Adrien Harmand

Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure (1929)

Essai de reconstitution. L’étude la plus complète jamais consacrée au costume, à l’armure et à l’apparence de Jeanne d’Arc.
Couverture.
    Auteur
    Date de publication
    1929

    Présentation

    Lorsqu’en 1929 Adrien Harmand publie Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure, son ambition est avant tout pratique : que les artistes cessent de représenter Jeanne d’Arc dans des tenues anachroniques ou absurdes. Depuis cinq siècles en effet, peintres, sculpteurs, illustrateurs, puis metteurs en scène de théâtre et de cinéma, l’ont habillée au gré de leur imagination ou de leur ignorance. Lui-même peintre de formation — élève de Jean-Léon Gérôme — et historien par passion — membre de la Société archéologique d’Eure-et-Loir —, Harmand met cette double compétence au service d’une documentation exhaustive, fiable et, par sa masse d’illustrations (plus de 400), facilement exploitable, pour que cesse enfin ce puéril défilé de déguisements fantaisistes.

    Sa méthode repose sur deux idées directrices.

    La première est que Jeanne voulait paraître homme. Loin d’adopter une tenue de circonstance, elle avait revêtu intégralement et sans modification aucune le costume masculin de son temps — chaperon, gippon, chausses attachées par les aiguillettes, robe courte, braies, houseaux, puis le harnais blanc du chevalier — et fait tailler ses cheveux en rond à la mode des hommes. Tous les témoignages contemporains le confirment : à Chinon, on la prend d’abord pour un garçon. Or, dès le milieu du XVe siècle, un continuel malentendu s’installe : les artistes s’obstinent à la féminiser — longue chevelure, cuirasse bombée, jupon ou robe fendue — trahissant ainsi sa volonté la plus constante. D’où la formule provocante de Harmand : pour représenter fidèlement Jeanne d’Arc, il faut d’abord en faire un garçon.

    La seconde idée concerne les sources iconographiques elles-mêmes : avant la Renaissance, les artistes habillaient leurs personnages, anciens ou modernes, à la mode du moment où ils travaillaient. La fidélité historique ne les intéressait pas. Bien plus, ils répugnaient à reproduire les modes du passé, au point que, lorsqu’ils recopiaient une œuvre ancienne, ils en respectaient la composition mais en dépouillaient les figures de leurs habits démodés pour les revêtir à la dernière mode. Ainsi, en 1440, Philippe le Bon fit exécuter la copie d’un manuscrit que son père Jean sans Peur avait commandé en 1415 : les enluminures sont rigoureusement identiques, à cela près que les habits des personnages ont été remis au goût du jour. Cette habitude, fâcheuse pour l’historien naïf, devient ici un instrument précieux : une œuvre datée des environs de 1430 est un véritable journal de modes du moment où elle fut exécutée.

    De la rencontre de ces deux principes découle toute la démonstration du livre. Puisque aucun portrait de Jeanne n’a survécu, et puisqu’elle s’habillait exactement comme les jeunes seigneurs et écuyers de son temps, il faut procéder en deux temps. D’abord, établir d’après les textes contemporains la nature précise de chaque pièce qu’elle a portée — sources écrites propres à Jeanne. Ensuite, en chercher la forme exacte dans les figures masculines des œuvres figurées datées de la période — sources visuelles propres à l’époque —, en écartant scrupuleusement tout monument postérieur, sous peine d’anachronisme. Au total, Harmand aura compulsé près de mille documents : 200 sources écrites, d’où il tire 1 500 citations, et 750 sources visuelles — 500 manuscrits enluminés, mais aussi des gisants et pierres tombales, des statues funéraires, des sculptures, des vitraux, les tableaux de Van Eyck, des retables allemands ou des fresques italiennes —, d’où il relève 4 000 éléments. Procédant vêtement par vêtement et croisant tous ces témoignages, il peut alors arrêter, pour chaque pièce, la forme la plus vraisemblable.

    Reste que Harmand n’a pas seulement décrit : en peintre, il a dessiné. À côté de quelques reproductions de tableaux ou de miniatures, l’immense majorité des illustrations sont de sa main : des croquis qui viennent appuyer le texte, donnant à voir ce que la description énonce — la forme d’un chaperon, la coupe d’un gippon, le détail d’une pièce d’armure ; des patrons tracés avec leurs dimensions et leur mode d’assemblage, si précis qu’un couturier pourrait reproduire chaque vêtement ; enfin, de grands dessins d’ensemble où il restitue Jeanne de pied en cap à chaque étape de sa vie. L’ouvrage la suit ainsi en trois temps, qui en forment les trois parties : de Vaucouleurs à Tours, la mise humble et simple du départ et du voyage ; de Tours à Compiègne, le harnais de guerre et les riches robes de chevalier ; de Compiègne à Rouen, la captivité et le costume d’infamie réservé aux relaps, jusqu’au bûcher.

    Le souci du détail conduit même Harmand à une trouvaille inattendue. En confrontant ses reconstitutions aux métrages de tissu mentionnés dans les comptes contemporains — notamment ceux de la robe de fine Bruxelles offerte à Jeanne —, il parvient à déduire sa taille : entre 1,57 m et 1,59 m.

     

    Images (7)

    [1929]

    Jeanne d’Arc quitte Vaucouleurs pour aller à Chinon.

    Par : Adrien Harmand

    [1929]

    Jeanne d’Arc à sa sortie de Compiègne, le 23 mai 1430.

    Par : Adrien Harmand

    [1929]

    Essai de reconstitution de l’étendard de Jeanne d’Arc.

    Par : Adrien Harmand

    [1929]

    Jeanne d’Arc portant son étendard.

    Par : Adrien Harmand

    [1929]

    Jeanne d’Arc sur la place du Vieux-Marché.

    Par : Adrien Harmand

    [1929]

    Jeanne mitrée, prête à monter au bûcher.

    Par : Adrien Harmand

    Édition

    • Paris, Leroux (In-4° de 400 p. Prix : 250 fr.)

      Adrien Harmand — Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure — Essai de reconstitution — Vrayement cela partiroit d’une mauvoise nature d’avoir à mespris les pourtraicts mesmes de nos amis et predecesseurs la forme de leurs vestement et de leurs armes. (Montaigne, Essais, liv. II, chap. XVIII.) — Librairie Ernest Leroux, 28, rue Bonaparte, Paris (VIe) — 1929

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