Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Dernier jour de Jeanne

Guillaume Manchon(principal notaire du procès)

À la fin de sa vie elle s’abandonna avec grand dévotion à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie et aux saints.

Sait que Jeanne demanda et obtint des juges de communier le jour de sa mort, avant la prédication et sa sortie du château.

Jeanne fut conduite au lieu du supplice avec une grande troupe d’environ quatre-vingt soldats armés d’épées ou d’épieux. Après son abandon par la justice ecclésiastique elle fut conduite au bailli, qui, sans autre délibération ou sentence, faisant un signe de la main, dit : Emmenez, emmenez. Ainsi fut-elle conduite au lieu du supplice où elle fut brûlée.

Juste après le prononcé de sa sentence, Jeanne fit de très belles oraisons, recommandant son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie et à tous les saints, les invoquant et demandant pardon aux juges et aux Anglais, au roi de France et à tous les princes du royaume. Pour le reste ne ne vit rien, parce qu’il s’en alla ; mais il a bien entendu beaucoup de ceux qui assistaient à l’exécution dire qu’elle avait crié le nom de Jésus à la fin de sa vie.

Le tribunal délibéra et le mercredi, Cauchon prononçât une autre sentence, comme cela est indiqué plus au long dans le procès.

Confirme que Jeanne reçut la communion, le matin du jour de son exécution. — Interrogé pourquoi les juges lui accordèrent la communion, attendu qu’ils l’avaient excommuniée, et s’ils l’avaient absoute, déclare que les juges et les conseillers en délibérèrent ; il ne vit pas cependant qu’on lui eût donné une autre absolution.

Après la sentence ecclésiastique prononcée par Cauchon, le bailli dit seulement, sans autre forme de procès ou autre sentence : Emmenez ! Emmenez !.

À ces mots Jeanne fit si pieuses lamentations que presque tous étaient émus aux larmes, et même les juges.Le témoin dit en avoir été si remué qu’il resta épouvanté pendant un mois. — La fin de Jeanne apparut à tous très catholique. Elle ne voulut jamais rétracter ses révélations, mais persista à leur sujet jusqu’à la fin. — Avec l’argent qu’il reçut pour le procès, il acheta un missel, pour avoir mémoire d’elle et prier Dieu pour elle.

Isambert de La Pierre

Il était avec elle sur le bûcher : dans les flammes elle avait toujours à la bouche Jésus ; et elle le supplia au moment où le feu serait allumé, de venir avec la croix et de la lui présenter ; ce qu’il fit. Et ensuite elle cria Jésus ; aussi les assistants furent portés aux larmes.

Était présent et assure qu’aucune sentence ne fut prononcée par le juge séculier.

Après la prédication et une longue attente au même endroit, elle fut conduite au supplice par les clercs du roi. — Le témoin et frère Martin Lavenu l’accompagnèrent jusqu’à la fin.

Vrai. Ajoute que même Cauchon pleura.

Un soldat anglais, qui la haïssait extrêmement avait juré de placer de sa propre main un fagot sur son bûcher ; mais après avoir entendu Jeanne invoquer le nom de Jésus il fut frappé de stupeur et comme en extase ; on le conduisit à une taverne près du Vieux Marché, où il reprit des forces en buvant. Et après avoir déjeuné avec un frère de l’ordre des prêcheurs, cet Anglais confessa, le témoin l’entendit, par l’intermédiaire de ce frère anglais, qu’il avait gravement péché, qu’il se repentait de tout ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il la jugeait une femme bonne ; car il semble que cet Anglais avait vu dans le dernier souffle de Jeanne une colombe blanche sortant de la flamme.

Le bourreau, l’après-midi du même jour, vint au couvent dominicain et dit au témoin et à frère Martin Lavenu sa grande crainte d’être damné, parce qu’il avait brûlé une sainte.

Martin Lavenu

Le témoin ajouta qu’il avait entendu Jeanne en confession, avec l’autorisation des juges, avant le prononcé de la sentence, et lui avait administré le corps du Christ ; elle le reçut avec tant de dévotion et tant de larmes abondantes, qu’il ne saurait le raconter.

Elle fut abandonnée comme relapse à la justice séculière.

Après son abandon par l’Église, elle fut saisie par des soldats anglais, présents là en grand nombre, sans aucune sentence de juge séculier, et malgré la présence du bailli de Rouen et du conseil de la cour séculière ; il le sait, car il resta toujours avec Jeanne depuis le château jusqu’à la fin ; et il lui administra, lui qui parle, sur l’ordre des juges, les sacrements de pénitence et d’eucharistie.

Le matin du jour où mourut Jeanne, avant la sentence, il fut autorisé par les juges à entendre Jeanne en confession et lui apporter le Corps du Christ ; elle le reçut humblement, avec grande dévotion et beaucoup de larmes, au point qu’il ne saurait le raconter. Depuis cette heure il ne la quitta pas, jusqu’à ce qu’elle eût rendu l’âme.

Presque tous les assistants pleuraient de pitié, surtout l’évêque de Thérouanne.

Il ne doute pas qu’elle mourut en catholique ; et souhaiterait que son âme aille où il croit être l’âme de Jeanne.

Après le prononcé de la sentence, Jeanne descendit de l’estrade où elle avait été prêchée, et sans autre sentence d’un juge laïc, fut conduite au bûcher par le bourreau.

Le bois était sur une estrade ; le bourreau mit le feu par dessous. Lorsque Jeanne aperçut le feu, elle dit au témoin de descendre, et de lever haut la croix du Seigneur, pour qu’elle pût la voir ; ce qu’il fit. — Alors qu’il l’entretenait de son salut, Cauchon s’approcha, accompagné de quelques chanoines ; Jeanne l’aperçut et lui dit qu’il était cause de sa mort, qu’il lui avait promis de la placer entre les mains de l’Église, mais qu’il l’avait remise entre les mains de ses ennemis mortels.

Déclare qu’on avait mal procédé contre Jeanne, car il n’y eut pas de sentence laïque. Aussi lorsque deux années plus tard un dénommé Georget Folenfant avait été remis par la justice ecclésiastique à la justice séculière, lui-même avait été envoyé au bailli par l’archevêque et l’inquisiteur, pour qu’on procède selon la justice, avec prudence, et non pas aussi rapidement comme on l’avait fait pour la Pucelle.

Atteste que Jeanne soutint toujours et affirma jusqu’à la fin de sa vie que les voix entendues par elle venaient de Dieu, que toutes ses actions avaient été faites sur l’ordre de Dieu, et qu’elle ne croyait pas avoir été trompée par ces voix ; mais les révélations qu’elle avait eues venaient de Dieu.

Nicolas Taquel(troisième notaire du procès)

On lui a dit que peu avant de venir au lieu du supplice, elle fit de belles et dévotes prières à Dieu, à Marie et aux saints. Plusieurs personnes présentes en furent touchées aux larmes, et surtout maître Nicolas Loiselleur, promoteur de la cause, qui partit de la compagnie de Jeanne en pleurant, et qui, rencontrant une troupe d’Anglais dans la cour du château, fut insulté par eux, menacé et appelé traître ; à ces mots il eut grand peur, et, sans se détourner vers d’autres occupations, il alla voir le sire comte de Warwick pour être protégé ; et si le comte n’avait pas été là, le témoin croit que ledit Loiselleur aurait été tué.

Il n’était pas présent au supplice mais il entendit que Jeanne était morte pieusement et en catholique, invoquant le nom de Jésus et de la sainte Vierge Marie.

Il y eut une autre prédication, le jour même de la mort de Jeanne. Le matin elle avait reçut la communion. Après la prédication, Jeanne fut abandonnée à la justice séculière. Puis le témoin s’en alla et n’assista pas à la suite.

Pierre Bouchier

Il sait qu’on lui apporta le corps du Christ au château dans son cachot, avant de la conduire au Vieux Marché, où elle fut exhortée et brûlée.

Après la sentence ecclésiastique elle fut conduite à l’estrade du bailli par des hommes d’armes royaux ; sur cette estrade il y avait le bailli et d’autres officiers laïcs, et elle resta quelque temps avec eux ; mais ce qu’ils dirent ou firent, il l’ignore, si ce n’est qu’après leur départ elle fut livrée au feu.

Alors qu’on l’attachait, Jeanne implorait et invoquait spécialement saint Michel. Et il la vit bonne chrétienne jusqu’à la fin ; il vit aussi de nombreux assistants, jusqu’au nombre de dix mille, pleurer et se lamenter, en disant que c’était grande pitié.

Nicolas de Houppeville

Déclare avoir vu Jeanne pleurant beaucoup au sortir du château, et conduite au lieu du supplice et de la dernière prédication par cent vingt hommes environ, dont quelques-uns portaient des massues et d’autres des glaives ; aussi, mû de compassion, il ne voulut pas aller jusqu’au lieu du supplice.

Elle communia le jour de sa mort.

Il la vit sortir du château pour aller au lieu du supplice toute en pleurs ; plus de cent vingt hommes d’armes la conduisaient, dont les uns portaient des lances, les autres des glaives. Mû par la compassion, il n’eut pas la force d’aller jusqu’au lieu du supplice.

Jean Massieu(huissier du procès)

Après la prédication de Nicolas Midi, Jeanne fut abandonnée par les ecclésiastiques. Ceux-ci partis, elle fut conduite, sans aucune sentence de justice séculière, au lieu du supplice.

Véridique ; il ne vit jamais personne finir ses jours de manière aussi catholique.

Le mercredi matin, jour de sa mort, frère Martin Ladvenu entendit Jeanne en confession ; puis il l’envoya, lui qui parle, avertir Cauchon qu’elle demandait à recevoir la communion. L’évêque réunit quelques personnes pour en délibérer ; et autorisa le frère Martin à lui porter le sacrement de l’eucharistie et tout ce qu’elle demanderait. Le témoin revint porter la nouvelle au château et frère Martin donna à Jeanne, en présence du témoin, le sacrement de l’eucharistie.

Cela fait, le témoin et frère Martin conduisirent Jeanne, en habit de femme, jusqu’au lieu où elle fut brûlée ; en chemin elle faisait de si pieuses lamentations qu’ils ne pouvaient retenir leurs larmes. Elle recommandait son âme si dévotement à Dieu et aux saints qu’elle provoquait les larmes de ceux qui l’entendaient.

Elle fut amenée au Vieux Marché où se trouvait maître Nicolas Midi, qui devait faire la prédication ; il la termina ainsi : Jeanne, va en paix ! L’Église ne peut plus te défendre et te remet en mains séculières. Jeanne se jeta à genoux pour prier et demanda une croix au témoin. Un Anglais en fit une avec un bâton, qu’elle baisa et posa sur sa poitrine avec la plus grande dévotion. Elle voulut aussi une croix d’église, l’obtint, l’embrassait, la serrant dans ses bras, et pleurait en se recommandant à Dieu, à saint Michel, à sainte Catherine et à tous les saints. Puis elle étreignit la croix en saluant les assistants, descendit de l’estrade en compagnie du frère Martin et alla jusqu’au lieu du supplice, où elle mourut très pieusement.

Il tient de Jean Fleury, clerc du bailli et greffier, qu’au rapport du bourreau, une fois son corps brûlé et réduit en cendres, son cœur resta intact et plein de sang. On lui enjoignit de rassembler les cendres et tout ce qui restait d’elle et de les jeter dans la Seine.

Nicolas Caval

Il ne fut pas présent lors de l’exécution et ne vit pas la foule des Anglais ; il apprit cependant de certains qu’elle criait et invoquait le nom de Jésus à ses derniers moments et qu’elle toucha plusieurs personnes aux larmes.

A entendu dire, car lui-même n’était pas présent à sa condamnation, que Jeanne mourut en catholique et qu’à son dernier jour elle invoquait le nom de Jésus.

Guillaume du Désert

Le lieu du supplice avait été préparé avant la prédication. Après celle-ci, Jeanne fut abandonnée par les juges ecclésiastiques et aussitôt saisie. Ignore si elle fut conduite directement au supplice ou d’abord au bailli.

Pierre Cusquel

Ne s’est pas rendu à l’exécution de Jeanne, car son cœur n’aurait pu supporter ou souffrir cela par pitié pour elle. A entendu dire que Jeanne avait communié avant.

L’a entendu dire ; et que maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice, triste et gémissant, se lamentait sur ce qu’il avait vu là en ces termes : Nous sommes tous perdus, car une personne bonne et sainte a été brûlée ; il croyait en outre que son âme était entre les mains de Dieu, puisque, au milieu des flammes, elle implorait toujours le nom du Seigneur Jésus.

Jeanne fut brûlée au Vieux Marché après une prédication. Il ne voulut pas y assister, son cœur n’aurait pu le supporter, par pitié pour Jeanne. Presque tout le monde disait que Jeanne avait subi un grand outrage et une injustice.

Il vit secrétaire du roi d’Angleterre Jean Tressart revenir du supplice, triste et plein d’affliction, déplorant la scène à laquelle il avait assisté ; il disait : Nous sommes tous perdus, car une sainte a été brûlée ! ; selon lui l’âme de Jeanne dans la main de Dieu, car au milieu des flammes elle criait toujours le nom de Jésus.

Après la mort de Jeanne les Anglais firent recueillir ses cendres et les firent jeter dans la Seine : car ils avaient craint son évasion, et craignaient qu’on ne crût à une évasion.

André Marguerie

Il assista à la dernière prédication mais parti avant l’exécution, tant cela faisait pitié ; ne sait rien du reste de l’article sinon que plusieurs des assistants pleurèrent, même monseigneur le cardinal de Luxembourg, évêque de Thérouanne.

Déclare ne rien savoir de sa dévotion ; mais elle paraissait très troublée car elle disait : Rouen, Rouen, mourray-je cy !

Fut présent à la dernière prédication, mais saisi de pitié, il n’assista pas à l’exécution. Plusieurs pleuraient, surtout l’évêque de Thérouanne. — Jeanne paraissait très troublée, car elle disait : Rouen, Rouen, mourrais-je ici ?

Il lui semble que par ordre du cardinal d’Angleterre, les cendres de Jeanne furent rassemblées et jetées dans la Seine.

Richard de Grouchet

Il n’était pas présent et n’a jamais parler d’une sentence prononcée par un juge séculier. La rumeur disait qu’elle avait été conduite au supplice par force et injustement.

Pierre Miget

Ne sait rien de plus sinon qu’elle fut jugée relapse, abandonnée à la justice séculière et enfin brûlée.

Ignore si une sentence séculière fut portée ; mais Jeanne fut conduite au supplice en grande hâte par des soldats anglais.

Conforme à ce qu’il a entendu. Une fois abandonnée par l’Église, Jeanne commença à se lamenter et acclamer Jésus ; et aussi partit le témoin, ému de si grande pitié qu’il ne put voir l’exécution de Jeanne.

Elle aurait été autorisée à communier le jour même. Livrée à la justice séculière, elle cria et se lamenta en invoquant le nom de Dieu, si bien que plusieurs en étaient fort tristes. Lui-même partit avant l’exécution, mû par la pitié jusqu’aux larmes, comme beaucoup d’autres, notamment l’évêque de Thérouanne [Louis de Luxembourg].

Deux sentences furent prononcées contre Jeanne ; elle fut ensuite livrée à la justice séculière. Ignore si l’on prononça une sentence séculière, mais aussitôt Jeanne abandonnée par l’évêque, elle fut saisie par les hommes d’armes anglais et conduite au supplice avec grande rage.

Jean Le Fèvre

Fut présent au dernier sermon, au cours duquel elle demanda à tous les prêtres que chacun d’eux célébrât une messe pour elle ; mais ce qui s’ensuivit, il ne le vit pas, car il s’en alla.

Elle eut une fin très catholique, et émut aux larmes les juges et plusieurs autres par très grande pitié.

Assista à la prédication de Nicolas Midi au Vieux Marché.

Jeanne finit ses jours en catholique, criant : Jésus ! Jésus ! Elle pleurait tant, faisant de pieuses lamentations, qu’à son avis nul homme, s’il avait été présent, n’aurait eu le cœur dur au point de ne pas être ému aux larmes. L’évêque de Thérouanne et tous les seigneurs pleuraient. Jeanne demanda à tous les prêtres présents de dire chacun une messe pour elle. Il ne resta pas là jusqu’à la fin et s’en alla, car il n’aurait pu en supporter la vue.

Thomas Marie

Croit qu’il en fut ainsi ; et il entendit de beaucoup qu’on vit le nom Jésus écrit dans la flamme du feu qui la consumait.

Jean Riquier

Après la dernière prédication elle fut abandonnée par les ecclésiastiques, et aussitôt il vit que les soldats et hommes d’armes anglais la saisirent et la conduisirent directement au lieu du supplice ; il ne vit pas qu’une sentence eût été portée par un juge séculier.

Ajoute avoir entendu que maître Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, présent lors de l’exécution de Jeanne, pleurant beaucoup, dit en présence du témoin et d’autres étant à proximité : Je voudrais que mon âme fût où je crois être l’âme de cette femme.

Fut présent à la prédication du Vieux Marché, le jour où mourut Jeanne. Croit qu’elle mourut en catholique. Aussitôt après la sentence ecclésiastique il vit les sergents et hommes d’armes anglais la prendre et la conduire directement au lieu du supplice ; et ne vit pas que quelque sentence eût été rendue par un juge séculier.

Pierre Morice lui raconta être venu la voir le matin, avant qu’elle ne soit conduite au Vieux Marché ; Jeanne lui dit : Maître Pierre, où serai-je ce soir ? Il répondit : N’avez-vous pas bonne confiance en Dieu ? Elle dit que si, et qu’avec l’aide de Dieu elle serait au paradis.

Lorsque Jeanne vit mettre le feu au bûcher, elle se mit à crier à haute voix : Jésus ; et le cria ainsi jusqu’à sa mort.

Les Anglais, craignant qu’on ne parlât d’évasion, dirent au bourreau de repousser un peu le feu afin que les assistants puissent la voir morte, et on ne raconterait pas qu’elle s’était évadée.

Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, qui se trouvait à côté de lui, s’exclama en pleurant : Si mon âme pouvait être là où je crois que se trouve l’âme de cette femme !

Jean Fave

Croit que Jeanne était simple, bonne et fidèle catholique ; il la vit abandonnée par l’Église, et enfin conduite par le bourreau et d’autres au lieu du supplice pour être brûlée.

N’a pas entendu parler d’une sentence ou condamnation du juge séculier. Elle fut conduite directement au supplice.

Il a vu presque tous ceux de ce pays pleurer et se lamenter. Il entendit lui-même de la bouche même de Jeanne qu’elle invoquait le nom de Jésus dans les flammes.

Guillaume de la Chambre

Fut présent lors de la dernière prédication, faite au Vieux Marché de Rouen par maître Nicolas Midi. Après ce sermon, Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler était déjà en place ; elle faisait si pieuses lamentations et exclamations que plusieurs pleuraient ; mais quelques Anglais riaient. Il l’entendit s’exclamer quelque chose comme : Ah !Rouen ! J’ai grand peur que tu n’aies à souffrir de ma mort !. Ensuite elle se mit à crier : Jésus, et à invoquer saint Michel ; puis enfin disparut dans le feu.

Jean de Mailly

Fut présent lors du dernier sermon, le jour où elle fut brûlée. Il y avait trois échafauds : un pour les juges, un autre pour les prélats où lui-même se trouvait, un autre où se trouvait le bois préparé pour brûler Jeanne. — La prédication terminée, on prononça la sentence ; Jeanne se mit à faire plusieurs exclamations pieuses et à se lamenter ; entre autres, elle dédouanait le roi de lui avoir rien fait faire, en bien ou en mal. — Ne voulant voir brûler Jeanne, le témoin partit. Il vit plusieurs des assistants pleurer.

Thomas de Courcelles

Il fut présent lors de la dernière prédication faite au Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il ne la vit pas brûler, car aussitôt après la prédication et le prononcé de la sentence il s’en alla.

À ce qu’il croit, elle avait reçu la communion avant la prédication et la sentence.

Jean Marcel

Il assista à la seconde prédication, et il la vit dans le feu, répétant à haute voix : Jésus. — Croit fermement qu’elle mourut en bonne chrétienne ; et le sait des religieux qui l’accompagnaient à l’heure de sa mort. La plupart des assistants pleuraient, pleins de douleur et de pitié, car on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.

Jean de Lénizeul(serviteur de Guillaume Érart)

Il assista à la seconde prédication. Le matin, avant la prédication, il vit qu’on portait à Jeanne le Corps du Christ avec beaucoup de solennité, en chantant des litanies et en disant Priez pour elle [latin : Orate pro ea], avec une grande quantité de torches ; mais ignore qui l’ordonna. Il ne vit pas Jeanne recevoir la communion mais entendit dire qu’elle l’avait reçu très dévotement et avec grande abondance de larmes.

Peu après on conduisit Jeanne sur une estrade préparée au Vieux Marché ; Nicolas Midi fit une prédication, mais il était trop loin pour l’entendre. Juste après il ne vit Jeanne remise à la justice séculière mais directement conduite au supplice, et, là même, la vit brûler. Elle criait à haute voix : Jésus, à plusieurs reprises.

Guillaume Colles, dit Boisguillaume(second notaire du procès)

Le mercredi suivant Jeanne fut conduite au Vieux Marché de Rouen ; Nicolas Midi fit un sermon, Cauchon prononça la sentence de relapse et elle fut aussitôt prise par les laïcs et conduite, sans autre sentence ni procès, au bourreau pour être brûlée. — Sur le chemin, elle faisait beaucoup de pieuses lamentations, invoquant le nom de Jésus, si bien que presque tous ceux qui étaient présents ne pouvaient retenir leurs larmes.

Après sa mort, les gens du peuple montraient ceux qui avaient participé au procès avec horreur. Il entendit dire que tous les responsables de sa mort moururent de façon très honteuse : que Nicolas Midi fut frappé de lèpre juste après, que Cauchon mourut subitement pendant qu’il se faisait faire la barbe.

Maugier Leparmentier

Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen, et à celle du Vieux Marché, le jour où Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler y avait été placé avant même la fin de la prédication et avant le prononcé de la sentence. Aussitôt cette sentence rendue par Cauchon, sans aucun intervalle, et sans qu’il eut remarqué qu’une sentence eût été rendue par un juge laïc, elle fut conduite au feu.

Placée dans ce feu, elle cria plus de six fois Jésus et surtout dans son dernier souffle elle cria à haute voix Jésus, si bien que tous les assistants purent l’entendre. Presque tous les assistants pleuraient de pitié.

A entendu dire que les cendres furent recueillies et jetées dans la Seine.

Laurent Guesdon(alors lieutenant du bailli de Rouen)

Fut présent à la prédication du Vieux Marché, avec le bailli dont il était alors le lieutenant. Après le prononcé de la sentence ecclésiastique, immédiatement et sans intervalle, elle fut remise au bailli et sans attendre que le bailli ou le témoin, auxquels il appartenait de rendre une sentence, l’eût fait, le bourreau saisit Jeanne et la conduisit à l’endroit où le bois avait été préparé et où elle fut brûlée. Ce n’était pas régulier, car peu après on agit différemment avec un malfaiteur nommé Georges Folenfant. Après la sentence ecclésiastique, ce Georges fut conduit à la cohue [au marché] et condamné par la justice séculière ; et non pas mené aussi rapidement au supplice.

Croit que Jeanne est morte en catholique, car elle mourut en criant le nom du Seigneur Jésus. C’était grande pitié, et presque tous les gens présents étaient émus aux larmes.

Après la mort de Jeanne, ses cendres furent recueillies par le bourreau et jetées dans la Seine.

Jean Moreau(habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy)

Après la prédication [du Vieux Marché], elle fut remise à un sergent, lequel la livra au bourreau, sans qu’une sentence eût été prononcée par le bailli. Le bourreau la mena au feu, et là il l’entendit demander de l’eau bénite ; elle criait Jésus à haute voix. Elle demanda aussi une croix. — A entendu dire que ce jour là, ou la veille, elle avait reçu la communion.

Pierre Daron(alors procureur de Rouen)

Fut présent au sermon du Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il la vit remettre à la justice séculière, et sans aucun délai ni sentence d’un juge laïc, elle fut remise au bourreau et conduite sur une estrade où avait été préparé le bûcher.

Croit qu’elle termina sa vie en catholique, car elle faisait plusieurs pieuses exclamations et lamentations, invoquant le nom de Jésus. Il l’entendit dire : Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma maison ?Plusieurs étaient émus aux larmes et beaucoup étaient mécontents qu’elle eût été exécutée à Rouen. — Jusqu’à son dernier moment, Jeanne criait toujours Jésus !

Ses cendres et ses restes furent assemblés et jetés dans la Seine.

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