I. : 10. Harnachement du cheval
19610. Harnachement du cheval
Les chapitres précédents ont fait comprendre sous quel aspect Jeanne d’Arc avait dû se présenter aux habitants de Vaucouleurs quand elle eut revêtu pour la première fois le costume d’homme qu’elle devait à leur libéralité. Il nous reste à découvrir comment put être sellé et bridé le cheval qu’elle montait lorsque, accompagnée de Poulengy, de Jean de Metz et de leur suite, elle sortit de la porte de France pour se rendre à Chinon.
Considérons séparément, d’abord la bride et ensuite la selle.
On sait que toute bride se compose de la monture, du mors et des rênes.
La monture se subdivise en têtière, montants, frontal et sous-gorge. Quelques brides ont en plus la muserolle.
La têtière, ou dessus de tête, pose sur la nuque du cheval, derrière les oreilles.
Les deux montants prolongent la têtière le long des joues et vont se boucler aux yeux du mors. Chacun d’eux possède une boucle qui permet de hausser ou de baisser le mors selon la longueur de la tête du cheval.
Le frontal passe horizontalement sur le front, au-dessus des yeux. Fixé de chaque côté à la têtière, il empêche celle-ci de glisser en arrière.
La sous-gorge part du côté droit de la têtière, entoure la gorge et vient rejoindre la têtière à son côté gauche. Elle se boucle de ce même côté, appelé côté montoir.
La muserolle circonscrit la tête entre les yeux et les naseaux, parallèlement au frontal.
L’assemblage de ces différentes pièces, qui constituent actuellement la monture d’une bride, se retrouve, en totalité ou en partie dans les harnachements représentés dans les anciens monuments. Il semble dès lors à l’observateur superficiel que ces brides ne se distinguent des nôtres, toujours extrêmement simples, que par leur ornementation constante et quelquefois très recherchée. Cependant, si l’on examine attentivement leurs images, on ne tarde pas, en les comparant avec nos brides, à découvrir des différences plus essentielles.
L’agencement de la bride a d’ailleurs varié, non seulement d’un siècle à l’autre, mais encore suivant les goûts de chacun dans une même époque. Il est arrivé également que des types d’un passé éloigné se sont trouvés reparaître ultérieurement très peu modifiés. La bride normande de la tapisserie de Bayeux, par exemple, possédant têtière, montants, frontal et muserolle, mais privée de sous-gorge, redevient en usage dans la première moitié du quinzième siècle1140. Peut-être même n’avait-elle 197jamais été complètement abandonnée.
La figure 1, provenant d’une miniature d’environ 14251141, montre une bride de ce genre. On remarquera que, dans cette bride, ainsi que dans toutes celles dont les images vont suivre, les montants sont dépourvus des boucles qui, dans les brides modernes, servent à hausser ou à baisser le mors suivant la longueur de la tête du cheval. Ces anciens montants se prolongeaient au-dessus du frontal, devenaient ainsi têtière et se bouclaient ensuite l’un à l’autre sur la nuque, comme le montrera plus loin la figure 5.
Des brides, également dénuées de sous-gorges, se rencontrent aussi sans muserolles1142. Nous en faisons voir un spécimen dans la figure 21143.
La suppression de la sous-gorge est une simplification qui eut toujours l’inconvénient de permettre à des chevaux livrés à eux-mêmes de se débrider facilement. Aussi la grande majorité des anciennes brides possédaient-elles, comme les nôtres, des sous-gorges. La figure 3 en donne un exemple provenant d’une peinture de Gentile da Fabriano et datant de 14231144.
On y remarquera que la sous-gorge n’est ici que le prolongement du frontal. Une seule courroie remplit les fonctions de ces deux pièces que nous verrons ailleurs nettement distinctes l’une de l’autre, ainsi que dans les brides modernes. Un dessin de Pisanello1145, dont notre figure 4 reproduit le calque, offre un second exemple de ces frontaux formant sous-gorges, très usités pendant le moyen âge et dont l’Italie n’eut pas le monopole exclusif1146.
198Ces frontaux sous-gorges se bouclaient du côté montoir, comme on peut le constater sur une bride peinte en 1447 par Giovanni Boccati1147 et dont la figure 5 donne la reproduction.
On doit y remarquer en outre que, si le frontal et la sous-gorge sont d’une seule pièce, il en est de même de la têtière et des montants, visiblement bouclés sur la nuque.
Une particularité qu’il nous faut signaler ici, est la présence, dans les deux exemples qui précèdent, d’une petite pièce oblongue posée transversalement sur chaque montant au-dessus de la bossette du mors. Dans la bride de 1447, cet ornement est répété sur le frontal. Dès 1423, on voit en Italie des frontaux et des montants ainsi parés1148. Vers 1440, Masaccio en décore les montants des brides de ses chevaux, à l’exclusion des frontaux qui en sont privés1149. En 1447, toutes les brides figurant dans les deux tableaux de Boccati, conservés à Pérouse, en sont munis, aux frontaux comme aux montants. C’était donc là une mode bien italienne, que nous retrouvons en Flandre dans la bride de la monture d’un chevalier du Christ du retable de Saint-Bavon, peint par Van Eyck, vers 14301150.
Dans d’autres brides, la petite pièce oblongue du front se prolonge en arrière de façon à relier le frontal à la têtière entre les deux oreilles et c’est en France que nous trouvons ce détail pour la première fois1151.
La figure 6 montre une bride intéressante pour nous, à la fois par sa date et par le genre de harnais auquel elle appartient.
Provenant d’un retable, exécuté par un peintre allemand, 199connu sous le nom de Maître Francke, entre les années 1424 et 14351152, notre dessin représente le harnachement du cheval de Saint Thomas Becket au cours d’un voyage. Ce harnais, d’une simplicité relative pour l’époque, nous donne une idée de l’aspect que pouvait alors présenter un cheval de route, comme fut celui qui porta la Pucelle de Vaucouleurs à Chinon. Ici, le frontal est indépendant de la sous-gorge. La muserolle règne seulement sur le chanfrein, d’un montant à l’autre. Ce simple dessus de nez se rencontre ailleurs, principalement vers 14101153. On remarquera en outre que le frontal et la muserolle dépassent les montants de quelques centimètres et que leurs extrémités, ainsi dépassantes, sont terminées par des mordants. On avait vu, en France, une vingtaine d’années auparavant, des frontaux prolongés de cette façon1154.
Dans certaines brides, la sous-gorge et parfois aussi la têtière, au lieu d’avoir la même importance que les autres pièces, se réduisaient à de simples courroies1155. Plusieurs brides, peintes vers 1440 dans l’enluminure du Décaméron de l’Arsenal (ms. 5070) et dont notre figure 21 donne plus loin un spécimen, possèdent des têtières extrêmement minces alors que les montants et les frontaux sont larges, ornés ou découpés de façons variées. On retrouve cette disposition au folio 299 du ms. 9232 de la Bibliothèque de Bruxelles d’environ 1460.
Les chevaux de chasse eurent quelquefois des brides munies de chasse-mouches, et sans doute partagèrent-ils ce privilège avec leurs congénères de voyage et de promenade dans la saison chaude. Des bandes volantes, en forme de lambeaux feuillus, d’environ un pied de longueur, fixées à la jonction du frontal et de la têtière, une de chaque côté, constituaient ces appendices1156.
Terminons enfin cet examen des principaux types de montures de brides en usage dans la première moitié du quinzième siècle en présentant un dernier mode qui diffère des précédents par l’extrême simplicité de sa combinaison. À l’exception du frontal, tout le reste de la monture se réduit à deux courroies dont l’une est munie d’une boucle. La figure 7 fait comprendre cet agencement.
Dans chacune des extrémités du frontal sont aménagés deux passants proches l’un de l’autre. La première courroie part du côté gauche du mors, monte le long de la tête du cheval, traverse l’avant-dernier passant de gauche du frontal 200et contourne la nuque. Arrivée au milieu de la nuque, elle redescend du côté droit, traverse le dernier passant de droite du frontal et côtoie la ganache du même côté. Après avoir contourné la gorge, elle se termine par une boucle sur le côté gauche. La seconde courroie part du côté droit du mors, monte le long de la tête du cheval, traverse l’avant-dernier passant de droite du frontal, contourne la nuque par dessus la première courroie et redescend du côté gauche en traversant le dernier passant de gauche du frontal, à la sortie duquel son extrémité vient se boucler à la première courroie. Ainsi chacune des deux courroies est successivement montant, têtière et sous-gorge. Un passant de métal, en forme de double boucle, réunissait ces deux courroies sur la nuque du cheval, à leur point de croisement, comme l’indique la figure 81157.
La plupart des brides du treizième siècle furent montées d’après ce principe1158, qui passa de mode au cours du suivant, mais ne cessa jamais complètement d’être usité puisqu’on le trouve, vers 1460, dans les tapisseries, dites de Jules César, du Musée historique de Berne.
Examinons maintenant les mors dont sont pourvues les brides représentées dans nos dessins précédents. La première de ces brides (fig. 1) offre un exemple de mors à longues branches, à l’extrémité desquelles viennent s’attacher les petites rênes, tandis que les grosses rênes1159, qu’on appelait aussi larges rênes1160, aboutissent directement à l’embouchure en s’accrochant aux arcs des banquets sous les bossettes.
Nous devons faire remarquer ici qu’à la différence de nos brides modernes qui comportent généralement deux mors, l’un à canon rigide, dit spécialement mors de bride, et un mors brisé, appelé mors de filet, les brides anciennes ne possédaient jamais qu’un seul mors, tantôt brisé, tantôt rigide. Il en résulte que ces deux rênes, qu’on rencontre dans les anciens monuments, s’adaptent toutes deux à un seul et unique mors. Elles ne correspondaient donc pas, comme on pourrait le croire au premier abord, à nos rênes de bride et de filet, lesquelles aboutissent chacune à un mors différent.
La figure 2 nous montre un mors sans branches, muni des seules grosses rênes. On retrouve le mors à branches dans les figures 3 et 4 avec grosses rênes aux bossettes et petites rênes aux extrémités des branches.
Les grosses rênes sont fixées aux courtes branches d’un mors dans la figure 5. Elle n’y sont pas accompagnées des petites rênes.
La figure 6 nous met en présence d’une barrette d’environ six centimètres de longueur, munie en son milieu d’une courte tige qui la relie, sous la bossette, au banquet d’un mors sans branches. Aux extrémités de cette barrette viennent s’attacher, en haut la grosse rêne et en bas la petite. La grosse et la petite rêne de la monture d’un des Juges intègres de van Eyck s’adaptent au mors d’une manière analogue, bien 201que cette disposition soit inversée dans les brides des Chevaliers du Christ du même peintre1161.
Dans la figure 9, qui provient de l’Adoration des Mages, peinte en 1423 par Gentile da Fabriano1162, reparaît un mors à branches. Ce mors, sans bossettes, rappelle celui de nos bridons de course, par la façon dont les branches traversent de part en part l’extrémité des canons. On voit, dans cette figure, la grosse rêne attachée près de l’embouchure et la petite en bas des branches.
La figure 10 offre un autre exemple de mors, d’environ 14301163, à chaque branche duquel viennent aboutir deux rênes d’égale largeur et semblables aux petites rênes des brides précédentes. L’une de ces deux rênes est fixée à l’extrémité de la branche, l’autre se relie à cette même branche, près de l’embouchure au moyen d’une chaînette. Ce mode d’attache par chaînettes se rencontre ailleurs, employé pour les grosses rênes1164.
Quelquefois la petite et la grosse rêne, au lieu d’aboutir au mors, chacune en un endroit différent, venaient s’attacher toutes deux au même point, soit à l’embouchure dans le mors sans branches1165, soit, beaucoup plus rarement, à l’extrémité de la branche dans le mors à branches1166. L’une des deux rênes servait dès lors de simple doublure à l’autre. Il y eut d’ailleurs de véritables doubles rênes formées de deux rênes d’égales dimensions, semblables à celles de la figure 10, mais attachées toutes deux au même point du mors. Images et textes ne nous les montrent pas avant 13801167. Quant aux grosses ou larges rênes brodées, frangées, découpées, festonnées, elles n’apparaissent qu’après 14001168.
Il résulte des documents qu’en principe, au quinzième siècle, lorsqu’on adaptait à un mors à branches à la fois petites et grosses rênes et qu’on les y attachait en des points différents, les premières étaient fixées à l’extrémité des branches, tandis que les grosses rênes aboutissaient à l’embouchure. À cette règle, 202dont l’existence est prouvée par d’innombrables exemples nous n’avons rencontré que de rares exceptions1169.
Il convient à ce propos de mettre en garde les artistes contre l’examen trop superficiel qu’ils pourraient faire de certaines miniatures paraissant contredire cette dernière assertion. Dans ces images en effet, qu’on trouve fréquemment au cours du quinzième siècle, il semble au premier abord que la grosse rêne aboutisse à l’extrémité d’une branche de mors très mince et rigoureusement droite alors que la petite s’attache seule à l’embouchure. Mais voici la réalité. Une mince courroie, ou une chaînette, dont la longueur variait de cinq à vingt centimètres environ, reliait souvent la grosse rêne à son point d’attache. Le poids de cette rêne parfois très large et d’autant plus lourde, opérait sur la chaînette une tension qui la maintenait absolument droite. C’est cette chaînette ou courroie d’aspect rigide qu’à première vue on est tenté de prendre pour une branche de mors.
Ainsi donc, au quinzième siècle, la règle ordinaire fut d’attacher la grosse rêne à l’embouchure et la petite à l’extrémité de la branche du mors, et ce n’est guère que dans le courant du seizième que cet ordre fut interverti.
Il nous reste à parler d’un genre de mors, qui nous semble, en raison de sa fréquente représentation dans l’iconographie contemporaine, avoir été particulièrement en faveur à l’époque de notre héroïne. La figure 11 nous en offre un exemple provenant du retable de Saint-Bavon de Gand, œuvre à laquelle travaillait encore Jean van Eyck en 1430.
Ce mors se fait remarquer par le peu de longueur de ses branches. Sa configuration l’assimile à un type de plus grande dimension qu’on rencontre dans maintes miniatures de la première moitié du quinzième siècle1170. Parmi les précieuses reliques du passé que renferme l’inestimable collection Pauilhac, il existe un spécimen de ce dernier type. L’obligeante amabilité de M. Pauilhac, auquel nous renouvelons ici nos vifs remerciements, nous permet d’en donner l’image dans la figure 12.
On y constatera sa grande similitude avec le mors de van Eyck (fig. 11). La différence entre ces deux mors ne consiste guère en effet que dans les dimensions de leurs branches. Les branches du mors de la collection Pauilhac mesurent quatorze centimètres et demi, du canon à leurs extrémités, tandis que, dans la figure 11, la même distance est manifestement moindre.
Nos dessins précédents ont montré combien les brides, leurs mors et leurs rênes variaient de formes et d’ornementations à une époque où la fabrication en séries était 203inconnue. Nous allons voir que cette diversité n’était pas moindre dans les selles.
Les selles de chevaux s’appelaient selles à chevaucher, pour les distinguer des selles à seoir et des selles de retrait, fabriquées, comme les premières, par les selliers, bien qu’elles n’eussent aucun rapport appréciable avec l’équitation.
Deux sortes d’ouvriers concouraient à la fabrication des selles à chevaucher. Les arçons étaient construits par les chapuiseurs. L’arçon, partie solide de la selle, consistait en un bâtis de plusieurs pièces de bois de hêtre assemblées. Comme encore aujourd’hui, il se composait de deux lames, appelées bandes, destinées à s’appuyer sur les côtes du cheval de chaque côté de l’épine dorsale et réunies par deux arcades. L’arcade de devant protégeait le garrot, l’arcade de derrière les reins de l’animal. L’article 2 des statuts des selliers de Limoges, de 1403, exige que l’arçon de la selle qui se mettra en ouvrage neuf soit bien sec et soit bien fermé dans les jointures, lesquelles seront bien encollées de bonne colle entre les 2 joints et réunies avec bonnes clavettes de fer1171
. L’article 3 des mêmes statuts recommande que l’arçon soit bien nervé dessus et dessous ainsi qu’il appartient et dessous qu’il soit couvert sur les nervures afin que la sueur des chevaux ne détrempe pas les nervures1172…
L’opération de la nervure consistait dans l’application d’un nerf de bœuf réduit en filasse qu’on écartait et étendait sur l’arçon de tous côtés en l’enduisant de colle forte chaude. Une fois refroidi et sec, l’arçon ainsi nervé était recouvert de toile trempée préalablement de même colle. Puis on les ferrait à certains endroits de bandes de fer plates et autres ferrements tels que porte-étriers, boucles et anneaux enchappés cloués au bois. Les selles étaient ensuite livrées aux garnisseurs qui les recouvraient en dessus de cuir de vache, de cordouan ou de mouton bien préparé, et en dessous de peau de mouton. Ces cuirs se fixaient sur l’arçon au moyen de clous de fer à larges têtes rondes appelées besans1173. On y ajoutait les sangles, les étrivières avec leurs étriers, les poitrails, qu’on nommait aussi picières, les culières ou croupières etc…
Le cordouan qu’on employait pour recouvrir les selles était de teintes variées, rouge1174, noir1175, vert1176. On remplaçait quelquefois le cuir par du velours1177 ou du drap de différentes couleurs1178. Les selles se bordaient de laiton1179, 204d’os1180, de fer1181, de cuivre doré1182, d’une ou de deux1183 ou trois rangées de clous1184. Une livre de coton en rembourrait le siège1185. Le cuir de la bride, des rênes, des étrivières, du poitrail et de la croupière se trouvait parfois recouvert de soie1186, de velours1187, de satin1188 ou de simple drap1189 et, sur ces étoffes, on appliquait des découpures1190, des broderies1191, des franges1192 ou des ornements de métal1193 aussi bien que sur le cuir lorsqu’il restait apparent.
Il y avait les selles à chevaucher en guerre1194, les selles à chevaucher en chausses1195, les selles de joutes1196, de tournois1197, de parement1198, de bannières1199, les selles de chasse, à courre en bois1200, les selles à crosses pour porter les malles1201. De plus les anciens textes, comptes et inventaires, lorsqu’ils mentionnent une selle, indiquent presque toujours le genre de cheval auquel elle est destinée. C’est ainsi qu’on y rencontre des selles de palefrois, de coursiers, de haquenées, de roncins. À chacune de ces catégories de montures correspondait donc une selle spéciale.
Il serait bien difficile, croyons-nous, et d’ailleurs de peu d’intérêt de découvrir actuellement les différences qui devaient exister entre les selles affectées aux divers genres de chevaux. Aussi allons-nous borner nos efforts à rechercher en quoi consistait la selle de voyage dans le premier tiers du quinzième siècle.
L’enluminure du Livre des Merveilles débute par une scène représentant deux marchands vénitiens prenant congé de l’empereur de Constantinople pour aller à la cour du grand Khan des Mongols. Les chevaux de ces voyageurs attendent à la porte du palais impérial. On distingue la selle de l’une de ces montures dont nous reproduisons l’aspect dans la figure 131202.
Le siège de cette selle parait peu élevé et, si le devant de l’arçon à une certaine importance, par contre le troussequin, aplati et renversé en arrière de façon à prolonger sans à-coup le siège de la selle, contraste avec les troussequins à dossiers de la plupart des selles de l’époque. On remarquera que, sous ce dernier rapport, cette selle n’est pas sans analogie avec nos selles modernes.
On rencontre ce type, quant au troussequin et aux quartiers taillés carrément dans un manuscrit contemporain du précédent, mais cette fois sous l’assiette d’un 205homme d’armes combattant1203, ce qui prouve qu’il n’était pas réservé uniquement aux chevauchées des voyageurs. On le rencontre encore, avec les angles des quartiers légèrement arrondis, dans une scène de martyre, peinte vers 1425, où l’on voit saint Éric, vêtu seulement de ses braies, monté sur un cheval et frappé par deux bourreaux1204. Toutes les selles représentées dans un Parcival de la Bibliothèque de Dresde, d’environ 1430, qu’elles appartiennent à des cavaliers en armure ou à des personnages en costume civil, sont semblables à l’arçon de notre figure 13. Il en est de même de la majorité des selles qu’on voit dans un manuscrit du Musée germanique de Nuremberg, daté de 14411205. Nous croyons y reconnaître ces petites selles d’Allemaigne qui mirent si rudement à l’épreuve l’assiette du bon duc Philippe de Bourgogne aux joutes de Lanshong [Landshut], en 14541206. Ces sortes de selles, propres au voyage ou à la promenade, possibles à la guerre, offraient en effet peu de sécurité pour la joute. Les cavaliers ne s’y trouvant étayés par aucun arrêt saillant étaient à peu près certains de vider les arçons en cas de choc direct de la lance. La seule différence qui existe entre ces selles allemandes et la selle de la figure 13 consiste dans la forme des quartiers, lesquels, au lieu d’être coupés carrément, sont taillés en demi-cercles dentelés dans les manuscrits d’outre-Rhin, disposition qu’on rencontre d’ailleurs dans beaucoup de selles françaises de la même époque.
Plusieurs manuscrits, notamment le Livre des Merveilles, d’où provient notre figure 13, nous montrent une variante du type précédent avec troussequin bilobé1207. Il y a lieu de remarquer que, dans le Livre des Merveilles, cette sorte de selle à troussequin aplati, renversé en arrière et divisé en deux lobes, se trouve exclusivement réservée aux guerriers tartares1208, mahométans1209 et arméniens1210, alors que les autres manuscrits nous la font voir aussi bien adoptée par les occidentaux, tant civils que militaires. La 206figure 14 en offre un spécimen1211.
Cette selle et la précédente rentraient dans la catégorie des plates selles1212, appelées ainsi pour les distinguer des selles à troussequins saillants dont nous allons présenter quelques exemples dans les figures suivantes.
Le dessin que donne la figure 15 est tiré, comme celui de la figure 13, du Livre des Merveilles1213. La miniature dont il provient montre l’explorateur anglais, Jean de Mandeville, quittant son souverain pour s’en aller aux pays d’outre-mer. On y voit un troussequin saillant, en arc de cercle, posé de champ sur l’arçon. Nous en retrouvons un semblable, au folio 3 du même manuscrit, sur la selle d’un autre voyageur. Ce type se rapproche du troussequin des selles de nos cuirassiers.
C’est une selle sensiblement différente de ces trois derniers exemples qu’à montrée le dessin de Pisanello, reproduit au trait dans notre figure 4. Mais comme elle nous paraît rentrer dans la catégorie des selles destinées plutôt aux chevauchées pacifiques qu’aux entreprises de guerre, nous croyons pouvoir la mentionner ici à la suite des selles de voyage représentées par nos figures 13 et 15. Elle se singularise à la fois par l’importance de son arcade de garrot, en forme de disque posé verticalement à la façon d’un écran, et par le dossier bas, à deux cornes, qui constitue son troussequin. Ces deux cornes se recourbent en avant de manière à circonscrire le séant du cavalier. Cette disposition existait dans la plupart des selles de combat, mais avec un dossier généralement plus élevé, donnant naissance à des cornes plus larges en hauteur. Si l’on en excepte les statues de Barnabé Visconti du Musée archéologique de l’Académie de Milan et du saint Georges de la cathédrale de Bâle, toutes deux de la fin du quatorzième siècle, les troussequins possédant des cornes aussi minces que celles que nous a fait voir la figure 4, ne se rencontrent que dans l’œuvre de Pisanello1214. Quant à l’arcade de garrot en forme de grand disque, on la retrouve dans l’Adoration des Mages de Masaccio du Musée de Berlin et, plus tard, vers 1460, sur une selle de guerre, dans une des tapisseries, dites de Jules César, du Musée historique de Berne.
207Nous donnons ici (fig. 16) la selle du cheval d’un roi Mage du tableau de Masaccio que nous venons de citer. On y voit la housse dont on recouvrait souvent les selles pour chevaucher en chausses. Les cornes du troussequin, plus larges que celles de la figure 4, y sont aussi moins recourbées. Nous constatons la présence de cornes du même genre au troussequin d’une autre selle de voyage représentée par la figure 17 provenant d’une miniature d’environ 14401215.
Il ne fallait pas en effet que les troussequins fussent trop cintrés pour pouvoir se mettre en selle et en descendre facilement1216. Les selles de joutes et de tournois avaient cet inconvénient de nécessiter l’aide d’autrui pour s’y installer ou les quitter, en raison des cornes très recourbées de leurs troussequins1217.
Les cornes modérément cintrées furent d’un usage général dans les selles de guerre pendant tout le cours du moyen âge à partir de la fin du douzième siècle1218. Elles existent encore aujourd’hui dans les troussequins des selles provençales1219.
La figure 18 nous offre un dernier exemple de selle de voyage. Il est tiré, comme les figures 3 et 9 de ce chapitre, de l’Adoration des Mages de Gentile da Fabriano, datée de 1423. Ici, les cornes du troussequin s’étendent moins en largeur que dans les deux selles précédentes, mais se dressent davantage en hauteur à la façon des pointes d’un croissant. Il en résulte un dossier plus concave en son milieu. On rencontre cette variété du troussequin à cornes dans des selles de guerre1220.
Le poids de la selle nécessitait le plus souvent l’usage d’une courroie de poitrail, qui l’empêchait de glisser en arrière dans les montées, et quelquefois aussi celui d’une croupière ou culière qui la retenait en sens inverse dans les descentes. Cette dernière pièce de harnais était moins indispensable que le poitrail, la proéminence du garrot suffisant généralement à arrêter les poussées de la selle en avant. C’est pourquoi, sur les sept harnachements de voyage, tous munis de poitrails, reproduits dans nos figures, deux seulement possèdent des croupières. L’utilité de la croupière consistait surtout en ce qu’elle supportait les boutreaux, lanières pendantes plus ou 208moins découpées qui servaient de chasse-mouches en même temps que d’ornements (Voir nos figures 1, 2, 15, 16).
Les étriers étaient, soit à branches droites comme ceux des figures 6, 15 et 191221, soit à branches convexes ainsi que l’étrier de la figure 18.
Celui que nous montre, en A, la figure 19 est vu du dehors, c’est-à-dire du côté par lequel, selon la règle, on doit introduire le pied. Nous donnons, en B, la face inverse du même étrier qui n’est visible qu’une fois l’étrier chaussé. On voit par là que les deux faces de cet étrier sont différentes. Beaucoup d’étriers du quinzième et même du seizième siècle1222 eurent ainsi un endroit et un envers. C’est ce qui explique pourquoi, dans l’ancienne iconographie, on rencontre si souvent des étriers chaussés par le dedans, contrairement à l’usage régulier. Certains cavaliers en effet tenaient, lorsqu’on leur amenait leurs montures, à ce que les étriers se présentassent pendus aux étrivières sur leur endroit souvent très orné. Il fallait donc que ces étriers fussent montés aux étrivières, non comme l’étrier de la figure 19 qui fait voir son envers, mais comme l’étrier de la figure 18 qui montre son endroit. Dès lors pour chausser l’étrier de façon que l’endroit restât en dehors et visible et l’envers en dedans et caché, force était de le chausser par le dedans.
Les étrivières, bouclées aux porte-étrivières rivés à l’arçon, ne pendaient pas extérieurement sur les quartiers comme dans les selles modernes, mais restaient cachées sous les quartiers pour n’apparaître qu’après les avoir dépassés, ainsi qu’on le voit dans nos figures 1, 2, 15, 18 et 19. Parfois cependant elles ressortaient à l’extérieur par une mortaise pratiquée dans chaque quartier à dix ou vingt centimètres environ de son bord inférieur selon la longueur des quartiers1223.
Nous croyons avoir montré jusqu’à présent une quantité suffisante de brides, de mors, de selles et d’étriers, de dates différentes et de diverses provenances, de la première moitié du quinzième siècle pour donner une idée générale de ce que fut le harnachement civil durant cette époque. Il nous faudrait maintenant, afin d’atteindre pleinement le but que nous nous sommes proposé dans cette étude, pouvoir extraire de l’imagerie ancienne un document réunissant les trois conditions d’être français, de représenter des voyageurs à cheval et de dater de 1429. Nos recherches à cet égard ayant été infructueuses, nous devons nous contenter de trois peintures qui toutes trois représentent bien des voyageurs en cours de route, mais ne satisfont que partiellement aux deux autres conditions.
De ces trois images la plus ancienne est française et son exécution remonte approximativement à l’époque de la naissance de notre héroïne. Nous en donnons un dessin dans la figure 20. La seconde a été peinte entre les années 1424 et 1435. Elle nous serait donc d’un grand secours si elle n’était allemande. Notre figure 6 a montré un harnais de cheval qui provient de cette peinture actuellement conservée au Musée de Hambourg. Enfin, la troisième image, française comme la première, 209date seulement d’environ 1440. On en voit la reproduction dans la figure 21.
Les figures 20 et 21 représentent, l’une et l’autre, à trente ans d’intervalle, la même scène d’un conte de Boccace, un voyageur chevauchant sur une route, suivi d’un valet également à cheval, porteur du bagage.
La première est tirée d’un Décaméron, historié pour le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, vers 14101224. La seconde provient d’un manuscrit que le duc Philippe le Bon fit exécuter du même ouvrage trente ans plus tard1225. Ainsi, de ces deux documents, l’un est antérieur de dix-huit ans environ à l’année 1429, alors que l’autre n’est guère que de deux lustres postérieur à cette date. C’est donc ce dernier dont les costumes et les harnachements doivent se rapprocher le plus de ceux que nous cherchons afin de pouvoir conclure ce chapitre d’une manière aussi satisfaisante que possible. Il semble en conséquence qu’il eût dû nous suffire. Nous allons voir cependant que la comparaison de cette miniature avec la précédente, en nous montrant l’évolution de la mode dans l’équipement des voyageurs, de 1410 à 1440, sera pour nous, quant à certains détails, d’un grand intérêt.
On remarque tout d’abord que la houppelande à mi-jambes, fourrée seulement intérieurement, dont se trouve revêtu le cavalier de 1410 (fig. 20), a fait place à la robe courte bordée de fourrure dans le costume du personnage de 1440 (fig. 21). Ce dernier est coiffé d’un chaperon enformé, enserré d’un chapeau de bièvre à gros bourrelet, tandis que le voyageur de 1410 a simplement paré son chef d’un chaperon façonné à la coquarde. Un tel chaperon, établi à demeure, dispensait du chapeau dont il était l’équivalent. Les deux maîtres sont tous deux chaussés de houseaux à plis et à pieds pointus. On voit par ce dernier détail que les changements de la mode n’avaient pas affecté ce genre de chaussure et que par suite il a dû exister au temps de Jeanne d’Arc tel qu’il apparaît dans nos deux dessins.
210La comparaison entre les deux serviteurs n’est pas moins intéressante. Le valet de 1410 (fig. 20), porte une houppelande à petites manches laissant voir une façon de manches de pourpoint très en faveur alors, mais qu’on ne rencontre plus qu’exceptionnellement après 1420. La robe du servant de 1440 (fig. 21) est de même coupe que celle de son maître, avec cette différence qu’au lieu d’être bordée de fourrure, elle est découpée dans le bas à la mode d’Allemagne. On avait beaucoup usé des découpures en France, vingt-cinq ans auparavant, mais depuis elles avaient disparu des robes courantes. On les réservait pour les robes déguisées dont on se parait dans les fêtes et souvent aussi, comme on le voit par notre figure 25, pour les robes de la domesticité. Nous aurons l’occasion de reparler des découpures des robes dans la deuxième partie de cet ouvrage.
Nos deux valets sont coiffés l’un et l’autre, mais diversement, du chaperon à enformer. Celui de 1410 (fig. 20) l’a troussé en forme de chapeau, la cornette tortillée en turban alors que le chaperon du valet de 1440 (fig. 21), d’ailleurs privé de cornette, est porté enformé. Tous deux sont pourvus de chapeaux rejetés sur le dos et retenus au cou par une cordelière. Cette façon de porter le chapeau existait donc du temps de Jeanne d’Arc. Le bord du chapeau de 1410 est retroussé par devant. De gros bourrelets bordent les deux chapeaux de 1440.
Quant aux harnachements des chevaux, nous retrouvons dans la miniature de 1410 (fig. 20) la selle au troussequin fuyant en arrière que la figure 13 nous a déjà montrée à la même époque sur le dos du cheval d’un voyageur. La selle de 1440 (fig. 21), complètement cachée par la robe du cavalier, semble devoir être, soit du même type, soit de celui qu’à représenté notre figure 15, car si cette selle eût possédé un troussequin à cornes, ces appendices, circonscrivant toujours le séant par dessus la robe, eussent été visibles sur la miniature. Les brides sont dépourvues de muserolles dans les deux documents. Une très mince courroie, servant de têtière, contraste avec la largeur du frontal et des montants dentelés dans la bride de 1440. Remarquons en outre que la selle de maître de 1410 possède poitrail et croupière, alors que cette dernière pièce est absente dans le harnais de son valet ainsi que dans ceux des deux cavaliers de 1440. Mais l’intérêt que nous offre la comparaison de nos deux miniatures réside moins dans les différences que nous y découvrons que dans les ressemblances et en particulier dans l’identité absolue des paquetages sur les selles des deux servants. Cette identité nous prouve en effet qu’au cours de la période de trente ans qui sépare la date de 1410 de l’année 1440, la disposition du bagage sur les selles des chevaux de route ne subit aucun changement et que par conséquent elle existait en 1429 telle que nous la voyons sur nos dessins.
Il arriva souvent, au quinzième siècle, qu’on troussât la queue des chevaux, comme l’a montré la figure 1. C’était une précaution utile dans la mauvaise saison. De 1410 à 1470 environ, les monuments nous en fournissent une suite ininterrompue d’exemples, trop considérable pour pouvoir être citée. Parfois aussi les queues furent coupées très courtes et réduites seulement à quelques vertèbres1226. On devint 211plus raisonnable vers 1460 en ne les diminuant que de la moitié de leur longueur1227. Il y eut encore des queues troussées en façon de longs catogans très serrés (fig. 16), mais on ne les vit guère qu’en Italie, de 1440 à 14501228. Toutes ces particularités n’empêchèrent pas la plupart des queues de chevaux de demeurer libres et flottantes ainsi que le montrent nos figures 20 et 21.
Comme nous l’avons déjà dit, des deux documents qui représentent ces figures, c’est celui de 1440 (fig. 21) qui doit fixer davantage notre attention puisqu’il est de dix ans seulement postérieur à l’époque de la mission de notre héroïne, alors que l’image de 1410 (fig. 20) lui est antérieure de près d’une vingtaine d’années. L’équipement de la Pucelle et de son escorte, en route pour Chinon, devait donc se rapprocher sensiblement de celui des deux voyageurs reproduits dans la figure 21 et s’éloigner d’autant des mises en scène anachroniques et fantaisistes avec lesquelles la vaillante petite troupe a toujours été représentée jusqu’ici.
Les chapitres précédents ont expliqué la signification des termes de chaperon à homme, gippon, chausses à attacher, robe à homme, houseaux, employés par l’auteur de la Chronique de la Pucelle dans sa description du costume fourni à Jeanne d’Arc par les habitants de Vaucouleurs. Les dessins, qui en accompagnent le texte, ont montré les aspects que présentait alors chacune de ces parties de l’habillement. Enfin les patrons, que nous en avons tracés, vont permettre de faire réapparaître à nos yeux, au bout de cinq siècles, robes, chaperons, houseaux, avec les formes qui les caractérisaient, et tels que put les revêtir notre héroïne au moment où elle entreprit son voyage à Chinon.
En possession de tous ces éléments, il est aisé de reconstituer, d’une façon plus exacte qu’on ne l’a fait jusqu’à présent, la scène dont furent témoins, au matin du 23 février de l’année 1429, les habitants de Vaucouleurs accourus pour assister au départ de Jeanne et de ses compagnons, et c’est maintenant dans leur véritable physionomie que nous pouvons nous imaginer les intéressants cavaliers faire leurs adieux, se mettre en selle et défiler en colonne dans l’étroite rue de la petite ville qui mène à la porte de France. Ils partent dès l’aube, car il leur faut parcourir avant la chute du jour les douze lieues qui les séparent de l’abbaye de Saint-Urbain, où ils doivent passer la nuit. Leur mise se rapproche beaucoup du costume des deux voyageurs qu’a représentés notre dernier dessin. Confortablement vêtus de chaudes robes sur leurs gippons rembourrés, encapuchonnés de chaperons recouverts de chapeaux de fourrure ou de simple feutre, les jambes et les pieds préservés du froid par ce qu’on appelait des chaussons, sorte de bas doublant les chausses sous les houseaux, rien ne dénote des guerriers. En Bourgogne on les prendra pour de paisibles commerçants voyageant pour leurs affaires1229. C’est d’ailleurs l’allure que la prudence leur commande d’adopter en pays ennemi. La Pucelle est en tête. À ses côtés chevauchent Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, 212le seul gentilhomme de la troupe, dont il est sans doute le chef tout au moins nominal. On distingue ensuite le messager du roi, Colet de Vienne, et l’archer Richard. Les deux servants de Jean et de Bertrand ferment la marche. Sur leurs selles sont paquetés le linge et les effets de toilette des voyageurs ainsi que les couvertures dans lesquelles ils dormiront en cours de route1230. Les deux dernières figures du précédent chapitre ont fait comprendre de quelle manière ce bagage était réparti à la fois sur l’arcade de garrot et derrière le troussequin de la selle. L’archer et le messager se sont eux-mêmes chargés du leur, et l’humble petite troupe, emportant à Chinon le salut de la patrie, ne tarde pas à disparaître dans la brume matinale.
Quelques remarques sont ici nécessaires.
La plupart des documents iconographiques des quatorzième et quinzième siècles, représentant des voyageurs, nous les montrent, comme l’ont fait nos deux derniers dessins, arborant des chapeaux par dessus leurs chaperons enformés, c’est-à-dire encapuchonnant la tête à la façon de nos passe-montagnes. Ces personnages ont ainsi deux coiffures qu’ils peuvent porter selon le besoin ensemble ou séparément. L’une et l’autre avaient leur utilité. Tel cavalier, parti le matin, la tête enveloppée du chaperon sous le chapeau en raison d’une bise glaciale momentanée, se voyait bientôt contraint de simplifier l’économie trop échauffante de sa coiffure. Il rejetait alors son chapeau retenu au cou par une cordelière et le laissait pendre sur son dos, ainsi que l’ont fait les deux valets dans nos figures 20 et 21. Si l’adoucissement progressif de la température rendait cette modification insuffisante, notre homme n’avait qu’à tirer la cornette de son chaperon pour s’en désaffubler et le mettre en gorge, puis il replaçait sur sa tête nue le chapeau dont les bords lui préservaient le visage des rayons d’un soleil trop ardent. Or dans les descriptions du costume fourni à Jeanne en vue de son voyage à Chinon qu’offrent les textes1231, il n’est pas question d’un chapeau. La Chronique de la Pucelle, qui donne en détail l’énumération des vêtements de l’héroïne au moment de son départ de Vaucouleurs, mentionne un chaperon à homme et ne cite aucune autre coiffure. Ne semble-t-il pas évident que si elle eût été alors en possession d’un chapeau, l’auteur de la Chronique, qui paraît avoir été bien renseigné, n’aurait pas omis une partie aussi importante de son costume ? Voici d’ailleurs comment on peut expliquer d’une façon qui nous semble très plausible l’absence du chapeau dans la mise de notre voyageuse.
Si les anciennes miniatures nous montrent beaucoup d’hommes, non seulement en tenue de voyage, mais encore dans le courant des occupations de la vie ordinaire, coiffés de chapeaux ou de barrettes par dessus leurs chaperons enformés, elles nous font voir en revanche les têtes féminines moins chaudement enveloppées. Une coiffe, communément de toile, enserrait toujours hermétiquement les cheveux des femmes sous les chaperons, atours et couvre-chefs1232 dont elles se paraient. Mais le poids des deux coiffures qu’elles superposaient ainsi sur leurs têtes n’atteignait jamais la pesanteur du chapeau et du chaperon portés l’un sur l’autre par les hommes. On conçoit donc que Jeanne ait été peu soucieuse de surcharger sa tête 213d’un chapeau, dont le port, faute d’habitude, lui eût été intolérable, et qu’elle se soit contentée du chaperon auquel tout voyageur ne pouvait se dispenser de recourir dans la froide saison.
Lorsque le chaperon était porté enformé sans être surmonté d’un chapeau, la cornette tortillée s’enroulait autour de la tête et c’est ainsi enturbannée que la Pucelle dut chevaucher escortée de ses compagnons, probablement tous coiffés de chapeaux de feutre ou de fourrure, plus ou moins variés de formes et de qualités. Nous traiterons la question des chapeaux usités de son temps dans la seconde partie de cet ouvrage, nous étant donné pour règle, dans la première, de n’examiner que les pièces du costume de Vaucouleurs mentionnées par la Chronique de Cousinot. Il en sera de même des manteaux, huques, tabards, dont quelques-uns de nos cavaliers ont pu être revêtus, mais dont aucun n’est cité dans l’énumération des habits de voyage de notre héroïne. Le costume d’alors était composé de telle sorte qu’il ne nécessitait pas, comme celui de nos jours, l’adjonction d’un manteau en hiver. Le gippon ou pourpoint, très rembourré et possédant des manches, équivalait comme épaisseur à notre gilet et à notre veston superposés et la robe qui le recouvrait remplaçait notre manteau. Aussi le port de ce dernier vêtement était-il loin d’être général, même au temps des frimas.
Nous devons faire remarquer encore que, sous le règne de Charles VII, la plupart des robes, dont quelques-unes se trouvaient doublées de fourrure, en étaient ordinairement bordées et que si l’austère simplicité de mise de la Pucelle excluait cette particularité, il n’en était pas de même pour les cavaliers de son escorte.
Enfin les gulerons des chaperons se découpaient en dents plus ou moins grandes, arrondies, pointues, se taillaient en lambeaux carrés, oblongs, feuillus à la mode d’Allemagne. On agrémentait parfois ces découpures de galons, de devises, de broderies. Le chaperon noir de Jeanne était sans doute dépourvu de ces fantaisies dont quelques-unes ont dû parer les chaperons de ses compagnons.
Nous avons laissé nos voyageurs sur la route de Saint-Urbain. Les suivre à travers les différentes phases de leur chevauchée de onze jours serait en dehors de notre sujet. Contentons-nous de les rejoindre à Chinon.
214Arrivés au carrefour par lequel on monte au château, à la porte de l’hôtellerie où ils doivent descendre, ils s’aident des montoirs de pierre qui s’y trouvent pour mettre pied à terre. Une tradition veut que Jeanne ait choisi pour cet usage la margelle d’un puits qui existait encore au siècle dernier1233. Nous savons en effet qu’on risquait de rompre ses aiguillettes ou de déchirer ses chausses sans cette précaution.
Après une attente de trois jours qui dut paraître longue à la jeune paysanne, impatiente d’annoncer au dauphin les volontés du Ciel, elle reçoit enfin l’autorisation d’être introduite au château royal. Jean de Metz et Bertrand de Poulengy l’y conduisent le soir. Ils s’arrêtent à la voûte d’entrée que Jeanne seule franchit1234. Un prince du sang de France, Louis de Bourbon, comte de Vendôme, est commis pour la recevoir et la mener auprès du roi. Les trois jours qui se sont écoulés depuis son arrivée dans la ville de Chinon n’ont pas suffi à lui confectionner un costume 215destiné à remplacer sa tenue de route et c’est avec la robe de gros gris noir, les houseaux et le chaperon noir que nous lui connaissons qu’elle pénètre dans la grande salle. Sa tête n’est plus encapuchonnée comme au cours du voyage. Elle a troussé son chaperon en bonnet, le guleron pendant d’un côté, la cornette de l’autre, l’extrémité de celle-ci laissée libre ou ramenée sur l’épaule opposée1235. Elle n’a, selon l’étiquette, ni épée, ni éperons. Un vif mouvement de curiosité s’empare de l’assistance très nombreuse. La salle regorge. À l’entrée surtout la presse est grande et, de leurs boulaies de cuir1236 donnant sur les têtes, les huissiers ont quelque peine à frayer un passage au comte de Vendôme qui s’avance suivi de Jeanne. À la lueur vacillante des torches, chacun veut voir cette pucelle qu’ont annoncée les prophéties et dont on attend la venue depuis des semaines. Son aspect déconcerte. Il en coûte de reconnaître une vierge envoyée du Ciel dans ce jouvenceau de si simple mise. Forte de l’appui de ses Voix, Jeanne ne laisse paraître aucune timidité. Nulle émotion ne semble l’étreindre en présence d’un spectacle si nouveau pour elle. Confiante et résolue, elle va droit à Charles, perdu dans la foule des courtisans, met un genou en terre, se décoiffe de son chaperon qu’elle rejette sur son épaule gauche, puis salue le roi par ces paroles : Dieu vous donne bonne vie, gentil dauphin.
Et l’étonnement s’accroît en voyant sa chevelure noire taillée en écuelle comme le sont les cheveux du souverain et des gentilshommes de son entourage1237.
Il semble que Jeanne ait continué de porter son costume de Vaucouleurs, non seulement pendant son séjour à Chinon, mais aussi au cours de celui qu’elle fit à Poitiers pour y comparaître devant les docteurs chargés de l’interroger sur la mission qu’elle prétendait tenir du Roi des cieux1238. Dans tous les cas, elle dut conserver la simplicité de sa mise jusqu’en avril, époque de son arrivée à Tours, où il lui fut enfin permis de se considérer comme chef de guerre.
Parmi les nombreux patrons que renferment les précédents chapitres, il en est qui concernent plus spécialement l’habillement de notre héroïne. Tels sont ceux d’un chaperon1239, d’un pourpoint1240, d’une robe1241, de chausses1242 et de houseaux1243, soigneusement reconstitués, dont l’ensemble nous parait représenter, aussi exactement que possible, le costume porté par Jeanne d’Arc lors de son voyage à Chinon. Une jeune Lorraine de dix-sept ans a bien voulu revêtir pour nous ces différents 216vêtements et c’est l’image de cette jeune fille, ainsi transformée en cavalier et reproduite d’après nature, que nous offrons dans la figure 22.
Notre dessin montre donc l’aspect sous lequel on dut voir la Pucelle, lorsque, habillée en homme et montée sur son cheval de route, elle quitta Vaucouleurs pour se rendre auprès du dauphin.
À la façon des voyageurs qui, de son temps, chevauchaient dans la froide saison, son chaperon de laine noire est enformé, c’est-à-dire encapuchonnant la tête, et maintenu dans cette position par l’enroulement de sa cornette tortillée en turban. La robe, de gros gris noir, s’arrête aux genoux. Les jambes sont chaussées de houseaux de basane, aux pieds desquels sont bouclés des éperons. Notre Jeanne est ceinte de l’épée que Baudricourt vient de lui donner. Sur le pommeau de sa selle est placée la couverture dont elle s’enveloppera pour dormir aux haltes de sa chevauchée de onze jours.
Cet essai de reconstitution termine la première partie de notre étude. Nous allons aborder, dans la seconde, l’examen de l’armure de la Pucelle et des riches vêtements que, selon les nombreux témoignages contemporains, elle se plut à revêtir durant la période guerrière de sa mission.
Notes
- [1140]
1400. — Fresque de l’église de Saint Bonnet-le-Château.
Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 2675, folios 150, 239 verso. — Bibl. de Dresde, M, 66, fol. 188.
1433. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 305.
1440. — Ibid., fr. 239, folios 1, 6 ; fr. 22553, folios 30, 86.
- [1141]
Bibl. de l’Arsenal, 621, fol. C.
- [1142]
Vers 1390. — Cathédrale de Bâle, Statue équestre de saint Georges.
1410. — Chantilly, Musée Condé, Calendrier des Très riches heures, Mai et Août.
1433. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 433 verso.
1435. — Ibid., fr. 2676, fol. 1.
1440. — Ibid., fr. 235, folios 144 verso, 146 verso ; fr. 22553, folios 75, 90 verso.
- [1143]
Vers 1435. — Ibid., fr. 239, fol. 251 verso.
- [1144]
Florence, Gal. ant. et mod., Adoration des Mages.
- [1145]
Vers 1440. — Musée du Louvre.
- [1146]
Les exemples de frontaux se prolongeant en sous-gorges abondent dans l’iconographie ancienne depuis la fin du douzième siècle (Sceau de Richard Cœur de Lion) jusqu’au commencement du seizième (Sceau de Charles-Quint de 1514).
- [1147]
Pérouse, Pinacothèque Vanucci, Calvaire.
- [1148]
Florence, Gal. ant. et mod., Gentile da Fabriano, Adoration des Mages.
- [1149]
Musée de Berlin, Adoration des Mages.
- [1150]
Gand, Église cathédrale de Saint-Bavon.
- [1151]
1400. — Fresque de l’église de Saint-Bonnet le Château.
1423. — Florence, Gal. ant. et mod., Gentile de Fabriano, Adoration des Mages.
Vers 1440. — Dessin de Jacopo Bellini (Recueil du Louvre).
- [1152]
Musée de Hambourg.
- [1153]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 58 verso, 67, 68 ; fr. 2810, folios 2, 203, 205, 247 verso ; fr. nouv. acq. 1255, fol. 12 verso.
1440. — Ibid., fr. 22553, fol. 30.
1484. — Ibid., fr. 5054, fol. 60 verso.
- [1154]
Vers 1415. — Chantilly, Musée Condé, Calendrier des Très riches heures, Mai et Août.
- [1155]
Vers 1430. — Heures de Turin, fol. 71 verso. — Gand Église de Saint-Bavon, van Eyck, Retable de l’Agneau, Les Chevaliers du Christ.
1430. — Berne, Musée historique, Tapisserie dite de l’Empereur Trajan.
- [1156]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, fol. 72.
- [1157]
Vers 1200. — Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 356.
- [1158]
Vers 1200. — Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 356.
1250. — Bibl. nat., fr. nouv. acq. 1098 fol. 50.
Vers 1250. — Sculptures de l’ancien jubé de la cathédrale de Chartres.
Vers 1260. — Psautier de saint Louis, Reproduction des miniatures du MS. lat. 10525 de la Bibl. nat., pl. LIII.
Vers 1280. — Bibl. nat., fr. 403, folios 8 verso, 9, 15 verso, 36 verso, 37.
Vers 1320. — Brit. Mus., Royal MS. 2 B. VII, fol. 16.
- [1159]
1461. — G. Chastellain, Chron. du duc Philippe, t. IV, p. 56.
- [1160]
1474. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. II, nos 3080, 3331.
1496. — Invent. du duc de Savoie, n° 1366, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 509.
- [1161]
Gand, Église Saint-Bavon, Retable de l’Agneau.
- [1162]
Florence, Gal. ant. et mod.
- [1163]
Musée du Louvre, École catalane, Martyre de saint Georges.
- [1164]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 56 verso, 70.
Vers 1430. — Gand, van Eyck, Retable de Saint-Bavon, Les Chevaliers du Christ.
Vers 1440. — Heures de Milan, fol. 28 verso.
1445. — Musée de Bâle, peinture représentant saint Martin.
Vers 1450. — Bibl. nat., fr. 9342, folios 16 verso, 33 verso.
- [1165]
Vers 1415. — Chantilly, Musée Condé, Calendrier des Très riches Heures, Mai (haquenée de dame), Août (chevaux d’une dame et d’un cavalier).
Vers 1425. — Bibl. nat., lat. 1158, fol. 84.
Vers 1430. — Gand, Église Saint-Bavon, van Eyck, Retable de l’Agneau, Les Chevaliers du Christ.
- [1166]
1445. — Musée de Bâle, peinture représentant saint Martin.
- [1167]
Vers 1380. — Bibl. nat., fr. 619, fol. 46.
1385. — Cpte de l’écurie du roi, fol. 59.
- [1168]
Vers 1405. — Bibl. de Troyes, 179 fol. 100.
- [1169]
Vers 1430. — Gand, Église de Saint-Bavon, Retable de l’Agneau, Les chevaliers du Christ.
Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 22553, fol. 4. (Voir la fig. 29 de notre chapitre de la Robe).
- [1170]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 56 verso, 57 verso, 95 ; fr. 2810, fol. 203.
Vers 1430. — Ibid., fr. 257, folios 7, 28 verso, 66 verso, 361.
Vers 1435. — Ibid., fr. 22553, folios 30, 90 verso.
Vers 1440. — Ibid., fr. 235, fol. 144, verso.
- [1171]
Gay, Glossaire archéologique, t. I, p. 54.
- [1172]
Gay, Glossaire archéologique, t. I, p. 54.
- [1173]
1403. — Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 54.
- [1174]
1400. Cpte de l’écurie du roi, fol. 19, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 23.
- [1175]
1400. — Ibid., fol. 21.
- [1176]
1401. — Ibid., fol. 42, ap. Gay, t. I, p. 707.
- [1177]
1420. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 4710.
- [1178]
1426. — Id., Ibid., n° 4927.
- [1179]
1401. — Cpte de l’écurie du roi, fol. 42.
- [1180]
1412. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 261.
- [1181]
1389. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3724.
- [1182]
1389. — Invent. de Richard Picque, archevêque de Reims, p. 36.
- [1183]
1401. — Cpte de l’écurie du roi, fol. 42.
- [1184]
1389. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3724.
- [1185]
1421. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 626.
- [1186]
1385. — Cpte de l’écurie du roi, fol. 59, ap. Gay, t. I, p. 285.
- [1187]
1390. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, nos 3310, 3311.
- [1188]
1390. — Id., Ibid., n° 3438.
- [1189]
1416. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 404.
- [1190]
1390. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3438.
- [1191]
1438-1439. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 1730.
- [1192]
1412. — Cpte de l’écurie du roi, fol. 144 verso, ap. Gay, p. 719.
- [1193]
1443. — Olivier de la Marche, Mem., l. I, chap. 10.
- [1194]
1361. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 30.
- [1195]
1365. — Id., Ibid., n° 516.
- [1196]
1421-1422. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, nos 621, 639.
1426-1427. — Id., Ibid., t. II, n° 4927.
- [1197]
1388. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 2447.
- [1198]
1378. — Id., Ibid., n° 109.
- [1199]
1416. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 483.
1421. — Douet d’Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, t. II, p. 394.
- [1200]
1340. — Comptes du connétable d’Eu, fol. 4 verso, ap. Gay, t. I, p. 208.
- [1201]
Étienne Picard, L’écurie de Philippe le Hardi, 1906, p. 132.
- [1202]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 1.
- [1203]
Vers 1410. — Ibid., fr. 2642, fol. 17.
- [1204]
Brit. Mus., Add. MS. 18850, fol. 256 verso.
- [1205]
N° 998.
- [1206]
… et là eussiez veu bon duc, marquis et tous autres, qui joustoient cop à cop, cheoir de hault en bas de leurs chevaulx, et estoit merveilles que à chascun cop ilz ne rompoient le col. C’estoit grant orreur de les veoir, et bien souvent cheoient chevaulx et tout ; et joustoient tous sur ces petites selles d’Allemaignes. — (Extrait d’une lettre de J. Meurin, clerc de Jean de Schoonhoven, secrétaire du duc Philippe, à d’autres secrétaires restés en Bourgogne.)
Ces joutes se passèrent à deux journées d’Ingolstadt. Le duc de Bavière et le marquis de Brandebourg y prirent part. (Mathieu d’Escouchy, t. III, p. 444-448.)
- [1207]
1396. — Bibl. nat., fr. 313, fol. 42.
Vers 1400. — Ibid., fr. 12559, fol. 7.
Vers 1410. — Ibid., fr. 2810, folios 244 etc.
1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19 folios 2 verso, 75 verso.
Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 111, fol. 3. — Bibl. de l’Arsenal, 5070, fol. 258 verso.
Vers 1465. — Bibl. nat., fr. 121, fol. 1.
- [1208]
Bibl. nat., fr. 2810, fol. 244.
- [1209]
Ibid., folios 247 verso, 258 verso.
- [1210]
Ibid., fol. 253.
- [1211]
Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 111, fol. 3.
- [1212]
Froissart, Chroniques, t. X, p. 197.
- [1213]
Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 141.
- [1214]
Vers 1440. — Vérone, Eglise Sainte Anastasie, Fresque de saint Georges.
1445. — Médaille de Malatesta Novello.
1447. — Médaille de Louis III de Gonzague.
- [1215]
Bibl. de l’Arsenal, 5070, fol. 222.
- [1216]
René de Belleval, Du Costume Militaire des Français en 1446, 1866, p. 81, 82.
- [1217]
Mathieu d’Escouchy, t. I, p. 269.
- [1218]
1170 : Sceau de Philippe d’Alsace, comte de Flandre.
- [1219]
Palais du Trocadéro, Musée ethnographique, Selle de gardien de tournure de la Camargue.
- [1220]
Vers 1415. — Brit. Mus., Harl. MS. 4431, fol. 136 verso.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy. 9066, folios 178 verso, 213 verso.
1470. — Ibid., fol. 425 verso ; 7, fol. 36 verso ; 8, fol. 425 verso ; 9967, folios 40, 130 verso.
- [1221]
Musée du Louvre, Pisanello, dessin représentant une selle de mulet.
- [1222]
Catalogue de la collection Spitzer, nos 468, 472, 475, 476.
- [1223]
1460 : Bruxelles, Bibl. roy., 9066, folios 202 v°, 226 v°, 437.
- [1224]
Bibl. du Vatican, Palat. lat. 1989, fol. 40.
- [1225]
Bibl. de l’Arsenal, 5070, fol. 47.
- [1226]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 56 verso, 77, 87, 89 verso, 96 verso, 113 verso, 118.
Vers 1415. — Chantilly, Musée Condé, Calendrier des Très riches Heures, Mai.
Vers 1425. — Bibl. nat., lat. 1158, fol. 84.
Vers 1435. — Ibid., fr. 2675, fol. 100 verso.
1447. — Pérouse, Pinacothèque Vanucci, Boccati, Calvaire.
- [1227]
Bibl. nat., fr. 247, fol. 248 ; fr. 6495, folios 202, 223, 389 verso.
- [1228]
Vers 1440. — Musée de Berlin, Pisanello, Adoration des Mages, Massaccio, même sujet. — Vérone, Eglise de Ste Anastasie, Pisanello, Fresque de la légende de saint Georges.
Vers 1445. — Pisanello, Médaille de Malatesta Novello.
Vers 1450. — Musée du Louvre, Paolo Ucello, Les Lances. — Loches, Eglise Notre-Dame, Calvaire.
- [1229]
Henri Chapoy, Les Compagnons de Jeanne d’Arc, 1897, p. 141.
- [1230]
Quicherat, Procès, t. II, p. 435.
- [1231]
Dépositions au procès de réhabilitation, de Durand Laxart, Henri et Catherine Le Royer, Jean de Metz, Bertrand de Poulengy (Voir notre Introduction, p. 9-11). — Vallet de Viriville, Chronique de la Pucelle, p. 272.
- [1232]
Sous le nom générique d’atours, on comprenait les bourrelets et les hennins à deux cornes auxquels succédèrent les longs cônes pointus à la fin du règne de Charles VII. Les couvre-chefs étaient de grandes pièce de toile ou de soie fine, qui s’échafaudaient, soit directement sur la coiffe, soit sur les hennins. Atours et couvre-chefs remplaçaient le chaperon chez les dames en toilette d’apparat.
Dans le Recueil de poésies françoises d’Anatole de Montaiglon se trouve le dialogue suivant où une damoiselle et une bourgeoise disputent sur les avantages et les inconvénients respectifs du chaperon par rapport au couvre-chef et à l’atour plus habillés. Ces vers datent de 1470.
La damoiselle
Tous biens viennent de couvrechief,
Et tient la personne plaisante ;
Du chaperon l’est que meschiefs ;
C’est une chose trop pesante
Qui ne fait point la femme gente
Tant vient choir sur le collet.
La bourgeoise
Celle qui le chaperon laisse
Pour couvrechief et atour prendre
Cuide monter, mais elle abaisse ;
car ils sont de toille trop tendre ;
Le vent les fait voller et fendre ;
Mais le chaperon toujours dure,
Ne la pluye n’y peult estandre
Car il a double couverture.
(Gay, Glossaire archéologique, p. 408).
- [1233]
Louis Champion, Jeanne d’Arc écuyère, 1901, p. 117.
- [1234]
Il semble bien résulter des dépositions de Jean et de Bertrand au procès de réhabilitation que ceux-ci n’assistèrent pas à la scène de l’entrée de Jeanne dans la grande salle.
- [1235]
L’usage était de rester couvert dans l’intérieur des appartements, même en présence du roi, et de n’enlever sa coiffure que lorsqu’on avait à lui parler.
- [1236]
Sans doute verge de bouleau à l’origine, la boulaie était devenue une sorte de trique en cuir, spéciale aux sergents et aux huissiers.
1441. —
… à Jehan Dumoulin, sergent à verge et tourmenteur juré du roy… pour 12 boullayes de cuir espaisses, du prix de 12 s. p. (Sauval, Comptes de la Prévôté, t, III, p. 339).
- [1237]
Voir l’inimitable et si vivante description qu’Anatole France a tracée de cette scène dans sa Vie de Jeanne d’Arc (t. I, p. 193-195), où seuls
les jeunes gentilshommes, […] engoncés des épaules, étriqués du reste, […] les pieds pointus dans les poulaines
sont anachroniques, l’auteur n’ayant vu, comme tant d’autres, le costume de l’époque de l’héroïne qu’à travers des miniatures postérieures à 1450. - [1238]
Les maîtres de Poitiers lui ayant demandé d’où provenait l’habit d’homme dont ils la voyaient revêtue, Jeanne leur répondit qu’elle l’avait pris à Vaucouleurs (J. Fabre, Procès de condamnation, p. 121. — P. Champion, Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, t. II, p. 63).
- [1239]
Chapitre du Chaperon, fig. 30.
- [1240]
Chapitre du Gippon, figures 16, 17. 18.
- [1241]
Chapitre de la Robe, fig. 41.
- [1242]
Chapitre des Chausses, fig. 22.
- [1243]
Chapitre des Houseaux, fig. 4.