I. : 1. Coiffure
35I. De Vaucouleurs à Tours
1. Coiffure
Les témoignages s’accordent pour nous montrer Jeanne d’Arc, durant sa mission, les cheveux taillés en rond, coiffant la tête comme d’une sébile, la nuque et les tempes rasées au rasoir, suivant une ligne passant au-dessus du sommet de l’oreille (super summitates aurium). Bizarre et peu seyante, cette mode, alors générale chez les hommes182, ne pouvait déplaire à la chaste héroïne, étant donné le but qu’elle se proposait dans son accoutrement.
Le greffier de la Rochelle, contemporain de Jeanne, mentionne le premier ses cheveux ronds et noirs183.
Nous avons vu d’autre part que l’article douze de l’acte d’accusation lui reproche de porter les cheveux taillés en rond à la façon des hommes de cheval184. L’article treize du même acte revient sur ses cheveux coupés en rond à la mode masculine185.
L’article cinq du sommaire de l’acte d’accusation, faisant un grief à Jeanne de porter les cheveux taillés en rond au-dessus du haut des oreilles186, est encore plus explicite.
Le chanoine Cochard commet donc une grave erreur en disant que les cheveux de la Pucelle étaient coupés en rond, au-dessous des oreilles187 ; ce qui lui aurait fait une chevelure à la Louis XII, gros anachronisme dont ne s’est malheureusement pas privée l’ignorance des artistes qui ont eu la prétention de représenter l’héroïne. Nous constatons d’ailleurs la même faute chez Siméon Luce, assurant gratuitement que
la Pucelle avait fait couper en rond jusqu’à la hauteur du cou son épaisse chevelure noire188,
et aussi dans l’ouvrage de Mgr Debout, lequel mentionne
Jeanne avec les cheveux coupés en rond à la hauteur du col, selon la coutume des chevaliers du temps189.
Or le seul portrait, à peu près authentique d’un chevalier du temps, inséré parmi les nombreuses illustrations des deux importants volumes de cet auteur, celui du duc de Bedford190, présente au contraire, avec sa nuque et ses tempes rasées, un spécimen très caractérisé de la coupe de cheveux en usage chez les hommes du temps de 36Charles VII. C’est ainsi qu’un artiste, soucieux de la vérité historique, doit coiffer notre héroïne.
Lorsque, le 2 mai 1431, Jeanne est admonestée publiquement, Jean de Châtillon la blâme d’avoir les cheveux taillés en rond191.
Dans le texte officiel de son abjuration, il est dit qu’elle confesse avoir grièvement péché en portant les cheveux rognés en rond en guise d’homme192
.
Jean Massieu, dans sa déposition au procès de réhabilitation, parle aussi de ses cheveux taillés en rond193.
Lorsqu’elle fut menée au dauphin, la Pucelle avoit courts les cheveulx
, écrit Mathieu Thomassin.
Le Journal d’un bourgeois de Paris sous Charles VII dit qu’elle portait les cheveulx rondiz194
.
Les cheveux dits taillés en rond, ou rondis, n’avaient de rapport avec aucun des différents modes de chevelures coupées à la hauteur du col, en usage à d’autres époques.
Les anciens textes s’accordent donc pour donner à Jeanne d’Arc la coiffure en cheveux ronds, adoptée, comme nous le verrons plus loin, par la généralité des hommes de son temps. Voici maintenant quelques citations d’auteurs modernes qui conviennent de ce fait trop souvent méconnu des artistes.
Ses cheveux alors furent coupés court et en sébile, [rapporte Vallet de Viriville]195.
Elle avait les cheveux noirs et ronds, [écrit Quicherat,] c’est-à-dire coupés suivant cette mode hideuse du quinzième siècle qui fit de la chevelure une calotte posée sur le crâne196.
Quant aux cheveux, [dit le vicomte de Poli,] il n’en est ordinairement question que pour indiquer leur coupe à la soldade, c’est-à-dire taillés en rond197. […] Les cheveux de la Pucelle étaient taillés en rond, c’est-à-dire très courts, dès son départ de Vaucouleurs ou lors de son arrivée à Chinon198, et demeurèrent ainsi durant toute sa glorieuse campagne199.
Le même auteur ajoute à propos d’un ancien tableau où la guerrière est représentée avec une longue chevelure :
Répugnant à montrer l’héroïne sous sa hideuse tonsure, adoptée par Jeanne précisément pour dénaturer en elle tout ce qui rappelait la femme, l’artiste l’a voulu représenter dans une apothéose de gloire, de beauté et de sainteté, en armes et sous le nimbe, les cheveux non rasés mais flottants200.
C’est ainsi, [constate Marcel Hébert,] qu’aucun artiste n’a osé représenter 37 Jeanne avec ses cheveux courts, coupés à l’écuelle, selon la coutume du quinzième siècle qui fit de la chevelure une calotte posée sur le crâne201.
Devant l’accord des textes contemporains et des savants modernes, la cause est entendue : Jeanne d’Arc, durant sa mission, c’est-à-dire du mois de février 1429 au 23 mai 1430, jour de sa prise, pendant quinze mois, a porté continuellement les cheveux taillés à la mode masculine de son temps, en écuelle, nuque et tempes rasées. Le fait est indéniable. Mais depuis Compiègne jusqu’à Rouen, au soir du 24 mai 1431, où on la tondit complètement en conséquence de son abjuration, s’écoula une année entière, au cours de laquelle, assure-t-on, Jeanne parvint à obtenir, deux fois seulement, l’accès d’un barbier dans sa prison202. Nous croyons pouvoir fixer approximativement les dates de ces deux séances de coiffure. Elles durent avoir lieu, l’une, selon toute vraisemblance, à la veille du 21 février 1431, jour de sa première comparution devant ses juges, dans la chapelle du château de Rouen, et l’autre, certainement à une date de très peu antérieure au 2 mai suivant, puisque ce jour-là, maître Jean de Châtillon, admonestant la prisonnière, lui reproche de continuer à porter les cheveux taillés en rond203. On peut donc admettre que, du 23 mai 1430 au 20 février 1431, la chevelure de Jeanne fut abandonnée à elle-même, et les artistes ont dès lors une certaine latitude pour représenter la Pucelle avec d’assez longs cheveux au bout de plusieurs mois de captivité.
Ce qui précède nous donne l’explication d’un fait considéré par beaucoup comme miraculeux.
Si l’on en croit certains témoignages de son parti, [écrit Anatole France,] Jeanne, quoique belle, n’inspirait pas de désirs aux hommes, mais cette grâce singulière ne s’exerçait que sur les Armagnacs, elle ne s’étendait pas aux Bourguignons204.
Il n’y aurait rien à dire de cette constatation fort exacte du brillant écrivain, si la naturelle ironie de sa plume ne semblait y suspecter les dépositions pourtant concordantes de Jean de Metz, de Bertrand de Poulengy, de Gobert Thibault, du duc d’Alençon, du comte de Dunois, de Jean d’Aulon et de Simon Beaucroix.
En réalité, tant que Jeanne fut libre de se coiffer en homme, elle ne provoqua chez ceux qui l’approchaient aucune pensée déshonnête. C’était d’ailleurs dans ce but qu’elle avait entièrement masculinisé sa personne. Il est de toute évidence qu’avec sa tonsure en écuelle, Jeanne avait aussi bien l’aspect d’un garçon que tel jouvenceau de son entourage. Tout le monde a pu s’assurer qu’un jeune homme imberbe, coiffé d’une perruque féminine, et une femme dont les cheveux sont coupés courts donnent l’illusion complète d’avoir changé de sexe. Sur Jeanne prisonnière, la nature reprit ses droits. Non seulement les parties rasées de sa tête disparurent, mais encore ses cheveux s’allongèrent, et avec le temps, son 38jeune visage, encadré d’une chevelure de plus en plus abondante, s’était suffisamment féminisé pour devenir capable d’émouvoir les esprits de messire Aimond de Macy, du tailleur Jeannotin Simon205 et des houspilleurs du château de Rouen. Ainsi se trouve expliqué un fait qui semble incroyable aux uns et prodigieux aux autres.
Viollet-le-Duc prétend que la coupe des cheveux rondis, c’est-à-dire taillés de manière à former une calotte dont les bords parfois atteignaient à peine le sommet des oreilles (super summitates aurium), comme il fut reproché à la Pucelle, avait été adopté par les hommes d’armes afin de ne pas être gênés sous le bacinet. Mais l’usage, au temps de Jeanne, de la salade, soit avec le hausse-col de mailles, soit avec le collet piqué d’un jaque206, est, à notre avis la grande raison de la persistance de cette mode étrange, apparue à la suite des cols en goulot du costume civil et qui subsista longtemps après la disparition du bacinet. Sous ce dernier casque, prolongé de son camail, les cheveux, complètement enveloppés du chaperon à armer207, étaient peu gênants, et, de fait, nous voyons, au quatorzième siècle, les bacinets, qui sont alors l’habillement de tête dominant, ne coiffer que des guerriers dont les cheveux descendent à la hauteur du col.
Nous donnons ici, d’après des documents authentiques, quelques spécimens de la coiffure masculine à l’époque de Charles VII.
La figure 1 montre la tête de Jean de Lancastre208, duc de Bedford, régent de France pour son neveu, le roi Henri VI d’Angleterre, provenant d’une miniature qui le représente à genoux devant saint Georges. Le saint y est accompagné d’un écuyer portant son heaume, son écu et son pennon. Ces deux derniers personnages ont, comme le prince, les cheveux rondis, la nuque et les tempes rasées très haut, super summitates aurium. Cette jolie scène, des plus intéressantes au point de vue iconographique, fait partie de l’ornementation du livre d’heures appelé communément le Missel de Bedford, qui fut exécuté entre les années 1423 et 1430209. L’écuelle si caractérisée du profil que nous donnons ici du duc de Bedford se retrouve non moins accentuée dans une des innombrables enluminures du Bréviaire de Salisbury210, peint pour le même prince de 1424 à 1433, où il est figuré en oraison devant saint Étienne. Le propre frère de Bedford, le roi Henri V, qui mourut au château de Vincennes en 1422, était coiffé de semblable façon, comme nous l’apprennent ses portraits d’Eton College et de la National Gallery, ainsi qu’une miniature d’un manuscrit du Corpus Christi College de Cambridge, reproduit par Strutt211. Le roi Henri IV, père des précédents, mort en 1413, avait adopté lui aussi la coiffure en écuelle, 39tout en conservant sa barbe et ses moustaches212, d’après le tombeau qui lui fut érigé dans l’abbaye de Westminster. Une ancienne image représente Thomas Montagu, comte de Salisbury, le même qui fut tué au début du siège d’Orléans en 1428, armé de toutes pièces, sauf la tête couronnée de cheveux, rondis en sébile213. Sir John Talbot, le vaincu de Patay, était coiffé selon cette mode, comme le prouvent une miniature de son missel de campagne214, et une autre du manuscrit connu sous le nom de Shrewsbury book215, où nous le retrouvons offrant ce livre à la reine Marguerite d’Anjou, assise sur un large trône à la gauche du roi Henri VI son époux, derrière lequel se pressent onze seigneurs, têtes nues, également rasés en écuelle. Un manuscrit de la Bibliothèque nationale216 renferme une curieuse enluminure217 représentant sir Ralph Neville, premier comte de Westmorland, mort en 1425, accompagné de ses neuf fils ; tous ont l’écuelle.
Si l’on rencontre, dans l’ouvrage que Stothard a consacré aux effigies funéraires de la Grande-Bretagne, un sir John Wantley, mort en 1424218, avec des cheveux simplement coupés ras, on y trouve en revanche Thomas Fitz-Alan, comte d’Arundel, mort en 1416, Richard Beauchamp, comte de Warwick en 1439, lord Hungerford en 1455, sir John Crosby en 1475219, et autres chevaliers anglais, gisant tout armés sur leurs dalles funèbres, têtes nues, les cheveux rondis. Nous voyons d’autre part, coiffés de même sur leurs tombes, d’après Hewitt, sir John Gaynesford, mort en 1450, sir Richard Quatremayns et sir John Dengayn en 1460220. Les Monumental Brasses de Waller nous mettent encore en présence de chevelures taillées en rond, dans les images de William Fynderne, mort en 1444, de Walter Grene en 1450, et d’Henry Parice en 1460221. Ajoutons enfin à cette liste de personnages en écuelle John Barnard, mort en 1451, sir Thomas Shernborne en 1458, et Richard Mansfeld en 1465222, d’après les Sepulchral monuments in Great Britain. Nous aurions certainement bien d’autres exemples à citer si la plupart des chevaliers dont les précédents ouvrages donnent les effigies n’étaient représentés casqués sur leurs tombeaux.
Ce qui va suivre nous prouvera que l’écuelle, à peu près universellement adoptée par les Anglais, était non moins en honneur chez les Bourguignons.
La tête de Nicolas Rolin chancelier du duc Philippe de Bourgogne, reproduite dans notre figure 2, d’après un tableau connu223, peint par Van Eyck vers 1430, offre une coupe de cheveux analogue à celle que nous venons de voir orner le chef d’un prince anglais. La statue tombale du duc Jean sans Peur et tous ceux de ses 40portraits qui furent exécutés de son vivant le représentent ainsi coiffé224. Les personnages qui entouraient le tombeau, terminé en 1456, de Louis de Mâle, comte de Flandre, autrefois dans la Collégiale de Saint-Pierre de Lille, et dont les Antiquités Nationales de Millin nous ont conservé les pittoresques silhouettes, laissaient entrevoir le même genre de coiffure sous leurs barrettes et sous leurs chaperons. Antoine, duc de Brabant, tué à la journée d’Azincourt, Jean, duc de Clèves, Charles le Téméraire, alors comte de Charolais225, et d’autres princes y figuraient, nuques et tempes rasées. Millin nous a également donné l’effigie d’un chevalier bourguignon, Hugues de Lannoy, Seigneur de Santes, grand maître des arbalétriers de France, mort en 1456, portant les cheveux rondis226.
L’intéressante collection des dessins de l’abbaye de Saint-Vaast227 nous fait voir tous ceux des contemporains de la mission de Jeanne d’Arc dont elle nous a conservé les traits, coiffés en écuelle. Citons parmi ces derniers le baron d’Antoing228, les sires d’Andrignies, de la Hamaïde, de Mastaing, sans oublier le peintre Roger van der Weyden229, auteur présumé d’un tableau du musée d’Anvers représentant le duc Philippe le Bon vers 1450, dont la figure 3 reproduit la physionomie.
Des quatorze portraits de laïques, tous contemporains de notre héroïne, que nous a providentiellement laissés le prestigieux pinceau de van Eyck, il n’en est pas un seul qui ne nous offre un exemple, souvent très accentué, de la coiffure en écuelle230. Les cheveux longs, dans l’œuvre de ce peintre, ne se rencontrent que sur la tête de personnages imaginaires ou rétrospectifs animant des compositions fantaisistes et toutes idéales.
Nous retrouvons l’écuelle dans ceux des pleurants dont la tête est déchaperonnée, autour des tombeaux des ducs Philippe le Hardi (1412) et Jean sans Peur (1444)231.
On conviendra que ce qui précède a suffisamment prouvé l’adoption générale de la mode des cheveux rondis, à la fois chez les Anglais et chez les Bourguignons, non seulement à l’époque de la Pucelle, mais encore 41sensiblement plus tard. Les exemples suivants vont nous montrer l’écuelle chez les Français du parti armagnac.
Un grand panneau du musée du Louvre représente Jean Juvénal des Ursins, accompagné de sa femme et de ses onze enfants. Un des fils est évêque, un autre archevêque ; tous deux sont mitrés, comme il convient. Il semble que le chef de la famille, dont le front est découvert, se soit contenté de s’être fait raser la nuque, mais les cinq fils laïques ont les cheveux franchement taillés en écuelle, suivant le type de la figure 4, qui donne la physionomie de l’un d’eux. Ce tableau est d’environ 1445232.
L’écuelle remontait, en France, à une époque plus ancienne. Une miniature, exécutée vers 1410233, nous fait voir le roi Charles VI recevant les Poésies de Christine de Pizan. Des quatre seigneurs entourant le trône, deux s’y trouvent visiblement coiffés en cheveux rondis, alors que la façon dont est accommodée la chevelure royale y est peu définie. Le même Charles VI paraît avoir adopté l’écuelle dans les Lamentations de Pierre Salmon234. Son tombeau, terminé en 1429, nous montre, à Saint-Denis, des tempes dégarnies de cheveux et une nuque entièrement rasée. Il en est ainsi de la statue tombale de Pierre de Navarre, comte de Mortain, mort en 1412235.
Les représentations qui nous ont été conservées en assez grand nombre de Jean, duc de Berry, mort en 1416, nous enseignent que ce prince, après avoir longtemps porté les cheveux tombant jusqu’au col et séparés par une raie médiane selon la coutume de la seconde moitié du quatorzième siècle236, s’était rallié à la nouvelle mode vers 1410, en dépit de ses soixante-dix ans237. Les Très riches Heures, conservées à Chantilly, et dont la remarquable décoration paraît avoir été exécutée à une date très voisine de 1415, nous montrent, parmi les familiers de ce prince, des nuques et des tempes rasées au-delà de ce qu’on peut imaginer.
Le duc Louis d’Orléans, à la veille de son assassinat en 1407, se contentait de porter les cheveux disposés de façon à bouffer très haut au-dessus de la nuque et sur les côtés, suivant une coutume encore très en vogue, alors que l’écuelle commençait à se propager dans son entourage. C’est ce que semble prouver une miniature un peu postérieure, où l’on voit Christine de Pizan lui offrant ses poésies238. On y 42 remarque les cheveux bouffant au-dessus des oreilles chez le prince et l’écuelle en calotte chez les courtisans. Les hauts cols en goulot, usités à cette époque, nécessitaient l’une ou l’autre de ces coiffures.
Jean, dauphin de France, mort en 1416 à l’âge de dix-huit ans, portait les cheveux rondis sous le chaperon, d’après un dessin de la collection de Saint-Vaast, qui renferme également un crayon représentant le roi Jacques Ier d’Écosse avec une écuelle des plus caractérisées239.
L’entrée de Charles VII à Toulouse en 1441, dont une enluminure authentiquement datée240, nous a conservé le souvenir, le montre à cheval sous un dais porté par les huit capitouls, précédé de la bannière municipale et suivi du dauphin Louis. Cette composition, où tous les personnages ont les cheveux taillés en écuelle, nous offre la plus ancienne représentation du roi Charles VII qui soit parvenue jusqu’à nous. Il est à peu près certain que ce monarque, né en 1403, avait, dès son enfance, adopté ce genre de coiffure241. Tout le monde peut s’assurer, d’après un magistral portrait du musée du Louvre, que, vers 1455, il livrait encore ses tempes et sa nuque au rasoir de son barbier. Une miniature de l’Armorial du héraut Berry242 et l’Adoration des Mages des Heures d’Étienne Chevalier243, nous le montrent également avec des cheveux ainsi accommodés, et il est probable que ce prince n’eut jamais d’autre façon de se coiffer.
La statue tombale d’un de ses familiers, Guillaume Duchâtel, enterré à Saint-Denis, possède la même coupe de cheveux.
Un dessin du recueil de l’abbaye de Saint-Vaast nous fait voir le dauphin, plus tard Louis XI, vers l’âge de dix ans, c’est-à-dire aux environs de 1433, déjà coiffé en écuelle. Une miniature de 1450244 le représente en armure, la tête découverte, nuque et tempes rasées, le bas du visage engoncé dans une grande bavière.
L’écuelle se retrouve dans le portrait d’Étienne Chevalier, trésorier des finances de Charles VII. Nous en donnons la tête (fig. 5). Cette peinture, due au pinceau du célèbre Jean Fouquet et actuellement au musée de Berlin, est de 1450. Nous savons, par un dessin de Gaignières245, qu’Étienne Chevalier conserva la même coiffure jusqu’à sa mort en 1474.
Jean Cadart, médecin du roi, portait également les cheveux rondis en 1452246. Nous pouvons encore citer, d’après Gaignières, les effigies de Pierre des Essars, 1420247, de Macé Poret, 1426248, de Guillaume du Bosc, 1430249, d’Arnault Guilhem, sire de Barbazan, 1431250, d’Hémon Raguier, 1433251, de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, 1433252, de l’architecte Alexandre de Berneval, 1440253, 43d’Antoine des Essarts, 1442254, de Jean VI, duc de Bretagne, 1442255, de Denis de Chailly, 1450256, et un curieux portrait du connétable de Richemont, daté de 1458257. Tous ces contemporains de Jeanne d’Arc, dont Gaignières nous a si heureusement conservé les physionomies, nous présentent des spécimens, la plupart très accentués, de la coiffure en écuelle.
C’est ainsi qu’apparaît sur son tombeau, actuellement au musée du Louvre, la tête du chancelier Philippe de Morvilliers, en 1438.
Mentionnons enfin parmi les innombrables exemples de cette mode bizarre que nous offrent les monuments français de la première moitié du quinzième siècle, représentant des personnages historiques, Geoffroy le Meingre, frère du maréchal Boucicaut vers 1410258, le roi de Sicile, Louis II d’Anjou, mort en 1417259, Philippe de Harcourt, en 1419260, Guillaume Le Duc, en 1453261, sans oublier le bon roi René d’Anjou, lequel, indépendamment de ses cheveux rondis et contrairement à la coutume générale, portait, vers 1435, des moustaches et la barbe en deux pointes fines allongées262, selon une ancienne mode du siècle précédent encore en usage chez certains Anglais263.
Ce genre de coiffure, [dit Viollet-le-Duc en parlant de l’écuelle,] est adopté par les ducs de Berry264, de Bourgogne, par le comte d’Armagnac, par les Dunois, les La Hire, les Juvénal des Ursins, les Duchâtel, les Poton de Xaintrailles, par le dauphin lui-même, Charles VII, etc. Les bourgeois alors tenaient aussi, sous le chaperon, les cheveux courts265.
L’écuelle devint rare après 1455. Quelques vieillards seuls restèrent fidèles à cette mode de leur jeunesse. Nous avons déjà vu en effet le connétable de Richemont, dans un portrait de 1458, et Étienne Chevalier, sur son monument funèbre en 1474, coiffés en cheveux rondis. Le tombeau de Charles d’Artois, comte d’Eu266, mort en 1472 à soixante-dix-huit ans, et celui du roi René d’Anjou267, qui termina sa carrière en 1480, nous font voir ces deux princes également rasés en sébile.
À l’encontre de Siméon Luce, de Mgr Debout et du chanoine Cochard, le 44père de Barenton, dans sa Jeanne d’Arc franciscaine268, concède avec raison des cheveux courts taillés en rond à la Pucelle. Mais nous venons de prouver combien il est dans l’erreur lorsqu’il affirme qu’au temps de Jeanne, les hommes portaient les cheveux tombant droit sur le cou et les tempes où ils couvraient les oreilles. Niant l’autorité de Viollet-le-Duc, il prétend s’appuyer sur celle de Racinet. Or ce dernier, dans tout le cours de son Costume historique, n’a pas parlé une seule fois de la coupe de cheveux en usage à l’époque de Charles VII. Il s’est contenté de reproduire, très infidèlement d’ailleurs, le portrait de ce monarque par Fouquet, ayant jugé à propos de le gratifier de cheveux, complètement absents dans l’original, où les tempes sont manifestement rasées sous le chapeau. Il a donné en outre, comme étant contemporaines du même prince, quelques miniatures exécutées sous le règne suivant, montrant par conséquent des modes qui n’étaient plus celles de 1430. C’est ainsi que trop souvent les historiens du costume ont renseigné leurs lecteurs.
Au début de ce chapitre, nous avons accumulé les témoignages attestant chez Jeanne d’Arc l’adoption des cheveux rondis. Nous venons de faire ensuite une énumération de personnages historiques de la première moitié du quinzième siècle, anglais, bourguignons, armagnacs, coiffés de même, prouvant dès lors que la Pucelle, abdiquant toute coquetterie de femme, s’était tout simplement conformée à la mode masculine de son temps. Une iconographie, que nous croyons pouvoir dater avec une précision suffisante, va maintenant nous faire connaître les différentes phases que traversa le long règne de la coiffure en écuelle depuis son apparition jusqu’à son déclin.
Il existe des manuscrits enluminés portant les dates de 1400269, 1401270, 1403271, 1404272, 1406273. Dans aucun d’eux ne figurent des personnages ayant les cheveux taillés en sébile. Il en est ainsi pour les tableaux et pour les sculptures qu’on peut faire remonter à la même époque.
Le plus ancien document iconographique dans lequel on voit apparaître quelques exemples de cheveux rondis est un Térence, offert au duc de Berry en 1408274, par l’évêque de Chartres, Martin Gouge de Charpaigne275.
Nous daterons donc de 1407 environ l’apparition de l’écuelle dans l’iconographie médiévale. Quant à la raison d’être de ce genre de coiffure, nous croyons la trouver dans la persistance de la mode des hauts collets montants, en forme de goulots de carafe, appelés carcailles276, qui dura de la fin du quatorzième siècle jusqu’assez avant dans le quinzième. Pour conserver une chevelure un peu longue avec ces sortes de cols, il fallait la maintenir roulée au-dessus des oreilles. On finit par trouver plus simple de raser la nuque.
45Cette extraordinaire coupe de cheveux, fut loin d’obtenir à ses débuts le succès trop souvent réservé aux innovations excentriques dans la coiffure ou dans l’habillement. On ne la retrouve pas chez les personnages des Grandes Heures du duc de Berry, terminées en 1409277, et il lui fallut encore six années, pendant lesquelles elle ne fut en faveur qu’auprès de quelques outranciers de la mode, pour arriver à supplanter presque complètement les chevelures gracieusement disposées de manière à ne couvrir que le haut de l’oreille, en usage depuis la fin du siècle précédent.
La Bibliothèque de l’Arsenal possède un manuscrit des plus intéressants pour l’étude du costume civil vers 1410. Nous voulons parler d’un Térence278, historié de cent trente-deux miniatures, que le savant administrateur de cette bibliothèque, M. Henry Martin, a eu l’heureuse idée de faire reproduire et de publier279. Parmi les cinquante personnages masculins figurant dans cette précieuse enluminure, il en est trente-six dont on peut apercevoir la coupe de cheveux. Comme il est arrivé de tout temps, tous ne sont pas testonnés de la même façon. Des divergences dues à l’âge, à la fantaisie ou à la position sociale de chacun ont toujours coexisté avec la mode générale de l’époque adoptée par le plus grand nombre.
Dix vieillards représentés, soit têtes nues, soit couverts de chaperons laissant deviner la manière dont leurs chefs ont été accommodés par le barbier, font partie des trente-six exemples précités. Six de ces hommes mûrs sont coiffés de cheveux modérément longs et ordinairement roulés assez haut pour découvrir le bas de l’oreille, selon la mode de la fin du quatorzième siècle, mode toujours dominante et qui subsistera exceptionnellement jusqu’au-delà de 1415. Trois sont simplement tondus plus ou moins ras. Le dixième, sans doute le doyen de la série, le vieillard Micion, des Adelphes, a conservé la chevelure coupée à la hauteur du col et couvrant entièrement les oreilles, telle qu’on la portait au temps de sa jeunesse, sous le règne du bon roi Charles le Sage. Aucun de ces dix pères nobles ne pouvait raisonnablement infliger à ses cheveux blancs, ou même grisonnants, le ridicule d’une mode aussi subversive que celle de l’écuelle.
À la jeunesse élégante seule tolérait-on semblable excentricité. Et en effet nous voyons apparaître l’écuelle sur cinq têtes de jeunes seigneurs parmi les douze que nous montre l’enluminure du Térence de l’Arsenal. Les sept autres, bien qu’appartenant également à de coquets jouvenceaux, sont coiffées comme celles de la majorité des vieillards du même manuscrit, à la mode courante de l’époque, c’est-à-dire en cheveux roulés couvrant le haut de l’oreille.
Sur onze valets, six ont les cheveux simplement coupés courts, quatre les portent assez longs pour cacher l’oreille en partie, et un seul, le Géta, du Phormion, s’est permis d’arborer l’écuelle, à l’instar d’Antiphon, le fils de son maître Démiphon.
Le même ouvrage nous fait voir encore deux marchands d’esclaves, l’un coiffé en cheveux roulés, à la mode dominante, l’autre en cheveux courts, et enfin, dans l’Eunuque, le soldat Thrason, possesseur d’une longue chevelure pendant sur le dos, tout à fait fantaisiste et exceptionnelle.
Quoique plus nombreuses qu’à leur début vers 1407, les écuelles sont donc 46encore, d’après ce Térence, peu usitées en 1410. Tous les manuscrits historiés auxquels on peut assigner cette date confirment cette assertion en nous offrant une proportion sensiblement aussi faible de cheveux rondis280.
Dans le Boccace de Jean sans Peur281, également de la Bibliothèque de l’Arsenal, et à peu près contemporain du Térence dont nous venons de parler, la quantité des écuelles par rapport aux cheveux roulés couvrant le haut de l’oreille est encore très minime.
Il nous faut arriver à la précieuse enluminure des Très riches Heures du duc de Berry282, exécutée vraisemblablement vers 1415, pour voir enfin l’écuelle régner sans partage sur les chefs rasés très haut des princes et des gentilshommes de leur domesticité. Dès lors, cette singulière coupe de cheveux, tout en demeurant très en vogue auprès des seigneurs, sera peu à peu adoptée, d’abord par les bourgeois, toujours désireux d’imiter la noblesse, et ensuite par les gens du peuple283, non moins attentifs à rapprocher leurs allures de celles des hautes classes, de telle sorte qu’en 1430, l’écuelle en forme de calotte, surmontant la nuque et les tempes rasées se trouvera en faveur dans tous les rangs de la hiérarchie sociale. Les innombrables figures d’hommes que contient le Bréviaire de Salisbury284, enluminé en France285 vers cette dernière date pour le régent Bedford, sont toutes, sauf de rares exceptions, représentées avec les cheveux taillés en rond. Les anges du paradis eux-mêmes s’y voient parfois contraints de se conformer à cette mode bizarre286.
Mais c’est surtout de 1430 à 1450 que nous rencontrerons dans les monuments iconographiques les gens de toutes conditions presque uniformément coiffés ainsi en France287 et en Angleterre288.
Une curieuse peinture sur bois du musée de Versailles représentant une scène 47de chasse au vol à la cour du duc Philippe le Bon, contient trente-deux têtes masculines sur trente-cinq avec l’écuelle. Seuls, un gentilhomme et deux valets y possèdent des cheveux modérément longs couvrant les oreilles en partie. Ce tableau nous fait voir dans un paysage champêtre et verdoyant, au bord d’un étang sur les rives duquel des chasseurs s’ébattent, des couples de jeunes seigneurs et de gentes dames foulant la prairie au son d’un orchestre composé de trois ménétriers dont l’un sonne d’une trompille armoyée aux armes de Bourgogne. À l’exception d’un personnage grotesque, revêtu d’une longue robe rouge, et qui n’est autre que le fol du bon duc Philippe, comme nous l’apprend la mention en cursive gothique inscrite au-dessous d’un dessin du recueil de Saint-Vaast289 reproduisant ce fol tel qu’il figure sur le panneau en question, les assistants des deux sexes, maîtres, valets et fauconniers, sont tous habillés de blanc. Appuyé contre une table sur laquelle sont préparés des fruits et des rafraîchissements, le duc, son oiseau favori au poing, entouré de quelques-uns de ses familiers avec lesquels il devise, préside à la fête. Non loin de lui, la duchesse, vêtue d’un riche manteau d’hermine qui la distingue des autres dames, semble faire les honneurs de la réunion. La date de cette peinture est déterminée par le lion de Luxembourg290 figurant à la fois sur la bannière armoriée de la trompette du ménétrier, dans l’écu ducal surmontant l’huis d’un châtelet de bois construit sur pilotis au milieu de l’étang, et enfin sur de grands flacons de cuivre que des serviteurs ont déposés au pied d’une fontaine. L’œuvre est donc postérieure à 1442, année de la cession du duché de Luxembourg à Philippe le Bon291. D’autre part, l’âge que l’artiste a donné aux traits du duc et de la duchesse, les costumes assez particuliers dont il a revêtu certains personnages de son tableau et qu’on retrouve dans un manuscrit de 1441292, ne permettent guère de fixer pour l’exécution de ce travail une date beaucoup plus récente que l’année 1443.
Un Régime des Princes293, contemporain de la précédente peinture, nous fournit la même abondance de coiffures en écuelle.
Celles-ci sont encore en majorité dans les manuscrits enluminés de 1450 à 1455, notamment dans le Champion des Dames de 1455294 et dans l’Armorial du héraut Berry295.
D’après Vallet de Viriville, c’est vers 1455 que Gilles le Bouvier, roi d’armes de Berry, aurait terminé son Armorial296. La première miniature297 de cet ouvrage reproduit la scène dans laquelle l’auteur offre son livre à Charles VII. Tous deux 48portent les cheveux rondis. Sur les vingt-cinq seigneurs dont les costumes de parade ornent la suite de cette œuvre intéressante, quatre sont casqués dont il est impossible de voir la coiffure. Parmi les vingt-et-un autres, quatre ont les cheveux bouffant de chaque côté de la tête et laissant seulement à découvert le bas de l’oreille. Ce sont les ducs d’Orléans, de Berry, d’Anjou et de Bourbon, trônant vêtus de longues robes à l’antique ou habits royaux auxquels seuls avaient droit les pairs et les princes de France. La disposition archaïque de leurs cheveux semble aussi conventionnelle que leur habillement, et l’apparence de même âge donnée par ces miniatures au duc de Berry qui n’avait que neuf ans en 1455298, et au duc d’Orléans299 qui en atteignait alors soixante-quatre, prouve que ces images de princes sont plutôt des abstractions que des portraits.
Autrement réalistes et caractérisés apparaissent les costumes des dix-sept seigneurs à cheval dont les chapeaux et les chaperons n’empêchent pas de constater l’absence de cheveux à la nuque et aux tempes, et parmi lesquels nous citerons le dauphin, les ducs de Bourgogne, de Bretagne, les comtes de Richemont300 de Dunois301, de Sancerre, de la Marche, du Maine, de Laval, les barons de Courtenay et de Montmorency, les maréchaux de Lohéac, de Xaintrailles et le sire d’Albret.
Si d’autres manuscrits attestent encore cette persistance de la mode des cheveux rondis jusqu’en 1455, ils nous montrent en même temps la vogue croissante de certaines innovations dans la coiffure qu’on avait vu poindre aux approches de 1450. Quelques écuelles s’étant allongées sur des nuques rasées moins haut302, des chevelures osèrent s’affranchir complètement du rasoir303. Ces dernières parvinrent à supplanter les cheveux taillés en rond, et après 1455, on ne trouve plus l’écuelle qu’à l’état d’exception.
Tout ce qui précède nous amène à résumer ainsi les évolutions de cette mode excentrique : apparition vers 1407, adoption par les hautes classes en 1415, généralisation progressive dans la bourgeoisie et le peuple de 1415 à 1430, apogée de 1430 à 1450, décroissance de 1450 à 1455, et ensuite disparition, quelques vieillards seuls s’entêtant à conserver la disgracieuse tonsure de leur jeunesse jusqu’à la fin de leur existence.
Ne bornant pas son empire à la France et à la Grande-Bretagne, l’écuelle franchit les monts. Une miniature italienne d’environ 1445 représente Galasso, comte de Correggio, offrant son Histoire d’Angleterre304 à Philippe Marie Visconti, duc de Milan. Tous deux ont la nuque et les tempes rasées. La plupart des médailles de Pisanello nous fournissent des exemples semblables, atténués, il est vrai, par le 49goût italien305. Citons entre autres le profil du célèbre médailleur par lui-même vers 1445306, celui du marquis de Mantoue, de 1447, ainsi que la médaille à l’effigie de Pietro Candido Decembrio, datée de 1448. On rencontre encore des seigneurs italiens coiffés d’une manière analogue parmi les dessins de Pisanello de l’album Vallardi, conservé au Louvre.
Ce dernier musée possède en outre une suite de quatre panneaux de l’école catalane d’environ 1430, qui nous met en face d’un saint Georges espagnol ayant les cheveux rondis, à la française. Dans le tableau exécuté par le peintre catalan Lluís Dalmau, en 1445, représentant la Vierge et les conseillers de Barcelone307, ceux-ci sont également coiffés en écuelle. Même coupe de cheveux se remarque vers 1450 sur le chef de don Iñigo d’Avalos, grand connétable de Castille308, d’après une médaille de Pisanello.
L’existence de l’écuelle se trouve ainsi constatée en Espagne et en Italie309.
On voit, par tout ce que nous venons de mettre en lumière, combien est fausse l’opinion accréditée par certains auteurs d’après laquelle la mode des cheveux rondis aurait été le privilège exclusif de la cour de Bourgogne. L’un d’eux310, parlant du polyptyque de Saint-Bavon et mentionnant la tête entièrement chauve du donateur, soupçonne celui-ci d’avoir, en signe de piété profonde, enlevé sa perruque en forme d’écuelle, en honneur parmi les courtisans de Philippe le Bon
. Une perruque ne pouvant tenir solidement sur la tête qu’à la condition de descendre par derrière assez bas sur la nuque, nous croyons difficilement à l’écuelle postiche. Comme le montrent les portraits de Jean van Eyck figurant des personnages couverts, la calotte de cheveux épargnée par le rasoir demeurait le plus souvent invisible, enserrée dans le chapeau ou le chaperon. Le fait d’ôter l’une ou l’autre de ces coiffures aurait risqué d’avoir, pour un porteur de perruque en écuelle, la conséquence fâcheuse d’enlever celle-ci en même temps que le couvre-chef. Le crâne entièrement dénudé de Josse de Vydt311, le donateur du célèbre retable, s’explique par cette raison que l’écuelle entraînait justement la suppression des cheveux de la nuque et des tempes, les seuls subsistant ordinairement autour des têtes les plus chauves.
L’écuelle domine donc en Occident durant les trente-trois premières années du règne de Charles VII, et si, parmi les images qui nous ont été conservées de cette période, on rencontre çà et là quelques longues chevelures, leur rareté ne fait que confirmer la règle générale312.
50De toutes les contrées chrétiennes, à l’époque de Jeanne d’Arc, l’Allemagne seule semble n’avoir pas voulu prendre sa part dans ce concert des nations en faveur de l’écuelle. Cette mode ne se rencontre qu’à l’état d’exception dans les monuments germaniques contemporains, et ceux-ci nous montrent le plus souvent les Allemands de toutes classes agrémentés de luxuriantes toisons dont les boucles folles cachent plus ou moins les oreilles de leurs possesseurs313. En 1443, au Pas de l’Arbre Charlemaigne, les perruques à l’allemande des six pages qui montaient les chevaux de parure du comte d’Arberg, firent sensation parmi les têtes en partie dénudées des seigneurs de la cour de Bourgogne, … et d’abondant avoit iceulx paiges cheveulx crespés à la façon d’Allemaigne ; et croy qu’ilz furent artificiez, non pas les leurs propres
, écrit Olivier de La Marche dans la narration qu’il nous donne de cette fête chevaleresque314. L’extrême rareté de l’écuelle en pays d’outre-Rhin fait comprendre les chevelures opulentes de trois des personnages de la tapisserie allemande du musée d’Orléans à une époque où l’on faisait bon marché de la couleur locale.
Qu’on nous pardonne la longueur de ce chapitre sur la coupe des cheveux masculins au temps de notre héroïne. Ainsi que l’a écrit le savant Quicherat315, il ne faut pas reculer devant les redites lorsqu’on a le désir de faire entrer la vérité dans les esprits. Puissent ces lignes parvenir jusque sous les yeux des artistes, les convaincre et les empêcher enfin de nous produire des Jeanne d’Arc coiffées comme les combattants de Fornoue et d’Agnadel.
Notes
- [182]
Le barbier rasait l’occiput et les tempes, en même temps qu’il accommodait le visage sur lequel pas un poil ne fut laissé.
(Quicherat, Histoire du costume en France, 1875, p. 256.) - [183]
Revue historique, t. IV, p. 336.
- [184]
Quicherat, Procès, t. I. p. 220.
- [185]
Quicherat, Procès, t. I. p. 224.
- [186]
Capillis capitis sui super summitates aurium scissis in rotundum. — (Quicherat, Procès, t. I. p. 332.)
- [187]
Abbé Théophile Cochard (1836-1914), Comment
pourtraicturer
Jeanne d’Arc, Orléans, 1909, p. 15. - [188]
Siméon Luce (1833-1892), Jeanne d’Arc à Domrémy, 1923, p. CCXII.
- [189]
Mgr Henri Debout (1857-1936), La bienheureuse Jeanne d’Arc, 1907, t. I, p. 194.
- [190]
Mgr Debout, La bienheureuse Jeanne d’Arc, t. I, p. 115. Cette image est le fac-simile d’une gravure anglaise du XVIIe siècle. La tête du régent s’y trouve être une mauvaise copie du portrait de ce prince qui figure dans le livre d’heures, connu sous le nom de Missel de Bedford, conservé au British Museum (Add. MS. 18850, fol. 256, v°). Voir plus loin notre figure 1.
- [191]
Quicherat, Procès, t. I, p. 388.
- [192]
Quicherat, Procès, t. I, p. 447.
- [193]
Quicherat, Procès, t. III, p. 156.
- [194]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 469.
- [195]
Histoire de Charles VII, t. II, livre IV, p. 51.
- [196]
Revue historique, t. IV, p. 329.
- [197]
Annuaire du Conseil héraldique de France, 1901, p. 135.
- [198]
La question de savoir si Jeanne se fit couper les cheveux à Vaucouleurs ou seulement à Chinon nous semble résolue par ce fait qu’a son départ pour aller trouver le dauphin, elle était coiffée d’un chaperon d’homme. On comprendra plus loin, au chapitre réservé au chaperon, que le port du chaperon masculin, tel qu’il était alors confectionné, ne pouvait convenir à une chevelure féminine. Il est donc certain que la Pucelle se fit couper les cheveux en écuelle avant de venir en France.
- [199]
Annuaire du Conseil héraldique de France, 1904, p. 142.
- [200]
Annuaire du Conseil héraldique de France, 1904, p. 159.
- [201]
Marcel Hébert (1851-1916), Jeanne d’Arc a-t-elle abjuré ?, Paris, 1914, p. 138, 139.
- [202]
G. Rolin. Revue numismatique, 1836, t. I, p. 414. Il est fâcheux que l’auteur de cette assertion l’ait appuyée sur une fausse référence en citant l’Histoire de Charles VII, de Denis Godefroy (1615-1681), où il n’est nullement raconté que les cheveux de la Pucelle furent coupés deux fois pendant l’année qu’elle passa dans les fers. Nous n’avons trouvé jusqu’à présent aucun texte ancien relatant ce fait, d’ailleurs très vraisemblable et que nous supposons véridique, ne pouvant comprendre l’intérêt qu’on aurait eu à l’imaginer.
- [203]
Fabre, Procès de condamnation, p. 312. — Quicherat, Procès, t. I. p. 388.
- [204]
Anatole France, Vie de Jeanne d’Arc, t. II, p. 203, 204.
- [205]
S’il n’y avait que trois mois qu’elle était prisonnière quand elle fut visitée à Beaurevoir par Aimond de Macy, Jeanne, à Rouen, avait près d’un an de captivité, lorsque reçut un soufflet de sa main le trop entreprenant Jeannotin.
- [206]
Une ordonnance royale prescrit, a propos de la tenue des francs archers dont l’institution remonte à 1448, que le collet de leur jaques
ne soit pas trop hault derrière pour l’amour de (la) salade
. (Charte de la chambre des comptes, ap. Du Cange, Glossarium : Jacke.) - [207]
Victor Gay, Glossaire archéologique du Moyen Âge et de la Renaissance, 1887, p. 334 : Chaperon à armer.
- [208]
[NdÉ] Harmand l’appelle Jean Plantagenêt. Il est toutefois plus connu sous ce nom de Jean de Lancastre, depuis que son père Henri de Lancastre, issu d’une branche cadette des Plantagenêt, renversa son cousin Richard II pour devenir roi d’Angleterre sous le titre d’Henri IV.
- [209]
British Museum, Add. MS. 18850, fol. 256, v°.
- [210]
Bibl. nat., lat. 17294, fol. 92.
- [211]
Joseph Strutt, The Regal and Ecclesiastical Antiquities of England, 1842, p. 79 : plate XL.
- [212]
Quelques Anglais conservèrent tard le port de la moustache, abandonné en France au début du siècle. Cette mode subsiste encore à l’état exceptionnel sur le tombeau de Sir John Drayton, mort en 1425 (John Hewitt, Ancient Armour and Weapons in Europe, 1855) et sur celui de Sir Symon, mort en 1444 (Sepulchral monuments in Great Britain).
- [213]
Voir pl. XLV de l’ouvrage de Strutt cité à la note 210. La miniature en question provient du manuscrit du British Museum, Harl. 4826.
- [214]
Voir Wallon, Jeanne d’Arc, p. 113. Le missel de campagne de Talbot appartient à Sir Henry Yates Thompson [1838-1928, collectionneur britannique].
- [215]
Brit. Mus., Royal MS., E VI, fol. 2 v°. Talbot, comte de Shrewsbury depuis 1442, fit exécuter ce manuscrit par des artistes français pour en faire présent à la reine Marguerite d’Anjou, à l’occasion de son mariage, en 1445.
- [216]
Bibl. nat., lat. 1158, fol. 27, v°.
- [217]
D’après M. Camille Couderc, cette miniature remonterait à une date très voisine de 1427 (Album de portraits, p. 75-77).
- [218]
Monumental Effigies of Great Britain, pl. 116.
- [219]
Monumental Effigies of Great Britain, pl. 105, 106, 121 à 124, 129, 131.
- [220]
Ancient Armour and Weapons in Europe, t. III, p. 460, 468, 476.
- [221]
Monumental Brasses.
- [222]
Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. LX, LXIX.
- [223]
Musée du Louvre.
- [224]
Musées de Versailles, de Chantilly, de Dijon, de Semur, de Besançon, de l’hôpital de Beaune, etc. — Bibl. nat., Ms. fr. 2810, fol. 226 ; fr. 23279, fol. 119 v° ; Est., Ob. 10, fol. 26.
- [225]
Une très remarquable miniature de 1446 (Bruxelles, Bibl. roy., 9242, fol. 1) nous montre le comte de Charolais âgé de treize ans, coiffé en écuelle ainsi que son père le duc Philippe et tous les personnages de cette scène intéressante dont les physionomies ont été certainement prises sur le vif. On y reconnaît facilement le chancelier Rolin, à la droite et un peu en arrière du duc son maître. Ce dernier est encore représenté accompagné de son fils et de son chancelier dans un manuscrit d’environ 1456 (Bibl. imp. de Vienne, 2549, fol. 6). Tous trois y figurent avec des cheveux taillés en écuelle.
- [226]
Aubin Louis Millin (1759-1818), Antiquités nationales, 1790-1797, t. V, n° LIV, pl. 3, p. 42.
- [227]
Arras, Bibl. de l’Abbaye de Saint-Vaast.
- [228]
Jean de Melun, baron d’Antoing, est également représenté coiffé en écuelle sur son tombeau, à Antoing.
- [229]
Roger van der Weyden naquit en 1399 et mourut en 1464.
- [230]
Paris, musée du Louvre, Nicolas Rolin ; collection Warneck, Homme blond. — Londres, National Gallery, Timothée, Jean Arnolfini en pied, l’Homme au Ruban. — Berlin, musée royal, l’Homme a l’œillet, Josse de Vydt, Petite tête d’homme, Jean Arnolfini en buste, Beaudoin de Lannoy. — Vienne, musée impérial, Jean de Leeuw. — Hermannstadt, Gymnase, l’Homme au chaperon bleu. — Dresde, musée royal, Donateur avec saint Michel. — Leipzig, musée, Donateur eu buste.
- [231]
Musée de Dijon.
- [232]
D’après les noms et qualités des personnages inscrits sous chacun d’eux, Jean, l’aîné des fils, est évêque de Laon. Le tableau est donc postérieur à 1444, date de la nomination de Jean à cet évêché, et antérieur a 1449, année ou ce prélat obtint l’archevêché de Reims.
- [233]
Bibl. nat., fr. 836, fol. 1.
- [234]
Vers 1410 — Bibl. nat., fr. 23279, fol. 53. Voir aussi la miniature du fol. 23 du fr. 5273, où Charles VI et ses courtisans sont également coiffés en écuelle.
- [235]
Musée du Louvre.
- [236]
Vers 1380 : Bibl. nat., Est. Gaignères Oa 12, fol. 8, copie de la miniature du Registre des hommages du comté de Clermont en Beauvoisis, anéanti dans l’incendie de la Chambre des comptes en 1737, représentant Charles V entouré de ses principaux seigneurs. — Vers 1400 : Bibl. nat., Ms. lat. 18014, fol. 117 v°, 196 v°. — Vers 1404 : Bibl. nat., Ms. lat. 919, fol. 96. Ce manuscrit (Les Grandes Heures du duc de Berry), fut terminé en 1409, mais la miniature du fol. 96, reproduisant les traits du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, mort en 1404, parmi les personnages qui accompagnent le duc de Berry, nous semble, de ce fait, plus ancienne.
- [237]
Vers 1410 : Bibl. nat., lat. 18014, fol. 288 v°, miniature exécutée postérieurement à celles des folios 117 v° et 196 v°, cités plus haut, du même manuscrit (Voir C. Couderc, Album de portraits, p. 15, 16) ; fr. 23279, fol. 53 ; Est., Oa 13, fol. 15. — Vers 1415 : Chantilly, Très riches Heures du duc de Berry, miniature du Mois de Janvier.
- [238]
Vers 1413. Bibl. nat., Ms. fr. 833, fol. 52. L’enluminure d’un autre manuscrit (Bibl. nat., fr. 606, fol. 1) de même date, représente une scène analogue : Christine de Pizan offrant au duc d’Orléans son Épître d’Othéa à Hector. Le prince y montre une coiffure semblable.
- [239]
Jacques Ier, roi d’Écosse, né en 1394, mourut assassiné en 1437.
- [240]
Archives de Toulouse, Registre des Capitouls.
- [241]
On verra plus loin que la mode de l’écuelle, timidement apparue vers 1407, devint générale chez les gentilshommes à partir de 1413.
- [242]
Vers 1450. Bibl. nat., fr. 4985, fol. 13 v°.
- [243]
Chantilly, musée Condé. Les miniatures des Heures d’Étienne Chevalier sont de Jean Fouquet.
- [244]
Bibl. de l’Arsenal, 2695, fol. 6 v°.
- [245]
Bibl. nat., Est., Pe 11a, fol. 41.
- [246]
Chantilly, Musée Condé. La Vierge de Miséricorde d’Enguerrand Quarton et de Pierre Villate, datée de 1452.
- [247]
Bibl. nat., Est., Oa 13, fol. 74.
- [248]
Bibl. nat., Est., Oa 14, fol. 64.
- [249]
Bibl. nat., Est., Oa 14, fol. 51.
- [250]
Bibl. nat., Est., Pe 11a, fol. 104.
- [251]
Bibl. nat., Est., Oa 13, fol. 82 ; Pe 11a, fol. 203, 255.
- [252]
Bibl. nat., Est., Ob 10, fol. 12.
- [253]
Bibl. nat., Est., Oa 14, fol. 66 ; Pe 1c, fol. 23.
- [254]
Bibl. nat., Pe 11a, fol. 191.
- [255]
Bibl. nat., Oa 14, fol. 32, 33.
- [256]
Bibl. nat., Pe 11a, fol. 40.
- [257]
Bibl. nat., Oa 14, fol. 48.
- [258]
Heures de Boucicaut, fol. 58.
- [259]
Bibl. nat., lat. 1156 A, fol. 61.
- [260]
Millin, Antiquités nationales, t. V, n° LII, pl. 5, p. 17.
- [261]
Millin, Antiquités nationales, t. III, pl. 24, p. 132.
- [262]
Vers 1435 : Bibl. nat., lat. 1156 A, fol. 81, v°. (Voir p. 79, fig. 7, un dessin exécuté d’après cette miniature). Plus tard, René d’Anjou sacrifia sa barbe, insolite pour l’époque. Il se rasa les lèvres et le menton, et c’est avec la physionomie paterne d’un bon curé de campagne que ses portraits nous le montrent dans l’âge mûr. Il était encore représenté coiffé en écuelle sur son tombeau, dans l’église de Saint-Maurice d’Angers (Bibl. nat., Est. Ob 10 fol. 14) et sur un vitrail des Cordeliers de la même ville (Ibid., fol. 13), où se trouvait aussi figuré son fils Jean, duc de Calabre, coiffé également en cheveux rondis (Ibid., fol. 20, 21, 22).
- [263]
Sir Edward Bensted, mort en 1433, porte, sur son tombeau, une touffe de barbe au menton avec des moustaches (Sepulchral Monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XXXIV).
- [264]
Statue de Bourges.
- [265]
Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. III, p. 222. Deux curieuses verrières de l’église de Notre-Darne de Semur-en-Auxois nous montrent, vers 1450, les drapiers et les bouchers de cette ville tous coiffés en écuelle.
- [266]
Crypte de l’Église d’Eu.
- [267]
Bibl. nat., Est. Ob 10, fol. 14.
- [268]
Hilaire de Barenton [père capucin, linguiste 1864-1946], Jeanne d’Arc franciscaine, 1909, p. 46. L’auteur de cette plaquette s’efforce d’y prouver que Jeanne d’Arc était franciscaine dès Domrémy, donnant ainsi un appui inattendu à la thèse naturaliste qui ne veut voir dans l’héroïne que l’instrument de quelques clerc ou moines, lesquels lui auraient soufflé sa mission. Nous préférons Jeanne venant directement et sans intermédiaire de par le Roy du Ciel.
- [269]
Bibl. nat., fr. 335-6.
- [270]
Bibl. nat., fr. 5635.
- [271]
Bibl. nat., fr. 1647.
- [272]
Bibl. nat., fr. 424.
- [273]
Bibl. nat., fr. 926.
- [274]
Bibl. nat., lat. 7097 A.
- [275]
Un Valère Maxime (Bibl. nat., fr. 45-6), écrit en 1407, contient aussi des représentations de chevelures taillées en sébile, mais l’aigle impériale, figurant avec deux têtes au fol. II de ce manuscrit, nous porte à croire que sa décoration ne fut exécutée qu’après 1410. C’est à cette date, paraît-il, que Sigismond de Luxembourg, élu empereur, aurait remplacé sur les bannières de l’empire, l’aigle à une seule tête, jusque-là usitée, par l’aigle à deux têtes, dite aigle éployée.
- [276]
Gay, Glossaire archéologique : Carcaille.
- [277]
Bibl. nat., lat. 919.
- [278]
Bibl. de l’Arsenal, 664.
- [279]
Henry Martin, Le Térence des Ducs, Paris, 1907.
- [280]
Vers 1410 : Bibl. nat., fr. 9 ; fr. 259 ; fr. 12420 ; fr. 12559; fr. 20352-3 ; fr. nouv. acq. 1255 ; lat. 9471; lat. 9535 ; lat. 12062. — Bibl. de Besançon, 864-5. — Bibl. de Chartres, 504. — Bibl. de Troyes, 179.
- [281]
Vers 1412 : Bibl. de l’Arsenal, 5193. L’aigle à deux têtes, brodée sur le manteau de Charlemagne dans la miniature du fol. 370, nous semble prouver que l’illustration de ce manuscrit est postérieure à 1410.
- [282]
Chantilly, Musée Condé.
- [283]
1417. — Bibl. nat., fr. 163.
1419. — Bibl. d’Avallon, 1.
Vers 1420. — Bibl. nat., fr. 97 ; fr. 131 ; fr. 226 ; fr. 26634 ; fr. 24232 ; lat. 13267. Bibl. de Rennes, 33.
Vers 1425. — Bibl. nat., fr. 15411-2 ; lat. 1158. British Museum, Harl. MS. 1251, Add. MS. 18850.
- [284]
Vers 1430 : Bibl. nat., lat. 17294.
- [285]
Vallet de Viriville, Notices sur quelques manuscrits précieux, 1866, p. 13. E. Mâle, Gazette des Beaux-arts, 1904. Comte Durrieu, Les souvenirs historiques dans les manuscrits à miniature de la domination anglaise au temps de Jeanne d’Arc (Annuaire-bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1905).
- [286]
On voit encore un ange coiffé en écuelle au fol. 433 du 621 de l’Arsenal, exécuté de 1427 à 1440 environ, et un autre au fol. 58 v° du 7 de la Bibl. de Romorantin.
- [287]
Vers 1430 : Bibl. nat., fr. 182 ; fr. 602 ; fr. 2675-6 ; lat. 18026. Bibl. de l’Arsenal, 660. Bibl. de Caen, collect. Mancel, 237. Bibl. imp. de Vienne, 1855. — 1435 : Bibl. nat., fr. 239 ; Bibl. de l’Institut, 547. — 1440 : Bibl. nat., fr. 188 ; fr. 764 ; fr. 22553 ; fr. 24401. Bibl. de l’Arsenal, 5070. Bibl. d’Amiens, 483. Bibl. de Chantilly, 404. Bibl. de Rouen, 336. — 1441 : Bibl. nat., fr. 541. — Vers 1443 : Bibl. nat., fr. 126. — 1444 : Bibl. nat., fr. 824. — 1445 : Bruxelles, Bibl. roy., 9015-6. — Vers 1445 : Bibl. nat., fr. 2648 ; lat. 1176. — 1446 : Bruxelles, Bibl. roy., 9342 (miniature du fol. 1, la seule de ce manuscrit qu’on puisse faire remonter à l’année 1446. Toutes les autres sont postérieures à 1460 et paraissent dues à la main de Loyset Liédet.) — 1448 : Bruxelles, Bibl. roy., 9249-50. — 1449 : Bruxelles, Bibl. roy., 10958. — Vers 1450 : Bibl. nat., fr. 239 ; fr. 2342 ; fr. 22938 ; fr. nouv. acq. 4811 ; lat. 13264-13265. Bibl. de Lille, 56.
- [288]
Vers 1433 : British Museum, Harl. MS. 2278. — 1434 : Ibid., Harl. MS. 4605. — Vers 1455 : Ibid., Harl. MS. 15 E vi.
- [289]
D’après M. Louis Boca, archiviste du département de la Somme, c’est au peintre et généalogiste Jacques Leboucq, de Valenciennes, mort en 1573, qu’il convient d’attribuer les inscriptions figurant au bas de presque toutes les copies de portraits, très probablement dessinées par lui, de cette intéressante collection.
- [290]
Avant 1430, Philippe le Bon portait, comme son père : De Bourgogne moderne, écartelé de Bourgogne ancien, et sur le tout de Flandre. Devenu duc de Brabant en 1430, son écu fut ainsi blasonné : Écartelé aux 1 et 4, de Bourgogne moderne ; aux 2 et 3, parti de Bourgogne ancien et de Brabant ; et sur le tout de Flandre. On trouve, dans les comptes de ce prince, à la date de 1430 :
A Jehan de Helle, graveur de seaulx, demourant à Bruxelles, pour avoir gravé le seel de secret de MS et y adjouster les armes de Brabant. Où il a vacquié longue espace de temps. XLVII fr. X s. — (Léon de Laborde, Les ducs de Bourgogne, t. I, 386.)
Ce fut seulement à partir de 1442 que le duc Philippe put remplacer les armes de Brabant du troisième quartier de son écu par le lion de Luxembourg, en raison de la cession qui lui fut faite alors du duché de ce nom.
- [291]
Olivier de La Marche, Mém., t. II, p. 3, note des éditeurs.
- [292]
Nuremberg, Musée germanique, 988.
- [293]
Vers 1443 : Bibl. nat., fr. 126.
- [294]
Bibl. nat., fr. 12476.
- [295]
Bibl. nat., 4985.
- [296]
Vallet de Viriville, Armorial de France, Angleterre, etc. par Gilles le Bouvier, dit Berry, Paris, 1866, p. 32-34.
- [297]
Fol. 13 v°.
- [298]
Date extrême de l’Armorial, si, comme il semble probable, elle est celle de la mort de son auteur.
- [299]
Le duc Charles d’Orléans est représenté coiffé en écuelle vers 1441. (Bibl. nat., fr. 966, fol. 1).
- [300]
Nous avons déjà vu ces quatre princes en cheveux rondis sur d’autres monuments contemporains.
- [301]
C’est avec une écuelle des plus accentuées que figure, sur son livre d’heures, le célèbre bâtard d’Orléans.
- [302]
1450 : Bruxelles, Bibl. roy., 9278, fol. 1. — Vers 1450 : Ibid., 9026, fol. 423 ; 9511, fol. 198. — 1455 : Bibl. nat., fr. 309, fol. 2 v°. — 1456 : Ibid., fr. 1274.
- [303]
1447 : Bibl. d’Amiens, 399. — 1451 : Bibl. nat., fr. 12476. — 1454 : Ibid., fr. 23085-6. — 1455 : Ibid., fr. 19153.
- [304]
Bibl. nat., lat. 6041 D, fol. ter.
- [305]
Bien qu’ayant toujours pour principe la nudité de la nuque et des tempes, l’écuelle, importée de France, se modifia en devenant italienne. Elle se manifesta alors sous deux formes différentes. Dans l’une, les cheveux épargnés par le rasoir se trouvaient coupés très courts, comme le montrent sur leurs médailles les profils de Pisanello et du marquis de Mantoue, tandis qu’en France et en Angleterre la chevelure restait assez épaisse pour saillir autour du crâne, de façon à donner à l’écuelle l’aspect d’un chapeau de champignon. Dans l’autre, qui semble avoir été particulièrement prisée de la jeunesse élégante, les cheveux étaient crêpés, bouffants et massés par derrière en chignons plus ou moins volumineux. Le portrait de Lionel d’Este, peint par Pisanello et actuellement à l’Académie Carrara, à Bergame, offre un exemple typique de cette mode fort originale qu’on retrouve dans le saint Georges de la National Gallery, ainsi que dans les dessins du Louvre et de Chantilly, également de Pisanello. Ajoutons que, dans ces deux modes de l’écuelle italienne, la ligne de démarcation séparant la calotte de cheveux des parties rasées, tracée moins haut que dans l’écuelle anglo-française, descendait jusqu’à l’attache de l’oreille.
- [306]
Pisanello né en 1397, paraît, sur cette médaille, approcher de la cinquantaine.
- [307]
Barcelone, Musée municipal des Beaux-Arts.
- [308]
[NdÉ] Iñigo Dávalos, représenté sur la médaille de Pisanello était grand chambellan de Naples. Son père Ruy López Dávalos fut lui grand connétable de Castille.
- [309]
Nous devons reconnaître cependant que la mode des cheveux coupés ou écuelle fut loin d’avoir été aussi générale au-delà des Alpes qu’en France et en Angleterre. L’iconographie italienne atteste une certaine variété dans la coiffure des hommes durant le second quart du quinzième siècle. Fra Angelico et Jacopo Bellini affectionnent les longues chevelures. Plus tard Gozzoli réservera celles-ci aux jeunes gens, coiffant les hommes mûrs en écuelle ou en cheveux courts.
- [310]
Henri Hymans (1836-1912), Les van Eyck, 1907, p. 7.
- [311]
Voir plus loin, chapitre de la Robe, fig. 4.
- [312]
Il a toujours existé des excentriques désireux de se distinguer de la généralité. C’est ainsi que nous voyons, à Pagny, sur son tombeau, Jean de Vienne, surnommé la Grande barbe, mort en 1436, possesseur d’une crinière léonine et d’une barbe à l’avenant. Le duc de Savoie Amédée VIII, portait également de longs cheveux, une grande barbe et des moustaches, d’après la miniature de l’Albertan, de la Bibliothèque royale de Belgique, qui le représente recevant l’hommage de ce livre. À l’exception du duc et d’un personnage porteur d’une barbe semblable à la sienne, toute l’assistance est glabre et coiffée en écuelle. La présence à la droite du trône ducal d’un jeune seigneur dans lequel on croit reconnaître, à cause du collier de l’Annonciade dont il est paré, le fils aîné d’Amédée VIII, mort en 1431, daterait cette miniature d’environ 1430. Si l’on s’en rapporte à la statue funéraire de Charles Ier, duc de Bourbon, exécutée de son vivant vers 1450 et conservée dans l’église de Souvigny, ce prince possédait une opulente chevelure bouclée, qu’il était alors plus fréquent de rencontrer au-delà du Rhin qu’en pays de France.
- [313]
1427 : Gries, Bibl. des Bénédictins, Speculum humanæ salvationis. — 1429 : Munich, musée national bavarois, retable de Bamberg. — Vers 1430 : Dresde, Bibl. royale, 60 ; A 167 ; M. 66. — 1432 : Bibl. de Salzbourg, Missel. — 1435 : Bibl. de Karlsruhe, Codices Augiensis, 27 et 28 ; Bibl. de Zittau, Graduet. — 1441 : Nuremberg, musée germanique, Trojanischer Krieg, 9-18.
- [314]
Olivier de La Marche, Mém., t. I, p. 318-319.
- [315]
Revue historique, t. XIX, p. 69.