B.-Th. Poüan  : Hélie de Bourdeille (1897-1900)

II. Preuves et éclaircissements : 6. Notes généalogiques

359VI.
Pièces et notes généalogiques sur la maison de Bourdeille

La haute noblesse des Bourdeille ressort suffisamment de tous les documents produits jusqu’ici. Les notes que nous avons réunies dans cette Section, ont moins pour objet d’établir à nouveau un point déjà acquis, que de suivre la filiation de cette famille, depuis le moment où la descendance se trouve fixée par des titres authentiques jusqu’au temps de notre bienheureux, et d’indiquer ensuite, à l’aide de quelques noms et de quelques faits, les glorieux services rendus au pays par une maison alliée directement aux plus grandes maisons de France, et dont l’histoire complète fournirait aisément, à elle seule, la matière d’un volume.

I.
Origines de la maison de Bourdeille

On peut dire que les origines de la maison de Bourdeille se perdent dans la nuit des temps. Les anciens récits qui célèbrent la valeur de ses ancêtres, traversent la légende pour remonter jusqu’à la fable.

La fable donne aux Bourdeille une origine royale, antérieure aux Mérovingiens, et leur prête des exploits qui viennent fort à propos pour expliquer les pièces de leur blason.

Leur auteur serait Nicanor, sixième fils de Marcomir IV, roi des Francs, en l’an 127 de l’ère chrétienne. Nicanor aurait épousé Tiloa Bordelia, dénommée Althilda par quelques-uns, fille du roi d’Angleterre. Appelé par les Aquitains pour les aider à secouer le joug des Romains, il serait venu près de Bordeaux avec une armée navale ; mais, favorisés par une affreuse tempête, les Romains l’auraient empêché de débarquer, et l’auraient contraint de s’éloigner des côtes.

Il se serait alors réfugié dans une île que les habitants avaient abandonnée parce qu’elle était infestée d’animaux sauvages, notamment de griffons, quadrupèdes fantastiques ayant le bec, les serres et les ailes de l’aigle. Pour occuper ses guerriers, Nicanor en entreprit la destruction et y réussit, mais non sans perdre beaucoup de monde. Ayant tué le plus grand et le plus furieux de ces monstres, il lui trancha les deux pattes de devant et reçut, en mémoire de cet acte de vaillance, le surnom de Griffon. Telle serait l’origine des armes de la mai son de Bourdeille.

Brantôme, dans une généalogie écrite en entier de sa maison, dont l’original existe dans 360les archives du château de Bourdeille, relate aussi cette alliance, mais avec le père de Nicanor.

Il dit, en effet :

Iceluy Marcomir, ainsin qu’il est rapporté par Thomas des Columnes, fust marié avecques Athilda Bordilla, fille du roy d’Angleterre, de laquelle il eust sept enfans masles : Clodomir, qui fust roy après lui, Marcomir, Clogio, Francus, Mérodacus, Nicanor, et Odomare. (Maison de Bourdeille en Périgord. Filiation complète, par le Mis de Bourdeille. Troyes, 1893. — Cf. Amédée Boudin, Histoire généalogique du Musée des Croisades, t. II, Ie partie, Paris, 1860.)

Quant à la légende, elle rencontre les Bourdeille parmi les paladins de Charlemagne, et, — cela ne pouvait manquer, — elle assigne à l’un d’eux un rôle de faveur dans l’héroïque désastre de Roncevaux.

Les auteurs du XIIe siècle font mention des seigneurs de Bourdeille. Ils disent qu’Aymond et Angelin de Bourdeille brillaient à la cour de Charlemagne, et que le grand Empereur, en fondant l’abbaye de Brantosme, la mit sous leur protection. Ils disent encore que cet Angelin de Bourdeille portait l'Oriflamme à la bataille de Roncevaux, et périt glorieusement en la défendant. (Mis de Bourdeille et Amédée Boudin, cités ci-dessus.)

Froissard, se fait l’écho de cette légende. Mais il faut avouer que l’histoire, bien loin de la confirmer, l’infirmerait plutôt. Les annales de Réginon, les seules qui mentionnent la fondation de l’abbaye de Brantôme, sont muettes sur le rôle qui aurait été assigné aux Bourdeille par son glorieux fondateur. — Voir D. Bouquet, Histor. de France, t. V, année 769.

D’autre part, la charte de Charlemagne n’existe dans aucun de nos recueils diplomatiques. Le P. Dupuy, dans son Estat de l'Église du Périgord, édit. in-4° de 1629, page 193, donne bien la copie d’une charte qui aurait été trouvée dans la châsse de saint Innocent, patron de l’abbaye de Brantôme, mais aucun seigneur de la maison de Bourdeille n’y est nommé.

Naturellement, l’origine et l’étymologie du nom de cette famille varient suivant la diversité du récit, légendaire ou fabuleux. Suivant la fable, la famille Bourdeille tirerait son nom de Tiloa ou Athilda Bordelia, l’épouse de Nicanor le Griffon, premier fondateur de la maison. Suivant la légende, qui en cela paraît plus vraisemblable, le nom patronymique de la famille aurait été primitivement Hélie, et son chef-lieu tout d’abord aurait été désigné sous le nom de Bourg des Hélies, d’où le dérivé Bourdeille. De fait, on voit par certaines pièces originales et notamment par le testament d’Arnaud de Bourdeille, dont il sera bientôt question, que-le nom d’Hélie était commun dans cet endroit. Que si l’on admettait cette étymologie, notre saint Cardinal aurait reçu au saint baptême le nom primitif d’une famille dont il devait être la gloire la plus haute et la plus pure. Ce qu’il y a de certain, c’est que pour ce nom, qui fut aussi celui de sa profession religieuse, le serviteur de Dieu conserva toujours l’orthographe usitée dans sa famille : Helyas, Hélie.

Quoi qu’il en soit, sans accepter la fable et en n’accordant à la légende que la 361créance limitée qu’elle mérite, on ne doit pas moins conclure de celle-ci comme de celle-là, que l’antiquité de la famille dont elles s’occupent, était déjà accréditée au XIIe siècle et même un ou deux siècles auparavant, ce qui suffit amplement pour que nous placions cette famille parmi les plus anciennes et les plus illustres du royaume. Nul ne peut lui contester le bénéfice du temps immémorial.

Au surplus, les titres authentiques possédés par la maison de Bourdeille, la mettent eux-mêmes au rang de la plus haute et plus antique noblesse.

En effet, dès le milieu du XIe siècle, peu après l’an mil, les Bourdeille se dégagent de la légende, pour entrer dans l’histoire proprement dite. Ils y apparaissent avec le renom d’héroïque bravoure, que la fable et la légende ont tour à tour célébrée. Le plus ancien document qui concerne la maison, est de 1044. C’est un hommage rendu à Géraud de Gourdon, évêque de Périgueux, le 9 mars 1044, par Hélie, sire de Bourdeille. — Gallia Christiana, t. II, col. 1462. — Le second est un acte royal de 1066, en faveur de ce même Hélie, acte dont le titre original se trouve aux archives du château de Bourdeille.

À partir de cet Hélie, on suit, par les titres, la filiation complète de la famille.

Nous la donnons d’après la Notice déjà citée, que publia en 1893 M. le Marquis de Bourdeille, chef de la maison, du nom et des armes.

  1. Hélie Ier de Bourdeille, dont il vient d’être parlé.
  2. Hélie II fait deux donations, l’une en 1101, avec sa femme, et l’autre en 1115, avec son fils Ebles à l’abbaye de Ligueux. — Gallia Christiana, t. II, col. 1462. — A deux fils, Ebles, qui suit et continue la filiation directe, et Hélie.
  3. Ebles fait, en 1146, conjointement avec sa femme, Almodis, et ses deux fils, Hélie et Ebles, une donation à l’abbaye de Chancelade. — Gallia Christiana, t. II, col. 1604. — A deux fils, Hélie, qui suit et continue la filiation directe, et Ebles.
  4. Hélie III épouse Almois, et en a trois fils : Hélie, qui suit et continue la filiation directe, Ebles et Guillaume.
  5. Hélie IV, chevalier, fait, en 1202, conjointement avec deux de ses fils, Hélie et Ebles, une donation à l’abbaye de Chancelade, épouse Tarés de Montmorel, et en a quatre fils : Hélie, qui suit et continue la filiation directe, Ebles, chevalier, Bozon et Bernard.
  6. Hélie V, seigneur de Bourdeille, reçoit un hommage en 1230. A trois fils : Hélie, qui suit et continue la filiation directe, Ebles et Itier.
  7. Hélie VI, chevalier, seigneur de Bourdeille, épouse Agnès d’Albret, et en a quatre enfants : Hélie, qui suit et continue la filiation directe, Ebles, Nadée, abbesse de Périgueux, Imberge.
  8. Hélie VII, seigneur en partie de Bourdeille, auteur, en 1303, d’une transaction avec Hélie, Guillaume et Pierre de Maumont. Teste le 28 décembre 1293. A un fils unique, Guy, qui suit et continue la filiation directe.
  9. Guy Ier, seigneur en partie de Bourdeille, épouse Marie de Jeauffre ou de Geoffre. Fait son testament le mardi d’avant la Saint-Barnabé, 1317. Aveu en 1321. A un fils unique, Hélie, qui suit et continue la filiation directe.
  10. Hélie VIII, seigneur en partie de Bourdeille, épouse, suivant contrat passé le mardi avant la fête de la Chaire de Saint-Pierre, en 1339, Faxis ou Faès de Biron. — Bibl. nation. 362Département des manuscrits. Dossier bleu de Bourdeille, fos 24 et 25. — Fait son testament le 5 des calendes de janvier 1346, et meurt cette même année 1346. Sept enfants : Guy, qui suit et continue la filiation directe ; Hélie, qui suit et continue la filiation directe ; Archambaud, qui suit et continue la filiation directe ; Borgonhe, Marquise, Airamberthe, Sybile.
  11. Guy, co-seigneur de Bourdeille, meurt deux ans après son père, en 1348, sans alliance.
  12. Hélie IX, co-seigneur de Bourdeille, second fils de Hélie VIII, meurt en 1864, sans alliance.
  13. Archambaud Ier, co-seigneur de Bourdeille, troisième fils de Hélie VIII, épouse Gaillarde Vigier, suivant contrat passé le 3 des calendes de mai, en 1339. — Biblioth. nation. Dossier bleu de Bourdeille. — Fait son testament le 30 juin 1384. A quatre enfants : Arnaud, qui suit et continue la filiation directe ; Aimery ; Jeanne, qui épouse en premières noces M. de Gautier, seigneur de Lançois, et en secondes noces Pierre de Gontaut ; Marie, qui épouse en premières noces Bertrand de la Roche, et en secondes noces le seigneur de Pressac.

Cet Arnaud, fils aîné d’Archambaud Ier, est le père de notre saint Cardinal. Nous avons donc la liste complète des ancêtres du bienheureux, depuis le milieu, ou plutôt depuis le commencement du XIe siècle. Leur série comprend douze générations dont la succession embrasse trois siècles. L’histoire a conservé le souvenir de plusieurs faits relatifs à ces preux.

Et d’abord, plusieurs Bourdeille prennent part aux croisades.

En premier lieu, un Pierre de Bourdeille, dont la présence en Palestine est constatée par une charte du Saint-Sépulcre de Jérusalem, de 1149, dans laquelle il paraît comme témoin. Ensuite, un Hélie de Bourdeille, dont la présence en Terre-Sainte est aussi constatée par une charte de 1168. Puis Hélie VI, seigneur de Bourdeille, chevalier, qui suivit saint Louis en Palestine, en 1248. Tombé gravement malade, au siège de Damiette, il fit, le 6 décembre 1249, son testament dont l’original se trouve dans les archives du château de Bourdeille417.

Hélie VI ne mourut pas à Damiette et revint en France, où il trouva son château et ses terres envahis par son oncle Boson de Bourdeille. Il dut, afin d’en reprendre possession, se liguer avec le vicomte de Limoges pour faire la guerre à l’usurpateur. Hélie avait épousé Agnès d’Albret, dont il eut quatre enfants, ce qui est prouvé par son second testament, postérieur à celui de Damiette, daté du 14 décembre 1270, qui est aussi dans les archives du château de Bourdeille.

Un autre Hélie de Bourdeille a aussi pris certainement part aux croisades, car il était Maître du Temple de Soulet en 1260, et en cette qualité il abandonna, à cette date, au seigneur de Villebois les droits que les Templiers avaient à Brenac ; or, à cette époque, tout Templier avait indubitablement pris part aux croisades, et surtout un commandeur. — (Mis de Bourdeille, Maison de Bourdeille, notice citée, pp. 12-18.

Les croisades interrompues, les sires de Bourdeille combattent pour la France. La guerre de Cent Ans leur fournit l’occasion de prouver leur inviolable fidélité à la 363Couronne. Les Anglais n eurent pas d’ennemis plus constants, ni plus redoutés. Grâce aux Bourdeille, ils ne furent jamais complètement maîtres en Périgord.

Archambaud Ier, co-seigneur de Bourdeille, troisième fils de Hélie VIII et grand-père de notre saint Cardinal, propriétaire de huit des plus belles terres du Périgord, pour ne parler que de ce qu’il possède dans cette province, guerroie terriblement contre l'Anglais. Celui-ci parvient à le dépouiller de ses biens. La perte de la meilleure partie de sa fortune n’ébranle point la fermeté du féal chevalier. Plus tard, une ordonnance rendue au nom du roi par le connétable du Guesclin le remet en possession de ses biens.

En résumé, dans cette longue période antérieure à notre bienheureux,

Les sires de Bourdeille paraissent avec tous les caractères des plus grands seigneurs : ils possèdent de vastes domaines ; ils ont des chevaliers pour vassaux ; ils fondent et dotent des abbayes, et les prennent sous leur protection ; ils lèvent des troupes pour leur propre compte, déclarent la guerre aux souverains, livrent des batailles et prennent des places : c’est à ces traits qu’on reconnaît les Chevaliers Bannerets. — (Mis de Bourdeille, Notice citée, page 11.)

II.
Les parents d'Hélie de Bourdeille

Nous arrivons à Arnaud Ier de Bourdeille, fils d’Archambaud Ier, et père de notre Saint.

D’après la Notice publiée par M. le Mis de Bourdeille :

Arnaud Ier, seigneur de Bourdeille et de la Tour-Blanche, chambellan du roi, sénéchal de la province du Périgord, épouse Jeanne de Chamberlhiat ou de Chambrillac418. Testament du 25 novembre 1423. Codicile du 26 juillet 1480. Huit enfants : Arnaud, qui suit et continue la filiation directe ; Archambaud ; Archambaud, dit le Jeune ; Jean, dit Jeannot ; Hélie, dit Héliot, cordelier, puis évêque de Périgueux, ensuite archevêque de Tours en 1468, enfin préconisé cardinal le 15 novembre 1483 ; mort en odeur de sainteté le 5 juillet 1484 ; Archambaud, dit le Petit, mort jeune ; Catherine, morte sans alliance ; Bourguette, morte sans alliance.

Ce chevalier mérite une mention spéciale et un peu plus détaillée : Arnaud de Bourdeille, premier du nom, héritier universel de la succession de la Tour-Blanche, et substitué à son frère Aimery, pour les biens paternels, par le testament de son père de l’an 1384, fut placé, par le même acte, sous la tutelle d’Itier de la Tour, apparemment Prieur de Monsouprout, frère de feu Pierre de la Tour, chevalier, co-seigneur de la Tour-Blanche en 1358419. Lorsque les années l’eurent mis en possession de ses biens et de lui-même, Arnaud n’eut rien de plus 364à cœur que de soutenir l’antique renom de loyauté et de bravoure, qu’il considérait comme le plus précieux joyau de son héritage. Les troubles continuels dont le royaume fut agité pendant le règne du roy Charles VI, n’ébranlèrent point sa fidélité. Comme son père Archambaud, la perte même de la plus grande partie de ses biens ne put ralentir son zèle pour le service et les intérêts de ses légitimes souverains420. On n’ignorait point, à la Cour, les mérites d’Arnaud de Bourdeille, et l’on savait, en ces temps malheureux, d’universelle défaillance, qu’on pouvait compter sur lui. L’occasion se présenta de mettre à profit ses rares qualités. Raimond, sire de Salignac, qui avait possédé, de 1410 à 1413, la charge de sénéchal de Périgord, fut créé en 1413 sénéchal de Quercy, et Arnaud, sire de Bourdeille, fut, la même an née, promu à sa place sénéchal de Périgord.

Archives du château de Saveille, 6e liasse. — Donation et provision faite par le Roy au seigneur Arnaud de Bourdeille, de l’office de Séneschal de Périgord.

A tous ceux qui ces lettres verront, André, conseiller du Roy… salut. — Sçavoir faisons nous, l’an de grâce mil quatre cens et treize, le mardy, second jour de febvrier…

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, à tous ceux qui ces présentes verront, salut. — Nostre fils, le dauphin Loys, duc de Guienne… Nous a prié eslire Arnaud, seigneur de Bourdeille, à l’office de Séneschal de Périgord, etc.

Donné à Paris, le second jour de febvrier de l’an de grâce mil CCCC et treize, et de mon règne XXXIIIIe.

Le dauphin Louis, duc de Guyenne, qui avait pris les rênes du gouvernement, à cause des infirmités du Roy, son père fit expédier ces lettres de provision à son cher et féal Arnaud, seigneur de Bourdeille, en considération de ses agréables et profitables services, nonobstant ce que Sa Majesté, par inadvertance ou importunité, pourroit avoir accordé ou pourroit accorder (à d’autres).

Puis, le même dauphin, en sa qualité de duc de Guyenne, donna aussi des lettres de provision, datées de Melun, le 14 mars 1414.

Archives du château de Saveille, 6e liasse. — Estat de Séneschal de Périgord, donné à Arnaud de Bourdeille.

Loys… fils du Roy de France, duc de Guyenne et Dauphin du Viennois, à tous ceulx qui, etc.

Comme jà… mon Seigneur, par ses lettres et pour les causes et considérations contenues en icelles, ait donné et octroyé à mon très chier et bien amé messire Arnault, seigneur de Bourdeille, chevalier et chambellan de mon dict Seigneur, l’office de seneschal de Périgord…

Et depuis, et après ce que nous eusmes la possession de mon dict duché de Guyenne, par 365nos autres lettres, et pour les causes et considérations contenues en icelles, eussions de rechief et pareillement donné et octroyé au dict messire Arnault, l’office, etc.

Sçavoir faisons que Nous, ayant regard aux choses dessus dictes, et aux bons, agréables et prouffitables services que le dict messire Arnault a fais à mon duché et à Nous, et espérons que fera… ; et pour plusieurs autres justes et raisonnables causes…, voulons et Nous plaist que le dict office soit et demeure à icelluy messire Arnault, et non à autre quelconque…

Donné à Meleun, le xime jour de mars, l’an de grâce mil quatre cens et quatorze.

Quelques-uns des exploits qui signalèrent le commandement d’Arnaud de Bourdeille en Périgord, nous sont connus. Comme son père, il fut la terreur de l’Anglais dans ces contrées.

Attaqué dans son château de Bourdeille par les comtes de Cambridge et de Pembrocke, il soutint vaillamment contre eux un long siège. — Plus tard il prit et reprit sur l’ennemi son château de la Tour-Blanche, dont les soldats du roi d’Angleterre s’étaient emparés. — Il contraignit les mêmes à lever le siège de Sarlat. — Enfin, il s’empara du château de Dôme, l’un des plus forts de la province, à la suite d’une grande victoire remportée sur les Anglais, le saint jour de Pâques. C’est en mémoire et reconnaissance de ce beau fait d’armes, qu’Arnaud de Bourdeille délimita autour de son château de la Tour-Blanche ce qu’on appela longtemps, ce qu’on appelle peut-être encore le champ des pauvres.

Car nous le savons déjà, ce preux chevalier était en même temps un grand chrétien, aussi fidèle à son Dieu qu’à son roi. Pour remercier Dieu, qui lui avait accordé la victoire, il établit que dorénavant, on donnerait indistinctement l’aumône à tous les pauvres qui, chaque année, le saint jour de Pâques, passeraient dans un certain périmètre du château de la Tour-Blanche, ce qui, ajoutent les Chroniques, a été exécuté pendant bien des années.

Presque tous ces hauts faits s’accomplirent durant les courtes années, que notre bienheureux passa, petit enfant, au foyer et dans les châteaux de ses pères.

C’est sous la régence du dauphin Charles, depuis Charles VII, qu’Arnaud de Bourdeille reprit sur les Anglais la forteresse de Dôme. Le malheur, en effet, s'acharnait contre la famille de l’infortuné Charles VI. Deux dauphins, Louis, duc de Guyenne, et Jean, duc de Touraine, avaient succombé, l'un après l'autre. Arnaud, qui les avait loyalement servis, s’attacha avec le même dévouement à leur jeune frère et successeur.

Ce prince, au mois de juin 1418, ayant été déclaré Régent du royaume et lieutenant général du Roy, son père, retint, le 10 septembre de cette année, Arnaud de Bourdeille, chevalier banneret et sénéchal du Périgord, pour capitaine d’une compagnie de cent hommes d’armes et cinquante hommes de trait, aux gages de cent livres par mois, pour son état de capitaine, et le chargea de la garde et défense du pays de Périgord contre les Anglais421.

366Quelques notes de l’époque nous donnent une idée de la courageuse activité que le noble sénéchal déployait au service de son prince et contre les ennemis du pays.

On voit dans le troisième compte de Guillaume Charrier, receveur général des finances, de l’an 1422, que le dauphin Régent donne à Messire Arnaud, sieur de Bourdeille, chevalier, sénéchal de Périgord : 1° le 25 septembre, une somme de mille livres, pour ses grands et profitables services, et pour l’aider à reprendre son château de la Tour-Blanche, dont les ennemis s’étaient emparés, et où il avait retrait la plus part de son vaillant ; 2° le 4 octobre, pareille somme de mille livres, tant pour lui que pour les maire, consuls et habitans de Périgueux, sçavoir : cinq cents livres pour ses notables services en son office de sénéchal, et au fait des guerres, ayant une compagnie de trente hommes d’armes et de trente hommes de trait, pour la défense du Périgord ; et cinq cents livres pour les réparations ; 3° enfin, le 7 février, toujours de la même année 1422 (vieux style), autre somme de cinq cents livres, en considération de ses services, et de ce qu’il avait assemblé trente hommes d’armes et soixante hommes de trait, pour le recouvrement de la forteresse de Vers sur les Anglais422.

Le père de notre bienheureux Hélie, si nous ne nous trompons, doit être regardé comme le plus illustre d’une famille où les illustrations sont si communes. On ne saurait rencontrer plus vaillant homme de guerre, plus loyal chevalier.

Il ne tarda pas à reprendre, pour la seconde fois, aux Anglais son château de la Tour-Blanche, car nous le voyons, le jeudi 25 novembre 1423, retenu au lit en ce même château, y ratifier son testament, où il est qualifié noble et puissant chevalier, seigneur de Bourdeille et de la Tour-Blanche, etc.

Arnaud de Bourdeille devait survivre quelques années à cette maladie, mais sa carrière fut relativement courte. Les travaux, les soucis, les fatigues d’une lutte acharnée, incessante, ne lui permirent pas d’atteindre jusqu’à la vieillesse. Comme cet autre preux, le sire de Bueil, son contemporain, il aurait pu dire :

Longtems ay combattu, mon corps ne vivra guère :

Tost sonnerés pour moy, cloches du monastère !423

Il avait épousé Jeanne de Chamberlac, comme lui, d’ancienne et illustre fa mille. Jeanne de Chamberlac était des mieux apparentée. Les archives du château de Bourdeille conservent trois copies de lettres, sans date d’année, adressées à la dame de Bourdeille : l’une, écrite de Sarlat, le 1er avril, par Bonne de Berry, comtesse d’Armagnac, pour prier sa très-chère aimée cousine, la dame de Bourdeille, de rendre tous les services qui dépendront d’elle à la duchesse d’Orléans, sa fille ; et les deux autres, écrites de l’Isle-Jourdain, les 7 mars et 13 avril, par Bonne 367d’Armagnac, duchesse d’Orléans, fille de Bonne de Berry, par lesquelles cette princesse invite sa chère et bien-aimée cousine, la dame de Bourdeille, à la venir trouver, et la félicite, en même temps, sur le recouvrement de la Tour-Blanche, récemment reprise aux Anglais.

De son mariage avec Jeanne de Chamberlac, Arnaud de Bourdeille eut, ainsi qu’on l’a vu, huit enfants, six fils et deux filles. Le testament d’Arnaud et le codicille qu’il y ajouta en 1429, ainsi que le testament de Jeanne de Chamberlac, donnent des renseignements utiles sur ces enfants. Ils servent aussi à démontrer l’erreur de certains généalogistes, qui ont cru qu’Arnaud de Bourdeille, premier du nom, avait été marié deux fois, la première à Marie Vigier, la seconde à Jeanne de Chamberlac. Si l’on admettait ce double mariage, il faudrait reconnaître, à tout le moins, qu’Arnaud de Bourdeille n’aurait point eu d’enfants de sa première femme. Mais, nous le répétons, le fait est des plus douteux.

Le testament d’Arnaud de Bourdeille, conservé aux archives du château de Saveille, est, ainsi que nous l’avons dit, daté du jeudi 25 mars 1423, à la Tour Blanche. Malade et probablement en danger de mort, le brave sénéchal croit le moment venu de disposer de ses biens, et de pourvoir à l’avenir de ses enfants encore mineurs, et dont l’aîné n’a guère plus de 16 ans.

Après qu’il s’est recommandé, entre autres saints, à M. saint Sicaire, dont il se reconnaît homme, à cause de sa terre de Brantôme, il élit sépulture auprès de son père, Archambaud, premier du nom ; ordonne des prières, tant pour lui-même que pour ses parents, et pour messire Pierre de la Tour, frère de l’abbé Ithier de Monsouprout, son tuteur ; fait des legs à quantité d’églises, entre autres à celles de Brantôme et de Chancelade ; à ses nièces, Margot, fille de Bertrand de la Roche, Mariette et Gaillarde de Creyssac ; lègue cinq cents livres à chacune de ses filles, Catherine et Borguste (ou Bourguette), pour les marier ; laisse la disposition du salaire de ses gentilshommes, pages et serviteurs, à Jeannette, sa femme ; reconnaît avoir eu d’elle, en dot, mille livres ; lui donne l’administration de ses enfants et de ses biens, avec dispense d’en rendre compte, et la jouissance, en’ particulier, du lieu de la Tour-Blanche, pour en faire son habitation, si elle ne veut pas demeurer avec ses enfants, lorsqu’ils seront majeurs ; ordonne cinq cents messes pour le repos de l’âme de M. de Chamberlac ; lègue cinquante livres à chacune des deux bâtardes du dit M. de Chamberlac, pour les marier ; assigne le paiement de ses dettes sur ses terres de Périgueux et de Ribérac ; institue son héritier universel, Arnaud, son fils aîné ; lui substitue Archambaud, son deuxième fils, qu’il charge de porter les nom et armes de Chamberlac, en exécution du contrat de mariage du testateur, pour jouir des biens de cette maison, et lui donne des acquêts faits à Montagrier, consistant dans l’hôtel de Roffiac, Boische, Goiar, etc. ; lègue à Archambaud, son troisième fils, les terres de Crauniac, de Rognac et de Montancey, avec permission d’en porter, s’il lui plaît, le nom et les armes ; à Jeannot et à Héliot, ses deux autres fils, leur entretien 368de tout, en l’hôtel de Bourdeille ; nomme entre autres, pour, exécuteurs testamentaires, M. l’abbé de Brantôme, . Jean de la Cropte, Hélie de Chabans et le seigneur de Brissac.

Archives du château de Saveille, 6e liasse.

In Dei nomine. Amen. Notum sit omnibus ad quorum [notitiam] perveniet, quod, die Jovis, que fuit vigesima quinta mensis novembris, anno Dni millesimo quadringentesimo vicesimo tertio, in Castro de Turre Alba, diœcesis Petragoricerisis, coram me Helia… notario officiali Dni Episcopi Petragoricensis, Helia des.., capellano, … Hugone, … Guillermo de S…, Helia, Joanne et pluribus aliis, Arnaldus de Burdelia, dominus dicti loci de Burdelia et de Turre Alba, dicte diœcesis, … eger corpore, sed per Dei gratiam sanus mente, …

(Ici, les diverses dispositions, en langue vulgaire ; puis le notaire reprend les formules latines pour dire que, devant lui et les témoins sus nommés, le testament a été écrit mot à mot, sous la dictée du testateur.)

De verbo ad verbum, dictum testamentum cum codicillis, ut premissum est, diligenter et fideliter, in testimonium, etc.

Datum anno, loco et tempore, quibus supra.

Enfin, le notaire signale et confirme les ratures. — Parmi les témoins, on trouve, nommés en latin :

Hugo de la Cropta, et Guillelmus de Fayole, domicelli.

Par un codicille, rédigé à Agonac, le 26 juillet 1429 et non en 1430, comme le dit M. le Mis de Bourdeille, Arnaud ajoute que, depuis qu’il a fait son testament, il lui est né un fils, qu’il désigne sous le nom de Petit Archambaud, auquel il donne son entretien de tout, comme à ses autres enfants. De plus, il destine son fils Héliot à être d’église, attendu qu’il a plus de dévotion que les autres, et veut qu’il soit entretenu aux écoles. Enfin, il destine Jeannot, son quatrième fils, à l’ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Rhodes.

Héliot était déjà, depuis cinq à six ans, aux écoles… de la sainte pauvreté, chez les Frères Mineurs de Périgueux et de Toulouse.

Arnaud de Bourdeille dut mourir peu de temps après l’addition de ce codicille à ses actes de dernière volonté. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en 1487 il n’était plus de ce monde, puisque nous voyons Jeanne de Chamberlac, dame de Bourdeille, sa veuve, passer, en cette année 1487, comme mère de noble homme, Arnaud de Bourdeille, deuxième du nom, une transaction avec l’abbé de Brantôme. Dans cette transaction, rapportée au Gallia Christiana, édition de 1720, t. II, p. 1493, il est fait mention d’un hommage-lige, rendu le 12 juillet 1419, au même abbé de Brantôme, Guy de Broillac, par Arnaud Ier de Bourdeille.

Le Petit Archambaud dut suivre de près son père dans la tombe, ainsi qu’on est en droit de le conclure du silence que Jeanne de Chamberlac, sa mère, garde à son sujet dans son propre testament, également conservé aux archives du château de Saveille.

Par ce testament, sans date, Jeanne de Chamberlac, dame de Bourdeille, élit sépulture 369dans la chapelle de l’église Saint-Martin, appartenant à son lignage ; ordonne des prières pour, ses père et mère, qu’elle ne désigne pas autrement ; lègue à Arnaud, son fils aîné, son mariage, assigné sur l’hôtel de Bourdeille et sur le lieu de la Tour-Blanche, que lui a laissé feu M. de Bourdeille ; institue son héritier universel Archambaud son deuxième fils, chargé de porter les nom et armes de Chamberlac ; lui substitue Archambaud le Jeune, son troisième fils, héritier des terres de Crauniac et de Montancey, à qui elle cède le droit qu’elle a sur ces terres ; charge son héritier de payer la tierce partie de l’entretien de ses deux autres enfants, destinés à l’Église et à l’Ordre de Saint-Jean de Rhodes, comme aussi les obits et legs de ses prédécesseurs eh l’hôtel de Chamberlac ; enfin, nomme pour exécuteur testamentaire Arnaud, deuxième du nom, seigneur de Bourdeille, son fils aîné.

Archives du château de Saveille, 6e liasse.

In nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Amen. — Nous, Johanna de Chambrillac, dame de Bordellia, en ma bona memoria…

Item, à mon premier fils Arnaud laisse mon mariage, etc.

Cette pièce semble devoir fixer l’orthographe du nom primitif : Chambrillac, dont Chamberlac et Chambarllac seraient, le premier, un rajeunissement, et le second, une corruption.

Si dans ce testament, remarque l'Histoire généalogique de la maison, le Petit Archambaud, dernier fils de Jeanne de Chamberlac, n’est pas mentionné, on n’en peut conclure autre chose, si ce n’est que cet enfant était déjà mort.

Les deux testaments, d’Arnaud et de sa femme, démontrent, au surplus, que, de leur temps, la maison de Bourdeille était aussi puissante par l’étendue de ses possessions et domaines, que par l’éclat des services rendus, et que notre bienheureux, en se vouant, dès l’enfance, à la sainte pauvreté, faisait un sacrifice dont l’héroïsme peut être aisément constaté.

III.
Ses frères et sœurs, neveux et nièces

Aux renseignements que nous venons de donner sur le père et la mère du saint Cardinal, il convient d’ajouter quelques notes sur ses frères et ses neveux.

Voici d’abord la filiation, telle que l’établit M. le Mis de Bourdeille, dans la Notice déjà plusieurs fois citée.

Arnaud II, épouse en premières noces Catherine de Mareuil, suivant contrat du 14 mai 1443, et en a deux enfants : François, qui suit et continue la filiation directe, et Françoise, qui épouse, le 12 novembre 1464, Jean de Nompar de Caumont, baron de Lauzun. — Arnaud épouse en secondes noces, en 1460, Brunissende de Montbron, et en a une fille, Andrée, mariée, suivant contrat du 22 février 1468, à François de la Rochechandry, seigneur de Clam.

370François Ier, épouse Hilaire du Fou, suivant contrat du 10 novembre 1482, et en a neuf enfants : François, qui suit et continue la filiation directe ; Guy, cordelier, puis protonotaire apostolique ; Gabriel ; Jean ; Marie, appelée aussi Louise, fille d’honneur de la reine Anne de Bretagne ; Anne, épouse Charles de Maumont, seigneur et baron de la Roche ; Marguerite, épouse Jean de Beaupoil, seigneur de Saint-Aulaire ; Jeanne, abbesse de Ligueux, en Périgord ; Jeanne, épouse Pierre d’Abzac, seigneur de la Douze.

François II, épouse Anne de Vivonne, suivant contrat du 9 mars 1518. Sept enfants : André, qui continue la filiation directe ; Jean, dit le Capitaine Bourdeille ; Pierre, seigneur et abbé commendataire de Brantôme, plus connu sous ce nom, célèbre écrivain, né vers 1534, mort en 1614 ; Jean dit le Jeune, baron d’Ardelay ; Françoise, épouse le seigneur de la Chapelle-Faucher ; Françoise, abbesse de Ligueux ; Madeleine, fille d’honneur de Catherine de Médicis.

Archambaud, seigneur de Montagrier, de Chamberlac et de Sanset, deuxième fils de Arnaud Ier, épouse Isabeau de Saint-Georges, de la maison de Couhé, et en a six enfants : Guy, mort sans alliance ; Jean, qui suit et continue la filiation ; Jean, abbé de l’abbaye de Beaulieu près Loches, de 1621 à 1534, évêque nommé de Périgueux en 1534, grand aumônier de Louis XII, mort en 1534 ; — c'est lui qui sollicita, en 1626, auprès de Jean de Planis, évêque de Périgueux, l’introduction de la cause de son saint oncle, le cardinal de Bourdeille ; — Jeanne, épouse le seigneur de Montbrond ; Jacqueline, épouse le seigneur de la Renaudie, en Périgord.

Jean, épouse Catherine d’Estuer, de la maison de Tonneins, et en a deux enfants : un fils mort jeune avant son père, et Françoise, épouse en 1624 François d’Aydie, vicomte de Ribérac et d’Épeluche, comte de Montfort.

Archambaud le Jeune, seigneur de Montancey et de Crauniac, troisième fils de Arnaud Ier, épouse en premières noces Philippe de Beynac, dont il n’a pas d’enfant, et en secondes noces Jeanne de Lastour, dont il a six enfants : Geoffroy, qui meurt avant son frère cadet, ne laissant qu’une fille, Catherine, qui épouse Jacques Hunaud de Lanta, seigneur de Saint-Christaud ; François, qui suit et continue la filiation ; Jean, religieux de l’abbaye de Saint-Père en Vallée, à Chartres ; Guy, chevalier de Rhodes, tué à la prise de Rhodes par les Turcs ; Gauthier, chevalier de Rhodes, qui perdit un œil lors de la prise de Rhodes par les Turcs ; Philippe, qui épouse le seigneur de Chaslus.

François Ier, épouse Catherine de Montferrant, et en a deux fils : François, qui suit et continue la filiation, et Jean, qui embrasse l’état ecclésiastique.

François II, épouse, le 10 octobre 1641, Anne de Talleyrand, de la maison de Grignols, et en a un fils, Philibert, qui suit et continue la filiation.

Jean ou Jeannot, quatrième fils de Arnaud Ier, destiné par son père à l’ordre de Saint Jean de Rhodes ; il passe en Italie, où il fait souche, mais sa trace n’est pas retrouvée.

Quant aux deux filles de Arnaud Ier, Catherine et Bourguette ou Borguste, sœurs de notre Saint, elles moururent, l’une et l’autre sans alliance.

371Nous avons là toute la parenté du saint Cardinal, ses frères et sœurs, leurs alliances, ses neveux, petits-neveux, arrière-petits-neveux, leurs alliances. — Le rang de la famille se maintient avec éclat.

Parmi les frères du bienheureux Hélie : Arnaud II, seigneur en partie et baron de Bourdeille, est en même temps seigneur de la Tour-Blanche, de Brantôme, de Coutures, de Bourzain de Beauronne, de Douzillac, et autres lieux. Comme son père, il est sénéchal du Périgord.

Archambaud est seigneur de Montagrier, de Chamberlac et de Sanset.

Archambaud le Jeune est seigneur de Montancey et de Crauniac, page du comte d’Armagnac, guidon, puis enseigne de la compagnie de cent hommes d’armes de messire Potron de Xaintrailles, maréchal de France, et enfin premier écuyer du roi Charles VIII, en 1483.

Tous, hommes de guerre et loyaux serviteurs du pays et du roi.

Pour descendre aux plus récents, (dit Brantôme dans un discours que nous avons déjà cité), un Archambaud et Arnaud de Bourdeille servirent fort bien leurs Roys de France encontre les Anglois, et mesme Arnaud et Jehan de Bourdeille (Jeannot) son tiers-frère, qui s’en alla après aux guerres de Naples d’alors, sous Charles d’Anjou, et s’y acoza, accompaignèrent toujours ce grand foudre de guerre, le bastard d’Orléans, à chasser les Anglois de Guyenne ; et furent faictz chevalliers devant Fronssac, avecques plusieurs autres… Ledict Arnaud… estoit un très-riche et très-puissant seigneur, tant d’antiquité et de ses biens que par ses services, devoirs et beaux faictz d’armes424.

C’est le 24 juin 1451, sur la brèche de Fronsac, que Arnaud et Jean de Bourdeille furent faits chevaliers par le comte de Dunois,

avec Messieurs de la Rochefoucault, le vicomte de Turenne, Commercy et plusieurs autres personnes de distinction. — (Archives du château de Bourdeille, lettre de Me Durand, chanoine de Saint-André de Bordeaux, 30 may 1712.)

Parmi ses neveux :

François Ier, fils aîné d’Arnaud II, et comme lui, sénéchal du Périgord425, seigneur et baron de Bourdeille, seigneur de la Tour-Blanche, de Brantôme, de Grézignac, de Coutures, de Celles, de Douzillac, des Bernardières, de Vernodes et autres lieux, est chargé par le Roi de la tutelle du duc d’Angoulême.

François II, fils aîné du précédent, seigneur et baron de Bourdeille, est le premier vicomte de Bourdeille, gouverneur, lieutenant-général des armées du Roi et 372sénéchal de Périgord. Il a quatre fils célèbres : André, son fils aîné, qui hérite de ses charges et titres ; Jean, dit le Capitaine Bourdeille, tué devant Hesdin, en 1553 ; Pierre, chevalier, seigneur et abbé commendataire de l’abbaye de Brantosme, seigneur de la Chapelle de Montmoreau, de Saint-Crespin et baron de Richemont, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, chambellan du duc d’Alençon ; fort connu comme mémoriographe, mais qui, avant de se donner aux lettres, avait suivi la carrière des armes, et s’était particulièrement attaché à Charles IX et à Catherine de Médicis ; Jean, dit le Jeune, baron d’Ardelay, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, colonel général de douze enseignes et des troupes de gens de pied gascons, né en 1532, mortellement blessé d’un coup d’arquebuse à la tête, le 7 mars 1568, en défendant la ville de Chartres contre les Huguenots : un preux entre les preux.

IV.
Descendance

Les frères du bienheureux Cardinal, en faisant souche, forment plusieurs branches, lesquelles se ramifient à leur tour.

De la branche aînée sort la branche des Bernardières. Gabriel, troisième fils de François Ier en est l’auteur ; elle s’éteint en la personne de Jean, son fils. — De la branche aînée sort aussi la branche de Mastas. Claude, deuxième fils d’André, et petit-fils de François II en est l’auteur. La branche aînée s’éteint en la personne de François-Sicaire, petit-fils d’André ; mais elle est continuée, en vertu de lettres patentes données par Henri IV, et dont il sera question un peu plus loin, dans la personne de Claude Ier, de la branche de Mastas, auquel François-Sicaire, par testament olographe du 31 avril 1668, lègue tous ses biens et tous ses titres. Ainsi continuée, cette branche subsiste encore.

La branche de Montagrier s’éteint en la personne de Jean de Bourdeille, fils d’Archambaud, auteur de la branche.

La branche de Montancey, suivant M. le Mis de Bourdeille, Notice citée, page 56, n’aurait pas eu de beaucoup plus longues destinées, et se serait éteinte en la personne de Philibert, fils de François II, seigneur de Montancey, et de Anne de Talleyrand, arrière-petit-fils de Archambaud le Jeune, auteur de la branche.

Mais d’autres soutiennent que la branche de Montancey s’est perpétuée jusqu’à nos jours, sous le nom ultérieur de branche de la Salle et de Saveille, par un fils de François II, nommé Jean, seigneur de Montancey, et de la Salle, lequel, à défaut de Philibert, aurait suivi et continué la filiation directe. Les raisons qu’ils donnent, et les pièces qu’ils allèguent, méritent considération.

Ces pièces, dont la principale serait le testament d’Anne de Talleyrand, se trouveraient conservées aux archives du château de Saveille, et le testament à Anne de 373Talleyrand établirait qu’elle eut, en effet, de François II de Montancey, quatre fils, savoir : Philibert, Jean, auteur de la descendance, un autre Jean, et François.

D’après les généalogistes favorables à la branche dite de Saveille, ce François ne serait autre que François de Bourdeille, d’abord moine de Saint-Denis, puis évêque de Périgueux, de 1575 à 1600, lequel mourut le 24 octobre 1600, un mois seulement après avoir conféré la prêtrise à saint Vincent de Paul, en la chapelle épiscopale de Château-l’Évêque. — Suivant M. le Mis de Bourdeille, Notice citée, page 57, ce François de Bourdeille, évêque de Périgueux, serait, au contraire, fils de Gabriel, seigneur des Bernardières, et de Claire de Pontbriand.

Honorés, en leur vivant, de la bienveillance et des communications de M. le Marquis de Bourdeille, chef de la maison, et de M. le comte de Bourdeille-Saveille, on comprendra que nous ne prenions pas position dans le débat. Nous nous bornerons à constater que Henri-Joseph-Claude de Bourdeille, de la branche de Mastas, devenue branche aînée, évêque de Tulle, 1762-1764, et de Soissons, 1764-1801, mort à Paris le 12 décembre 1802, a toujours entretenu les relations les plus étroites avec la branche de Saveille, et n’a jamais douté de l’authenticité de sa filiation. Puis, nous ferons des vœux pour que la question se résolve à la gloire de l’illustre maison de Bourdeille. La solution, d’ailleurs, paraît des plus faciles, puisqu’il suffit de produire deux ou trois pièces religieusement conservées aux archives du château de Saveille.

Ajoutons que la question en vaut la peine. Il ne saurait être indifférent de savoir si les beaux faits d’armes, et l’héritage d’honneur et de bravoure de la noble maison de Saveille, doivent ou non grossir l’héritage déjà si beau de la maison de Bourdeille, et si l’historien du bienheureux Cardinal peut ou non revendiquer pour son héros l’appoint considérable d’illustration terrestre qui s’ajouterait, par les seigneurs de la Salle et de Saveille, à celle qu’il retire des Montancey. Espérons que la glorification si désirée du grand serviteur de Dieu dissipera toutes les obscurités et fera cesser les malentendus.

V.
Les Bourdeilles en Touraine

Le saint archevêque de Tours n’est pas le seul de la maison de Bourdeille, qui appartienne à la Touraine. D’autres Bourdeille figurent dans son Armorial.

Carré de Busserolles, Armorial général de la Touraine, 1867.

Bourdeille (de), chevalier, vicomte de Bourdeille, comte de Montrésor, seigneur de la Tour-Blanche, famille originaire de Guyenne, où elle est connue dès le XIe siècle426.

374Hélie de Bourdeille, cardinal, archevêque de Tours, 1468, mourut le 5 juillet 1484.

Jean de Bourdeille, fut abbé de Beaulieu, en Touraine, 1521 à 1534.

N. de Bourdeille, était abbé de Seuilly, en 1786.

VI.
Titres nobiliaires de la famille de Bourdeille

Ainsi qu’on a pu le voir, les titres nobiliaires possédés par la famille de Bourdeille ont subi quelques variations.

D’abord chevaliers, chevaliers bannerets, les seigneurs de Bourdeille, reçoivent, en la personne de Arnaud II, frère de notre Bienheureux, le titre de baron, et même de premier baron du Périgord.

François II, son petit-fils et le petit-neveu d’Hélie de Bourdeille, reçoit le premier le titre de vicomte de Bourdeille, qu’il ajoute à celui de baron.

En 1076, les États assemblés à Nontron, reconnaissent officiellement au seigneur de Bourdeille et à ses descendants le titre et la préséance de Premier baron du Périgord.

Le 4 mars 1609, le roi Henri IV, pour reconnaître les services rendus par Henri Ier, vicomte et baron de Bourdeille, chef de la branche aînée, et par ses ancêtres, érige par lettres patentes en marquisat, pour lui et ses héritiers mâles et femelles, sa terre d’Archiac ; privilège fort rare dans notre pays, où les titres généralement ne sont transmissibles que par les mâles.

C’est en vertu de cette concession royale, que François-Sicaire, fils de Henri Ier, marquis de Bourdeille, dernier représentant de la branche aînée et sans alliance, passe le titre de marquis à son cousin, Claude, de la branche de Mastas, qui se substitue alors à la branche aînée.

VII.
Armes de la famille de Bourdeille

Quant aux armes, elles n’ont jamais varié :

Nous avons, (écrivait en 1773 Henri-Joseph-Claude de Bourdeille, évêque de Soissons), des preuves incontestables que depuis 1202 nous avons toujours les mêmes. — (Archives du château de Bourdeille.)

Ces armes portent :

  • D’or, à deux membres de griffon de gueules, onglés d’azur, posés en contre bande, l’un sur l’autre.
  • Depuis 1609 : Couronne de marquis.
  • Supports : Deux griffons au naturel.

375Devises :

  1. So voulour mo donnat l’iffer. — Sa valeur me fait damner.
  2. Cil galé, emmy lestour. — Comme le coq, il se réjouit des combats.
  3. Nul ne vaincra le vainqueur des griffons.

Cri de guerre :

  • Faulsé ! Faulsé ! — En avant ! En avant !

Les armes de Chamberlac, famille maternelle de notre Saint, d’après une note de Jean-Jacques, deuxième du nom, comte de Bourdeille, seigneur de la Salle et de Saveille, portent :

  • Au premier et quatrième, d’or au lion couronné de gueules ; au deuxième et troisième, d’azur, au durèle d’or, chargé d’une bande d’argent. — (Archives du château de Saveille.)

Quelques auteurs attribuent au Cardinal de Bourdeille d’autres armes, qui portent :

  • De gueules, à trois lys d’or, en bande, et trois roses d’argent, posées deux et une.
  • Avec ce distique :

    Gallia quem peperit, præclara insignia gentis,

    Aurea fert merito lilia, deinde rosas.

Il est possible que le pieux Cardinal, suivant en cela l’exemple de plusieurs saints personnages, et notamment celui du bienheureux Nicolas Albergati, ait adopté à l’occasion de sa promotion épiscopale ou cardinalice, des armes nouvelles, et nous devons reconnaître que celles-ci répondent assez bien au caractère du saint évêque, à ses sentiments, à sa religion et à son patriotisme. Mais, quoi que prétende l’auteur de ce distique, ces armes ne furent jamais celles de la maison de Bourdeille.

VIII.
Alliances avec d'autres maisons

Notons, en finissant, que, depuis le moment où l’on peut la suivre, à l’aide de titres ou autres documents écrits, la maison de Bourdeille a contracté des alliances directes avec les premières maisons de France ; entre autres, avec les :

  • D’Abzac, d’Albret, d’Apelvoisin, d’Armagnac, Asselin d’Espart, d’Aydie ;
  • De Baderon-Thézan de Maussac de Saint-Geniez, Barbier du Repaire, de Baune, de Beaumont, de Beaupoil de Saint-Aulaire, de Belcier, de Béranger, de Berry, de Beynac, de Biron, Bouchard d’Aubeterre, Bouchard d’Esparbés de Lussan d’Aubeterre, de Bouillonné, Boutet, du Breuil, de Broc, de Bullion de Montlouët ;
  • 376De Caumont, de Chabannes, de Chabot, de Chambrillac ou Chamberlac, de la Chapelle-Faucher, de Chaslus, de la Châtre, Colbert du Terron, de Coninck de Merckem, de Coutances, de Creyssac, de la Cropte de Chantérac ;
  • Desmier d’Archiac, Dinematin de Salles, de Durtal ;
  • Émé de Marcieu, d’Espinay, d’Estampes, d’Estuer ;
  • Du Fou ;
  • De Gallard, de Galz de Malvirade, de la Garde-Saint-Angel, de Gautier, de Geoffre ou Jauffre, de Gontaut-Biron, de Goulard ;
  • Hunaud de Lanta ;
  • Joubert, de Jussac d’Ambleville ;
  • De Lastour, du Ligondès ;
  • Magneur de la Grave, de Mareuil, de Maumont, de Montbron, de Montferrand, de Montmorel ;
  • De Naucase, de Neuilly, de Nouveau ;
  • Olivier, d’Orléans ;
  • De Pérusse des Cars, de Pontbriand, de la Porte, Prévost-Sansac de Touchimbert ;
  • De Rastignac, de la Renaudie, de la Roche, de la Roche-Dumaine, de la Rochechandry, de Rouault de Thienbrune, de Roumefort, de Roussel, de Roux de Lusson ;
  • De Saint-Geniez, de Saint-Georges, de Saint-Gilles, de Saint-Mars, Savary de Lancosme, de Scorraille, de Soubran ;
  • De Talleyrand, de Toulouse, de Traversay ;
  • Vigier, de Vivonne, Wogt d’Hunolstein.

— (Archives des châteaux de Bourdeille et de Saveille.)

Tout incomplète qu’elle soit, et si peu compétents que nous nous déclarions dans la matière, cette énumération suffit à notre dessein. Jointe aux renseignements qui la précèdent elle qualifie amplement la famille de laquelle il a plu à Dieu de faire naître son grand serviteur. D’après ce que nous venons d’exposer, il est clair que la noblesse de France presque tout entière se trouverait intéressée à la suprême glorification d’un pontife, allié directement à quatre-vingts ou quatre-vingt-dix de ses plus illustres maisons.

Fin des Preuves et éclaircissements.

Notes

  1. [417]

    Hélie VI de Bourdeille, qui alors n’était pas marié, lègue, dans ce testament, des sommes considérables à ses frères, à ses parents, à ses écuyers et à dix autres chevaliers.

  2. [418]

    Nous avons adopté, pour ce nom, l’orthographe suivante : Jeanne de Chamberlac. Voir plus haut, page 16, note 2. Mais le nom primitif a dû être Chambrillac.

  3. [419]

    Histoire généalogique de la maison de Bourdeille, etc. — Manuscrits du château de Bourdeille, et du château de Saveille (copies conformes).

  4. [420]

    Histoire généalogique de la maison de Bourdeille, etc. — Manuscrits du château de Bourdeille, et du château de Saveille (copies conformes).

  5. [421]

    Histoire généalogique citée.

  6. [422]

    Histoire généalogique.

  7. [423]

    Voir plus haut, page 83, note 1.

  8. [424]

    Voir plus haut, pages 332-333.

  9. [425]

    François de Bourdeille ne dut pas succéder immédiatement à son père dans la charge de sénéchal. Nous voyons, en effet, par le testament du B. Pey Berland, archevêque de Bordeaux, rédigé à la date du 17 janvier 1467, que le seigneur de Beynac occupait alors cette charge :

    Item volo et ordino quod duodecim nobilia auri ponderis novi, quæ mihi debet dominus de Baynaco, senescallus Petracorisensis, ex causa veri mutui, ponantur in reparatione domus archiepiscopalis quæ est in loco de Bello-Videre.

    Cf. Gaston de Laborie, Biographie de Pierre III ou Pey Berland, p. 102.

  10. [426]

    C’est au château historique de Montrésor, chef-lieu d’une des plus belles terres de Touraine, que fut passé, le 14 janvier 1604, le contrat de mariage entre Henri Ier, vicomte et baron, puis marquis de Bourdeille, et Madeleine de la Châtre. — Voir Notice citée du Mis de Bourdeille, page 31.

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