Tome 3 : Livre VII
1Livre VII Depuis le retour du Roi et de la Pucelle à Gien, jusqu’au départ de la Pucelle pour le siège de Saint-Pierre-le-Moûtier.
Le roi s’arrêta quelques jours dans Gien, espérant à tout moment y recevoir la nouvelle de la signature du traité qu’on négociait avec le duc de Bourgogne2444. Il devait beaucoup y compter, s’il est vrai, comme l’assurent les chroniques françaises, que ce prince
luy avoit mandé par le Seigneur de Charny (ou Charmy), qu’il luy feroit avoir Paris, et qu’il y viendroit en personne2445.
Ce qu’il y a de sûr, c’est que des trêves, qui devaient durer jusqu’au jour de Pâques suivant, avaient été conclues entre le roi et le duc2446. Comme celui-ci prétendait avoir 2besoin de se rendre à Paris
pour travailler au faict et advancement de ce traicté2447,
non-seulement le roi lui avait envoyé un sauf-conduit pour qu’il pût passer par les villes qui s’étaient rangées sous ses lois2448 ; plein de confiance dans les promesses de ce prince, il avait mandé aux gouverneurs de Compiègne2449 et de Pont-Sainte-Maxence2450 de lui livrer ces deux villes, dont la possession était de la plus grande importance pour l’armée royale, mais que le duc demandait, afin d’avoir, disait-il, un passage assuré vers la capitale, où les intérêts du roi l’appelaient. Le capitaine de Sainte-Maxence obéit aux ordres du roi, et remit la place à Regnault de Longueval, envoyé par le duc pour en prendre possession2451 ; mais Flavy, qui voyait avec dépit un arrangement qui le privait de sa nouvelle dignité, et qui avait appris, par une longue insubordination, à mépriser l’autorité royale, refusa nettement de livrer Compiègne au duc de Bourgogne2452. On a voulu faire honneur de cet acte d’indépendance à la prévoyance de Flavy, et à un dévouement qui serait allé jusqu’à le déterminer à s’exposer au courroux du roi en lui désobéissant 3pour le servir ; mais le caractère de ce capitaine nous est représenté, dans les chroniques du temps, de manière à infirmer singulièrement cette supposition2453. Le roi fut d’abord très-mécontent de l’espèce de rébellion du capitaine de Compiègne.
Toutesfois plusieurs dirent par après que celle désobéissance, que Flavy avoit faicte, avoit beaucoup prouffité au roy et au royaulme ; car par le moyen d’icelle ville les Angloys et Bourguignons furent très incommodez ; et cela fut cause de maintenir et conserver dans leur debvoir diverses aultres villes que le roy avait conquises2454.
Aussitôt que le duc de Bedford avait appris qu’au lieu de continuer à s’avancer dans le Beauvoisis le roi s’était rapproché de Paris, il était parti en toute hâte de Normandie pour venir au secours de la capitale. Informés de son approche, les capitaines de la garnison de Saint-Denis ne crurent pas pouvoir lui résister dans une ville faiblement fortifiée, et se retirèrent à Senlis auprès du comte de Vendôme2455.
(14 ou 15 septembre) Le régent anglais arriva à Paris par la route de Saint-Germain, et envoya un corps de troupes 4s’emparer de Saint-Denis.
Mais les Arminaz s’en estoient partis sans rien payer de leurs despens ; car ils promectaient à ceulx de S. Denis de les payer des biens de Paris, quant ils seroient entrez dedans ; mais ils faillirent à leur intencion ; pour quoy ilz trompèrent leurs hostes de S. Denis et d’ailleurs ; et, qui pis fut pour eulx, le regent et les prevots de Paris et des marchans et eschevins les arent en grant indignacion, pour ce que si tost se rendirent aux Arminaz sans coup ferir ; et en furent condamnez en tres grandes amendes2456.
La ville fut livrée à une sorte de pillage2457 ; la vengeance des Anglais ne respecta même pas le temple funèbre que la vénération due aux cendres royales et la majesté d’un Dieu redoutable semblaient environner d’une double garantie.
Ils ruinerent les monumens couverts d’argent des roys Philippe Auguste, Louys de Montpencier, et de sainct Louys : aussi prirent ils la chasse d’or où reposoient les os sacrez d’iceluy ; pareillement deux grandes images d’or de sainct Pierre et de sainct Paul, de la hauteur d’homme, donnez jadis par le roy Pépin ; deux chandeliers d’or pesants quarante marcs, avec un encensoir d’or qu’avoit donné le roy 5Louis le Gros, et autres richesses presque innombrables2458.
On juge bien que les armes de la Pucelle, suspendues devant la chasse de l’apôtre de la France, ne furent pas respectées. Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de France d’institution anglaise, ordonna qu’on les enlevât2459, et l’on ignore ce qu’elles devinrent. Il paraît toutefois que les religieux avaient eu l’adresse d’en soustraire l’épée de l’amazone ; car les Anglais lui firent faire depuis beaucoup de questions pour savoir ce que cette épée était devenue, supposant que ce devait être le glaive miraculeux de Fierbois2460 ; et d’un autre côté on montra longtemps dans le trésor de l’abbaye une épée qu’on assurait, par tradition, avoir appartenu au trophée des armes de la Pucelle. Le religieux Jacques Doublet, qui déclare avoir vu maintes fois cette épée, et qui en donne la description telle que je l’ai rapportée à la fin du livre précédent, n’entre dans aucun détail relativement à la manière dont elle fut conservée, et se contente de dire :
L’espée seule demeura2461.
J’ignore si elle a été détruite pendant 6la révolution, lors de la profanation des tombes royales et de la dispersion du trésor de la basilique. Au reste, cette épée n’avait pas été portée longtemps par la guerrière sainte, puisque
elle l’avait gaignée devant Paris2462 ;
mais considérée seulement comme une dépouille enlevée à l’ennemi par la libératrice de la France, cette arme devenait infiniment précieuse, et eût été conservée avec un respect religieux par un peuple plus reconnaissant envers ses héros, et plus jaloux de sa gloire nationale.
(17 septembre) Quatre traités parurent à cette époque, en faveur de l’héroïne française. Ces quatre ouvrages furent rédigés par des auteurs inconnus, dont le premier, au moins, n’était pas Français, suivant toutes les apparences, et demeurait loin du théâtre de la guerre. Ils sont curieux à parcourir, parce qu’ils font connaître quelles étaient les opinions qui régnaient alors dans les pays étrangers, touchant des événements si extraordinaires.
Le premier de ces traités est daté de l’année 29, le 17 septembre, indictione romana argentea VII. On ne peut douter que cette année 29 ne soit l’année 1429, puisque l’auteur déclare qu’il n’est pas encore informé si Charles VII a été enfin sacré et couronné à Reims.
7Cet ouvrage fut fait pour l’instruction de Pierre de Bumbach, custode de l’église de Saint-Germain de Spire, située hors les murs de cette ville, et vicaire général de l’évêque de Spire, suivant l’envoi que lui en fait l’auteur à la fin de l’ouvrage, où il lui dit, en lui adressant la parole :
Magister Petre de Bumbach, custos ecclesiæ Sancti-Germani extra muros spirenses, reverendissimi in Christo patris domini nostri Rabani spirensis ecclesiæ episcopi vicarii generalis.
Tout le monde était également convaincu, dans les deux partis, que Jeanne était une prophétesse, sibylla ; mais était-ce une prophétesse inspirée de Dieu ou du démon ? Voilà l’unique point sur lequel on était divisé ; car on convenait des deux côtés, que, si elle était inspirée par les mauvais esprits, elle méritait de périr sur un bûcher : les auteurs qui concluent pour elle en conviennent expressément.
Les Anglais, et tous ceux qui suivaient leur parti, attribuaient au démon tout ce qu’elle faisait : c’est ce que déclara à l’auteur un homme qui revenait d’Angleterre :
Qui et inter cœtera retulit se noviter venisse per mare de regno Angliæ, et proprio motu cœpit de Sibylla francica famare.
Il disait, de cette Sibylle française, que tout le monde détestait ses actions, et avec raison :
8Quodque apud plurimos ejus facta detestarentur et non immerito ;
parce qu’on était persuadé (en Angleterre) qu’elle n’était pas conduite par un bon esprit,
quia non bono spiritu ducta.
C’est ce système qu’attaque l’auteur. Il se propose de la justifier, en prouvant que c’est l’esprit de Dieu même qui la fait agir. Il tire d’abord ses principaux arguments de la sagesse, de la piété et des autres vertus de la Pucelle, sur lesquelles il s’étend d’une manière particulière et très-remarquable.
Il tire un autre argument, de ce que Jeanne d’Arc ne pratique, dit-il, aucune des superstitions que l’on suit dans l’art de la magie ; et, pour en donner la preuve, il s’engage dans le détail de toutes les sortes de magie, de divinations et de sortilèges alors en usage. Il rapporte même plusieurs faits de magie et de divination, auxquels il est très-permis de ne pas ajouter foi, quoiqu’il assure avoir été témoin des uns et informé des autres par des témoins oculaires. Il établit ensuite que ces voies illicites ne sont point celles que suit Jeanne d’Arc, d’où il conclut que ses actions portent le caractère de l’Esprit divin2463.
9Le second traité justifie également la Sibylle de France. Il paraît aussi rédigé par un étranger, car l’auteur annonce que
les oreilles viennent d’être frappées du bruit d’une Sibylle qui existe en France, et qui répand partout la bonne odeur de son don de prophétie, accompagné du respect qu’inspirent sa vie, ses mœurs et ses discours. (Exorto super rumore de quadam Sibylla in regno Franciæ quæ exorta est prophetaram fama rutilante, bono odore, omni opinione respersa, vita, moribus et conversatione respectabilis.)
L’auteur est convaincu que c’est réellement une prophétesse :
Sibyllam esse in regno Franciæ non dubito ;
et, pour en persuader les autres, il examine tout ce qu’on rapporte des anciennes sibylles, même de celle de Cumes, et des sibylles modernes dont la renommée est venue jusqu’à lui, et donne la supériorité à Jeanne d’Arc2464.
Le troisième traité est du même genre que le précédent. Personne, suivant son auteur, ne peut douter du don de prophétie accordé à sainte Brigitte. Or, il y a au moins autant de motifs pour 10croire qu’il à été également accordé à la Pucelle. L’auteur termine par établir que la France a succombé sous le poids de ses péchés, et que c’est pour la ramener à la crainte de ses jugements, que Dieu ne lui a procuré un secours extraordinaire que quand elle ne pouvait plus rien par elle-même :
Cum ad ima penitus corruit et declinavit2465.
L’auteur du quatrième traité rapporte qu’on dispute beaucoup sur cet événement, quoique la vie et les actions de Jeanne ne permettent pas de douter qu’elle ne soit réellement une prophétesse :
Quanquam vera sit Sibylla, sicut ejus vita et acta constantur.
À l’appui de cette assertion, il invoque la réputation de piété, d’humilité, de modestie et de charité, dont elle jouit ; puis il passe à un système d’argumentation dont l’emploi paraîtra sans doute bien extraordinaire à quiconque ne se rappellera pas les opinions qui régnaient au quinzième siècle ; c’est de l’astrologie judiciaire, de la combinaison des signes du zodiaque et d’autres constellations, qu’il tire ses raisonnements. Mais, se rappelant tout à coup qu’il est chrétien, il abandonne tous ses arguments, pour s’en tenir apparemment à ce qu’il a dit des succès et des vertus de la Pucelle2466.
Ces traités sont curieux à parcourir, tant parce 11qu’ils donnent une idée des effets qu’avait produits sur les esprits l’apparition du génie de Jeanne d’Arc sur les débris de la monarchie française, que parce qu’ils font connaître le goût et la manière de raisonner des écrivains de ce siècle. Ils peuvent même être utiles à consulter, à ce titre, par les philosophes et les savants qui s’occupent à suivre à travers les siècles les progrès et la décadence des connaissances humaines.
(Seconde quinzaine de septembre) Cependant le duc de Bedford ne perdait point de temps. Voulant profiter du retour de courage inspiré à ses troupes par la retraite de l’armée du roi, il envoya une forte division attaquer Lagny-sur-Marne.
Environ le mesme mois de septembre, audit an, vindrent les Angloys, et aussi les alliez de la langue françoyse nommez Bourguignons, et se mirent à grant puissance sur le champ, en intencion, comme on disoit, de venir mectre le siège devant Lagny, laquelle ville estoit mal fermée et mal munie, et depourveue des choses appartenans à la defense de la guerre.
Heureusement le fameux Ambroise de Loré, et le brave Foucault, qui avait commandé les archers à la journée de Montépilloy, étaient venus prendre le commandement de cette place, et ces chevaliers savaient que le courage des guerriers est le plus sûr rempart d’une ville menacée.
Considérans que cette 12ville estoit foible, et qu’ilz n’auroient aulcun secours, ilz saillirent aux champs, eulx et leurs gens, en belle ordonnance, contre les Angloys et Bourguignons, et leur tindrent si grans escarmouches, par troys jours et troys nuictz, que lesditz Angloys et Bourguignons n’approucherent oncques des barrieres plus près que du traict d’une arbalestre. Enfin, [après plusieurs combats sanglants et infructueux], quant ilz apperceurent si grant resistance, et qu’ilz veirent avecques lesditz chevaliers tant de gens de guerre et si vaillans, ilz se retirerent et s’en retournèrent à Paris sans faire aultre chose2467.
À peu près à la même époque, la ville de Laval tomba au pouvoir des Français d’une manière assez singulière. Talbot s’en était emparé par surprise et par escalade,
à faulte de guet et de bonne garde,
quelque temps avant que le siège d’Orléans fût commencé.
Pour lors estoit dedans messire André de Laval, seigneur de Loheac, lequel estoit dans le chasteau dudit lieu de Laval, et feit composition, pour luy et les aultres d’icelluy chasteau, à vingt mille escuz d’or, […] et demoura prisonnier jusques à ce qu’il eut payé ladicte somme ou baillé pledge.
C’était le même André de Laval dont 13la signature figure à côté de celle du sire de Laval son frère, dans la lettre de celui-ci, rapportée au Livre IV de cette histoire.
Or, audit mois de septembre fut faicte une entreprinse par les seigneurs du Hommet, messire Raoul du Bouchet2468 et Bertrand de la Ferriere, sçavoir comme ilz pourroient recouvrer ladicte ville de Laval. Et par le moyen d’ung meusnier, homme de bien (ingrate envers un dévouement obscur, l’histoire n’a pas daigné nous conserver son nom), qui avait desplaisir de ce que les Angloys estoient devenus seigneurs et maistres en icelle ville, ilz firent bien secrètement une embuscade de gens d’armes à pied en ung moulin, dont ledit meusnier avoit le gouvernement, estant sur la rivière de Mayne, qui passe au dessous et joignant ladite ville, et joignant aussi au bout du pont et du costé de ladicte ville, dont les barrières sont par sur icelluy pont. Et ung matin, à l’ouverture d’icelle porte, saillirent lesditz gens de guerre à pied (du moulin ou ils étaient en embuscade), ainsi que les portiers estoient allez ouvrir les barrières estans sur icelluy pont, et entrerent dans ladicte ville de Laval, crians Nostre Dame ! 14 sainct Denys ! en laquelle y avoit deux ou trois cens Angloys (Chartier dit cinq cents), et les Françoys n’estoient pas plus de deux cens, combien qu’il y en avoit plus de six cens qui les suivirent. Il y eut plusieurs Angloys de tuez et prins ; les aultres saillirent par dessus la muraille de cette ville là pour se saulver. Et par ce moyen ladicte ville fut remise en l’obeissance du roy2469.
On voit que l’impulsion donnée aux esprits sur tous les points de la France, par les promesses et les victoires de la Pucelle, n’était pas prête à s’arrêter ; et que le parti anglais, menacé de toutes parts à la fois par le réveil terrible d’une nation belliqueuse, longtemps plongée dans la léthargie de l’abattement et du désespoir, n’avait pas une minute à perdre, pas une mesure à négliger, pour comprimer ce mouvement universel.
Il paraît que le duc de Bedford, pour prévenir la défection du duc de Bourgogne, avait fait faire à ce prince les propositions qui pouvaient flatter le plus son ambition et sa vanité, et que celui-ci avait été ramené par cette séduction toute puissante dans les intérêts du roi anglais. Abusant le roi par des promesses mensongères, il n’usa de la trêve conclue entre ce prince et lui que pour venir à Paris renouveler l’alliance qui l’unissait 15aux ennemis de la patrie2470.
(20 septembre) Le vingtiesme jour de septembre de cest an, (dit le chroniqueur de Bourgogne, témoin oculaire), se partit le duc de Bourgongne de Hesdin avec sa seur, femme du duc de Bethfort, grandement accompagnez de leurs gens, et s’en allerent au giste à Dourlens, et le lendemain à Corbie, où ilz furent aulcuns peu de jours, en attendant les gens d’armes qui là venoient de toutes parts. Duquel lieu de Corbie ilz allèrent à Montdidier, et puis de là à Chastenay ; et tous les gens se logerent à l’environ, desquelz il y povoit avoir de troys à quatre mil combactans. Et eulx partans de Chastenay, s’en allerent passer la riviere d’Oise au pont Saincte Maxence ; et de là, par emprès Senlis, allerent au giste à Louvres en Paresis.
Si faisoit ledit duc chevaulcher les gens en bonne ordonnance ; et menoit messire Jehan de Luxembourg l’avant-garde, et ledit duc conduisoit et menoit la bataille, après (auprès) duquel estoit tousjours sa dessusdicte seur (la duchesse de Bedford) sur ung bon cheval trotier ; et avecques elle estoient huyt ou dix de ses femmes montées sur haquenées. Le seigneur de Saveuses et aucuns autres, avecques certain nombre d’hommes d’armes, chevaulchoient 16tout derrière par manière d’arriere-garde.
Si fut ledit duc moult grandement regardé des Françoys qui estoient en grant nombre, de pied et de cheval, au dehors de la ville de Senlis, et y venoient seurement, armez comme bon leur sembloit, par le moyen des treves qui estoient entre les parties. Car celluy duc, armé de plain harnois, sinon sur la teste, séoit sur les champs sur ung tresbon et excellent cheval, et estoit moult gentement habillé et orné, sept ou huit de ses paiges après luy, chascun monté sur bon coursier.
Devers lequel duc vint et arriva premier l’archevesque de Reims, chancellier de France, à plains champs, au dessus de la dessusdicte ville et cité de Senlis, faire reverence et hommage. Et assez brief ensuyvant, y vint Charles de Bourbon, conte de Clermont, accompaigné de soixante chevaliers, ou environ, lequel venu jusques assez près dudit duc, osterent leurs chapperons, et enclinerent leurs chiefs l’ung à l’autre, en disant aucunes parolles de salutacions, non mye en embrassant l’ung l’autre par manière de grant amour es joyeuseté, ainsi que l’ont accoustumé de faire si prochains de sang qu’ilz estoient l’ung à l’autre2471. Après 17laquelle salutacion et reverence faicte, ledit de Bourbon alla baiser et embrasser sa belle seur de Bethfort, qui estoit assez pres au destre lez (à la droite) de son beau frere, le duc de Bourgongne. Si feirent aulcune briefve reconnoissance. Et tantost retourna devers son beau frere le duc de Bourgongne, lequel, quant alors, on ne veit point d’apparence ne de congnoissance qu’il eust grant amour ne desir d’avoir grant parlement avecques icelluy conte de Clermont son beau frere. Ains, sans chevaucher l’ung avec l’aultre, ne faire long convoy, se despartirent en prenant congié l’ung de l’autre au propre lieu où ilz estoient abordez et arrivez, et retournerent lesdictz Charles de Bourbon et chancellier à Senlis à tout leurs gens.
(Jeudi 29 septembre) Et ledit duc de Bourgongne, comme dit dessus, et sa seur, allerent au giste à Louvres. Duquel lieu le lendemain ilz se partirent, en allant et tirant vers Paris, où desjà estoit rentourné du pays de Normandie le duc de Bethfort2472.
Selon Villaret (qui commet ici une faute chronologique 18d’un mois, en plaçant l’arrivée du duc de Bourgogne au commencement de septembre), le corps de troupes qui avait suivi le prince français, trop peu nombreux pour être regardé comme une armée, était en même temps trop considérable pour former la suite d’un prince qui venait conférer avec un allié, et le régent anglais en prit sujet de s’alarmer. Il fit prier le duc de n’entrer dans la ville qu’avec une partie de ses gens ; ce que le duc de Bourgogne refusa sans détour. Le régent n’insista pas, dans la crainte de l’irriter. On avait allégué pour prétexte l’impossibilité de trouver des logements pour un cortège si formidable. Il fut aisé de reconnaître la frivolité de cette excuse. Le duc de Bourgogne une fois entré dans Paris, ses troupes et l’affection du peuple lui donnèrent aussitôt la supériorité sur le duc de Bedford.
Revenons au récit des chroniques et aux registres du Parlement.
(Vendredi 30 septembre) Vendredi, dernier jour de septembre, […] le duc de Bourgongne vint et entra dans Paris à grant compagnie de gens d’armes ; et lui furent au devant le duc de Bethfort, regent, les gens du conseil du roy, les prevost des marchans, eschevins, et plusieurs des habitans de la ville de Paris2473. À la venue duquel (régent) 19furent faictes grandes accollées et joyeuses recepcions de l’ung à l’autre2474.
Si furent assez près de Paris toutes les gens du duc de Bourgongne mis en bataille par bonne ordonnance, où ilz furent grant espace de temps, avant que les fourriers eussent esté dedans ladicte ville pour ordonner les logis. Et après, iceulx princes et la duchesse, entrerent dedans la ville, et generallement tous les gens d’armes. A la venue duquel duc de Bourgongne fut faicte moult grant joye des Parisiens. Si y crioit on Noël ! par tous les carrefourcs où il passoit2475.
Et vint par la rue Saint-Martin, et amena avecques lui sa sœur, femme du duc de Bethfort, regent de France, qui avec lui estoit ; et avoit devant luy dix hérauts, tous vestus de cottes d’armes du seigneur à qui chascun estoit, et autant de trompettes. Et en celle pompe ou vaine gloire allerent par la rue Maubué à madame Sainte Avoye faire leurs oblacions, et de là allerent à Saint-Paul2476.
La reine Isabeau de Bavière habitait alors l’hôtel Saint-Pol ; c’est sans doute pour lui rendre hommage, comme à la mère de la reine d’Angleterre, que le duc de Bourgogne s’y rendit, 20en sortant de l’église Sainte-Avoie.
Et convoya (accompagna) ledit regent et sa femme jusques à l’hostel des Tournelles (palais des rois de France sur l’emplacement duquel on a fait la place Royale), et puis s’en alla loger en son hostel d’Artois2477.
Les troupes venues à la suite du duc de Bourgogne étaient plus nombreuses qu’on ne s’y était attendu ; et, comme l’armée anglaise, revenue de Normandie, occupait déjà les meilleurs logements,
il convint qu’on les logeast es maisons des mesnaigers et en maisons vuides, dont moult avoit à, Paris ; et avecques porcs et vaches couchoient leurs chevaulx2478.
(6 octobre) Six jours après, le cardinal de Winchester arriva à Paris pour prendre part, probablement, aux conférences des ducs de Bourgogne et de Bedford. Le duc de Bourgogne alla au-devant de lui avec une suite nombreuse et brillante2479.
Quoique ces conférences fussent secrètes, il est possible, d’après leurs résultats, de deviner l’objet qui y fut mis en délibération.
Si l’on s’en rapporte au chroniqueur bourguignon,
furent entre iceulx princes et ceulx de leur conseil tenuz plusieurs grans conseilz 21sur les affaires de la guerre, qui estoient moult pesans. Et entre les autres choses furent par les Parisiens requis au duc de Bourgongne que il luy pleust à entreprendre le gouvernement de la ville de Paris, qui moult avoit en luy grande affection, et estoient de présent tous prestz et appareillez de maintenir sa querelle et de son feu père ; disant oultre, qu’il estoit necessité et besoing qu’il accordast leur requeste et demande, considéré les affaires que avoit le regent, tant en Normandie comme ailleurs. Laquelle chose ledit duc de Bourgongne fist et leur octroya jusques après Pasques ensuyvans ; mais ce fut très enuys (malgré lui)2480.
Le bourgeois de Paris ne présente pas tout-à-fait les choses sous le même point de vue.
Environ huit jours après (dit-il), vint le cardinal de Vincestre à belle compaignie, et puis firent plusieurs conseils. Tant qu’enfin à la requeste de l’université, de parlement, de la bourgeoisie de Paris, fut ordonné (réglé) que le duc angloys de Bedfort seroit gouverneur de Normandie, et le duc de Bourgongne régent de France. Ainsi fut fait. Mais moult laissoit ennuis le duc de Bedfort ledit gouvernement ; 22si faisoit sa femme ; mais à faire leur convint2481.
Il me semble très-présumable que, loin d’accepter malgré lui le gouvernement de la capitale, le duc de Bourgogne mettait à ce prix la continuation de son alliance avec les Anglais, et que les démarches faites à ce sujet par le parlement, l’université et les principaux habitants de Paris, furent dictées par les partisans de ce prince, afin de mettre le duc de Bedford dans une position telle, qu’il ne pût refuser de céder ce gouvernement, sans heurter le vœu ouvertement déclaré d’un peuple qu’il sentait enfin le besoin de ménager. Sans cela, et s’il eût été vrai que le duc de Bourgogne eût éprouvé une si grande répugnance à se charger de cet emploi, qui l’eût empêché de le refuser ? L’obligation où se trouvait réduit le prince anglais de remettre à sa garde la principale ville du royaume, était une réparation trop éclatante des torts dont ce prince s’était rendu coupable envers lui, pour qu’il vît avec peine un hommage si propre à satisfaire sa vengeance et à flatter sa vanité.
Cet arrangement terminé,
si conclurent et delibererent les dessusdictz ducs de Bethfort et de Bourgongne, que vers Pasques, à la saison nouvelle, se monteroient sus chascun à 23tout grant puissance, pour reconquenc et gaigner les villes qui s’estoient retournées contre eulx en la marche de France et sur la rivière d’Oize2482.
Le départ prochain des Anglais, la remise au duc de Bourgogne du gouvernement de la capitale, tout dut faire penser aux ministres de Charles VII que ses affaires suivaient un heureux cours, et que le duc ne pouvait tarder désormais à remplir sa promesse. Ils renouvelèrent donc leurs démarches pour hâter sa décision.
(10 octobre) Lundi, Xe jour d’octobre, vindrent par saufconduit en la ville de Saint Denis messire Regnault de Chartres, arcevesque de Reins, chancelier, et autres conseillers ambassadeurs de messire Charles de Valois, en espérance de traittier avec les seigneurs et les gens du roy (anglais) estans à Paris. Et ce mesme jour, par l’ordonnance du conseil, messire Jehan de Luxembourg et messire Hue de Lannoy alerent de Paris devers ledit arcevesque, et ce mesme jour retournèrent. Quid inter eos actum sit, novit qui nihil ignorat. (C’est-à-dire : Celui-là seul qui n’ignore rien, sait ce qui s’est passé entre eux2483.)
Il serait possible, à la rigueur, que flottant encore à cette époque entre 24ses nouveaux et ses anciens ressentiments, entre les offres flatteuses de Charles VII, et les soumissions tardives du duc de Bedford, Philippe ne se fût au fond rattaché définitivement à l’un ni à l’autre parti ; mais tout donne à penser le contraire, puisque le prince anglais avait déjà reçu ses nouvelles promesses d’une alliance éternelle. Dans cette dernière hypothèse, comme le projet du duc de Bourgogne était de retourner dans ses états, il entrait dans ses intérêts de chercher à prolonger l’erreur du parti français en le berçant d’espérances mensongères. Il est donc très-probable qu’il s’excusa, par la bouche de ses envoyés, de se déclarer ouvertement pour le roi, sur la disposition des esprits dans la capitale, disposition, il faut l’avouer, qui ne paraissait nullement favorable au parti national. Il ne dut pas être difficile de persuader les ministres de Charles VII, que le moment n’était pas, encore propice, et qu’il fallait attendre que l’impression produite par l’attaque infructueuse de la porte Saint-Honoré se fût un peu affaiblie. Au moyen de ces explications, plus spécieuses que sincères, le duc obtint une suspension d’armes pour Paris et son territoire, convention par laquelle il se mettait en quelque sorte à l’abri des reproches des Parisiens, et s’assurait un retour paisible dans les provinces de son obéissance.
(13 octobre) Jeudi, XIIIe jour d’octobre, en la présence du 25duc de Bourgogne et des habitans de Paris assemblez en grant nombre, furent en la sale de céans sur Seyne (dans la grand-salle du parlement) publiées les lettres de l’abstinence d’entre messire Charles de Valois et aucunes des villes et forteresses à lui obeissans, dont esdites lectres estoit faite mention. Furent aussi publieez les lectres de la lieutenance et gouvernement bailliés audit duc de Bourgongne et par lui acceptées à la requeste du duc de Bedford, regent, du cardinal d’Excestre (Winchester), de l’université, des prevost des marchans et eschevins de Paris, si comme on disait2484.
Notez bien la valeur de ce dernier mot.
(Lundi 17 octobre) Et le XVIIe jour de ce mois partirent de Paris pour aler en Normandie le duc de Bedford, regent, et sa femme, seur du duc de Bourgongne ; et ycellui duc de Bourgongne les convoya jusques à Saint Denys, où ilz demourerent tous au giste2485.
Et quant les Angloys furent partis (qui partirent à un sabmedy2486 au soir, et allerent à Saint Denys, faisans du mal assez) le duc de Bourgongne se party après2487.
Le greffier 26du parlement nous fait connaître les motifs de ce prompt départ.
(18 octobre) Et le mardi ensuivant, (dit-il), parti le duc de Bourgongne de Paris pour aler en son païs de Flandres, pour attendre et recevoir sa fyancee, fille du roy de Portugal2488. [Avant de s’éloigner, toutefois], ledit duc de Bourgongne commist cappitaine de Paris le seigneur de l’lsle Adam, à tout petit nombre de gens ; et à Sainct Denys, au boys de Vincennes, au pont de Charenton, et es autres lieux nécessaires après (auprès) de ladicte ville de Paris, ordonna cappitains ; et […] prenant congié, premier, à la royne de France mère du roy Charles (Isabeau de Bavière) s’en retourna par les chemins dont il estoit venu, en son pays d’Artois, et de là en Flandres ; avec lequel se despartoient plusieurs bourgeois de Paris de leur dicte ville, et aultre marchans2489.
Ce prince avait perdu une grande partie de sa popularité quand il quitta la capitale ; on lui savait peu de gré de la trêve conclue avec les Français, parce que, en définitif, elle semblait n’être profitable qu’à lui.
Et print treve aux Arminaz jusques à Nouel ensuivant, c’est assavoir pour la ville de Paris et pour les faulbourgs d’autour tant seulement ; et tous 27les villaiges d’entour Paris estoient apatiz aux Arminaz ; ne homme de Paris n’osoit mettre le pié hors des faulxbourgs qui ne fust mort, ou perdu, ou rançonné de plus qu’il n’avoit vaillant ; ne si n’osoit revancher ; et si ne venoit riens à Paris pour vie de corps d’hommes, qui ne fust rançonné deux ou trois foys plus qu’elle ne valloit2490.
Les troupes que le duc de Bourgogne avaient amenées ne contribuèrent pas peu à détruire l’affection que lui portaient les Parisiens.
Et emmena avec luy ses Piquars qu’il avoit amenez, environ six mille, aussi fort larrons qu’il avoit entrez à Paris puis que la maleureuse guerre estoit commencée, et comme il parut bien en toutes les maisons où ils furent logez. Et aussi tost qu’ils furent partis hors des portes de Paris, ils n’encontroient hommes, qu’ilz ne desrobassent ou batissent2491.
Avant de sortir de la ville, le duc de Bourgogne fit faire une proclamation qui ressemblait plutôt à une amère dérision qu’à toute autre chose.
Quant l’avant garde fut partie, le duc de Bourgongne fist crier, comme une manière d’apaiser les gens simples, que se on véoit que les Arminaz venoient assaillir Paris, on soy deffendit le mieulx que on pourroit ; et laissa sans garnison la ville de Paris. Véez là 28tout le bien ainsi qu’il fist pour la ville. Or n’estoient pas les Angloys nos amys, pource que on les mist hors du gouvernement2492.
Peut-être, en ce moment-là, si Charles VII eût rassemblé ses troupes et marché directement d’Orléans sur la capitale, dans le premier mouvement d’indignation et de désespoir où la mettait l’abandon de ses défenseurs, elle eût ouvert ses portes au même prince qu’elle avait repoussé six semaines auparavant.
Les chroniques du parti français ne parlent point des nouvelles trêves. Selon ces chroniques, le sauf-conduit du roi et les trêves conclues avant son départ, suffirent au duc de Bourgogne pour aller et revenir.
Par vertu du saulf conduit, passa seurement et franchement par tous les pays et passaiges de l’obeissance du roy, et s’en retourna en ses pays de Picardie et de Flandres. Et le roy, qui fut adverty au vray, mais un peu trop tard, passa la riviere de Loire, et s’en retourna à Bourges2493.
Il ne paraît pas que la première pensée du roi fût de se rendre à Bourges, quoique la reine s’y trouvât alors ; car, en partant de Gien, il prit la route de Tours et de Chinon. La froideur qui régnait 29depuis longtemps entre les deux époux, et que leur dernière entrevue avait peut-être plutôt accrue que diminuée, explique le peu d’empressement de Charles VII à rejoindre sa royale compagne. La reine, qui attribuait avec raison une partie de leur mésintelligence aux mauvais offices du ministre, ne crut pas devoir, en cette occasion, écouter les conseils de sa fierté blessée aux dépens de ses véritables intérêts, qui rengageaient à tenter, par tous les moyens possibles, de se rapprocher de son époux. Elle partit donc de Bourges avec une suite peu nombreuse, dans laquelle se trouvait la dame Marguerite la Touroulde, épouse de Regnault de Bouligny, conseiller du roi, receveur général des finances, et alla attendre le roi à Selles-en-Berry, sur la route de de Gien à Chinon. Informée bientôt que ce prince approchait, elle sortit de la ville pour aller à sa rencontre2494. Si le monarque fut agréablement surpris en apprenant la démarche de la reine, ou s’il en parut vexé et mécontent, c’est ce qu’aucun historien contemporain ne nous fait connaître, et je ne hasarderai à cet égard aucune conjecture. Au surplus, il était maintenant impossible d’éviter une entrevue, à moins de vouloir faire un éclat public et scandaleux. Tout semble indiquer, d’ailleurs, que la Pucelle prenait fortement à 30cœur le parti de la reine. Celle qui s’était expliquée avec tant de courage devant le duc Charles de Lorraine, au sujet de la manière répréhensible dont il agissait envers sa vertueuse compagne, ne pouvait approuver la conduite de Charles VII à l’égard de son épouse, ni dissimuler à quel point elle en était affligée ; et son crédit auprès d’un prince sur le front duquel elle venait de replacer la couronne, pouvait bien en ce moment balancer jusqu’à un certain point l’influence du ministre. Ne s’attendant nullement à la démarche de la reine, La Trémoille fut sans doute pris au dépourvu ; d’ailleurs il ne pouvait publiquement s’opposer à sa réunion avec le roi. Il fallut donc dissimuler, et consentir à recevoir cette princesse avec les honneurs qui lui étaient dus. Impatiente d’aller déposer ses hommages aux pieds de sa souveraine, Jeanne d’Arc devança le roi et sa suite, et vint elle-même à la rencontre de Marie d’Anjou2495. La démarche de la reine fut couronnée d’un heureux succès ; car le roi, au lieu de continuer sa route vers Chinon, consentit à se rendre à Bourges, où il revint avec elle2496. La Pucelle les y suivit2497, sans doute plus touchée encore de cette réconciliation que des transports et des hommages unanimes 31dont un peuple reconnaissant saluait son retour.
Jeanne d’Arc devait d’abord loger à Bourges dans la maison d’un citoyen de cette ville appelé Du Chesne ; mais cette disposition fut changée : par l’ordre du seigneur d’Albret, apparemment chargé de pourvoir aux logements des personnes de la suite du roi, la jeune amazone eut le sien marqué chez Regnault de Bouligny, conseiller du roi, receveur de ses finances, dont l’épouse, Marguerite la Touroulde, paraît avoir été l’une des dames d’honneur de la reine2498.
Cependant le conseil d’Angleterre se hâtait de prendre toutes les mesures qu’on jugeait propres à rétablir les affaires du roi Henri. L’effet qu’avait produit en France le sacre de Charles VII, dans la basilique de Reims, faisait vivement regretter de n’avoir pas prévenu ce coup en faisant sacrer et couronner roi de France le jeune roi anglais, lorsque cette ville était encore en la possession de son parti. Pour réparer, autant qu’il était possible, cette espèce d’inadvertance, on résolut de le conduire au plutôt à Paris, et de l’y faire couronner. Mais si le sceptre français paraissait prêt à lui échapper, d’un autre côté, celui de l’Angleterre ne semblait pas trop bien assuré dans ses mains, et on prit la résolution 32de faire d’abord sacrer et couronner ce prince comme roi d’Angleterre avant de l’envoyer à Paris essayer sur son jeune front la redoutable et pesante couronne des lis. Cette résolution fut prise le 10 octobre 1429, comme le prouve un acte daté de ce jour, et donné à Westminster, par lequel l’enfant royal est censé désigner son oncle, le duc de Gloucester, pour assister, en qualité de sénéchal d’Angleterre, à la première de ces cérémonies2499. Elle ne put cependant avoir lieu que plus d’un mois après, soit à cause des préparatifs qu’exigeait cette solennité, soit plutôt à cause de la difficulté qu’on trouva à régler quelles seraient les formes du gouvernement de l’Angleterre, après une cérémonie par laquelle le roi serait déclaré majeur. Enfin, le 15 novembre 1429, il fut notifié à Humphrey, duc de Gloucester, oncle du roi, en présence du parlement d’Angleterre, que l’opinion des seigneurs spirituels et temporels du parlement était qu’il ne pourrait, après cette cérémonie, continuer à prendre les titres de Protecteur et de Défenseur du royaume. En conséquence le duc renonça à ces titres, sous la réserve toutefois que cette résignation ne pourrait préjudicier en rien à son frère le duc de Bedford, et n’entraînerait point pour celui-ci l’obligation de quitter le titre de 33Régent du royaume de France2500. Le jeune Henri VI fut couronné le lendemain roi d’Angleterre2501.
(Fin octobre) Tandis que cette affaire occupait le conseil d’Angleterre, les fureurs de la guerre civile continuaient à ensanglanter la France.
Durant le temps dessusdict, que les treves estoient acordées entre le roy Charles et le duc de Bourgongne jusques aux Pasques ensuyvans (le bourgeois de Paris dit jusques a Noël seulement), neantmoins lesdictes parties couroient tressouvent l’une sur l’autre. Et mesmement, pour embellir leur querelle, aulcuns tenans le party du duc de Bourgongne se boutoient avec les Angloys, qui point n’avoient treves aux Françoys, et menoyent avec eulx plaine guerre ausdictz Françoys. Et les Françoys pareillement couroyent et fesoyent pleine guerre aux Bourguignons, faignant les dessusdictz Bourguignons estres Angloys. Et y avoit pour lesdicts treves peu ou neant de seureté2502.
Je passerai rapidement sur une foule de petits combats, et me contenterai d’indiquer sommairement les plus remarquables. Ambroise de Loré, Jean Foucault, et Quennede ou Kannede, ce même chef écossais que nous avons vu figurer 34au siège d’Orléans, partirent de Lagny à la tête de quatre ou cinq cents combattants, et vinrent faire une course jusqu’à Louvres. Ils rencontrèrent le lendemain, en s’en retournant, défirent et firent prisonnier un capitaine anglais nomme Ferrieres, qui commandait une troupe composée moitié d’Anglais et moitié de Bourguignons. Ils vinrent courir le lendemain jusqu’aux portes de Paris, et s’en retournèrent ensuite à Lagny2503. Une tentative d’Anglais et de Picards contre la place de Creil fut repoussée, après un combat sanglant, par Jacques de Chabannes, sorti de la ville avec toute sa garnison2504. Quelque temps après, le même Jacques de Chabannes fut pris par les Anglais, commandés par un célèbre chevalier d’Angleterre nommé Foulques, qui fut tué dans la mêlée. Le brave Chabannes, échangé contre Georges de Croix, qui avait été pris par les Français au commencement du combat, revint prendre le commandement de la place confié à son courage2505. Un nommé Grand-Pierre promit, à cette époque, au comte de Clermont et à l’archevêque de Reims, de faire ouvrir les portes de Rouen à un corps de troupes 35françaises qu’il y conduirait lui-même. Le jour fut pris ; Jacques de Chabannes et Jean Foucault durent se rendre à Senlis pour se mettre sous la direction de Grand-Pierre. Mais il arriva que la nuit où ils devaient partir de Lagny, il n’y eut point de clair de lune, chose que ces bons chevaliers n’avaient pas su prévoir ; en conséquence, ils n’osèrent se mettre en chemin, de peur de s’égarer dans l’obscurité. Grand-Pierre se rendit en vain à Senlis : il n’y trouva que le comte de Clermont et l’archevêque : l’entreprise fut manquée2506. Rouen tombait peut-être au pouvoir du roi de France, si, avant de prendre jour, ces capitaines eussent jeté les yeux sur un almanach. Quelques jours après, le Comte de Clermont, le comte de Vendôme et Poton de Xaintrailles, partirent de Beauvais avec un corps de troupes nombreux, espérant ressaisir l’occasion qu’ils avaient perdue. Mais le hasard leur fit rencontrer, entre Beauvais et Rouen, un corps anglais avec lequel ils combattirent pendant un temps considérable ; et leur entreprise fut éventée2507.
Environ la fin du mois d’octobre audict an, le duc d’Alençon manda de venir devers luy Ambroise de Loré, lequel tenoit Laigny sur 36Marne pour le roy. Tost après ces nouvelles ouyes, il partit de Laigny, et s’en alla devers ledit duc d’Alençon, laissant audit lieu de Laigny Jean Foucault, Geoffroy de Saint Aubin, et ledit Quennede, escossoys. Quand icelluy de Loré fut arrivé devers le duc d’Alençon, il le fist et ordonna son mareschal, l’envoyant au chasteau de Sainct Celerin, distant de trois lieues d’Alençon, lequel avoit esté de nouveau reparé, ainsi que dessus est dit. Ledit de Loré fist diligemment travailler aux fortifications d’icelluy, et le fist bien garnir de vivres et d’artillerie. Ce qui estant venu à la congnoissance d’aulcuns angloys, telz que le sire de Scales, Raoul le Bouteiller, Robert Ros, et Guillaulme Hodehalle, ilz y vindrent mectre le siège avecques grant nombre d’Angloys bien fournis de bombardes, canons, et autre artillerie. Touteffois icelluy chasteau n’estoit pas encores si fortifié ny avitaillé qu’il peust longuement durer ; et estoit bien advis aux Angloys que, puisque ilz avoient enfermé et assiégé dans ce chasteau ledit Ambroise de Lore, mareschal du duc d’Alençon, aucun secours ne luy seroit donné ne pourchassé. Après qu’icelluy de Loré eust ordonné à chascun sa garde, et fait faire plusieurs renforcemens, il luy fut requis par tous ses compaignons qu’il se voulust mectre en adventure de 37s’en aller hors dudit chasteau, pour solliciter et quérir du secours ; ou autrement qu’ilz sçavoient bien qu’ilz estoient tous perdus. De laquelle chose il feit grande difficulté, tant pour ce qu’il disoit que ce ne seroit pas son honneur de ainsi s’en aller, et aussi pour le grand danger où il se mectroit, d’autant que ce chasteau estoit assiègé de toutes pars. Toutesfois, à la requeste de tous, il sortit, luy cinquiesme, de nuyt, au travers de l’ost des Angloys, soubs ombre d’une grande sortie faicte sur iceulx Angloys. Il chevaucha jour et nuyt diligemment, tant qu’il vint à Chinon, auquel lieu il trouva le roy avec le duc d’Alençon en sa compagnée. Lors il dit et exposa au roy le siège ainsi mis par les Angloys devant ledit chasteau de Sainct Celerin. Aussi tost le roy menda gens de toutes pars, et aussi feist le duc d’Alençon ; puis tirerent en icelle part les gens d’armes pour combattre les Angloys. Ce qui estant venu à leur congnoissance, après qu’ilz eurent este arrestez devant ce chasteau dix ou douze jours, ilz donnèrent ung grant assault, qui dura quatre à cinq heures, auquel ilz furent plusieurs fois à combatre main à main ceulx de dedans. Là, furent tuez plusieurs Angloys et Françoys ; entre les autres, y mourut un chevalier françois nomme Jehan de Beaurepaire. Enfin le lendemain les Angloys 38deslogerent sans autre chose y pouvoir faire.
Ensuite de ce, ilz se mirent pareillement à assiéger Laigny sur Marne : mais après plusieurs batteries de bombardes et assaultz, ilz s’en retournerent semblablement sans y povoir riens profiter. Et estoient dedans ledit lieu de Laigny, Jehan Foucault, ung escossoys nommé Quennede, avecques plusieurs autres vaillans hommes2508.
Le duc de Bedford, considérant l’importance de la forteresse du Château-Gaillard, et l’incommodité que son occupation par les troupes françaises apportait au parti anglais, entreprit de la recouvrer avant que la garnison fût suffisamment approvisionnée pour opposer une longue résistance. Il fut trompé dans son espérance. Ce nid d’aigles se défendit pendant sept mois contre toute son armée2509.
À peu près à la même époque, le duc de Bourgogne envoya l’évêque de Noyon et d’Arras, le vidame d’Amiens et quelques autres seigneurs, en ambassade auprès des citoyens d’Amiens. La province de Picardie, partie du domaine originaire de la couronne, avait passé comme le reste de ce domaine sous le sceptre du monarque 39anglais ; mais il paraît qu’à la faveur des troupes et de la guerre civile, elle avait su se constituer une sorte d’indépendance. On a pu voir, par le discours que tint le duc de Bedford aux Picards, à la journée de Montépilloy, combien le gouvernement anglais observait d’égards et de ménagements pour cette province, redoutable par son esprit belliqueux et par le caractère irritable de son peuple. On avait beaucoup de raisons de craindre que, lasse du joug anglais, elle n’achevât de le briser, et ne se rangeât sous le sceptre paternel des Valois. Les ambassadeurs du duc de Bourgogne étaient chargés de représenter au majeur et aux citoyens d’Amiens,
la bonne amour et affection que luy et ses predecesseurs avoient tousjours eue avec eulx ; disant, que s’ilz avoient affaire de chose que luy et ses pays peussent, il estoit à leur commandement ; requérant en oultre, qu’il leur pleust persévérer tousjours et eulx entretenir de son party, comme ses bons amis et voisins.
Flatter l’amour-propre des Français, c’est leur tendre un piège presque irrésistible. Il ne faut à ce peuple vain et frivole qu’une chaîne de lauriers, pour en faire les esclaves les plus soumis de l’univers.
Lesquelz citoyens d’Amiens, eulx voyans ainsi honnorer par les messagers de si hault et si puissant prince, ilz en eurent grant joye, et dirent entre eulx qu’il seroit 40bon de mectre la ville en sa garde, et qu’il mist à néant toutes aydes et imposicions. Et firent responce ausdictz ambassadeurs, qu’ilz envoyeroient briefvement devers ledict duc aulcuns de leurs gens. Laquelle chose ilz firent. Et avecques ce y envoyerent ceulx d’Abbeville, de Monstreul, Sainct Ribier, Dourlans, et aulcunes autres, pour obtenir la mise jus desdictes gabelles et imposicions. Laquelle chose ne leur fut point par icelluy duc accordée ; mais il leur fut dict que au plus brief que faire se pourroit, ilz auroient de luy ayde et assistance de ce impetrer devers le roy Henry2510.
Cette promesse, à laquelle il est si absurde de croire, et à laquelle les peuples sont presque toujours pris, suffit pour exciter l’enthousiasme en faveur du duc de Bourgogne. Profitant de ce moment d’exaltation, il
feist evocquer par toutes les marches de Picardie tous ceulx qui avoient accoustumé d’eulx armer, et aussi es pays à l’environ, pour estre prestz chascun jour pour aller avecques luy où il les vouldroit conduyre. Si furent en peu de temps en très grant nombre, et passerent à monstrer (furent passés en revue) à Branquesne, en faisant serment à messire Jacques de Brimeu, à ce commis, comme mareschal. Si se 41trahirent (se retirèrent) et tirerent vers Abbeville et Sainct Ribier, où ilz furent moult grant espace de temps, en attendant que ledit duc fust prest et appareillé. Dont le pays fut moult grandement oppressé2511.
Une de ces aventures qu’on ne trouve guère que dans les romans, était la cause du retard et de l’inaction du duc de Bourgogne. Supposons un moment que quelque troubadour eût voulu raconter cette histoire aux nobles dames rassemblées, pour l’entendre, autour de l’antique foyer d’une de ces demeures héroïques qui couvraient alors la France ; peut-être se fut-il à peu près exprimé en ces termes :
Le duc Philippe, ce prince galant et chevaleresque, n’attendait que l’arrivée de la princesse Isabelle, fille de Jean le Grand, roi de Portugal, pour la conduire à l’autel, et courir aussitôt se mettre à la tête de son armée. Il brûlait de prouver à sa jeune épouse, par de brillants exploits, que l’Aragon et la Castille, qui lui avaient disputé sa main, n’avaient nourri aucun prince qui pût l’effacer en prouesse, et que les myrtes et les lauriers croissaient aussi abondamment sur les bords de l’Escaut, du Rhin et de la Seine, qu’aux rives fleuries du Douro, de l’Èbre et du Tage.
Après avoir reçu les tendres adieux de son 42père, de ce prince si cher à ses peuples qu’ils ne le nommèrent après sa mort que le roi de bonne mémoire2512 ; après avoir répandu ses larmes dans le sein de sa mère la reine Philippe, fille de Jean de Gand, duc de Lancastre, et reçu à genoux la bénédiction des augustes auteurs de ses jours, la jeune princesse de Portugal, le visage voilé, le front couronné de roses virginales, avait franchi d’un pied tremblant le seuil jonché de fleurs du palais paternel ; un peuple immense, des branches d’olivier, de myrte et d’oranger à la main, l’avait accompagnée jusqu’à la nef magnifique qui devait l’emporter, à travers les flots, loin des bords délicieux de sa chère patrie, sous le ciel froid et nébuleux de l’Artois et de la Flandres, lointaines contrées, où l’appelait l’arrêt de la politique, tyran des cours, impassible comme la mort, inflexible comme la fatalité. Bientôt les palais et les temples de l’opulente Lisbonne ; bientôt les bords riants, les monts parfumés, si chers à son enfance, s’étaient par degrés confondus à l’horizon avec l’azur éclatant du beau ciel de la Lusitanie ; les adieux d’un peuple attendri avaient cessé de frapper son oreille ; le souffle seul du zéphyr, qui venait enfler les voiles de son vaisseau, semblait encore, en répandant autour d’elle une vapeur embaumée, doux tribut 43des fleurs qui se mirent dans les eaux du Tage, apporter à la royale exilée les lointains soupirs de la patrie. Cette dernière volupté finit à son tour. L’Océan et le ciel environnaient de toutes parts l’épouse en espérance du plus riche prince de l’Europe. Poussée par un vent favorable, la nef impétueuse fendait rapidement de sa proue dorée l’azur étincelant des mers. Laissant au loin sur sa droite le golfe orageux de Biscaye [Gascogne], elle eut bientôt doublé les dangereux promontoires de l’Amérique, dont quelques-uns, se recourbant au-dessus des ondes bruissantes, présentent aux yeux des navigateurs la tête gigantesque de ces coursiers marins que la Fable attelait au char du roi des Flots2513 ; elle évite ces îles funestes, ces écueils rougis du sang de tant nochers, qui, par leurs formes et par leurs noms, rappellent les taureaux de la Colchide, la chèvre céleste, le lion de Némée, et le chien dévorant qui veille aux portes redoutables qu’on franchit sans retour2514 ; rochers innombrables, que le génie protecteur de la France semble avoir jetés au devant de ses rivages comme une garde fidèle pour arrêter et briser les flottes ennemies qui viendraient les envahir. Dans sa course agile, la nef dépasse rapidement 44et l’île de Sain, célèbre dans l’antiquité gauloise par ses prêtresses, qui, semblables à des fées toutes puissantes, conjuraient les orages par leurs chants magiques2515 ; et cette baie fatale, où la ville d’Is fut, dit-on, engloutie avec son peuple2516 ; et l’embouchure de la Dive, d’où le petit-fils de Rollon partit pour la conquête de l’Angleterre ; et ces fameux remparts, dont Édouard III condamna à la mort la population tout entière, que rachetèrent les larmes d’une reine et l’héroïque dévouement de six hommes généreux2517. Enfin, le port de l’Écluse, si funeste à la France2518, et où la princesse de Portugal était impatiemment attendue, s’offrait à ses regards, et son jeune cœur, saisi d’un trouble invincible, battait involontairement de pudeur et de crainte. Déjà une foule innombrable se pressait sur le rivage ; Isabelle pouvait distinguer les pompeux apprêts de la fête ordonnée par le prince français pour célébrer sa venue. Les acclamations du peuple, le bruit des fanfares, arrivaient jusqu’à elle. La nef majestueuse, pavoisée de bannières héraldiques, de banderoles éclatantes d’or, de pourpre et de soie, s’avançait lentement vers 45la rive… Tout à coup l’horizon se trouble, un vent fougueux s’élance des régions du nord, et vient frapper à grand bruit les voiles déployées du vaisseau royal. En un moment le navire, entraîné vers la haute mer, s’éloigne et disparaît aux yeux de la foule épouvantée. Les nochers portugais veulent en vain lutter contre les vents et les ondes ; ils perdent eux-mêmes de vue les côtes de la France ; emportés au milieu des plaines de l’Océan, ils errent longtemps à la merci des tempêtes. On fut quarante jours sans savoir s’ils avaient échappé à la mort. Quelques-uns assurent qu’ils furent repoussés jusque sur les rivages du Portugal, où la jeune princesse vint surprendre ses augustes parents de son retour inattendu2519. Elle se rembarqua bientôt après, revint en France accomplir sa destinée2520, et l’union arrêtée entre elle et le duc de Bourgogne fut enfin célébrée au pied des autels2521. Plus heureuse mille fois la vierge royale des bords du Tage, si la fureur des vents eût brisé son vaisseau sur quelque île inconnue ! Sa beauté ne put fixer les goûts inconstants de son époux ; née avec un cœur fier et sensible, 46mais, comme toutes les femmes de son pays, disposée à cette jalousie terrible qui les consume et les dévore, elle eut à souffrir dans le cours d’une union brillante et malheureuse tous les tourments que peut faire éprouver un amour sans récompense à une âme tendre et passionnée2522.
Cependant le gouvernement anglais s’efforçait de rallier autour de lui, par tous les moyens possibles, et surtout par l’appât des récompenses, tout puissant sur le vulgaire des hommes, les peuples près d’échapper à sa domination si tyrannique jusques-là, et si dédaigneuse. Parmi ceux dont il voulut payer le zèle, on remarque Pierre Cauchon, ce prélat furibond que sa conduite déloyale et ses emportements scandaleux avaient fait chasser de son siège par les habitants de Beauvais, justement indignés de son dévouement aux ennemis de la France. Le cardinal de Saint-Laurent venait d’être appelé par le souverain pontife, de l’archevêché de Rouen à celui de Besançon. (29 décembre) Le gouvernement anglais arrêta qu’il serait écrit au pape pour obtenir que Pierre Cauchon fût élevé au siège resté vacant2523. Le pape ne jugea à propos ni d’accueillir ni de rejeter cette demande. Plusieurs années s’écoulèrent sans qu’il pourvut au siège de Rouen ; et 47quand il crut pouvoir le faire sans inconvénient, ce ne fut pas Pierre Cauchon qu’il y appela.
Par une rencontre assez singulière, ce fut à l’époque même où le gouvernement anglais cherchait à récompenser le zèle fanatique d’un prêtre ambitieux, que Charles VII accordait à l’héroïne qui avait sauvé la France, et que ce même prêtre fit depuis conduire au bûcher, les distinctions honorables que cette jeune vierge avait méritées par son dévouement et son courage. En effet, les lettres de noblesse dont la teneur suit, quoiqu’elles n’aient été expédiées en la chambre des comptes que le 16 janvier, avaient été données à Mehun-sur-Yèvre dans le cours du mois de décembre précédent ; c’est ce qui est expressément marqué à la fin.
Charles, par la grâce de Dieu, roi de France : en mémoire perpétuelle d’un événement …2524, et pour rendre gloire à la haute et divine Sagesse des grâces nombreuses et éclatantes dont il lui a plu nous combler par le célèbre ministère de notre chère et bien-aimée la Pucelle Jeanne d’Ay2525, de Domrémy, 48du bailliage de Chaumont ou de son ressort, et que par le secours de la divine clémence nous avons espérance de voir s’accroître encore : nous jugeons convenable et opportun d’élever d’une manière insigne et digne de la grandeur de notre majesté royale, cette même Pucelle et toute sa famille, non-seulement pour reconnaître ses services, mais encore pour publier les louanges de la Divinité, afin qu’ainsi illustrée par la divine Splendeur, elle laisse à sa postérité le monument d’une récompense émanée de notre libéralité royale, qui accroisse et perpétue dans tous les siècles la gloire divine et la célébrité de tant de grâces. En conséquence, savoir faisons à tous présents et à venir, qu’en considération de ce qui vient d’être exposé, et en outre des louables, utiles et agréables services déjà rendus à nous et à notre royaume en plusieurs rencontres par ladite Pucelle Jeanne, et de ceux que nous en espérons à l’avenir, et aussi pour certaines autres causes qui nous induisent à ce faire2526, nous avons anobli, comme par ces 49présentes, de notre grâce spéciale, certaine science et pleine puissance, anoblissons et faisons nobles ladite Pucelle, Jacques d’Ay, dudit lieu de Domrémy, sa femme Isabelle, Jacquemin et Jean d’Ay, et Pierre Prerole, père, mère et frères d’icelle Pucelle, et toute sa famille et lignage, et, en faveur et considération d’elle, leur postérité masculine et féminine née et à naître en légitime mariage ; voulant en conséquence expressément que ladite Pucelle, lesdits Jacques, Isabelle, Jacquemin, Jean et Pierre, et toute la postérité et lignage nés et à naître tant d’elle que d’eux, soient dans tous leurs actes, et tant en jugement que hors, reçus et réputés par tous pour nobles, et qu’ils usent, jouissent paisiblement et profitent des privilèges, libertés, prérogatives et autres droits dont ont coutume d’user les autres nobles de notre royaume, nés de noble race, les faisant participer eux et leur dite postérité à la condition des autres nobles de notredit royaume de race noble, nonobstant que, comme on dit, ils ne soient pas de noble extraction, et soient peut-être même d’autre condition que de condition libre ; voulant aussi que les mêmes susdits et lesdits famille et lignage de ladite Pucelle, ainsi que leur postérité masculine et féminine, puissent, tant et aussi souvent qu’il leur plaira, être armés 50ou décorés par quelque homme de guerre que ce soit ; leur concédant, en outre, et à leur postérité, tant mâle que femelle, née et à naître, en légitime mariage, la faculté d’acquérir de personnes nobles et autres quelconques, fiefs, arrière-fiefs et autres choses nobles, retenir et posséder à perpétuité tant celles acquises que celles à acquérir, sans qu’ils puissent être contraints de mettre hors de leurs mains lesdites choses ou lesdits fiefs maintenant et à toujours pour cause de noblesse, ni de payer aucune finance à nous et à nos successeurs pour raison de cet anoblissement, de quelque manière qu’on prétende les y obliger et contraindre ; de laquelle finance, en considération et par égard pour leurs prédécesseurs, de notre grâce pleine et entière, nous avons doué et tenu quittes, douons et tenons quittes, par ces présentes, les mêmes susnommés et la famille et lignage de ladite Pucelle, nonobstant toutes ordonnances, statuts, édits, us, révocations, coutumes, inhibitions et mandements faits et à faire à ce contraires ; à l’effet de quoi mandons, en conséquence de ce que dessus, à nos amés et féaux gens de nos comptes, trésoriers généraux et commissaires préposés ou délégués sur le fait de nos finances, et au bailli dudit bailliage de Chaumont, et autres nos 51justiciers ou leurs lieutenants présents et à venir, et à chacun d’eux en ce qui le concerne, que de la grâce, anoblissement et concession des présentes ils aient à faire jouir et user paisiblement, maintenant et à toujours, ladite Pucelle Jeanne et lesdits Jacques, Isabelle, Jacquemin, Jean et Pierre, toute la famille et lignage d’icelle, ainsi que leur postérité née et à naître, comme dit est, en légitime mariage, sans qu’ils puissent jamais les empêcher ou molester, ou souffrir qu’ils soient empêchés ou molestés par qui que ce soit contre la teneur des présentes. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait sceller ces présentes de notre scel en l’absence de notre grand sceau accoutumé, sauf toutefois, en autres choses et en tout, le droit d’autrui. Donné à Mehun-sur-Yèvre, au mois de décembre, l’an du Seigneur mil quatre cent vingt-neuf, et de notre règne le huitième, (et sur le replis est écrit :) Par le roi, en présence de l’évêque de Séez, des seigneurs de La Trémoille et de Termes, et autres. (Signées) Mallière. (Et encore sur le même replis est écrit :) Expédiée à la chambre des comptes du roi, le 16 du mois de janvier, l’an du Seigneur 1429, et enregistré à ladite chambre au livre des chartes de ce temps, folio 121, (signé) Agreelle, et scellée du grand scel de cire verte sur double 52queue, en laz de soie rouge et verte2527.
Il n’est nullement fait mention, comme on voit, dans ces lettres-patentes, d’armoiries accordées par le roi à la Pucelle. Ainsi M. de L’Averdy, qui assure que le droit de porter des armes d’azur à une épée d’argent à pal, croisée et pommetée d’or, soutenant de la pointe une couronne d’or, et côtoyée de deux fleurs de lis de même
, forme une des dispositions de ces lettres2528, ne les avait pas lues avec attention d’un bout à l’autre.
La Pucelle, interrogée
s’elle avoit point escu et armes, [répondit] qu’elle n’en eust oncques point. Mais son roy donna à ses freres armes, c’est assavoir un escu d’azur, deux fleurs de liz d’or, et une espée par my. […] Item, dit que ce fut donné par son roy à ses frères à la plaisance d’eulz, sans la requeste d’elle2529.
Cette déclaration n’empêcha pas le gouvernement anglais de faire dire au jeune roi Henri VI, dans une lettre adressée, après la mort de la Pucelle, aux prélats, aux églises, aux comtes, aux nobles et aux villes du royaume de France, que 53cette jeune fille
demanda avoir et porter les tres nobles et excellentes armes de France, qu’en partie elle obtint, et porta en plusieurs conflitz et assaulx, et ses frères, comme l’on dict ; c’est assavoir un escu en champ d’azur, avec deux fleurs de lis d’or, et une espée la poincte en hault, fermée d’une couronne2530.
Il est probable que voyant porter ces armes aux frères de la Pucelle, on crut qu’elles lui avaient été communes, et cette erreur s’est aisément perpétuée jusqu’à nos jours. Aucun acte venu à ma connaissance n’établit le droit de la famille d’Arc à ces armoiries (d’où le nom de Dulys et Dalys lui est venu), antérieurement aux lettres-patentes de Louis XIII, en date du 25 octobre 1612, par lesquelles il est permis aux sieurs Charles et Luc Dulys, frères, et à leur postérité, de reprendre les armes de la Pucelle et de ses frères.
Par un privilège spécial dudit seigneur roy Charles VII, (est-il dit dans ces lettres), luy fut permis, ensemble à sesdits freres et à leur postérité, de porter le lys tant en leurs noms qu’en leurs armoiries, qui leur furent dès lors octroyées et blasonnées d’un escu d’azur à deux fleurs de lys d’or, et une espée d’argent, à la garde dorée, la pointe en 54haut, férue en une couronne d’or.
Les sieurs Dulys, pour obtenir ces lettres-patentes, produisirent-ils des titres particuliers, ou se bornèrent-ils à invoquer l’autorité des chroniques ? c’est ce que ces lettres ne nous apprennent pas ; mais la dernière supposition me paraît d’autant plus probable, que l’erreur qui attribue des armoiries communes à la Pucelle et à ses frères, erreur accréditée par les chroniques, se trouve en quelque sorte consacrée dans ces lettres.
Il restera toujours constant, au surplus, même d’après le témoignage de la Pucelle, que ces armoiries furent accordées à ses frères. Je serais très-tenté de croire que cette faveur royale avait précédé la délivrance des lettres de noblesse de décembre 1429 ; que le nom de Du Lys, changé bientôt en celui de Dalys, avait été décerné à cette occasion aux frères d’Arc par la voix du peuple ; que leur véritable nom de famille étant inconnu à la cour (leur sœur ne s’y était présentée que sous celui de Jeanne la Pucelle), les personnes chargées de la rédaction des lettres de noblesse avaient cru qu’ils s’appelaient réellement Dalys et que ce nom, prononcé Daillys ou Dailly par les frères d’Arc, nourris dans une province dont le langage n’était pas très-pur, se transforma en celui de Daï ou d’Ay sous la plume de ces rédacteurs, embarrassés d’en représenter le son par l’orthographe. C’est sans doute à cette 55époque que Charles VII fit frapper une médaille en l’honneur de la Pucelle. D’un côté l’on voyait son portrait, et de l’autre une main portant une épée, avec ces mots pour légende : Consiliis confirmata Dei (soutenue par le secours du ciel)2531.
Le roi ne borna point là les témoignages de sa reconnaissance. Voulant que tout répondît au ministère qu’il avait plu à Dieu de confier à la jeune inspirée, il exigea qu’elle portât désormais de riches vêtements2532.
Il luy donna une hangue de toille d’or tailladée, et ouverte de tous costez, qu’elle portoit sur ses armes. […] C’estoit comme une houpille ou hongrelline2533.
Vestue en guise d’homme, elle portoit les cheveux rondiz, chaperon déchiqueté, gippon, chausses vermeilles attachées à foyson aiguillettes2534.
Elle avait aux doigts deux anneaux, à l’un desquels elle semblait être fort attachée. S’il était d’or, ce n’était pas de l’or fin ; il y avait trois croix gravées dessus, et les mots Jhesus Maria. Un double motif le rendait précieux à ses yeux, il paraît qu’elle le tenait de ses parents ; et,
ayant son anel en sa main et en son doy, elle avait touché à saincte Katherine.
Aussi avait-elle l’habitude de considérer tendrement 56cet anneau au moment d’aller au combat : elle a assure que c’était surtout en l’honneur de ses père et mère, dont il lui rappelait le souvenir2535. George Chastelain, judiciaire du duc Philippe de Bourgogne, dans une vie de ce prince citée par Pontus Heuterus, écrivain du XVIe siècle, racontait
qu’il avait vu la Pucelle Jeanne, qui, de paysanne inconnue, était parvenue, par ses exploits guerriers, à obtenir du roi Charles un état de maison qui égalait celui d’un comte, afin qu’elle ne tombât point, aux yeux des hommes de guerre, dans le mépris qui est l’effet ordinaire de l’indigence. Car on voyait en sa compagnie, outre de nobles pucelles, un intendant, un écuyer, des pages, des valets de main, de pied et de chambre. Elle était respectée du roi, des grands de sa cour, et de tout le peuple, comme une espèce de divinité2536.
57Tous ces hommes n’avaient point altéré le caractère de Jeanne d’Arc ; son âme, véritablement grande et élevée, triomphait sans effort de l’épreuve perfide de la prospérité. Il est si nécessaire et si important pour la gloire de l’héroïne française d’établir invinciblement la vérité de cette assertion, qu’on me pardonnera sans doute de tomber ici dans des redites inévitables. Le tableau que je vais présenter à mes lecteurs sera uniquement tiré des passages des dépositions relatifs au caractère et à la conduite de 58Jeanne d’Arc, depuis son arrivée a la cour jusqu’à l’époque où nous sommes parvenus.
Toujours même régularité de mœurs, même douceur de manières ; toujours même assiduité à remplir les devoirs du chrétien, même empressement à recevoir les sacrements de l’Église ; son zèle à cet égard semblait même plutôt croître que s’affaiblir2537. Au moment où le prêtre 59officiant exposait à sa vue le corps de Notre Seigneur, ce spectacle l’affectait si profondément, qu’elle répandait un torrent de larmes. Chaque jour, à l’heure du crépuscule, lorsqu’elle était en campagne, elle se retirait dans l’église la plus voisine, faisait sonner les cloches pendant près d’une demi-heure, et rassemblait autour d’elle les religieux mendiants qui suivaient l’armée ; elle se prosternait ensuite au milieu d’eux, et leur faisait chanter un hymne à la Vierge2538. Elle avait instamment recommandé à son chapelain de l’avertir quand elle passerait dans quelque endroit où se trouverait un couvent de cet ordre, un jour où les enfants des pauvres y recevraient le sacrement de l’Eucharistie ; elle éprouvait une grande joie à s’aller mêler à ces enfants, et à communier avec eux2539. Elle ne se confessait jamais sans que le repentir de ses moindres fautes ne lui fit mouiller de ses pleurs le tribunal de la pénitence2540. On la vit souvent se lever la nuit, se prosterner dans l’ombre, croyant n’être pas vue, et prier Dieu pour la prospérité du roi et du royaume2541. Comme si elle eût eu un pressentiment de sa fin prochaine, elle dit plusieurs fois à son aumônier :
— Si c’est mon sort de mourir bientôt, dites de ma part au roi, notre seigneur, 60qu’il fasse faire des chapelles, où l’on prie le Très-Haut pour le salut des âmes de ceux qui seront morts dans cette guerre pour la défense du royaume2542.
Elle était très-charitable et très-généreuse dans ses aumônes, donnant aux pauvres tout l’argent dont elle pouvait disposer2543. Elle remit souvent dans cette vue, à Jean de Metz, des sommes prises sur ses épargnes2544. Quand on l’engageait à mettre des bornes à sa libéralité :
— J’ai été envoyée, répondait-elle, pour la consolation des pauvres et des indigents2545.
Elle était compatissante, même pour ses ennemis2546, et avait soin de leur faire administrer les consolations de l’Église, lorsqu’elle les voyait en danger de mourir2547.
Elle était de la plus grande sobriété, tant en buvant qu’en mangeant2548. Aucun être vivant n’aurait pu l’emporter sur elle à cet égard2549.
61Elle était infiniment chaste et pudique2550. On entendit très-souvent Jean d’Aulon, à qui le roi avait confié la garde de cette jeune fille, dire qu’il ne croyait pas qu’il y eût une femme plus chaste qu’elle au monde2551. Les Anglais eux-mêmes, dit un historien célèbre de cette nation, ne lui ont jamais rien reproché relativement à ses mœurs2552.
On n’a jamais ouï dire qu’elle se soit entretenue avec aucun homme une fois le soleil couché2553. Toujours une ou plusieurs femmes partageaient sa couche2554. Elle préférait que ce fussent de jeunes vierges ; elle ne voulait pas coucher avec de vieilles femmes2555. Quand on ne pouvait trouver des personnes de son sexe pour passer la nuit auprès d’elle, elle reposait tout habillée2556.
Elle amoit tout ce que bon xhrestpien et xhrestpienne doit amer ; et, par especial, elle amoit fort un bon preudhomme qu’elle sçavait estre de vie chaste2557.
62Quand elle était en armes, et à cheval, jamais elle n’en descendait pour aucun besoin naturel ; et tous les gens de guerre s’émerveillaient qu’elle pût rester si longtemps à cheval2558.
Son air, ses gestes, ses discours, étaient pleins d’honnêteté, de décence et de pudeur2559. Jamais aucun jurement ne sortit de sa bouche2560 ; ses lèvres ne proféraient que des paroles édifiantes et de bon exemple2561 ; elle avait horreur des blasphèmes2562 ; elle haïssait le jeu de dés2563 ; pour rien au monde elle n’eût voulu faire une chose qu’elle eût cru déplaire à Dieu2564 ; c’était en tout une bonne et honnête créature2565, de très-belle vie2566, abhorrant le vice, reprenant 63les vicieux2567, pleine de modestie, et rapportant à Dieu la gloire de tous ses faits2568.
Rien n’égalait sa simplicité, et même son ignorance, dès qu’il ne s’agissait plus des opérations militaires2569, dans lesquelles elle se montrait très-habile2570 ; car elle s’entendait aussi bien à conduire et disposer les troupes, à les ranger en bataille, à les animer au combat, que si c’eût été le plus subtil capitaine du monde, et qui eût consacré toute sa vie à étudier l’art de la guerre2571. Personne ne montait mieux à cheval, ne se servait de la lance avec plus d’adresse2572, et surtout ne disposait l’artillerie avec plus d’intelligence2573. Elle valait à elle seule deux ou trois des plus célèbres guerriers2574. Elle joignait au courage le plus intrépide la prudence et la prévoyance qui semblent devoir être exclusivement 64le partage des capitaines consommés2575. Aussi était-elle, à cet égard, l’objet de l’admiration générale2576. Gaucourt et plusieurs autres généraux avouaient qu’elle était
moult docte en armes, et s’émerveilloient singulierement de son industrie2577.
Hors de là c’était toute naïveté et toute innocence2578.
Elle ne tolérait aucun pillage2579, et reprenait sévèrement les hommes d’armes qui dérobaient des vivres dans la campagne, ou y commettaient quelque autre désordre2580. Elle préférait se passer de manger, à se nourrir de vivres qu’elle savait ou soupçonnait avoir été enlevés par violence2581. Fille d’un cultivateur, élevée elle-même à la campagne, mille fois témoin des souffrances des familles laborieuses, à qui l’avidité d’une soldatesque insolente et impitoyable venait d’arracher leur misérable subsistance, ce pain des larmes acquis au prix de tant de sueurs et de travaux, on conçoit que le spectacle des mêmes excès, commis sous son commandement dans une expédition 65toute sainte par son but et par son caractère, dut enflammer cette âme compatissante et généreuse d’une juste indignation et d’une pieuse colère. Un jour un soldat écossais, qui apparemment ne savait pas le français, l’engageant par signes à manger de la chair d’un veau qu’il avait volé, elle en fut si révoltée, que, dans un premier mouvement, elle voulut le frapper de son épée2582.
J’ai déjà dit qu’elle ne souffrait point dans l’armée les femmes de mauvaises mœurs2583, et qu’elle avait pour elles une horreur invincible2584 : aucune n’osait approcher d’elle2585 ; elle chassait honteusement du camp toutes celles qu’elle rencontrait2586, à moins que des soldats ne consentissent à les épouser immédiatement2587.
Jamais chef de guerre ne se montra moins intéressé, et ne s’occupa moins de la récompense due à ses services.
Elle ne demandoit rien à son roy, (c’est elle-même qui nous l’apprend), fors bonnes armes, bons chevaux, et de l’argent à paier les gens de son hostel2588.
66Jeanne passa trois semaines à Bourges, dans la demeure de Regnault de Bouligny ; elle y prenait tous ses repas ; elle partageait régulièrement la couche de la maîtresse de la maison ; elle se baigna plusieurs fois en sa présence : sa conduite fut toujours pleine d’innocence et de modestie2589. Désirant beaucoup assister aux matines, mais ne voulant pas sortir à cette heure-là sans être accompagnée de son hôtesse, elle la pria instamment de vouloir bien l’y conduire ; dame Marguerite y consentit plusieurs fois2590. Elles passaient souvent de douces heures ensemble, dans l’abandon d’une aimable causerie2591, avec un petit nombre de personnes. Quelques-unes disaient parfois à la jeune guerrière qu’elle ne craignait pas d’aller à l’assaut, parce qu’elle savait bien qu’elle n’y serait pas blessée.
— Je n’ai pas plus de garantie là-dessus, répondait-elle, que les autres gens d’armes2592.
Paroles qui prouvent que si elle avait puisé son enthousiasme dans les ordres qu’elle croyait avoir reçus du ciel, c’est dans son cœur qu’elle avait trouvé sa fermeté et son courage.
Ce qui surprend le plus dans le caractère de cette jeune fille, c’est que, née dans un état obscur, pleine d’une dévotion ardente, fondée à se croire l’objet d’une prédilection particulière de 67la Providence, elle n’ait jamais payé tribut à la bigoterie et aux superstitions de son siècle. Sa modestie et son bon sens naturel lui suffirent pour s’en défendre. Loin de se prêter aux préventions superstitieuses du peuple à son égard, qui auraient pu flatter la vanité d’un esprit moins supérieur, elle cherchait avec douceur à les combattre et à les détruire. Plusieurs femmes demandaient à la voir, et apportaient avec elles des croix, des chapelets et autres emblèmes religieux, qu’elles la suppliaient de vouloir bien toucher, dans la persuasion que la jeune sainte leur communiquerait ainsi des vertus miraculeuses. Jeanne d’Arc riait de leur crédulité, et se tournant vers dame Marguerite :
— Touchez-les vous-même, lui disait-elle gaiement, car ils seront aussi bons de votre toucher que du mien2593.
Souvent même elle s’affligeait sérieusement de l’espèce d’adoration que ces bonnes femmes témoignaient pour elle2594. Une anecdote assez singulière, rapportée par elle-même, et dont aucun historien, que je sache, n’a jugé à propos de faire mention, achève de prouver que non-seulement sa piété ne dégénérait pas en superstition, mais encore que sa foi dans les bontés de la Providence n’allait pas jusqu’à adopter sans examen les faits qui s’écartaient 68de l’ordre naturel. Les merveilles opérées par le jeune guerrière avaient excité l’émulation de plusieurs femmes vouées à la vie contemplative, et multiplié en France, sinon les héroïnes, du moins les inspirées et les prophétesses. Une de ces femmes, nommée Catherine de la Rochelle, était parvenue à se faire une certaine réputation ; elle s’était mise sous la direction de ce célèbre frère Richard, dont j’ai déjà eu plusieurs fois occasion de parler : tous deux travaillaient à répandre mutuellement le bruit de leur sainteté, et cherchaient à gagner les bonnes grâces du roi par les plus magnifiques promesses. Jeanne d’Arc avait déjà eu occasion de voir Catherine de la Rochelle à Jargeau, probablement après le voyage de Reims, et elle lui fut présentée de nouveau à Montfaucon-en-Berry. On ignore ce qui avait amené en ce lieu la jeune amazone. Laissons la parler elle-même.
Celle Katherine lui dist qui (qu’il) venoit à elle une dame blanche vestue de drap d’or, qui luy disoit qu’elle alast par les bonnes villes, et que le roy luy baillast des heraulx et trompectes pour faire crier, quiconque airoit (aurait) or ou argent ou tresor mucié (caché) qu’il l’apportast tantoust (aussitôt) ; et que ceulx qui ne le feroient, et qui en aroit de muciez, qu’elle les congnoistroit bien, et sçaroit (saurait) trouver lesdits tresors ; et que ce seroit pour payer les gens d’armes d’icelle 69Jehanne.
Cette proposition ridicule, mais qui pouvait flatter l’avarice du ministre La Trémoille, toujours prêt à sacrifier l’affection des peuples et les véritables intérêts du roi à sa passion dominante, fut fort mal accueillie de Jeanne d’Arc. Elle répondit à la nouvelle enthousiaste,
que elle retournast à son mary, faire son mesnaige et nourrir ses enfans.
Toutefois, ne voulant pas s’en rapporter là-dessus à son seul jugement,
elle demanda à celle Katherine se celle dame, dont elle se disait visitée, venoit toutes les nuyz ; et pour ce coucheroit avec elle. [Catherine ayant répondu affirmativement, Jeanne d’Arc] y coucha, et veilla jusques à mynuit, et ne vit rien, et puis s’en dormit. Et quant vint au matin, elle demanda s’elle (la dame blanche) estoit venue ? Et (Catherine) luy respondit qu’elle estoit venue, et lors dormoit ladicte Jehanne, et ne l’avoit peu esveiller. Et lors luy demanda s’elle vendroit (viendrait) point le landemain ? Et ladicte Katherine luy respondit que ouil (oui). Pour laquelle chose dormit icelle Jehanne de jour, afin qu’elle peust veiller la nuit ; et coucha la nuit ensuivant avec ladicte Katherine, et veilla toute la nuit ; mais ne vit rien, combien que souvent luy demandast : vendra elle point ? Et ladicte Katherine luy respondoit : ouil, tantost2595.
70Cette épreuve semblait avoir suffisamment démasqué la prétendue prophétesse ; Jeanne d’Arc ne voulut cependant avoir rien à se reprocher là-dessus.
Et pour en sçavoir la certaineté, (c’est toujours elle qui parle), elle parla à saincte Marguerite et à saincte Katherine, qui luy dirent, que du fait de icelle Katherine n’estoit que folie, et estoit tout ment (mensonge)2596. Et escript (écrivit) à son roy qu’elle luy diroit (ce) qu’il en devoit faire. Et quant elle vint à luy, (à son retour à Bourges ou à Mehun-sur-Yèvre, apparemment), elle luy dist que c’estoit folie et tout ment du fait de ladite Katherine. Toutesvoies frère Richard vouloit que on la mist en œuvre ; et en ont été très mal d’elle lesdits frère Richard et ladite Katherine2597.
Après tout ce que je viens de rapporter de la conduite chaste et édifiante de la Pucelle, on ne sera point étonné du respect universel qu’elle inspirait. Plusieurs hommes qui avaient vécu dans sa société la plus intime assuraient n’avoir jamais éprouvé auprès d’elle, malgré sa beauté et sa jeunesse, le moindre désir illicite2598. Ils ne 71croyaient même pas qu’il fût possible qu’elle inspirât une pensée déshonnête2599. Que si, dans l’abandon d’une conversation particulière, des guerriers de mœurs peu scrupuleuses se livraient à ces plaisanteries grossières, qui ne sont qu’une profanation triviale des mystères de l’amour, et que la jeune amazone parût et s’approchât d’eux, leurs lèvres, enchaînées comme par une sorte de magie, se refusaient aussitôt à continuer le même langage ; une révolution soudaine s’opérait dans tout leur être ; l’aspect de la chaste héroïne en bannissait, comme autant de mauvais génies, les pensées impures et les désirs coupables2600. Parmi les témoins qui déposent de ces faits, déjà affirmés par Jean de Metz et Bertrand de Poulengy2601, on remarque le célèbre Dunois, Jean II, duc d’Alençon, qui passa mainte fois la nuit dans la même tente, et couché sur la même paille que la jeune guerrière ; qui la vit s’armer, qui aperçut son sein, et qui en admira la beauté ; enfin Jean d’Aulon, son écuyer, qui vit souvent sa gorge en aidant à l’armer, et ses jambes nues lorsqu’il la faisait panser de ses blessures2602.
72Frappés également de ses actions et de ses paroles, et surtout de ce qu’il eût été impossible de lui faire un seul reproche, les soldats la révéraient comme une sainte2603. Dunois déclare qu’il lui semblait que c’était une chose presque divine2604.
Veut-on savoir quelle était à cette époque, parmi les nations étrangères, l’opinion des hommes instruits, doués de quelque impartialité, relativement au phénomène qui changeait la face de la France ? Un auteur anonyme des environs de Spire, et probablement de Landau, termina le 17 septembre 1429, époque du retour de Charles VII vers la Loire, un petit traité latin sur l’héroïne française. Dans la première partie de cet ouvrage, l’anonyme compare la Pucelle aux anciennes sibylles ; dans la seconde, il semble pencher à croire que cette jeune fille avait quelque connaissance des sciences occultes. Son livre est principalement curieux en ce qu’il rend témoignage de la réputation dont jouissait alors la Pucelle ; c’est une déposition de plus à ajouter à celles que renferme le procès de révision.
Elle passe généralement, (dit-il), pour être de bonnes mœurs, d’une conduite sage, d’une conversation douce et modeste ; elle se fait 73surtout remarquer par son humilité et par une piété sincère ; elle y joint un talent supérieur pour la guerre, dont elle prévoit tous les événements ; elle se confesse souvent, et fortifie la droiture de ses intentions en recevant fréquemment l’Eucharistie ; son amour pour le bien lui fait abhorrer la rapine et le brigandage ; elle soulage les pauvres et protège les orphelins ; ces choses la font estimer et respecter en France. Cette jeune fille est surtout fort attachée à la religion catholique, au culte et aux sacrements de l’Église. Les effets de sa vie toute chrétienne se répandent sur ce qu’elle fait actuellement et sur ce qu’elle doit entreprendre ; et, quelque merveille qu’elle opère, elle a soin de tout rapporter à la Sainte Trinité. Par cette pieuse attention elle réussit selon ses désirs. Elle ne cherche que la paix, vient au secours des pauvres, aime et suit la justice et l’équité ; surtout elle n’ambitionne ni richesses, ni délices, ni rien de ce qui constitue le luxe et la vanité du monde2605.
Par condescendance pour le parti anglais, l’anonyme 74rapporte ensuite quelques traits de l’animosité des ennemis de la France, qu’il combat lui-même par les observations suivantes :
La nation française, (dit-il), qui est remarquable par son intelligence (gallicana natio calliditate floret), n’a pas reçu cette fille sans examen.
Attendu les circonstances extraordinaires où la France était placée, il croit que ses opérations viennent d’une cause supérieure, et
que Dieu avait jugé convenable de réparer par une vierge, ce qui avait été détruit par une femme, (expedit reparari per virginem quod desertum fuit per mulierem.)
Quant au reproche que quelques-uns faisaient à la Pucelle, d’enfreindre le précepte qui défend de prendre d’autres habits que ceux du sexe auquel on appartient, il repousse cette accusation par l’autorité de Saint-Thomas, qui assure que la nécessité des circonstances établit une exception légitime à cette règle du Deutéronome, lequel ne condamne ce changement d’habits, que quand il a pour but de favoriser des mœurs dissolues. Enfin, par le tableau de la piété et de la bonne conduite de Jeanne d’Arc, l’anonyme anéantit les soupçons ridicules de magie et de sortilèges dont les Anglais cherchaient à obscurcir sa renommée. Quoique étranger à la France, cet auteur impartial ne peut s’empêcher de remarquer combien la douceur naturelle de la nation française 75contrastait dès ce temps-là avec la dureté du caractère britannique.
La pieuse France, a, (dit-il), donné à l’église de Dieu un aussi grand nombre de savants docteurs, que la féroce Angleterre en a livré aux supplices les plus barbares, (pia Gallorum Francia multos doctores profundissimos generavit in Dei ecclesia, ferox Anglia quam plurimos atrociter multavit.)
Notes
- [2444]
Histoire au vray, etc.
- [2445]
Histoire au vray, etc. ; Alain et Jean Chartier.
- [2446]
Monstrelet.
- [2447]
Jean Chartier.
- [2448]
Histoire au vray, etc.
- [2449]
Jean Chartier.
- [2450]
Monstrelet.
- [2451]
Monstrelet.
- [2452]
Jean Chartier.
- [2453]
Mémoires de Duclercq, dans la collection des Mémoires particuliers relatifs à l’Histoire de France.
- [2454]
Jean Chartier.
- [2455]
Chronique sans titre.
- [2456]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2457]
Jean Chartier.
- [2458]
Jacques Doublet, Histoire des antiquitez de Saint-Denis.
- [2459]
Jean Chartier ; Jacques Doublet.
- [2460]
Interrogatoires des 27 février et 17 mars 1430.
- [2461]
Jacques Doublet, Histoire des antiquitez de Saint-Denis.
- [2462]
Interrogatoire du 17 mars 1430.
- [2463]
Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, n° 5970 bis, ayant pour titre : Plusieurs traités en faveur de Jeanne d’Arc, appelée communément la Pucelle d’Orléans ; manuscrit composé de copies littérales de la Bibl. du Vatican, procurées à la Bibliothèque du Roi, au mois de mai 1787, par M. le cardinal de Bernis, en vertu des ordres de M. le baron de Breteuil.
- [2464]
Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, n° 5970 bis, etc.
- [2465]
Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, n° 5970 bis, etc.
- [2466]
Idem.
- [2467]
Chronique sans titre.
- [2468]
C’est celui dont il est fait mention en ces termes dans la lettre de Guy Laval :
Et pour le liseur de ces présentes, que nous saluons, le sieur du Boschet, etc.
- [2469]
Chronique sans titre ; Jean Chartier, etc.
- [2470]
Histoire au vray, etc. ; Alain Chartier.
- [2471]
Le comte de Clermont avait épousé la princesse Agnès de Bourgogne, l’une des filles de Jean le Téméraire, et se trouvait par conséquent beau-frère du duc de Bourgogne et de la duchesse de Bedford.
- [2472]
Monstrelet.
- [2473]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2474]
Monstrelet.
- [2475]
Monstrelet.
- [2476]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2477]
Monstrelet.
- [2478]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2479]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2480]
Monstrelet.
- [2481]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2482]
Monstrelet.
- [2483]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2484]
Registres du parlement, vol. XV.
- [2485]
Idem.
- [2486]
15 octobre, l’avant-veille du départ du régent.
- [2487]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2488]
Registres du parlement.
- [2489]
Monstrelet.
- [2490]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2491]
Idem.
- [2492]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2493]
Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre ; Jean Chartier.
- [2494]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2495]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2496]
Idem.
- [2497]
Idem.
- [2498]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2499]
Actes de Rymer, t. X, p. 434, édition de 1727.
- [2500]
Actes de Rymer, t. X, p. 434, édition de 1727.
- [2501]
Idem.
- [2502]
Monstrelet.
- [2503]
Jean Chartier.
- [2504]
Abrégé d’Histoire chronologique, par un anonyme contemporain.
- [2505]
Monstrelet.
- [2506]
Chronique sans titre.
- [2507]
Alain Chartier.
- [2508]
Jean Chartier, Histoire de Charles VII.
- [2509]
Monstrelet.
- [2510]
Monstrelet.
- [2511]
Monstrelet.
- [2512]
Histoire de Portugal.
- [2513]
Le cap de Penmark, par exemple. Penmark ou Pen-March, en bas-breton ou celtique, la Tête du Cheval.
- [2514]
Voyez les cartes des côtes de Bretagne, par Cassini.
- [2515]
Pomponius Mela.
- [2516]
M. de Cambry, Voyage dans le Finistère.
- [2517]
Calais.
- [2518]
Sous Charles VI.
- [2519]
Journal d’un bourgeois de Paris. — Un fait certain, c’est qu’elle débarqua en Angleterre au commencement du mois de décembre, et que le gouvernement de ce royaume lui fit remettre, à titre de prêt, la somme de cent livres. (Actes de Rymer, t. X, p. 436, édition de 1727.)
- [2520]
Idem.
- [2521]
Monstrelet, etc.
- [2522]
Olivier de la Marche, etc.
- [2523]
Actes de Rymer, t. X, p. 438, édition de 1727.
- [2524]
Il semble qu’il y a ici un mot omis dans le texte original. Je soupçonne qu’il faudrait lire : Ad perpetuam rei supernaturalis memoriam (en mémoire d’un événement surnaturel).
- [2525]
D’Ay pour d’Arc. La cause de cette altération nom n’est pas expliquée d’une manière satisfaisante par les auteurs qui l’ont remarquée. Toutes les dépositions de l’enquête de Vaucouleurs portent d’Arc ; ainsi ce nom était le véritable.
- [2526]
Ceci semble avoir rapport à la révélation miraculeuse qu’on assurait avoir été faite à Charles VII par la Pucelle.
- [2527]
Extrait du XVIe livre des chartes de la chambre des comptes.
- [2528]
Notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III.
- [2529]
Interrogatoire du 10 mars 1430.
- [2530]
Grosses du procès de condamnation, parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi.
- [2531]
Dictionnaire historique portatif des Femmes célèbres, t. II.
- [2532]
Edmond Richer, Histoire manuscrite de la Pucelle.
- [2533]
Idem.
- [2534]
Journal d’un bourgeois de Paris.
- [2535]
Deuxième interrogatoire du 17 mars 1430.
- [2536]
Pontus Heuterus, en son Histoire des ducs de Bourgogne. — J’ai fait inutilement beaucoup de recherches pour me procurer l’Histoire du duc Philippe le Bon, par George Chastelain, restée manuscrite, dit l’abbé Lenglet Du Fresnoy, dans les Pays-Bas. On trouve bien un ouvrage de cet auteur, intitulé : Déclaration de tous les hauts faicts et glorieuses adventures du duc Philippe de Bourgongne, dit le Grand Lyon. Il en existait un exemplaire manuscrit dans la Bibl. de M. de la Mare à Dijon, et la Bibliothèque du Roi en possède un autre sous le n° 9837 ; mais cet ouvrage n’est qu’un portrait et un éloge des qualités morales et physiques du duc Philippe ; il ne contient presque rien d’historique, et la Pucelle n’y est pas même nommée. Il existe encore un petit ouvrage en vers du même écrivain, intitulé : Recollection des choses merveilleuses advenues en nostre temps, commencées par très élégant orateur Georges Chastelain, et continuées par Jean Molinet. Il est imprimé avec les Dits et Faits de Jean Molinet, Paris, 1537, in-8°. Il n’y a que deux stances de cette espèce de poème qui soient relatives à la Pucelle, et elles ne nous apprennent rien qu’on ne retrouve ailleurs. Je regrette d’autant plus vivement de n’avoir pu me procurer l’Histoire de Philippe le Bon, qu’Olivier de la Marche fait, dans ses Mémoires, un grand éloge de cet auteur.
Ce très vertueux escuyer Georges Chastelain, (dit-il), mon père en doctrine, mon maistre en science, et mon singulier amy, lequel seul je puis à ce jour nommer et escrire la perle et l’estoile de tous les historiografes qui, de mon temps, ny de pieça, ayent mis plume, encre, ne papier, en labeur ou en œuvre.
- [2537]
Dépositions de Marguerite la Touroulde, de Jean de Novelonpont, dit de Metz ; de Bertrand de Poulengy, de Jean de Gaucourt, de frère Séguin, de Guillaume de Ricarville, de maître Renaud Thierry, de J. Hilaire, de Gille de Saint-Mammain, de Jacques l’Esbahy, de Guillaume le Charron, de Cosme de Commy, de Martin de Mauboudet ; de J. Volant, de Guillaume Postiau, de Jacques Thou, de Denis Rogier, de J. Carrelier, d’Aignan de Saint-Mammain, de J. de Champiaux, de Pierre Jougant, de Pierre Hue, de J. Aubert, de Guillaume Rouillard, de Gentien Cabu, de Pierre Vaillant, de J. Coulon, de J. Biauharnays, de Robert de Sarciaulx, de Pierre Compaing, de Pierre la Censure, de Raoul Godart, de Henri Bonart, d’André de Bordes, de Jeanne, femme de Gilles de Saint-Mammain ; de Jeanne, femme de Simon Boileau ; de Guillemete, femme de J. Coulon ; de Jeanne, veuve de J. de Mouchy ; de Charlotte, femme de J. Havet, de Regnaulde, veuve de J. Hue ; de Pétronille, femme de J. Biauharnays ; de Macée, femme de Henri Fayone ; de Simon Beaucroix, de Jean Barbin, de Pierre Milet, de Robert Thibault, de J. d’Aulon, de Louis de Contes, de Jean, duc d’Alençon ; de Thibaut d’Armagnac, de frère Jean Pasquerel, de Simon Charles, de Colette, femme de Pierre Milet, et d’Agnan Viole.
- [2538]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [2539]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [2540]
Idem.
- [2541]
Idem.
- [2542]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [2543]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2544]
Déposition de J. de Novelonpont, dit de Metz.
- [2545]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2546]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2547]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [2548]
Dépositions de Jean de Gaucourt, de Guillaume de Ricarville, de Jean Barbin, de Pierre Milet, de Louis de Contes, de Colette, femme de Pierre Milet, etc.
- [2549]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [2550]
Dépositions de Jean de Gaucourt, de Guillaume de Ricarville, de J. Biauharnays, de Jeanne, femme de Gilles de Saint-Mammain, et de Jean, duc d’Alençon.
- [2551]
Déposition du comte de Dunois.
- [2552]
Hume, History of England.
- [2553]
Déposition de Jean de Gaucourt.
- [2554]
Ibid. et de Louis de Contes et frère Jean Pasquerel.
- [2555]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2556]
Déposition de Louis de Contes.
- [2557]
Déposition de Jean d’Aulon.
- [2558]
Déposition de Simon Charles.
- [2559]
Dépositions de Colette, femme de Pierre Milet ; d’Agnan Viole, de Renaud Thierry, de J. Hilaire, de Jeanne, femme de Gilles de Saint-Mammain, et d’une foule d’autres témoins.
- [2560]
Dépositions de Bertrand de Poulengy, de Jean d’Aulon, etc.
- [2561]
Déposition de Jean de Gaucourt.
- [2562]
Dépositions de Louis de Contes, de Simon Beaucroix, de Jean, duc d’Alençon, de Pierre Milet, de Robert Thibault, etc.
- [2563]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2564]
Déposition de frère Jean Pasquerel.
- [2565]
Dépositions de Thibaut d’Armagnac, de Jean, duc d’Alençon, etc.
- [2566]
Déposition de Guillaume de Ricarville.
- [2567]
Déposition de Jeanne, femme de Gilles de Saint-Mammain.
- [2568]
Déposition de Pierre Vaillant.
- [2569]
Dépositions d’Agnan Viole, de Marguerite la Touroulde, de Jean, duc d’Alençon, et de Thibaut d’Armagnac.
- [2570]
Dépositions de Simon Charles et de Robert de Sarciaulx.
- [2571]
Dépositions de Thibaut d’Armagnac, d’Aman Viole et de Jean, duc d’Alençon.
- [2572]
Dépositions de Marguerite la Touroulde et de Jean, duc d’Alençon.
- [2573]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [2574]
Déposition de Jean, comte de Dunois.
- [2575]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [2576]
Idem.
- [2577]
Déposition de Pierre Milet.
- [2578]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2579]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2580]
Dépositions de Simon Charles, de Thibaut d’Armagnac et de Pierre Milet.
- [2581]
Dépositions de Simon Beaucroix et de frère Jean Pasquerel.
- [2582]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2583]
Dépositions de Louis de Contes, de Simon Beaucroix, de Jean, duc d’Alençon ; de Pierre Milet, etc.
- [2584]
Déposition de Jean, duc d’Alençon.
- [2585]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2586]
Dépositions de Pierre Milet et de Simon Beaucroix.
- [2587]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2588]
Interrogatoire du 10 mars 1430.
- [2589]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2590]
Idem.
- [2591]
Idem.
- [2592]
Idem.
- [2593]
Déposition de Marguerite la Touroulde.
- [2594]
Déposition de Simon Beaucroix.
- [2595]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2596]
On peut lire également nient dans le manuscrit ; ce mot serait là pour néant. La grosse latine a suivi ce dernier sens : elle porte nihil.
- [2597]
Interrogatoire du 3 mars 1430.
- [2598]
Dépositions de Simon Beaucroix, de Robert Thibault, de Jean, comte de Dunois, de Jean d’Aulon, de Jean, duc d’Alençon, etc.
- [2599]
Déposition de Robert Thibault.
- [2600]
Idem.
- [2601]
Voyez à la fin du livre Ier de cette Histoire.
- [2602]
Leurs dépositions.
- [2603]
Déposition de Jean Barbin, avocat du roi.
- [2604]
Sa déposition.
- [2605]
Landayani cujusdam anonymi clerici de Sibylla Franciæ rotuli duo, dans le recueil de Melchior Goldast, intitulé : Sibylla Francisca, seu de admirabili Puella Johanna Lotharinga, pastoris filia, ductrice exercitus Francorum sub Carolo VII ; in-4°. parvo, Ursellis, 1606.