’Angleterre pour faire lever le siège), feignyt qu’il estoit du pays de ladicte Pucelle, et par ce moien trouva manière d’avoir actes, parlement, et familiarité avec elle, 211 en luy disant des nouvelles du pays à luy plaisantes (à elle agréables), […] et ce qu’elle luy disoit en secret, il trouvoit maniere de le faire venir à l’ouye des notaires. Et de fait, au commencement du procez, ledit notaire (Guillaume Manchon, déposant) et ledit Boys-Guillaume, avec tesmoings, furent mis secretement en une chambre prouchaine, où estoit ung trou par lequel on pouvoit escouter, affin qu’ils peussent rapporter ce qu’elle disoit ou confessoit audit L’Oyseleur2945.
Le même témoin entre ailleurs dans un plus grand détail :
Le seigneur de Warwick, l’évêque de Beauvais, et maître Nicole L’Oyseleur, dirent au déposant et au notaire son compagnon, qu’elle parlait admirablement de ses apparitions ; et que, pour savoir d’elle plus pleinement la vérité, ils avaient avisé que ledit maître Nicole L’Oyseleur feindrait être des parties de Lorraine, dont était ladite Jeanne, et de l’obéissance du roi de France ; qu’il entrerait dans la prison en habit court (c’est-à-dire vêtu en séculier), et que les gardes se retireraient, et qu’ils seraient seuls en la prison2946.
Ils ordonnèrent ensuite aux deux notaires de les suivre dans la chambre dont il a été parlé plus haut, et d’où, au moyen du trou pratiqué exprès 212pour cela (specialiter factum ad hujus modi causam), on pouvait, sans être vu, entendre tout ce qui se disait dans la prison de la Pucelle. Ils reconnurent bientôt la voix du perfide L’Oyseleur, qui engagea la conversation en donnant à Jeanne d’Arc des nouvelles feintes de la situation des affaires du roi. De paroles en paroles, il vint à lui parler des révélations dont on la disait favorisée, et lui fit là-dessus diverses questions insidieuses2947. La joie est indiscrète : Jeanne d’Arc, ravie de rencontrer, après un si long temps, un homme du parti français2948 et un compagnon d’infortune (car il feignait d’être prisonnier de guerre2949), s’abandonna dans ses réponses à toute la confiance d’une âme franche et pure, aussi incapable de soupçonner une trahison que de la commettre. Le comte de Warwick et l’évêque de Beauvais, qui étaient restés avec les notaires, leur dirent alors d’écrire ce que répondait la Pucelle. Guillaume Manchon, qui sentit le piège tendu à sa probité et à celle de son collègue, eut le courage de s’y refuser, en disant
qu’ils ne le devaient pas faire, qu’il ne serait pas honnête de commencer de telle sorte le procès ; et que si elle disait les mêmes choses 213devant le tribunal, ils les enregistreraient volontiers2950.
Il fallut donc renoncer à l’espoir de se procurer par ce moyen des actes contre la Pucelle ; mais le second objet qu’on se proposait, celui d’obtenir d’elle-même des sujets d’interrogatoires, fut entièrement rempli. La malheureuse Jeanne d’Arc conserva toujours depuis la plus grande confiance pour le traître L’Oyseleur2951. Il se vanta plusieurs fois de son indigne stratagème à maître Thomas de Courcelles, l’un des assesseurs, et lui dit qu’il se proposait même de lui faire connaître qu’il était prêtre2952, afin sans doute de l’engager à le prendre pour son confesseur. Thomas de Courcelles ajoute, en effet, qu’il croit que L’Oyseleur reçut la confession de la Pucelle2953 ; et la chose est attestée deux fois par Guillaume Manchon.
Et demanda estre son confesseur, (dit-il dans sa première déposition). Elle avait tant de confiance en lui, (dit-il dans la quatrième), qu’après lesdites fictions, il l’entendit en confession ; et communément ladite Jeanne n’était point conduite au tribunal, que ledit L’Oyseleur ne l’eût auparavant entretenue.
Aucun crime ne coûtait à cet homme exécrable, digne affilié de l’évêque de Beauvais. Non-seulement il 214trahissait le secret de la confession en rapportant au prélat celles des particularités que lui confiait la Pucelle, sur lesquelles il était facile de lui faire des questions captieuses ; mais, instruit d’avance des demandes qui devaient lui être adressées, il s’efforçait de lui suggérer des réponses dangereuses.
Ici se présente une circonstance qui m’avait d’abord paru difficile à expliquer. Comment Jeanne d’Arc, à qui L’Oyseleur s’était d’abord présenté comme un laïque du parti du roi, et prisonnier des Anglais, put-elle lui conserver sa confiance, quand il s’avoua ecclésiastique, et qu’elle le vit siéger au nombre des assesseurs ? Il semble que non-seulement elle devait alors être convaincue de sa trahison, mais s’en plaindre hautement au tribunal. Voici comment je m’explique la conduite que Jeanne tint en cette circonstance. Cette jeune fille avait toute la simplicité de l’innocence2954 ; elle n’était donc pas difficile à tromper. L’Oyseleur lui persuada sans doute qu’il n’avait d’abord caché son véritable état qu’afin d’éviter d’être mis lui-même en jugement, pour avoir été pris les armes à la main en combattant pour le roi de France, il put lui faire ensuite accroire qu’il avait obtenu son pardon, à condition de figurer parmi les assesseurs du procès, et qu’il avait accepté cette 215charge, dans la vue de lui être utile en parlant et en votant pour elle.
L’Oyseleur, au reste, ne fut pas le seul qui voulût se déshonorer par un rôle si vil et si bas. Le promoteur d’Estivet était bien digne de figurer comme son émule dans ces manœuvres ténébreuses. Il s’introduisit également dans la prison de la Pucelle, feignant, à l’imitation de L’Oyseleur, d’être un prisonnier du parti français2955. Il paraît qu’il n’avait pas réussi à la tromper, car il ne garda aucun ménagement avec elle pendant le cours du procès. Plusieurs personnes eurent connaissance des machinations employées pour surprendre les secrets de l’accusée. Le secrétaire de l’assesseur Jean Beaupère rapporte
avoir entendu dire que quelques-uns allaient parler à ladite Jeanne en habit déguisé ; mais il ne sait qui étaient ceux qui faisaient de telles choses2956.
Tous les documents nécessaires pour la direction des interrogatoires qu’on se proposait de faire subir à la Pucelle, étaient enfin obtenus ; une seule difficulté s’opposait encore à l’ouverture du procès proprement dit, dont tout ce qui a précédé 216ne formait que les dispositions préparatoires. Le vice-inquisiteur du diocèse de Rouen se défendait toujours de prendre part à la procédure, et l’évêque de Beauvais voulait absolument s’appuyer de son autorité, qu’il regardait comme une garantie pour l’avenir. (19 février) Il prit le parti de rassembler ses assesseurs ; il leur rendit compte de ce qui s’était passé jusque-là, et leur proposa d’appeler le vicaire de l’Inquisition de la foi, comme chose convenable et utile (ut convenientius et salubrius deduci valeret) et pour la révérence due au saint siège, qui avait, dit-il, nommé spécialement en France un inquisiteur de la foi. (Ainsi donc le procès-verbal de l’assemblée du 9 janvier contient une fausseté, quand il porte que le vice-inquisiteur y avait assisté en qualité de juge.) Les assesseurs donnèrent leur consentement à la démarche proposée par l’évêque de Beauvais. En conséquence, celui-ci fit sommer le vicaire inquisitorial de se rendre à l’assemblée qui devait avoir lieu dans l’après-midi du même jour2957.
Le vice-inquisiteur s’y rendit et présenta ses lettres de vicariat pour le diocèse de Rouen. Il fit valoir un motif très-plausible pour éviter de prendre part à la procédure. Vice-inquisiteur pour le diocèse de Rouen, il ne croyait pas que 217ses pouvoirs s’étendissent à un procès du diocèse de Beauvais, qui ne s’instruisait à Rouen qu’en vertu de lettres territoriales accordées à l’évêque de Beauvais. Celui-ci remit au lendemain la décision de cette difficulté, afin d’avoir le temps de prendre conseil2958.
La commission donnée au vice-inquisiteur pour le diocèse de Rouen, et qu’il présenta ce jour-là à l’assemblée, est insérée en entier parmi les pièces du procès. Il ne sera pas sans intérêt d’en trouver ici un extrait fidèle, propre à faire connaître l’esprit de l’Inquisition, de cette institution redoutable que la France avait reçue dans son sein, à l’exemple des autres royaumes chrétiens.
Cette commission, en date du 20 août 1424, est donnée à frère Jean le Maistre, par frère Jacques Graverand, de l’ordre des frères-prêcheurs, et professeur en théologie, inquisiteur dans le royaume de France, en vertu de l’autorité apostolique.
Comme le mal de l’hérésie, (dit-il dans ces lettres), s’insinue comme un cancer, et tue les simples en cachette, à moins que le couteau du diligent examen de l’Inquisition ne le retranche (quoniaim morbus hæresis velut cancer serpit, et latenter simplices interficit, nisi cum diligenti examine Inquisitionis 218 sarculo præscindatur) ;
il institue Jean le Maistre son ficaire dans le diocèse de Rouen, et voici les pouvoirs effrayants qu’il lui confie. Il lui donne
contre tous hérétiques ou gens suspects d’hérésie, contre ceux qui ont croyance en eux, leurs fauteurs, leurs défenseurs, et ceux qui les reçoivent, la faculté et pleine puissance d’informer, de citer, d’appeler en jugement, d’excommunier, d’arrêter, de garder en prison, de corriger et d’employer contre eux tous moyens opportuns pour procéder jusqu’à sentence définitive inclusivement ; de les absoudre, de leur enjoindre des pénitences salutaires, et généralement de faire et exercer tout ce qui appartient à l’office d’inquisiteur, tant suivant le droit que suivant la coutume et le privilège spécial, de même que lui, inquisiteur du royaume, ferait ou pourrait faire s’il était présent2959
(20 février) Le lendemain, l’évêque de Beauvais annonça à ses assesseurs que ceux qu’il avait consultés pensaient que le vice-inquisiteur pouvait prendre connaissance de l’affaire, et se joindre à lui pour agir. Mais celui-ci prétendit que pour la sûreté de sa conscience, et pour la plus grande validité du procès, il ne devait pas procéder jusqu’à ce qu’il en eût reçu l’autorisation. Cependant il consentit 219que l’évêque procédât toujours sans lui ; et celui-ci se prévalut de ce consentement, qui ne pouvait pas être valable si le vicaire n’était pas suffisamment autorisé, et si la présence de l’Inquisition était nécessaire. Après avoir pris l’avis des assistants, il décida que Jeanne serait citée à comparaître devant lui le lendemain 21, offrant toujours de communiquer au vice-inquisiteur tout ce qui avait été fait jusque-là et serait fait dans la suite2960.
L’évêque avait déclaré dans la même séance du 20 février, que ceux qui l’avaient déterminé à croire que le vicaire de l’inquisiteur pouvait agir dès à présent avec lui, lui avaient fait observer en même temps que ce ne pouvait être qu’autant que lui, prélat, écrirait lui-même à l’inquisiteur de France, et le prierait de venir à Rouen travailler au procès, ou de commettre quelqu’un à sa place, il exécuta ce plan. Sa lettre à l’inquisiteur de France porte que ce procès concerne
d’une manière spéciale son office d’inquisiteur, et qu’il est de son devoir, dans des soupçons de cette nature, de procurer la lumière de la vérité.
Il le prie en conséquence, et même le somme de se rendre à Rouen, pour instruire le procès conjointement avec lui, ou de donner commission à quelqu’un d’agir en son nom dans cette affaire2961.
220Les choses restèrent d’abord en cet état ; le vicaire de l’inquisiteur, en attendant la décision de son supérieur, assista à presque toutes les séances de l’affaire, non en qualité d’inquisiteur, mais au même titre que les assesseurs invités par l’évêque de Beauvais.
Avant de passer plus loin, et d’entrer dans le récit du procès proprement dit, il ne sera pas inutile de présenter ici le tableau des dispositions des juges appelés à consommer l’œuvre d’iniquité pour laquelle on avait déjà sacrifié tant d’or et de veilles. Nous avons vu ailleurs quelles étaient les dispositions de l’évêque de Beauvais, du vice-inquisiteur Jean le Maistre, et du promoteur d’Estivet ; quelques détails de plus m’entraîneront inévitablement dans des redites ; mais cette considération ne doit point m’arrêter dans un examen de cette importance.
Venerable et religieuse personne, frere Martin Ladvenu, de l’ordre des freres prescheurs, au couvent de Sainct Jacques de Rouen, spécial confesseur et conducteur de ladite Jehanne en ses derniers jours, fut juré et interrogué […] sur certains articles, et premièrement touchant l’affection desordonnée de ceulx qui ont traictié et mené le procez et la cause. Dépose que plusieurs se sont comparus au jugement, plus par amour des Angloys et de la faveur qu’ilz avoient envers eulx, que pour le bon zèle de justice 221et de foi catholique. Principallement celluy qui parle, dit du couraige (intention) et de l’affection excessive de messire Pierre Cauchon, alors evesque de Beauvais, etc.2962.
Un autre témoin dit
que à son advis, tant de la partie de ceulx qui avoient la charge de mener le procez, c’est assavoir M. de Beauvais et les maistres qui furent envoyez querir à Paris pour celle cause, que aussi des Angloys, à l’instance desquelz les procez se faisoient, on proceda plus par hayne et contempt (mépris) de la querelle du roy de France, que s’elle n’eust point porté son party2963.
Si les juges procédèrent par haine ou autrement, (dit ailleurs le même témoin), il s’en réfère à leur conscience2964 ; il sait toutefois, et croit fermement que si elle eut été des parties d’Angleterre, ils ne l’eussent pas ainsi traitée, ni n’eussent fait contre elle un tel procès2965.
Il déclare en outre :
qu’il ne croit pas que 222l’évêque de Beauvais, non plus que le promoteur, eussent été forcés à faire le procès contre ladite Jeanne, mais qu’au contraire ils s’en chargèrent volontairement2966.
Tout ce que faisait l’évêque de Beauvais, (dit un troisième témoin), il le faisait à l’instigation du roi d’Angleterre et de son conseil, étant alors à Rouen. Et croit (le déposant) que ledit évêque ne le faisait point par zèle de justice, mais à la volonté desdits Anglais2967, qui étaient alors en grand nombre dans la ville de Rouen, où était alors le roi des Anglais. […] Car ledit évêque était très-affectionné au parti des Anglais2968, si bien que beaucoup d’entre les conseillers (assesseurs) le craignaient beaucoup et n’étaient pas en leur libre arbitre2969.
Parmi les juges attachés aux Anglais, on distinguait encore Jean Beaupère, Nicolas Midy, Jacques de Touraine2970 et l’abbé de Fécamp2971. Jean Tiphaine, qui, appelé à prendre part au procès, s’y était d’abord refusé, y alla à la 223seconde sommation, parce qu’il avait peur des Anglais, et craignait d’encourir leur indignation2972. Guillaume de La Chambre, maître ès-arts et en médecine, s’excusa en vain plusieurs fois de figurer au nombre des assesseurs ; en vain il représenta que plus particulièrement adonné à la médecine qu’à la théologie, ce n’était point sa profession que d’opiner en pareille matière. On lui répondit que s’il refusait de venir signer les délibérations, ce serait pour lui un malheur d’être venu à Rouen, et il lui fallut obéir2973.
Des autres assesseurs, ceux-ci agissaient par zèle pour les ennemis de la France, ceux-là par la peur d’encourir leur haine2974. Selon le bruit public, le nombre de ces derniers était même le plus considérable2975. Au reste, aucun n’aurait osé contredire à la volonté des Anglais2976.
Quelques-uns n’étaient pas parfaitement libres, (à ce que croit l’un des assesseurs) : mais il pense que les autres agissaient volontaire ment2977.
L’évêque de Démétriade va 224plus loin :
Il sait bien que tous ceux qui prirent part à ce procès n’étaient pas en pleine liberté ; car nul n’osait dire quelque chose qu’il ne fût noté2978.
Que si nous passons à la conduite des juges pendant l’instruction du procès, nous la trouverons conforme à ces dispositions. Frère Jean le Maistre, vice-inquisiteur, éprouvait surtout une grande terreur. Nicolas de Houppeville dépose que plusieurs fois, pendant le cours du procès, il le vit dans une extrême perplexité2979. Il alla même jusqu’à dire un jour à Jean Massieu :
Je vois que la mort menace si l’on ne procède en cette matière à la volonté des Anglais2980.
Tous les docteurs appelés ne montrèrent pas la même faiblesse. Nous verrons plus tard qu’aucune considération ne put empêcher maître Jean Lohier de faire entendre à l’évêque de Beauvais le langage de la vérité. Dans l’une des premières assemblées, maître Nicolas de Houppeville eut le courage de déclarer qu’il était d’opinion
que ni l’évêque de Beauvais, ni les autres qui voulaient prendre la charge du jugement, ne pouvaient être juges, et ne lui semblait pas que ce fût une bonne manière de procéder, qu’eux, 225qui étaient du parti contraire à l’accusée, en fussent juges, attendu, surtout, qu’elle avait déjà été examinée par le clergé de Poitiers et par l’archevêque de Reims, métropolitain dudit évêque de Beauvais. Pour laquelle déclaration ledit déposant (c’est Nicolas de Houppeville lui-même qui parle) encourut grande indignation dudit évêque, tellement qu’il fit citer ledit déposant devant lui. Devant lequel comparut ledit déposant pour lui déclarer qu’il ne lui était point soumis, et ne le reconnaissait point pour son juge, attendu qu’il n’était sujet qu’à la juridiction de l’official de Rouen ; et ainsi partit. Finalement, cependant, comme pour cette cause il voulait comparaître devant l’official de Rouen, il fut pris et conduit au château, et de là aux prisons du roi. Et comme il demandait pour quelle cause il était arrêté, il lui fut dit que c’était à la requête de l’évêque de Beauvais. Et croit ledit déposant que c’était à l’occasion des paroles avancées par lui dans son opinion ; car, comme il dit, maître Jean de La Fontaine, ami du déposant, lui envoya un billet (cedulam) portant qu’il était arrêté à l’occasion desdites paroles, et que ledit évêque était très-irrité contre lui. Et toutefois, à la prière de monseigneur l’abbé de Fécamp, ledit déposant fut relâché desdites prisons. Et il entendit dire alors que par le 226conseil de quelques-uns que ledit évêque avait rassemblés, ledit déposant devait être envoyé en exil en Angleterre ou ailleurs, hors de la cité de Rouen ; ce qu’empêchèrent toutefois ledit seigneur abbé de Fécamp et quelques amis dudit déposant2981.
Les persécutions éprouvées à cette occasion par ce courageux ecclésiastique sont attestées par quatre témoins2982 ; trois autres savaient qu’il s’était éloigné de Rouen pour n’être pas forcé de prendre part à un procès2983 dont il désapprouvait le mode2984. Frère Martin Ladvenu confirme qu’il fut conduit, pour cette raison, dans les prisons royales ; Guillaume Manchon rapporte que ce refus le mit en grand péril ; Pierre d’Aron dit qu’il fut fortement noté par les Anglais, et Guillaume de La Chambre assure qu’on le menaça de le faire noyer.
Non-seulement on forçait tous les docteurs qui se trouvaient à Rouen ou aux environs, de venir prendre part à cette inique procédure ; comme si l’on eût craint de manquer de forces suffisantes 227pour accabler une jeune fille pleine de simplicité et de candeur, réduite à lutter seule avec son innocence contre les efforts d’une multitude d’adversaires, on allait lui chercher des juges ennemis jusque dans la capitale anglaise de la France. Thomas de Courcelles, Nicolas Midy, Jean de Rouel2985, Jean Beaupère, Pierre Maurice2986, et plusieurs autres docteurs, furent appelés à cet effet de Paris à Rouen par l’évêque de Beauvais. Un nommé maître Jean de Reynel et quelques autres étaient chargés de les conduire, et de payerions les frais du voyage2987.
Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que, dans le temps même où l’on prodiguait ainsi les finances du roi anglais pour rassembler à grands frais un tribunal ecclésiastique dans l’unique but de livrer à la mort l’héroïsme et l’innocence, on refusait à la première cour du royaume, et le paiement des honoraires de ses membres, et les fonds réclamés pour ses dépenses de première nécessité : contraste odieux qui fait voir jusqu’où peuvent se dégrader les princes pour qui la vengeance est plus chère que la justice, et qui suffirait pour déshonorer 228la mémoire de ce duc de Bedford, chef du gouvernement anglais de la France, dont les historiens britanniques vantent les talents et même les vertus. Comme une imputation aussi grave ne doit point être avancée sans preuve, j’entrerai à ce sujet dans quelques détails, qui ne sauraient paraître fastidieux aux amis de la vérité.
Dès les premiers jours du mois d’octobre de cette année, les présidents et conseillers du parlement s’étaient assemblés pour délibérer de nouveau sur les mesures qu’il était convenable de prendre pour obtenir le paiement de honoraires, qui leur étaient dus depuis environ deux ans. Il fut conclu qu’on enverrait à Rouen maître Jacques Branlart, président aux enquêtes, et Henri le Coq, conseiller du roi, porter au monarque anglais les réclamations du parlement au sujet de cette injustice. Ils partirent le 9 octobre2988. L’arrivée de l’évêque de Thérouanne, chancelier d’institution anglaise, qui revint le même jour de Rouen à Paris2989, et les promesses qu’il fit probablement au parlement, calmèrent les esprits, et déterminèrent les membres de cette cour à prendre encore patience. Ces promesses furent illusoires, comme toutes celles que le chancelier avait faites précédemment à la cour, et les besoins s’accrurent d’une manière 229déplorable. Je transcrirai ici une délibération du parlement en date du 20 janvier 1430, monument précieux et peut-être unique dans son genre, en ce qu’il constate d’une manière incontestable un état de pénurie tellement extraordinaire, qu’on ne pense pas qu’aucun tribunal se soit jamais trouvé dans un pareil dénuement.
Ce jour, (Samedi XXe jour de janvier) la court a mandé et fait venir à la chambre du parlement maistre Jehan de Fleury, notaire du roy, commis à la recepte des amendes dudit parlement, pour ce que ceans n’avoit point de parchemin, et que le tresor de la Sainte Chapelle, et autres, qui avoient acoustumé de le delivrer, n’en vouloient ou n’en povoient point bailler, par faulte d’argent. Et a la court dit et enjoint audit de Fleury, que de l’argent de ladite recepte il face paier et delivrer du parchemin, au moins pour enregistrer les plaidz et faire les appoinctemens, arrestz, et scriptures, qu’il convient chascun jour faire oùdit parlement, pour delivrer aux parties, et que la court lui en fera avoir descharge de ce qu’il paiera pour ceste cause, et lui fera rabatre de ladite recepte. Et attendu que depuis trois ou quatre ans passez, à très grant difficulté on a peu ceans avoir delivrance de parchemin, seulement pour escripre les plaidoieries et les arrestz et appoinctemens dudit parlement, 230qu’il convenoit delivrer chascun jour aux parties, et par plusieurs fois a convenu par nécessité, pour continuer et faire ce que dit est, que les greffiers de ceans à leurs despens aient acheté et paié le parchemin : autrement eust convenu faire lesdites escriptures et registres en papier, ou les delaissier : en quoy lesditz greffiers ont fait nouvelleté et entreprise contre l’usage, stile, et commune observance de la court : mais ladite nécessité les doit excuser ; et n’ont volenté ne intencion de perseverer en ladicte nouvelleté ou entreprise, et s’attenderont desormais à ceulz qu’il appartient de faire delivrance de parchemin ou de papier pour faire lesdictes escriptures et registres ainsi qu’il plaira au roy2990.
La misère profonde dont cette délibération présente l’indice, s’étendait sur toute la capitale, où la cherté des vivres, causée par le voisinage et les ravages des troupes françaises, mettait le comble aux maux du peuple. À la vérité, il paraît que le duc de Bedford se détermina à faire un effort en faveur de Paris, et réussit à faire entrer un convoi dans ses murs.
Mardi XXXe jour de janvier, retournerent de Rouen et entrerent à Paris à IIII heures après midy le duc de Bedfort et la duchesse de Bourgongne (il faut 231lire de Bedfort) seur du duc de Bourgongne, acompaignez de gens d’armes, qui avoient, avec autres gens d’armes et de trait, aidié à conduire seurement grant nombre de bateaulz chargiez de vivres et provisions pour les habitans de la ville de Paris et autres villes obeissans au roy ; lesquelz basteaulz estoient ce jour, comme on disoit, en la rivière de Seyne, devant Saint Denis et Paris2991.
Encore le silence du bourgeois de Paris à ce sujet, dans sa chronique écrite jour par jour, peut-il faire soupçonner que ce bruit ne se réalisa pas. Au reste, l’arrivée du duc de Bedford ne changea rien à la situation du parlement. Ce prince ne disposa d’aucune somme en faveur de cette cour, qui, réduite au désespoir, prit enfin la résolution suivante :
Lundi, XIIe jour de février, furent assemblez en la chambre de parlement messires, etc. et les autres conseilliers des trois chambres dudit parlement, pour délibérer ensemble s’ilz prorogueroient oultre le temps de cesser esdites chambres selon la conclusion par eulx autreffois prise. […] Et finablement, pour ce que ilz avoient desja prorogué le temps dessusdit par deux fois pour éviter inconvenient et esclandes, et en espérance de obtenir provision 232convenable sur le paiement de leurs gaiges, pendant lequel temps ilz n’avoient aperceu aucun signe ne aucune apparence de obtenir ladicte provision, a esté conclu […] concorditer et unanimiter, que le temps dessusdit sera prorogué […] jusques à Pasques prochainement venantes […] ; et a esté par eulz expressement declairé de cesser lors en telle manière […], esdites trois chambres […], que nul n’y vendra pour le fait de l’exercice de son office, etc.2992.
Enfin, la pénurie devint si grande, que le greffier rédacteur des registres du parlement fut obligé d’interrompre son travail, ainsi qu’il le marque lui-même, parce que le parchemin nécessaire pour la continuation de ces précieuses annales vint à lui manquer tout-à-fait.
Revenons à la composition du tribunal ecclésiastique destiné non à juger, mais à condamner la Pucelle. En voici le tableau tiré des grosses du procès, avec quelques annotations extraites des dépositions particulières et du Gallia Christiana.
Seuls juges ayant voix délibérative.
- Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, licencié en droit, nommé en 1420 évêque de Beauvais par la faction bourguignonne, l’un des conseillers du roi anglais en France.
- Jean le Maistre (Magistri), frère-prêcheur, bachelier en 233théologie, vicaire de Jacques Graverand, frère-prêcheur, prenant la qualité d’inquisiteur général de la foi en France.
Conseiller-commissaire-examinateur.
- Jean de La Fontaine (de Fonte), licencié en droit canonique.
Promoteur.
- Jean ou Joseph, ou Guillaume d’Estivet (de Estiveto), chanoine de Beauvais et de Bayeux, promoteur du diocèse de Beauvais. On l’avait surnommé Benedicité2993 ; c’était probablement une espèce de sobriquet.
Notaires-greffiers.
- Guillaume Manchon, prêtre, notaire public et de la cour de l’archevêché de Rouen. Lors du procès de révision, c’est-à-dire en 1455, il était curé de Saint-Nicolas-le-Paincteur de Rouen.
- Guillaume Colles ou Coles, prêtre, dit Bosguillaume ou Boys-Guillaume, notaire public et de la cour de l’archevêché de Rouen.
- Nicolas Tasquel, notaire public et de la cour de l’archevêché de Rouen. Il ne fut nommé que le 14 mars, et pour l’Inquisition, par le vice-inquisiteur Jean le Maistre. Il était en 1455 curé de Basqueville-le-Martel, au diocèse de Rouen.
Appariteur ou huissier ecclésiastique.
- Jean Massieu, prêtre, et en 1455 l’un des curés de l’église paroissiale de Saint-Candide de Rouen. Ses fonctions dans le procès consistaient à donner les exploits, à faire les citations, à amener Jeanne au tribunal, à la reconduire en 234prison ; et a prévenir ceux des assesseurs qui étaient mandés aux séances.
Juges assesseurs ou conseillers,
c’est-à-dire ayant voix délibérative seulement.
- Gilles, abbé de Fécamp, docteur en théologie. Il fut consulteur du saint-office dans l’affaire de la Pucelle. Son nom de famille était de Duremont. Il avait été d’abord abbé de Beaupré, ensuite de Bolbec, et fut nommé abbé de Fécamp en 1422. Il était conseiller du roi anglais en France. Il mourut en 1444.
- Nicolas de Vendères, archidiacre de Rouen, licencié en droit canonique. Un certain nombre de voix du chapitre de Rouen l’avait élu, en 1423, à l’archevêché de Rouen, tandis que les autres élurent Jean de la Rochetaille. La partie du chapitre favorable au premier s’opposa à l’installation du second. En 1426 Jean de la Rochetaille étant devenu cardinal, on prétendit qu’en conséquence l’archevêché redevenait vacant, et qu’il devait être rempli par Vendères. La contestation se prolongea jusqu’en 1429. La Rochetaille fut alors pourvu d’un autre archevêché, et le siège de Rouen resta vacant jusqu’en 1431. Lors de l’élection, Nicolas de Vendères n’y eut aucune part. Il fut consulteur du saint-office dans l’affaire de la Pucelle.
- Nicolas Copequesne, bachelier en théologie. Il n’en est question dans aucune déposition, et son sort est absolument ignoré. Il fut également consulteur du saint-office.
- Nicolas L’Oyseleur ou L’Oiseleur, maître-ès-arts, bachelier en théologie, chanoine de Rouen et de Chartres, consulteur du saint-office. Il était familier de l’évêque de Beauvais.
- Nicolas Midy, docteur en théologie.
- Pierre Morice ou Maurice, docteur en théologie.
- 235Thomas de Courcelles, docteur en théologie. Il avait été d’abord professeur en théologie, ensuite chanoine d’Amiens, de Laon et de Boulogne ; il devint curé de Saint-André-des-Arcs en 1450, puis grand pénitencier de l’église de Paris, et enfin doyen de cette église en 1458. Il mourut le 23 octobre 1469, et laissa après lui une grande réputation de savoir et de probité. Sa conduite ne fut cependant pas tout-à-fait irréprochable dans le procès de la Pucelle, où il fut consulteur du saint-office. Il était alors très-jeune, et agit au moins avec légèreté.
- Pierre, prieur de Longueville, docteur en théologie, il se nommait Pierre Miger ; il était de l’ordre de Cluny ; il fut du nombre des consulteurs du saint-office.
- Jean de Castellion ou Castillon, docteur en théologie, archidiacre et chanoine de Rouen. Il fut du nombre des consulteurs du saint-office.
- Jacques Guesdon, docteur en théologie. Un des consulteurs du saint-office.
- Jean Fabry, docteur en théologie. Il était de l’ordre des frères Ermites, docteur et professeur en théologie. Il devint depuis évêque in partibus sous le titre d’évêque de Démétriade (Dimitriensis), ville maritime de la Thessalie, près de la rivière d’Amphrise, dans la Phthiotide, au fond du golfe de Pelasgie, aujourd’hui le golfe de l’Armiro.
- Guillaume Boucher, docteur en théologie. Il fut consulteur du saint-office.
- Richard Grouchet (M. de L’Averdy écrit Bronchot), bachelier en théologie. Il fut consulteur du saint-office.
- Jean Pigache, bachelier en théologie.
- Érard Ermangard ou Esmangard, docteur en théologie. Il fut consulteur du saint-office.
- Guillaume Érard ou Errard, docteur en théologie. Il fui consulteur du saint-office.
- 236L’abbé de Morte-mer ou Mortemar, (de Mortuo mari), docteur en théologie. Son nom était Guillaume Thouroude.
- Isambert ou Isambard de la Pierre, frère-prêcheur, bachelier en théologie. Il était prêtre en 1455.
- Jean Maugier, docteur en théologie. Il fut consulteur du saint-office.
- Jean le Doux, licencié en droit civil et canonique, et consulteur du saint-office.
- Jean Colombel ou Colombeau, licencié en droit canonique, et consulteur du saint-office.
- Geoffroy de Crotay, licencié en droit civil et canonique, et consulteur du saint-office.
- Jean Pichon, licencié en droit, archidiacre de Josas et chanoine de Paris, consulteur du saint-office.
- Aubert Morel, licencié en droit canonique, consulteur du saint-office.
- Pierre Houdent ou Houdenc, docteur en théologie, consulteur du saint-office.
- André Maugier, licencié en droit canonique, archidiacre de l’église de Rouen.
- Pasquier des Vallées, docteur en droit canonique, chanoine des églises de Paris et de Rouen.
- Guillaume du Lin (de Lineto), licencié en droit civil, consulteur du saint-office.
- Jean à l’Espée ou de l’Espée, licencié en droit canonique, chanoine de Rouen.
- Robert Gilbert, docteur en théologie, chapelain du roi anglais.
- Denys Gastinel, licencié en droit civil et canonique, consulteur du saint-office.
- Jean Beaupère, docteur en théologie, chanoine de Paris et de Besançon (Bisuntinensis.)
- 237Guillaume, abbé de Cormeilles (Cormeliis), consulteur du saint-office.
- Maurice du Quesnay, docteur en théologie, consulteur du saint-office.
- Pierre Carré, licencié en la faculté de décret, consulteur du saint-office.
- Richard des Saussaies (de Salicibus), licencié en faculté de décret, consulteur du saint-office.
- Burel de Corneilles (Burellus de Corneliis), licencié en faculté de décret, consulteur du saint-office.
- Jean de Quémin ou Quesnin (de Quemino ou Quesnino), licencié en faculté de décret et consulteur du saint-office.
- Laurent du Buse, licencié en faculté de décret, consulteur du saint-office.
- Raoul Auguy ou Augay, licencié en faculté de décret, consulteur du saint-office.
- Jean Tavernier, licencié en faculté de décret, consulteur du saint-office.
- Raoul Saulvaige (Silvestris), bachelier en théologie, consulteur du saint-office.
- Pierre Minier, bachelier en théologie, consulteur du saint-office.
- Raoul Roussel, docteur en faculté de décret, trésorier de l’église de Rouen. Il était né à Vernon, et fut un des consulteurs du saint-office dans cette affaire. Il fut maître des requêtes, et élu archevêque de Rouen en 1453.
- Bertrand du Chesne, docteur en faculté de décret.
- Jean Boucher, docteur en faculté de décret.
- Jacques de Touraine (de Turonia), docteur en théologie, consulteur du saint-office.
- Martin Ladvenu, frère prêcheur, bachelier en théologie.
- Guillaume Hayton, bachelier en théologie.
- Jean Guérin, docteur en théologie.
- 238Jean de Nibat, docteur en théologie.
- Guillaume du Désert, chanoine de Rouen.
- Guillaume de Baudribosc ou Baudribois, bachelier en théologie.
- Nicolas Caval, licencié en droit civil.
- Guillaume des Jardins (de Guardinis), docteur en faculté de médecine.
- Jean Tiphaine, docteur en faculté de médecine.
- Pierre Castel, maître-ès-arts et licencié en droit civil.
- Guillaume de La Chambre (de Camera), licencié en faculté de médecine.
- Guillaume, abbé de Compiègne, docteur en droit.
- L’abbé de Saint-Ouen. Il se nommait Guillaume le Mesle, et gouvernait l’abbaye, parce que Jean Richard, alors abbé de Saint-Ouen, avait été excommunié, et le Mesle élu à sa place ; mais Richard fut rétabli abbé de Saint-Ouen en 1434.
- Nicolas, abbé de Jumièges, docteur en faculté de décret. Son nom était Jean le Roux ; il était abbé de Jumièges des 1418. Il mourut dans le mois de juillet 1431, peu de temps après l’exécution de Jeanne d’Arc.
- Girard ou Gérard Feuillet, docteur en théologie.
- Jean Basset, licencié en faculté de décret.
- Jean Bonesque, docteur en théologie, aumônier de l’abbaye de Fécamp.
- Jean Charpentier ou Carpentier, docteur en théologie.
- Richard du Pré, docteur en théologie.
- Guillaume, abbé de Sainte-Catherine, docteur en théologie.
- Robert Barbier, licencié en faculté de décret, chanoine de l’église de Rouen.
- Jean Brunot ou Brullot, licencié en faculté de décret ; chanoine de l’église de Rouen.
- 239Gilles des Champs, licencié en faculté de décret.
- Jean Sucrin, docteur en faculté de décret.
- Guillaume l’Hermite, abbé, bachelier en faculté de décret.
- Robert Morelet ou Morel, chanoine de l’église de Rouen. Il ne faut pas le confondre avec Aubert Morel, dont il est fait mention plus haut.
- Denys de Sabenuras ou Sabnuras (M. de L’Averdy écrit Saberveras), docteur en théologie.
- Nicolas Medici, bachelier en théologie.
- Nicolas le Gaigneur (Lucrator), bachelier en théologie.
- L’abbé de Saint-Georges.
- Girard de Say ou de Fay.
- Nicolas Mauny ou Maulin.
- Nicolas de Séville ou Soville.
- Guillaume Brellister.
- L’abbé des Petits-Prés (de Pratellis), prieur de Saint-Leud (Sancti Laudi). Son nom était Jean Geroult.
- Guillaume Adelit, docteur en théologie.
- Guillaume le Grant.
- Jean Rosai, curé du Cler.
- Jean Roy, chanoine de Rouen (c’est peut-être le même).
- Eustache Canteleu.
- Renault le Jeune.
- Jean Mahonnet.
- Jean Tonnellier.
- Laurent le Doux.
- Jean Lohier. Il mourut à Rome auditeur de Rote.
- Nicolas de Houppeville.
- Clément ou Laurent de Busey.
- Guillaume le Maistre.
Corps consulteur du saint-office.
- L’Université de Paris.
- Le chapitre de l’église cathédrale de Rouen.
Prélats consulteurs du saint-office.
- Philibert, évêque de Lisieux. Il se nommait Zano de Castillon ; il était évêque de Lisieux depuis l’année 1423.
- Dominique, évêque de Coutances. Son nom était Philibert de Monjeu. Il mourut en 1429.
- Jean, évêque d’Avranches. Il était fort âgé.
Prélats qui furent présents à la prononciation des jugements rendus contre l’accusée,
mais qui n’avaient point assisté au procès.
- Le cardinal de Saint-Eusèbe, autrement de Winchester ou d’Angleterre. Il s’appelait Henri Beaufort. Il était frère bâtard de l’usurpateur Henri IV, et grand oncle de Henri VI. J’ai plusieurs fois parlé de ses débats avec le duc de Gloucester.
- L’évêque de Noyon. Il se nommait Jean de Mailly ; il avait obtenu l’évêché de Noyon en 1426, et avait prêté le serment de fidélité au roi anglais. Revenu plus tard à la soumission qu’il devait à son véritable souverain, il travailla beaucoup à rétablir la paix entre Charles VII et le duc de Bourgogne.
- L’évêque de Boulogne-sur-Mer. Il s’appelait Louis de Luxembourg. Un certain Guillaume, qui avait été camérier du pape, et nommé en même temps que Louis de Luxembourg, lui disputa ce siège en 1415, à la faveur de la protection du souverain pontife. Mais comme Guillaume était né étranger, il ne put se maintenir, et la victoire demeura à son rival. C’est donc Louis de Luxembourg dont il s’agit ici. Il fut, dans la suite, dépouillé par Charles VII, de la jouissance de son évêché, mais il devint archevêque de Rouen en 1436.
Notes
- [2786]
Procès de condamnation, parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi.
- [2787]
Monstrelet.
- [2788]
Déposition de Guillaume de La Chambre.
- [2789]
Deuxième interrogatoire du 15 mars 1430.
- [2790]
Idem.
- [2791]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2792]
Déposition de Raymond chevalier, seigneur de Macy, M. de L’Averdy dénature étrangement cette déposition ; on ne sait où il a pris que ce témoin voulut faire agréer son amour à la Pucelle.
- [2793]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2794]
Idem.
- [2795]
Thomas de Courcelles, chanoine de Paris, est le seul des témoins entendus au procès de révision, qui dise positivement que la Pucelle fut prise dans les limites du diocèse de Beauvais. Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume, notaire, greffier du procès de condamnation ; André Marguerie, l’un des assesseurs, et Mauger le Parmentier, appariteur ou huissier, déposent seulement l’avoir entendu dire. Lenglet Du Fresnoy (Histoire de Jeanne d’Arc) prétend qu’elle fut prise dans le diocèse de Soissons, limitrophe de celui de Beauvais, et que par conséquent elle n’était pas justiciable de Pierre Cauchon.
- [2796]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon, notaire du procès de condamnation ; déposition de J. Marcel, bourgeois de Paris.
- [2797]
M. de L’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.
- [2798]
Grosses du procès de la Pucelle, parmi les manuscrite de la Bibliothèque du Roi.
- [2799]
M. de L’Averdy, Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.
- [2800]
Idem.
- [2801]
Un historien anglais fort estimé en juge bien différemment.
There was no possible reason, (dit-il), why Joan should not be regarded as a prisoner of war, and be entitled to all the courtesy and good usage, which civilized nations practise towards enemies on these occasions.
(Il n’y avait aucune raison valable pour que Jeanne ne fût pas regardée comme prisonnière de guerre, et traitée avec tous les égards et toute la politesse dont les nations civilisées usent envers leurs ennemis en de semblables occasions.)
(Hume, History of England, vol. II, chap. XX, p. 83.)
- [2802]
Cette observation est de M. de L’Averdy.
- [2803]
Grosses du procès de la Pucelle, parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi.
- [2804]
Observation de M. de L’Averdy.
- [2805]
M. de L’Averdy.
- [2806]
Lettre de l’Université au duc de Bourgogne, rapportée plus haut.
- [2807]
M. de L’Averdy.
- [2808]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2809]
Histoire de France, t. XV, p. 44
- [2810]
Monstrelet.
- [2811]
Premier interrogatoire du 14 mars 1430.
- [2812]
Idem.
- [2813]
Se precipitavit de turri quadam allissima, porte le huitième des douze articles d’accusation avancés contre la Pucelle. (Voyez les manuscrits du procès de condamnation.)
- [2814]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2815]
Interrogatoire du 15 mars 1430.
- [2816]
Interrogatoires des 3 et 14 mars 1430.
- [2817]
Interrogatoire du 15 mars 1430.
- [2818]
Interrogatoire du 15 mars 1430.
- [2819]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2820]
Premier interrogatoire du 14 mars 1430.
- [2821]
Deuxième interrogatoire du 14 mars 1430.
- [2822]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2823]
Idem.
- [2824]
Déposition de Raymond, seigneur de Macy. Lenglet Du Fresnoy, bouleversant, selon sa coutume, l’ordre des événements, fait conduire directement la Pucelle de Beaulieu au Crotoy, et du Crotoy la ramène à Beaurevoir. M. de L’Averdy est tombé dans la même erreur. Je n’en fais la remarque que pour avoir l’occasion de prévenir mes lecteurs que je ne suis un autre itinéraire que d’après l’examen le plus attentif des dépositions.
- [2825]
Lenglet Du Fresnoy, Histoire de la Pucelle.
Il n’existe plus de vestiges de l’ancien château du Crotoy, ni de la tour où la Pucelle fut prisonnière ; les sables ont couvert ce qui pouvait rester des fondations, et cela depuis un temps très-reculé.
(Lettre de M. le sous-préfet d’Abbeville à l’auteur, du 6 mai 1817.) - [2826]
Idem.
- [2827]
Deuxième interrogatoire du 12 mais 1430.
- [2828]
Déposition de Raymond, seigneur de Macy.
- [2829]
Interrogatoire du 1er mars 1430.
- [2830]
Main et Jean Chartier ; Monstrelet.
- [2831]
Jean et Alain Chartier.
- [2832]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [2833]
Idem.
- [2834]
Idem.
- [2835]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [2836]
Villaret, Histoire de France, t. XV.
- [2837]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII ; Villaret, Histoire de France, t. XV ; Monstrelet.
- [2838]
Monstrelet.
- [2839]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [2840]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [2841]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [2842]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [2843]
Idem.
- [2844]
Villaret, Histoire de France, t. XV.
- [2845]
Idem.
- [2846]
Idem.
- [2847]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [2848]
Idem.
- [2849]
Villaret, Histoire de France.
- [2850]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [2851]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [2852]
Villaret, Histoire de France, t. XV.
- [2853]
Procès de la Pucelle, parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi. — J’ai employé pour ces deux lettres l’extrait succinct qu’en donne M. de L’Averdy. J’avertis, une fois pour toutes, que, m’étant convaincu par l’examen des manuscrits du procès, que la notice qu’en donne M. de L’Averdy est, en général, aussi exacte que lumineuse, je l’ai choisi pour guide dans le labyrinthe ténébreux que présente ce procès ; j’emploierai donc souvent ses observations et quelquefois même ses expressions. Toutes les fois que je m’écarterai de sa manière de voir, j’en ferai la remarque, et donnerai les motifs de mon opinion. J’aurai soin de joindre aux documents tirés des grosses du procès de condamnation les éclaircissements relatifs à ce même procès, que renferment les dépositions des témoins entendus lors du procès de révision.
- [2854]
Villaret, Histoire de France, t. XV.
- [2855]
Actes de Rymer, t. X, p. 472, édition de 1727. C’est le roi d’Angleterre, quoique absent, qui est censé parler dans ces lettres.
- [2856]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [2857]
Alain Chartier, Chroniques de Charles VII.
- [2858]
Idem.
- [2859]
Première déposition de Jean Massieu.
- [2860]
Troisième déposition de Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen.
- [2861]
Déposition de J. Monnet.
- [2862]
Première déposition d’André Marguerie, archidiacre du Petit-Calais de Rouen. Pierre Miger se sert de la même expression : Illius mortem, dit-il, omnibus modis sitiebant.
- [2863]
Troisième déposition de Pierre Miger.
- [2864]
Déposition de Thomas Marie, prieur de Saint-Michel à Rouen.
- [2865]
Troisième déposition de Pierre Miger.
- [2866]
Déposition de Nicolas Tasquel, curé de Basqueville.
- [2867]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2868]
Deuxième déposition de Jean Riquier, curé de Heudicourt.
- [2869]
Troisième déposition d’Isembert de la Pierre, religieux de l’ordre des frères-prêcheurs.
- [2870]
Déposition de Jean Toutmouillé, religieux de l’ordre des frères prêcheurs.
La mémoire des déposants les avait un peu trompés, et leur récit n’est pas parfaitement exact. Quoiqu’il ne paraisse pas que les Anglais eussent tenté d’attaque sérieuse contre la garnison de Louviers avant la mort de la Pucelle, on verra, plus tard, la preuve que leur camp était établi devant cette ville dès les derniers jours du mois de mai 1431.
- [2871]
Quatrièmes dépositions de Guillaume Manchon et de frère Martin Ladvenu ; deuxième déposition d’André Marguérie ; déposition de Jean Riquier ; grosses du procès de condamnation.
- [2872]
Lettre de l’Université à l’évêque de Beauvais, du 21 novembre 1430. (Voyez ci-devant, p. 371.)
- [2873]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2874]
Déposition de Mauger le Parmentier, l’un des appariteurs.
- [2875]
Toutes les dépositions.
- [2876]
Grosses du procès de condamnation.
- [2877]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2878]
Troisième déposition de Pierre Cusquel ; déposition de Raymond, seigneur de Macy.
- [2879]
Dépositions de Boys-Guillaume, de frère Martin Ladvenu, de Pierre d’Aron, de Jean Riquier, de Jean Tiphaine et de Thomas de Courcelles.
- [2880]
Première déposition de Jean Massieu.
- [2881]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2882]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2883]
Déposition de Thomas Marie, prieur de Saint-Michel de Rouen.
- [2884]
Troisième déposition de Pierre Cusquel.
- [2885]
Troisième déposition de Pierre Miger.
- [2886]
Première déposition de Guillaume Manchon.
- [2887]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon ; troisième déposition de Jean Massieu.
- [2888]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2889]
Idem.
- [2890]
Dépositions de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume, l’un des notaires-greffiers du procès, et de Guillaume Manchon, dans l’information du cardinal d’Estouteville.
- [2891]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2892]
Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.
- [2893]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2894]
Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.
- [2895]
Déposition de J. Moreau, du pays de Jeanne, demeurant à Rouen.
- [2896]
Déposition de Laurent Guesdon, avocat en la cour de Rouen.
- [2897]
Idem.
- [2898]
Troisième déposition de Pierre Cusquel.
- [2899]
Déposition de P. d’Aron, lieutenant du bailli de Rouen.
- [2900]
Troisième déposition de Pierre Miger, prieur de Longueville, un des juges assesseurs.
- [2901]
Troisièmes dépositions de frère Martin Ladvenu et de Guillaume Manchon ; dépositions de Boys-Guillaume, de Jean Fabry, évêque de Démétriade ; de Mauger le Parmentier, de Jean Riquier, de J. de Mailly, évêque du Noyon ; de J. Monnet, etc.
- [2902]
Mêmes dépositions, moins celle de Jean Fabry.
- [2903]
M. de L’Averdy. — Ces évaluations sont conformes aux observations de M. de Retours, premier commis des finances au département des Monnaies, du 3 mai 1787.
- [2904]
Grosses signées et paraphées du procès de condamnation, parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi.
- [2905]
Grosses signées et paraphées du procès de condamnation, parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi.
- [2906]
Idem.
- [2907]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2908]
Idem.
- [2909]
Troisième déposition de Jean Massieu, appariteur.
- [2910]
Troisième déposition de Jean Massieu ; quatrième déposition de frère Martin Ladvenu ; déposition de maître Nicolas de Houppeville.
- [2911]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2912]
Déposition de Thomas de Courcelles.
- [2913]
Grosses du procès de condamnation.
- [2914]
Idem.
- [2915]
Idem.
- [2916]
Villaret, Histoire de France, t. XV, p. 47.
- [2917]
Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.
- [2918]
Idem.
- [2919]
Grosses du procès de condamnation.
- [2920]
Première déposition de Guillaume Manchon.
- [2921]
Grosses du procès de condamnation ; dépositions de Guillaume Manchon, de Pierre d’Aron et de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.
- [2922]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2923]
Grosses du procès de condamnation ; première et troisième déposition de Jean Massieu.
- [2924]
Première déposition de frère Martin Ladvenu.
- [2925]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2926]
Deuxième déposition de Jean Fabry, troisième déposition de Jean Massieu ; déposition de Thomas de Courcelles.
- [2927]
Deuxièmes dépositions de Jean Fabry et d’André Marguerie.
- [2928]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2929]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2930]
Idem.
- [2931]
Deuxième déposition de Jean Fabry ; quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2932]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2933]
Grosses du procès de condamnation.
- [2934]
Première déposition de Guillaume Manchon. — Cette maison existe peut-être encore, et il serait possible de s’en assurer (si l’on en avait la curiosité) en consultant les titres de propriété des maisons voisines de Saint-Nicolas-le-Paincteur, supposé qu’on pût remonter jusqu’à ceux du quinzième siècle. Guillaume Manchon dit qu’à l’époque de sa déposition cette maison était habitée par Jean Bidault. Si ce Jean Bidault en était propriétaire, ce serait une indication suffisante pour la reconnaître.
- [2935]
Grosses du procès de condamnation.
- [2936]
Déposition de Michel le Buin, laboureur.
- [2937]
Déposition de J. Jacquard, laboureur.
- [2938]
Troisième déposition de Pierre Miger.
- [2939]
Déposition de Thomas de Courcelles.
- [2940]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2941]
Déposition de Boys-Guillaume.
- [2942]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2943]
Déposition de Nicolas, dit Bailly.
- [2944]
Déposition de J. Moreau.
- [2945]
Première et quatrième déposition de Guill. Manchon.
- [2946]
Idem.
- [2947]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2948]
Idem.
- [2949]
Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.
- [2950]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2951]
Idem.
- [2952]
Déposition de Thomas de Courcelles.
- [2953]
Idem.
- [2954]
Déposition de Pierre Miger, prieur de Longueville.
- [2955]
Déposition de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.
- [2956]
Déposition de J. Monnet. Voyez aussi la troisième déposition de Pierre Cusquel, et celles de NicoIas de Houppeville et de Guillaume Colles, dit Boys-Guillaume.
- [2957]
Grosses du procès de condamnation.
- [2958]
Grosses du procès de condamnation.
- [2959]
Grosses du procès de condamnation.
- [2960]
Grosses du procès de condamnation.
- [2961]
Idem.
- [2962]
Première déposition de frère Martin Ladvenu.
- [2963]
Première déposition de Guillaume Manchon.
- [2964]
C’est ce que disent aussi, dans leurs dépositions, Guillaume de La Chambre, maître ès arts et en médecine, J. Monnet, serviteur et clerc de J. Beaupère ; le notaire Boys-Guillaume, etc.
- [2965]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon. Laurent Guesdon, avocat en la cour laïque de Rouen, tiens absolument le même langage.
- [2966]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon. Maître Nicolas de Houppeville en dit autant.
- [2967]
C’est ce qu’affirme aussi Nicolas de Houppeville.
- [2968]
C’est ce que dépose également Mauger le Parmentier, appariteur.
- [2969]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2970]
Quatrième déposition de Guillaume Manchon.
- [2971]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2972]
Déposition de Jean Tiphaine, maître ès-arts et en médecine, chanoine de la Sainte-Chapelle de Rouen.
- [2973]
Déposition de Guillaume de La Chambre.
- [2974]
Déposition de Nicolas de Houppeville ; quatrième déposition de frère Martin Ladvenu.
- [2975]
Déposition de Jean Riquier.
- [2976]
Troisième déposition de Pierre Cusquel.
- [2977]
Déposition de Pierre Miger.
- [2978]
Déposition de Jean Fabry.
- [2979]
Déposition de Nicolas de Houppeville.
- [2980]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2981]
Déposition de Nicolas de Houppeville.
- [2982]
Quatrièmes dépositions de Guillaume Manchon et de frère Guillaume Ladvenu ; dépositions de Pierre d’Aron et de Guillaume de La Chambre.
- [2983]
Troisième déposition de Jean Massieu ; dépositions de Boys-Guillaume et d’André Marguerie.
- [2984]
Troisième déposition de Jean Massieu.
- [2985]
Déposition de Thomas de Courcelles.
- [2986]
Déposition de J. Monnet, chanoine de Paris, qui avait été serviteur ou clerc de J. Beaupère, et qui l’accompagna dans ce voyage.
- [2987]
Déposition de Thomas de Courcelles.
- [2988]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2989]
Idem.
- [2990]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2991]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2992]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2993]
Déposition de Jean Massieu.