B.-Th. Poüan  : Hélie de Bourdeille (1897-1900)

II. Preuves et éclaircissements : Avant-propos

Le saint cardinal
Hélie de Bourdeille
Tome II
Preuves et éclaircissements

Avant-propos

5Nous l’avons déclaré au commencement de ce travail, nos longues recherches sur le saint cardinal de Bourdeille n’ont point eu d’autre but que de préparer les voies à sa définitive glorification par l’Église. L’étude plus approfondie d’une époque si intéressante au point de vue de notre histoire nationale, ecclésiastique et locale, n’a pas été sans nous procurer une vive jouissance ; mais nous avons voulu surtout contribuer, suivant nos humbles moyens, à la reprise d’une cause si belle et si longtemps interrompue.

Pour atteindre un pareil but, la simple rédaction, suivant les règles ordinaires du genre, d’un Mémoire historique, si sincère, précis, documenté soit-il, ne suffit pas. La sainte Église, en cette matière de l’inscription au catalogue des Saints, dépasse singulièrement les exigences communes de la critique, et pousse jusqu’aux limites extrêmes la juste rigueur de ses enquêtes.

Nous devrons donc, dans le recueil de nos Preuves et éclaircissements, dépasser aussi les limites dans lesquelles on a coutume de se tenir, et donner à ce que nous appelons aujourd’hui les Pièces justificatives une importance, un développement qui fera presque de l’accessoire le principal.

Un document autorisé, et, ce qui en double le prix, spécialement rédigé pour la cause d’Hélie de Bourdeille, nous servira de guide et de programme.

Voici cette pièce, évidemment émanée de la Sacrée Congrégation des Rites, expédiée de Rome vers 1766, et conservée à la Bibliothèque nationale.

Observations a faire passer a Mgr l’Évesque de Soissons, sur le saint cardinal de Bourdeille1.

On a fait toutes les recherches possibles dans les archives de la Sacrée Congrégation des Rites, et l’on n’a point trouvé le procès du B. cardinal de Bourdeille. Ce seroit pourtant nécessaire de savoir à qui il fut envoyé et adressé à Rome.

Cependant, si on ne peut, en aucune façon, trouver ce procès, il seroit nécessaire que Mgr l’Évêque de Périgueux, ou Mgr l’Archevêque de Tours, ou bien tous les deux ensemble en fissent faire un autre, dans lequel on doit compulser toutes les parcelles des écrivains qui ont parlé de ce même cardinal, touchant la sainteté de sa vie, ses vertus et ses miracles ; et surtout insérer dans ledit procès sa vie écrite par Pierre Boismorin, son secrétaire et confesseur ; laquelle se trouve dans la Bibliothèque royale de Paris.

Compulsant et insérant pareillement le cayer qui contient les vertus dudit Cardinal, abrégé du procès fait par Jean de Plagne, évêque de Périgueux, dernièrement transmis à Rome, intitulé : Vertus particulières d’Élie, cardinal de Bourdeille.

6Et l’autre cayer qui contient la relation de la vie dudit Cardinal, intitulé : Relation de la vie d’Élie de Bourdeille, évêque, cardinal, archevêque de Tours.

L’autre petit cayer écrit pareillement en françois, intitulé : XCVII, Élie de Bourdeille, archevêque ; qui commence ainsi : La maison de Bourdeille est une illustre et très ancienne famille dans le Périgord.

Il faut alléguer les auteurs et les connaissances, et l’année dans laquelle ils les écrivirent.

Cette compulsation faitte, on devroit examiner douze ou quatorze témoins, qui fussent des personnes qualifiées et dignes de foi, lesquelles déposassent que la réputation de la sainteté de la vie dudit cardinal est diffuse par toute la France ; que communément on lui donne le titre de saint, de bienheureux, de thaumaturge de la France, pour la quantité et qualité des miracles opérés par luy ; et qu’à présent encore on lui donne communément ce titre ; que les témoins alléguassent la cause de leur science, comme, par exemple, pour l’avoir entendu dire par leurs ancêtres déjà morts, lesquels l’avoient entendu dire par leurs prédécesseurs ; ou pour l’avoir lu dans les auteurs qui parlent de luy ; pour être chose pu blique et notoire à tout le monde.

Il seroit, en outre, nécessaire de sçavoirsi, dans quelque église de la ville de Périgueux et de Tours, ou de ces diocèses, comme ce seroit dans le village de Bourdeille, on trouve, exposée en public, quelque image dudit cardinal, avec les raions ou splendeurs autour de la tête, ou avec l’inscription de bienheureux ou de saint. Et individuez l’année dans laquelle l’image auroit été peinte ; de plus, il seroit nécessaire de savoir si, dans quelque endroit, on a vénéré, par le passé, ou l’on vénère encore quelqu’une de ses reliques.

On souhaiterait encore d’avoir quelque partie des vêtements de son corps, pour pouvoir la porter à des malades, et voir par là si Dieu voudrait glorifier le Bienheureux Cardinal par des miracles, qui sont véritablement la voix de Dieu.

En ce qui concerne les renseignements historiques, — le reste n’est pas de notre compétence, — nous croyons pouvoir répondre pleinement à toutes les parties de ce programme.

Pour introduire quelque ordre dans cette quantité de pièces et de notes, où la multitude engendrerait aisément la confusion, nous diviserons en six sections les Preuves et éclaircissements que nous avons à produire :

  1. Sources biographiques, ou Pièces fondamentales, en partie inédites ;
  2. Écrits d’Hélie de Bourdeille ;
  3. Pièces et éclaircissements relatifs à quelques points de son histoire ;
  4. Témoignages rendus à sa sainteté ;
  5. Pièces et éclaircissements relatifs à son culte ;
  6. Pièces et notes généalogiques sur la maison de Bourdeille.

Toutefois, cette division ne doit pas être prise au sens rigoureux, absolu. La fidélité scrupuleuse que nous entendons apporter à la production des pièces, nous interdira, le plus souvent, de mutiler les textes, et nous devrons suivre les auteurs dans l’enchaînement de leurs témoignages ou le développement de leurs pensées. De la quelques empiétements inévitables d’une section sur l’autre.

Quoi qu’il en soit, nous souhaitons que cette revue documentaire facilite la tâche de ceux qui devront bientôt, nous en avons la confiance, soutenir au tribunal suprême de l’Église la cause du grand serviteur de Dieu.

7Et nous gardons aussi l’espoir que le lecteur, de son côté, trouvera quelque intérêt à parcourir, dans leur teneur originale, ces nombreuses pièces, la plupart inédites ou peu répandues, connues seulement des érudits. Tous ces témoins, évoqués de siècle en siècle, tous ces documents réunis, groupés pour la défense de la thèse que nous avons eue principalement en vue, — la sainteté et le culte d’Hélie de Bourdeille, — ne laissent pas, en effet, que de projeter une vive lumière sur les événements considérables auxquels s’est trouvé mêlé le saint Cardinal. Or, les hommes et les choses de son pays et de son temps ne sont ni si parfaitement connus, ni si définitivement jugés, qu’on ne puisse tirer de cette mono graphie quelques nouveaux éléments d’appréciation.

Que si pourtant l’on trouvait excessive la quantité de documents dont nous faisons suivre notre Mémoire, nous répondrions avec un vieil auteur :

D’autant que toute ma preuve consiste en la déposition de ces témoins, j’ay cru qu’il me les fallait produire comme font les juges et commissaires, c’est-à-dire, sans rien altérer, ny à leur substance, ny à leur parole, suivant en cela et la raison et l’exemple de ce grand homme, Scaliger, qui disoit : Ne quid sine teste dicerem, id æquo animo hic apposui. [Afin de ne rien dire sans témoin, j'y ai également ajouté cela.] Et si le grand nombre de ces passages que je rapporte, est trop ennuyeux, je diray encore avec le même : Etsi, Candide Lector, istis patienter carere poteras, habent tamen quod te scire melius fuit quam ignorare. [Même si, Cher Lecteur, tu as patiemment supporté des passages dont tu aurais pu te passer, ils contenaient néanmoins ce qu'il te valait mieux savoir qu'ignorer.]2

Notes

  1. [1]

    Bibliothèque Nationale, département des Manuscrits, Périgord, Fonds Prunis et Leydet, t. XII, fol. 80, Mémoires pour servir à l’histoire du cardinal de Bourdeille. Fol. 81 :

    Mémoire envoyé de Rome vers la fin de 1766, concernant M. le cardinal de Bourdeille.

    Ce mémoire a dû être trouvé, soit dans les papiers de M. Henri-Joseph de Bourdeille, évêque de Tulle, puis de Soissons, soit dans quelques archives étrangères ; car on lit, à la date de 1815, une note ainsi conçue :

    Ceci devrait être adressé à MM. de Bourdeille, en cas qu’ils y prennent intérêt, 1815.

    Quoi qu’il en soit, cette pièce a été recueillie par les savants créateurs du Fonds Périgord, et l’on conçoit que, pour notre part, nous y prenions intérêt.

  2. [2]

    Pierre Matthieu, Histoire de Louis XI (1628), Préface.

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