I. : 8. Éperons
1868. Éperons
Les éperons étaient le complément indispensable des houseaux d’un cavalier. Deux témoignages du procès de réhabilitation mentionnent les éperons parmi les différents effets d’équipement dont les gens de Vaucouleurs gratifièrent la Pucelle en vue de son voyage à Chinon.
Une tige de métal, plus ou moins longue, bifurquée en deux branches courbées en demi-cercle, a, de tout temps, constitué l’éperon. Cette tige se trouvait terminée, à l’origine, par une simple pointe qu’on remplaça par une molette vers la fin du treizième siècle. On avait vu, au début de ce même siècle, les branches de l’éperon, d’abord courbées sur plan droit comme celles des éperons modernes, se cambrer de façon à contourner la base des chevilles. Les branches ainsi cambrées subsistèrent jusqu’au seizième siècle. Il exista toutefois quelques éperons à branches droites dans la seconde moitié du quinzième, mais cette sorte d’éperons semble n’avoir été portée qu’avec l’armure.
L’éperon du temps de Jeanne d’Arc était donc à branches cambrées contournant le dessous des chevilles. La molette, d’un diamètre qui variait de trois à sept centimètres environ1080, possédait généralement six1081 ou huit pointes1082. Quelques molettes cependant furent dentelées de dix1083, douze1084, seize1085 ou trente-deux dents1086.
Les tiges des éperons variaient de longueur. Bien que, d’après certains documents, 187il y en eut de très courtes1087, notamment pour la chasse1088 et le tournoi1089, elles atteignaient parfois jusqu’à vingt centimètres des branches au pivot de la molette dans les éperons de guerre1090 et de joute1091. Cette dimension se réduisait ordinairement à six ou sept centimètres pour les éperons de voyage ou de promenade qu’on chaussait sur les houseaux, les chausses ou les souliers. Il se rencontre néanmoins dans l’iconographie de la première moitié du quinzième siècle quelques éperons à très longues tiges adaptées à de simples chausses1092.
Une courroie de cou de pied et une courroie de sous-pied maintenaient l’éperon en place.
Chacune des deux branches de l’éperon se terminait par deux œillets accolés, ainsi qu’on le voit sur la figure 1, qui représente les côtés externe et interne d’une paire d’éperons de 14231093. L’une des extrémités de la courroie de cou de pied s’accrochait à l’œillet supérieur de la branche interne de l’éperon. L’autre extrémité de cette courroie se bouclait à une boucle fixée à l’œillet correspondant de la branche externe. Aux derniers œillets des branches s’attachait la courroie de sous-pied. La courroie de cou de pied une fois bouclée, ses points d’attache se trouvaient immobilisés et servaient dès lors de pivots dans le mouvement de bascule opéré sur l’éperon par la courroie de sous-pied attachée aux derniers œillets des branches. On comprendra en effet que la traction de haut en bas produite par cette courroie sur l’extrémité de ces branches tendait à faire pivoter l’éperon autour des points d’attache de la courroie de cou de pied, de façon à relever la tige munie de sa molette jusqu’à une hauteur suffisante et à l’empêcher de s’abaisser vers le sol. Cette ingénieuse disposition semble avoir été presque uniformément adoptée pour tous les éperons, non seulement à l’époque qui nous intéresse, mais pendant tout le cours du quinzième siècle.
Nous concluons de ce qui précède que les éperons chaussés par Jeanne d’Arc au moment de son départ pour Chinon devaient posséder des tiges d’environ six centimètres de longueur, des molettes à six ou huit rais de quatre à cinq centimètres de diamètre, des branches cambrées, munies chacune de deux œillets accolés, en un mot, se rapprocher beaucoup du genre d’éperons donné par notre précédente figure. Ajoutons qu’ils devaient être simplement de fer poli, les éperons damasquinés, émaillés, niellés, ciselés, dorés étant généralement réservés aux gentilshommes et aux chevaliers.
Notes
- [1080]
Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. V, p. 405-408, figures 4, 6, 7.
- [1081]
Vers 1405. — Bibl. nat., lat. 7907 A, fol. 20.
1423. — Florence, Gal. ant. et mod., Gentile de Fabriano, Adoration des Mages.
1425. — Ibid., Gal. des Offices, Id., saint Georges.
Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 2675, folios 100 verso, 189, 289 verso.
Vers 1433. — Ibid., lat. 17294, fol. 305.
Vers 1440. — Ibid., fr. 239, fol. 289 verso. — Berne, Mus. histor. Tapisserie de Trajan.
1441. — Nuremberg, Mus. german., 998, folios 106 verso, 107.
Vers 1450. — Bibl. nat., fr. 9342, fol. 16 verso. — Musée des Arts décoratifs, statuette allemande de saint Martin. — National Gallery P. Ucello, Bataille de saint Egidio.
- [1082]
1423. — Florence, Gal. ant. et mod., Gentile da Fabriano, Adoration des Mages.
Vers 1425. — Bibl. nat., lat. 1158, fol. 91.
Vers 1430. — Van Eyck, Retable de l’Agneau. Les Chevaliers du Christ.
Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 764, fol. 25. — Bibl. d’Amiens, 483, fol. 12. — Florence, cathédrale, Andrea del Castagno, monument de Marucci da Tolentino.
1445. — Musée de Bâle, Saint-Martin.
Vers 1445. — Musée du Louvre, tableau représentant la famille Juvénal des Ursins.
- [1083]
1418. — Musée du Louvre, Effigie funéraire d’un chevalier italien.
1420. — Ypres, hospice de St Nicolas, Tableau représentant la famille Belle.
Vers 1430. — National Gallery, Pisanello, saint Eustache.
1441. — Nuremberg, Mus. german., 998, fol. 20.
- [1084]
Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 764, fol. 29.
1430. — Ibid., fr. 9342, fol. 13.
- [1085]
Vers 1430. — Musée de Hambourg, Me Francke, Retable de saint Thomas de Cantorbéry.
- [1086]
Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. V, p. 408, figure 7.
- [1087]
Vers 1415. — Bibl. du Vatican, Palatino latino, 1989, fol. 40.
- [1088]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 54, 57 verso, 72, 113 verso.
- [1089]
Vers 1460. —
Les plus cours esperons sont plus convenables que les longs, a ce que on ne les puisse arracher ou destordre hors les pieds en la presse.
(Bibl. nat., MS fac-simile, Tournoi du roi René, p. 8). - [1090]
Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 2675, folios 100 verso, 150, 189.
- [1091]
Vers 1440. — Heures de Turin, fol. 77 verso.
- [1092]
Vers 1430. — National Gallery, Pisanello, saint Eustache.
1440. — Bibl. nat., fr. 239, fol. 289 verso.
1445. — Musée de Bâle, saint Martin.
- [1093]
Florence, Gal. ant. et mod., Gentile da Fabriano, Adoration des Mages.