A. Harmand  : Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure (1929)

I. : 7. Houseaux

1777.
Houseaux

Lorsque, au moyen âge, il s’agissait d’entreprendre une course à cheval d’une certaine durée, on chaussait, par-dessus les chausses de laine qui constituaient le vêtement habituel des jambes, une seconde paire de chausses faites de cuir ; c’était les houseaux, ancêtres directs de nos bottes modernes1036.

Le terme de bottes, qui plus tard remplaça celui de houseaux1037, avait alors une autre acception. Il désignait, d’après les textes, une sorte de chausses, de cuir également, mais feutrées1038, fourrées1039, ou bien encore doublées de toile1040, tandis qu’il n’apparaît pas dans les anciens comptes et inventaires de garde robes, que les houseaux aient jamais été garnis de feutre, de toile, ni de fourrure d’aucun animal.

Les bottes étaient d’ailleurs bien plus fréquemment adoptées par les femmes1041 que par les hommes et leur rôle se bornait pour ceux-ci à servir de pantoufles pour se lever la nuit1042.

178Les houseaux se trouvaient donc être, à l’époque de Jeanne d’Arc, la seule chaussure correspondant aux bottes de nos cavaliers. Les témoignages de Catherine Le Royer, de Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy s’accordent avec l’acte d’accusation et la chronique attribuée à Cousinot pour mentionner les houseaux dans l’équipement fourni à notre héroïne lors de son départ de Vaucouleurs. Il n’est pas question pour elle d’autres chaussures à ce moment.

C’est qu’en effet les houseaux, étant munis de pieds comme le sont nos bottes, leur usage excluait celui des souliers. Il y eut cependant, à la fin du quinzième siècle, de gros houseaux assez larges pour qu’on put y introduire les pieds chaussés de petits souliers de cordouan, à minces semelles souples, appelés brodequins1043. Mais cela ne prouve pas, bien au contraire, que ces houseaux aient été privés de pieds.

Quelques auteurs modernes, se fiant au sens actuel du mot houseau, ont cru que la chaussure désignée par ce terme au moyen âge n’était, comme aujourd’hui qu’une sorte de guêtre. Siméon Luce1044, le commandant Champion1045, Anatole France1046 donnent gratuitement à la Pucelle partant pour Chinon des souliers qui ne se trouvent nulle part mentionnés par les contemporains dans son équipement de Vaucouleurs, et ils imaginent d’accompagner ces souliers de guêtres qu’ils appellent improprement des houseaux. L’étude attentive des textes, ainsi que l’examen minutieux des anciens monuments représentant des personnages chaussés de houseaux, ne permet pas d’admettre l’assertion de ces écrivains.

La Règle du Temple nous apprend que lorsqu’un frère templier abandonnait la Maison, il ne pouvait emporter à la fois ses souliers et ses houseaux, mais seulement l’une ou l’autre de ces deux sortes de chaussures1047. Si donc les houseaux eussent été de simples guêtres, le templier qui aurait préféré ceux-ci aux souliers eût été contraint de s’en aller nu-pieds.

En 1378, on réfectionne les avants-pieds des houseaux des trois varlès des chevaulx de Mgr le duc de Bourgogne1048. Il semble par là qu’il en était des houseaux comme des chausses à mouffles, ou les avant-pieds s’usaient plus vite que le reste de la chaussure1049.

Un ressemelage de houseaux se retrouve dans les différents exemplaires du Décaméron, exécutés de 1430 à 15001050, d’après la traduction française faite en 1414 par Laurent de Premierfait. Il est évident que si les houseaux se ressemelaient, c’est qu’ils avaient des pieds.

Vers 1460, Villon, dans son Grand Testament, cite l’empeigne et la semelle de ses heuses1051 de basanne.

179Les Cent nouvelles Nouvelles, imprimées par Antoine Vérard en 1486, mentionnent des houseaux dont une gravure donne la représentation à l’appui du texte ; ils sont munis de pieds1052. C’est dans l’édition du même ouvrage imprimée à Cologne en 1701, qu’on trouve pour la première fois la vingt-quatrième nouvelle inexactement intitulée : La botte à demi, alors qu’il n’est question, dans les éditions gothiques1053, que de houseaux.

Enfin certain passage de Rabelais démontre que, du temps de cet auteur, les houseaux étaient encore pourvus de pieds1054.

L’ancien houseau se trouvait donc être l’équivalent de la botte moderne.

On fit des houseaux en vache1055, en veau1056, en chèvre1057, et en mouton1058.

La peau de chèvre s’appelait cordouan et la peau de mouton basane.

Il n’est question de houseaux de cordouan que dans des textes de la première moitié du quatorzième siècle. Les houseaux de cuir de vache se rencontrent ensuite à partir de 1350 et au cours du siècle suivant. Quant aux houseaux de basane, cités une première fois en 1317, on ne les retrouve plus que sous la plume de Villon à la fin du règne de Charles VII. Cependant, comme les textes mentionnant des houseaux ne spécifient que très rarement le genre de cuir dont ils sont confectionnés, il est probable que le cordouan, la basane et le cuir de vache ne cessèrent jamais d’être concurremment employés à la fabrication de ces sortes de chaussures.

Il y eut des houseaux larges1059, des houseaux étroits1060, des grands houseaux1061, des gros houseaux1062 et des demi-houseaux1063. Mais c’est sous le rapport de leurs coupes, plutôt que sous celui de leurs dimensions qu’il convient de distinguer tous ces houseaux qui furent en usage au quinzième siècle. Nous les diviserons donc en deux catégories bien tranchées.

La première, qui nous semble avoir été la plus ancienne, comprendra les houseaux confectionnés d’une seule pièce de cuir, de telle façon qu’aucune couture ne séparait le pied de la tige. La seconde réunira tous les houseaux dont l’empeigne et la tige se trouvaient taillées séparément, puis réunies par des coutures, comme le sont l’empeigne et la tige des bottes modernes.

La figure 11064 montre un de ces houseaux d’une seule pièce de la première catégorie sus indiquée.

Houseau à pli (vers 1360)
1. — Houseau à pli (vers 1360).

Taillé suffisamment large au bas de la jambe pour le passage du pied, l’excès d’ampleur de cette largeur est ensuite replié du dedans en dehors sur la jambe où il est maintenu par deux boucles. Ainsi qu’on le voit sur notre dessin, 180le pli occasionné par cette opération prend naissance sur la pointe du pied, un peu en dehors, et se termine sur le tibia au-dessous du genou. On comprend le grand avantage que possédait ce genre de chaussures sur les houseaux à pieds rapportés de la seconde catégorie. N’ayant, en fait de couture, que la couture postérieure qui fermait la tige et celle qui joignait l’empeigne à la semelle, il était aussi imperméable que possible. En outre, sa grande largeur au cou de pied permettait d’y introduire la jambe très facilement et de l’en retirer de même. Ces raisons expliquent la grande vogue de ces houseaux à pli qui apparaissent dans l’iconographie et dans les textes, dès le milieu du quatorzième siècle1065, se rencontrent pendant tout le cours du suivant, et ne se trouvent abandonnés qu’au seizième1066.

C’est un houseau à pli d’environ 1360 que représente la figure 1. Nous donnons, dans la figure 2, l’image d’un houseau du même type mais d’une époque plus récente, tirée d’une miniature vraisemblablement exécutée vers 14101067.

Houseau à pli (vers 1410)
2. — Houseau à pli (vers 1410).

La principale différence qui existe entre ces deux houseaux consiste dans la forme de l’extrémité du pied, pointue dans le houseau de 1360 et arrondie dans celui de 1410. Quant à l’épaisse semelle de feutre blanc qui garnit la première de ces chaussures, elle nous paraît exceptionnelle, car tous les autres houseaux rencontrés dans l’iconographie médiévale ne semblent posséder que des semelles minces, étroites, débordées par l’empeigne et de ce fait généralement invisibles. Remarquons enfin que le pli du houseau de la figure 2 est maintenu par une seule boucle sur côté externe du cou de pied, tandis que le houseau de 1360 s’ajuste au moyen de deux boudes. Une agrafe, cousue sous le pli, remplaçait sans doute la seconde boucle dans le houseau de la figure 2, l’expérience nous ayant appris que deux attaches étaient absolument nécessaires pour plaquer convenablement le pli sur la jambe, ainsi qu’on le voit sur nos dessins.

Houseau à pli (vers 1455)
3. — Houseau à pli (vers 1455).

La figure 3, extraite d’une miniature de 14561068, prouve la persistance de cette mode du houseau d’une seule pièce qui sera encore en usage au début du seizième siècle. Ici, le houseau s’ajuste sur la jambe, non pas au moyen de boucles, mais simplement par des agrafes cousues sous le pli, procédé qui, d’après les images, semble avoir été beaucoup plus souvent employé que les boucles.

181Nous donnons un patron de houseau à pli dans la figure 41069.

Patron d’un houseau à pli (époque de Jeanne d’Arc)
4. — Patron d’un houseau à pli (époque de Jeanne d’Arc).

La ligne pointillée e f a b c h g, est celle du pli longeant le pied et la jambe jusqu’au genou dont nos figures ont montré l’aspect, lorsqu’il est rabattu sur le dehors de la jambe suivant la ligne e f’ a’ b’ d h’ g. Il sera maintenu en place par deux pattes de courroies fixées l’une en a, l’autre en b, qui entreront dans deux boucles correspondantes cousues en a’ et b’, pour les houseaux dits à boucles. Quand les houseaux sont à crochets, les courroies sont remplacées par des agrafes et les boucles par des portes appelées barbacanes. Le pli e f a b c h g sera raccourci en superposant b à c et en cousant ensemble ces deux points qui désormais n’en feront qu’un. Cette opération aura pour résultat d’amorcer un pli transversal, indiqué par la ligne b i, qui se produira naturellement sur le cou de pied lorsque le houseau sera chaussé. Il faudra ensuite coudre un autre pli transversal indiqué en d j qui raccourcira la ligne e f’ a’ b’ d h’ g et se trouvera former la continuation du pli de cou de pied i b, lequel régnera dès lors de i en j. Il sera nécessaire en outre d’amorcer le grand pli longitudinal à ses deux extrémités en cousant e f sur e f’ et g h sur g h’. Il n’y aura plus ensuite qu’à fermer la tige en cousant k l à k’ l’ et enfin, après avoir renforcé le talon de deux contreforts, fixer la semelle.

Quoique de dates très différentes, les trois houseaux dont nous avons précédemment donné les images sont taillés sur des patrons semblables à celui que nous venons de présenter, à l’exception du pied du second qui est à bout arrondi. Nous devons faire remarquer à ce sujet que, du temps de Jeanne d’Arc, les pieds de certains houseaux étaient redevenus pointus, comme au siècle précédent, et que les tiges de ces chaussures, à entonnoirs plus ou moins évasés, ne possédaient pas encore le revers dont on voit surmonté le houseau de 1456 donné par la figure 3. Cette mode des houseaux à retroussis collants sur la cuisse n’apparut en effet qu’après 1450.

La figure 5 montre le pied pointu du houseau d’un voyageur de 14291070, tel que purent être, cette même année, ceux des houseaux de la Pucelle, lors de sa chevauchée de Vaucouleurs à Chinon.

Houseau à pli de 1429
5. — Houseau à pli de 1429.

Le pli des houseaux taillés d’une seule pièce était généralement maintenu au moyen de deux boucles ou de deux agrafes, ainsi que l’ont fait voir nos dessins. Il exista cependant de ces chaussures où le nombre des attaches qui plaquaient le pli 182sur la jambe se trouvait sensiblement augmenté. Ces derniers houseaux semblent avoir été particulièrement usités par les veneurs, comme en témoignent plusieurs miniatures d’un Livre de la Chasse de Gaston Phébus, conservé à la Bibliothèque nationale. La figure 61071, qui provient de l’une d’elles, en fournit un exemple dont la figure 7 donne le patron.

Houseau à dix crochets (vers 1410)
6. — Houseau à dix crochets (vers 1410).
Patron du houseau précédent
7. — Patron du houseau précédent.

Tous ces houseaux à pli ne pouvaient être confectionnés qu’avec des cuirs très souples, tels que le cordouan ou la basane. On remarquera d’ailleurs que le contour de leurs patrons (fig. 4 et 7) est exactement circonscrit par celui d’une peau de chèvre ou de mouton, de telle sorte que le bout du pied se trouvait toujours taillé dans le cou de l’animal, le talon dans les épaules et l’entonnoir dans la croupe. Leur étroitesse au jarret nécessitait souvent une encoche demi-circulaire, pratiquée par devant, à la hauteur de la rotule, et dont on peut constater la présence sur nos figures 6 et 7. Cette encoche, qui facilitait la flexion de la jambe, se rencontre fréquemment dans l’iconographie au cours du quinzième siècle1072.

Il exista des houseaux taillés sur les patrons précédents et par conséquent tout d’une pièce, dont les parties délimitées sur ces patrons par des lignes pointillées se trouvaient évidées. Les plis étaient dès lors supprimés. On remplaçait ceux du cou de pied par des coutures et le grand vide longitudinal de la tige se fermait au moyen d’une laçure. Le cuir de vache, trop épais pour être employé dans le houseau à pli, put servir à la confection de ce dernier type.

Il nous reste à examiner les houseaux à pieds rapportés. On en distingue de deux sortes, les houseaux larges et les houseaux collants.

Les premiers, bien que ne possédant pas l’excès d’ampleur des houseaux à pli, étaient cependant taillés assez larges au bas de la jambe pour permettre au pied de s’y introduire. Mais cette largeur, que n’atténuait ensuite aucun repli ultérieur, se trouvait, à l’instar de nos bottes, aussi réduite que possible, afin de ne pas présenter un relief trop saillant au-dessus du pied, lorsque le houseau était chaussé. Il en résultait une certaine difficulté à 183mettre le houseau et surtout à s’en dépouiller, difficulté qu’on ne rencontrait pas avec les chaussures décrites précédemment.

Une reconstitution de patron d’un houseau large, à pied rapporté, est donnée par la figure 8.

Patron d’un houseau large à pied rapporté (vers 1380)
8. — Patron d’un houseau large à pied rapporté (vers 1380).

La combinaison de l’empeigne de cette chaussure avec sa tige nous a été fournie par un demi-houseau, représenté dans le retable d’Oultremont1073, et sur lequel on voit nettement la façon dont était taillée l’empeigne et comment elle se trouvait cousue à la tige.

Demi houseau (vers 1495)
9. — Demi houseau (vers 1495).

Cette image (fig. 9) date, il est vrai, de la fin du quinzième siècle, mais, comme le pied d’une botte du temps de Henri III, conservée au musée de Cluny, est adapté à la tige d’une manière identique et que toutes les bottes, à l’exception des anciennes bottes fortes à pieds rigides, ont toujours été agencées suivant ce même principe encore employé par les bottiers modernes, il est permis de supposer qu’il existait déjà en 1429. Il nous paraît d’ailleurs difficile d’obtenir une botte avec laquelle le pied puisse se mouvoir sans provoquer de déformations d’aspect désagréable, si elle n’est confectionnée d’après ce système.

Le houseau large, déjà en usage au quatorzième siècle1074, fut peu prisé dans la première moitié du quinzième. On lui préférait, concurremment avec les houseaux taillés d’une seule pièce que nous avons vus plus haut, le houseau collant. Ce dernier était à pied rapporté comme celui de notre figure 8, mais sa tige très ajustée moulait la jambe dans toute sa longueur. Une fente longitudinale, pratiquée, soit à intérieur, soit à l’extérieur du bas de la tige pour le passage du pied, se fermait au moyen d’un lacet.

Houseau collant, lacé en dehors (vers 1460)
10. — Houseau collant, lacé en dehors (vers 1460).

La figure 10, extraite d’une des tapisseries de Jules César, d’environ 1460, conservées au Musée historique de Berne, offre un des rares exemples bien définis que nous ayons rencontré de ce dernier genre de houseau. La fente s’y trouve pratiquée à l’extérieur de la jambe. Les porteurs de houseaux que nous montrent les anciennes images sont généralement à cheval et par conséquent dans une position qui empêche de voir le côté interne de la jambe. C’est sans doute pour cette raison que l’iconographie relativement 184pauvre du temps de la Pucelle ne nous montre pas une seule de ces laçures de houseaux qu’on ne rencontre dans les images qu’après 1440. Cependant, à en juger par certaines miniatures représentant vers 1430 des houseaux très ajustés sur toute leur longueur, il est impossible de ne pas admettre l’existence, dès cette époque, de ces laçures sur le côté de la jambe en contact avec le cheval.

La figure 11 donne le patron du houseau lacé en dehors reproduit dans la figure 10, diminué de son revers, c’est-à-dire tel qu’il pouvait se rencontrer du temps de notre héroïne.

Patron du houseau précédent
11. — Patron du houseau précédent.

On y remarquera la présence de l’encoche au genou que nous avons vue sur le houseau à plusieurs agrafes de 1410 (fig. 6 et 7). À la différence des houseaux à pli, les houseaux à pieds rapportés pouvaient être confectionnés en vache ou en veau aussi bien qu’en cordouan ou en basane.

Les grands houseaux dépassaient le genou et chaussaient la moitié de la cuisse. L’extrême souplesse de certaines peaux de chèvre ou de mouton dans lesquelles ils étaient parfois taillés nécessitait le rattachement du houseau à une aiguillette fixée à la chausse afin de l’empêcher de retomber sur la jambe1075. Les anciennes miniatures nous font voir quelques-uns de ces grands houseaux dont les larges entonnoirs, descendus au-dessous du genou, prennent déjà l’aspect qu’auront plus tard les bottes du temps de Louis XIII1076. Il en fut de même du demi-houseau taillé de façon à atteindre le jarret, mais qui s’avalait au bas du mollet lorsque le cuir de sa tige manquait d’une consistance suffisante pour la maintenir jusqu’en haut de la jambe. La figure 121077 montre que le houseau se porta quelquefois avalé, même à cheval.

Houseau avalé (vers 1433)
12. — Houseau avalé (vers 1433).

Il nous semble probable que ce mode, plus fantaisiste que pratique, fut de mise plutôt dans le costume déguisé des jours de fête que dans les tenues courantes de la vie ordinaire.

À quelque catégorie qu’ils appartinssent, les houseaux étaient le plus souvent de teinte noire. Le cuir de quelques-uns cependant conservait sa couleur 185naturelle. On les oignait d’une graisse spéciale afin d’en entretenir la souplesse1078.

L’usage des bas de bottes, conservé de nos jours pour les bottes de vénerie, existait déjà pour les houseaux, qu’on ne chaussait souvent qu’après avoir recouvert les chausses de bas de drap appelés chaussons1079.

La semelle des houseaux de cavaliers paraît s’être trouvée le plus souvent assez étroite pour être débordée par l’empeigne. Il en fut d’ailleurs ainsi pour les chausses semelées et la plupart des souliers jusqu’au dix-septième siècle.

Bien que l’invention des talons exhaussant l’arrière du pied au détriment de sa pointe ne remonte guère au-delà de cette dernière époque, nos expériences de reconstitution nous ont obligé d’admettre qu’il devait exister, à l’arrière de la semelle des houseaux des cavaliers, un léger relief absolument nécessaire pour maintenir en place la courroie de sous-pied de l’éperon et l’empêcher de glisser en arrière.

Maintenant que se trouve terminé l’examen des principaux types de houseaux usités dans la première moitié du quinzième siècle, il nous reste à tenter de découvrir de quelle sorte furent ceux que chaussa la Pucelle pour aller de Vaucouleurs à Chinon. Il est évident qu’à cet égard nous ne pouvons formuler que des hypothèses. Il nous sera permis cependant de penser que le genre le plus couramment adopté à l’époque de notre héroïne, c’est-à-dire le houseau à pli, dut avoir sa préférence.

Cette chaussure en effet réunissait des avantages que ne possédaient pas au même degré les houseaux à pieds rapportés. L’absence de toute couture entre son empeigne et sa tige la rendait plus imperméable et sa grande largeur au bas de la jambe plus aisée à mettre et à enlever qu’aucune autre. On chaussait sans trop de difficulté le houseau large (fig. 8), mais il était incommode de s’en déchausser sans l’aide d’autrui. Quant au houseau collant, à fente lacée (fig. 10 et 11), on y introduisait et on en retirait la jambe très facilement, mais l’opération du laçage et celle du délaçage de la fente étaient plus longues à effectuer que l’accrochage et le décrochage des deux agrafes du houseau à pli.

L’article douze de l’acte d’accusation reproche à Jeanne de s’être chaussée de houseaux étroits (housellis strictis). Bien que le houseau d’une seule pièce, ajusté sur la jambe au moyen de son pli agrafé, put être considéré comme étroit, nous croyons que ce qualificatif était plutôt réservé aux houseaux collants, à fentes lacées, et que le rédacteur de l’article en question a entendu désigner par là, non les houseaux de voyage fournis à la Pucelle par les habitants de Vaucouleurs, mais d’élégantes chaussures qu’elle aurait portées au cours de la période brillante de sa mission.

Notes

  1. [1036]

    Il était interdit aux frères templiers de chevaucher l’espace d’une lieue sans houseaux. (Henri de Curzon, La Règle du Temple, p. 117). — En 1413, le duc de Bourgogne prétexta une chasse au vol pour emmener hors de la capitale le roi dément Charles VI. Le sire de Traisnel, qui était du parti armagnac, parvint à joindre le monarque.

    Et dit ledit Traignel au Roy : Sire, venez vous en en vostre bonne ville de Paris, le temps est bien chaud pour vous tenir sur les champs. Dont le Roy fut très content, et se mit à retourner. Lors ledit duc de Bourgongne dit audit seigneur de Traignel : Que ce n’estoit pas la manière de faire telles choses et qu’il menoit le Roy voler. Auquel il respondit : Qu’il menoit trop loin voler, et qu’il voyoit bien que tous ses gens estoient housez… — (Michaud et Poujoulat, t. II, Jean Juvénal des Ursins, p. 489.)

  2. [1037]

    C’est vers 1460, dans les Quinze joyes du Mariage (p. 42) qu’il est question pour la première fois, croyons-nous, de botes pour monter à cheval ; mais ce fut seulement au cours du siècle suivant que le terme de botte prévalut définitivement sur celui de houseaux.

  3. [1038]

    1324. — 2e Invent. des Dominicaines d’Arras, p. 268, ap. Gay, Gloss. archéol., p. 179.

    1372. — Id. Ibid., t. II, n° 471.

    1380. — Id. Ibid., t. II, n° 471.

    1396. — Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. I, p. 55.

  4. [1039]

    1386. — Douet d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 163.

    1387. — Id. Ibid., p. 173.

    1390. — 1er Cpte roy. de Ch. Poupart, fol. 52 verso.

    1392. — 4e Cpte roy. de Charles VI, fol. 158.

    1401. — Cptes de la cour de Charles VI, p. 28, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 180.

    1409. — Cpte roy. Rec. Fontanieu, 107, fol. 417, ap. Gay, Ibid.

    1428. — … que les religieux prestres ne porteroient plus ni pelices, ni bottes, c’est-a-dire ni robes ni chausses fourrées. (Félibien, Hist. de St Denys, Extrait des actes du chapitre, l. VI, p. 344).

    1432. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 1072.

    1458. — 1er Cpte roy. de P. Burdelot, fol. 76 verso.

  5. [1040]

    1387. — Douet d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 152, 153, 233.

  6. [1041]

    1324. — 2e Invent. des Dominicaines d’Arras, p. 268.

    1386. — Douet d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 163.

    1387. — Id. Ibid., p. 152, 153, 233.

    1390. — 1er Cpte roy. de Ch. Poupart, fol. 52 verso.

    1396. — Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. I, p. 55.

    1404. — Comptes de la cour de Charles VI, p. 28.

    1409. — Cpte roy., Rec. Fontanieu, 107, fol. 417, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 180.

  7. [1042]

    1375. — Prost. Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 2302.

    1387. — Douet d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 173.

    1390. — 1er Cpte de Ch. Poupart, fol. 52.

    1396. — 4e Cpte de Ch. Poupart, fol. 105.

    1413. — Brit. Mus., Add. Chart., 2410.

    1432. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 1072.

  8. [1043]

    1488. — Pour une paire de brodequins de cordouen noir (pour le roi Charles VIII) pour servir à mectre dedans les bottes et houseaulx, 25 s. t. — Pour une paire de brodequins de cuir jaune de Catheloigne pour servir à mettre dedans les bottes et houseaulx, 40 s. t. — 4 paires de petits soulliers de cordouen soc à mettre dedans les houseaulx, au feur de 4 s. 2 d. t. la paire. (6e compte royal de Pierre Briçonnet, folios 301 v°, 302, ap. Gay, t. I, p. 295.)

  9. [1044]

    Jeanne d’Arc à Domrémy, p. CCVIII.

  10. [1045]

    Jeanne d’Arc écuyère, p. 73.

  11. [1046]

    Vie de Jeanne d’Arc, p. 110.

  12. [1047]

    Vers 1300. — H. de Curzon, La Règle du Temple, p. 291.

  13. [1048]

    1378. — Prost, Invent. des Ducs de Bourg., t. II, n° 250.

  14. [1049]

    Voir p. 133.

  15. [1050]

    Vers 1435. — Bibl. nat., fr. 239, Le braier du juge de la Marche d’Ancône.

    1440. — Bibl. de l’Arsenal, 5070, Ibid.

    1460. — Bibl. nat., fr. 129, Ibid.

    1500. — Ibid., fr. 128, Ibid.

  16. [1051]

    Heuses était synonyme de houseaux.

  17. [1052]

    Voir la 24e nouvelle. Ce conte serait inexplicable avec des guêtres.

  18. [1053]

    Paris, Ant. Vérard, 1456 ; ibid., Nicot. Després, 1505 ; Lyon, Olivier Arnoulet, sans date.

  19. [1054]

    Rabelais, Pantagruel, liv. IV, chap. XV.

  20. [1055]

    1350. — Ordonn. des rois, t. II, p. 366.

    1458. — 1er Cpte roy. de P. Burdelot, fol. 76 verso, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 365.

    1559. — L. de Laborde, Gloss. fr. du Moyen Âge, p. 241.

  21. [1056]

    1350. — Ordonn. des rois, t. II, p. 366.

  22. [1057]

    1317. — Stat. des cordonniers de Troyes (Rec. des Ordonn., t. XII, p. 434).

    1322. — Invent. du cte de Hereford, p. 349, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 438.

    1350. — Ordonn. des rois, t. II, p. 366.

  23. [1058]

    1317. — Stat. des cordonniers de Troyes (Rec. des Ordonn., t. XII, p. 434).

    Vers 1460. — Villon, Grand testament.

  24. [1059]

    1458. — Chron. de J. du Clercq, p. 116.

  25. [1060]

    1431. — Acte d’accusation de la Pucelle, art. XII.

  26. [1061]

    1413. — Brit. Mus., Add. Chart., 2430.

  27. [1062]

    1459. — Ibid., 2471.

  28. [1063]

    1396. — 4e cpte roy. de Ch. Poupart, fol. 105.

  29. [1064]

    Assise, Église inférieure de Saint-François, Martyre de sainte Catherine, fresque d’environ 1360.

  30. [1065]

    Vers 1350. — Hueses a ploit de Partenai. (Gay, Gloss. archéol., vᵒ Heuse).

  31. [1066]

    Vers 1500. — Eau-forte d’Albert Durer. Trois paysans.

  32. [1067]

    Vers 1410. — Bibl. nat. fr. 616, fol. 73 verso.

  33. [1068]

    1456. — Miracles de Notre-Dame, t. I, pl. 54.

  34. [1069]

    Nos patrons de houseaux sont des patrons de jambes droites. Les semelles présentent leur dessous.

  35. [1070]

    Musée de Hambourg, Me Franck, Retable de saint Thomas de Cantorbéry.

  36. [1071]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, fol. 93.

  37. [1072]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 93, 96 verso ; fr. 2810, fol. 59. — Dresde, ex Bibl. roy., Oc 61, fol. 34.

    1415. — Bibl. du Vatican, Palat. Lat., 1989 fol. 40.

    1430. — Bibl. de Tours 317, fol. 15.

    1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19, folios 2 verso, 23.

    Vers 1440. — Bibl. nat., lat. 512, fol. 10 verso. — Musée du Louvre, Album de Jacopo Bellini, Saint Hubert.

    Vers 1450. — Blason des savetiers de Bruxelles.

    Vers 1460. — Berne, Mus. histor., Tapisserie de Jules César.

    Vers 1490. — Musée de Munich, Hans L. Schäuffelin, Christ en croix.

  38. [1073]

    Vers 1495. — Musée de Bruxelles.

  39. [1074]

    Vers 1380. — Bibl. nat., fr. 619, folios 46, 43, 56, 57, 59, 61, 62, etc.

  40. [1075]

    Voir plus haut, p. 140, fig. 21.

  41. [1076]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 616, folios 72, 73 verso.

    Vers 1430. — Ibid., lat. 17294, folios 305, 558 verso.

    Vers 1450. — Bruxelles, Bibl. roy., 9215, fol. 129.

    Vers 1470. — Ibid., 8 fol. 333.

    Vers 1475. — Bibl. nat., fr. 12319, fol. 217.

  42. [1077]

    Vers 1433. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, fol. 30.

  43. [1078]

    1377. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 3068.

    1382. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. III, n° 5381.

    Vers 1460. — Les cent nouvelles Nouvelles, 24e nouvelle.

  44. [1079]

    1463. — Pour une paire de chaussons de blanchet double (pour le roi) a mettre dedans ses houseaulx, 5 s. t. (3e Cpte roy. de Guill. de Varye, fol. 24 verso, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 355).

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