B.-Th. Poüan  : Hélie de Bourdeille (1897-1900)

II. Preuves et éclaircissements : 1. Sources biographiques

9I.
Sources biographiques. — Pièces fondamentales.

Parmi ces pièces fondamentales, nous publions, suivant l’ordre qui nous a paru le plus rationnel, les quatre écrits spécialement indiqués dans la note émanée de la Sacrée Congrégation des Rites, à savoir :

  1. La vie manuscrite du serviteur de Dieu, par Pierre de Bois-Morin, son secrétaire et confesseur ;
  2. Le cahier intitulé : Vertus particulières d’Hellies, cardinal de Bourdeille, — manuscrit ;
  3. La Relation de la vie d’Hélie de Bourdeille, évêque, cardinal, archevêque de Tours, — manuscrit ;
  4. Le cahier intitulé : XCVII Hélie de Bourdeille, archevêque, qui commence ainsi : La maison de Bourdeille est une illustre et très ancienne famille dans le Périgord, simple traduction de l’article de Maan, dans son docte ouvrage : Sancta et Metropolitana Turonensis Ecclesia [la sainte église métropolitaine de Tours], XCVII.

Nous y ajoutons :

  1. Une enquête de 1531 sur la maison de Bourdeille, où des témoins contemporains viennent affirmer les vertus du saint Cardinal, — manuscrit ;
  2. Le chapitre que consacre à Hélie de Bourdeille le père Dupuy, dans son Estat de l’Église de Périgord ;
  3. La notice qui se lit dans le savant ouvrage de Ciacconio [Alphonse Chacon ] : Vitæ et Res gestæ Romanorum Pontificum et S. R. E. Cardinalium [Vies et actes des Souverains Pontifes et des Cardinaux de la Sainte Église Romaine] ;
  4. La notice concernant le frère Hélie de Bourdeille dans l’Epitome Annalium Ordinis Minorum [Abrégé des annales des Frères mineurs], de frère Hibernus Limericensis.

Nous avons ainsi, puisés à leurs sources primitives, ou les plus autorisées, des renseignements sûrs et précis, représentant le témoignage et les traditions :

  1. du 10plus intime confident du serviteur de Dieu durant quarante ans ;
  2. des contemporains qui l’ont vu, connu et pratiqué ;
  3. de sa famille ;
  4. de l’Ordre franciscain ;
  5. de l’Église de Périgueux ;
  6. de l’Église de Tours ;
  7. du sacré Collège des Cardinaux.

Nous reproduisons intégralement les textes, signalant seulement, à l’aide de quelques notes, les erreurs de détail dans lesquelles leurs auteurs ou ceux dont ils rapportent les témoignages sont tombés. Ces erreurs trouveront, en lieu opportun et dans l’ensemble de notre Mémoire, leur redressement.

Au reste, tout le monde le comprend, l’autorité probante et péremptoire de chacune de ces pièces s’étend et se borne aux périodes ou aux faits dont leurs auteurs avaient, par situation, une connaissance spéciale, personnelle, documentaire ou locale, valant témoignage immédiat.

1.
La vie du cardinal Hélie de Bourdeille, archevêque de Tours, par Pierre de Bois-Morin, son secrétaire et confesseur

(Bibliothèque Nationale. — Manuscrits. — Cabinet des titres. — Pièces originales. Vol. 462. — Dossier 10.294. — Bourdeille. — Fol. 65 sqq.)

Pierre de Bois-Morin nous apprend lui-même qu’il naquit à Périgueux. Il ne nous dit point en quelle année ; mais il résulte des indications diverses qu’il nous fournit çà et là, au cours de son récit, que ce fut vers 1430. Il en résulte aussi, par calcul approximatif, qu’Hélie de Bourdeille l’admit, entre 1460 et 1455, au nombre de ses familiers, et lui confia l’emploi tout intime de secrétaire. C’est en 1457, date certaine, que l’ayant ordonné prêtre, le pieux et très humble prélat l’élut, malgré sa jeunesse, pour son confesseur.

D’abord enfant de chœur, puis clerc et acolyte de la Collégiale de Saint-Front, Bois-Morin fut remarqué de bonne heure par le saint évêque. Celui-ci, paraît-il, appréciait les services que ce jeune homme, cet enfant, rendait au chœur, et plus encore, sans nul doute, la piété dont il faisait preuve dans l’accomplissement de ses modestes devoirs. Après l’avoir appelé, pendant quelques années, en qualité de choriste, aux fonctions pontificales qu’il célébrait hors de sa cathédrale, Hélie de Bourdeille l’attacha définitivement, et pour la vie, à sa personne.

On ne saurait désirer un témoin mieux renseigné sur cette grande et sainte vie :

Il y a bien trente-trois ou trente-quatre ans, (dit le consciencieux biographe), que je l’ay servi continuellement, et il y a plus de quarante-quatre ans (Bois-Morin écrivait 11quelques années après la mort du saint, probablement de 1480 à 1490) que je l’ay accommencé à hanter et servir, comme estoient les grandes festes, quant il se tenoit en ses places, qu’estoyent de l’Evesché, comme est Agonnat, le Chasteau-l’Evesque et Plazat, que j’estois enfant de chœur de Saint-Front, qu’il me envoyoit quérir pour ayder chanter les messes et le divin office… J’ay esté pour l’espace de vingt-sept ans son confesseur.

On trouverait difficilement, d’autre part, un témoin qui mérite une plus entière confiance. Bois-Morin ne parle que de ce qu’il a vu de ses yeux, touché de ses mains. Pour les faits antérieurs à son admission auprès d’Hélie de Bourdeille, il a soin de nommer les trois ou quatre témoins oculaires et absolument dignes de foi, qu’il a interrogés lui-même, et dont il a fidèlement recueilli les récits. Quant à ce qui s’est passé depuis qu’il a connu personnellement, et dans la plus étroite intimité, le serviteur de Dieu, il ne parle que de ce qu’il a pu constater et apprécier par lui-même. Laissant de côté les grands faits de la vie publique d’Hélie de Bourdeille, ou ne les envisageant qu’au seul point de vue des vertus que le saint évêque eut l’occasion d’y exercer, il s’attache surtout à sa vie privée, à ses mœurs, à ses pratiques journalières, à la peinture de ses plus intimes sentiments.

Et il en parle avec une simplicité, une réserve, une sobriété de langage qui, d’elles-mêmes, écartent tout soupçon. Pas un mot qui trahisse l’enthousiasme ou l’exagération du sentiment. Il raconte les faits les plus merveilleux, des faits renouvelés de l’histoire des plus grands saints, la vie d’un Père du désert sous les voûtes d’un somptueux palais archiépiscopal ; il écrit les actes d’un évêque des temps primitifs au sein d’une cour ecclésiastique et civile à laquelle rien ne manque de l’éclat que ce siècle comportait, et ces sublimes contrastes ne semblent pas l’émouvoir. On dirait le calme divin des récits évangéliques.

On dirait aussi l’humilité touchante des évangélistes eux-mêmes, à la manière dont il avoue les conseils assurément moins héroïques, plus humains, que parfois, en des moments difficiles, il se permit de faire entendre au saint et intrépide archevêque. Son ingénuité met la vérité à nu, disait un bon chanoine qui avait bien connu Bois-Morin. Le mot est des plus justes ; la saine critique n’en saurait trouver un qui caractérise mieux Bois-Morin et son œuvre.

Le pieux biographe pousse la réserve jusqu’à taire les miracles accomplis, sous ses yeux, par son maître bien-aimé. Ces miracles, que les enquêtes ont révélés en partie, Bois-Morin les connaissait mieux que personne. Il les passe sous silence et ne raconte que le plus grand de tous, à savoir, cette vie incomparable qu’on a si justement qualifiée un miracle perpétuel. C’est à peine si, à la fin de son récit, il ose exprimer une opinion personnelle sur la sainteté de celui dont il a attesté, à chaque ligne, les inimitables vertus.

Je crois pieusement, (dit-il), que, ainsy comme il nous a aymés en ce monde, qu’il prie Dieu pour nous ; que maintenant nous avons ung bon advocat envers 12Dieu. Et je le prie de tout mon cœur, comme son familier et serviteur que j’ai esté tant de temps, que s’il a puissance en Dieu, que nous impêtre grâce, que nous donne faire telle pénitence en ce monde, que nous puissions après la mort régner avec luy dans la terre des vivants.

Voilà toute la conclusion tirée d’une vie où la vertu, à chaque instant, se montre prodigieuse, sublime, où l’héroïsme se révèle à l’état habituel, permanent, sans ombre ni défaillance, depuis les tendres années du bas âge jusqu’aux jours lointains de la vieillesse. — Le moyen, après cela, de ne pas croire à la parole d’un auteur si étonnamment réservé !

Plusieurs auteurs ecclésiastiques, Dupuy, dans son État de l’Église du Périgord, d’Attichy, dans son Flores Historiæ Sacri Collegii, quelques autres, en petit nombre, se sont servis du manuscrit de Pierre de Bois-Morin. D’Attichy, en particulier, loue sa fidélité et regrette sa brièveté dans un sujet aussi considérable. Mais cette source principale et qu’on peut dire unique, en ce qui concerne Hélie de Bourdeille, n’a jamais été fort répandue. La plupart des écrivains qui se sont occupés de l’illustre cardinal, signalent le travail primitif de son secrétaire, et déclarent ne l’avoir point eu entre les mains. Ce fait est regrettable. Les pages modestes, sans apprêt littéraire, mais véridiques de Bois-Morin eussent épargné à ces auteurs les erreurs sans nombre dans lesquelles ils sont tombés, et la confusion qu’ils ont introduite dans l’histoire du saint cardinal. Toutes les fois que nous avons pu contrôler, à l’aide de documents authentiques, les assertions du naïf biographe, nous avons constaté leur exactitude parfaite. Nous avons dû reconnaître aussi que les auteurs, Dupuy, par exemple, qui, tout en se servant de son manuscrit, ont cru devoir, en un point ou l’autre, s’écarter de ses indications, sont tombés, sur ce point, dans l’erreur et la contradiction.

Pierre de Bois-Morin survécut assez longtemps à son maître bien-aimé. Nous savons, par une relation manuscrite que nous publions immédiatement après celle-ci, qu’il atteignit tout au moins ses soixante-dix ans ; il n’en avait guère que cinquante-cinq lorsque mourut Hélie de Bourdeille. Selon toute apparence, il s’était retiré en Périgord. C’est là qu’il éprouva lui-même la puissance miraculeuse de celui dont il avait cru devoir, par prudence et par respect pour les décisions de l’Église, passer sous silence les nombreux miracles.

Le fait nous a été conservé par l’enquête épiscopale de 1526 :

Pierre Robert, licencié es droits et chanoine de Périgueux… ajoute… que Bois-Morin, confesseur de nostre cardinal, étant alité d’une longue maladie, eut recours à ses prières. Il avoit connu les moindres pensées de ce sainct et remarqué les meilleures actions de sa vie. Son oraison ne fut pas presque finie, qu’il se trouva en parfaite santé, et entièrement délivré d’un mal invétéré : guérison qu’on ne pouvoit donner ny aux remèdes ny au temps, vu son effet prompt et hors des efforts de la nature. Les tendresses avec lesquelles ce bon vieillard rend sa guérison 13merveilleuse, en feroient une pleine foi ; mais son ingénuité met la vérité à nu, ne se pouvant dire qu’un ecclésiastique de soixante-dix ans eût voulu déposer une fourbe3.

Cette déposition juridique d’un homme compétent et, lui aussi, personnellement renseigné, achèvera de nous montrer en quelle estime et créance il convient de tenir les précieux récits de Pierre de Bois-Morin.

La vie du cardinal Hélie de Bourdeille

Au nom de Nostre Seigneur Jésus-Christ, et de la glorieuse Vierge Marie, et de toute la Cour céleste, et à la louange des justes, de pœur que la mémoyre ne se perde de feu de bonne mémoire Révérend Père en Dieu, Hélie de Bourdeille, par la grâce de Dieu archevesque de Tours et cardinal du Sainct Siège apostolique, je, Pierre de Bois-ïMorin, moy indigne et très grand pécheur, natif de la ville de Périgueux4, ay délibéré, moyennant l’as sistance du Sainct Esprit, qui, dans l’Exode, parlant à Moyse, luy dict : Aperi os tuum, quid loquaris, docebo te5, de [narrer] plusieurs choses qu’aye ouy et entendu dire à plusieurs gens de bien et dignes de foy, tant religieux, presbtres qu’autres, et veu de mes yeux et aperçeu des autres sens du corps, des gestes, vie et mœurs dudit feu Hélie de Bourdeille, et d’en rédiger quelque peu par escript en ce bref et sommayre ; à ce me mouvant et la charité et la mémoyre des biens faictz receus de luy : Nam dare velnon, in libero eu jusque arbitrio est ; reddere autem bono viro non licet6. Et comme le dict sainct Ambroise en ung de ses sermons : Lauda post mortem ; magnifica post consummationem ; vita enim et mores bonorum virorum sunt exempta et documenta aliorum in hac vita existentium, etc.

Item, parce que moy n’estant encorres qu’askolite7 et serviteur au chœur de l’esglise de Sainct Front de Périgueux8, il me prist pour son serviteur, et me commit l’office de secrétaire, combien que indigne, et enfin, m’ayant ordonné presbtre, m’esleu quelque temps après pour son confesseur.

Et premièrement, ay ouy dire à ung certain noble homme, Jehan Bordes, capitaine du chasteau et chastellenye d’Agonnat9, que de son temps a esté ung noble et puyssant baron, seigneur Arnauld de Bourdeille, seigneur de Bourdeille10, de la Tour Blanche11 et autres 14plasses, chevalier, seneschal et lieutenant du Roy, nostre Sire, au pays de Périgord, qui procréa et engendra cinq enfans, entre lesquels estoit cestuy de bonne mémoire, Hélie de Bourdeille12.

Item, ainsy qu’a rapporté ledit Bordes, en ce temps-là ledit sieur chevalier avoit esleu pour son père confesseur ung certain grand personnage, homme de grande prudence, Me Bertrand Comborn, licentié en théologie, religieux de l’Ordre de Sainct François, au couvent des Frères Myneurs de Périgueux résident13, lequel confesseur, toutes les grandes festes sollenneles, s’en alloit audit lieu d’Agonnat, distant de la ville de Périgueux, deux lieues, pour ouyr de confession ledit sieur chevalier, et en autres lieues et terres, là où il se trouvoit faisant sa résidance aux bonnes festes.

Dont advint, de la fréquente visitation dudit de Comborn, que ledit Hélie entendant réciter choses divines en nombre infiny de séraphique sainct François, par divine inspiration fust esmeu de prendre la religion dudict sainct François, n’estant encorres ledit Hélie que de l’aage de six à sept ans ; de manière que de la grande dévotion qu’il avoit en son âme audict sainct, il le déclara à son père de parolle, le suppliant de consentir à sa délibération.

Item, que ledit père se voulant gouverner sagement en cest affaire, sans toutesfois vouloir deslourner son filz de sa délibération, il essaya d’expérimenter, par voyes et moyens honestes, sy son filz persévérait en son bon propos, ou sy il en pourrait estre destourné ; dont, pour l’esmouvoir à ce faire, il luy promint de luy donner de bons et beaux chevaux, et ung train honorable de serviteurs pour le servir sellon sa quallité, avec force or et argent, et autres délices : ce que mesprisant et ne tenant de compte, il persévéra à sa première délibération.

Item, ledit chevalier, pour voir sy le dict feu cardinal demeurerait en son bon propoux et constance, il commanda à tous ses gentilz hommes, et aussy à tous les serviteurs, que tous le nommassent frère chagot14, en disant : Allés, allés, frère chagot !

Item, oussi feue madame sa mère, doublant comme ledict père, que quant serait en eage, laissât l’abit ; à ceste cause, tous les jours, et aussy toutes damoiselles se parforsoient de luy hoster le couraige : mais il demouroit tousjours en son bon propoux.

Item, aulcuneffois, les grandes festes, les seigneurs du pays venoyent tenir feste aveques ledict chevalier ; et chascun se parforçoit de oster le couraige audict feu cardinal, que ne fust pas frère ; et entre autres, le grand père dé monsieur de Grinhoux15 luy dict ceste parolle : Venés sa, si vous estes frère cordelier, vous ferés grand honneur à vostre hostel, quant yrés demandant aveques ung sac l’aumosnel ! Ledict cardinal luy respondit que Nostre Seigneur l’avoit bien demandée.

Item, quant ledit cardinal eust dix ans, ledit chevalier voyant la grand vollonté et persévérance de luy, luy estant à Agonnat, pour ce que estoit guerre, il print avecques soy, pour conduyre ledit cardinal au couvent de Périgueux soixante ou quatre vingtz hommes de guerre ; il fîst appareiller ung cheval pour ledit cardinal, pour chevaucher, lequel cardinal 15luy dict qu’il ne vouloit point chevaucher de cheval, mais ung asne, car sainct François chevauchoit ung asne, et fallit que l’on luy en trouvast ung.

Item, ledict cardinal demeura audict couvent de Périgueux, jusques à tant qu’il eust faicte sa profession, en conversant si honnestement, que chascun disoit que s’il vivoit, il seroit ung sainct homme.

Item, emprès le provincial de Guyenne bailla ledict cardinal à ung bon frère, maistre en théologie, lequel luy aprint et enseigna les ars en grammatique et en philosophie.

Item, emprès, il fut envoyé par ledit provincial à Tholose, pour estudier en théologie, et luy fust baillé pour compaignon ung autre frère de Périgueux, que se nommet frère Pierre Agrefueil, lequel est mort au couvent de Castres en Albigès16, quy est ung couvent refformé.

Item, m’a dict et raconté souvent ledict frère Pierre Agrefueil, que ledit cardinal qu’es toit de l’aige de dix-huit ou dix-neuf ans, qu’il estudia si bien, qu’il fust respondent huit jours à Tholose à tout homme ; que parlhors se tenet le chappitre général de tout l’Ordre de sainct François, où il estet le général de l’Ordre, avecques tous les provincialz citra montes17.

Item, aussy me dict ledit Agrefueil, que quant on luy faisoit les questions et argumens, que ledit cardinal respondist sy bien, que chascun se merveilhoit ; et le provincial de Guyenne demenda audict général : Quid vobis videtur de juvene isto ? — Respondit ei coram omnibus : Credo, si vixerit, erit magnus in Ecclesia Dei.

Item, aussy me dict ledit Agrefueil, quej deux ans après que ledict chappitre fust tenu, ledit cardinal s’en alla avecques luy, en preschant de parroisse en parroisse, au couvent de Myrapoys18, qui est dellà Tholose, que a demouré tousjours de l’observance, despuys sainct François ; et, en allant, ledit cardinal luy deffendoit qu’il ne dist pas à nully, qu’il fust de l’hostel dont il estoit.

Item, me dict aussy ledit Agrefueil que quant ledit cardinal s’en alloitainsy en preschant, aulcunes fois l’oste luy demandoit : Dont est ce beau père quy presche sy bien ? — Il luy respondoit secrettement qu’il estoit de l’hostel de Bourdeille, pour ce qu’ilz avoient meilheur chère de l’hoste, et mieux servie.

Item, me dict ledit Agrefueil, que quant ilz estoient à Myrapoys, les beaux pères dudit couvent, quant faisoit beau temps, les dimanches et les festes, voulontiers s’en alloient prescher ez parroisses circonvoysines, de deux en deux ; et quant faisoit maulvais temps, de pluyes ou de neiges, ledit cardinal demendoit audit gardien licence et conget de aller prescher ; de quoy audit Agrefueil ne plaisoit pas, pour raison de mauvais temps qu’il faisoit.

Item, estant ledit cardinal au couvent de l’observance, vacca l’évesché de Périgueux, par le décès de feu Jaufre Berengarius de Arpagon19, lequel cardinal estoit en aige de vingt-quatre 16ans ou envyron ; tous les chanoynes de l’esglise de Périgueux concorditer eslirent et postulèrent ledit cardinal, ipso renuente.

Item, voyant monsieur de Bourdeille, son frère, et les chanoynes, que ledit cardinal ne vouloit pas accepter la eslection ou postulation, envoiarent devers le provincial de Guyenne, en le priant que luy pleust commander, sub pena excommunicationis, de aller avecques deux chanoynes de l’esglize devers nostre Sainct Père le pape Eugène20.

Item, a ce dict ledit Aigrefueil, que ledit cardinal, quant il fust avecques Monsieur de Chambarllac21, son frère, et deux chanoynes de Périgueux, devers notre Sainct Père le pape Eugène, qui pour lors se tenoit à Boloigne22, il fist sy belle arengue, que nostre Sainct Père et tout le collège se esmerveillarent, et furent bien comptant de luy.

Item, aussy me dict ledit Agrefueil que lesditz frère et chanoynes doubtoient que, pour ce que feu monsieur le cardinal apparoissoyt estre si jeune, que nostre dict Sainct Père le pape ne le voulsist dispenser de etate ; ils luy firent dire qu’il avoit vingt-sept ans, et qu’il luy pleust le dispenser du surplus.

Item, emprès nostre dict Saint Père interrogea ledict cardinal combien il avoit d’aige, et il luy respondict que il n’avoit que vingt-quatre ou vingt-cinq ans. cuydant que nostre Sainct Père le pape ne le dispensât point : de quoy furent grandement courroussés lesditz frère et chanoynes.

Item, considérant nostre Sainct Père la sienne noblesse, humilité et vertus dudict cardinal, lequel renuet et se réputoyt indigne à prendre sy grand charge, incontinant le dispensa, et commanda de prendre ledit évesché, et cômit au cardinal de Saincte-Croix23 la consécration dudit cardinal.

Item, quant ledit cardinal fust retourné au pays, et fust en son évesché, auquel esvesque ne avoit faict résidance, de soixante ans ou plus, pour la guerre quy estoit au païs de Guyenne, il n’y avoit que juremans et blasphèmes de Dieu ; car en la diocèse n’y avoyt ne petict ne grand, que chascun ne blasphemast Dieu et les sainetz et sainctes ; et aussy tout autre vice régnoit au pays.

Item, voyant cesy ledict cardinal, il fust fort dolent et corroucé, et en son sene24 il fist constitutions et ordonnances, que toute personne qui jureroit la mort, le sang, la passion, les playes et les autres membres de Dieu et de Nostre-Dame, sainetz et sainctes, que les curés les heussent acciter par devant luy ou son commis ; et commanda à toute personne, sub pena excommunicationis, qu’ilz heussent à notiffier au curé, pour les citer ; et commanda aux curés que tous les dimanches heussent dire au prosne au peuple, sub magnis penis.

Item, tous ceux qui regnieroient ou maulgréroient Dieu, Nostre-Dame, sainetz et sainctes, que les curés, ipso facto, les esvitassent, sans avoir autre mandement, jusques à tant qu’ilz heussent eu absolution, ou lettre signée de mon dict sieur, ou de son secrétaire, ou communion.

17Item, quant les blasphémateurs seroient cités, lesditz curés ne les heussent laissés entrer en l’esglize, disant que luy portassent lettre de certiffiance, de luy ou de son secrétaire, commant il avoit compareu et confessé la vérité.

Item, à tous ceux, blasphémateurs ou jureurs, ledict cardinal leur faisoit faire pénitence publicque, à la porte de l’esglize de la parroisse, là où ils avoient blasphémé ; et sellon la personne et le cas, ou plus ou moingtz ; cependant que la messe se disoit, avecques une torche ou ung cierge en la main ; et ceux qui avoient régnié, ou despité, ou maugréé, ilz estoient tous nudz et en chemise ; et les jureurs et blasphémateurs estoyent piedz nuds, et la teste descou verte, et sans seinture ; et à tous ceux qui entroient dans l’esglize, ils leur disoient : Je faitz ceste pénitence publicque pour telle chouse ; et quant la messe estoit dicte, lesditz blasphéma teurs venoient et se mettoient de genoux devant le Corpus Domini ; et là le presbtre tout revestu publiquement les absolvoit ; et offroyent devant le Corpus Domini la torche ou le cierge qu’ilz avoient et tenoient entre leurs mains ; et la dite torche ou cierge demeuroit là au service divin de la dite esglize.

Item, quant les curés estoient négligens de se informer desditz blasphèmes et blasphé mateurs, ou par amour ou faveur, ou pour crainte de les citer, ledit cardinal les punyssoit aigrement ; et ceux quy estoient dilligens, les aymoit et suportoit, et les gardoit de vexation de tout homme.

Item, ledist cardinal fist telle diligence et punition, dedans ung an ou deux, qu’il extirpa de son dit diocèze tout blasphème ; car il n’y avoit ne comte, ne baron, ne noble, ne autre qui blasphemast le nom de Dieu.

Item, et pour ce que ledit diocèze avoit esté longtems en guerre, il y avoit beaucoup et quasi toutes les esglizes pollues et destruictes, esquelles n’avoit prédication ne confirmation ; ledict cardinal quy estoit jeune, tous les jours preschoit et confirmoit et extirpoit les péchés et vices ; que, quasi tous les jours, estoit deux heures ou trois après mydi, avant qu’il disnast.

Item, voyant le diable que le dit cardinal luy soustrayoit les âmes qu’il possédoit, tant par sa doctrine que oraison et saincte vie, il luy sollicita25 beaucoup de adversités tant par la liberté de l’esglise que autrement26.

Item, il y avoit une esglise consacrée, que se nomme Sainct-Anthoine, quy est à une lieue près d’Aubeterre27, laquelle estoit pollue tam per effusionem sanguinis que autrement ; tel lement que le divin office cessoit ; ledit cardinal avecques l’abbé de Branthomme28 et autres 18gens de bien, à compaigne, s’en alloit en preschant et confirmant pour réconsilier vers ladite esglize.

Item, quant il fust bien près de la dite esglise de Sainct-Anthoine, vient le bastard de Grandmont29, quy estoit Englois et cappitaine d’Aubeterre, fort qui estoit cause de la pollution de ceste esglize, à compaigne de gens d’armes ; et print ledit cardinal, et ne toucha nul autre de la compaignie du dict cardinal, et luy dist que prist avecques soy ung de ses serviteurs ; et mondict seigneur demanda son presbtre messire Pierre Fournier, curé de Saincte-Marie de Fréjure30 ; et l’emmena en prison au chasteau d’Aubeterre.

Item, m’a dict le dit messire Pierre, que quant ilz estoient en la prison d’Aubeterre, que ledit Bastard et ses complices ne faisoient que régnier, despiter, maulgréer et blasphémer le nom de Dieu, et les sainctz et sainctes, de quoy ledit cardinal estoit plus triste et dollant, que ne estoit de sa incarsération, ne de tous les maux que luy faisoyent ; et aussy, quant le heussent battu ; et ledit cardinal faisoit oraison, et exortoit ledit messire Pierre, que priast Dieu pour ses adversaires, que Dieu leur donnast cognoissance de leur péché, que ne fussent pas dannés.

Item, me dist aussy qu’edudit chasteau d’Aubeterre, quy est en la diocèze de Périgueux, lesditz Englois l’emmenarent en la diocèze de Sainctonge31, en un petit chasteau quy se nomme la Roche-Challais32.

Item, de là en hors, eux doubtans que feu monsieur de Bourdeille, frère dudit cardinal, leur mist la siège là, ilz l’emmenarent de nuict en Liborne33, qui est en la diocèse de Bour deaux, cuydant l’emmener de là en hors, en Basque34, ou en Engleterre. Mais le bon seigneur messire Pierre Berland, arcevesque de Bourdeaux35, que pour lors estoit tout le pays en la main des Englois, fist dilligence, subtiliter et caute, avec aulcuns barons de Bourdeloys36, que estoient parans dudict cardinal, tellement qu’il heust ledict cardinal en ses mains ; et fust mené de Liborne par eaue à Bourdeaux, où ledict bon arcevesque luy vint à l’audevant, avec toute l’esglise et gens de bien de Bourdeaux, jusques au batteau, où le recullit et receu moult bénignement, et l’emmena à l’arcevesché, et le consolât et festoya moult sollennement, avec tous les principaux dudit Bourdeaux.

Item, emprès que ledict cardinal fust délivré de la main dudict bastard et englois, il retourna à la ville de Périgueux, et comme paravant continua à prescher et pugner37 contre les vices et péchés, et aussy à recouvrer le patrimoyne de l’évesché, quy estoit quasi tout perdu, à raison de la guerre, et estoit pauvre.

Item, aussy ledict cardinal se mist à visiter, prescher, et réformer l’estât de l’esglize ; et punir les vices et péchés ; voiant l’ennemi d’enfer, qu’il pérdoit toute sa dannation à beaucoup de gens, il luy exita beaucoup de questions et de procès, tant en ceux de l’esglise, que aussy de tous les nobles et officiers royaux du pays.

19Item, plus emprès, luy exila questions et procès avecques toutes vel quasi les universités de ce royaume, pour ce que ledict cardinal vouloit garder de vexation et oppression pauvres femmes, vefves, enfans, orphelins et autres pauvres de sa diocèse ; car il y avoit et ce faisoit tant d’estudians, tous les jours, et maistres et autres, pour vexer pauvres gens, que c’estoit pitié à le voir.

Item, ledict cardinal, pour sa grande dilligence, et travail que faisoit tous les jours, de conduyre les procès, et les nuyetz, tant par ses oraisons, jeusnes, abstinences, macération de son corps, que quasi toutes les nuyetz, pernoctabat in orationibus et in studio, qu’il vint au dessus de tous ses procès ; car tant comme il a demeuré évesque de Périgueux, il n’y avoit estudiant ny autre privilégié, qui se aventurast de vexer le plus pauvre homme de sa diocéze.

Item, plusieurs fois après que avions dict l’office, et demoré devers le soir38, et aussy après mattines, m’a dit quasi jlendo : Pleust à Dieu que je fusse en quelque bot39 de claustre, ainsy que soulaye estre, avecques du pain et de l’eaue, et que je ne eusse à fère que en Dieu, et fusse deschargé de sy grande et périlheuse charge que j’ay, pour ce que je y suis inertil40, et ignorent à l’exercer !

Item, plusieurs fois j’ay veu de nuict, que tous les serviteurs estoient au lict couchés, excepté le chambrier et moy ; qu’il estoit en son secret, de genoux, en oraison, où il ploroit et gémissoit ; auquel lieu demeuroit aulcunes fois une heure, autres fois deux, et autres fois troys ; car volontiers ne se couchoit que ne fussent près de unze heures ; et levet à deux ou au plus tard à troys ; et aulcuneffois il me disoit que je m’en allasse coucher, et que je ne le attendisse pas ; car il avoit plus de compacion de moy qu’il n’avoit de soy.

Item, plusieurs fois m’a exorté, après que nous avions dict mattines, et aultres fois quant je voulay dire messe, que je priasse Dieu que luy donnast grâce de bien exercer la grande cure qu’il avoit, et qu’il luy pleust de refformer tout l’estât de saincte Mère Esglise, tant in capite que in membris ; et oussy pour tous les pécheurs ; que Dieu, pour sa miséricorde, leur donnast grâce de connoistre leurs péchés, et de fère vraye pénitence.

Item, aussy plusieurs fois j’ai veu que, quant venoient à luy pour confesser, qu’il les tenoit bien aulcunes foys deux heures, aulcunes foys trois, aulcunes fois quatre heures, en la chappelle ; que tous les serviteurs avoyent disné ; et aulcuneffois ledit cardinal faisoit du disner et soupper tout ung.

Item, aulcunes fois remettait celluy pécheur à lendemain ; et le faisoit retourner, et le tenoit bien le lendemain pour l’espace d’une grosse heure ; et jamais ne vint personne con fesser à luy, pour désolée que fust, que ne s’en allast consolée.

Item, il a bien trente ans ou plus qu’il preschât en la ville de Périgueux, tous les jours de Caresme, de grand matin, les sept péchés capitals, et sur chascun péché il fist bien huit ou neuf sermons ; et chascun sermon le tenet bien deux heures ; où il fist un grand fruict.

Item, après ung autre caresme, il visita sa diocèse, et tous les jours il preschoit et confir moit, où il fict ung grand fruict, spécialement à Nostre-Dame de la Prade, qu’est près d’Aube terre ; où il y avoit tant de monde que en l’esglise qu’est grande, ne pouvoit point entrer la tierce part dez gens que y estoient venus des autres parroisses circonvoysines ; et fallitque ledit cardinal salit hors de l’esglise pour prescher et confirmer ; et le sermon et confirmation dura plus de six heures ; car quant il fust au logis à Aubeterre, il disna avecque (hâte41) ; et emprès 20disner, il alla dire complie à l’esglise collégiale de Sainct-Saulveur, qu’est devant le logis ; et emprès complie, luy et tous ses prebtres furent tous occupés à ouyr confessions ; que fust profonde nuyct, quant salismes42 de l’esglise, et les autres furent remis à lendemain ; et là, le dit cardinal fist si grand fruict, qu’il y avoit beaucoup de pécheurs, qui avoient gardé leur péché bien trente ans sans confesser.

Item, une autre année, il visita et confirma et prescha en l’abbaye qu’estoit deslruite de Nostre-Dame de Castres43, aussi en tout ce pays autour, où il fist un grand fruict.

Item, quand ledit cardinal visitoit une esglise, il envoyoit deux de ses presbtres pour visiter deux ou troys esglises prochaines d’icelle esglise qu’il visitoyt, quant estoient pauvres ; et faisoient venir en procession les curés de ces pauvres esglises avecques leurs parrochiens, au sermon ou à la confirmation.

Item, quant les esglises estoient pauvres, il visitoyt à ses despans.

Item, quant ledit cardinal alloit visiter et arryvoit en la parroisse que debvoit visiter, le curé processionaliter, avecques tous ses parrochiens venoit au devant de luy, et il dessendoit de dessus sa mulle, et de genoux adoroit la croix ou relicques, et s’en alloit à pied en la procession, et entroit dans l’esglise, et reverenter et devote, venoit au grand aultier, et devant le Corpus Domini ibi humiliter et devote orabat ; et quant estoit devers le matin, là on chantoit solempniter la messe du jour.

Item, davant que on commançast la messe, ledict cardinal se informoit avecques le curé de la vie de ses parrochiens, et quel vice et péché régnoit le plus en celle parroisse.

Item, postea, infra missarum solempnia, il preschet clamando fortiter cum fervore spiritus contra illa vitia, exprobrando, arguendo et increpando ; etiam predicando eis resurrectionem mortuorum, et diem judicii in quo unusquisque secundum opera sua recepturus est ; exortando etiam ut nescientes simbolum fidei, quod addiscerent.

Item, functo officio, induebat se vestibus sacris, et faciebat aperire sacrarium per curatum, luminaribus prius accensis, et faciebat decantare antiphonam de Corpore Christi, scilicet, O sacrum convivium, etc. Et faciebat reverenter vasculum eucaristie deponi super altare paratum, omnibus sua genua flectentibus. Et tunc idem prelatus humiliter et devote aram propinquabat, curato aliquantulum elongato, et dictum vasculum eucaristie aperiebat, videndo si honeste custodiebatur ; deinde reposito Corpore Christi in sacrario depone bantur reliquie super altare, cantando antiphonam Corpora sanctorum etc., visitando et videndo si relucebat honestas in omnibus.

Item, emprès visitoit sanctum carisma, oleum sanctum et oleum infirmorum, et respiciebat si honeste omnia servabantur ; et idem defontibus batismalibus.

Item, respiciebat si altare erat consecratum, et si erat fractura que tolleret consecra tionem ; idem, si erat ibi altare portatile et si erat nimis parvum, ita quod non super eo aponi passent oblata, et super eo fieri osculationes que fiunt in missa.

Item, si callix, patena, palle, altaris corporalia, vestimenta et alia necessaria ad cultum et ornatum altaris, erant sufficientia et honesta ; etiam, si erat sujficienter provisum de missali et de libris, et videbat in Canone precipue, in sacramentalibus verbis, si erat aliquis dejfectus.

Item, liber batismalis, cum fit batismus et benedictio fontium, et extrema unctio, etiam si erat aliquis deffectus, ut supra.

21Item, inquirebat, absque oratione juramenti, cum curato, de vita et conversatione populi, utpote si bene omnes sentiebant de fide et sacramentis Ecclesie ; si erant aliqui excommunicati ; si erant ibi aliqui cultores demonum, divinatores, sortilegi, supersticiosi et ystriones ; et si omnes omni anno bene confitebantur, et eucaristiam submebant ; si erant aliqui perjuri et blasphemi Dei et beate Virginis et sanctorum ; si violatores festivitatum, aut si bene ea observabant, veniendo ad ecclesiam in missa et aliis divinis officiis ; si inobe dientes patri vel matri ; si percussores clericorum vel homicide, aut sacrilegi, aut infames et contemptores legis divine et mandalorum Ecclesie ; et si in ecclesia manebant in silentio, cum devotione.

Item, absente curato, accersitis aliquibus probis parrochianis, inquirebat diligenter de vita et conversatione, et honestate curati et aliorum clericorum ; et si officia divina bene et devote peragebant, precipue diebus dominicis et festivis ; si doctrinam et exempta exhibe bant populo ; si sacramenta ecclesiastica bene ministrabant, et infirmas visitabant ; si fuerat deffectus in ministrando sacramentum batismi parvulis, aut sacramentum eucaristie vel extreme unctionis infirmis ; si faciebant aliquas exactiones indebitas pro spiritualibus, et si erat pax et concordia inter ipsos.

Si vero in premissis aliqua apparebant notoria, ipse puniebat eos secundum exigentiam excessus, servando justiciam cum modérâtione pietatis. Si autem erat aliqua signa infa mie, que processisset, non exorta a malivolis, sed a bonis et gravibus personis, que zelo Dei ducuntur, ex qua quidem infamia scandalum generabatur, ipse procedebat, Deum habendo pre oculis, prout videbat expedire.

Item, attendebat super reparationibus necessariis fiendis et etiam intendebat, refor mabat statuta, et ordinationes atque precepta faciebat, que ad Dei honorem, utilitatem Ecclesie et salutem animarum videbat expedire, ila ut non querebat que sua erant, sed que Jhesu Christi.

Item, quando recipiebat procurationes a locis visitatis, non recipiebat nisi moderatas et secundum facultatem eorumdem locorum ; et hoc quando in victualibus procurationem recipiebat, nichil aliud preter procurationem ipsam ; nec suis familiaribus permittebat reci pere etiam si gratis daretur ; quando vero recipiebat procurationem in pecuniam nume ratam, nichil in victualibus neque cujuscumque generis minime ipse neque sui familiares recipiebant.

Item, ego recordor que une fois il visita Saincte-Marie de Fregures, que ung familier sien estoit curé44, et print la visitation in victualibus, et quant ledict cardinal s’en alloit, ledict curé me bailla deux livres de cire que debvoit à mon dict seigneur, pour dire ses mattines ; mais il le me fist retourner avecques l’argent de autres deux livres de cire ; et pour ce que ledict curé, son familier, ne le vouloit prendre, luy commanda sub pena excommunicalionis quod reciperet, de quoy ledict familier fust courroussé et desplaisant.

Item, comme il a demeuré évesque et arcevesque, il ne prenait rien du scel, de chouse qui concernoit spiritualité, comme de ordres, licences et collations de béneffices, ne de pardons, ne de dispenses de mariages, ne de commissions de cures de non residendo, mais fornissoyt la çire du scel pour sceller du sien.

Item, oussy il ne permetoit pas que son secrétaire print rien de fere les lettres des ordres et des autres lettres, comme de béneffices, et aussy autres lettres que concernent spiritualité, sy non ce que plaisoyt ez gens luy bailler gratis pour sa poyne.

22Item, de l’argent que venoit des visitations, il le metoit pour debatre les droitz en le patrimoyne de son esglise.

Item, de l’argent que venoit, tant du scel de la cour de l’officiai que des entendes, faciebat exponi pauperibus et in aliis piis operibus.

Item, estant évesque de Périgueux, tous les jours à tous les pauvres qui venoient à son hostel, il leur donnoyt une reffection de pain et de vin et de pitance ; et, les festes, luy mesme leur donnoyt à laver, et les servoit à table, la teste nue, davant qu’il dinast.

Item, tous les jeudis de la Cène, il lavoit de genoulx, la teste nue, les piedz aux pauvres, et puys après leur baisoit les piedz, et leur donnoit. à chascun ung denier et à disner, et aussi estant arcevesque et cardinal45.

Item, il envoyoit moy et d’autres serviteurs souvant ez hospitaux pour voir s’il y avoit de malades pour les faire panser ; et quant il en y avoit, luy mesme y alloyt, et les faisoyt confesser et administrer les sacremans de l’Esglisc, et les confortoit du salut de leur âme, et leur faisoit faire colis ou pontage, et ce que leur estoyt nécessayre.

Item, aulcunes foys, quant ses venoient que estoient du pays qu’on ne les pouvoit entendre, il les faisoit exorter par signes ; et quant faisoient signe de bon chrestien, et on leur trouvoit certifiance de leurs cures qu’ilz n’estoient pas in sentencia excommunicationis, il les faisoit administrer les sainctz sacremans de l’Esglize.

Item, estant évesque de Périgueux, tous les pauvres que mouroient ez hospitaulx et aussy ailheurs, il les faisoit enterrer more christiano, et leur faisoit avoir quatre cierges de cire, et six presbtres pour chanter pour l’âme dudit pauvre quy moroit, et donnoit à boyre et à manger à tous ceux que luy faisoient la fosse et le portoyent.

Item, il fut trois ou quatre foys à Romme, que toutes les fois qu’il y alloit, et par les chemins trouvoit les pauvres qu’estoient malades, il descendoit de dessus sa mulle pour parler à eux ; et beaucoup de foys il faisoit dessendre de cheval, quant estions près du logis, ung de ses serviteurs, et le faisoit mener au logis ; et aulcunes fois, quant estoit loing, il logeoit ung homme à l’hostellerie pour l’aler guérir, el il payoit l’hoste pour ce pauvre panser46.

Item, la dernière foys qu’il fust à Romme, que ahuict ou neuf ans47 propter pestem, les hostes ne vouloyent point recepvoir les pauvres ; et, deçà Romme, en ung lieu que on appelle la Palha, à une grosse leue, il trouva ung pauvre couché sur le chemin, fort malade ; il fist dessendre de leurs chevaulx ses gens, et ung de ses presbtres pour le confesser ; mais on ne l’entendoit point, pource qu’estoit Alaman ou Ongre48 ; et le fist porter près de là, en ung petit hostel couvert, que y avet ung peu de pailhe, et là luy fist bailler des confitures qu’il faisoit porter toujours avecques soy ; et quant il fust en une hostellerie qui se nomme la Palha, au logis il fust mys, et pria l’hoste que luy pleust envoyer ung homme à ce pauvre, car il le poyaroit.

Item, quant il retournoit de Romme, on ne trouvoit point de hoste qui vouloist loger personne qui vint de Romme, pource que estoit famé publicque, que à Romme mouroient de bosse49 ; et les hostes par tout Ytallie et Lombardie avoient esté inhibés et deffenduz de leurs 23potestatz, sur grandes poynes, qu’ilz ne logeassent personne que venist de Romme, ne aussi que ne bailhassent vivres à personne qui passast ; tellement que fallist que mon dict seigneur envoyast devers les justices des potestatz, pour estre logé dehors, et avoir vivres pour soy et ses gens ; et quant il partoit du logis, il loyoit ung homme et ung cheval auquel faisoit pourter pain et vin et pictance, pour soy et ses gens ; et plus pour la grand multitude de pauvres qu’il trouvoit pour les chemins, que mouroient de faim.

Item, aussy à tous les pauvres qu’il trouvoit pour les chemins, il faisoit donner à son ausmônier argent.

Item, tant qu’il a demeuré évesque de Périgueux, tenoit ung homme de bien, que se prenoit garde des ausmosnes que venoyent ez hospitaulx, que faisoyt rendre compte aux aulmosniers dez questes que faisoyent pour réduyre tout aux pauvres que venoyent esditz hospitaulx.

Item, aussy tenoit à gages ung advocat de bien à sa cour, pour estre advocat et conduyre les causes des pouvres, et garder le droit desditz pouvres.

Item, emprès qu’il fust arcevesque de Tours, tous les jours il avoit quinze pouvres quy estoient seroy, comme dessus, à disner.

Item, toutes les festes, comme des apostres, et les autres festes petittes, que le peuple cessoyt de opération terrene, il y en avoit vingt-cinq.

Item, toutes les festes solempnes, comme la Conception, Nativité, Visitation, Purification, Présentacion de Nostre-Dame, et aultres festes solempnes, il avoit trente pauvres, que luy mesme donnoyt à laver, et les servoit teste nue.

Item, les quatre principales festes, et à toutes les autres festes annuelles, et aussi les jours de Jeudi sainct, de sainct Morice, sainct François, sainct Front, sainct Jehan Baptiste, sainct Pierre et sainct Paoul, la Toussainctz, saincte Catherine, sainct Gacien50, il avoit aliquoties quarante, aliquoties cinquante, soixante, soixante doze ; et comme dict est dessus, les servoit la teste nue ; et quant estoient servis, il se recommandoit à leurs oraisons, et leur donnoit la bénédiction ; et s’en alloit disner, et là demeuroit son aulmosnier avecques des autres serviteurs, pour les servir jusques à tant qu’ilz avoyent disné.

Item, emprès disner, son aulmosnier, tous les jours, tout ce que se levoit de table et aussi du pain de la despence, il faisoit donner à la porte de l’hostel aux pauvres.

Item, aussi commandet à son aulmosnier qu’il se print garde s’il y avoit en hospitaulx de pauvres malades, et que les pourveust de rebus necessariis.

Item, volontiers il envoyoit à l’hospital es pauvres, devers le soir, son plact51.

Item, il commandoit à son aulmosnier qu’il se print garde et se informast par ville s’il y avoit aulcungs pauvres ny mallades, que les pourveust de necessions.

24Item, tous les matins, emprès mattines, il faisoit donner par son aulmosnier ung denier à chascun pauvre ; aulcunes fois il y en avoit deux centz ou trois cens et plus, que beaucoup de fois l’aumosnier qui prenoit l’argent que venoit de la cour de l’official, tant des emendes que autrement, aulcunes foys luy faloit emprunter de l’argent52.

Item, aulcunes fois venoient à luy beaucoup de gens qui avoyent esté prisonniers du Turc, que demandoyent l’aumosne pour payer leur finance ; et leur faisoit bailler à son secrétaire lettres de pardon ; et aussy l’argent, que son aulmosnier aulcunes fois l’enprumptoit pour leur bailler.

Item, beaucoup de foys venoient à luy, quant il venoit de l’esglise, aulcuns pauvres, que l’aulmosnier leur avoit donné l’aumosne, pour demander autres foys ; de quoy le dict aulmosnier et les serviteurs les blasmoyent ; de quoy ledict cardinal se courroussa avecques ses ditz serviteurs, et commandoit audict aulmosnier que leur baillast une autre fois l’aumosne.

Item, quant les pauvres estoyent quasi nudz, il leur faisoit bailler à son aulmosnier robbe et chemise ; et que aulcunes foys ils vendoient la robbe qu’il leur avoit faict donner ; et quant venoit en yver, ilz luy venoyent demender une autre robbe, de quoy les serviteurs, quy cognoissoyent le pauvre, estoient courroucés.

Item, son hostel estoit hospital de tous pauvres religieux qui estoyent de bonne vie, de quelque part qu’ils vinssent, tant de boyre que de manger ; et faisoit pourvoir à leurs nécessités, tant qu’il pouvoyt.

Item, aulcunes foys envoyoient à luy les pauvres religieuses de Saincte-Clère, quy sont recluses, tant celles de Bretagnie que d’ailleurs, pour leurs nécessitez ; à. quoy il pourvoyoit le plus qu’il pouvoit, tellement que quant Dieu a fait son conmandement de luy, il estoit pauvre des biens de ce monde.

Item, souvant il m’a dict et à ses autres serviteurs, quant nous aulcunes foys murmuryons pour ce que venoit tant de pauvres à l’hostel : Laissés les venyr, car ilz vienent quérir ce quy est leur ; car nous vivons de leurs biens, et non pas du nostre ; car les biens du Crucifix sont des pauvres. Item, appert bien comme il a vescut en la religion de Sainct-Françoys, au commancemcnt qu’il estoit en la Religion : Quia que nova capit, inveterata sapit. Car tant comme il a demouré évesque de Périgueux, que y a demeuré vingt et neuf ans, et seze ans arcevesque de Tours, il faisoit trois caresmes l’année : l’ung, de la feste de Toussainctz jusques à la feste de Noël ; et l’autre, d’Epiphanie jusques à quarante jours ; et l’autre estoit le général. Et tant comme il a esté arcevesque, il a jeusné, deux ou trois foys, tous trois ; et les deux, c’est assavoyr celluy de Toussainctz jusques à Noël, et l’aultre, le commun, jusques à tant qu’il est allé à Dieu.

Item, aussy il a jeusné l’autre temps, trois foys la sempmene, et scilicet, le mercredy, vendredy et sabmedy, synon que fust mallade, que ne jeusnet, point le mercredy et le sabmedy.

Item, aussy il a jeusné, tant qu’il a demeuré évesque de Périgueux, tous les ans, dix jours devant l’Assomption de Nostre-Dame ; et la vigile, jeusnet en pain et eaue, et aussy le Vandredy sainct.

Item, aussy il jeusnoyt autres jeusnes beaucoup, sans ceux qui sont commandés, assavoir toutes les vigilles Nostre-Dame, sainct Françoys, sainct Front, sainct Michel, saincte Magdalene, et plusieurs autres festes quy ne sont point commandées, où il avoit dévotion.

25Item, il a bien trente-trois ou trente-quatre ans que je l’ay servi continuellement53, et il y a plus de quarante-quatre ans que l’ay acommancé à hanter et servir, comme estaient les grandes festes, quant il se tenoit en ses places, qu’estoyent de l’Evesché, comme est Agonnat, le Chasteau-l’Evesque54 et Plazat55, que je estais enfant de chœur de Sainct-Front, qu’il me envoyoit quérir pour ayder chanter les messes et le divin office ; mais j’ay veu especialement, despuys que j’ay demeuré continuellement avecques luy, qu’il couchoit toutes les nuictz avecques son abist et laccorde56 ; et jamais sa chair ne toucha linge, synon aulcunes foys la teste et les piedz ; et cella continua jusques à la fin.

Item, toutes les festes que j’ay nommé dessus il couchoit les nuitz sur le banc, tout vestu ; et quant moy ou le chamberier luy vouloient mettre ung oreiller soubz la teste, il l’en faisoit hoster, et y faisoit mettre ung de ses habitz, et la chappe de drap qu’il pourtoit quant alloyt dehors, avecques ung livre dessoubz ; et après le chambrier luy deschaussoit ses souliers, et luy metoit sur luy son manteau ; et moy et le chambrier couchoient en bon lict ; et il couchel ainsy que j’ay dict sur le banc.

Item, tant comme il a demeuré évesque, il n’a vouleust pourter habist, synon que fust d’ung gris brun et mortiffier, du pris de vingt-cinq soubz, et la chappede quarante soubz ; et quant il a esté arcevesque, de trente soubz l’abit, et la chappe de quarante-cinq soubz ou de cinquante ; et luy sembloyt que le drapt estait encorre trop précieux pour luy.

Item, aussy tous les festes susdictes, ipse pernoctabat in orationibus ; et aussy le sabmedy quasi per totam noctem, expecialiter in magnis festivitatibus ; qu’il aussy disoit tout le psaultier, que la nuict, que le jour ; car le luy ayday à dire aulcunes foys ; et faisoit beaucoup de commémorations de sainetz et de sainctes ; et demouroit en contemplation, que pluries et sepissime habebat occulos madeffactos de plourer.

Item, sepissime, quant il estait en son secret, je l’ay ouy plourer, et gémir, et sospirer, et tondere pectus suum ; et croy que cella faisoit pour les maulx et péchés que ce faisoient en ce monde, specialiter in isto regno.

Item, il disoit l’office obligatoyre, comme du jour, et de Nostre-Dame, semper genibus flexis, synon que fust fort mallade, que estait alors assis ; et puys il se metoit de genoux, quant disoit le Pater noster et les impnes et oraison, taliter que quant il est allé à Dieu, il avoit la chair des genoux dure comme celle-là des talions.

Item, il disoit ledict office spaciose et cum gravitate et reverencia ; et prenoit grand poyne à le dire ; car il metoyt à dire mattines bien deux heures, et in magnis festivitatibus y metoyt quasi trois heures, car il disoit grand legende.

Item, aulcunes fois il dormoit emprès mattines, et aussy je me metay sur le lict pour dormir ; et aulcunes foys je dormay de bon appétit, quant il se levet pour dire prime ; et deffendoit au chambrier que ne me esveillast point ; mais aulcunes fois, de pœur qu’il avoit que je prins froict, il me couvroit, sellon que me disoit le chambrier, et intérim que je dormay, il prioyt Dieu et disoit ses dévocions ; et puys quant la heure passoit de dire prime, luy mesme me venoit esveiller, en me passant sa douce main par mon visaige, en disant : Si dormis, salvus eris.

26Item, plusieurs foys exortoit ses chappelains de dire leur office de nocte et studiose, sans ne sincoper ; et aucunes fois il entendoict que ilz disoient trop discurrendo ; de quoy il les tenoit, et specialiter quant ilz l’interrompoyent.

Item, il avoit des chappelains, que les ungs estoient recepveurs des terres de l’esglise, les autres avoyent office en sa court, et les autres avoyent office en son hostel ; mais il leur deffendoit, sur tous les desplaisirs que luy pourroyent faire, que premièrement se acquitassent de servir bien Dieu, et puis après se acquitassent de le servir, chascun en son office ; car il aymoit plus que le temporel passast détriment, que sy eulx ne servoient Dieu, ainsin comme ilz estoyent obligez.

Item, aussy leur deffendoit, quant lesdictz chappelains chevaulchoient dehors, de ne dire l’office obligatoyre à cheval ; mais leur disoit que ilz pouvoyent bien dire leurs dévotions, s’ilz en vouloient dire.

Item, aussy deffendoit à tous les serviteurs, que jamais ne chevauchassent le dimanche, ne les festes deffendues et collables57 ; et quant faisoient le contraire, et venoit à sa notice, il les tancet et punissoit bien, et disoyt souvent que luy ou ses serviteurs et officiers debvoient illuminer tous les autres de sa diocèse, tant par doctrine que par exemple.

Item, aulcunes foys, quant il estoit en quelque lieu de son esglise, et vouloit aller le dimanche pour prescher et confirmer en une esglise que estoit à une lieue ou deux, il partoyt le sabmedy ou le dimmanche, denuict, qu’il estoit à l’aulbe du jour à la dicte esglise, pour et afin qu’il ne donnast poinct de maulvais exemple de chevaulcher les dimmanches et les festes.

Item, quant il alloit à Romme ouailheurs, là où il se trouvast de dimmanche ou les festes collables, il séjournoist et vollontiers se vouloit trouver en lieux où se disoit le divin office, pour y estre.

Item, toutes les fois qu’il alloit de hors, il alloit premièrement à l’esglise que au logis ; et aulcunes foys ceux quy estoient en sa compagnie, pour ce que le logis estoit loing de l’esglise, murmuroyent contre luy ; et quant il estoit au logis, il nous disoit que Nostre-Seigneur, toutes les foys qu’il alloit en Jhérusalem, la première chouse qu’il faisoyt, s’en alloit fère au temple oraison à Dieu le Père.

Item, il estoit aussy solliciteux de la salvation des âmes de tous ses serviteurs et familiers de son hostel ; et commandoit comme au cuisinier, que davant que luy habilhast à disner, qu’il ouyt messe tous les jours, et spéciallement les dimmanches et les festes ; car il aymoit plus que son disner demeurast d’abilher, que sy son cuisinier demeuroyt sans ouyr messe ; et aussy des autres serviteurs chascun en son office.

Item, il leur mandoit aussy de jeusner tous les jeusnes commandés par saincte Mère Esglise, synon que fussent mallades, ou ne fussent en eage de jeusner ; et deffendoit au boteiller sur grandz poynes, que ne leur bailhast point à manger ne à boyre jusques à mydy.

Item, il disoit à ses serviteurs et familyers : Que ne vouldroict tenyr les commande mentz de Saincte Esglise, s’en ailhe, car autrement je ne veulx pas que demourent avecques moy.

Item, ceux qui jeusnoient, il commandoit au maistre d’ostel, qu’ilz heussent une bonne reffection, le jour, et fussent bien ayses ; et à son charetier quy menoit le boys, le jour qu’il jeusneroit, qu’il ne travailhast point tant comme les autres jours, pour et afin qu’il peult mieux porter le jeusne.

27Item, aussy il leur faisoit recepvoir aux quatre festes principalles, toutes les années, leur Créateur ; et la veilhe des dites festes, il faisoit venir tous ses serviteurs, petitz ou grandz, à sa chambre ; et les exortoit et preschoit comment ilz debvoyent vivre en la grâce de Dieu et comment dignement et en grand révérance de craincte de Dieu debvoient recepvoir leur Créateur, et en quel estât debvoyent estre ; et ceux qui le recepvoyent en estât de grâce, comment la gloire de Dieu leur estoit appareillée, et aussy la poyne à ceux que indignement le recepvoient ; et beaucoup de bonnes et sainctes parolles que leur disoyt, lesquelles je ne sçoray rescripre ; et puis les absolvoit, de l’authorité de nostre Sainct-Père, de toute sentence d’excommuniement.

Item, emprès il ordonnoit ung de ses presbtres pour dire la première messe, et icelle recepvoyent le cuysinier et les autres serviteurs que avoyent charge de appareiller à disner, et faire le service de l’hostel ; et à l’autre messe, l’autre partie des serviteurs ; et à sa messe, il administroict ses escuyers qui le servoient à table.

Item, aussy il ne permetoit que serviteur qu’il heust, heussent aulcun courroux l’ung avecques l’autre ; ains vouloit que tous heussent amour et charité entre eux ; et quant sçavoit le contraire, il en estoit courroussé, et les faisoit venir davant luy, pour y mettre paix et dilection.

Item, aussy il vouloit que tous scs serviteurs fussent honnestes, tant deparolle que de faict ; car quant luy venoit à sa notice que ung serviteur, heusse dict une parolle deshonestes, il le tancet si bien que une autre foys se gardoit bien de parler deshonnestement ; mais les exortoit, et leur deffendoit sur tout le desplaisir que luy pouroient faire, que jamais ne parlassent deshonnestement, mais tousjours honnestement, tellement que le peuple louast Dieu de leur bonne et honneste conversation.

Item, aussy il aborriset tout péché, spécialement le péché de la chair ; car si ung de ses serviteurs l’eust desrobé or et argent, et aussy luy heusse dict injure et fait beaucoup de maulx à sa personne, il ne luy donnoit point pour cela congé ; mais il heusse faict une ribauderie avecques une femme, il luy donnoit incontinant congé, et jamais plus ne demeuroyt avec luy, et fust-il été son nepveu.

Item, quant il sçavoit ung homme de l’esglise, de sa diocèse, qui estoit ribaud, et de celluy apparoissoit par information, il se pourtoit gratieusement à le punir pour la première foys ; mais, quant retournoit au péché, il le punissoit de corps et de biens, et luy faisoit faire la pénitence en pain et en eaue, en la prison ; et l’argent que avoit de luy pour l’amende, il le donnoit ez pauvres.

Item, il estoit si bon et avoit si grand entendement, qu’il cognoissoit les presbtres de sa diocèse, lesquel estoient de bonne et honneste vie ; et quant ilz venoyent là où il se tenoit, il les embrassoit et baisoit ; et quant avoient à besoigner, il les faisoit expédier58 et se recom mandoit à leurs oraisons ; et aux autres presbtres il leur bailhoit la main pour baiser.

Item, quand on luy disoit : En tel lieu, il y a ung bon homme ou une bonne femme, il estoit si joyeux et se délectoit en cella ouyr ; mais aussy, quant on luy disoit : En tel lieu il y a de très que mauvaises gens, il estoit fort courroussé et desplaisant.

Item, il hayssoit toute chasse de chiens et d’auzeaux ; et luy desplaisoit quant les chiens de chasse venoient à l’hostel, ny emprès luy ; et les faisoyt chasser et baptre, quant les chiens ne s’en vouloient aller ; et ne permettoit à nul que en menast en sa compaignie.

Item, ne permetoit aussy à ses chappelains de aller à la chasse ; et me souvient qu’il y a 28bien vingt-six ans ou plus, qu’il se tenoit en une place de son esglise, qui se nomme Agonac, qui est à deux lieues de Périgueux, que son official quy estoit pour lors, estoit avecques luy ; et ung jour il alla chasser avec les chiens du cappitaine, et print ung chevrel ; et cuydoit estre bien venu devers luy, avecques son dict chevrel ; mais il se courroussa grandement avecques luy, et fist donner aux pauvres, à pièces, tout le chevrel ; et ne permist que homme de son hostel en mengeast.

Item, il estoit si piteux qu’il ne pouvoit regarder que l’on tuast ung polet, ne autre chouse davant luy, et spéciallement de ses bestes innocentes.

Item, il célébroit la messe quasi tous les jours, et mettoit bien, tant pour se préparer que à dire messe, bien deux heures ; et aulcunes foys plus, les festes ; et quant il alloit à Vautier, il alloit en grand craincte, en humilité et aussy en grandz larmes ; et en quelle dé votion sadicte messe, je ne le sçaroys rescripre ; et emprès qu’il avoit sadicte messe, il en oyoit une autre messe ; et après demeuroit grand space de temps pour rendre grâces à Dieu.

Item, quant il s’estoit préparé de dire messe, il ne vouloit que homme parlast avecques luy ; ains les remettoit après la messe, pour les ouyr, synon que heust grand haste, que fust en débonnement de quelqu’un59.

Item, tous les jours, il disoit ou oyoit la messe de ce que avoit dit mattines du jour ; et quant estoit jour de feste, ou feste doble, il oyoit deux messes ; et quant estoit feste solempne, il oyoit troys messes, et aulcunes fois plus ; et aussy il oyoit la messe du jeusne ou jour que venoistle jeusne.

Item, aussy quant il faisoit de feste le dimmanche, il disoit la messe de la feste, et après il oyoit celle-là du dimmanche ; et après il alloit ouyr la grand’messe.

Item, volontiers il oyoit ou disoit, le sabmedy, une messe de Nostre-Dame, après la messe du jour.

Item, jamais il ne disoit l’office obligatoire quant il oyoit la messe ; mais escoutoit dévotement ce que disoit le presbtré hault, et quant le presbtre disoit bas, il disoit ses dévotions ou contemploit le mistère de la messe.

Item, il se confessoit tous les jours, davant qu’il ouyt messe, et aussy toutes les fois qu’il preschoit ou confirmoit.

Item, il estoit si consciencieux que de chouse de rien il faisoit conscience et pé nitence.

Item, jamais il ne laissa passer le temps des ordres, que l’on doict fère, qu’il ne les fist ou fist faire.

Item, quant il faisoit par son vicayre ou son official examiner les clercz, il les faisoit examiner spéciallement, si estoyent de bonne vie et honneste conversation, et aussy surtout de bien lire et entendre sufficienter, et aussy de articulis fidei.

Item, de voir aussy si les clercz estoient vestus honnestement, et si la robbe estoit clouse davant et darrière, et sy les cheveulx et la couronne estoit de bonne manière.

Item, d’avant qu’il commenças ! les ordres, il les preschoit et leur donnoit absolution generalle auctoritate apostolica.

Item, plus emprès il preschoit à chascun ordre, et aussy comment debvoyent converser in domo Domini ; et sic cum magna devotione celebrabat ordines, ouy que toutes les fois qu’il faisoit les ordres, il estoit deux heures après midi, vel quasi ; et aulcunes foys plus devant qu’il heust faict.

29Item, il avoit grand compassion de pauvres gens, quant ils estoient excommuniez pour pauvreté, et quant venoit la sepmayne saincte, il prenoyt grand poyne, tous les ans, avec les parties, pour leur faire donner absolution ; et aulcunes foys il faisoit avec les parties que les tenoient excommuniez, tant par prière que aussy que leur bailhoit ung peu d’argent sellon sa possibililé, tellement qu’ilz avoyent absolution ; et leur faisoyt fère absolution toute scellée, gratis.

Item, aussy tous les ans, le sabmedy de Pasques flories, il donnoit absolution à tous les pauvres que estoient excommuniez à l’instance de son promotheur, pour malice, en tant qu’il leur faisoit faire pénitence et les tanxet bien assavantés ; et à tous les autres qui n’estoient pas pauvres il leur donnoit absolution jusques à quinze ou seze jours, ou à ung mois après Pasques.

Item, quant quelqun venoit à luy pour luy demander quelque doubte ou question, jamais ne rendoit respons promptement, nonobstant qu’il le sceust bien, mais le remettoit à certayne heure, pour leur rendre responce.

Item, quant quelqun de ses serviteurs estoient malades, il estoit sy soliciteux de les fère panser, que aulcune foys luy mesmes les venoit panser, comme heust faict àmoy, quant j’estois malade en Ytallie ; que se levoit à minuict, pour me panser et bailler médecyne, ainsin qu’avoit ordonné le médecin ; et aussy toutes les fois que j’ay esté malade.

Item, jamais il ne disnoit ny ne soupoit, pour sy grand seigneur que fust à sa table, qu’il ne fist lire la bible ou la légende de sainctz, ou exposition de la saincte Escripture ; et quant avoyt demy disné, il faisoit cesser de lire, et là en mengeant il exposoit ce que avoit esté lheu ; et après, il faisoit continuer de lire jusques à la fin, qu’on levoit la table, que celluy qui lisoit, disoit un antienne : Domine, miserere nostri ;et de là rendoit grâce à Dieu.

Item, après disner, il parloit tousjours de choses spirituelles ; et quant à son disner, et aussy à soupper il y avoit de grandz clercz, voulontiers il mouvoit une question de théologie ou de droict.

Item, aulcunes foys beaucoup de seigneurs et de gentilz hommes venoyent disner et souper avecques luy, que parloient de choses terrennelles et mondaines ; mais il les Conver tissoit en choses spirituelles ; tellement que chascun, quant s’en alloit de l’hostel, estoit consolé et grandement esdiffié de luy et de sa doctrine.

Item, il estoit sy bien et sy spirituel, que quant gens spiriruelz et de saincte vie venoyent pour disner ou pour soupper, ou pour loger en son hostel, il estoyt si aise, que je ne le saroys rescripre, et tout son hostel leur estoit abandonné.

Item, aulcunes foys, ils venoyent tant de ses beaux pères de l’observance, expecialle ment quant alloient à leur chapitre, que tous ne pouvoyent pas loger à son hostel, qu’il com mandoit à moy ou à son aulmosnier, que on leur trouvast logis en ville, que fussent bien logés.

Item, jamais ne vouloict escouter parolle de détraction d’aulcune personne, quelle ce fust ; mais aulcunes fois ses familiers et serviteurs, pour l’amour que luy pourtoyent, parloyent aulcunes fois parolles détractoyres, qu’estoyent vrayes, de ses émuleurs et malveilhantz, que le contourboyent et faisoyent playdoriger à tort ; mais il les tanxoit bien, et leur disoit que de cella dire il ne pouvoit avoir que péché.

Item, jamais il ne vouloist se vanger de personne du monde, ne permettre qu’on s’en vengeast, pour grand mal que luy heussent faict ; mais les pardonnoit vollontiers, quant venoyent devers luy, et luy heussent faict tout le mal du monde ; mais anlcunes foys leur faisoit du bien, et ne luy souvenoit du mal que luy heussent faict.

Item, aulcunes fois ses parens et amys se vouloyent venger de ses ennemis, quy le 30vessoyent ainsi ; mais jamais ne leur permettoit de le faire, et leur disoit que sy luy vouloient fère plésir, que ne le fissent point ; car il leur feroit par justice cognoistre leur coulpe.

Item, tant qu’il a demeuré évesque de Périgueux, il a tousjours bataillé et pugné contre les vices, comme j’ay dict dessus ; car il y avoit aulcuns chanoynes de son esglise, et aussi aulcuns abbés et prieurs de sa diocèse, que par leur malice et orgueilh ilz ne se vouloyent humilier, ne faire obéyssance, comme à leur prélat ; mais pour fouyr à correction, et vouloir demeurer tousjours en leur péché et malice, les ungs sefaisoyent estudians de Paris, les autres de Tholoze, et exitarent beaucoup de procès et de maulx.

Item, ledit cardinal estoit si noble de lignée et de vertuz, qu’il les humilia, tant par la justice ecclésiastique que séculière ; et furent condempnés en grandz despans.

Item, encorre, ilz demeurarent en leur orgueilh et malice, que par sentence d’excommu niement, ne par la puyssance de la court séculière, ilz ne vouloient obéyr ; mais demeuroyent les ungs fuitifz par les bois, et sa et la.

Item, voyant cessi ledict cardinal, qu’ils ne vouloyent obeyr à justice, il leur hosta les fruitz de leur abbaye et beneffices par justices ; mais en tout cella, ilz demeuroyent tousjours en leur malice.

Item, ledict cardinal estoit si bénigne et miséricordieux, et avoit sy grand zèle au salut des âmes, et si grande douleur de la perdition, qu’il fist dire tant par moy que par autres, aux parantz d’eux, que s’ilz vouloyent cognoistre leur coulpe, et venyr à obeyssance, et que l’abbé vouloist demeurer en s’abaye avecques les religieux, en paix et en œuvre, qu’il estoyt contant de leur octroier absolution ; et pour ce que l’abbé avoit incorrust irrégularité, parce qu’avoit célébré messe, excommunié, de rescripre à nostre Sainct Père le Pape de le absouldre et habiliter de toute irrégularité, et encorre leur faire grâce des despanz esquelz avoyent esté condempnés envers luy.

Item, jamais homme ne femme que vint à luy, pour grand péché que fust, ne pour grand mal que luy heussent faict, que ne treuvast grâce, miséricorde, douceur et bénignité avecques luy ; car jamais il ne hayssoit personne, sinon le péché ; car voulontiers parcebat omnibus sibi malefacientibus.

Item, aussy jamais il ne dict, ne fist mal à homme ne à femme, pour mal ne doumage que luy heussent faict ; mais comme j’ay dict dessus, ne vouloyt ouyr que on leur dict mal, ne que on leur fist aulcung mal ne doumage.

Item, jamais femme n’entra en sa chambre, synon que fust feue madame sa mère, ou les femmes de messeigneurs ses frères ou ses niepces ; mais quant quelque femme vou loit parler à luy, il les faisoyt aller à l’esglise ou à sa chappelle, et là il parloit avecques elles.

Item, tousjours il a heust un grand zèle à garder et conserver le bien publicq ; car quant les Estatz du pays de Périgort se tenoyent, il exortoit les nobles du pays, et ceux qui avoyent administration de justice, qu’ilz voulsissent aymer le bien publicq, et suppourter et garder et deffendre le menu peuple ; et volontiers il y avoit à disner et à souper les plus grandz du pays, pour les animer qu’ilz heussent tousjours le cœur au bien publicq ; et ainsin faisant acquerroit mérite à leurs âmes envers Dieu.

Item, quant venoyent au pays les commissaires du Roy, pour mettre taille ou autres subcides, il leur envoyoit vin et avoyne pour leurs chevaulx, et leur faisoit beaucoup de dinerz et de souperz, et les tenoit bien ayses ; et les prioyt qu’ilz heussent pitié du pauvre peuple, quy estoit sy pauvre ; et leur remonstroit la pauvreté du pays, et gardoit tant qu’il pouvoit le peuple de oppression, sans avoir du peuple rémunération.

Item, aulcunes fois il alloit par le pays devers le prince, pour luy remonstrer la pauvreté 31du pays et du peuple, que dépandoit60 beaucoup du sien, sans en avoir aulcune rémunération du peuple.

Item, tousjours il a esté si obéyssant à nostre Sainct-Père et au Sainct-Siège appostolique, que quant nostre Sainct-Père le Pape luy commandoit faire aulcune chose, en vertu d’obé diance, et fust cella impossible à faire à luy, ce nonobstant, il se advanturoit et se metoit en son debvoir de l’affaire.

Item, aussy toute sa vie, a bataillé pour le Sainct-Siège appostolique, et pour la liberté de l’Esglise ; et souffert beaucoup d’opprobres, de vexations, dommages, et de menasses, ainsy que dirons emprès.

Item, quant il heust bien batailhé en Périgord contre les péchés et vices, et beaucoup faict de fruitz pour l’expace de dix-neuf ans, car comme j’ay dict auparavant, il n’y avoit ne grand ne petict que ne luy obey, et estoit en paxification de conscience, pour avoir repoux, Dieu l’a translatté à Tours pour battailler encorres contre les vices et les péchés, et pour la liberté de l’Esglise, ainsy comme j’ay dict dessus, et diray emprès encorre ; car tant comme il y a demeuré, il ne y a heust que adversités, tribulations, plaix, procès et poyne, tant pour soubstenyr la liberté de l’Esglise et la obeyssance du Sainct-Siège appostolicque, que pour garder et recouvrer les droitz de sa dignité et de tous ; par sa bonté, prudence, science, constance et conduicte, il est venu à son souhest et désir ; et puis après, comme je croy, Dieu luy a vouleust donner repos, et l’a translatté de ce monde en l’aultre.

Item, au commancement que fust translatté en Thourenne, fust prins et détenu, de par le Roy, le cardinal d’Angers61 et l’évesque de Verdun62, et mis en prison, pour aulcuns cas qu’on disoit qu’il avoit faict contre la personne du Roy. Mondict sieur se retira devers le Roy, à Amboise, pour luy remonstrer comment il ne pouvoit prendre ne detenyr lesditz cardinal et évesque, sans encourir les senssures de droict, nisi ad fines remitlendi à nostre Sainct-Père ; et le Roy luy respondict que son intention n’estoit autre, et qu’il avoit envoyé devers nostre Sainct-Père, qu’il luy pleust de luy envoyer un commissaire pour les rendre, et faire leur procès ; de quoy mon dict seigneur fust bien contant de la responce.

Item, emprès il fust prins l’évesque de Pamiers63 en la ville de Tours, pour quelque commissoyre, et sellon que fust rapporté, fust mené de nuyct, tout lié et attaché, en parlement à Tholose ; de quoy mon dict seigneur fust grandement conturbet et tant doulant que je ne le sçaroys rescripre ; et fist grand dilligence devers le Roy ; et le Roy lui dict qu’il ne sçavoyt rien, et qu’il n’avoit pas donné mandemant de le prendre, ne mener à Tholose ; et emprès il fist fère dilligence par ses officiers de sçavoir les noms des personnes de ceux qui l’avoyent prins ou faict prendre ; intérim que l’on faisoit dilligence, vint à Tours ung serviteur dudict évesque, que dist à monsieur que son maistre avoit esté relaxé de la caption, et que il leur faisoyt action, et demendoyt satisfaction de l’injure que luy avoit esté faite.

Item, emprès furent prins par les officiers royaux aulcuns familiers, presbtres et clercz desditz cardinal d’Angers et évesque de Verdun ; par quoy le chanceiller et tout le Grand Conseil du Roy envoya devers mondict seigneur, qu’il leur envoyast ung vicariat en escript64, ainsy 32comme ses prédécesseurs avoyent accoustumé, quant le cas advenoyt, pour faire leur procès ausditz presbtres et clercz ; mon dict seigneur leur fist réponce qu’il ne le pouvoit faire de droict, ne sans blesser sa conscience, mais qu’ilz luy rendissent en ses prisons lesditz presbtres et clercz, et que, appellé l’advocat et le procureur du Roy, luy mesme leur feroit leur procès.

Item, emprès luy envoyarent deux conseillers du Roy, pour avoir ledict vicariat et luy remonstrer comme dessus, comme ses prédécesseurs l’avoyent tousjours baillé sans difficulté ; et comme cecy toschast la personne du Roy, et aussy tout son royaulme, et beaucoup d’autres advertissementz, et aussy en le menassant quant il ne le feroit ; le bon et constant seigneur leur respondict comme dessus, que sy ilz luy monstroient que de droict le peut faire, qu’il le feroit ; car autrement il blesseroit sa conscience ; que n’en feroit pour rien, car plus tost il lerroit l’arcevesché.

Item, après luy fust faict commandement sur la peyne de mille marcs d’or et la prinse de son temporel, et aussy beaucoup de menasses.

Item, voyant cecy, moy et aulcuns de ses familiers ou serviteurs, doublant que luy vint à soy et à tous ses familiers et serviteurs beaucoup de maulx, luy remontrâmes, en sa cham bre, qu’il feroit bien de bailler se vicariat ; voyant que tousjours ses prédécesseurs avoyent accoustumé en bailler, et que s’est ung vicaire que fust ung homme que doubtast Dieu en sa conscience, que ne fist chouse que de droict ; et quod temporibus istis opportebat dissimulare, quia dies mali erant ; et que pour cecy pourroit advenir beaucoup de maulx à luy et à tous ses familiers et serviteurs.

Item, le bon prélat nous respondist : Si mes prédécesseurs l’ont accoustumé, je sçay bien que les autres prélatz de ma province cuydent que ailheurs ne ayent pas accoustumé à le bailler ; si je baille ce vicariat, je feray un grand mal à mes suffragans, et aussi ailheurs ; pour ce que vous me dites, quia dies mali sunt, les princes de ma province [on] pourroit compeller par force, en disant que aussi bien le peuvent faire comme moy que suis leur arce vesque ; et pour la conséquance et les maulx que en peuvent advenir ; et aussi je ferois contre toute la liberté de l’Esglise, et contre droict ; je ne le feray poinct, car plus tost je lerray l’ar cevesché, et m’en iray au couvant avecques les autres frères.

Item, emprès nostre Sainct-Père le Pape luy envoya une certaine bulle, que contenoit les sensures que nostre dict Sainct-Père le Pape, avec tout le Collège, le jeudy sainct, déclaire publiquement contre tous ceux, de quelque estât ou condition que soyent, que font contre la liberté de l’Esglise ne contre le Sainct-Siège apostolique, et autres chouses que contènent et sont contenues dans ladicte bulle ; en mandant à mon dict seigneur que la eust à dénoncer et dé clérer en son Cène, et fère dénoncer aux curés de sa diocèse65.

33Item, il estoit si obeyssant à nostre Sainct-Père et au Sainct-Siège, comme icy dessus dict, qu’il n’y avoit chose si difficultueuse, qu’il ne fist par obeyssance ; et. en son Cène il fist ainsi comme luy estoit commandé.

Item, tantost cella vint à notice des officiers royaux, tellement que le chanceiller et tout le Grand Conseilz, et aussi parlement et autres de l’hostel du Roy, tous se insurgèrent contre mon dict seigneur ; et fut faict commandement sur grosses peynes, et sur la prinse de son temporel et autres menasses que luy furent faictes, qu’il heust à révoquer tout quant qu’il avoit faict au Cène, et bailler celle bulle à la Court.

Item, emprès fut mis tout son temporel à la main du Roy, et fust baillé à commissayres, et aussi adjourné à comparoir personnellement en la court de parlement, à Paris, à l’instance du procureur du Roy, et aussy à respondre à certains articles.

Item, ses serviteurs et familiers furent menassés, ainsy comme leur fust rapporté par aulcunes gens du prévostz des mareschaulx, qu’ils seroyent prins, et mis en la rivière ; et de quoy ung serviteur s’en alla, et laissa mon dict seigneur ; et les autres avoient grand paour ; mais nonobstant tout cella, il n’en voulsist rien faire, car je croy qu’il estoit comptant de mourir par obeyssance ; et avoit sy bonne constance, que me sembloit que ne luy en challoit ; et cuyde aussy qu’il estoyt content de souffrir injure, opprobre, et beaucoup de maulx pour celle obeyssance.

Item, au bot de deux ou trois jours, le Roy vint ouyr messe en l’esglise des Augustins66, et mon dict sieur s’en alla à celle messe ; et nonobstant que aulcuns de ses malveulhians avoient dict au Roy tout ce qu’il avoit faict en son Cène, et que tout estoit faict contre sa personne et contre tous les priviliéges de son royaulme, le Roy parlast à luy, et luy fist assés bonne chière ; et mon dict sieur luy remonstra comme ses gens avoient mys son temporel à sa main ; et l’avoient adjourné à comparoistre en personne, à l’instance de son procureur, en parlement à Paris, pour ce qu’il avoit obey, ainsy qu’il estoit tenu, à nostre Sainct-Père ; et le Roy lui dict qu’il ne devoit pas si facillement obeyr, speciallement des chouses que sont ruyneuses, sans remonstrer ; mais pour ceste foys, il ne yroit point à Paris, mais vouloit bien que une autre foys pour veoir Paris y allast ; et que en son temporel lever, qu’il n’y auroit autre commissayre que luy ou ses gens.

Item, il estoit si ardent à garder l’auctorité et la liberté de l’Esglise, que tousjours il ba tailloitpour la garder et ne craignoit adversité ne menasses, ne opprobres, ne riens de ce monde.

Item, il me recorde que les sergentz du prévostz des mareschaux menoyent ung homme en prison ; et en passant devant l’esglise de Sainct-Pierre du Boille de Tours67, le prisonnier se eschapa d’eulx, et s’en entra en franchise dans l’esglise ; et vint le lieutenant dudict prévost, et le getta de ladicte esglise, et l’emmena en prison ; mais mon dict seigneur le fist citer, et tous ceux qui l’avoient getté de la dicte esglise, et excommunia ledict lieutenant ; et fut retenu en l’amande, et ledict prisonnier fust restitué dans la dicte esglise, en sa liberté.

Item, combien il a getté de presbtres et de clercz, et aussy de religieux dez prisons du Roy, je ne le sçaroy rescripre ; mais quant venoit à sa notice que en la prison du Roy ou d’autres qu’il y avoit de clercz, il faisoit sy grande dilligence qu’il les avoyt en ses prisons.

34Item, il me recorde que, ung jour, mon dict seigneur estoit attablé, que dynoit, et quelcun luy vint dire que le prévost des mareschaux avoit debtenu ez prison du Roy ung homme qui estoit clerc, et s’en estoit proclamé, et l’emmenoyt au gibet ; lequel incontinant envoya en grand dilligenceson promotheur, pour le requérir ; et davant que ledict promotheur fust au gibet, l’homme fust pendu ; et le dict promotheur se informa s’il estoit clerc ; et ne trouva pas que fust clerc, ne proclamé pour clerc ; mais nonobstant tout cela, mon dict seigneur envoya soubz le gibet, pour voir sy en la teste dudict homme apparoissoit de couronne.

Item, il estoit ardent et curieux, quant il fust en Tourenne, comme j’ay dict dessus, de extirper les vices de blasphème ; car il me recorde qu’il fust rapporté à mondict seigneur que ung homme, que estoyt greffier de la court du Roy en Tourenne, que en jouant il avoit regnié et. dépité Dieu, et appelé Nostre-Dame, etc. ; jamais je ne vis mondict seigneur si courroussé ; car il envoya son promotheur incontinant faire information, et trouva par plusieurs tesmoingtz qu’il avoit regnié et despité Dieu et Nostre-Dame ; et ne trouva synon pas ung tesmoingt quy nel’oyst ; mais mondict seigneur heust un mandement en vertu duquel l’envoya prendre à la court du Roy, qu’il escripvoit ; et publicè l’en fist mener par ses appa riteurs en ses prisons, et le fist enferrer, et luy mesme luy fist son procès ; et puis-convocqua en sa saie tous les clercz de la ville, tant ecclésiastiquez que lays ; et fut récité davant luy, en présence de tous, tout le procès ; et mon dict sieur demanda à chascun son oppinion, quelle pénitence devoit faire ; et fist fère pénitence publique, qu’il allast à toutes les esglises de la ville de Tours, tout en chemise, et une grande torche de cire en la main ; et à la porte de chascune esglise, le curé devoyt estre tout revestu ; et il debvoit de genoux confesser publi quement son péché ; et le curé le debvoit absouldre, verberando cum virga, dicendo : Miserere mei, Deus, etc ; et puis aller à Nostre-Dame de la Riche, et le curé l’absouldre comme les autres ; et puys aller de genoux, delà porte de ladicte esglise jusques à l’autier de Nostre Dame, et offrir la torche, laquelle avoit entre ses mains ; et aussy fist autre pénitence, ainsy comme appert par ledict procès ; que fust ung grand exemple à retirer les autres de blasphé mer Dieu.

Item, combien de poyne, et quantes dilligences a faict mondict seigneur pour faire retourner en leurs éveschés, et rendre les fruictz de leurs beneffices, tant de prelatz et de gens d’esglise qu’estoyent bannis du royaulme de France, comme estoit monsieur l’arcevesque d’Ambrun68 et plusieurs autres des noms desqueulx à présent non me recorde69 ; et tant de foys il a esté devers le Roy Loys, pour luy remonstrer qu’il ne devoyt ny ne pouvoyt sellon Dieu ; et quant ledict feu Roy cognoissoit qu’il luy vouloit parler de cella, luy disoit : Monsieur de Tours, sy voulés riens, rescripvés-moy ; et s’en alloit sans le escouter.

Item, tant souvent a rescript audict feu Roy, comme j’ay dict lassus, qu’il ne pouvoyt ny ne debvoyt bannir gens d’esglise, ne retenir les effruictz de leurs beneffices, sans cause que ne tombast en censures de droict, et spécialement des cardinaux ne evesques, que repré sentent les apostres ; mais les debvoit remettre tous à nostre Sainct-Père le Pape, à quy appartient la cognoissance ; et aussy luy rescripvit la pauvreté et doliance de son pauvre peuple, qui estoyt sy chargé de tailles et de subcides, que ne les pouvoit pourter ; et aussy luy rescript de redresser justice en son royaulme ; et beaucoup d’autres chouses que seroict long de les rescripre, ainsi qu’il peult apparoir par les lettres et advertissementz que luyt res cripvoit ; ouy ceux qui ont veu les advertissementz, et se esmerveilhoient comment il les avoit 35ainsy osé rescripre ; car tous les seigneurs du sang royal ne heussent pas ousé luy remonstrer ; mais mon dict sieur avoit si grand zèle au bien public et au salut dez âmes, qu’il ne craignoyt en cella homme du monde.

Item, ledict feu Roy voyant ses advertissemens et lettres, que feu mon dict seigneur luy avoit fait, il rescript à feu mon dict seigneur, et le remercia des bons advertissemens qu’il luy avoit envoyé, et commanda à son chancelier que ledict sieur d’Ambrun, et tous les autres prélatz et gens d’esglise, que estoient bannis, fuissent restitués en leurs éveschés et bénéffices, avecques les effruitz qu’on en avoit heu et parceu, et cella fust faict par le chancellier et tout le Grand Conseilh70.

Item, au surplus des dictz advertissemens le Roy avoit bonne intencion de parfaire ; mais le diable quy est adversaire de bien faire, y mist empeschemens ; que le dict feu Roy remons tra les dictz advertissementz à aulcungs maistres en théologie de Paris, qu’estoyent de la secte des mauvais, quy ne désiroyent pas tant le bien et proffict du bien public, ne le salut des âmes, comme feu mon dict seigneur, ains désiroyent plus la grâce du Roy, pour avoir esvéchés et béneffîces, et vont dire au Roy que s’il faisoitce qu’estoit ausdictz advertissementz il feroit ung grand mal et une grande playe, à luy et à son royaulme, et firent dix-neuf erreurs contre les ditz advertissementz.

Item, le Roy estant à Orléans, envoya à mondict seigneur ses maistres en théologie, à Tours, parler avecques luy, et luy remonstrer lesdites erreurs ; et escripvit à mondict seigneur par monsieur Maistre François Aile, arcevesque de Narbonne71, qu’il voulsist ouyr ses ambassadeurs ; les quieulx monseigneur ouy en sa chambre au long ; et Dieu sçait comment il parla avecques eux ; mondict seigneur de Narbonne, Maistre Jehan Brethe, maistre en théologie, thésaurier de Tours72, et autres qui estoient presans, en peuvent témoigner ; de quoy lesditz ambassadeurs s’en allarent mal contans de feu mondict seigneur ; et le misrent en la malle grâce dudict feu Roy, tellement qu’il estoit tout indigné contre feu mondict sieur, que ne pouvoit plus ; car il ne pouvoit parler en bonne boche de luy, et disoit que jamais ne se fieroit en feu mondict seigneur, ny ne dorroyt foy en riens qu’il luy dist, et plusieurs autres parolles ; et croy qu’ilz heussent faict beaucoup de maulx à feu mondict seigneur ; mais le Roy sçavoit bien qu’il estoyt comme ung sainct appelé sainct Ambroys, lequel ne craignoyt rien ; 36et emprès ledict feu Roy fist son confesseur ung de ses dictz maistres, que je croy que heusse faict beaucoup de maulx ; mais Dieu Posta de ce monde73, et emprès feu mondict seigneur fust en grâce du Roy, comme auparavant, et disoit que Monsieur de Tours estoit ung vray bon homme74.

Item, comme j’ay dict dessus, il a eu grand zèle à garder l’authorité et liberté de l’Esglise ; et a esté obeyssant au Sainct-Siège, et a exalté l’authorité Summorum Pontificum, et en a faict beaucoup de traités ; et me recorde que j’en ay escript un traité, que commence : A summo celo, etc., que fust envoyé à nostre Sainct-Père.

Item, en quelle reverance et honneur il receust les légatz, orateurs et messagiers du Sainct-Siège apostolicque, quant venoyent de par deçà en France, et comment leur obeyssoit in omnibus, je ne le sçaroys rescripre ; car luy, ses biens, et tout l’arcevesché leur estoit abandonné75.

Item, il estoit sy noble de cueur et de vertus, quant les trois Estatz de France se tenoient à Tours, en son hostel ; et aussy il avoit sy grand zèle au bien public de ce royaulme, et du Roy Charles qu’estoit jeune d’eage, que ses biens et tout son hostel estoit abandonné à gens de bien, tellement que quant il est allé à Dieu, il estoit pauvre des biens de ce monde, tant pour cella que aussy qu’il donnoit aux pauvres76.

Item, jamais il ne vouloit avoir que ung beneffice, et quant moy et les autres serviteurs aulcunes fois luy disions qu’il seroict bon qu’il heust quelque bonne abbaye, pour tenir son estât et aussy pour faire bien en pauvres, il nous respondoit qu’il n’en vouloit plus de charge, car il n’avoit tropt plus que n’en pouvoit servir, et de celle mesme il vouldroict estre digne ment deschargé77.

37Item, nonobstant qu’il n’aye heu que ung béneffice, il a faict beaucoup de bien ez esglises ; car tout premièrement il a faict fère le grand aultier de l’esglise cathédralle de Périgueux, le plus beau et magnifique de pierre de ce royaulme. Item, il a faict fère ung des beaux reliquiers de ce royaulme, pour mettre le chief monsieur sainct Front ; et a relevé le corps ; etaussy beaucoup d’autres biens qu’il a faict tant en celle esglise que en l’esglise colle giale de Sainct-Front.

Item, il a faict fère la moityé de l’esglise parochielle de Sainct-George, hors les murs de la ville de Périgueux, qui estoit tombée ; et aussy il donnast argent pour commencer à bastir l’esglise collegialle de Sainct-Astier78, qui estoit toute tombée par la guerre.

Item, aussy des indulgences et pardons, qu’il a impettré de nostre Sainct-Père, et donné tant aux esglises cathédrale et colégialle de Périgueux, que en autres esglises et hospitaux de ladite diocèse de Périgueux, que estoient destruites par guerre, que sont esdiffiées et réparées, et repparent tous les jours, et se entretiennent en ornemens pour servir Dieu.

Item, aussy tant de biens qu’il a faict à son esglise de Tours, que par les indulgences qu’il a obtenu et impettré, messeigneurs de l’esglise de Tours ont faict fère deux fois l’une des grandes et belles cloches79 de ce royaulme, et le portal de l’esglise, que n’estoit pas parfaict ; et aussy beaucoup de réparations qu’ilz ont faict à leur esglise, et font tous les jours.

Item, l’esglise de Saincte-Catherine de Firboys80, que estoit toute bruslée de feu, qu’il a faict faire ainsin, comme l’on peult voyr.

38Item, aussy tant d’esglises et aulmosniers, tant hors de la ville de Tours que en la diocèse, que aussy en la province, se sont réparées et faictes tout à neuf, et se réparent tous les jours81, et aussy tant d’ornemens et habilhementz pour servir Dieu y sont venus par luy, et veneht tous les jours : dont il seroit long et prolixe à l’escripre ; mais opéra testimonium perhibent.

Item, emprès qu’il a bien bataillé contre les vices et péchés, et a faict tant de fruict ez âmes, et tant de biens, comme j’ay dict dessus, en Périgort, à Tours et ailheurs, Dieu l’a vouleu prendre, et le remmunerer de la poyne qu’il a prins, et des biens qu’il a faict en ce monde pour l’amour de luy.

Item, j’ay esté pour l’espace de vingt-sept ans son confesseur ; mais je cuyde que jamais homme fust plus screpuleux de conscience, ne plus consciencieux qu’il estoit ; car de ung rien il faisoit conscience et pénitence ; non tant seulement de ses péchés, mais des autres ; car luy sembloit qu’il estoit inutil et ignorant à avoir la charge qu’il avoit, et qu’il estoit cause des péchés qui se perpetroient en sa diocèse, par son ignorance ; et se réputoit ung grand pécheur, et tousjours craignoit que le bien qu’il faisoit, ne fust acceptable à Dieu.

Item, comme j’ay dict dessus, il a esté tousjours ung grand exemple de humilité et de charité ; car il a esté humble et bénigne ez humbles, et a esté fervent et rigidus à humilier les orgueilleux et arrogans ; car l’on pouvoit dire de luy, qu’il faisoit ce que sainct Paoul escripvoit ad Thimoteum : Argue, increpa, obsecra, etc. Item, jamais je neveu, ne ouy que de sa bouche sallist ne dict parolle occieuse ne mal ditte ; et cuyde que nunquam offendit in verbo ; et a tousjours patienter soubstenu et pourté ses maladies et adversités, semper laudando Deum ; ne pour opprobre, ne injure, ne menasse que luy ayt esté faitte, nunquam in illius ore nisi Christus, nisi pax, misericordia ; et semper in adversitatibus dicebat : Deo gratias ; et tout temps il a esté irrépréhensible, et une grande lumière en l’Esglise de Dieu, quia nemini unquam nocuit, omnibus profuit, et sic vitam istius mundi finivit ; et pour ce on peut dire de luy ce que on lit en l’esvangille82 des 39confesseurs : Non est inventus similis illi qui conservaret legem Excelsi, — maxime tem poribus nostris.

S’ensuict l’estat de la maladie dudict feu monsieur le cardinal

Item, ledict feu monsieur le cardinal, tant comme il a esté arcevesque de Tours, volontiers quant il estoit à Tours, faisoyt l’office et alloit en la procession de la Feste-Dieu ; et en passant davant l’esglise de monsieur Sainct-Martin donnoit la bénédiction au peuple ; et quand ledit cardinal ne alloit point à la procession, toute la procession entroit dedans ladicte esglise de monsieur Sainct-Martin, pour faire estation, et pour ce que ledict feu monsieur a eu tous jours, comme j’ay dict dessus, grand zèle à la honneur de Dieu et des sainetz, a demeuré cinq ou six ans sans y aller ; car il ne vouloit point que Dieu ne monsieur sainct Martin fust frustré pour sa présence d’icelle solempnité et estation ; et pour ce ledict cardinal, le qua torzièsme jour de juing, l’an mil quatre cens quatre vingtz et quatre, s’en alla à Arthenne83, pour faire ladicte feste ; et là il fist solempniser ladicte feste, et fust à la procession, et célébra messe ; et emprès en ouyt autres deux, et tout l’office du jour, cum magna devotione et alacritate cordis ; et aussy tous les jours des octaves célébroit messe, et en oyoit une aultre, et disoit l’office du jour dans l’esglise.

Item, l’octave que fust le jour de la Nativité de Saint-Jehan Baptiste, il dist messe, et en ouyt deux, et fust à la procession, et fist tout l’office ; il disna, et après son disner il assembla tous ses serviteurs, et leur parla des priviliéges qu’il avoit obtenu pour eulx de nostre Sainct Père ; que ceux qui n’avoyent faict dilligence de les avoir par escript et spécialement des confes sionnalz, que quelque jour ilz se repantiroient, et que fissent diligence, intérim qu’il estoit en voye de les avoir84, puis emprès il se m’ist repauser, et envyron deux heures après midy la malladie le print bien fort.

Item, emprès le sabmedy85, receust le Corpus Domini en grand dévotion, et continua de le recep voir jusque au jeudi ensuyvant ; et ne volut oneques recepvoir au lict, mais se fist lever et mettre de genoux, et se faisoit trainer en baisant la terre jusques à l’aultier, où il dist : Confiteor, etc. Et emprès la absolution, il dist le Credo in Deum, etc. ; et là il protestoit que quelque temptacion que luy advint, que en celle foy il vouloit vivre et mourir ; et puis il dict une belle et dévote oraison, et Domine, non sum dignus ; et en grandz larmes il receust son Créateur ; et après se faisoit porter en une chière près de son lict, et là il rendit grâces à Dieu, ainsy comme il pouvoit.

Item, le lundi emprès86 il dict à moy et à son chambrier que l’on envoyast à Tours, quérir son official, et son secrétaire, et son promotheur ; car il vouloit faire ordonnance, pour paier 40et satisfaire à tous ses créditeurs, et aussy, s’il y avoit de quoy, il vouloit funder deux messes la sepmayne, en aulmentant le divin office en sa dicte esglise de Tours ; et s’il n’y avoit de quoy pour funder, il vouloit que le surplus fust donné pour Dieu et pauvres.

Item, après disner je dormoys, et il m’envoya quérir, et me dist sur toute l’amour que je luy portois, que je ne le désemparasse pas, que continue je fusse auprès de luy ; et quant je cognoistrois que Dieu vouldroit faire son commandement de luy, que je le fisse mettre en terre, car il vouloit mourir in cynere, avecques son abit et corde ; et aussy il ne vouloit nulle pompe ne honneur en son enterement, synon tant seulement quatre chandeles de cire, sans sonner les cloches ne faire solempnité ; et que son corps fust mis en terre avecques son abit, sans estre mis en coffre ; et que fust mis en lieu que chascun passast sur luy, et que l’on luy mist en sa fosse une croix au chief, et une autre aux piedz.

Item, le mardi87, il dist à son aulmosnier et à son chambrier et à moy, que l’on envoyast quérir deux beaux pères de l’Observance, que fussent tousjours avecques nous autres auprès de luy, pour luy secourir à l’article de la mort ; et davant qu’il trespassast, il vouloit la extrême unction de sainct Jacques ; et ainsy comme nous voulions envoyer quérir lesditz beaux pères, en vindrent quatre, que luy fisrent grand joye et consolation.

Item, le jeudy88, il heust si forte fieuvre, que nous cuydasmes qu’il morust ; et luy donnasmes la saincte unction de sainct Jacques ; et emprès son médecin parlast avecques luy, et luy dist : Monseigneur, plaise nous donner à tous et aussy aux autres voz serviteurs et familiers absens vostre bénédiction. Et le bon seigneur et maistre leva les yeux envers le ciel, en levant et joignant les mains, ainsy qu’il peult ; et nous donna sa bénédiction, en disant en latin : La bénédiction du Seigneur aux sainctz disciples, quant il s’en monta aux cieulx, vous soit donnée ! et autres sainctes parolles que dist, que je ne puys entendre, pour ce que lengue lui blesset.

Item, tous les jours de sa maladie, il. fist dire son office davant luy, et il disoit ce qu’il pouvoit ; et aulcunes foys quant l’on failloit, il faisoit retourner là où l’on avoit fallit ; en ce jour mesme de son trespas, au matin, il entendict que l’on failloit ; fist signe que l’on retournast ; et aussy tous les jours de sa maladie, il ouyst messe, et le jour mesme de son trespas.

Item, le vandredy89 sur le midy, il eust si grand fieuvre, que nous cuydasmes que trespas sast ; et luy dismes la recommandation de l’âme, et les quatre Passions ; et le sabmedy et le dinmanche90, fist asses bonne chière, tellement que nous cuydasmes que, pour les prières et veulx que fust faict pour luy, Dieu luy heust faict grâce que ne morust pas de celle maladie.

Item, le lundy matin91, après la messe, il eust si grande (fieuvre) continue, qu’il estoit pitié à le voir souffrir la poyne qu’il souffroit, tamen cum omni patientia. Et luy dismes de genoux les sept pseaulmes cum litaniis, et la recommandation de l’âme, et les quatre Passions des Évangélistes ; et pour ce que d’autres foys, il m’avoit dict que Venerabilis Beda récitoit in dictis suis, que nostre Saulveur avoit dict in cruce : Deus, Deus meus, respice in me, etc., et les aultrcs pseaulmes emprès, quy sont au psaultier, jusques emprès ces vers : In manus tuas commendo spiritum meum : redemisti me, Domine, Deus veritatis, qui est in psalmo : In te, Domine, speravi, etc. ; qu’il y a tant de vers, comme il y a de psaulmes au psaultier ; 41nous luy dismes tant dévotement comme nous pouvions, et luy recittames cinq ou six fois ce psaulme : In te, Domine, speravi, jusques après ledit vers : In manus tuas, etc. ; en cella disant, il rendict l’esperit à Dieu sur le mydy, le cinquiesme jour de juillet, l’an que dessus, 1484.

Item, après on fist sortir tous les laictz de la chambre, et les beaux pères avec les gens d’esglise, lavasmes son beau corps, quy estoit plus beau que quant estoyt vif ; car il sembloit vivre, etsentoit sy bon que c’estoyt merveilles ; et lesditz beaux pères allarent dire : Nous cognoissons bien à son beau corps qu’il a vescu castement, et jamais ne cognust femme ; et moy que l’ay ouy de confession, et s’est confessé à moy deux foys de tous ses péchés, depuis qu’il heust cognoissance de pécher, cogneuz bien qu’ilz disoyent vérité ; et emprès qu’il fust lavé, le vestimes et le seinturasmes de sa corde, et aussy le vestimes in pontifficalibus, avecques son palium et anulum ; et le portasmes à l’esglise, et lui dismes solempniter l’office de mors ; et emprès, pour la grande chaleur qu’il faisoit, doubtant du corps que sentiroict, nous le mismes en bière honnorablement, et en procession, avecques des torches de cire le portasmes à Tours.

Item, quant nous fusmes à my chemin de Arthenne et de Tours, messeigneurs de l’esglise et de la ville de Tours envoyarent devers nous, pour nous faire demourer jusques au matin à une esglise près de Chier, que se nomme Sainct-Saulveur92, car ilz vouloyent recepvoir le corps en grande solempnité, devers le matin ; et toute la nuyt vindrent les paroisses en procession, tant des faulxbourgs que d’ailheurs d’autour ; car quand les ungs avoient fait l’office, les autres commanssoyent, et toute la nuyt ne fist que venir gens pour baiser le coffre où estoict le corps.

Item, le matin à l’aube du jour, nous dismes trois messes, et puys après nous menasmes le corps ; et messeigneurs de l’esglise, et tous les religieux et gens d’esglise, avecques le mère et tout le peuple de Tours, vindrent en processionau lendevant du corps en grant solempnité ; et y avoyt sy grande presse à toucher au coffre où estoit le corps, que à grand poyne on le. peult conduyre à l’esglize de Tours ; et n’y avoit homme ne femme, bien peu que ne plorast.

Item, quant le corps fust dans le chœur de l’esglize, messeigneurs firent fermer le chœur, pour la presse des gens, pour faire le service solempniter ; et, l’esvangile dicte, le peuple fist dire à messeigneurs les chanoynes qu’ilz vouloyent voir feu monsieur davant qu’il fust mys en terre ; et que fissent ouvrir le chœur, ou ilz entreroient par force ; et voyant cecy, messei gneurs firent porter le corps à douze hommes, pour le soubstenyr et garder au milieu de l’esglize ; et là il eust si grande presse à baiser et toucher le corps ; car il n’eust homme ne femme, que ne fist toucher quelque chouse, et puis en grand reverance baisoyent cella ; et y avoit si grand peuple, que à grand poyne peust venyr monsieur l’abbé de Marmoustier93, quant il heu dict la messe, au corps pour faire la solempnité qu’ilz ont accoustumé à faire en telles 42chouses. Et fust midy passé, davant qu’il fust mis en terre, pour la grande presse du peuple où il y eust grandz pleurs et lermes du peuple, et non pas sans cause, car le peuple de la diocèse de Tours perdoit, quant au monde, ung bon pasteur, lequel avoit heu si grand zèle au salut de leurs âmes, et nuyct et jour avoit travailhé pour faire leur saulvement ; et pouvoyent dire, comme leurs prédécesseurs dirent à sainct Martin : Cur nos, Pater, deseris, aut cur nos desolatos relinquis ? Invadent enim gregem tuum lupi rapaces : et pie credo que ainsin comme il nous a aymés en ce monde, qu’il prie Dieu pour nous ; que maintenant nous avons ung bon advocat envers Dieu ; et je le pryë de tout mon cueur, comme son familier et servi teur que j’ay esté tant de temps, que s’il a puissance en Dieu, que nous impètre grâce, que nous donne faire telle penitence en ce monde, que nous post obitum puissions régner avecques luy in terra viventium : ad quam nos per ducat ille Dei Filius, qui in Trinitate perfecta vivit et regnat, Deus in secula seculorum. Amen.

2.
Vertus particulières d’Hellies, cardinal de Bourdeille.

(Archives du château de Bourdeille. — Manuscrit.)

Cette pièce est à ranger parmi les documents majeurs de notre histoire. Elle formait l’un des cayers visés par l’auteur de la Note émanée de la Sacrée Congrégation des Rites, en 1766, et dont il demandait l’insertion dans le Mémoire à rédiger pour la reprise de la cause du saint cardinal. Elle a, en effet, une réelle importance.

Le titre quelle porte, dans les Archives de la famille, et que nous avons dû respecter, est un titre ajouté, qui ne répond qu’imparfaitement au texte du document.

On voit, à la lecture de ce texte, qu’il n’est que la conclusion, le complément d’un ouvrage plus considérable, et que ces pages faisaient suite à une Vie du saint cardinal, qui ne nous est pas parvenue. C’était ce qu’on appelle un Discours sur les vertus et miracles du serviteur de Dieu, destiné à faire ressortir, en les résumant et en les présentant dans une vue d’ensemble, les idées principales émises au courant du récit.

L’auteur, un prêtre périgourdin, ramène à trois les grandes vertus qui, chez Hélie de Bourdeille, donnèrent le branle à toutes les autres, et l’élevèrent, en toutes choses, à un si haut degré de perfection :

Trois principales vertus ont fait remarquer nostre Cardinal pour sainct : la charité ardente qu’il avoit pour tous les hommes ; la magnanimité inébranlable pour le soutient des droictz de l’Esglise ; et l’assurance 43qu’il avoit sur la Providence de Dieu, avec laquelle il a triomphé des puissances du monde et de l’enfert.

L’auteur soutient cette thèse avec chaleur, non sans quelque confusion dans le groupement des faits, ni sans une tendance à la déclamation, qui contraste avec le ton si calme et la diction si modeste de Bois-Morin. C’est toutefois avec une grande élévation de pensées et une conviction profonde, appuyée sur d’excellentes raisons, qu’il affirme et plaide ouvertement la sainteté de son héros.

Mais ce qui donne à cet écrit, précieux en tant que document de l’époque, — premières années du dix-septième siècle, — sa plus haute valeur, ce sont les extraits, presque textuels, du procès d’information de 1527, qui le terminent. Là, l’auteur s’efface, le panégyriste disparaît, et nous ne rencontrons plus que le témoin véridique, et vraiment inappréciable, en ce qu’il nous rend le sens général et plusieurs pages très importantes d’une pièce capitale, dont la perte a été, de la part de tous, l’objet de si vifs regrets.

L’auteur déclare qu’il a vu de cette Inquisition authentique, ordonnée en 1526 par Jean de Plains ou de Plaignes, évêque de Périgueux, et effectuée le 19 avril 1527,

deux copies duement collationnées à leur original par Saivat, notaire royal. La plus entière est curieusement conservée par les dames de Naucase, et l’autre est chez les Pères de Saint-François-les-Perigueux ; desquelles, ajoute-t-il, j’ai en partie retiré la vérité de cette histoire.

Il donne les noms de treize témoins entendus au procès, huit pour les vertus, cinq pour les miracles, c’est-à-dire, presque la totalité des personnes interrogées, lesquelles, ainsi que nous le verrons bientôt, ne dépassaient pas le nombre de treize ou quatorze. Les miracles, dont il transcrit textuellement l’exposé, sont au nombre de onze : six opérés du vivant d’Hélie de Bourdeille, cinq après sa mort.

Quant aux témoignages relatifs aux vertus du serviteur de Dieu, il les résume en disant que les témoins interpellés

rendent toutes les actions qu’ils avaient remarquées en luy, tellement éminentes, que cette preuve nous fera dire, avec sainct Augustin, que ce cardinal est un grand sainct, puisqu’il a vescu avec une pureté parfaite de corps, une chasteté angélique de l’àme, et une doctrine véritable et conforme aux sentiments de l’Église Romaine ; estant raisonnable que celui qui a suivi les enseignements des apostres, qui a marché sur les pas de saint Pierre, aye part en son héritage.

Nous n’avons pas la date précise de la composition de cet écrit, mais il nous parait facile de l’indiquer, à quelques années près. Nous voyons, en effet, qu’elle est postérieure à l’année 1575, où Périgueux fut surpris par les chefs huguenots, Langoiran et Vivans, qui s’y établirent. D’autre part, on ne saurait la placer longtemps après cette date malheureuse de 1575, puisque le père de l’auteur, et plusieurs vieillards que celui-ci nomme, et qu’il avait connus, avaient vu, de leurs yeux, les faits qu’il relate touchant le chapeau cardinalice d’Hélie de Bourdeille, 44publiquement vénéré comme une relique, objet d’un culte incessant, et détruit, comme tel, parla rage impie des Huguenots.

En attribuant aux premières années du dix-septième siècle la rédaction des Vertus particulières d’Hellies, cardinal de Bourdeille, nous sommes d’accord avec l’histoire, ainsi, du reste, qu’avec le style et la manière de l’écrivain.

[Début du texte]

Les vertus d’Hélies de Bourdeille sont, sans mentir, assés emmentés, pour marquer leurs grandeurs dans le narré seul de sa vie, sans qu’il soit besoin de les désunir d’un si rare tissu, ny à propos de les séparer l’une des autres. Mais comme les pierreries attachées à un diadème et coronne royalle, donnent toutes ensemble de grands foeux, et ne montrent pas leurs valeurs particulières, si advantageusement qu’alors qu’elles sont à part, les vertus, de même, qui sont toutes sœurs, ne paroissent pas au degré de leurs perfections, quant elles sont attachées ensemble. Ce meslange les rend bien fort admirables, mais moindres en prix, et plus malaisées d’estre imitées, que quand on les desmêle de tout ce qui est hors d’elles, que quand on les met en leur naturel, et sans autres parures, que des saints motifs, qui les rendent agréables, à la terre et précieuses dans le ciel.

Cette considération m’a fait remarquer les vertus, lesquelles ce grand homme a particu lièrement pratiquées, et qui ont esté les flœurs les plus espanouies dans ce jardin clos et cacheté du sceau du sainct Esprit. Je craindrois retourner sur mes pas, s’il me faloit redire toutes les belles choses que nostre sainct a faittes. Mon descin n’a .jamais esté de grossir ce Traitté, de l’admirable vocation de ce sainct dans l’Ordre de Sainct-François, de ses .ferveurs religieuses pendant son Novitiat, de ses dévotions fermes et jamais interrompües, de son obeyssance aveugle, de son humilité sans feinte et de sa pureté angélique. Car, outre que ces vertus ont été communes avec luy et plusieurs autres saincts, ou plutost nécessaires à ces anges des cloistres, ce seroit suivre des routes battues par tous ceux qui ont escript les belles actions des âmes dévotes ; et comme je sçais que les vertus ne sont pas diverses entre elles, que par la diversité de leurs actes et de leurs fins, je veux laisser cette liaison de ces brillantes estoilles, pour rompre de ce chesnon celles que je juge estre échües à notre sainct par une particulière providence, et dans lesquelles il a travaillé puissemment à l’œuvre de Dieu.

Trois principales vertus ont fait remarquer notre cardinal pour sainct, la charité ardente qu’il avoit pour tous les hommes : la magnanimité inébranlable pour le soutient des droicts de l’Église, et l’assurance qu’il avoit sur la Providence de Dieu, avec laquelle il a triomphé des puissances du monde et de l’enfert.

Ce serat sur ces trois fermes pivotz que j’açoiray ce petit discours, pour finir cette œuvre par les trois témoignages surnaturels de la sainteté de notre Hélies.

La charité, qui est cette vertu généralle, qui embrasse toutes les vertus, qui est leur mère racine, leur forme, et sans laquelle toutes les vertus .seroient des imperfections et des vices, bruloit avec telles ardeurs l’âme de nostre sainct, qu’il pouvoit dire avec l’Apostre des Gentils : Qui est-ce qui me peut séparer de Jésus-Christ ? Vrayement cette vertu étoit emmentée en ce grand cardinal, qui aimoit les hommes, comme s’il eût été le père commun de tous les hommes. Il estoit toujours dans la pensée de les tirer hors des péchets, et fort volontiers se fût-il donné en anathème pour leur salut, comme s’il n’y avoit d’autres chaisnes pour gaigner les âmes, que celles que la charité avoit tissües, ny d’autres plus fortes persuasions pour trainer les pécheurs dans le ciel, que l’amour qui s’oublie soy-mesme pour la chose aimée.

45Aussy fut-ce cest amour inventif, cette fin de tous les commandements, cette charité qui surmonte toutes choses, qui fit résoudre notre sainct Hélies de suivre les volontés de ses supérieurs contre le descin qu’il avoit fait de vivre dans la bassesse de son Ordre. Son humilité très profonde cédât au gaing des âmes ; et il falut qu’il se montrât sçavant, habille et très digne prédicateur, plutost que très humble religieux, pour, dans cet annéantissement, n’estre connu que du ciel et des anges. Il est vray que ce sairict eut été responsable d’avoir couvert des lumières tellement grandes soubs le boisseau, et caché soubs terre le tallent qu’il devoit faire profiter advantageusement. Néanmoins, puisque les routes du paradis sont diverses, et que la béatitude éternele est notre unique fin, il suffiroit à cet grand homme de parvenir à son but par l’humilité, qui est un moyen très assuré, sans risquer de perdre la gloire dans l’exercisse des lettres, où l’orgueil pert souvent les plus habiles, qui quittent leur part du ciel aux ignorants et aux idiots.

La seule volonté que nostre sainct avoit, de profiter au prochain, la néccessité de la crétieneté à trouver de grands personnages, la rareté de fournir des hommes bien faits et de qualités sortables pour la conduite des âmes, l’œuvre de Dieu, l’obligèrent à se donner au public par la prédication. Ses paroles n’estoyent pas arangées à la mode, ou tissües pour agréer, plutost que pour instruire et profiter. Il reprenoit les vices hardiment, et en tous : c’étoit contre les grands qu’il fulminoit plus ordinérement que contre les personnes peu connues, sçachant que l’exemple de ces balons de vent nuit beaucoup, et que c’est le pire mal des provinces, que de surporter un meschant, qui est puissant et qui ose tout faire.

Les sujets de ses discours estoyent à reprendre les vices, et à louer les vertus ; et comme il noircissoit les mauvaises choses, au delà de la couleur des corbeaux, il blanchissoit aussy les bonnes au-dessus de la neige et de la lumière du soleil. Dans cette ferveur de reprendre les mauvais, il avoit des agréements tellement charmants, que les pécheurs mesmes se plaisoient d’estre blasmés, bien éloignés de s’en plaindre, et d’eschaper à ses remontrances.

Et comme il se trouve des Escuyers, qui ont la main douce, et les chastimens si à propos, que, nonobstant qu’ils n’espargnent pas les chevaux malaisés à dresser, c’est toutes fois sans les rendre rebours et vicieux, de mesme nostre sainct, durant plusieurs années qu’il prit le soin de conduire les âmes, bien qu’il ne flattât pas les perdues et difficiles à se reconnoistre, c’estoit néanmoins avec telle addresse, qu’il n’a jamais entrepris de conversions, qu’il n’en soit venu à bout, pour quel péché duquel ces âmes fussent noircies.

Les visites de son diocèse furent des exercices de charité fort recommandables. Le Périgord n’a pas des terroirs aisés, à l’égard de plusieurs autres provinces du Royaume. C’est une contrée pierreuse, couverte de bois. Les parroisses y sont éloignées, les hameaux escartés, le menu peuple abruty, et fort malaisé à se laisser conduire. Nostre sainct, sans craindre ces difficultés, cerche ces bruteaux dans les forets, parmi les rochers et les Barricaves94. Ce n’est pas dans les parroisses proches des rivières et chantées, qu’il alloit ordinairement ; ces peuples civilisés par le commerce et bonté de leurs demeures, n’avoient pas besoing d’un secours tellement soigneux que les autres, qui n’avoient peut-être jamais veu de prélat, qui eut travaillé à leur salut.

N’étoit-ce pas une merveille, que ce grand homme arrivant dans cette meschante bourgade, logeast chez un pauvre curé, que aussitost il fit appeller les habitans de toutes condictions, pour estre instruicts aux choses nécessaires de la foy : les riches, pour y recevoir les sacremens de sa main avec les pauvres, et ceux-cy particulièrement pour prendre de sa libérale charité des assistances spirituelles et temporelles ? Quel ravissement d’ouïr un docte 46prélat catéquiser les vilageois, les entendre en confession, leur administrer les sacrements, et à la fin, leur dispenser des aumosnes très considérables ! C’est ainsy que ce prélat mesnageoit le grain bénitz ; c’estoit sa chasse, ses oyseaux, ses laquais et ses pages.

Les malades, les vieillards et autres personnes misérables n’estoient pas privées de ces œuvres de charité. Ce sainct alloit visitter les uns et les autres, et avec un autel portatif, faisoit autant d’oratoires, qu’il y avoit de maisons garnies de ces vieux meubles, et autant d’œuvres de charité qu’il se trouvoit d’hameaux remplis de nécessiteux et de pauvres. L’enfert grondoit contre ses actions ; les athées gaussoient des hausses95 ; les perdits craignez d’y fouger ;les moins meschans se rendoient ; enfin la victère restoit à nostre Cardinal.

L’Italie vit des effaits de la charité embrasée de nostre sainct. Ce fut dans ces contrées étrangères, que nostre prélat mit son âme pour les âmes des affligés de la maladie contagieuse.

Hélies, revenant de Romme, trouvât tout le Florentin et Milanois remplis de pestiférés. Il pouvoit repasser en France, sans aller sur ces provinces : il ne voulut pas le faire. Il se roidit, au contraire, de suivre le grand chemin, et de servir ces peuples dans son voyage. Il avoit fait achepter des médicaments et des remèdes : ce furent les seules raretés qu’il tira de cette princesse96 des villes. Il abordoit les malades, les faisoit secourir par un sien domestique, chirurgient. Boismorin les oyoit en confession ; luy mesme leurs prestoit l’oreille. Lambertie fournissoit à leurs neccessitez, tous ses domestiques travailloient à leurs soulagements ; et comme si ce fût été un ange remuant les eaux de Siloë pour leur guérison, il n’y eut bourgade sur le grand chemin de Romme à Turin, qui ne fust secourüe.

Croiroit-on que ce sainct prélat se fut lassé dans cet exercice ; que l’Italie l’eut refroidy pour ne travailler plus dans son diocèze ? Périgueux le vist, après son retours, par une charité inouïe, [combattre97] l’ignorance. Je ne trouve point d’actions plus difficilles et plus glorieuses dans la vie de nostre Cardinal, que d’avoir vaincu l’obstinance de plusieurs vieux prestres, et de les avoir portés à désirer d’aprendre. Car il est aussy malaisé de plier les chesnes de soixante ans, que de rendre écolliers des hommes qui ont vieilli dans la qualité des autres.

C’est un miracle que j’estime tout autant que de rescussiter les morts, que de donner la parole aux muets ; puisque ces âmes mortes renoissoient à la gloire, et muettes à leur salut, se rendoient organisées à chanter les merveilles du Sauveur.

La dispute des églises catédralle et collégialle, pour les reliques de sainct Front, couvroit une bluette, qui pouvoit causer de grandes incendies. En matière de dévotion, il n’y a rien de petit, et ce qui blesse les intérieurs, sonne fort haut. Nostre héros apesa ces désordres très prudemment, et sa charité réunit des cœurs alliénés depuis trois siècles.

La magnanimité est une grande vertu. Les payens en ont fait grand état, sans qu’ils ayent connu ses véritables effaits, n’estant pas tout de porter, avec un courage masle, les prospérités et les adversités, et d’estre le mesme en toutes les attaques de la fortune. Il faut que cette fermeté de cœur se roidisse pour les affaires de Dieu, et que la fin de cette vertu soit pour le ciel, et non pas pour la terre. Nostre prélat n’estant attaché avec le monde, ce fut aussy pour lutter avec le monde et ses légèretés, qu’il a eut des forces et un courage inébranlables. Les souffrances estoient ses délices, ses plaisirs, ses amours ; les mespris, ses gloires ; les traveaux, ses joûès ; et tout ce que les hommes appellent des maux, hors de l’offence de Dieu, étoit des roses pour notre sainct, et des advantageux de sa future Béatitude.

Hélies, qui avoit quitté tous les honneurs, qu’un fils d’une grande illustre maison 47pouvoit légitimement espérer, pour se jetter dans le cloistre ; ce sainct qui avoit été forcé de prendre la mitre et le rochet, et qui portoit ces honneurs en charges importunes ; ce prélat qui ne [visitoit]que des hôpitaux et des prisons, qui n’avoit de tendresse que pour le pauvre et l’orphelin ; qui se plaisoit parmy les misérables et affligés, qui soulageoit leurs paines, et qui faisoit la meilleure part de leur consolation, n’avoit garde de craindre ce qu’il avoit recherché dès sa jeunesse. Ce cœur marqué du sceau de Jésus-Christ sçavoit que l’on gaigne le ciel par les travaux ; que le chemin du paradis est tapissé de ronces, et que l’homme n’a rien à craindre que le péché. Son courage ne .fait pas d’effort pour les bagatelles du monde. La pauvreté et les richesses luy sont indiférentes ; il possède d’affection la première, et se sert des autres pour faire des amitiés éternelles. Ses combats furent pour l’Église ; ses luttes, pour conserver les droits de l’encensoir ; ses desmélés, pour l’apuy des personnes ecclésiastiques, foulées aux pieds par les puissances séculières.

La Pragmatique Sanscion, recüe en France contre l’ancienne liberté de l’Église, met la plume en main de notre sainct, et des foudres en sa bouche. Louys onziesme croit qu’il s’attaque à sa majesté. Jean Juvénal des Ursins crie qu’il en veut à l’authorité du sceptre ; les intéressés de cette cour se liguent pour ruiner ce prélat. Ceux de sa robe le blasment d’avoir osé remuer une affaire faitte. Ce prélat lutte seul contre tant de puissances, demeure immuable. S’il n’en vient à bout, c’est plutost pour la neccessité du tems, que par l’injustice de sa cause.

Les universités, avec deux doits de parchemin et un peu de cire, ruinoient les veufves et les personnes misérables. Nostre prélat combat cet abus avec de telles rigueurs, que, nonobs tant les authorités de ces filles aynées de la Coronne, leur crédit fut contraint dans la bienséance, et les causes de leur jurisdiction réglées à ci peu de choses, que du depuit elles n’ont eû que le souvenir d’avoir esté si puissantes.

Les guerres des Anglois, l’orgueil du Borgorcigneu, la deffiance de Louys, plusieurs autres intrigues, nées dans une cour où le boute-dehors estoit une pratique assés ordinaire, milles autres choses avoient brouillé Sa Majesté avec le cardinal d’Angers et l’évesque de Verdun, qui furent retenus par son commandement. Ces prélats tout aussy très délessés par leurs parents, leurs amys, n’osoient solliciter pour leur délivrance. Les pouvoirs d’un roy très absolu faisoient craindre tout à tous ceux qui pouvoient, sans doubte, parler pour leurs justifications. Hélies, seul, aborde ce prince irrité, et travaille si puissemment pour ses prisonniers, que Sa Majesté permit qu’ils fussent jugés par les commissaires que le pape Sixte 4 leur donnât, lesquels firent la paix de ces prélats, et les remirent dans les bonnes grâces du Roy98.

L’affront que l’esvêque de Pamiers receut, à la face de la Cour, le Roy estant à Tours, anime nostre sainct à protéger ce prélat. Juvénal des Ursins, chancelier de France, le vouloit perdre ; c’estoit un levain de la querelle du cardinal d’Angers, encore prisonnier. Le Conseil vouloit connoistre de cette affaire, prenoit l’instruction de ce procès, et demandoit un vicariat à nostre Cardinal ; lequel le refuse, offrant rendre justice aux parties, avec le procureur général de Sa Majesté. Ce refus fut trouvé fort mauvais ; ses prédécesseurs, disoit-on, en avoient jugé autrement. Le Roy s’en formalise, le Conseil s’en plaint, tout gronde contre nostre Prélat, qui seul demeure ferme, jusque à ce qu’un brief de Sa Sainsteté et sa résolution rendirent ces procédures advantageuses pour l’Église.

48Dieu, qui se rend la force du pauvre, et qui est le secours du misérable dans ses tribula tions, n’abbandonna pas nostre Hélies dans ces combats, desquels il sortit couvert de coronnes et de gloire. Celuy qui prépare la péchet99 aux corbeaux, qui a des rets et des lacqs que personne ne peut rompre, guidoit nostre sainct par sa providence éternelle, de cette façon que, le plus souvent, il trouvoit la médecine où les autres jugeoient de sa perte.

Tout le monde crioit à la ruine de ce grand cardinal. Lorsque son livre contre la Prammatique Sanscion fut receu et examiné, Jean de Pretreus estoit déjà confesseur de Louis onziesme ; et à grand peine eust-il loisir, en cette charge, de trouver [luymesme] un confesseur, la mort l’ayant presque surpris, et la providence de Dieu [ayant] oté à nostre sainct un homme qui luy falloit beaucoup de besoigne100.

Nostre Hélies s’étant attaqué à la justice de France, fulmine un Bref sans en avertir Sa Majesté et son Conseil101. Le parlement donne arrêts contre luy d’adjournemènt personnel, et à faute de s’estre présenté, saisie sur son temporel. Les Domestiques s’efrayent ; quelques uns le quittent, ses amis l’abbandonnent, l’oreille du Roy luy est fermée. C’est lorsque ce sainct se jette dans l’oraison, qu’il redouble ses mortifications, et qu’abismé dans la providence de Dieu, il ne craint plus d’aborder Sa Majesté dans les Augustins de Tours. Auquel il donne tant de fortes raisons pour son procédé, qu’avant partir de.là il eut main levée de ses revenus, et le renvoy de sa cause au jugement du Roy seul. L’issue de ses démeslés fust un effaict de sa prière, laquelle ne pouvoit estre que très parfaitte, puisque la cause de nostre prélat crioit vers le ciel, que sa langue et ses paroles étoient suivies de la pureté de sa pensée, de l’intégrité de son cueur et de l’innocence de sa vie.

Des miracles faits par Hélies, Cardinal de Bourdeille, pendant sa vie et après sa mort.

Bien que les miracles ne soient pas toujours des marques infalibles de sainteté, Dieu permettant souventes fois, pour la conversion des âmes ou pour la preuve de la vraye Religion, que les meschants fassent des miracles, par l’invocation de son nom et par la foy qu’ils ont, qu’il est tout puissant et qu’il a en sa main la clef de toutes choses, c’est toutesfois une très forte assurance d’estre aimé de la divinité, quand ce bon maistre permet que ses serviteurs passent au delà des pouvoirs de la nature, et qu’il agrée qu’ils soient recommandables et honorés par ces merveilles. Ces bonnes âmes agissent, en ces effaits surnaturels, par la puissance et authorité infinie de la justice [divine], comme ces autres par les marques et signes infalibles de cette mesme justice. On ne tire pas néanmoins de cette doctrine, que les seuls taumaturges soient sainctz. Parce que la bonté de Dieu veut toujours que les justes soient glorifiés, ces justes n’ont pas souventes fois besoin de cette glorification, ces grands hommes recevant, au contraire, des satisfactions plus véritables, estant méconnus, que quant, par ces opérations extraordinaires, ils sont marqués pour des ouvriers agréables. Les plus irréprochables miracles des saincts sont de s’être rendus tels, et faits de leurs masses de boüe des vases de bénédiction, de s’estre séparés de la terre pour s’unir heureusement au ciel, et marcher sur les pas du monde, sans glisser aux péchés. Car si le plus haut miracle que Dieu 49ait fait, est la création de l’homme ; si la bâtisse des cieux, si ce beau œuil102 du monde élémentaire, qu’il a rempli de tant de lumières et de fœux, sont des œuvres de son infinie puissance, ce petit monde, l’homme, l’abrégé de ses merveilles, a quelque chose de plus, puisque la divinité ne pouvoit aller au delà, que de créer une image semblable à soy.

Cet homme néanmoins seroit le mespris de Dieu et de ses anges, s’il ruinoit sa forme, je veux dire, s’il se rendoit indigne, par l’iniquité, de tant d’advantages qu’il a sur toutes les autres choses créées. Comme sa création est miraculeuse, sa conversation, ou plutost son union, par sa propre vertu, avec Dieu103, a quelque chose de plus miraculeux que son principe.

Il ne faut doncques plus s’étonner, s’il y a de très grands saincts, comme sainct Jean Baptiste, qui n’ont pas eu le don de faire des miracles. Je sçais qu’on attribue à la proche venue du Sauveur, si son précurseur n’a eû ces grâces : mais on ne peut donner de raisons fortes, pour le sujet de plusieurs amys de Dieu, qui ont vescu avec odeur de sainctété, et qu’on ne doutte pas estre très advancés dans la gloire, qui n’ont jamais esté honnorés du don des miracles.

Nostre sainct cardinal vivoit dans un siècle trop desréglé ; les actions qu’il a eûes à desmeler durant sa vie, estoient tellement importantes et difficilles à conduire ; les intrigues qu’il luy a fallu dévuider avec les puissantes testes de l’Europe, si épineuses, pour estre délessé d’un secours advantageux de la sorte, et à tout à fait nécessaire.

Sa vie, sans mentir, a esté un perpectuel miracle. Entrer dans une religion très austère, à dix ans ; y avoir veceu quatorze années en ange ; avoir esté porté aux plus éminentes charges de l’Église par force, et, dans ces dignités, y avoir mesprisé toutes choses, hors Dieu et sa gloire, sont des œuvres qui font les saincts.

. Que s’il est besoin de trouver d’autres marques de sainteté, elles sont toutes telles, en-nostre prélat, que l’Église les veut pour la canonization. Car, s’il faut adjouter une entière confiance aux inquisitions qui ont été faittes par l’authorité du Sainct-Siège, sur la vie et miracles de nostre Cardinal, il sera assez prouvé qu’il a vescu en sainct, qu’il est mort en sainct, et que Dieu, après sa mort, a voulu tesmoigner qu’il estoit un très grand sainct.

L’enqueste qui fut faitte par dévot feu, de bonne mémoire, Révérand Père en Dieu, Jean de Plaigne, évesque de Périgueux, commissaire du Sainct-Siége, rectie par Jean Ganéotty, notaire apostolique, et Simon Galoppin, notaire royal, à la promotion de Jean de Bourdeille, protonotaire apostolique, faitte le 19 avril 1627, contient tant de merveilles, que les moindres sont des effaits miraculeux extraordinaires.

François de Lambertie, escuyer, sieur dudit lieu, gentilhomme d’une intégrité irévocable, homme qui avoit vieilly au service de ce prélat, dépose : Avoir esté présent quand, quelques années avant le déceds de ce cardinal, et soubs le règne de Charles huit, un courtisant de grande importance, qui avoit perdu le sens, et lequel, durand sa folie, avoit eschapé à ses gardes, fut recourut, et conduit dans la chapelle de l’archevesché de Tours, durant que nostre sainct disoit messe ; où il demeura en repos ; et le sacrifice finy, après quelques prières fettes sur luy par nostre sainct, fut aussy très104 guéry, ayant reccouvré la santé du corps par l’oraison de ce grand serviteur de Dieu, et par la confession celle de l’âme.

50Ce gentilhomme adjoute que, le jour de Sainct-François, nostre cardinal disant messe pontificalement dans le couvent des Pères observantains d’Amboise105, un domestique de Madame Ghariote, Reine de France, le fut prier de faire ses oraisons pour cette princesse, qui estoit en travail d’enfans, et en péril éminent de sa vie ; que ce sainct, ayant dressé son cœur vers le ciel, demanda à Dieu un heureux accouchement pour cette affligée, et l’ayant obtenu, envoya cet officier vers sa maîtresse, luy disant que la Reine estoit accouchée d’un fils ; ce qui fust au mesme instant que ce grand prélat eut fini son oraison et le très auguste sacrifice de la messe106.

Ce n’est pas assés de chasser les maladies, de commander sur la nature et luy donner des termes, il faut que l’enfert obbéisse aux commandements de nostre sainct. Deux démo niacles luy sont présentés ; ses seuls exorchismes furent l’oraison, avec laquelle, et le signe de la croix, il chassat ces anges réprouvés, et les renvoyât dans leurs geôles éternelles.

Ces preuves de saincteté rendües par nostre prélat, durand sa vie, attestées par un homme d’honneur présent à ces merveilles, seroient suffisantes de faire dresser des autels à ce sainct, quand Dieu n’eut pas voulu magnifier ce sainct bien-aimé après sa mort. Voicy comment en parle Lambertie : J’étois, dit-il, dans Poictiers, soignant mon frère et mon neveuf, malades d’une fièvre continue. Mon maistre estoit mort. Après luy, je n’aimois rien tant que ces deux proches. Les médecins les avoient abbandonnés, advoüant que leur mal estoit plus puissant que leurs remèdes. J’eus la pensée de les voüer au sépulcre d’Héllies, mon bienfaiteur ; ce qu’ayant fait, je les conduits presque perdus à Tours, où ils n’eurent pas à très rendre leurs prières au Tombeau de ce prélat, que les voilà sur pieds, et hors d’une maladie jugée incurable. Rémond de Lambertie, presbtre et curé de Mialet107 dans le diocèse de Périgueux, dépose la mesme chose et ne peut se lasser de recconnoistre les bienfaits qu’il avoit receu de nostre sainct.

Que si les témoignages qui sont rendus à un bienfaiteur, étoient suspects, Pierre Robert, licentié es droits et chanoine es esglise de Périgueux, raporte que, nostre prélat ayant légué à l’esglise Sainct-Front son chapeau de cardinal, ce présant fut en telle vénération à ce chapitre et aux habitans de cette ville, qu’on l’attachat dans la nef, et au pied du mausolée de l’apostre de la province.

Nos pères108 ont veu ce cher gage de l’affection de ce prélat, et l’ont tenu en ce respect, 51que j’ai ouy dire à mon feu père, homme d’intégrité et de rare vertu, que quand on priait ce prélat, son chapeau se remuoit, sans qu’on peût conjecturer que ce mouvement viene d’aucune cause extérieure. Ce mesme tesmoignage m’a esté rendu par les sieurs Jaujay, Bertin, et autres testes blanches qui ont veu ces merveilles, avant que Périgueux fut surpris par le Baron de Langoiran, chef des troupes angenoftes.

Ce chanoine109 adjoute à sa déposition, que Boismorin, confesseur de nostre Cardinal, estant alité d’une longue maladie, eut recours à ses prières. Il avoit connu les moindres pensées de ce sainct, et remarqué les meilleures actions de sa vie. Son oraison ne fut pas presque finie, qu’il se trouva en parfaitte sancté, et entièrement délivré d’un mal invétéré ; guérison qu’on ne pouvoit donner ny aux remèdes, ny au temps, veu son effait prompt et hors des efforts de la nature. Et les tendresses avec lesquelles ce bon viellard rend sa guérison merveilleuse, en fairoient une pleine foy. Mais son ingénuité met la vérité à nû, ne se pouvant dire qu’un ecclésiastique de soixante-dix ans eut voulu déposer une fourbe.

Guillaume Chalupt, advocat, homme vieux, dépose que Jean Chalupt, son frère, ayant apris qu’il estoit détenu d’une maladie dangeureuse, et de laquelle les médecins n’espéroient rien de bon, supliat nostre Cardinal, son maistre, de luy permettre d’aller à Périgueux, pour l’assister au passage de la mort ; que ce sainct prélat l’escoutat doucement, et luy dit qu’asseu rément son frère guériroit, pourveu qu’on demandast à Dieu sa guérison ; qu’il falloit [se] jetter aux pieds des autels ; qu’il en fit le mesme ; que l’oraison d’Hélies fut longue et fervente extra ordinairement, ce qui donnât de l’estonnement à tous ses domestiques, et de la crainte à Jean ; qu’enfin ce prélat étant sorti de son oratoire, et l’ayant fait apeller, luy dit que Guillaume, son frère, se portoit bien, et que ses deux autres frères avoient esté grandement mal ; que néanmoins Dieu ne l’avoit pas voulu exaucer à demy, sa bonté s’estant étendue sur toute sa famille. Le moment de cette promesse fut remarqué par Chalupt, lequel ayant envoyé visitter ses frères, aprit, au retour de son homme, qu’au mesme temps que nostre sainct avoit fini ses prières, la fièvre avoit quitté ses frères.

Guillaume de la Vallée, prestre habitué dans l’esglise Sainct-Front, dit que s’étant cassé les deux jambes, et portant longuement cette rupture, il eut recours aux prières de ce sainct cardinal desjà décédé ; et qu’ayant voüé de visiter son sépulcre, il se trouva presque au mesme instant en état d’exécuter son vœu ; ce qu’il fit quelque temps après ; et s’en revint de Tours, avec la mesme liberté de marche qu’il avoit auparavant sa blessure.

Il y a plusieurs autres tesmoingts dignes de foy dans cette Inquisition, de laquelle je vus deux copies d’huement collationnées à leur original par Saivat, notaire royal. La plus entière est curieusement conservée par les dames de Naucase ; et l’autre est chez les Pères de Sainct François les Périgueux ; desquelles j’ay en partie retiré la vérité de cette histoire.

Les tesmoignages de Jean Arnaud de Lacques, de Irmil de Fortunes, de Laurière, sieur de.L’Aumary, d’Antoine et Pierre Jay, bourgeois de Périgueux, de Jean de Chaumon, abbé de Sainct-Astier, et de Pierre delà Cueille, presbtre domestique de ce grand Prélat, rendent toutes les actions qu’ils avoient remarqué en luy, tellement éminantes, que cette preuve nous faira dire, avec sainct Augustin, que ce cardinal est un grand sainct, puisqu’il a vescu avec une pureté parfaitte du corps, une chasteté angélique de l’âme, et une doctrine véritable et conforme aux sentiments de l’ÉgUse Romaine : estant raisonnable que celui qui a suivi les enseignements des apostres, qui a marché sur les pas de sainct Pierre, aye part en son héritage. Ou plutots il nous faut avoüer que si ce sainct a esté fort pauvre de volonté, en toutes choses, que néanmoins il est mort très riche en charité ; et que si bien aimer Dieu et 52son prochain, sont les vrais miracles de la charité et de la piété, que toute la vie de ce très grand Cardinal a esté une perpétuelle suitte de miracles.

Dieu soit loüé et sa saincte Mère, en ses saincts.

3.
Enquête de 1531

(Archives du château de Bourdeille. — Cotte Brassac et Montagrier, n. 138.)

Il semblerait, au premier abord, que cette Enqueste pour montrer l’ancienne extraction de la maison de Bourdeille ne doit avoir qu’une relation fort éloignée avec notre sujet. Pour peu qu’on lise les extraits que nous en donnons, on passera vite à un sentiment contraire, et l’on comprendra que nous ayons rangé cette En quête parmi les pièces fondamentales dans la cause.

Dix témoins contemporains et du pays, pour la plupart gens simples et de travail, viennent affirmer, en des termes qui excluent toutes réserves, la sainteté d’Hélie de Bourdeille, ses grandes vertus, ses miracles ; et leur témoignage est tout spontané, dans une Enquête qui a pour objet la noblesse de la Maison, non les mérites de l’un de ses fils. Ce témoignage n’en a que plus de valeur, et n’en représente que mieux la renommée publique et son intensité, en un temps et dans un pays où l’opinion était le mieux informée.

Les dix témoins de la terre de Montagrier viennent fort à propos et comme providentiellement suppléer à la perte de l’enquête canonique de 1526.

[Début du texte]

Enqueste pour montrer l’ancienne extraction de la maison de bourdeille, premier Baron de Périgord ; et qu’il a joui en franchise, sans payer taille, les métairies de Senzens, la Bernarie, etc. ; ont toujours servi le Roy en son Ban et arrière-Ban. Mesme il y avait un frère dudit Seigneur de bourdeille, qui fut évesque de Périgueux, archevesque de Tours, et mourut cardinal de bourdeille.

… Ladite enqueste fut faite par devant moy, Maistre Bernard de Sauliaire, conseiller pour le Roy et l’Election de Périgueux, au requis dudit seigneur de Bourdeille, intervenant au procès pendant en ladite Cour de l’Election de Périgueux, en instance du Procureur du Roy contre la noblesse du Périgord. Ledit seigneur de Bourdeille, requérant l’entérinement, de certaines lettres royaux, par luy impétrées ; demandant qu’il luy soit permis de justifier par tesmoings les faits exposés aux dites lettres. Ce qui lui ayant esté accordé,

Maistre Pierre Charles, natif demeurant au lieu de Montagrier, âgé de quatre-vingts ans ou environ, témoing produit par ledit puissant seigneur, Jean de Bourdeille, seigneur de Alontagrier-Chamberliac, … dépose, moyennant son serment, qu’il a bonne mémoire et 53souvenance de la maison de Bourdeille, en Périgord, et de ce soixante ans passés ; de laquelle maison sont sortis les prédécesseurs dudit de Bourdeille, seigneur de Montagrier et Chambrel Jiac, lequel estoit frère de Messire Arnaud de Bourdeille, chevalier, seigneur et baron dudit lieu de Bourdeille et de la Tour-Blanche, en Angoumois. Pareillement, estoit ledit feu seigneur de Montagrier frère de révérendissime Père en Dieu, Monseigneur le cardinal de Bourdeille, archevesque, de son vivant, de l’ârchevesché de Tours, et auparavant avoir ladite archevesché, évesque de Périgueux ; lequel de Bourdeille, luy qui dépose, durant le dit temps a vu tenir et réputer très noble, et de très noble ancienne lignée, et plus que toute autre lignée dudit pays, gens de grande vertu, honneur et bonté ; lequel de Bourdeille, luy qui dépose a vû et oÿ tenir et réputer communément, quel que soit l’aisné de la dite maison, à tous états et honneur tenus et gardés au présent pays de Périgord, estre ly premiers nommés et appelés ; et avoir la prééminence des honneurs, et entre autres honneurs, a vu, luy qui dépose, à l’entrée des Evesques dudit Périgueux, à laquelle les quatre Barons dudit pays ont coutume d’estre appelés, où le dit seigneur de Bourdeille, le premier en tout honneur et prééminence.

Plus, dit avoir vu tenir communément pour voix et fâme publique, que le fû révérendissime Père en Dieu, pour la grande bénignité et dévotion qui estoient en luy, il obtint les dites dignités, lesquelles il ne voulut jamais accepter sans grosses difficultés, et fut assez contraint tant par les électeurs que par le roy Louys onziesme, qui lors régnoit. Plus, dit que ledit seigneur Cardinal fut mandé par plusieurs fois par nostre Sainct Père le Pape, qui lors estoit désirant la vüe dudit seigneur Evesque, pour la grande bonté et dévotion que luy avoit esté rapportée de luy, et luy vouloit bailler le chapeau de Cardinal, ce que le dit seigneur Archevesque ne vouloit accepter ; toutesfois, pour l’obéissance qu’il vouloit faire à La Sainteté du Sainct-Père, le accepta Et a signé : Charles.

Le mesme jour, Messire Matthieu Boulière, presbtre, habitant dudit Montagrier, âgé de soixante-cinq ans ou environ, dépose la mesme chose, et de plus, qu’il y a cinquante ans et plus qu’il connoit ledit seigneur de Montagrier et ses prédécesseurs ; entre autres, Révéren dissime Monseigneur le Cardinal de Bourdeille, Archevesque de Tours ; lequel, lui qui dépose, durant sa vie a vu tenir et réputer Cardinal de grand sainteté et dévotion ; et en contemplation de ce, il obtint son chapeau de Cardinal, ensemble son dit archevesché ; et auparavant avoir ledit archevesché, il [fut] évesque de Périgueux ; lesquelles dignités il ne voulut accepter, si ce n’est à grosse difficulté, mesmement le chapeau de Cardinal ; fut par plusieurs fois sollicité de ce faire par nostre Sainct Père le Pape, et à la fin, par obéissance au Sainct Père le Pape, et par le commandement du roy Louys onziesme, qui lors régnoit, il acceptât ; et a dit le savoir, luy qui dépose, parce qu’il fréquentoit lors la maison du seigneur de Montagrier.

Plus, dit que pour raison de la sainteté et dévotion dudit seigneur cardinal, ledit seigneur Roy l’élut pour son confesseur, et lui fit la grâce et honneur de porter sur les fonts du sainct sacrement de Baptesme un de messeigneurs ses enfants Et a signé : Matthieu boulière.

Martial Lafaye, laboureur, âgé de soixante ans ou environ, dépose comme ce dernier, à l’égard dudit seigneur Cardinal, de point en point Bouland Lafaye, marchand hostellier de Montagrier, âgé de soixante ans ou environ, dépose très bien connoître, comme connoit, ledit seigneur de Montagrier ; avoir connu fû madame sa mère, tenue de grande région en honneur et en bonté, autant ou plus que dames du présent pays ; et aussy avoir connu très révérend Père, Messire Jean de Bourdeille, abbé de Beaulieu-les-Loches110 ; pareillement avoir connu, luy qui dépose, fû révérendissime Père 54en Dieu, Monsieur le Cardinal de Bourdeille, archevesque de Tours ; et luy en souvient, parce que, du temps qu’il estoit évesque de Périgueux, il ne voulut lui donner le sacrement de Confirmation, dans l’église de Celle111, où ledit seigneur estoit lors, disant que le déposant estoit trop jeune. Lesquels dits seigneurs sont sortis de la maison et Baronie de Bourdeille, qu’il a toujours vu réputer très noble, exedant de très noble et très ancienne lignée ; l’aisné de laquelle maison a esté toujours tenu et réputé l’un des barons du Périgord ; et ouï dire souventes fois qu’il estoit le premier ; et luy souvient qu’à l’entrée de fû révérend Père en Dieu, Messire Gabriel Dumas112, Evesque de Périgueux, le feu seigneur de Bourdeille dernier mort, et le seigneur de Biron hurent question, quel estoit le premier ; et à la fin, firent porter ledit Évesque à quatre personnes de la ville de Périgueux ; dit de plus, qu’il a ouï dire à fû Joufre de la Faye, son père, qui lors de son décès avoit quatre-vingt ans, que la lignée des de Bourdeille estoit tenue des plus anciennes desdits Périgords, et réputés personnages de grand honneur et bonté : entre autres, le seigneur Cardinal, qui, par sa grande dévotion et sainteté, qu’estoit en luy, se rendit observant, et après fust évesque dudit Périgueux, consé quemment archevesque de Tours, et finalement cardinal, confesseur et compère du roy Louys onziesme ; lesquelles dignités nostre Sainct Père le Pape qui lors estoit, ensemble ledit seigneur, firent accepter par contrainte audit seigneur cardinal, mesmement le chapeau de cardinal ; lequel, depuis son décès, a esté dit et réputé, tant en la ville de Tours que ailleurs, estre sainct en Paradis, et faire miracles. Plus, dépose comme les autres.

Raymond Simonnet, cler de Montagrier, âgé de quatre-vingts ans, dépose, qu’il y a soixante ans, qu’il connoissoit l’ayeul du seigneur de Montagrier, qui est à présent ; qu’on appelloit communément Monseigneur le Baron de Bourdeille, et fut séneschal de Périgord ; lequel eut quatre enfants, le premier, nommé messire Arnaud de Bourdeille, qui fut seigneur et baron dudit lieu et de la Tour-Blanche, après le décès de son dit père, qui étoit l’ayeul susdit dudit seigneur de Montagrier. Le tiers se nommoit Hélie de Bourdeille ; lequel, par sa sainteté et dévotion, laissa et renonça à plusieurs biens qu’il avoit en l’Église, et se rendit Observant ; et après, par misération divine, fut postulé évesque de Périgueux ; lequel évesché à grosse difficulté et prière des chanoines et de plusieurs autres gens de bien et d’honneur, il accepta ; et averti le roy Louys onziesme de la sainteté et dévotion dudit révérend, l’envoya quérir au présent pays de Périgord, pour luy faire prendre et permuter son dit Évesché en l’Archevesché de Tours ; ce que ledit révérend ne vouloit bonnement faire, ains estoit tout triste et marry ; toutefois, à la parfin, et pour obéir audit seigneur alla vers luy, et prit ledit Archevesché, et ledit seigneur l’élut pour son confesseur ; et après, nostre Sainct Père le Pape qui lors estoit, et ledit seigneur, voyant toujours la continuelle dévotion et sainteté qui estoit audit seigneur Archevesque, il luy bailla ledit chapeau de Cardinal ; auquel accepter fit ledit seigneur Archevesque plus de difficultés, qu’il n’avoit fait aux autres dignités ; et n’eust été la vraie obéissance qu’il portoit et vouloit porter audit Sainct Père et audit seigneur Roy, ne l’eut jamais accepté ; et que de ce estoit voix et fâmes publiques. Plus, dit que ledit seigneur Roy Louys onziesme, considérant toujours la grande dévotion qu’estoit audit de Bourdeille, Cardinal, lui fist la grâce et honneur de porter sur les saints fonts de baptesme un de mes seigneurs, ses enfants…

Jean Magnoul, laboureur, âgé de quatre-vingt-cinq ans, habitant en la paroisse de Mon tagrier, dépose avoir connu ledit seigneur Montagrier, depuis sa naissance En son vivant 55aussi, feu révérendissime Monsieur le Cardinal de Bourdeille, archevesque de Tours mes mement ledit Seigneur Cardinal ; lequel par sa grande bonté et dévotion, au commencement de son temps, renonça-à plusieurs biens qu’il avoit en l’Église, et se rendit Observant au couvent de Sainct-François, à Périgueux ; et voyant les chanoines qui lors estoient, la grande sainteté et dévotion qui estoit avec ledit de Bourdeille, lors seulement religieux, le postulèrent évesque ; laquelle postulation avec grand peine et difficulté il voulut accepter ; et après, luy estant évesque de Périgueux, l’a vu par plusieurs fois, luy qui dépose, prescher au peuple, tant à Périgueux, en la présente paroisse de Montagrier, que ailleurs ; car communément preschoit sondit peuple ; et averty le Roy Louys onziesme de la grande dévotion et sainteté qui estoit avec ledit Évesque, l’envoya quérir, et luy fist permuter son dit Évesché de Périgueux avec l’Archevesché de Tours ; et après, luy fist bailler par nostre Sainct Père le Pape le chapeau de Cardinal ; l’élut pour son confesseur, et luy fist porter et tenir sur les fonts de batesme un de messeigneurs ses enfants, et tellement vêquit ledit seigneur Cardinal, qu’il estoit tenu et réputé sainct homme ; et depuis son décès, avoir fait miracles, à Tours où son corps repose. Plus, dépose comme les autres.

Jean Révolté de Bosque, natif et habitant de la paroisse de Montagrier, âgé de cinquante cinq ans ou environ113, dépose mesmement l’un, qui estoit cardinal de Bourdeille, arche vesque de Tours ; lequel, luy qui dépose, a vû tenir et réputer prélat et seigneur de grande sainteté et dévotion ; lequel, luy qui dépose, a vu, du temps qu’il estoit Evesque de Périgueux, et luy donna, au présent lieu de Montagrier, le saint sacrement de confirmation ; et fut après ledit seigneur Archevesque de Tours ; lequel Archevesché le roy Louys onziesme, qui lors régnoit, luyfist permuter avec l’Évesché de Périgueux ; et après, voyant ledit seigneur, que ledit Archevesque vivoit et persévéroit toujours vivre en sainteté et dévotion, luy fist bailler le chapeau de cardinal ; et après, luy fist porter un de ses enfants sur les fonts de Batesme ; et a toujours véqu en honneur et grosse dévotion jusques à son décès. Plus, dépose comme les autres.

Hélie Magnan, laboureur, de Montagrier, âgé de soixante-cinq ans ou environ, dépose connoistre et dépose comme les autres.

Jean Chouvet, de Montagrier, âgé de soixante ans ou environ, dépose [avoir connu]…» feu révérendissime Monseigneur le cardinal de Bourdeille, que le dit déposant a vu, en son commencement, Évesque du présent diocèse de Périgueux ; et luy en souvient, parce qu’il luy bâillât le saint sacrement de confirmation, au présent lieu de Montagrier ; lequel estoit tenu et réputé prélat de grande dévotion et sainteté ; et averty de ce le Roy Louis onziesme l’envoya quérir, et luy fist permuter son dit Évesché avec l’Archevesché de Tours et l’élut pour son confesseur, et luy fist porter un de ses enfants sur les fonts du Batesme114 ; et conséquemment, 56fût le dit de Bourdeille cardinal en la dite dignité, luy qui dépose, l’a vû. Et dépose comme les autres.

Guilhomet Chazote, natif de Félety, et demeurant à Montagrier depuis cinquante ans, âgé de soixante ans ou environ, dépose, que depuis le dit temps… frères… de fû révérendissime cardinal de Bourdeille, archevesque de Tours ; lequel seigneur cardinal de Bourdeille a vu, luy qui dépose, Évesque de Périgueux ; et a souvenance d’un jour qu’il estoit au présent lieu de Montagrier, et donnoit le saint sacrement de confirmation, lequel sacrement, luy qui dépose, vouloit prendre et recevoir ; mais il l’en fit retourner, disant qu’il estoit trop jeune ; lequel seigneur Cardinal estoit tenu et réputé homme sainct, dévot, tellement que, par la sainteté et dévotion qui estoit en luy, le roy Louys onziesme, qui lors régnoit, l’envoya quérir au présent pays, et luy fist permuter son Évesché de Périgueux avec l’Archevesché de Tours ; et incontinent qu’il fut Archevesque, le Sainct Père luy envoya le chapeau de Cardinal ; et a entendu, luy qui dépose, que ledit de Bourdeille ne le vouloit recevoir. Dit de plus, que, de tout temps, ancienneté, toujours et toujours, tous les susdits de Bourdeilles ont esté tenus et réputés très nobles, gens de grande vertu, honneur, tant aux faits d’armes qu’à tous autres actes nobles, de vertu et d’honneur ; dits et réputés de plus noble et ancienne lignée que tous les autres nobles du Périgord. Dépose, de plus, comme les autres.

Ladite Enqueste est signée : Sauliaire, Élu, et Pazat, greffier, en datte du pénultiesme du mois d’octobre, 1531.

4.
Histoire généalogique de la maison de Bourdeille, composée sur les titres originaux et tirés du cabinet de monsieur de Clairambault. Article Hélie de Bourdeille.

(Archives du château de Bourdeille. — Archives du château de Saveille (Angoumois). — Bibliothèque nationale.) (La tradition de la famille.)

Lorsque, vers 1766, on essaya, pour la seconde fois dans le même siècle, de reprendre la cause d’Hélie de Bourdeille, quatre pièces principales furent signalées à la Sacrée Congrégation des Rites. La Note expédiée en réponse à cet envoi, et que nous avons publiée tout d’abord, — voulant en suivre aussi fidèlement que possible les indications, — recommanda de compulser et insérer ces quatre pièces dans le Mémoire qui devait être rédigé. Nous avons déjà produit deux de ces pièces. La quatrième, à savoir, l’autre petit cayer écrit en français, intitulé : XCVII, Élie de Bourdeille, archevêque, qui commence ainsi : La maison de Bourdeille est une illustre et très ancienne famille dans le Périgord, n’est, ainsi que nous l’avons dit, que la traduction de l’article de Maan sur Hélie de Bourdeille, dans son Sancta Metropolitana 57Turonensis Ecclesia. Nous reproduisons cet article un peu plus loin, Section I, VII. — Reste la troisième pièce, désignée comme suit dans la Note précitée : Le cayer qui contient la relation de la vie dudit cardinal, intitulé : Relation de la vie d’Élie de Bourdeille, évêque, cardinal, archevêque de Tours.

Nous avons tout lieu de croire qu’il s’agit ici, soit d’une transcription du chapitre que Dupuy consacre à Hélie de Bourdeille dans son Estat de l’Église du Périgord, et dont il existe trois copies manuscrites aux Archives du château de Bourdeille115, soit de la biographie du saint cardinal extraite de l’Histoire généalogique de la maison. Ces archives, en effet, ne contiennent pas d’autres Relations de la vie d’Hélie de Bourdeille. Dans l’incertitude, et devant d’ailleurs produire aussi le chapitre de Dupuy parmi nos Sources biographiques, nous insérons ici la notice tirée de l’Histoire généalogique de la Maison de Bourdeille.

Cette notice écrite vers le milieu du dix-huitième siècle, sous le Pontificat de Benoît XIV, n’est pas dépourvue de mérites littéraires. En dépit des erreurs d’appréciation ou de fait qu’elle contient, elle représente fidèlement dans son ensemble les traditions de la famille.

[Début du texte]

Hélie, ou Héliot de Bourdeille, dans le testament de son père, fut destiné à l’état ecclé siastique, en son codicille du 26 juillet 1429, où Arnaud de Bourdeille déclare qu’il a reconnu dans ce fils plus de dispositions à cet état que dans tous ses autres enfans. La piété et toutes les actions et démarches d’Hélie de Bourdeille ont prouvé suffisamment la sincérité de sa vocation, et la droiture de l’intention de son père.

Dès l’âge le plus tendre, ne trouvant de goût que dans la prière, il fuyoit tous les hon neurs et méprisoit tous les biens auxquels, par sa naissance, il étoit en droit de parvenir. Il demanda avec tant d’empressement à ses parens d’entrer dans l’Ordre de Saint-François, qu’ils se crurent obligés, après bien des refus et des épreuves, de condescendre à ses désirs.

Ce fut l’an 1430, qu’ils le conduisirent, avec le plus nombreux et le plus brillant de tous 58les cortèges, au couvent de Périgueux. Pour lui, il était monté sur un âne ; il ne voulut jamais accepter d’autre monture, pour commencer, disoit-il, à imiter saint François, et à en pratiquer l’humilité.

Quoiqu’il n’eût alors que dix ans, il ne tarda pas à prendre l’habit. Joignant à la plus éminente piété l’étude des sciences, il fit de si grands progrès dans les sciences, que, neuf ans après, il soutint avec distinction, durant huit jours, des thèses de théologie devant le chapitre’ général de l’Ordre qui se tenoit pour lors à Toulouse ; et il s’y attira les louanges et l’estime, et l’admiration de tous ceux qui en furent les témoins.

S’étant ensuite totalement livré au ministère de la parole, il commença à faire des leçons publiques sur l’Écriture sainte, à Mirepoix ; et il s’acquit une si grande réputation dans le talent de la chaire, que les chanoines de Périgueux, après la mort de leur évêque, Geoffroy Béranger d’Arpajon, en 1447, le choisirent malgré lui pour son successeur, quoiqu’il n’eût que vingt-quatre à vingt-cinq ans.

Malgré toutes les oppositions qu’il apporta, et les difficultés qu’il fit naître pour éviter cette dignité, le pape Nicolas V ayant reconnu en lui les plus éminentes qualités, approuva cette élection, que Charles VII avait déjà agréée, et ordonna au cardinal de Sainte-Croix de le sacrer.

Après son sacre, il ne tarda pas longtemps à se rendre dans son diocèse, et il fit son entrée solennelle à Périgueux le 3 août de la même année. Cette entrée lui fournit occasion de faire une enquête sur la préséance des quatre Barons qui devaient le porter ; et cette pré séance fut alors adjugée au Baron de Bourdeille, son frère, sur les Barons de Mareuil116, de Beinac117 et de Biron118 ; ce qui fut confirmé par une autre enquête de 1468119, dont l’un des témoins dépose qu’il a vu Arnaud de Bourdeille, deuxième du nom, aider à porter l’évêque, son frère, lors de son entrée.

Dès que Hélie de Bourdeille fut établi à Périgueux, il s’appliqua sans relâche à la réforme de son clergé et de son peuple, tant par son exemple, que par ses pieuses exhortations, sa vigilance pastorale, ses fréquentes et bien laborieuses visites qu’il faisoit dans son diocèse, et enfin par les abondantes aumosnes qu’il répandoit de toutes parts. Il conservoit toujours avec beaucoup de ferveur l’austérité de sa première profession, tant pour sa table que pour son grand éloignement pour tout ce qui pouvoit ressentir le faste ou la vanité. Les historiens de sa vie nous assurent qu’il jeunoit au pain et à l’eau, les mercredis et les samedis, et les veilles des grandes fêtes.

Baigné de larmes, il passoit presque toutes les nuits en méditations et prières, n’ayant pour lit qu’une planche, et pour habillement le drap le plus commun et même le plus vil. II préchoit quelquefois jusqu’à deux ou trois fois par jour, visitoit souvent les prisonniers et les hôpitaux, et écoutoit en confession, avec une patience et un zèle infatigables, toutes les per sonnes qui se présentoient à lui. Il alloit même au devant des pécheurs, finissant presque toujours par les toucher, les convertir, et leur faire embrasser avec joye le chemin de la vertu.

59Uniquement occupé à augmenter la gloire de Dieu, il avoit un zèle particulier pour em bellir ses temples. Il fit construire avec beaucoup de magnificence le grand autel de son église cathédrale ; rétablit le portail et presque toute l’église Saint-Georges, qui tomboit en ruines, dans les fauxbourgs de Périgueux, et contribua considérablement pour rétablir l’église collé giale de Saint-Astier.

Mais ce qu’il avoit le plus à cœur, étoit d’élever le corps de saint Front, et de le renfermer dans une magnifique châsse. Il en demanda la permission au pape Eugène120, qui la lui accorda par un Brevet, qu’il reçut de lui le 7 may 1463121. Assisté de l’évêque de Sarlat122, et de son oncle, l’évêque de Rieux123, il fit cette cérémonie, et mit dans un très beau reliquaire d’argent son chef, qu’il plaça au milieu du chœur.

L’an 1468, il assista aux Estats généraux du royaume, assemblés à Tours par les ordres du Roy Louis XI. C’est là que ce prince commença d’avoir beaucoup de vénération pour son éminente vertu. Aussi cet archevesché étant venu à vaquer, cette même année, par la démis sion volontaire de Géraud de Crussol124, il y fut aussitôt nommé, et prêta serment de fidélité, le 28 septembre, entre les mains du Roy.

Ce fut dans cette année 1468 qu’après la mort du Duc de Guyenne, l’abbé de Saint-Jean-d’Angély’et autres accusés furent constitués prisonniers en la ville de Nantes, en Bretagne ; et que le Roy nomma Hélie le premier commissaire chargé de faire le procès de ce criminel125.

Peu de temps après, le prince fit arrêter et mettre en prison Jean Ballue, cardinal et évêque d’Angers, et l’évêque de Verdun. Le cardinal de Bourdeille alla lui en porter la plainte à Amboise, et lui représenta avec beaucoup de force que c’était une usurpation sur les immu nités du clergé. Voyant qu’on n’avoit point égard à ses remontrances, il publia un monitoire, dans lequel il menaça d’excommunication ceux qui violeraient ces immunités. C’est pour les défendre, et soutenir les droits des souverains pontifes, qu’il composa son livre contre la Pragmatique-Sanction.

Le parlement traita ce zèle d’attentat, et somma ce prélat de révoquer ses censures ; et sur le refus qu’il en fit, on lui arrêta son temporel, et on l’adjourna en personne. Mais le roy, qui le révéroit, ne voulut pas que la saisie subsistât, et se rendit à ses remontrances, en envoyant demander au pape des juges revêtus de son pouvoir, pour connoître des crimes de la Ballue, ce qui n’eut pas l’issue qu’Hélie en espéroit.

C’est ainsi que le saint archevêque, animé toujours du zèle le plus ardent pour les inté rêts de l’Église, soutenoit à Tours la plus grande réputation qu’il s’étoit acquise pendant vingt ans, qu’il avoit occupé le siège de Périgueux. Il avoit commencé par y établir la paix et l’union entre les chanoines de son église. Toujours vigilant sur tous les besoins de son diocèse, il fut très industrieux pour y pourvoir. Se refusant tout à lui-même, il ne savoit rien refuser aux 60autres : aussi sa grande régularité et vie austère attiroit tous les regards, et son affabilité et charité lui méritoit tous les cœurs.

Il ne borna pas son zèle à l’embellissement intérieur de sa cathédrale, à la réédification d’une des cloches126, aux souterrains destinés aux fonts baptismaux et à inhumer les corps ; mais on lui est encore redevable de la construction d’une très belle Bibliothèque qu’il vouloit rendre publique, de la place qu’il forma devant son église, et de celle qu’on trouve dans le cloître, où il fit aboutir toutes les rues du cloître des chanoines, qui jusqu’à lui n’avoient point été pavées, et de beaucoup d’autres édifices qu’il fit construire dans son diocèse, auxquels il contribua, soit par des aumônes, soit par mille moyens que son zèle et sa piété pouvoient lui suggérer.

C’est dans un voyage qu’il fit à Rome, qu’il écrivit le 23 février, sans date d’année, à Monsieur de Bourdeille son neveu127. Ce prélat lui mande qu’il y est arrivé sept ou huit jours avant Noël ; qu’il a été neuf semaines en chemin, pour cause de maladie ; que le Pape lui a fait, à son entrée à Rome, toutes sortes d’honneurs ; que le Saint-Père l’a fait visiter par les prélats du palais, et l’a fait toujours manger de son pot et boire de son vin ; qu’il a obtenu une indulgence plénière pour Périgueux, et qu’il compte s’en retourner après Pâques. Cette lettre est en patois périgourdin, signée f. H. archevêque de Tours, indigne. Ce qui fait voir qu’il n’étoit pas encore cardinal, et qu’ainsi il semble qu’elle doit être de l’année 1482, attendu qu’en cette année le Pape condamna l’évêque de Verdun (alors à Rome) de prêter tel serment qu’il plairoit au Roy, entre les mains de l’archevêque de Tours, et ordonna que cet évêque viendrait, accompagné de cet archevêque, confirmer les serments entre les mains de Sa Sainteté128. Le Saint-Père nomma aussi l’archevêque de Tours pour être l’un des prélats com mis pour donner à Louis XI l’absolution, s’il la demandoit pour les scrupules qu’avoit ce prince.

Hélie de Bourdeille fut enfin créé cardinal prêtre, sous le titre de Sainte-Lucie en Sicille129, le 15 novembre 1483, dignité dont il ne jouit pas longtemps. Il mourut à Artannes en Touraine, le 5 juillet 1484, en odeur de sainteté, après avoir possédé pendant seize ans le siège archiépiscopal de Tours ; et réduit à une si grande pauvreté, qu’il n’avoit pas de quoi se faire enterrer.

Il opéra plusieurs miracles, non seulement pendant sa vie, mais même après sa mort. Un très grand concours de peuples, qui le regardoient comme un saint, accoururent de toutes parts à son tombeau, et y trouvèrent leur guérison. C’est ce qui engagea Jean de Plas, évêque de Périgueux, de faire, en 1526, une information authentique de la vie du cardinal de Bourdeille, pour parvenir à sa canonisation. Et par les soins, et à la sollicitation de Jean de Bourdeille, pratonotaire apostolique, neveu de ce cardinal130, elle fut aussitôt envoyée à Rome ; et il y en avoit 61encore plusieurs copies, lorsque le Père Dupuy, Récollet, composoit son Histoire du Périgord, en 1629. Mais les guerres qui ont ravagé cette province, l’ont privée de ce monument, que plusieurs papes, et surtout Benoist XIV, demandent depuis bien longtemps pour travailler au procès de la béatification.

La confiance que témoigna Louis XI dans les prières d’Hélie de Bourdeille, -.peut bien avoir donné occasion de dire qu’il avoit été son confesseur ; car on n’en trouve point d’autre preuve, et le démêlé que le Roy, sur la fin de ses jours, eut avec ce saint prélat aura, sans doute, fait naître ce qu’en disent les Mémoires de Commines, où l’on trouve ce qui suit :

Louis XI regardoit comme gens ignorans l’archevêque de Tours et l’évêque d’Alby, qui estoient gens sages, de grande doctrine et de. vie exemplaire131.

Les mêmes Mémoires ajoutent132 que ce fut l’archevêque de Tours qui, pendant la maladie de Louis XI, détermina ce Prince, par ses remontrances, à ordonner de rendre les biens de Louis d’Amboise, qu’il avoit saisis ; et que ce ne fut cependant qu’après la mort de ce roy, que Louis de La Trémouille, comme héritier, fut mis en possession de la vicomté de Thouars, qu’ils ont toujours possédée depuis.

Les ouvrages qui font mention honorable du cardinal de Bourdeille, sont l’Histoire des Cardinaux, par Aubry ; le Gallia Christiana, aux articles des archevêques de Tours et des évêques de Périgueux ; une Histoire manuscrite de la vie de Louis XI, par feu M. l’abbé Legrand ; et un livre intitulé : L’estat de l’esglise du Périgord, par le Père Jean Dupuy, Récollet.

Ce dernier auteur rapporte133 qu’Hélie de Bourdeille, étant évêque de Périgueux, fut fait prisonnier de guerre par le Bâtard de Grandmont, qui tenoit le parti des Anglois, . et com mandoit dans le château d’Auberoche, où le prélat fut mis en prison, de là transféré au châ teau de la Roche-Chalais, et enfin sauvé de la main des ennemis par les soins de l’archevêque de Bordeaux, dans le temps qu’on conduisoit l’évêque de Périgueux à Libourne, pour l’envoyer en Médoc, et en Angleterre, en 1450 ou 1452.

Brantôme134 reproche au cardinal de Bourdeille, non seulement de n’avoir fait aucun bien à sa maison, mais, ; au contraire, d’en avoir employé des fonds à bâtir deux églises et chapelles, et de n’avoir laissé pour héritage à ses parens, que son chapeau de cardinal, quoique, par la possession de l’archevêché de Tours et de l’évêché de Périgueux, il eût joui de plus de cin quante mille livres de rentes, ce qui faisoit, en son temps, un bien très considérable135.

Hélie de Bourdeille avoit passé un acte, le 3 octobre 1468, en faveur du seigneur de Bour deille, son frère, auquel il rendit alors la mouvance de la forteresse de las Chabanas, située en la juridiction d’Agonac, déclarant par cet acte que cette mouvance appartenoit à son frère, en conséquence de l’hommage fait par le seigneur de Bourdeille, l’un des prédécesseurs de celuy-cy, le 17 des kalendes de may 1246, à l’évêque de Périgueux, qui vivoit alors. Cet hommage a été cy-devant rapporté ; et la restitution qu’Hélie de Bourdeille fit en cette occasion, donne lieu de soupçonner que ses prédécesseurs n’avoient pas traité les seigneurs de Bour deille avec cette équité.

62L’archevêque de Tours fut nommé, l’année 1473, l’un des exécuteurs testamentaires de son frère.

En 1482, Louis XI, qui avoit beaucoup de confiance dans la piété de l’archevêque de Tours, le pria de demander à Dieu le rétablissement de sa santé, qu’il voyoit dépérir tous les jours. Le prélât crut trouver l’occasion belle de faire des remontrances à Sa Majesté sur sa conduite passée. Il lui représenta que Sa Majesté avoit trop maltraité le cardinal Ballue et l’évesque de Verdun, qu’elle n’avoit pas eu raison d’inquiéter le cardinal de Saint-Pierre aux Liens, pendant sa délégation d’Avignon. Il s’estendit ensuite sur les plaintes que faisoient d’elle les Evêques de Laon, de Séez, de Castres, de Coutances, de Sainct-Flour, et de Pamiers. Mais comme ces prélats n’étoient pas tous également innocents, à beaucoup près, le Roy reçut assez mal les avis de l’archevêque de Tours. Sa Majesté lui fit écrire par le chancelier Doriole, qu’elle ne pouvoit plus se fier à luy ; qu’il se mesloit de trop de choses, et qu’il ne voyoit pas les playes qu’il faisoit à la Couronne ; qu’elle le défîoit, luy et tous autres, de trouver à redire à la conduite qu’elle avoit tenue à l’égard des évêques qui paroissoient mécontents. Elle ordonna, en même temps, au chancelier, de sommer ces évêques de fournir leurs griefs, et de finir cette affaire avant toute autre. Le chancelier fut trouver l’archevêque de Tours, et son voyage donna lieu de croire que la lettre de son archevêque à son neveu peut bien être de cette apnée 1482. Le chancelier, après luy avoir représenté que les roys demandoient plus de respect et de ménagement dans lés avis qu’on leur donnoit, et avoir connu la droicture des intentions de ce prélat, écrivit au Roy la manière dont s’étoit passée cette entrevue ; il manda à Sa Majesté qu’il avoit trouvé l’archevêque de Tours très faible et très abattu, relevant de maladie ; que le prélat n’avoit jamais eu intention de déplaire au Roy, ni de manquer à ce qu’il devoit à Sa Majesté, et par sa naissance, et par le serment qu’il luy avoit presté ; qu’il prioit et faisoit prier, tous les jours, pour le rétablissement de la santé de Louis XI, et que, dès qu’il auroit repris des forces, il luy écriroit fort au long, pour lui rendre compte de toute sa conduite. Messieurs de Sainte-Marthe disent que le temporel de l’archevêque de Tours fut saisi à cette occasion ; mais on n’en trouve point de preuves, et il paroit même que le Prélat ayant reconnu sa faute, qui ne partoit que d’un zèle peu modéré, ne perdit point les bonnes grâces de Louis XI.

5.
Fr. Hibernus Limericensis

(Epitome Annalium Ordinis Minorum.Romæ. 1662. Sect. secund. col. 580 sqq.) (La tradition franciscaine).

XV. Fratris Eliæ, Cardinalis Turonen. acta. — Porro ante Sixtum (quartum) diebus quadraginta mortem suam obiit Fr. Elias de Bourdeille, Archiepiscopus Turonensis, ex Or dine Minorum, quem ab ipso Sixto S. R. E. Cardinalem, anno proxime præcedenti, creatum diximus. Ampliorem autem dignissimæ hujus personæ notitiam, quam tunc promisimus, non sine difficultate damus. Cum enim, præter nostrum Annalistam de ipso scribant, quos præ 63oculis habeo, Petrus Rodulphus, Franciscus Gonzaga, Alphonsus Ciacconius, Henricus Spon danus, Antonius Aubery, Claudius Roberti et fratres Sammarthani, in Gallia Christiana, Joannes Chenu, Petrus Frizonius, Hieronymus Garimbertus, Arturus a Monasterio, et plures ab hoc citati, inter hos tamen vix duos reperio, qui per omnia consentiant, cum aliqui etiam palam aberrent a veto. Sed quæ nobis, vel ipsorum inter se consensione, vel alia ratione, veriora videbuntur, hic scribemus.

XVI. Parentes ; educatio. — Igitur Arnaldus, Vicecomes de Bourdeille, Senescallus et Prorex Petracoriarum, in Gallia, inter quinque filios, quos genuit, Eliam nostrum suscêpit a Joanna de Camberlac, secunda sua conjuge, eumque domi, pro dignitate sui status educavit, usque ad annum decimum ætatis Eliæ. Sed hic, adhuc septennis, post frequentig colloquia cum Fr. Bertrando de Cambort, Franciscano, in Castro de Agon, Sancti Franciçci Regulam profiteri voluit, et Ordinem tunc subiisset, si matris suæ Joannæ studium, quæ ilium avertere nitébatur, triènnio saltem non retardasset. At cum in Elia dilata crescerent perfections vitæ desideria, mater efficere non potuit, quin ille decimum ætatis annum complens, fieret Mino rita. Hinc in cœnobio Tolosano Philosophicis ac Theologicis studiis tanto fructu incubuit, ut annos natus undeviginti, octo dierum spatio, propositas Theses publiée sustinuerit, forsitan in Gomitiis Provinciæ ; nam quod Frizonius refert, id in Capitulo generali Tolosano factum, eo anno fieri non potuit, cum ejusmodi generale Capitulum Tolosæ celebratum fuerit eo ipso anno, quo Elias viginti quatuor annos natus, et in Italia tunc absens, creatus est Episcopus Petragoricensis. Eo vero doctrinæ pervenit Elias, ut magisterii gradum promeruerit, et præ clari Doctoris, et Maximi Theologi, eruditione conspicui, aliisque doctrinæ titulisa scripto ribus celebretur, et aliqua eruditionis suæ et ecclesiastici zeli scripta monumenta reliquerit : ut nesciam cur Jo : a Chenu et Alphonsus Ciacconius feliciori eum pietatis, quam doctrinæ fama fuisse scribant ; cum ipse Chenu, alio ejusdem operis loco, Eliam hune maximi Theologi titulo appellet.

XVII. — Is vero a scholasticis illis concertationibus ad prædicandi munus assumptus, primas conciones ad populum habuit in cœnobio Minoritico Mirapicensi, eaque fama doctrinæ et morum sanctimoniæ clarebat, ut anno Christi, non millesimo quadringentesimo quadrage simo septimo, qui fuit Nicolai quinti annus primus, uti post Arturum scribit Frizonius, sed anno millesimo quadringentesimo trigesimo sexto, qui fuit septimus Eugenii quarti, uti verius habent Acta consistorialia ab hoc Pontifice, per Petragoricensis Ecclesiæ Capitulâtes in Episcopum civitatis suæ postulatus esset, per obitum Beringarii de Arpagone, datusque die décima quinta Calendas Decembris. Et quanquam Elias dignitatis haud avidus, cum viginti quatuor tantum annos natus esset, ætatis defectum objecisset, Eugenius tamen, eo non obstante, jussit, ut Nicolaus Albergatus, Cardinalis Sanctæ Crucis, bono quidem omine, con secrationis gratiam impertiret Eliæ : Hic enim tunc in Italia fuit, et nominatur inter Episcopos Concilii Florentini, qui interfuerunt solemni Congrégation ! habitæ Ferrariæ, die undecima Februarii anni millesimi quadringentesimi trigesimi octavi.

Accepit igitur sacràm ordinationem, licet illibenter et invitus ; et epistopalem suam civi tatem Petragoricensem ingressus, dum clerum populumque sibi commissum ad meliorem vitæ morumque frugem induceret, capitur ab Anglis, quibus tunc præerat Dux nothus Gra monthus, Præfectus Castri de Auberoche, in Petragoricis. Deinde per Petrum Bertrandum, Archiepiscopum Burdigalensem, forsitan anno 1442136, quo Petrus, ut author est Chenu, ab 64Ordinibus Aquitaniæ delegatus in Angliam abiit, libertati restitutus Elias, post aliquot annos, quibus captivitatem patienter sustinuit137, Petragorium rediit, et ut Athanasius Alexandriæ, aut Chrysostomus Çonstantinopoli, spiritu zeloque Eiiæ Prophetæ fervens, susceptus est.

Erat enim omni hæroicarum virtutum genere clarus et charus, nec tam dominatu et imperio, quanti paternis visceribus et actionum suarum exemplis, gregem sibi commissum gubernabat, seseque omnibus totius perfectionis spéculum exhibebat. Excipiebat ipse sacras confessiones plebis, et reliqua illis ministrabat sacramenta, et salutarem doctrinam, pie et fré quenter concionando ; tam procul ab omni nota lucri ut Franciscanam paupertatem, quan tum sinebat dignitas Episcopalis, in victu, vestibus, ornatu, cæterarumque rerum usu, exacte observasset. Et quidquid honesti justique supererat proventus, id totum. in pios, egenorum præsertim, usus distribuebat, iri quos singularis erat ejus benignitas et promptg largitio.

Regularium obscrvationum tantus inerat illi zelus et fervor, ut Franciscani .sui Ordinis jejunia, non ea solum quæ Regulæ præscripto, sed etiam quæ ex devota consuetqdine et pri morurn patrum imitatione a fratribus coluntur, ille adamussim observabat, eisque prolixas jungebat preces.

Epclesiasticis ædificiis ad cultum divinum augendis conseryandisque sedulp . intentus, ecclesiam collegiatam Sancti Austerii jam fere collapsam restituit, majorem partem ædis Sancti Gregorii138, in suburbiis, ædificavit, et altare præcipuum ecclesiæ Cathedralis erexit.

XVIII. Cum autem jam non doctrinæ solum, prudentiæ et pietatis, sed etiam miraculorum fama et virtute fulgeret, eum sibi a sacris confessionibus adsciyit Ludovicus XI, Galliarum rex, cui erat longe charissimus et venerandus. Atque anno Christi millésime quadringentesimo sexagesimo octavo, a Petragoricensi Episcopatu ad Archiepiscopatum Turonensem, Metropo leos canonicis id postulantibus, translatus est, per translationem Gerardi de Crussol ad Episco patum Valentinensem et Diensem, die décima septima kalendas Junii.

In hac vero dignitate, quam Elias, ut reliquos omnes mundi honores, flocci pendebat, majqri se fortitudine accingens, et ardentiori zelo ecclesiastici juris ac auctoritatis Apostolicæ Sedis, tractatum suo studio conscripsit, contra Pragmaticam Sanctionem, multis rationibus et arguments dempnstrare conatus, quantoea esset dedecori, non solum Ecclesiæ et Pontifici Romano, verum etiam Regi et regno Christianissimo ; quemadmodum priuscum prenominato Petro, Archipræsule Burdegalensi contra eam Sanctionem publice protestatus est. Scripsit etiam opuscula plura de Romani Pontificis auctoritate, quam consessus Basileensis tunc diminuere satagebat, et alia pro Concordatis circa bénéficia ecclesiæ Gallicanæ, atque alia décréta contra dejerantes, quos variis pœnis persequebatur zelosus hic ultor injuriæ Divinæ Majestatis.

Eodem Episcopali zelo, cum Ludovicus XI Rex Joannem Balue, Cardinalem Andegaven sem, et adhærentem illi Gulielmum Harancurtium Episcopum Verdunensem, carceribus mjancipasset, exemplo in Gallias numquam antea viso, Elias ea de causa Ambasiam ad Regem profectus est ; et graviterconqu.estus de læsa immunitate dignitatis ecclesiasticæ, monstravit non potuisse Regem in ejusmodi personas, ea ratione, procedere, quin ecclesiasticas censuras inter juris canones relatas, incurrisset, suasitque ut potius, quod debuit, judices a Roma compe tentes peteret, qui accusatorum causam rite cognoscerent. Et quanquam sanctum justumque hoc ejus consilium regiis Consiliariis ingratum foret, non proinde quidquam moveri potuit, ut ipse sæcularibus potestatem faceret, in Cardinalis aut Episcopi familiares quosdam procedent, qui criminis conscii vel participes credebantur, quin potius edictis publicis illico affixis 65monuisset, ne quisquam, sub interminatione pœnarum juris, præsumeret ecclesiasticam libertatem in aliquo violare.

Id vero Regius Senatus, seu Parlamenti, quod vocant, assessores, usque adeo male habuit, quod ex adverso Archiepiscopo nunciarint, ut fulminatas revocaret censuras, nisi Archiepi scopatus sui temporale dominium Regio fisco adjudicari, seseque ad causam offensæ Maje statis in Parlamento dicendam cogi mallet. At cum Rex, Præsulis doctrinam et sanctimoniam veneratus, ipsum hujuscemodi Senatus decreto liberum esse voluisset, neutra pars ulterius progressa est, quoadusque missis a Pontifice, quos Rex, Archiepiscopi suasu, petiit, judicibus, Cardinalis et Episcopi carceratorum causa examinata fuit : ut minus verum existimari possit, quod in Ludovici Regis Historia scribit Claudius Seyssel, Eliam nostrum nunquam deinceps Régi reconciliatum fuisse ; sed hune ab illo et aliis, tanquam a suis regnique inimicis, et regni commodorum ignorantibus, semper cavisse ; quamvis, inquit, essent viri sapientes, magnæ doctrinæ et vitæ exemplaris.

XIX. Porro Archiepiscopum his virtutibus insignem, et, quo titulo in Sixti Pontificis Diario notatur, sanctitate clarum, Sixtus quartus Pontifex in Cardinalium numerum, anno superiori, cooptavit, cum titulo Presbyteri Cardinalis Sanctæ Luciæ in Silice ; et absenti pur pureum pileum in Galliam usque misit.

Quo il 1 e nuncio nihil commotus, nullum propter oblatam dignitatem lætitiæ signum dédit ; sed insignia reverenter accipiens, suæ tamen humilitatis memor, nunquam aut raro admodum illis usus est, quod in eadem Sixti Pontificis Ephemeri notatum invenio. Neque Romanam Curiam accedere curavit ; sed pontificia sollicitudine pro Apostolicæ Sedis et Romani Ponti ficis dignitate strenue decertans, infirmatus tandem est apud Castrum Artaniæ, Baroniam ditionis Pontificiæ in Turonibus ; et cum Ecclesiæ sacramenta summa pietate suscepisset, in strato cinere consperso humillime decumbens, ibidem, hoc anno 1484, animam Deo reddidit, die quinta mensis Julii, ætatis suæ anno septuagesimo octavo, Franciscanæ professionis sexa gesimo octavo, Episcopalis dignitatis quinquagesimo quarto139 et Cardinalitiæ mense tantum septimo, et quinto die140. Neque enim verum est, quod Ciaconius retulit, septimam hanc Cardinalium creationem a Sixto celebratam fuisse die Veneris, septimo kalendas Decembris ; sed quod in præcitato Sixti Diario notatur, die sabbati, quindecima Nôvembris, cum Pontifex extra ordinem Patres in Senatum vocasset, et cardinales Sabellum et Columnam ex Adrianæ Molis custodia eductos, in gratiam recepisset141. Quem hujus creationis diem notavit etiam Aubery et Contelerus in secunda Parte sui operis de Cardinalibus, quam his diebus ex tenebris in publicam lucem Romanis typis eduxit R. P. Augustinus Oldoinus S. J., qui inté grant Ciaconiniani operis novam editionem, cum additionibus, nunc in Urbe, magno operis auctario, curat142.

XX. Denique, noster Elias, cum in cathedrali Ecclesia Turonensi sepultus, non minus a morte quam in vita miraculis coruscaret, Joannes de Planis, Episcopus Petrogoricensis, anno 1526, publicam inquisitionem vitæ, virtutum et miraculorum ejus, episcopali auctori tate sua fieri curavit, ut ad solemnem Eliæ canonizationem deserviret. Scripsit præterea integrant Eliæ vitam Petrus de Bois-Morin, ipsi Cardinali olim a secretis et sacris confessionibus, quam nos nondum vidimus.

66Est vero quod hic advertam, hujus Cardinalis insignia gentilitia, apud Ciaconium quidem esse très rosas, triaque lilia, utraque alba in campo rubro ; et apud Frizonium nec lilia nec rosas, sed, ut ipse explicat, scutum aureum, palmis binis gryphi muricatis, conteniatis un guibus cæruleis. — Verum hujus diversitatis causam fecialibus investigandam relinquo143.

6.
L’Estat de L’Église du Périgord, depuis le christianisme, par Jean Dupuy, Récollect. — Périgueux, Pierre et Jean Daluy, 1629.

(Notes et reproduction de l’édition primitive par le procédé lithotypographique, de l’abbé Audierne, t. II, p. 140 sqq.) (La tradition de l’Église de Périgueux).

Quelle est la valeur historique des travaux du P. Dupuy ? — Nous ne saurions mieux répondre à cette question, qu’en enregistrant le jugement porté sur cet auteur par un érudit qui l’avait beaucoup étudié, et qui avait acquis une compétence indéniable dans toutes les questions relatives à l’histoire du Périgord.

Voici ce qu’écrit l’abbé Audierne :

Le P. Dupuy avait beaucoup d’érudition. Il écrivait mal, mais son style ne manque point d’énergie. On peut reprocher à cet auteur une trop grande crédulité et peu de critique dans son histoire. Cependant, nous lui devons la connaissance de plusieurs faits que nous ignorerions sans lui. La reconnaissance doit lui faire pardonner sa simplicité ; d’ailleurs cette naïveté tient aux mœurs de l’époque… Et puis, le P. Dupuy a pu mieux connaître les siècles plus rapprochés de l’époque où il écrivait144

D’où nous concluons que Dupuy doit être accepté avec réserve sur les points qu’il n’a pu connaître soit par lui-même soit par des documents originaux ou des traditions vivantes et précises ; que ses récits doivent être contrôlés ; mais que sur les faits qu’il a pu connaître soit par la tradition de l’Église du Périgord, soit par les nombreux documents mis à sa disposition, — ce qui est le cas pour la plupart des faits relatifs à Hélie de Bourdeille, — ce pieux historiographe mérite pleine et entière croyance.

67
[Début du texte]

Elias de Bourdeille, evesque, cardinal.

(Charles VII, roy de France, et duc d’Aquitaine).

Combien le ciel fut libéral de ses grâces envers ce dioceze, lorsqu’il luy donna pour Pasteur celuy qu’il avoit faict naistre, no tant pour soy-mesme, que pour servir d’eschole de vertu à la noblesse, de modelle aux bons Prélats, de prototype à l’austérité des Religieux, de pourtraict de saincteté pour tout le Christianisme. Ce fut Elie de Bourdeille, qui, dans le cours de sa vie, fut loué pour sa saincteté, obey pour sa prudence, respecté pour sa gravité, aymé pour sa dou ceur, et par le violent esclat de tant de grandeur, la grandeur de tant de ferveur, la ferveur de tant de sainctes actions de lumière, se rendit plus esclatant dans ce siècle ténébreux, que les lumières et flambeaux, qui, après sa mort, brusloient cotinuelement dans l’Église de Tours, devant son sainct sépulchre ; plus que le cierge ardent qui estoit posé près du grand Autel de l’église Sainct-Front, devant son chapeau de Cardinal, qui luy fut envoyé, sur ses derniers ans, par le Pape Sixte quatriesme. Il semble que la recherche que nous avons faict des Évesques, ses prédécesseurs depuis cinquante ou soixante ans, ne soit que pour rehausser davantage l’esclat de ses perfections : comment cognoistr oit-on la rareté des diamans, s’il n’y avoit d’autres cailloux, et la beauté de Vor, si le cuivre n’estoit en usage ? Aussy luy estoient-elles données d’en haut pour maistriser les cœurs des plus grands, spécialement pour retenir les pièces du débris de ce pauvre dioceze, désolé par les guerres contre l’Angleterre, pour lesquelles cette province servit souvent de funeste théâtre, ce qui avoit obligé les Évesques, durant soixante ans, de s’en absenter145.

Tout ce que nous dirons de ce grand Prélat, aura pour garand les auteurs anciens et mo dernes : mais par spécial sera avéré par treize tesmoings jurez, tous gens de marque, qui furent interrogez juridiquement quarante ans après sa mort, lorsqu’on procédoit à l’inquisition de ses vie et mœurs. Ce sera de leur déposition, que nous recueillirons l’eslite des fleurs qui embaumèrent pour jamais l’ancienne et noble famille des Sieurs de Bourdeille, desquels il print naissance146.

68Arnaud de Bourdeille, Seneschal et Lieutenant du Roy en Périgord, eut cinq enfants147, entre lesquels Élie, dès son bas aage, donna des augures de sa saincteté future. Ce sainct enfant mesme à l’aage de sept ans, ayant veu souvent dans le chasteau d’Agonac le Père Bertrand de Combort, de l’Ordre des Frères Mineurs, fut saisy d’un violent désir, qui porta son courage plus grand que son corps à embrasser la saincte Religion de Sainct-François ; déclare son désir à ses parens, tous estonnez de la résolution de cet enfant. Madame sa mère est encore plus aux affres de perdre son fils, et met en jeu tous moyens possibles pour divertir ce qu’on croyoit, du commencement, ou despit, ou fantaisie puérile ; mais sa persévé rance de trois ou quatre ans fit paroistre qu’il n’avoit rien d’humain dans son désir, mais plustost qu’il venoit du ciel : auquel son père craignant de s’opposer, d’autre part, pressé des importunitez de l’enfant parvenu désia à l’aage de dix ans, se résolut de le mener au couvent des religieux de Sainct-François, à Périgueux. Et d’autant que les troubles des guerres estoient fort eschauffés dàs tout le pays, Monsieur le Seneschal assembla soixante ou septante chevaux, pour la conduite de son fils ; lequel donna bien de l’estonnement à toute ceste noblesse, lors qu’après les derniers adieux donnés à sa mère, on luy amena un bon cheval, pour le monter : ce dévot enfant s’opiniastre à ne prendre de cheval pour son voyage, disant qu’il ne vouloit qu’un asne pour sa conduitte, à l’imitation du Père sainct François, auquel il se vouloit désia conformer.

Il est mené en cet équipage, et mis dans le Novitiat ; après lequel il estudia en philosophie. Delà, envoyé à la Théologie, dans le grand couvent de l’Observance, à Toloze, où il fit pa roistre la rareté de son esprit, à l’aage de dix-neuf ans, soustenant, durant huit jours, les Thèses du Chapitre général, célébré en ce lieu, composé de l’eslite des plus doctes de ce temps. Delà il fut côduit au couvent réformé de Mirepoix, pour y faire les premiers essais de ses prédications.

Durant ce temps, l’Évesché de Périgueux vaqua par la mort de Geoffroy Berengarius d’Arpaiou, l’an 1447. Le droict des nominations restant encore aux chapitres, par la Pragma tique Cension, les chanoines unanimement esleurent F. Elie pour leur Évesque, qui, à ces nouvelles, s’effaroucha, et, se disant incapable de ceste charge, se roidit pour ne l’accepter. Mais qu’il ne peût se desgager, on députa deux chanoines vers son Provincial, à ce qu’il luy commandast par obédience de les suivre vers le Pape Eugène, qui pour lors estoit à Boulogne ; où estant arrivez, les Députez supplient Sa Saincteté d’agréer leur élection, et dispenser à ce qui manquoit sur l’aage de vingt-sept ans pour l’épiscopat. Mais la docte et éloquente harangue de frère Élie fut plus admirable, désadvoüant les vingt-sept ans d’aage que les Députez luy donnoient, et qu’il estoit seulement au vingt et quatriesme : partant, qu’il supplioit Sa Sainc teté de ne le dispenser sur son incapacité. Humilité ! qui, seule, sembla mériter sa confirma tion, le Pape cômandant au Cardinal de Saincte-Croix de le sacrer pour Evesque.

Ainsi, en despit de tous ses efforts, il faut obéir. Il vient à sa ville, faict son entrée 69solennelle, le 3 aoust de l’an 1447148. Trouva que le vice s’estoit authorisé, dans tout son diocèze, les églises désolées, bruslées, renversées, sans service divin ; le Clergé sans ordre ny discipline ; l’impunité des vices alloit eshontéement, la teste levée.

Grande moisson pour un si bon ouvrier, qui, avec l’aide de Dieu, s’applique au travail, à la visite, exhortation, confirmation, réconciliation des églises, et à tous les autres exercices de sa charge, qui, pour l’ordinaire, reculoient son repas à deux heures après midy, avec un plus grand fruict qu’il n’eût ozé espérer de ce grand désordre.

Spécialement faut noter le puissant remède dont il se servit heureusement pour extirper le blasphème, qui régnoit pour lors en la bouche de tous : c’est que, dès le commencement de sa promotion, il fit une ordonnance, que tous ceux qui auroient juré, fussent citez par le curé du lieu à comparoistre devât luy ; et que deslors les dénoncez subissent les peines des excommuniez, jusqu’à ce qu’il parût, par lettres testimoniales, de leur absolution ; menassant par censures les curez pusillanimes à la dénonciation ; encourageant les zélés à l’exécution. La peine qu’il imposoit pour le blasphème, estoit que, durant la Messe, le criminel se tien droit à la porte de l’esglise, un cierge en main, nud piedz, sans chapeau ny ceinture, quelque fois en chemise, et qu’à la fin, il se présenteroit au pied de l’autel, pour recevoir publiquement l’absolution. Ainsi, faisant subir inexorablement ceste peine à toute sorte de personnes, il n’y eut, dans un an, aucun si huppé, et pour noble qu’il fut, qui osast ouvrir la bouche contre le ciel. — O Dieu ? que ne revelliez-vous, en nôstre siècle, le feu de ce nouvel Élie, puisque nous en avons besoing plus que jamais !

Ces heureux commencements faisoient enrager de despit tout l’Enfer, avec ses partisans. Il suscita le Bastard de Gramont, anglois qui commandoit dans le chasteau d’Auberoche, lequel espiant l’occasion de se saisir de nostre Évesque, lorsqu’il alloit innocemment pour recocilier l’esglise de Sainct-Anthoine, qui avoit esté pollüé par les meurtres faicts par cet anglois dénaturé, n’ayant d’autre escorte que l’abbé de Bràtosme et quelques autres eclésiastiques : 70ainsi facilement le print pour prisonnier de guerre, luy accordant à peine un sien prestre pour le servir. Durant sa prison, il fut plus mal traicté par louyë, suivant son dire, qu’autrement ; parce qu’il estoit contraint d’entendre ordinairement ses ennemis, qui blasphé moienten damnez. De là, il est conduit au chasteau de la Roche Chalais ; et sur la crainte que les preneurs avoient que son frère, le Séneschal de la province, ne vînt assiéger et forcer la place, délibèrent de le conduire à Lybourne, pour delà l’envoyer en Médoc ou en Angleterre.

L’Archevesque de Bourdeaux, Pierre Berland, vray homme de Dieu, et réputé pour sainct, apprintle danger où se trouvoit nostre Évesque, et secondant la noblesse qui estoit désia aux champs pour l’enlever, il conduit si adextrement l’entreprise, qu’ils le retirent de leurs mains à Lybourne, le jettent dans un bateau, et conduisent heureusement à Bourdeaux. L’Arche vesque, accompagné de son clergé et du corps de la ville, le vint accueillir au port, le mena à l’archevesché, le festina par plusieurs jours, avec les principaux de la ville149.

Par ce narré, nous passerons au temporel. Comme désia la ville de Bourdeaux estoit de l’obéyssance du Roy de France, lequel, dès l’année 1450, ayant heureusement reconquis la ‘Normandie, il porta sa pensée à déguerpir des mains estrangères notre pauvre Guyenne. Et pour cet effet, il commença ses reprises par la ville de Bragerac150, qui touiours a esté réputée une des clefs de la Guyenne. Il y envoya le comte de Pontieure et de Périgord, avec une puis sante armée, qui, aux premières aproches, contraint les assiégez à demander capitulation. Le comte reçoit la ville au nom du Roy, permettant à l’Anglois de sortir bagues sauves, et les habitans sont maintenus en leurs privilèges : ce qui fut confirmé par lettres royaux de Charles, l’an 1451, le 24 novembre, avec abolition du passé, et promesse que leur ville ne seroit jamais séparée de la couronne de France.

L’année suivante nous ramènera en Guyenne le comte Dunois, avec puissante armée, qui, dans moins de deux mois, conquit toutes les villes et places les plus opiniastres, hormis Bayonne, de fléchir sous les armes françoises. Spécialement, la ville de Bourdeaux, des pourveüe de secours anglois, le reçut avec toute son armée, le 21 juin.

Ainsi, trois cents ans après que nous avions esté démembrez de la Couronne de France, par l’infortuné mariage d’Éléonor, nous revenons heureusement a la domination de nostre premier maistre, par la faveur du ciel et la vaillance de la noblesse. Sur quoy, je ne puis taire ce qui a esté remarqué en ce lieu par Gilles Duboucher151, Dupleix, et autres : c’esL que parmy le grand nombre de ceux qui servoient le Roy de France pour reconquérir l’Aquitaine, seule ment deux seigneurs acquirent le nom de Chevaliers sans reproche : le Seigneur de Barbazan, et François de Bouchard, viscomte d’Aubeterre, chambellan du Roy, séneschal d’Angoumois, fils de Jochin, fils de Savary, fils de Pierre, qui aussi portèrent le titre de Comte, possédant, de plus, les seigneuries de Castillon, Mucidan, Puinorman, Cadillac, Rochefort, Boussilles, 71 Sainct-Jean d’Angles, Rochemeaux, Sainct-Martin de la Coudrée : Ce qui soit dict eh faveur de nos Évesques sortis de ceste noble famille.

Mais la grande et longue maladie de l’Aquitaine ne peut se guérir tout soudain, sans quelque recheute, qui fut l’année suivante, 1452.

La ville de Bourdeaux, et ensuitte les villes du voisinage, se rendent de rechef à là ré bellion ; ce qui soudain appela à Bourdeaux le plus signalé des capitaines anglois, Thalabot.

Mais ce fust pour finir bien tost ses jours dans le Périgord ; car, accourant pour secourir les quinze cents anglois assiégez dans Castillon par les nostres, il fut porté par terre d’un coup de couleurine, et au sépulchre dans la chapelle nommée Sainct-Jean de Colles, bastie au desa du ruisseau qui sépare cette province du Bourdelois. Mort qui fut suivie de celle de son fils, et de l’estonnement des rebelles, qui, aux aproches du Roy Charles, rendirent à sa discrétion la ville de Bourdeaux. La Guyenne rebelle trouva la miséricorde dans ce cœur vrayement royal, pour les ecclésiastiques et nobles. Néantmoins, pour punition exemplaire, il se réserva sur eux le chastiement de vingt persônes, et le payemet de cent mil écus, tant pour leur chef, que pour leurs prisonniers.

Accompagnons le retour de nostre Évesque, qui, par la faveur de la paix, revint à sa ville ; qui le reçeut, comme jadis Alexandrie et Constantinople les Chrysostomes et Athanases après leur exil. Aussi virent-ils la ferveur redoublée, et plus tost un Évesque Religieux, qu’un Religieux devenu Évesque : n’ayant retranché rien des trois caresmes de sa Règle, et au sur plus y adioustant les jours du Mercredy et Samedy ; la veille des grandes solennitez estoit au pain et à l’eau : lavant les pieds à certain nombre de pauvres, suivant la solennité du jour, lesquels il servoit à la table, teste nüe, et auparavant prendre son repas, qui tousiours, pour quelle compagnie qu’il y eut, fut assaisôné de la lecture des saincts livres : un banc estoit sa couche ordinaire, un livre pour cuissin ; son habit, un rude gris brun, de vingt et cinq sols l’aune ; son manteau presque de si vil prix ; et quand il fut Archevesque, l’aulne de son drap coutoit quelque quarante sols ; aussi le disoit-il estre trop précieux.

Enfin, le vray esprit et la vertu d’Élie estoit avec luy ; par laquelle il estoit plus que fervent à reprendre les vices, comme il parut dans une quarantaine, preschant à son peuple, deux heures tous les jours, sur les sept péchez capitaux. Son assiduité aux confessions estoit toute pastorale : ne permettant qu’aucun se retirast sans consolation, tant il estoit bening envers les pécheurs repentans ; mais sévère et plus que lyon envers les superbes opiniastres.

Certains chanoines, prieurs, voire abbés de son diocèze, pour éviter sa correction, ne vouloient recognoistre sa jurisdiction ; mais il les ramena puissamment à leur devoir ; voire, intenta procez contre les universitez, qui bailloient si facilement les degrez à ceux qui, par leurs chicanes, rongeoient le pauvre peuple.

De plus, sa charité estoit notoire envers les pauvres nécessiteux, desquels il estoit le nourrissier dans sa maison, le médecin dans l’Hospital, leur curé pour les sacremens et sépul ture. C’estoit du sanctuaire sacré de l’oraison et contemplation, qu’il empruntait ce brasier de charité toute fervente, passant le peu de la nuict, qu’il desroboit à ses occupations, pour vaquer à la méditation, qu’il destrempoit, pour l’ordinaire, d’un ruisseau de larmes respandües pour ses diocezains.

C’estoit pour eux, qu’il consacroit tout ce qu’il possédoit, donant sa santé, sa vie, ses pensées et son revenu, pour les églises, bastiments, pauvres et nécessiteux. Sa libéralité fut grande, aydant à rebastir l’église collégiale de Sainct-Astier, ruinée parles guerres passées. Il rebastit aussi la moitié de l’église Sainct-Georges, qui est dans les faux-bourgs de la ville ; comme aussi fit dresser le grand autel de son Église cathédrale, que le vieux manuscript dict, par exagération, avoir esté le plus beau et magnifique de ce royaume.

72Mais il semble que Dieu avoit réservé ce sainct Évesque, religieux de Sainct-François, pour exécuter, après plus de deux cents ans, les dessains d’un autre sainct Évesque, religieux de Sainct-Dominique, qui, l’an 1261, avoit déterminé de lever le sainct corps de l’apostre du Périgord152 ; et n’aguères nous avons veu le congé que le Pape Eugène en adonné au chapitre153. Ainsi, le 25e ou 27e may de l’an 1463, Élie de Bourdeille, assisté de l’Évesque de Sarlac, et de son oncle, l’Évesque de Rieux, et jadis de Sarlac, tous deux de la maison de Rouffignac, en Lymosin, célébrèrent l’élévation du corps du bien-heureux sainct Front, colloquans à part son chef, dans un grand tabernacle, qu’il avoit faict eslever, et richement élabourer, au milieu du chœur, basty de lasmes de cuivre, esmaliées et dorées, renfermé de grilles de fer : ouvrage d’un merveilleux artifice, qui, à nostre siècle, a demeuré en proye aux harpies hu guenottes.

Ce fut en suitte un coup de la prudence de nostre Prélat, d’accoiser les différens intervenus entre les deux chapitres, cathédral et collégial ; chascun prestendant devoir posséder le chef de ce corps sainct ; l’accord faict par le sainct Évesque, fut portant processionnellement à l’église Sainct-Estienne un bras de sainct Front, le jour de Sainte-Quitère154.

Sur ce sujet, il ne faut obmettre comme ceste mesme année 1463 redonna à ceste pro vince le Sainct-Suaire, que les Tholozains avoient possédé depuis l’an 1392. Certains escho liers de l’Ordre de Cisteaux, envieux de ce qu’il avoit esté ravy à leur Ordre, par droict de représailles l’enlevèrent habilement de l’église du Taur, le rapportant à Cadouin ; et peu de temps après, le portent à l’abbaye d’Aubasine, où il fut retenu pendant sept ans, non sans plaintes des Tholozains et de l’abbé de Cadouin, jusquesà l’an 1463. Pour lors, le Roy Charles commanda, par ses patentes, à M. Pierre de Combort, Évesque d’Évreux et abbé d’Aubasine, 73de rendre à l’abbé de Cadouin, Pierre de Gain, le Sainct-Suaire, comme il appert par l’ins cription de son sépulchre155. Je suis estonné sur la merveille des miracles approuvez et vérifiez par l’Archevesque de Tholoze, l’an 1413 ; lesquels continuèrent dans ceste province, suivant le tesmoignage que l’Archevesque de Bourdeaux, Arturus de Montauban, baille l’an 1470. Ce qui obligea les Papes Innocent VIIIe, Urbain Ve, Boniface VIIe, Alexandre IVe, Grégoire XIe, Jules second, Clément VIIe, et plusieurs autres plus anciens, de bailler beaucoup de privilèges à ceste abbaye, confirmez par le Pape Paul, l’an 1535.

Revenons à l’année 1463, qui donna assez d’incommodité à ceste province, par la com mission baillée au séneschal du Périgord, sur le faict des fracs-fiefs, et nouveaux acquetz faicts spécialement par les communautez ecclésiastiques et religieuses, qui, après tant de ruines, se trouvoient bonnement sans tittres pour prouver ce que les Commissaires demandoient.

Delà, passons à nostre Évesque Élie, lequel Dieu relevoit tout autant qu’il se déprisoit par les actions de son humilité ordinaire.

Le Roy Louys onziesme, successeur de Charles, eut cognoissance de ses mérites, le choisit pour son confesseur, et l’Archevesché de Tours vacant, il le ravit à ceste province, pour le colloquer en plus haut grade, l’an 1468.

Pour le comté de Périgord, il avoit esté entre les mains de Jean de Bretagne, sieur de l’Aigle, vicomte de Lymoges ; il eut un fils, nommé Guillaume de l’Aigle, son successeur l’an 1443, qui décédant sans hoirs fît sa sœur, Françoise de Bretagne, son héritière, qui, en 1460, fut mariée à Alain, sire d’Albret, d’où nasquit Jean d’Albret.

Par la promotion d’Élie à l’Archevesché de Tours, nostre siège épiscopal escheut à Radelphinus ou Ranulfius, pourveu par le Pape Paul second, suivant la Bulle expédiée l’an 1468.

Quant au Duché d’Aquitaine, l’année suivante, 1469, Louys onziesme donne pour apa nage à son frère Charles, non toute l’Aquitaine, ains seulement le Bourdelois, le Bazadois, les Lannes, la Xaintonge et la Rochelle. Mais trois ans après, la mort luy ravissant la vie, causa la réunion totale de la Guyenne à la Couronne de France, par réversion d’apanage ; ainsi tousiours jusques aujourd’huy elle a demeuré en propre au Roy de France.

Les occupations de l’Archevesque de Tours ne luy avoient faict oublier son pays ; si que, l’an 1476, il obtint par sa sollicitation du Pape Sixte quatriesme une Bulle desgràds pardons, en forme de Jubilé, pour dix ans, en faveur des fidèles qui visiteraient les églises de Sainct Etienne et Sainct-Front, ès jours de leurs festes, ou quatre jours suivants, et y feraient leurs libéralitez pour réédifier leur ruine imminente, à la charge que le tiers des oblations viendrait à la Chambre apostolique.En suitte, l’Archevesque Élie, par une autre Bulle, est commis pour Général Pénitencier et Surintendant à ce Jubilé, avec puissance d’absoudre et dispenser sur les vœux et irrégularitez. Dans la première Bulle, nous aprenons les reliques qui repo soient pour lors dans l’église de Sainct-Étienne : in qua certœ reliquiœ ejusdem sancti, et corpora sancti Leonis Papœ, qui magnus Léo dictus, et beati Patrocli, et sanctce Sabinœ martvris, requiescunt. Il dict en suitte plusieurs tittres d’honneur de l’église Sainct-Front, qu’il apelle un des septante-deux disciples de Jésus-Christ, etc.

Je ne veux encore quitter la mémoire de l’Archevesque de Tours Élie de Bourdeille ; car il n’abandonnera jamais son pays, par esprit et par affection. Ce nouveau grade ne luy avoit enflé le cœur ; moins encore quand le Pape Sixte quatriesme, l’an 1483, le fit Cardinal du 74tittre de Saincte Luce in Silice. Il demeura tousiours sur son cube, inébranlable en sa sim plicité contre ces faveurs humaines : c’est le tesmoignage que Rodolphinus Toscianensis luy donne dans son histoire Séraphique : Sic in rebus secundis, quæ cæterorum etiam sapien tum animas fatigant, ne quidem latum unguem a recto statu vel cursu hue atque illuc deflexit ; sed sapienter vento nimis secundo vela contrahere cum cœlestibus præceptis, tum exemplis edoctus. prosperitatem humanam judicavit vento similem, aut vitro quod maxime jrangitur, cum maxime splendet : quippe quæ falsis imaginibus ludit, quam adversitas, quæ instar lapidis Lydii filios Dei non extus auratos sed intus aureos indicio demonstrat, et tactu probat156. Il ne s’agrandit qu’en noble courage pour la deffense des immunitez ecclésiastiques, s’opposant aux usurpations des officiers du Roy, mesme au péril de sa vie.

Désia le Chancelier de France et le Grand Conseil l’avoient faict adiourner à comparaître personnelemèt ; mesme tout le temporel de son Archevesché estoit mis entre les mains des Commissaires. Mais contre tous ces tonnerres il s’arme de sa plume, escript plusieurs traités de la puissance du Pape, et la deffense des Concordats faicts contre la Pragmatique Sanction ; l’un desquels commençoit : A summo cœlo.

C’estoit mettre de l’huile au feu qui embrasoit les cervelles politiques, et quoy que désia il eust, par sa parole, adoucy le cœur du Roy, néantmoins certains courtisans le mettent en totale disgrâce. L’un d’iceux est substitué à son office de confesseur du Roy ; mais dans peu de jours finissant sa vie, laissa de l’estonnement aux autres, et bailla de l’admiration à toute la France sur la constance de nostre Prélat.

Le temps de sa mort s’approchoit ; il le cogneut estant malade dans le chasteau d’Artène, près de Tours. Il s’arme des sacremens, défend toute pompe funèbre, et ne veult d’autre lict pour mourir que la cendre, d’autre sépulture que le cemetière des pauvres. Ainsi mourut il vrayement pauvre, ne s’estant rien laissé, mais ayant tout mis en dépost dans les mains des pauvres, aux Hospitaux, ou Églises et Monastères ruinez. Il mourut sainctement, l’an 1484, laissant la ville de Tours plus désolée qu’elle n’avoit esté depuis le décès du grand sainct Martin.

Les Tourangeaux, par plusieurs jours, honorèrent le sainct, et Dieu, du ciel, voulut le recommander par plusieurs miracles, comme il avoit faict durant sa vie. Raportons-en quelques-uns157 :

Estant à Tours, célébrant la saincte Messe, un capitaine de l’armée du Roy Charles, aliéné de son esprit, se jetta à ses pieds, et soudain fut remis en son bon sens.

A Amboise, estant dans son couvent, en la mesme action, au jour de la Feste de sainct François, le maistre d’hostel de la Roy ne de France, Charlote, l’advertit, à l’oreille, du danger 75de mort où elle estoit, dans le travail d’enfant. Il s’arresta un peu, offrit à Dieu sa prière pour elle, et soudain elle fit heureusement ses accouches.

De plus, deux démoniacles, l’un-à Tours, l’autre à Périgueux, furent délivrez par son exorcisme.

Guillaume Chalupy, advocat, et jadis son domestique, rend tesmoignage qu’ayant appris, à Tours, la maladie de son frère, qui tiroit aux abois, demanda congé à son maistre, pour venir en cesteville servir le malade ; mais cet homme de Dieu respondit n’estre nécessaire ; qu’il seroit bientost en santé, ce qui fut vray par la vertu de sa prière.

Guillelmus de Valle, habitant de ceste ville, tesmoigne comment, ayant sa cuisse rompûe depuis quinze mois, et despendu son bien à se faire traitter, sans apparence de guérison, oyant le rapport des merveilles du bien-heureux Cardinal, demanda affectueusement à Dieu sa gué rison, par les prières de ce bon Prélat, qu’il croyoit estre bien-heureux au ciel, et dans peu se voit miraculeusement guéri.

Cecy suffira pour déclarer une partie des mérites de celuy qui, durant vingt ans, a esté nostre Évesque.

7.
Maan. — Sancta et Metropolitana Turonensis Ecclesia 1667.

(La tradition de l’Église de Tours).

Jean Maan, originaire du Mans, était chanoine et préchantre de l’Église Métropolitaine de Tours. Docteur de Sorbonne et fort érudit, son livre Sancta et Metropolitana Turonensis Ecclesia fait autorité parmi les savants. Il est même avidement recherché, et les rares exemplaires de cet ouvrage, imprimé sous les veux de l’auteur et chez lui, sont cotés à un assez haut prix. C’est que nulle part ailleurs on ne trouverait les précieux renseignements qu’il donne sur la vie et les œuvres des Évêques et des principaux ou plus saints personnages de cette grande Église, dont l’histoire à maintes reprises, notamment sous les Mérovingiens, sous les premiers Carlovingiens et sous’ les Valois, s’unit si étroitement à l’histoire de la nation. Maan écrivait à une époque où les archives de l’Archevêché et du Chapitre lui fournissaient en abondance les plus précieux documents. Il avait de la critique, des recherches, un jugement droit, un excellent esprit. Rien ne lui manquait de ce qui est requis pour faire une œuvre qui demeure. Aussi son livre, accueilli avec la plus grande faveur, lors de son apparition, a-t-il eu un succès plus rare encore, celui de la durée. Ce livre est resté, inspirant à tous ceux qui journellement le consultent, un seul regret, à savoir, qu’il n’ait pas été continué par l’un ou l’autre de ces érudits, qui, jusqu’à ces derniers temps, n’ont jamais manqué ni à l’Église de Tours, ni à son insigne Chapitre.

76Ce n’est pas à dire, toutefois, que quelques erreurs ne se soient glissées dans l’ouvrage de Maan. Nous aurons nous-mêmes à signaler, de sa part, une ou deux distractions. Mais son témoignage, pris dans son ensemble, est de la plus haute valeur et, à quelques détails près, fixe le témoignage de l’histoire.

[Début du texte]

XCVII.

Helias de Bourdeilles

Archiepiscopus.

I. Burdelliorum illustris, et perantiqua familia est in Petrocoriis, unde natus Gentis suæ decus Helias, Arnaldo pâtre, Petrocoricensium Pretore chlamydato, et Prorege ; Matre Joanna de Chambarlac, illustri quoque fœmina. Gentilis Burdelliorum tessera aurea est, duabus gry phis manibus coccineis instructa, cœlio ungulatis, et dexterioris toeniæ in modum deductis.

II. Helias, spretis caducarum rerum illecebris a pueritia, humilem et devotum Franci scanorum ordinem sancte professus est, ætatis anno decimo ; et litterarum in eo studia cum singulari morum pietate conjungens, tantum profecit in Philosophia Theologiaque, ut nono post anno Tholosæ, cum generalia illic celebrarentur Comitia ordinis, theses sacras tuitus sit dies octo cum summa omnium admiratione. Mox autem ad verbi divini concionem appli citus, divinæ legis interpretem egit primum Mirapici in Tectosagis, et eam sibi famam in concionando peperit, ut Petrocoricenses Canonici Godofredi Berengarii d’Arpajou demortui Episcopi in locum eum sublegerint invitum, anno 1447. Rem Carolo Regi, cui erat in pretio, gratissimam eo se facere arbitrati. Nicolaus vero Papa quintus, cum eximias in ipso animi dotes inspexisset, electionem ratam habuit, petente Rege Christianissimo, et annali ipsum lege absolvit, (nondum enim ætatis quintum et vigesimum annum attigerat, cum electus est), atqueab Dominico Capranica, Cardinali SanctæCrucis in Hierusalem, consecrari Romæ jussit, eodem anno158.

III. Novus Pontifex, in Cathedra statim solemniter exceptus, aram principem Principis Ecclesiæ ex vetustate collabentem erexit funditus, et longe quam antea ampliorem fecit.

Dirutas deinde Sancti Asterii et Sancti Georgii ecclesias, in suburbio Petrocoricæ civitatis, restituit. Animas demum sibi commissas, quæ templa sunt Dei, assiduo labore cultuque cu ravit. Anno denique 1467, coactis ab Ludovico Rege undecimo trium Ordinum Comitiis, Turonibus, interfuit159. Ubi et egregiam navavit operam suam in ipsa aula majore Archie piscopii.

77IV. Geraldo mox Turonensi, humanis rebus exempto160, Helias, annuente Rege, suffectus est Archiepiscopus, Canonicorum suffragio. Clientelarem hominii fidem juravit Regi, vige sima tertia decembris 1468, et solemni pompa invectus est in Metropolitanam sedem, februario insequente. Quam autem sancte, quam religiose se gesserit in Archiepiscopatu, compertum est vel ex iis quæ subjicimus, ex Regestis Capituli Ecclesiæ Turonensis. Stabilita primum inter fratres Canonicos Ecclesiæ pace, quidquid ad optimum ecclesiæ regimen spectare videbatur, constituit. Gnavos imprimis et expeditos Vicarios quatuor Generales dixit, qui, in rebus agendis, et præsenti assisterent, et absenti venirent in partem sollicitudinis episcopalis. Festos dies sancti Josephi, sancti Alexii, et Visitationis Beatæ Virginis egit quotannis in ecclesia. Primum hoc festum fundavit Petrus d’Auriolle, Franciæ Cancellarius, assignatis clericorum sportulis161. Alexius quidam, le Boin appellatus, alterum. Tertium ipse, suo jure, studioque condidit ; ac festum sancti Francisci Assisii, cujus Regulam et mores profitebatur, quandiu Turonibus præfuit, celebravit duplicium ritu ; atque, utcelebraretur in perpetuum, testamento statuit. At, cum e vita excessit, nec quo testamentum ederet, habere compertus est Minorita pauperrimus. Confirmatam esse, sua ætate, quæ jam tum antiquissima erat, Turonensis Ecclesiæ suæ cum Toletana societatem, gavisus est, anno 1480, et quantum in eo fuit, sanctissi mum de ea fœdus arctavit. Denique hominem ignotæ Gentis, et probrosi nominis, qui Necromantiam palam docebat, Turoni comprehendi jussit, et impiæ superstitionis reum factum tradidit regio judici, a quo supremo supplicio affectus est ; librique nefariæ divinationis, ab Helia damnati, in area igne combusti sunt.

V. Ædificia porro ejus cura in Ecclesiæ decus et ornamentum edita quid commemorent ? Bibliothecam tignaria mole extructam, et litostilbea opertam tegula162 ? Peristilium 78Ecclesiæ, cum cavedio lustrali aqua consecratum, condendis humandisque corporibus ? Aream denique publicam, et vicos omnes septi Canonici in eam spectantes, tum primum stratos pavimento ? Hæc ejus ingenii morisque monimenta sunt, quæ nulla unquam delebit oblivio.

VI. Cæterum, Romanam Ecclesiam jura constantissime tutatus est, dum vixit, ut et ipse demum purpuratis Principibus Ecclesiæ a Sixto Papa quarto meruerit ascribi. Joannes Balua, Presbyter Cardinalis Sanctæ Suzannæ, argumentum esto, plurimorum aliorum instar. Balua Pictavis natus pâtre sartore, Jacobo Juvenali Ursinio, Episcopo Pictaviensi, asacris et eleemo synis primum fuit. Dein a Bellavallensi Andium Antistite, quem, Ursinio vita functo, sup plex adiit, Canonicus Andegavensis ecclesiæ factus est, causarumque cognitor ecclesiastici fbri et Generalis in episcopali munere Vicarius.Tum a Carolo, Meledunensi Comite, sanctions ærariæ Tribuno, et Ludovico Regi gratissimo, in familiam accitus, Regi a secretis libellisque, ejus gratia, statim dictus ; mox Eburovicum electus Antistes. Cumque sic Regis in animum sensim irrepsisset, adnitente Comite, Cardinalis a Paulo Papa secundo renunciatus est, Rege postulante, et supremus rerum Minister creatus in Gallia. li sunt gradus, quibus ad summum Balua fortunæ fastigium conscendit, homo ceteroquin ingratissimus. Nec enim de eo quis quam bene meritus est, aut fortunæ ipsius quidquam adnisus, cui mala ipse non rependerit.

Quas opes Ursinius, morti proximus, in pauperes, in nosocomia, in ecclesias, ex testamento legaverat, has omnes et hereditatem pene totam, testamentariæ ipse procuration ! præfectus, sibi tribuit exhausitque, homo profundæ avaritiæ. Bellovallensem Andegavorum Antistitem gradu dejici curavit, episcoporum in concilio, immo et se in ejus ordinem ascribi voluit. Meledunen sem Comitem, cujus gratia ad tantos honores Ecclesiæ Statusque pervenerat, gladio vindici adegit, objecto ei apud Regem peculatus crimine. Dumque, eo in splendore, favit ei sors, rerum magistra, quotquot Magnates insolentis hominis fortunam, quam moliti fuerant, invi derunt, eos supplicio affecit extremo, ferreis caveis inclusos, quales visuntur etiamnum Cai noni Lucacibusque in quibus nec cubare quis potest placide, nec diu stare, nec usquam sedere163. Denique, quod summum omnium scelus est, post tot ac tanta Regis accepta beneficia, 79regiorum consiliorum, quibus et ipse præerat, clandestinam cum Burgundione, Regis fratre et hoste infensissimo, communicationem habuit per litteras, anno 1468. Quibus interceptis, et Ambasiam ad Regem delatis, captivum Rex penes se retinuit, et admissæ perduellionis reum fieri jussit. Hæc cum rescivisset Helias Turonensis, ingrati licet hominis odisset facinora, quia tamen de cardinalis captivitate agebatur, ad Aulamprotinus accessit ; Regi Christianissi mo non decere ostendit cardinalem, hoc est, Romanæ Ecclesiæ Principem, in carcerem trudere ; nimirum petendos a Papa delegatæ potestatis judices, qui de Baluæ scelere cognoscerent et in reum animadverterent ; sic enim et perduellionem severe coercendum fore, et honorem Romanæ Sedi suum servatum iri. Ceterum, id nisi fiat, pontificia etiam Ecclesiæ censura ple ctendos, qui vim facerent in Cardinalem ; ecclesiastici quippe juris ipsos fore violatores. Quo animo vultuque Rex Antistitis increpationem tulerit, judicet qui Principis ingenium novit. Quotus enim quisque in iis, quæ vel animo conceperat, non assentiebatur, hune invisum ha bebat, inquit Cesellius164. Tum sane Cardinalem arctam in custodiam trudi jussit, et questio nem ab suprema Curia in ejus caput continue haberi. Helias in lictores custodesque carceris, et qui omnes purpuratum hominem comprehendissent, aut deinceps tangerent, prævias ana themati comminationes in ecclesia fieri statuit. Curia e contrario Parisiensis monitorias ab eo litteras revocandas esse edixit, semel et iterum, et renuentis bona fisco addidit. Cumque nec ideo Pontifex ab inquisitione cessaret, Rex, ne malum progrederetur latius, indicto Curiæ silentio, rescissaque bonorum sectione, delegatos a Papa judices petere in animum induxit, qui Baluam reum facerent, et in eum ex juris æquitate animadverterent. Duos e Curia Sena tores Romam legatos misit, qui Cardinalis crimen explicarent, et judices exposcerent. Papa, habito cardinalium, qui Romæ tum erant, consessu, Ubaldum Perusinum, Auditorem Rotæ, Falconem Sinibaldum, Romanum, qui semel et iterum Legatum egerat in Gallia, et Alphon sum, civitatis Rodrig. Episcopum, Hispanum, judices dixit, qui de Balua cognoscerent in civitate Avenionensi ; quibus adjecit et Paulum Toscanellam, Patronum, et Geminianum, sacri Con sistorii Procuratorem, qui causam agerent in judicio. At Regi non placuit extraneorum judi cum delegatio. Sui enim juris esse dixit, ut nisi a Gallis suis, subditorum causa non cognosce retur. Cumque alios Papa judices præficere iterum et tertio renuisset, Rex perduellem perpetuo carceri addixit injudicatum, in arce Montebaronia165, ubi annos fere duodecim egit, arcta in custodia ; Helia lugente, et ut ille mitteretur e carcere, Regem frustra identidem obsecrante. — Ex Gallia Purpurata. Geneal. M. S. et Historia quant Scandalosam vocant166.

80VII. Quod autem prius Antistes Romanæ Ecclesiæ prærogativam tam strenue propu gnasset, Sixtus Papa quartus Romana et ipsum purpura donavit ; et creavit Presbyterum Cardinalem Sanctæ Luciæ in Silice, anno 1483. Qui honos aliis erexisset animos, huic depressit. Jam enim menses fere novem, quibus supervixit, Artanis, in castello suæ ditionis episcopalis, egit seorsim ab hominum fere consuetudine ; ubi fluxam caducarum rerum speciem meditatus in secessu, comploravit deinceps, nee ridere visus deinceps nec lætari.

VIII. Scripsit Helias, præter alia plurima, contra Pragmaticam Sanctionem opus egregium, quo multam sibi gratiam demeruit Romanæ Sedis, et diem suum tandem clausit extremum Artanis, die quinta Julii, anno 1484. Ejus corpus Turones, octavo post die167, ad portam urbis Simplicianam168 advectum, in Cathedralem Ecclesiam a clero populoque illatum est, solemni funere ; et peractis exequiis, sepultum ad latus Aræ majoris dexterum, juxtaclotra : ubi frequentibus jam inde miraculis claruit. Quorum inquisitionem Joannes de Planis, Petrocoricensis Episcopus, instituit, anno 1527, exorante Joanne Burdelio, ejus fratris filio, quo sacra ille apotheosi, quod ipse plurimum optabat, solemni ritu donaretur. Sedit Helias, Petrocoricensis Episcopus, anno uno supra viginti : Turonensis autem sexdecim, Paulo Papa secundo et Sixto quarto, Francorum vero Rege Carolo septimo, et post ipsum Ludovico filio Rege undecimo ; mortuusque ipse est quo anno et Sixtus Papa quartus, 1484.

IX. Hoc.eodem Turonorum Antistite, Ludovicus Rex undecimus, memor officii, quo Turonici eum nuper demeruerant (hune enim illi patris iras fugientem hospitio victuque sæpenumero exceperant), politico eos magistratu quatuor et viginti Consulum, sub Majore urbis, donavit ; quos nobilium in ordinem adscivit, et publicæ rei civilis ministros præfecit ; atque ut suppeteret unde publicis ædificiis oneribusque sufficerent, invectitiæ annonæ tributum describi jussit per litteras in cives169. Helias autem sacer Antistes, quod clericos eo 81onere liberos esse sentiret, pro suo ipsorum ordine etdignitate, eo ipsds immûries dici curavit in judicio.

X. Anno circiter 1470, Rex ipse Carmelitis fratribus erexit sacras ædes ingenti sûmptu, et quamplurimis auxit donariis. Dicuntur Fratres e Carmelo ab Ludovico Rege nono in Galliam adducti, cum a prima rediret expeditione sacra. Agebant autem antea Burdigalæ Vibiscorum170, qui regno Francorum nondum accensebantur ; et ad Plessiacum arcem primum constituti Turonibus, ubi visuntur etiamnum signa sanctorum tutelarium Ordinis, Heliæ et Helisæi, in ruinosis vetustissimæ portæ forulis exstantia, qui locus vulgo dicitur la Vieille Carmerie. Unde anno post centesimo, ut facile conjicitur, area, ubi stat modo porta urbis Equaria171, pretio sibi comparata, eo migrarent, vitandæ depredationis ergo, quæ a militibus seorsim ab urbe fieri solet ; et mox extensis hospitii sui terminis ad sacellum usque Virginis, quod Misericordiæ dicitur172, et olim jam pie colebatur, sacris in eo cœperunt operari, circa annum 1303. Dein vendita, summi Pontificis authoritate, priore illa sede sua, novum sibi struxere monasterium ad dexteram sacelli partem, ubi stat sanctorum Apollinis et Clementis Orato rium. Quod augmentum, quia non probarent monachi sancti Juliani in Scalariis173, quorum in ditione versabantur Carmelitæ, neque vero sanctorum Petri Puellaris et Saturnini174 curionii sacerdotes, quorum illi parœcas ipsas allicere, et a publico sacrorum sodalitio avertere causabantur, intercesserunt ; et cum iis utrisque disceptandum fuit, in ecclesiastico foro, anno 1329. Litem vero sopivit-Stephanus Burguliensis175 et Turonorum Archiepiscopus successor176, servato Julianæorum monachorum, curionumque jure integro. Cum autem Ludovicus Rex undecimus piissimo esset affectu in Beatam Virginem, et eam sæpissime salutaret eo in sacello, quod illi accolebant, pergrandem ipsis ecclesiam non longe ab eo loco, et continuum ecclesiæ dormitorium conclave exædificavit ; quod stat modo, et quamplurimis dotavit censibus prædiisque, ea lege, ut Toparchis quorum ea iri ditione erant, clientelaria jura solverentur quotannis : cuso ad id Matris Misericordiæ numismate argenteo, quod solidorum duorum erat cum semisse177. Numisma porro expressum erat Mariæ Virginis imagine, appositis gladiorum cuspidibus hinc inde confixis, qualia extant etiamnum, -et pensitare soient Carmelitæ Buculiensi Toparchæ178.

82XI. Anno 1482, erecta Plessiaci Turonum æde Regia cum sacello, capellanos quatuor sacerdotes primum, deinde et Canonicos duodecim, ac pueros quatuor Rex instituit, fundavit que sub decano et chorostata, qui divinæ rei operam darent, et officia sacra sancto Joanni apostolo quotidie canerent ; quod regiæ magnificentiæ opus fuit, et eximiis admodum gaudet etiamnum Regis prærogativis179.

XII. Addendum, et eodem fere tempore, ab Joanne Toparcha constitutum esse Buculii, in agro Turonico, canonicorum Collegium, Heliæ nutu, et Sixto Papa quarto decernente. Fundatum quidem ibi fuerat jam antea, anno 1390, ab Harduino, Andium episcopo180 et Joanne, Petro, Guillelmoque Buculiis fratribus, ac Benedictinis monachis, sub Julianæo Turonorum Abbate, addictum. At anno post quinto, compensato Abbate, et traductis illuc e Castellorum Ccenobio canonicis quatuor, translata est a Clemente Papa octavo ecclesia in Canonicorum Ordinem Sancti Augustini, inconsulto Turonorum Antistite181. Conquerente vero post Joanne Bernardio Archipræsule, apud Nicolaum Papam quintum, quod, spretis prædecessoribus suis, translatio facta sit contra fas jusque, cassa hæc irritaque facta est, et canonici inde expulsi. 83Porro, anno 1476, Joannes Buculius, creatis ibidem sex canonicis liberis, Heliæ Turonensis permissu, quidquid eo loci census sibi erat, quidquid prædii nexique, in eos transtulit, solo sepulchrali jure servato, et confusis, quæ prius curionii erant, bonis prædialibus, curionem hune Decanum, seu primariuna canonicum, statuit ; ex lege, ut et in annona, et in cibariis omnis Decanus dupliciarius esset182. Hæc ex tabulario Buculiensi.

8.
Alphonsus Ciaconus Ordinis Prædicatorum

Alphonsus Ciaconius

Ordinis Prædicatorum.

Vitæ et res gestæ Pontificum Romanorum et S. R. E. Cardinalium Alphonsi Ciaconii et aliorum opera descriptce, ab Augustino Oldoino, Societatis Jesu, recognitæ, ac ad quatuor tomos, ingenti ubique rerurn accessione productæ. — Romæ, MDCLXXVII, Edit. de Rubeis. Tomus Tertius. — Sixtus quartus, Pontifex CCXVI.

(La tradition du Sacré-Collège).

Col. 81. — Septima Creatio Cardinalium. — Anno Dominicæ Incarnationis 1483, die sabbati, 15a novembris, ex monumentis Vaticanis, atque ex Ciacconio, die Veneris, 7° Kalendas Decembris, in Vaticano, Sixtus septimo renunciavit Cardinales, qui fuerunt…

84XXX. Fr. Elias de Bordeilles, seu de Bourdeille183, Ordinis Minorum, in Petragoricensi Provincia, in Gallia, ab Arnaldo, vicecomite de Bourdeille, Senescalcho et Prorege in Petragoricis, et a Joanna Chambarlac, secunda sua conjuge, genitus, annos decem natus, post frequentia colloquia cum P. Bertrando de Combort, Franciscano, in Castro de Agonac, divi Francisci regulam, matre licet reluctante, voluit profiteri ; et in coenobio Tolosano studiis Philosophicis ac Theologicis operam dédit. Annos agens undeviginti, spatio octo dierum theses propositas in Provincialibus sui Ordinis comitiis ibidem celebratis, sustinuit ; eoque doctrinæ pervenit, ut Magisterii gradum promeruerit, ac præclari Doctoris, et maximi Theologi eruditione conspicui, aliisque doctrinæ titulis a Scriptoribus celebratur.

A Scholasticis deinde concertationibus ad prædicandi munus assumptus, primas conciones ad populum habuit in Cœnobio Minoritico Mirapicensi. Anno vero nostræ salutis 1447, non a Nicolao V, Romano Pontifice, sed ab Eugenio IV, ad Petragoricensem Episcopatum vocatus est ; sed annos solum viginti quatuor natus, ipsemet proponit obicem, qui nihilominus a Pontifice dispensatur ; et a Nicolao Albergato, Cardinale Sanctæ Crucis, inauguratur.

Captivus factus ab Anglis, post aliquot annos libertati, opera Petri Bertrandi, Archipræ sulis Burdegalensis, restitutus, Petragorium rediit, ut alter Athanasius Alexandriam, aut Chrysostomus Constantinopolim, spiritu et zelo Eliæ populi vitia corrigeret ; erat enim omnium virtutum genere clarus.

Plebis sibi commissæ sacras ipseconfessiones excipiebat ; salutarem eidem doctrinam pie et frequenter concionando proponebat, ac reliqua Ecclesiæ sacramenta suis manibus ministrabat.

Franciscanam paupertatem, quantum sinebat Episcopalis dignitas, in victu, vestibus, ceterarumque rerum usu exacte observabat ; quidquid enim honesti justique supererat proventus, id totum in pios egenorum usus distribuebat. Regularium observationum tantus illi inerat zelus, et fervor, ut Franciscani sui Ordinis jejunia, non ea solum quæ regulæ præscripto, sed etiam quæ ex devota consuetudine, et primorum Patrum imitatione a Fratribus coluntur, illa adamussim Episcopus observabat.

Ecclesiasticis ædificiis ad divinum cultum augendis conservandisque sedulo intentus Collegiatam Petragoricensem Sancti Asterii, jam fere collapsam, restituit, ac majorem partem ædis Sancti Georgii in suburbiis ejusdem civitatis exædificavit ; et princeps altare Templi majoris erexit. Episcopus Petragoricensis interfuit Concilio, tum Ferrariæ, tum Florentiæ, annis reparatæ salutis 1438 et sequentibus habito.

Post Petragoricensem Archipræsul Turonensem Ecclesiam rexit, et Sedi apostolicæ maxime favit. Tractatum enim edidit contra Pragmaticam Sanctionem ; et multis argumentis et rationibus demonstrare conatus est, quantum ea esset dedecori non solum Ecclesiæ et Romano Pontifici, verum etiam Regi ac Regno Christianissimo.

Cum autem tum doctrinæ, tum prudentiæ ac pietatis fama fulgeret, eum sibi a sacris confessionibus adscivit Ludovicus XI, Galliarum Rex. Qui cum Joannem Balue, Cardinalem Andegavensem, et adhærentem illi Guillelmum Haraucurtium, Episcopum Verdunensem, carceribus mancipasset ; Elias ea de causa Ambasiam, ad Regem profectus, graviter conquestus est de læsa immunitate dignitatis Ecclesiasticæ ; nec potuisse Regem in ejusmodi personas ea ratione procedere, quin ecclesiasticas censuras inter Juris canones relatas incurrisset ; suasit que potius judices Roma competentes petere, qui accusatorum causam rite cognoscerent. Et 85quamquam hoc consilium nonnullis Regiis ministris ingratum videretur, non proinde quic quam moveri potuit, ut ipse secularibus potestatem faceret, in Cardinalis aut Episcopi familiares procedendi, qui criminis conscii vel participes credebantur. Quin potius edictis publicis illico affixis monuit, ne quisquam, sub interminatione pœnarum Juris, præsumeret ecclesiasticam libertatem in aliquo violare. Id vero Regius Senatus, seu Parlamenti, ut dicunt, Assessores, usque adeo male habuit, ut ex adverso Archiepiscopo nunciarint, ut fulminatas illico revocaret censuras, nisi Archiepiscopatus sui temporale dominium Regio Fisco adjudi cari, seseque ad causam offensæ Majestatis in Parlamento dicendam cogi mallet. At Rex, Præ sulis doctrinam, et sanctimoniam veritus, ipsum hujusmodi Senatus Decreto liberum esse voluit ; nec quicquam in causa actum deinceps est, quoadusque missis a Pontifice, quos Rex Ar chiepiscopi suasu petierat, Judicibus contra Cardinalem ac Episcopum, res concussa diu est.

Nec verum esse reor quod Claudius Seyssel in Historia Regis Ludovici scribit, Eliam scilicet nostrum nunquam deinceps Régi reconciliatum fuisse ; quare ab illo tanquam a sui Regni inimico in posterum cavisse. Editam quoque a Carolo Rege Francorum Pragmaticam Sanctionem contra Eugenii, Romani Pontificis, décréta, extirpare curavit, authorque fuit Ludovico, ut eos qui de illa restituenda ipsi suasiones ingererent, minime audiret, neve se quocumque quantumvis specioso prætextu, ab Ecclesiæ Romanæ, quæ columna est et firmamentum veritatis, ejusque Pontificis unione avelli sineret.

Tantus hic Præsul sedis Apostolicæ fautor a Sixto Romano Pontifice absens purpuram, et pileum Cardinalitium, nullo lætitiæ signo edito, accepit, ut testatur Fr. Rodulphus Tossinia censis. Nam prosperitatem humanam vitro persimilem apud se ducebat, quod maxime frangitur, cum maxime splendet, et attingitur. Renunciatus itaque Elias renitens Presbyter Cardinalis tituli Sanctæ Luciæ in Silice, nunquam Romanam Curiam invisit, ac raro Cardinalitiis insignibus usus est. Nam clarus virtute et miraculis apud castrum Artaniæ in Turonibus ad cœlum abiit post octavum Cardinalatus mensem, die scilicet quinta mensis Julii, anno 1484. Et die 19a ejusdem mensis Julii allatus est Romam de ipsius obitu nuntius, cum annum suæ ætatis ageret septuagesimum octavum et Franciscanæ professionis sexagesi mum octavum.

Post obitum sepultus in Ecclesia principe Turonensi miraculis coruscat. Quare anno 1626, de auctoritate Joannis de Planis, Petragoricensis Præsulis, inquisitum de ejus vita miranda, ac secutis eamdem miraculis, ut Divorum numéro adscriberetur.

Quare in Martyrologio Franciscano ab Arturio a Monasterio, 3 nonas Julii, Beati titulo cohonestatus est, et Waddingus, in Annalibus Minorum, ilium Cardinalem sanguine nobili, Archiepiscopatu, virtutibus quoque et miraculis illustrent, vocat.

Fuit sancto Francisco a Paula, Minimorum Ordinis authori, et parenti, ob morum studio rumque similitudinem, et Ludovici Regis familiaritatem, arctissima necessitudine conjunctus.

Vitam Eliæ Cardinalis reliquit posteris Petrus de Boismorin, cui fuerat a secretis et a confessionibus, qui ob innumera miracula quæ egit, Thaumaturgi cognomen illi tribuit.

Scripsit pro Pragmaticæ Sanctionis abrogatione, et de Potestate Papæ librum unum, quem extare ms. in Bibliotheca Collegii Navarrici Parisiensis, et editum Tolosæ anno 1518 affirmat Henricus Spondanus, De Concordato circa beneficia Galliæ, Decreta contra dejerantes, quos pœnis variis persecutus est semper.

Gessit, Frizonio teste, scutum aureum palmis binis Gryphi muricatis contæniatis, unguibus cæruleis, ut supra expressimus. Aliud omnino illi tribuit Ciaconius, nempe scutum cum tribus rosis ac totidem liliis albis in campo rubro.

Notes

  1. [3]

    Voir plus bas, Sources biographiques, II. — Vertus particulières d’Hélie de Bourdeille.

  2. [4]

    Le nom de la ville, presque effacé dans le manuscrit, nous avait d’abord laissé quelques doutes, que la suite du texte a dissipés.

  3. [5]

    Exode, IV, 12. — Ego ero in ore tuo, doceboque te quid loquaris.

  4. [6]

    Texte obscur, par suite de l’omission d’une particule. Il faut lire : Non reddere autem bono viro non licet.

  5. [7]

    Acolythe, qu’il faut entendre ici et dans le sens de clerc effectivement revêtu de cet Ordre mineur et dans le sens de choriste.

  6. [8]

    Saint-Front, collégiale devenue cathédrale en ce siècle.

  7. [9]

    Agonac, commune du canton de Brantôme (Dordogne). — Le château, fondé en 980, subsiste encore. On y voit une haute tour romaine, XIIe siècle.

  8. [10]

    Bourdeille, commune du canton de Brantôme. — Le château, du XIVe siècle, est classé parmi les monuments historiques. — Bâti sur un promontoire escarpé, il se fait remarquer par sa double enceinte, la première à créneaux, son haut donjon octogonal. — Château du XVIe siècle, dans la seconde enceinte. — Logis des sénéchaux, XVe siècle.

  9. [11]

    La Tour-Blanche, canton de Verteillac (Dordogne). On voit encore une tour du château gothique, bâti sur une colline ou butte artificielle.

  10. [12]

    Arnaud de Bourdeille eut d’abord cinq fils, dont Hélie était le plus jeune, et deux filles, que la plupart des auteurs omettent de mentionner. Plus tard, il naquit à Arnaud un sixième fils, le petit Archambaud, qui mourut en bas âge, et n’intervint pas à la succession. — Voir plus bas, aux Pièces généalogiques.

  11. [13]

    D. d’Attichy prétend que le frère Bertrand de Comborn était parent des Bourdeille. — Le couvent de Périgueux : Id tantum de conventu Petragoricæ abantiquo erecto dicendum, quod videlicet anno 1672 hæreticorum rabiei cesserit, atque ab illis in cineres redactus sit. Spectabant ipse et sex (alii) conventus ad custodiam Petragoricensem.Gonzaga. Prov. Aquitan. Rec., De Minoritico conventu Petragoricensi.

  12. [14]

    Cagot.

  13. [15]

    Grignols, commune du canton de Saint-Astier (Dordogne). On y voit encore les restes d’un château du XIVe siècle, ancien apanage des Talleyrand-Périgord, alliés à la famille de Bourdeille. — Voir Pièces généalogiques.

  14. [16]

    En Albigeois, ou pays d’Albi.

  15. [17]

    On conteste le fait de ce Chapitre général, dont ne parlent pas les annalistes franciscains. — Pierre Boismorin, en disant que le général de l’Ordre s’y trouvait avec tous les provinciaux citra montes, semble lui-même nous indiquer qu’il s’agirait d’un grand Chapitre régional, dont la présence du général de tout l’Ordre fit, pour ainsi dire, un Chapitre général. — Videant eruditiores.

  16. [18]

    Mirepoix. — Couvent fondé dès 1220, du vivant de saint François, par deux de ses compagnons. — Conventus hic adeo in monastica disciplina, in evangelica paupertate, ac in omni denique virlute profecit, ut plurimos religiosos moribus graves, vita conspicuos, ac sanctitate insignes, produxerit, et merito principem locum inter reliquos hujus provinciæ conventus tenens, ejus seminarium, dici possit.Commorantur frequentius hoc in loco viginti fratres, exquibus… egregii concionatores.Gonzaga. De conv. Mirap.

  17. [19]

    Voir plus bas, Section I, Pièce V. — Le récit de Pierre Boismorin est ici parfaitement conforme au document authentique que nous reproduisons un peu plus loin. — Le P. Dupuy, auteur de l’histoire de L’Église du Périgord, eût été bien inspiré de le suivre plutôt que de s’en écarter, trompé d’ailleurs par un autre document que nous essaierons de concilier avec le premier.

  18. [20]

    Eugène IV, pape le 3 mars 1431, mort le 23 février 1447.

  19. [21]

    Arnaud I de Bourdeille, père de notre Hélie, était mort, et avait pour successeur, à la tête de la famille, ainsi que dans ses charges de sénéchal et autres, son fils aîné Arnaud II de Bourdeille. — Le second de ses fils, héritier principal de sa mère, Jeanne de Chamberlac, femme d’Arnaud I, en portait aussi le nom. — Voir Pièces généalogiques.

  20. [22]

    Bologne. — Eugène IV se tint dans cette ville, où il avait transféré le concile de Bâle, jusqu’au mois de janvier 1438 (1437 vieux style), époque à laquelle il transféra le concile à Ferrare, 8 janvier 1438.

  21. [23]

    Le cardinal de Sainte-Croix, B. Nicolas Albergati, de l’Ordre des Chartreux, archevêque de Bologne, né à Bologne en 1375, mort le 9 mai 1443. — Voir plus bas, Section III, n° II.

  22. [24]

    Synode.

  23. [25]

    Suscita.

  24. [26]

    Texte obscur. — Nous lirions : Tant pour la liberté de l’Église, que autrement.

  25. [27]

    Aubeterre, chef-lieu de canton du département de la Charente. — Tous les auteurs, après Dupuy, Estat de l’Église de Périgord, au lieu de Aubeterre, disent Auberoche, et il faut avouer que la géographie leur donne raison, de telle sorte que nous croirions volontiers à une erreur de copiste ou plutôt à une mauvaise lecture du texte de Bois-Morin. En effet, le château d’Auberoche était situé à quelques lieues seulement de Périgueux, canton de Saint-Pierre de Chignac, et à fort peu de distance se trouve la commune et l’église de Saint-Antoine d’Auberoche. — D’autre part, Aubeterre est à peu de distance de la Roche-Chalais. Quelle plus grande garantie aurait donc offert le château de la Roche-Chalais, voisin de celui d’Aubeterre, pour que le Bâtard de Grammont y transférât son prisonnier ? En supposant, au contraire, que ce prisonnier se trouvait au château d’Aube roche, il suffît de jeter un coup d’œil sur la carte, pour voir qu’en effet il y avait avantage pour les Anglais à le soustraire aux coups de main fort probables de son frère, le sénéchal de Périgord, et à le rapprocher de la Saintonge et du Bordelais où les Anglais avaient alors le gros de leurs forces.

  26. [28]

    L’abbaye de Brantôme. — Brantôme, chef-lieu de canton, arrondissement de Périgueux. — L’église abbatiale, du XIIe siècle, remaniée au XIIIe, est classée parmi les monuments historiques. — Le clocher, du XIe siècle, est construit sur le roc et séparé de l’église par un précipice. — Sous ce rocher, de vastes cavernes, dont la voûte repose en partie sur des colonnes antiques en marbre. — Cloître du XVe siècle, presque entièrement détruit.

  27. [29]

    Le Bâtard de Grammont, un des plus ignobles soudards au service des Anglais, dans cette guerre de cent ans qui n’était elle-même qu’un abominable brigandage.

  28. [30]

    Nous n’avons pu identifier ce nom.

  29. [31]

    Le diocèse de Saintes.

  30. [32]

    La Roche-Chalais, canton de Sainte-Aulaye, Dordogne.

  31. [33]

    Libourne.

  32. [34]

    Le pays basque.

  33. [35]

    Pierre Berland, archevêque de Bordeaux (1430-1457). Mort en odeur de sainteté ; porte le titre de Bien heureux.

  34. [36]

    Du Bordelais.

  35. [37]

    Combattre.

  36. [38]

    Pris, vers le soir, quelques instants de répit.

  37. [39]

    Bout.

  38. [40]

    Inutile ou incapable.

  39. [41]

    Nous avons suppléé ce mot indiqué par le sens, et qui manque dans le texte.

  40. [42]

    Sortîmes.

  41. [43]

    Notre-Dame de Castres. — Châtres, canton de Terrasson, Dordogne. — Quelques restes, XIe siècle, d’une abbaye d’Augustins.

  42. [44]

    Ce prêtre, on se le rappelle, avait été son compagnon de captivité, dans les prisons du Bâtard de Grammont.

  43. [45]

    Cette pratique du saint évêque ne parait pas devoir être confondue avec la fonction liturgique prescrite ou tout au moins indiquée au Cérémonial de la Feria quinta, in Cœna Domini.

  44. [46]

    Nous croyons qu’il faut lire : Il louait un homme à l’hostellerie pour l’aller quérir.

  45. [47]

    En 1482. — Ce qui nous donne la date approximative de la rédaction de Bois-Morin, 1490 ou 1491, six ou sept ans après la mort du saint cardinal.

  46. [48]

    Allemand ou Hongrois.

  47. [49]

    Maladie qui n’est autre que la peste bubonique dont il est tant parlé de nos jours. — Du Cange. Gloss. mediæ et infimæ Latinitatis. V° Bossa. Bosse, proprie de ulcere pestifero quod Itali Bozza vocant. Vita Clementis VI, p. 87 : Tantus timor omnes invaserat, quod statim dum ulcus, seu Bossa, qui vel quæ in pluribus in inguine, aut sub axella apparebat, quisque dimitteretur ab assistentibus.Vita Innocenta VI, p. 136 : Mortuæque sunt personæ quam plurimæ de bossis, anthracis et carbunculis, et similibus ulcerationibus. — Ces deux textes montrent que la terrible maladie était fréquente au XIVe et au XVe siècle.

  48. [50]

    Saint Maurice était et, si nous ne nous trompons, est encore le Titulaire de l’église métropolitaine de Tours. — Saint Gatien, premier évêque de Tours, était et est encore patron du diocèse. — Saint François, saint Front, sainte Catherine étaient fêtés par le pieux archevêque, à titre de dévotion personnelle.

  49. [51]

    C’est-à-dire, son souper. — Les hôpitaux étaient fort nombreux à Tours, au XVe siècle. Il y en avait plusieurs autour de l’Archevêché, entre autres le très antique Hôtel-Dieu ou Aumône Saint-Maurice, antérieure à saint Grégoire de Tours qui en parle, et l’Hôtel-Dieu Saint-Jean des Ponts, élevé peu après que le comte Eudes eut construit le pont de pierre, commencé-vers 1034, ainsi que le démontre une charte de Eudes II conservée aux archives de l’Hôtel de ville de Tours. Quant à l’Aumône Saint-Maurice, cet hôpital établi en face de la cathédrale, était, pour ainsi dire, le plus proche voisin du palais archiépiscopal.

  50. [52]

    L’archevêque n’exerçait pas par lui-même la juridiction contentieuse, mais par son officialité, tribunal constitué qui avait ses magistrats, ses prisons, ses officiers, et à Tours (actuellement, place Grégoire) une tribune d’où l’on rendait les sentences.

  51. [53]

    Ce détail nous apprend que Pierre de Bois-Morin devint secrétaire d’Hélie de Bourdeille vers 1450. — Il avait commencé à le servir, en qualité de familier, quelques années auparavant, vers 1447.

  52. [54]

    Château-l’Évêque, commune du canton de Périgueux. — Le château épiscopal qu’on y voit encore, date du XVe siècle. C’est dans la chapelle de ce château que saint Vincent de Paul a été ordonné prêtre le 23 septembre 1600 par François de Bourdeille, parent et l’un des successeurs de notre saint.

  53. [55]

    Plazat, maintenant Plazac, canton de Montignac, Dordogne.

  54. [56]

    La corde de Franciscain.

  55. [57]

    Qu’on doit chômer.

  56. [58]

    C’est-à-dire expédier, régler les affaires qui les avaient amenés.

  57. [59]

    Pour rendre un service urgent à quelqu’un.

  58. [60]

    Dépensait.

  59. [61]

    Jean Balüe, évêque d’Évreux en 1465, d’Angers en 1467, cardinal la même année, prisonnier en 1469, libéré en 1480, mort évêque de Préneste en 1491.

  60. [62]

    Guillaume d’Harancourt, complice du traître, évêque de Verdun, 14 octobre 1456, mort en 1500.

  61. [63]

    Pascal du Four, évêque de Pamiers en 1469, mort le 29 janvier 1483. — Le Gallia Christiana ne dit rien de ce fait. On y voit seulement, t. XII, p. 165, que l’épiscopat de Pascal du Four fut troublé par un compétiteur qui lui fit la guerre avec l’aide du vicomte de Narbonne.

  62. [64]

    Délégation écrite.

  63. [65]

    La Bulle dite In Cœna Domini n’était point chose nouvelle au temps d’Hélie de Bourdeille. Cette Bulle, ainsi appelée, parce qu’on la publiait chaque année, à Rome, le jour du Jeudi-Saint, date, suivant les uns, de Martin V, suivant les autres, de Clément V. Plusieurs la font même remonter jusqu’à Boniface VIII. Mais les évêques de France, en ces temps de rébellion plus ou moins avouée contre l’autorité du Saint-Siège, et sur tout sous le régime persistant de la Pragmatique Sanction, abolie officiellement, mais maintenue presque universellement en fait, s’abstenaient de la publier, comme c’était leur devoir, le Jeudi-Saint de chaque année. Nous voyons, par le récit de Bois-Morin, que le Saint-Siège, sous l’un ou l’autre des pontifes qui gouvernèrent l’Église, tandis qu’Hélie de Bourdeille occupait le siège de Tours, rappela d’une manière ou d’une autre, aux évêques de France, l’obligation qu’ils avaient de publier et faire publier cette Bulle dans leur diocèse ; et nous concluons des représailles dont Hélie de Bourdeille fut l’objet de la part des gens du Parlement, qu’il fut le seul, ou à peu près, qui se soumit aux ordres du Saint-Siège. — Pour s’expliquer la colère que cette publication excita parmi les parlementaires et les courtisans, il suffit de se rappeler que celle Bulle condamnait l’hérésie et la protection accordée aux hérétiques, la falsification des bulles et autres lettres apostoliques, les mauvais traitements exercés contre les prélats, l’usurpation des biens de l’Église, les entreprises sur la juridiction ecclésiastique, la piraterie, les exactions et abus de pouvoir des princes au détriment des peuples. — Ce n’est que plus tard, sous Grégoire XIII, que les appels, du Pape au futur Concile, furent ajoutés à la série des crimes censurés par la Bulle In Cana Domini.

  64. [66]

    Le couvent des Augustins était situé rue actuelle des Halles, à l’angle de la rue Marceau. Les grands jardins qu’on rencontre dans la rue de l’Oratoire, Hôtel Dutilleul et autres, ont été découpés dans les terrains dépendants de ce couvent, supprimé à la Révolution.

  65. [67]

    Cette église était voisine de l’église métropolitaine, et avait son entrée principale dans la rue actuelle de Saint-Pierre. Le bourg, dit de Saint-Pierre du Boille ou des Boires, était d’une étendue peu considérable, limité au midi par le bourg fortifié du Trésor Saint-Maurice, à l’est par la cité gallo-romaine, au nord par la Loire, à l’ouest par le bourg des Amandiers. L’église avait été fondée au VIe siècle.

  66. [68]

    Jean III Belle ou Bayle, archevêque d’Embrun vers 1467, mort en septembre 1494.

  67. [69]

    Nous nous les rappellerons pour notre compte, un peu plus loin.

  68. [70]

    Dès 1481, le roi avait eu, à Tours, une attaque d’apoplexie. En 1482, toujours valétudinaire, il fit venir au Plessis, sur les conseils ou tout au moins avec les encouragements d’Hélie de Bourdeille, saint François de Paule, connu alors en Calabre sous le nom de frère Robcot. De plus, il fonda, comme nous le verrons, la collégiale du Plessis. Ses dispositions étaient donc excellentes, jusqu’au moment où les ennemis d’Hélie et de la sainte Église de Dieu parvinrent à s’emparer, pour un moment, de son esprit. — Voir plus bas, Section III. Le grand Conflit.

  69. [71]

    François Halle obtint l’archevêché de Narbonne en 1482, et mourut le 25 février 1491. — De 1482 à 1485 nous trouvons aussi à Narbonne Georges d’Amboise, lequel devait sans doute y faire fonction d’administrateur, tandis que François Halle était retenu à la Cour. — Georges d’Amboise fut transféré à l’évêché de Montauban, en 1485.

  70. [72]

    Jean Brette était fort apprécié de Louis XI. C’est à lui que le prince confia la mission de prêcher à Notre Dame de Paris l’établissement de la dévotion dite de l’Angélus, dévotion d’origine franciscaine, attribuée à saint Bonaventure et que le pieux Hélie de Bourdeille n’avait pu sans doute s’abstenir de recommander au roi, dont il avait la confiance : Et le dit premier jour de may mil quatre cens soixante et douze, fut fait à Paris une moult belle et notable procession en l’église de Paris, et fait ung preschement bien solempnel par ung docteur en théologie, nommé maistre Jehan Brete, natif de Tours : lequel dist et déclara entre aultres choses que le Roy avoit singulière confidence en la Benoiste Vierge Marie, prioit et exhortoit son bon populaire, manans et habitans de la cité de Paris, que doresnavant à l’heure du midy, que sonneroit à l’église du dit Paris la grosse cloche, chascun feust fleschy ung genouïl à terre, en disant Ave Maria, pour donner bonne paix au Royaulme de France. (Chronique scandaleuse, Ann. 1472.) — Jean Brette était un enfant de la Martinopole, né sur la paroisse Saint-Pierre le Puellier, d’abord chanoine de Saint-Gatien, puis chanoine et trésorier de Saint-Martin, en 1488 ; mort en 1622, inhumé à Saint-Martin, auprès de l’autel de Saint-Jean.

  71. [73]

    Chronique scandaleuse, Ann. 1482. — Et après que le Roy eut faict et accompli son voyage au dict lieu de Sainct-Claude, il s’en retourna fort malade à Nostre-Dame de Cléry, là où il fit sa neufvaine ; et après icelle faicte, moyennant la grâce et bonté de la Benoiste Vierge Marie illec requise, et à laquelle il avoit sa singulière confidence et dévotion, revint en assez bonne convalescence, et fut fort alégé de ses maulx. — Durant et pendant que le Roy estoit au dict lieu de Cléry, y mourut beaucoup de gens, tant de son hostel que d’aultres, et entre les aultres y mourut ung Docteur en théologie, que nouvellement il avoit fait son Concilier et Aumos nier, qui estoit natif de Tours, fils d’un bouchier de la dicte ville, et se nommoit le dict docteur Maistre Martin Magistri. — Chalmel, Tablettes chronologiques de l’histoire civile et ecclésiastique de Touraine, Ann. 1489 — Le premier auteur tourangeau, dont les ouvrages sont imprimés, est maître Martin Lemaistre (Magistri), aumônier et confesseur de Louis XI, fils d’un boucher de Tours, qui publia son traité De Rhetorica, et ses Quœstiones morales, à Paris, chez Wollfgang Hopyl, en 1489, 1490, 1491. — En 1489, Magistri était mort depuis sept ans ; la publication de ses ouvrages ne lui fut donc pas personnelle, mais posthume. En outre, il serait bien permis de compter Hélie de Bourdeille parmi les auteurs tourangeaux, et à ce compte Magistri ne serait pas le premier auteur de Touraine imprimé, puisque, nous le verrons, le Defensorium concordatorum fut publié à Rome en 1486.

  72. [74]

    Ce qui signifiait alors : Vrai saint homme. — C’est le terme que Louis XI employait précisément pour qualifier saint François de Paule, et que l’usage populaire étendit à ses disciples.

  73. [75]

    Le palais archiépiscopal de Tours, sans avoir peut-être l’ampleur qu’il possède aujourd’hui et depuis la fin du XVIIIe siècle, était néanmoins assez vaste et fort beau. Vers le milieu du XVe siècle, c’est-à-dire, quelques années seulement avant qu’Hélie de Bourdeille l’habitât, l’archevêque Jean de Bernard, prélat vertueux, libéral et magnifique, l’avait fait reconstruire, ex magna parte, dit Maan. Il serait facile, croyons-nous, de retrouver, dans l’archevêché actuel, plusieurs parties subsistantes de cette reconstruction. C’est dans la chapelle actuelle de ce palais que se tinrent les États de 1484.

  74. [76]

    Sous le rapport temporel et féodal, l’archevêque avait le titre de baron. La vieille tour gallo-romaine de l’archevêché était le siège de la Baronnie archiépiscopale, et c’est peut-être à ce titre qu’elle doit d’avoir échappé à la destruction… Les fiefs de l’archevêque étaient au nombre de cinquante-cinq, d’où relevaient un grand nombre d’arrière-fiefs. Comme seigneur temporel, l’archevêque avait sa justice, haute, moyenne et basse, ses prisons et même ses fourches patibulaires, dont, on peut le croire, il ne faisait aucun usage. (C. Chevalier, Promenades en Touraine, pp. 60, 61.) — Brantôme n’exagère donc pas, lorsqu’il constate avec dépit que son vieil oncle, l’archevêque de Tours, avec cinquante mille livres au moins de revenus, n’a pas trouvé moyen d’en laisser quoi que ce soit à sa famille.

  75. [77]

    Le R. P. Ayroles, dans son bel ouvrage La Pucelle devant l’Église de son temps, fait d’Hélie de Bourdeille un éloge que lui inspire son admiration sincère pour le saint évêque, mais que nous ne saurions accepter, lorsqu’il dit p. 358 :

    Bourdeille était en possession de grands revenus ecclésiastiques ; mais entre ses mains la commende était ce qu’elle avait été dans son institution primitive, un moyen de faire jouir un plus grand nombre d’églises ou de monastères des dons éminents de doctrine, de sainteté, de sage direction, départis à certaines âmes privilégiées ; un moyen de faire réaliser à ces âmes elles-mêmes un bien plus étendu.

    Hélie de Bourdeille, nous le voyons, fit mieux que d’user convenablement des commendes, il n’en voulut jamais avoir : son fardeau lui suffisait.

  76. [78]

    Saint-Astier, chef-lieu de canton, arrondissement de Périgueux. L’église subsiste, des XIIe, XIIIe et XVe siècles. La tour, fort remarquable, est du XVe-XVIe siècle.

  77. [79]

    Cloches, c’est-à-dire, clochers.

    Une lettre écrite au pape, de 1492 à 1498, par Louis d’Orléans (plus tard Louis XII), nous apprend, en effet, qu’avant la réédification de la tour, commencée sous Innocent VIII, peu de temps après la mort d’Hélie de Bourdeille, il en existait une autre qui fut frappée de la foudre et s’écroula en entraînant avec elle une partie de l’église. Elle rappelle aussi la bulle de Sixte IV, datée de 1475, par laquelle, à la prière d’Hélie de Bourdeille, archevêque de Tours, ce pape accorda des indulgences à ceux qui contribueraient par leurs aumônes à l’achèvement de l’édifice, œuvre de tant de siècles. (Voir D. Housseau, Touraine et Anjou, t. XIII, n° 8297. Mémoires Soc. Arch. de Touraine, t. IV, p. 134. — André Salmon, Documents sur quelques architectes et artistes de l’église cathédrale de Tours).

    En 1877, dit l’abbé Bourassé (Les plus belles cathédrales de France — Saint-Gatien), un clocher en bois fut élevé au-dessus de l’entre-croisement de la nef et du transept ; il fut frappé de la foudre le 25 mai 1425. — Le 25 mai 1426, jour anniversaire de l’incendie du clocher en bois, le chapitre ordonna la continuation des deux tours du portail, qui déjà s’élevaient de dix mètres environ au-dessus du sol.

    Le récit conforme de Pierre de Bois-Morin et de Louis duc d’Orléans nous donne à comprendre qu’il ne s’agit point, dans notre texte, de la réédification du clocher en bois, mais bien de la construction et réédification de l’une des deux tours de la façade, achevées seulement, l’une en 1607 et l’autre en 1547.

    L’abbé Bourassé dit encore : La grande façade fut achevée en 1440, ce qui peut se concilier avec le texte de Bois-Morin, lequel parle seulement de la perfection ornementale, sculpturale, du portail, l’un des plus merveilleux, en effet, que l’on connaisse. L’abbé Chevalier, Promenades en Touraine, p. 44, dit expressément : La première année du XVIe siècle vit finir les travaux de la grande façade. Hélie de Bourdeille a donc eu la plus grande part à ce chef-d’œuvre.

    Il avait fait, en 1475, le voyage de Rome, ainsi qu’il résulte d’une lettre de Sixte IV à l’archevêque de Tours. (Martène, Amplissima Collectio, t. II, p. 1492.)

  78. [80]

    Sainte-Catherine de Fierbois, commune du canton de Sainte-Maure, Indre-et-Loire. — Son église, classée parmi les monuments historiques, est un des plus admirables édifices de l’art chrétien de la fin du XVIIe siècle, dit le cardinal Morlot (Lettre au Ministre de l’intérieur, 5 juillet 1851).

    Vue de l’entrée du bourg, l’église de Sainte-Catherine présente une croix latine, surmontée d’un élégant campanile de quarante-un mètres de hauteur. Le portail, gracieusement ciselé, encadre une belle fenêtre à trois baies formant tympan… La nef est du plus bel effet ; il est seulement à regretter qu’elle n’ait que deux travées. Les nervures de la voûte sont la continuation des nervures prismatiques des piliers, qui sont dépourvus de chapiteaux, et montent sans interruption jusqu’au sommet, ne faisant qu’un avec leurs arceaux, comme dans la plupart des édifices de la fin du XVe siècle. Chaque mur est percé de deux fenêtres flamboyantes à trois baies… Le transept mesure vingt-six mètres de longueur : ses deux bras forment deux belles chapelles latérales… Le sanctuaire est formé d’une abside pentagonale. Au fond, trois magnifiques fenêtres à trois baies laissent passer une abondante lumière discrètement tamisée par des vitraux… (M. l’abbé J.-B. Fourault, Sainte-Catherine de Fierbois, ses monuments, etc., Tours. 1887.)

    À quelle époque précise faut-il placer la construction de cette église ?

    On croit communément que Charles VII, par reconnaissance pour la libératrice de son royaume, a fait commencer au moins l’église de Sainte-Catherine (C. Chevalier, Promenades pittoresques en Touraine, et plusieurs autres auteurs), et qu’elle fut ensuite continuée par Louis XI, Charles XIII et Louis XII. (M. l’abbé Fourault, op. cit. p. 26.)

    Le texte de Bois-Morin nous donne la date précise, et le nom du personnage à qui il faut attribuer le premier mérite de cette construction. Charles VII n’y fut pour rien. Louis XI contribua peut être de ses dons à une œuvre qui pourtant ne fut pas la sienne. Que Charles VIII et Louis XII aient eux-mêmes concouru à l’achèvement et à l’ornementation de ce monument, les blasons France et Bretagne qui se voient dans cette église ne laissent guère de doute à ce sujet. Ce monument, tel qu’il est aujourd’hui, fut probablement l’œuvre d’un assez grand nombre d’années, d’un demi-siècle et plus peut-être, ce qui, pour le dire en passant, peut expliquer le décret de Léon X, 21 mars 1516, érigeant la paroisse de Sainte-Catherine, à la condition que l’église soit agrandie et rendue plus commode. Il n’en demeure pas moins que l’antique chapelle brûlée de feu a été remplacée par l’église actuelle sur l’initiative et aux frais du saint archevêque de Tours, Hélie de Bourdeille.

  79. [81]

    Le nombre est considérable, en Touraine, d’églises remaniées, agrandies, complétées au XVe siècle, dont le style gracieux et richement orné se rencontre souvent dans le même édifice, à côté du style sévère des XIe et XIIe siècles Jean de Bernard, l’un des prédécesseurs d’Hélie sur le siège de Tours ✝1466, eut aussi une grande part dans ce mouvement de restauration des églises du diocèse.

  80. [82]

    Ce n’est point dans l’évangile mais dans l’épître de la messe des confesseurs pontifes que se lisent ces paroles de l’Écriture.

  81. [83]

    Artannes, commune du canton de Montbazon, Indre-et-Loire ; naguère chef-lieu d’une Baronnie dépendante de l’archevêque de Tours. — Inventaire. — Sommaire des archives départementales (d’Indre-et-Loire) antérieures à 1790. — Série G. 2 (carton). — Aveu et dénombrement de la terre et seigneurie de la Motte d’Artannes, rendu par. Jean Bernard, écuyer, à Hélie de Bourdeille, archevêque de Tours, à cause de sa baronnie d’Artannes. — Parchemin. — L’oratoire du manoir d’Artannes avait été consacré par saint Grégoire de Tours. Outre ce manoir, l’archevêque de Tours possédait aussi les châteaux de Vernou et de Larçay.

  82. [84]

    On trouve une particularité analogue dans la vie d’Eugène IV, qui, au début de sa dernière maladie, assembla également sa famille domestique et distribua à chacun des membres qui la composaient ses dernières faveurs.

  83. [85]

    26 juin.

  84. [86]

    28 juin.

  85. [87]

    29 juin.

  86. [88]

    1er juillet.

  87. [89]

    2 juillet.

  88. [90]

    3 et 4 juillet.

  89. [91]

    5 juillet.

  90. [92]

    L’église Saint-Sauveur était située aux abords du pont moderne construit sur le Cher et qui porte encore le même nom. — Au XVe siècle, le Pont Saint-Sauveur ou de Beaumont n’était qu’une portion du Pont-Long, dit de Saint-Avertin, qui commençait près de la porte Bourbon ou de Saint-Étienne, pour se terminer au delà du Cher. La première portion de ce pont, appelée pont Guyon, fut détruite en 1715 ; la seconde, dite pont Saint-Lazare, le fut en 1735 ; et la même année fut aussi démoli le Pont Saint-Sauveur, mais cette portion fut aussitôt reconstruite. La construction du XVIIIe siècle fut remplacée, il y a quarante ou cinquante ans, par le solide pont de pierre actuel. — Le convoi funèbre dut suivre le Pont-Long dans toute son étendue, celte voie était seule praticable au milieu des prairies et autres terrains en contre-bas qui s’étendaient de la ville au Cher.

  91. [93]

    Guy Vigier le Jeune, IIIe du nom, trente-septième abbé de Marmoutier, 1458-1498. Prélat recommandable à plusieurs titres, et dont nous aurons occasion de relever quelques actes, à propos des luttes d’Hélie de Bourdeille contre la Pragmatique Sanction.

  92. [94]

    Barricave : fondrières, ravins, précipices.

  93. [95]

    Levaient les épaules par dédain.

  94. [96]

    Le texte porte : promesse des villes ; faute évidente de copiste, qui se corrige d’elle-même.

  95. [97]

    Mot illisible, que le contexte supplée d’ailleurs.

  96. [98]

    Il serait superflu, sans doute, de relever les inexactitudes historiques dont ce récit est rempli. Cet auteur n’a pour nous d’autorité que dans les témoignages locaux qu’il apporte au sujet d’Hélie de Bourdeille. Là, il peut et doit être bien renseigné par tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Il est l’écho de la renommée publique.

  97. [99]

    Pâture.

  98. [100]

    Jean Pretreus. — N’y a-t-il pas confusion ici, de la part de l’auteur, avec Martin Magistri ? — Voir plus haut, p. 36, note 73.

  99. [101]

    Bulle In Cœna Domini.

  100. [102]

    Coup d’œil, spectacle.

  101. [103]

    Phrase obscure, qui ne signifie pas que l’homme peut par lui-même, ou son propre mérite, être uni à Dieu ; mais qu’il possède une nature apte à cette union, moyennant la grâce de Dieu, et la correspondance de l’homme à cette grâce.

  102. [104]

    Aussitôt, ainsi que le sens l’indique. Mais nous ne nous sommes pas permis de corriger cette faute de copiste, par respect pour un récit capital dans la cause.

  103. [105]

    Le couvent des Frères Mineurs, à Amboise, fut fondé en 1412 par Pierre II d’Amboise ; plusieurs membres de sa famille y avaient élu sépulture. C’est dans l’église de ce couvent que Louis XI, le 1er août 1469, institua l’ordre de Saint-Michel, comprenant trente-six chevaliers, non comptés le chancelier, le greffier, le trésorier, le héraut d’armes et, un peu plus tard, le maître des cérémonies.

  104. [106]

    La reine Charlotte accoucha, le 30 juin 1470, à Amboise, d’un fils, nommé Charles, et qui devait régner sous le nom de Charles VIII. D’autre part, nous lisons aux Tablettes chronologiques de Touraine, de Chalmel, Année 1473 :

    François de France, second fils du roy et de Charlotte de Savoie, meurt à Amboise, où il est enterré dans l’église des Cordeliers. Il étoit né à Tours, le 3 septembre de l’année précédente.

    Aucune des dates ne concorde avec la date du miracle, 4 octobre. Nous inclinerions à penser qu’il s’agit de Charles de France, si la date de la naissance ne nous laissait une grande difficulté à résoudre. Mais la question de date, sur laquelle la mémoire du témoin a pu être infidèle, ne saurait infirmer son témoignage, quant à la substance du fait.

  105. [107]

    Mialet, commune du canton de Saint-Pardoux-la-Rivière. — On y voit encore le château de Lambertie.

  106. [108]

    Manifestement cet alinéa n’appartient pas à l’enquête de 1627, antérieure d’un demi-siècle au pillage des Huguenots. C’est tout simplement une parenthèse introduite par l’auteur dans sa copie des témoignages, une note explicative et qui ne manque pas d’intérêt, puisqu’elle constate la singulière vénération et le culte que le peuple rendait aux reliques du saint cardinal : culte qui ne fut interrompu que par un cas de force majeure, la destruction violente et sacrilège de son objet immédiat.

  107. [109]

    Ici, notre auteur revient à la déposition du chanoine Pierre Robert.

  108. [110]

    J.-X. Carré de Busserolles, Armorial général de la Touraine, Tours, 1867, p. 173. Jean de Bourdeille fut abbé de Beaulieu, en Touraine, de 1521 à 1534.

  109. [111]

    Celles, commune du canton de Montagrier.

  110. [112]

    Gabriel du Mas, transféré de l’évêché de Mirepoix, évêque de Périgueux, du 15 juin 1486 à 1497 : troisième successeur d’Hélie de Bourdeille sur ce siège.

  111. [113]

    On remarque, dans cette enquête, une tendance presque générale des témoins à diminuer leur âge respectif. À cette époque, on était beaucoup moins précis que de nos jours sur cette question. Il est clair que les témoins qui déposent, en 1531, avoir été confirmés par Hélie de Bourdeille, alors sans doute qu’il était évêque de Périgueux, c’est-à-dire, au plus tard en 1468, devaient avoir bien près de 70 ans, au 31 octobre 1531, jour de l’enquête. Ceci, toutefois, ne saurait infirmer la valeur substantielle de leur témoignage.

  112. [114]

    Ce fait, que Pierre de Boismorin et la plupart des auteurs passent sous silence, et qui est affirmé avec une telle persistance par les témoins, qui manifestement le tiennent de la maison même de Montagrier, ne peut s’appliquer qu’à l’un des deux derniers enfants de Louis XI, soit Charles, né en 1470, soit François, né en 1472, et mort en 1473. Jeanne (la future sainte Jeanne de Valois)était née en 1464, et Anne de Beaujeu, l’aînée des enfants de Louis XI, était née beaucoup plus tôt, Louis XI n’étant encore que Dauphin. Nous pensons qu’il s’agit de François, né en 1473. D’une part, nous savons que Charles (plus tard Charles VIII) eut pour parrain l’archevêque de Lyon, futur cardinal de Bourbon ; d’autre part, le nom de François, — si cher au fervent disciple du Patriarche d’Assise, — et le fait de la sépulture du petit prince dans l’église des Cordeliers d’Amboise favorisent cette conjecture.

  113. [115]

    Ces trois copies sont conformes. L’une d’elles, celle qui paraît la plus ancienne, est authentiquée de l’Extraict et Vidimus des notaires royaux héréditaires, qui déclarent avoir trouvé ledit livre dans une Masse fermant ès clefs, avec deux serrures, estant dans le cabinet du pavillon du chasteau de Vigemond le 19me jour de febvrier, l’an mil six cent trente-trois.

    Dans les deux autres copies, on a réuni de la même main ce que Dupuy dit ailleurs, dans son ouvrage, au sujet d’Hélie de Bourdeille, avec cette note : On avoit oublié de mettre en cette Vie du cardinal de Bourdeille les cinq miracles principaux de ceux qu’il fit, prouvés par l’inquisition de quinze témoins… parce qu’ils sont escrits dans Radelphinus, évesque suivant, page 154.

    Dans la copie authentiquée par les notaires royaux, cette addition est écrite à la suite de la déclaration des notaires, et de la même main, — probablement du marquis de Bourdeille, — lequel a ajouté des notes touchant la lettre du P. Allet, provincial des Jésuites de Lyon, 1740-1750. — Nous donnerons plus loin cette lettre du P. Allet à qui le marquis de Bourdeille s’était adressé pour qu’il l’aidât dans ses démarches préalables à la reprise de la cause. Cette particularité nous donne à soupçonner fortement que le cayer intitulé : Relations de la vie, etc., dont il est parlé dans la note envoyée de Rome, n’était autre que cette copie de Dupuy, si soigneusement complétée par le marquis de Bourdeille, vingt ou vingt-cinq ans auparavant.

  114. [116]

    Mareuil-sur-Belle, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Nontron (Dordogne). — Le château, jadis une des quatre baronnies du Périgord, est classé parmi les monuments historiques. Il est des XIVe et XVe siècles, entouré de fossés, mais en partie ruiné.

  115. [117]

    Beynac, canton de Sarlat. — Le château, des XIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles, est construit sur un rocher qui domine à pic la Dordogne. On remarque ses belles tours carrées.

  116. [118]

    Biron, canton de Montpazier. — Château fort remarquable, fondé au xi° siècle et renfermant des constructions de toutes les époques. On remarque ses tours et remparts, très anciens, ainsi que sa superbe chapelle.

  117. [119]

    Lors de l’entrée de Radelphinus (Raoul), successeur d’Hélie au siège de Périgueux. — Ces enquestes sont à la Connoissance de M. l’évesque de Sainctes. — Copie conservée aux archives du château de Bourdeille.

  118. [120]

    Le pape Eugène IV était mort en 1447. Le pape Nicolas V, qui lui avait succédé, était mort en 1455 ; et Callixte II, en 1468. — Ce Bref est de Pie II qui régna de 1458 à 1464. — Néanmoins, le pape Eugène IV expédia réellement, en 1441, une bulle relative au corps de saint Front, dans laquelle il maintenait les droits de la collégiale, et vraisemblablement il donna cette bulle à la demande d’Hélie de Bourdeille, qui était évêque de Périgueux depuis 1487. — La méprise, que nous relevons ici, est, comme tant d’autres, la conséquence de 1 erreur propagée par Dupuy relativement à la date de l’élection d’Hélie de Bourdeille.

  119. [121]

    La copie conservée aux archives de Bourdeille porte : 27 may 1463.

  120. [122]

    Bertrand de Roffiniac, évêque de Sarlat en 1462, démissionnaire en 1482, mort le 4 décembre 1485.

  121. [123]

    Godefroid de Basilhac, évêque de Rieux en 1462, mort en mars 1480.

  122. [124]

    Gérauld de Crussol, nommé directement au siège de Tours par le pape Paul II, en 1466, fut transféré le 19 mai 1468, de Valence et Die. — Élevé un peu plus tard à la dignité de Patriarche d’Antioche, il mourut à Valence le 28 août 1472.

  123. [125]

    Cette date de 1468 n’est pas exacte. — Le duc de Guyenne mourut le 24 mai 1472.

  124. [126]

    Lisez : l’un des clochers, qui fut relevé deux fois de suite, ainsi que nous l’avons dit.

  125. [127]

    La copie conservée aux archives du château de Bourdeille porte : à Monsieur Geoffroi de Bourdeille, son neveu.

  126. [128]

    La grande indulgence obtenue par Hélie de Bourdeille, pour son ancienne église de Périgueux, est de 1476, et non de 1482, ainsi que nous le constaterons plus bas. — Ce n’est donc point au voyage de 1482, mais à un voyage antérieur, de 1475 ou 1476, qu’il faut reporter l’origine de cette lettre à Geoffroy de Bourdeille. Nous avons, du reste, un document authentique, qui établit le voyage d’Hélie de Bourdeille à Rome, en 1475, ou, au plus tard, dans les premiers mois de 1476, dates qui s’accordent exactement avec la lettre que le prélat écrivit de Rome à son neveu. Ce document authentique n’est autre que la lettre adressée par Sixte IV à Hélie de. Bourdeille, le 9 avril 1476, reproduite par D. Martène au tome II de l'Amplissima Collectio, page 1492.

  127. [129]

    Lisez : Sainte-Lucie in Silice, ou in Selci.

  128. [130]

    Jean de Bourdeille, protonotaire apostolique et plus tard évêque nommé de Périgueux. — Voir plus bas Pièces et Notes généalogiques.

  129. [131]

    Commines, t. III, p. 294, Édit. 1723. — L’évêque d’Alby dont il est ici question, est Louis Ier d’Amboise, promu le 24 janvier 1473 (vieux style), mort le 1er juillet 1503.

  130. [132]

    Ibid., pp. 492, 493.

  131. [133]

    Page 146.

  132. [134]

    Hommes illustres, t. I, p. 269.

  133. [135]

    Nous savons que le saint cardinal ne laissa pas à sa famille cet insigne de sa dignité, et que le détail est inventé uniquement pour l’effet, par l’illustre coureur d’anecdotes aussi légèrement accueillies que spirituellement contées.

  134. [136]

    Nous verrons plus loin, et notamment par le récit de Dupuy, historien de l’Église de Périgueux, que cette date n’est pas admissible et qu’il faut la rapprocher d’une dizaine d’années, ce qui du reste s’accorde avec les données que nous avons par ailleurs touchant l’époque de l’arrivée d’Hélie de Bourdeille dans son diocèse.

  135. [137]

    On croit généralement, en effet, que la captivité du saint évêque fut assez prolongée.

  136. [138]

    Sancti Georgii.

  137. [139]

    Ce calcul est faux, même d’après les données de l’auteur.

  138. [140]

    Encore un faux calcul : c’est sept mois et vingt jours qu’il faut lire.

  139. [141]

    Voir nos Éclaircissements sur cette création cardinalice, Section III.

  140. [142]

    Nous produisons un peu plus loin (Sources historiques) l’article de Ciaconio et de Oldoin relatif au cardinal de Bourdeille.

  141. [143]

    Nous essaierons plus tard d’éclaircir cette question. — Section VI. Pièces et Notes généalogiques.

  142. [144]

    Édition lithotypogr., t. I, pp. 226 et 274.

  143. [145]

    Voici ce que le même Jean Dupuy écrit, un peu plus haut, page 136 sqq., sur les quatre prédécesseurs immédiats d’Hélie de Bourdeille :

    Elias Serven, Évesque. — Petrus de Durfort, Évesque. — Raymundus Laubariensis, Évesque. — Godefridus Berengarius d’Arpaiou, Évesque. — Dans moins de huict ou neuf ans, nous changeons quatre ou cinq fois de Prélat, desquels nous ne trouvons bonnement l’année de leur réception, corne s’il n’eut fallu faire mémoire d’eux dās la postérité, puisqu’ils n’avoient résidé en leur Évesché, par défaut de courage. Elias Servē succéda à Bérāger, dès l’an 1437. Ce qui me baille soupçon que son prédécesseur avoit suivy le party du pape Eugène ; puisque, l’année 1438, Bérāger se trouva au cōciliabule de Bourges, pour s’opposer à la Pragmatique-Sanction ; et néantmoins celuy-cy qui est appellé son successeur, est marqué nostre Évesque un an auparavant ; et pour continuer les conjectures, peust être Berengarius d’Arpaiou, que nous trouverons dans peu sur les rangs de nos évesques, sera le mesme Berengarius, qui auroit esté remis à l’Évesché, lorsque Charles septiesme s’accorda avec le Sainct Père. Hœc dubitanter. — Pierre de Durfort succède à Elies Serven. Obiit die décima aprilis. — Rayinundus Laubariensis, auparavant Évesque dcSarlat, fut advancé à cet Évesché par le pape Benoist. Auquel succéda Geoffroy Berengarius d’Arpaiou, pourvu parle Pape Jean. — Berengarius finit ses jours, l’an 1447. nous laissant en sa place un très digne ouvrier, pour réparer les ruines de l’estât ecclésiastique.

    Nous discuterons et essaierons de résoudre les difficultés chronologiques exposées ici et laissées sans solution par Dupuy. Voir plus bas, Section III, n° I.

  144. [146]

    En marge : Inquisilio pro Elia Cardinale. Anno 1526. — Speciatim ex inanuscripto Petri de Boys Morin, a secretis et confessionibus dicti Cardinalis. — On ne saurait désirer des sources plus sûres que celles sur lesquelles Jean Dupuy déclare travailler. La découverte et la reproduction du manuscrit de P. de Bois-Morin, ainsi que l’examen de pièces composées sur la même inquisition canonique, ou inspirées par des témoins qui déposèrent dans la dite Inquisition, nous prouvent que Jean Dupuy a suivi fidèlement les indications de ces sources précieuses.

  145. [147]

    Nous avons vu qu’Arnaud de Bourdeille eut d’abord cinq fils, dont Hélie était le plus jeune. Plus tard lui naquit un sixième fils, le petit Archambaud, qui mourut en bas âge. Quant à ses deux filles, la plupart des auteurs les négligent, sans doute parce qu’ils ne comptent que les enfants destinés à perpétuer le nom. — Ici Jean Dupuy copie simplement Pierre de Bois-Morin, qui commet la même inexactitude. Voir plus haut, page 14.

  146. [148]

    Jean Dupuy, ibid., p. 167, décrit ainsi l’entrée solennelle des Évêques de Périgueux dans leur église :

    Les quatre Barons du Périgord estoient convoquez, à sçavoir, Bourdeille, Mareul, Biron et Bémac ; lesquels par de voir portoicnt sur leurs épaules l’Évesque nouveau, assis sur une chaire, depuis l’Eglise de Sainct-Pierre Laneys, jusques dans son siège épiscopal. A l’entrée de son Église cathédrale, il estoit accueilly du Clergé, auquel il juroit, sur les saincts Évangiles, les articles suivants : Premièrement, qu’il garderoit, en général, les coustumes et statuts qui sont observez dans l’Èglise catholique ; Secondement, qu’il conserverait au possible les droicts Épiscopaux, recouvrerait les biens aliénez, et en particulier, conserverait les privilèges de ceste Église : Tiercement, qu’il vouloit, selon son pouvoir, garantir de leurs ennemis et de toutes hostilitez ceux de son dioceze. Hæc omnia, disait-il, prædicta promitto et juro ad sancta Dei Evangelia me facturum et servalurum pro posse. En suitte, il frappoit de son baston Pastoral la porte de son Église, disant le verset : Attollite por tas, principes, etc. Le chœur respondoit : Quis est iste Rex gloriæ, etc. A l’ouverture, l’on chantoit : Sint lumbi vestri præcincti, jusqu’au Maistre-Autel, où l’Évesque disoit l’oraison de sainct Estienne. De là, chantant le cantique Te Deum laudamus, il estoit porté par les Barons dans son siège épiscopal. Ce sont les devoirs du Clergé envers leur nouveau Prélat, qui ensuitte leur devoit faire plusieurs libéralitez.

    Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, 1812, T. V, p. 360 sqq., nous renseigne d’une manière précise sur l’entrée d’Hélie de Bourdeille à Périgueux :

    L’entrée solennelle que fit Hélie de Bourdeille, à la prise de possession de son évêché, nous a été conservée par deux relations authentiques qui offrent des faits précieux pour l’histoire de la Province. On y trouve les motifs de chacun des quatre barons du Périgord, pour réclamer la pré séance sur les autres ; et on peut en tirer quelques conjectures sur l’origine même de cette distinction, qui n’est pas très ancienne. Cette fois, la préséance fut adjugée au frère de l’évêque, Arnaud II de Bourdeille. Les honneurs que recevait l’évêque, à son entrée, devaient lui paraître un peu onéreux ; car, par exemple, le seigneur de Barrière fief enclavé dans la cité, était tenu de adextrer ledit M. l’Evêque, au montoir de son cheval ou mule, et, luy monté, de tenir et mener par le frein, en chevauchant, jusqu’à un certain lieu, qu’il descend…, de présenter audit évêque à table viandes et mets, comme appartient, et servir et administrer à boire pareillement. Mais il avait aussi le droit de prendre la monture dont l’évêque était descendu, de même que tout le buffet, savoir est la tasse ou gobelet d’or ou d’argent, cuillers, salières, escuelles, plats, pintes, flacons, nappes, serviettes, et tout autre ustensile dont l’évêque s’est servi. Et jamais le féal n'y manquait.

  147. [149]

    Jean Dupuy, ibid., p. 153, écrit, à propos de Pierre Berland :

    Le Pape Sixte 4me, l’an 1481, ordonna, à la réquisition du Roy Louys onzième, qu’on fit inquisition de la saincte vie et miracles faicts par Pierre Ber land, cy-devant Archevesque de Bourdeaux, et pour cet effet, commet Raoul (erreur), Évesque de Périgueux, et Raymond, Évesque de Bazas, Inquisiteurs ; qui, après plusieurs fidèles recherches, rapportèrent leur procèz verbal en l’assemblée de tous les Ordres de la ville de Bourdeaux, le 18e décembre, audit an pour envoyer des députez en Cour de Rome, poursuivre la canonization de ce grand Prélat : ce qui pourtant fut sans effet.

    On peut croire, sans témérité, que le saint archevêque de Tours ne fut étranger ni à la démarche de Louis XI, ni à Pacte de Sixte IV, ni au choix comme inquisiteurs de son propre successeur sur le siège de Périgueux et de l’évêque de Bazas : Godefroy de Pompadour, évêque de Périgueux, 1470-1486, et Raymond du Breuil, évêque de Bazas, 1460-1486.

  148. [150]

    Annal. Aquitan.

  149. [151]

    Gill. Nic. Chron. Franc.

  150. [152]

    Jean Dupuy, ibid., p. 89-93 :

    Anno 1261. — Petrus de Sancto Asterio, Évesque. — Sainct-Louys, Roy de France et duc d’Aquitaine II ne faut ensevelir la mémoire d’une action très saincte, qui, comme une perle, enrichit sa thiare (de Pierre de Saint-Astier). L’an 1261, auquel temps, soubs les doubles et conjectures, touchant le lieu où reposoit le corps du glorieux apostre Sainct-Front, plusieurs asseuras qu’il estoit perdu, dans la furie des Normans, ès siècles passez ; d’autre part, ceux de l’abbaye de Sainct-Pons, en Provence, as seuras, comme ils disent encore, que ce corps sainct estoit chez eux. Mais aussi Dieu mesme avoit baillé à quelques saincts personnages certaines révélations et visions que ce thrésor nous restoit encore dans son sépulchre. Pour vuider ces différens, l’Évesque de Sainct-Astier assembla son clergé, avec les principaux bour geois, pour faire l’ouverture du sépulchre du sainct ; dans lequel estans descendus, ils trouvent un cercueil de bois, qui renfermoit un coffre de plomb ; à l’ouverture duquel, ils virent les ossemens du glorieux sainct, en semble deux lames, l’une de plomb, et l’autre de cuivre : de quoy il fist ostension au peuple, le lendemain, dans son sermon ; ordonnant que, la veille des apostres sainct Jacques et sainct Philippe, on célébrast anniver sairement cette translation, avec Indulgence de quarante jours. Le procez verbal mérite d’estre inséré en ce lieu : Petrus… Cum de corpore beatissimi Frontonis… misericordiler relaxamus. Daluni sexto nonas Maii, anno Domini 1261. — Cf. Chronol. Insulæ Lerinensis.

  151. [153]

    Jean Dupuy, ibid., p. 138, 139 :

    Godefridus Berengarius d’Arpaiou, Évesque Souvenons-nous des dessains que l’Évesque Pierre faisoit, l’an 1261, pour collcquer plus honorablement le corps de l’apostre sainct Front, lesquels pourtant n’avoient encore esté exécutez, sans le vouloir du Sainct-Siège. C’est pourquoy le Pape Eugène expédia la Bulle suivate, qui nous maintient sur le possessoire, contre l’abbaye de Sainct-Pons, et donne plusieurs tittres d’honneur à nostre apostre : Anno 1441. Eugenius… Piani sanctorum memoriam preesentium largimur.

    Voici le résumé de cette bulle : Miracula sancti Frontonis. — Festum translationis ejus corporis. — Supplica Capituli. — Côcessio translationis. — Et separatio sacri capitis.

  152. [154]

    Sainte Quitère ou Quitterie, vierge martyre ; fête le 22 mai. — Fille d’un prince de la province de Galice, en Espagne, cette sainte a un culte très populaire dans ce royaume et dans le midi de la France. Elle est la patronne de la ville d’Aire (Landes) où elle fut martyrisée. L’évêque d’Aire était jadis appelé l’évêque de Sainte Quitterie. — Elle est aussi la patronne de plusieurs paroisses, et titulaire d’un grand nombre d’églises de l’Aquitaine et de la Gascogne. — À Moissac (Tarn-et-Garonne), elle était patronne secondaire de l’abbaye, et l’est encore de la ville. — À Périgueux, elle était titulaire de l’église des Frères-Prêcheurs, et le jour de sa fête on faisait une grande procession autour de la ville. C’est de cette procession qu’il est question dans le récit de Dupuy. — Sainte Gemme, sœur de sainte Quitère, est honorée, au diocèse d’Auch, le 20 juin. — Elle est aussi titulaire de quelques églises.

  153. [155]

    Hic iacet corpus F. Petri de Gain, qui senior Abbas huius monasterii ; per cuius opem recuperatum fuit sanctissimum Sudarium, videlicet, die 10a mensis Junii, A. Di 1463, de manibus rept in X° Patris Petri de Combornio, Eboracensis Episcopi, administratoris Aubasince.

  154. [156]

    Rodolph. Tosciniac. Hist. Seraph. Lib. II.

  155. [157]

    Jean Dupuy, ibid., page 167, raconte ainsi l’origine de l’information canonique ordonnée par Jean de Plagnies, nommé évêque de Périgueux le 10 novembre 1524, et intronisé le 23 avril 1525 :

    Dès la mesme année (de son intronisation) nostre Évesque expédia une commission autètique à Jean Gàneoti, Notaire Apostolique, à ce qu’il procedast à l’inquisition de la vie et mœurs du deffunct Élie de Bourdeille, jadis Évesque de Périgueux, puis Archevesque de Tours, et Cardinal, décédé depuis quarante et deux ans.Ne tanti viri memoria, dict l’Évesque, in clero et populo prædictæ diœcesis sepulta remaneat ; ut ejus exemplo cæteri ad vitæ sanctitatem et laudeni facilius trahantur, generosaque nobilitas tantis virtutibus excrescentibus etiam proclivior ad similia peragenda invitetur (a). Ceste inquisition fut faicte, à la promotion de son nepveu, noble Jean de Bourdeille, Protonotaire Apostolique, qui avoit entrepris la vérification des dix-huict articles proposez sur lez mérites du deffunct. Et à cet effet, il fit ouyr quatorze ou quinze tesmoings ; et jaçoit que sa canonization ne soit esté du depuis poursuivie en Cour de Rome, néantmoins il a esté tousiours tenu en odeur de saincteté, comme nous avons dict.

    (a) Commissio Episc. de Plagnies pro Inquisitione, 1526, année où l’inquisition fut ordonnée.

  156. [158]

    Maan, trompé par Dupuy, se montre, du moins, conséquent avec lui-même, et adoptant la date de 1447, ne fait pas sacrer Hélie de Bourdeille par Nicolas Albergati, qui, à cette date, était mort, mais par son successeur au titre de Sainte-Croix en Jérusalem.

  157. [159]

    Chalmel, Tablettes chronologiques de Touraine, année 1468 :

    États généraux assemblés à Tours. L’ouverture s’en fait le lundi, 6 août, dans la grande salle du palais archiépiscopal. Louis XI s’y trouve en personne, ainsi que Jean d’Anjou, roy de Sicile, et le cardinal Balue, du titre de Sainte-Suzanne, évêque d’Angers, qui tenaient les deux côtés du roy. On y arrête, entre autres choses, que la Normandie ne peut être distraite de la Couronne. Les séances continuent jusqu’au 14, et le lendemain, le roy part pour Amboise Hélie de Bourdeille succède à Gérard de Crussol. Il fut l’un des plus zélés défenseurs du Saint-Siège contre les libertés de l’Église gallicane.

  158. [160]

    Humanis rebus exempto. — Voilà une des distractions de Maan. — Géraud de Crussol n’est pas mort sur le siège de Tours. Après deux ans d’épiscopat, ce prélat se démit de l’archevêché pour aller occuper les sièges unis de Valence et Die, en Dauphiné. — C’est Maan lui-même qui nous l’apprend, à la page précédente. — Géraud était originaire des environs de Valence.

  159. [161]

    Nous retrouverons ce Pierre Doriolle, chancelier, dans les démêlés d’Hélie de Bourdeille avec Louis XI, en 1482 ; et sa conduite réservée, au milieu du conflit, ne sera pas en désaccord avec ses sentiments religieux. Sous la main terrible de Louis XI, il restera respectueux vis-à-vis du saint archevêque. — Quant aux fêles établies par Hélie de Bourdeille, il est utile de rapporter ici les notes historiques données par Benoît XIV dans son ouvrage De festis D. N. Jesu Christi et B. Mariæ Virginis. — En ce qui concerne la fête de saint Joseph, Lib. IV, P. II, cap XX, n. 19 :

    Ad Sixtum IV, summum Pontificem, indictio hujus festi refertur, ut in illius Vita refert Platina, his verbis : Multas veteribus solemnitates adjunxit, ut Conceptionis et Oblationis Bmæ Vir ginis Deiparæ, sanctorum Annæ, Josephi et Francisci, quos in Ecclesia celebrari jussit.

    Guyet, De fest. propr. Sanctor., lib. I, cap. 1, 9, 12 :

    Cujus (sancti Josephi) festum, licet actis rétro sæculis omnibus prope calendariis incognitum maneret, magno tamen hujus sæculi bono ac décoré a Sixto IV primum Calendario Romano insertum, et a Gregorio XV, anno 1621, publics etiam feriationis præcepto auctum, ubique deinceps celeberrimum evasit. Quod confirmavit summus Pontifex Urbanus VIII, Constit. 291. Bullar. t. V.

    En ce qui concerne la fête de la Visitation de la B. V. M., Lib. II, c. v, n. 9 :

    Hæc ab ordine Fratrum Minorum, anno 1263, celebrabatur, ut ex eorurn Annalib. coiligit Gavantus, ad Rubric. Brev. Rom. sect. vu, cap. IX, n. 2 ; nec monumenta desunt, quibus ostenditur etiam apud orientales celebrari consuevisse. Quod si de inslitutione festi hujus in universam Occidentalem Ecclesiam quæramus, Urbano VI tribuenda videtur, postea Bonifacio IX, deinde concilie Basileensi, anno 1441, sess. xnn, auctoritatibus quidem dubiis, sed approbatum a veris Romanis Pontificibus ; cujus officium proprium sanctus Pius V reformavit.

    On peut, à l’aide de ces renseignements, apprécier la part d’initiative qui revient à Hélie de Bourdeille dans l’institution de ces fêtes.

  160. [162]

    L’archevêque Jean de Bernard avait commencé la construction de ces salles et galeries capitulaires, qui font encore l’admiration des archéologues, et qui sont un des joyaux de l’art, en notre ville. Hélie de Bourdeille les acheva, à l’exception de la merveilleuse tourelle qui y fut ajoutée au XVIe siècle. — Ces deux grands archevêques se partagent ainsi la gloire d’avoir élevé un édifice que sa splendeur même, en dépit des mutilations qu’il a subies, sauvera désormais de la destruction.

  161. [163]

    On a soutenu, en effet, que l’odieuse invention de ces cages était due à Balue lui-même. Il est plus probable qu’il ne fit qu’importer d’Italie ce genre de supplice. Mais il n’eut pas le temps de l’expérimenter sur les autres, car il fut le premier, en France, à y goûter, au Plessis, à Loches et à Montbazon.

    Philippe de Commines, qui en avait tasté huict moys, nous fait connaître que ces cages étaient tantôt en fer, tantôt en bois, couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans. Elles variaient de grandeur, suivant la manière dont on voulait torturer le prisonnier : le plus souvent, elles avaient sept à huit pieds de hauteur et de largeur ; mais quelquefois, par un raffinement de cruauté, elles étaient trop petites pour le prisonnier. Celle qui était dans les prisons de Loches, et qui avait servi à la Balue, avait six pieds et demi en hauteur et en largeur, la mesure prise en dehors, de sorte qu’on ne pouvait s’y tenir ni debout ni couché. Si on s’en rapporte au dessin fait en 1699, et conservé à la bibliothèque impériale, elle n’avait que trois pieds au plus de profondeur ; elle était composée de seize grosses pièces de bois se coupant à angles droits avec seize autres solives sur la face la plus large ; à peu près au milieu de la cage, on avait laissé une ouverture de trois pouces de hauteur sur environ douze de longueur, pour faire passer la nourriture au prisonnier. La porte s’ouvrait en dehors, sur le côté le plus étroit. De plus, la cage était ordinairement suspendue en l’air, comme celle d’un oiseau, et adhérente à la muraille par un ou deux côtés. On montre encore à Loches, dans les vieilles prisons du château, à environ cinq pieds au-dessus du sol, les arrachements des attaches de fer qui la soutenaient à cette hauteur. Celle de Chinon, par un système particulier, tournait sur un pivot. — Louis XI avait fait faire un grand nombre de ces affreuses cellules. Hans Ferdargent, maréchal-ferrant, originaire d’Allemagne, en fut le principal fabricant, et la matière première fut fournie par Jean Daulin, marchand de Tours, qui livra en une seule fois 3.467 livres de fer pour cet objet. La première cage fut exécutée en février 1471, et servit à enfermer le cardinal la Balue. En 1474, il y en avait une à l’Hôtel des Tournelles, à Paris. En 1476, on en construisit une troisième dans la cour delà Bastille, pour Guillaume de Haraucourt, évêque de Verdun. En 1479, Louis XI fit établir trois forges dans son château du Plessis, pour y faire faire sous ses yeux une cage de fer… Enfin, outre la cage de fer où fut renfermé, chez le maire de Tours, Simon de Quingey, conseiller de Charles le Téméraire, on a la preuve qu’il en existait deux à Loches, une à Chinon, une à Angers et une au Mont-Saint-Michel. — (C. Chevalier, Promenades en Touraine, pp. 210, 211.)

  162. [164]

    Claude Seyssel. — Bien que les dires de cet historien soient trop empreints de partialité au profit de Louis XII et au détriment de Louis XI, ce qu’on sait du caractère de ce prince suffit largement pour qu’on qualifie d’héroïque au premier chef, la démarche de l’archevêque de Tours, en un pareil moment.

  163. [165]

    Le château de Montbazon, à trois lieues de Tours.

  164. [166]

    La Chronique scandaleuse. — Chalmel, Tablettes chronologiques de Touraine. Année 1469.

    Le cardinal Balue, évêque d’Angers, convaincu de vendre les secrets du roy au duc de Bourgogne, est arrêté, et en fermé au château du Plessis, dans une cage faite en treillis de fer. L’archevêque de Tours, Hélie de Bourdeille, fait, à ce sujet, au roy des représentations qui ne sont pas écoutées. Il lance un monitoire, et excommunie tous ceux qui ont mis la main sur le cardinal, ainsi que les gardes de sa prison. Un arrêt du parlement enjoint à l’archevêque de Tours de lever son excommunication. Louis XI, craignant l’effet des censures, soumet l’affaire au pape, qui décide qu’un cardinal ne peut être jugé qu’en consistoire.

    Tous les auteurs, on le voit déjà par Maan et Chalmel, et on peut le voir par les historiens qui rapportent les faits relatifs à la trahison de la Balue, acceptent ces détails absolument controuvés. Soit par confusion des faits, soit par l’effet des tendances gallicanes, une légende s’est établie qui travestit le caractère, si doux et si ferme à la fois, d’Hélie de Bourdeille, exagère la responsabilité de Louis XI, et laisse croire que le bienheureux archevêque de Tours ignorait que les causes majeures, notamment celles des Rois, sont réservées au Pape. — Ce n’est point ainsi que les choses se sont passées, que Pierre de Boismorin, témoin oculaire, et confident intime d’Hélie de Bourdeille, les raconte, et que nous-mêmes nous les verrons se développer par l’étude des sources.

  165. [167]

    Ce n’est pas huit jours après le décès d’Hélie de Bourdeille, mais le lendemain, qu’eurent lieu ses funérailles. Le témoignage de Pierre de Boismorin, témoin oculaire, est formel à ce sujet.

  166. [168]

    La porte Saint-Simple. — E. Giraudet, Histoire de la ville de Tours, t. I, p. 164. — Topographie de Tours au XIVe siècle.

    Les travaux d’enceinte et de fortification entrepris dans le but de réunir en une seule ville Tours et Châteauneuf, avaient été commencés en 1353. — Ces fortifications formaient quatre lignes principales de circonvallation (Archives municipales. Série BB. Liasse I) ; la ligne du côté de la Loire, ou du Nord, reliée aux anciennes défenses de l’entrée du pont, du château royal et du château de la Comté, s’étendait le long de la rivière, depuis le portail de la tour Feu-Hugon, jusqu’à la tour du Port-Bretagne, près de la porte des Tanneurs. La ligne faisait, en cet endroit, un retour d’équerre, se dirigeait vers le midi, en suivant le boulevard de la Riche jusqu’aux fossés du bourg Saint-Clément, atteignait l’église Saint-Simple, et se raccordait au cloître de Saint-Martin.

    Le convoi funèbre d’Hélie de Bourdeille, venant de Saint-Sauveur, sur les bords du Cher, devait nécessairement entrer à Tours par la porte Saint-Simple, située à l’extrémité de la grande voie qui, passant à Saint-Éloi, mettait la ville en communication avec les villages situés sur les bords de cette rivière. — Hélie de Bourdeille, mort, refaisait ainsi, de Saint-Martin à la métropole, le chemin qu’il avait parcouru lors de son entrée solennelle. Nouvelle entrée plus triomphale que la première. — Tours avait alors quinze portes, avec pont-levis, herse, barrière, corps-de-garde. La porte Saint-Simple, à l’ouest et à l’angle formé par la muraille du midi, s’ouvrait entre la porte Saint-Venant, muraille du midi, et la porte de la Riche, muraille de l’ouest.

  167. [169]

    Louis XI était prodigue de faveurs pour sa bonne ville de Tours. Il ne l’était pas également de ses deniers. Rien n’est curieux comme les lettres patentes, datées de Saint-Jean d’Angely, 1662, par lesquelles il réunit en une seule municipalité les deux communes de Châteauneuf (Saint-Martin) et de Tours, instituant pour administrer la ville, un maire, vingt-quatre échevins électifs, anoblis par leur charge, et plusieurs autres officiers.

    Considérant, (dit-il), la noble et ancienne fondation de notre ville et cité de Tours, l’assiette d’ycelle, et comme elle est grandement adornée et décorée des plus belles et notables églises de ce royaume, tant métropolitaine et collégiales, que abbayes et monastères ; qu’en notre jeune âge, en la dite ville de Tours, nous avons esté grand partie du temps nourry, et y avons eu et trouvé de grands plaisirs et curiosités ; voulant pour ce augmenter et accroistre les honneurs et prérogatives de nostre dite ville et cité, à l’exemple des autres, et pour donner courage et vouloir aux habitants en icelle de bien en mieux gouverner, etc.

    Au milieu de tous ces considérants, dit l’abbé C. Chevalier, op. cit., Louis XI oublia le plus important ; il fit payer sept cents écus d’or à la ville pour les beaux privilèges qu’il lui octroyait.

    Heureux encore, s’il ne lui avait jamais fait payer que ces sept cents écus ! Mais les faveurs de ce roi besoigneux avaient bien d’autres conséquences fiscales, et nous voyons Hélie de Bourdeille travailler d’une main à l’affermissement des privilèges municipaux, et de l’autre défendre ses clercs du contre-coup de ces privilèges. — Il défendra de même les intérêts du peuple.

  168. [170]

    Bigorre.

  169. [171]

    La porte de l’Ecouërie.

  170. [172]

    L’église de Notre-Dame de Pitié, devenue ainsi Notre-Dame du Carmel, et de nos jours Saint-Saturnin.

  171. [173]

    Les bénédictins de l’abbaye de Saint-Julien dite de Scalariis, du voisinage des Echelles de la Loire, degrés ou déclivités par lesquelles on montait ou descendait vers le fleuve.

  172. [174]

    La ville de Tours, dans la seconde partie du moyen âge, comptait seize paroisses, parmi lesquelles celle de Saint-Pierre le Puellier annexée au chapitre du même nom, et celle de Saint-Saturnin dont l’église se trouvait vers le milieu de la rue actuelle du Commerce.

  173. [175]

    Maan. LXXXIV. Stephanus Burguliensis, anno 1824, quo anno et ipso Religiosis fratribus e Monte Carmelo Turonorum liberam fecit commanendi et sacris publice operandi potestatem ad sacellum Mariæ Compatientis. Decretum ejus in Archiva Carmelitensi, die Veneris post fest. S. Joann. Bapt. — Stephanus pontificatum nomenque suum illustravit variis christianæ pietatis argumentis.

  174. [176]

    Maan. LXXXV. Petrus Fretaldus, anno 1335 : Cum Carmelitarum Ecclesiam sacro linire oleo per se nollet, Joanni Capuano episcopo lubens permisit anno 1343, quod peractum est 2a januarii insequentis.

  175. [177]

    On a encore quelques types de ces médailles.

  176. [178]

    Société archéologique de Touraine. — Bibliothèque et collections. — Deux pièces, parchemin, XVe siècle. — 1° Lettre patente de Louis XI, donnée à Amboise, au mois de juin 1473, signée : Loys. Le roy, pour sa dévotion envers la Sainte Vierge et envers la chapelle de Notre-Dame du Carme, à Tours, donne aux Carmes de cette ville la seigneurie de la Hardouinière, située à Beaumont-la-Ronce ; plus, la quatrième partie, par indivis, de la grande dîme de Neuillé-Pont-Pierre ; le tout, tenu du seigneur de Bueil, à cause de sa seigneurie de Saint Christophe, à huit deniers tournois de service ; plus, la seigneurie de Chaufournais, tenue du sire du Bois, à cause de son fief des Quartes, et du seigneur d’Armilly. Louis XI avait acquis ces biens de Hardouin de la Touche, écuyer, et de Margerie, sa femme, moyennant huit cents écus d’or. Il avait aussi acquis d’Olivier Boisgaultier, marchand de Tours, les deux tiers de la dîme des blés et des vins des seigneuries de Beauchesne et de la Moisandière, à Pernay : il les donne également aux religieux carmes, à la charge perpétuelle de chanter, tous les samedis et toutes les fêtes de la Vierge, après le son de la cloche du pardon, l’évangile Missus est Angélus, devant l’image de Notre-Dame. — 2° Pièce d’entérinement des dites lettres, par les officiers des Comptes du Roy, à Paris. — Chalmel, dans ses Tablettes chronologiques de Touraine, raconte, au sujet des libéralités de Louis XI envers les Carmes, une anecdote assez piquante, et qui s’accorde parfaitement, d’ailleurs, avec le caractère du Roy :

    Année 1473. — Louis XI fait construire, en faveur des Carmes de Tours, une église, un chapitre, des cloîtres, des dortoirs, et tout ce qui est nécessaire pour un couvent. Entre autres dotations, il leur accorde le four banal d’Amboise, et le greffe de Tours. Voici, dit-on, le motif de ses libéralités envers ces religieux. Obligé de fuir précipitamment la cour du roy, son père, avec lequel il avait de fréquents démêlés, un carme de Tours, qui revenait de la quête, lui donna, sans savoir qui il était, et sa mule et dix écus, fruit de sa collecte, sur la promesse que lui fit l’inconnu, de lui rendre, un jour, le tout avec usure. Lorsqu’il fut parvenu au trône, il envoya chercher ce même religieux, qui se rendit au Plessis, non sans inquiétude. Le roy lui demanda sévèrement s’il n’avait pas, à certaine époque, donné sa mule et dix écus à un ennemi de l’État. Le religieux, se jetant à ses pieds, lui protesta qu’il ignorait, en faisant cet acte de bienfaisance, que ce fût envers un ennemi de Sa Majesté. Louis XI, après avoir joui quelque temps de sa frayeur, lui avoua que c’était lui qui avait reçu la somme et la mule, et que, suivant sa promesse, il était prêt à lui accorder la récompense qu’il désirerait. Le bon religieux demanda et obtint, pour ses confrères, que le roy leur fît bâtir un couvent, où ils pussent tous être réunis. Ce qui eut lieu, en effet, sur l’emplacement où nous l’avons vu, et où leur église existe encore, après qu’on eut fait transporter plus loin les tanneries qui y étaient établies. Pendant tout le temps que dura la construction, le roy fit mettre, chaque jour, dix écus dans le tronc de la petite chapelle, qui jusque-là avait été le seul établissement de ces religieux.

  177. [179]

    D’après l’abbé C. Chevalier, ce chapitre n’aurait été institué qu’en 1486.

    Le service de la chapelle royale (du Plessis) fut confié d’abord à quatre chapelains, puis à un chapitre composé de douze chanoines prébendés, huit vicaires et quatre enfants de chœur, tous exemptés de la juridiction de l’Ordinaire, et soumis directement au pape. Après l’approbation de la Cour de Rome, ce chapitre fut installé solennellement par Guy Vigier, abbé de Marmoutier, en 1486. — (Promenades en Touraine, p. 208.)

    Maan et M. C. Chevalier sont trop exacts, l’un et l’autre, pour qu’on puisse douter de leurs assertions. Il s’agit simplement de les expliquer. Maan parle de la première institution, qui date bien de 1682 et par conséquent de l’épiscopat d’Hélie de Bourdeille. L’abbé Chevalier, de son.côté, parle de l’institution définitive par confirmation du Saint-Siège, et soustraction à l’autorité de l’Ordinaire.

  178. [180]

    Hardouin, évêque d’Angers, frère de Jean, Pierre et Guillaume de Bueil, une des plus nobles et des plus anciennes familles de Touraine. — Hardouin fut pourvu de l’évêché d’Angers en 1374 et mourut en 1439, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans.

  179. [181]

    Jean III de Bernard, archevêque de Tours, 1442-1466.

  180. [182]

    Il s’agit ici de Jean de Bueil, cinquième du nom. Les auteurs sont généralement très inexacts, en ce qui concerne l’histoire généalogique des seigneurs de Bueil. Ainsi, le Père Anselme fait mourir en 1390 Jean III de Bueil, qui vivait encore en 1406. D’autre part, M. Henri Martin prétend que Jean V de Bueil, celui dont il est ici question, était neveu de la Trémoille. Il ne l’était pas même par alliance. Seulement, la Trémoille avait épousé Catherine de l’Isle-Bouchard, dont le frère, Jean de l’Isle-Bouchard, avait épousé Jeanne de Bueil, tante de Jean V. Enfin, M. Paulin Paris écrit que Jean V de Bueil mourut en 1474 : or, à cette date, il commandait encore nonante-cinq lances. En 1476, il faisait, d’accord avec Hélie de Bourdeille, la fondation relative au chapitre de Bueil. Enfin, en 1477, voulant se recueillir avant l’heure suprême, et mourir en paix avec Dieu et avec les hommes, on le voit terminer par une transaction tous les procès et conflits qui s’étaient élevés entre l’abbaye et le château de Saint-Calais. Cette transaction, en date du 4 mai 1477, signée jh de bueil, stipule le payement d’une rente de quarante sols tournois, moyennant un service anniversaire, que les moines seront tenus de célébrer pour les âmes des sires de Bueil. Cette clause de la transaction, en même temps que la fondation du chapitre de Bueil, ont dû, sans doute, inspirer la strophe bien connue dans laquelle le seigneur de la Motte-Tibergeau fait ainsi parler son vieux maître es batailles, et son ami :

    Longtems ay combattu, mon corps ne vivra guère : Tost sonnéres pour moy, cloches du monastère ! Quant elles sonneront, bonnes gens, à genoulx, Priés pour moy, bonnes gens, priés tous ! Pour que Dieu fasse paix à l’âme de mon père ; Pour les sires de Bueil, occyz à la grant guerre, En bataillant pour la France et pour vous.

    Comme ses pères, Jean V de Bueil avait effectivement bien bataillé, en homme qui moult sçavoit la guerre, dit Olivier de la Marche.

  181. [183]

    La rédaction. de cette Biographie appartient surtout au Père Oldoin, qui corrige sur plusieurs points Ciaconius, ainsi qu’on peut le voir dans le texte même, et dans les notes de la biographie suivante. — L’auteur cite d’ailleurs ses sources, au premier rang desquelles il place Ciaconius :

    Ciaconius Panvinius, De Romanis Pontificibus. — Aubcry, in Vita. Luc. Wadding. in Annal. Minorum, et De Scriptoribus. — Gaspar Iogelin, in Elog. Gard. Ord. Min. Henric. Spondan. in Annal. Eccl. — Felix Contelerius, in Elencho.

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