I. : 5. Chausses
1235. Chausses
Les chausses, devenues avec le temps le principal vêtement de jambes, eurent pour origine le calceus. Ce terme désignait chez les Romains une chaussure fermée, plus ou moins montante, alors que celui de solea, dont dérive notre mot soulier, s’appliquait à une simple sandale737. Du calceus gallo-romain vint la calcia, sorte de chausson d’étoffe qu’en français on nomma chausse et dont la tige, de siècle en siècle, monta de plus en plus haut sur la jambe jusqu’à parvenir au delà des cuisses à la fin du moyen âge. Elle atteignit même la taille au début de la Renaissance.
D’une façon générale, on peut dire que les calciæ, appelées aussi tibialia ou encore caligæ738, d’abord à mi-jambes, arrivent aux jarrets dans le courant du dixième siècle739. On les voit ensuite, vers 1150, ayant dépassé les genoux740, et sous le règne de saint Louis, montant déjà jusqu’en haut des cuisses741. Beaucoup de chausses arrêteront là leur croissance ; d’autres continueront leur ascension.
Au quinzième siècle, il y en avait de plusieurs sortes. Chausses rondes, chausses à queues, chausses à étriers, chausses à coins, chausses à pieds rapportés coexistaient à l’époque de notre héroïne. Tous ces différents types se ramenaient à deux catégories principales, celles des chausses vides dedans jambes, c’est-à-dire séparées comme des bas, et celle des chausses plaines dedans jambes, c’est-à-dire jointes ensemble, à la manière de nos pantalons. Les chausses rondes et les chausses à queues appartenaient à la catégorie des chausses vides dedans jambes. Quant aux chausses à étriers, à coins, à pieds rapportés, distinctions n’affectant que leur partie inférieure, elles étaient indifféremment vides ou plaines dedans jambes.
Les chausses se faisaient communément en drap de laine d’une élasticité toute particulière. Quelques-unes furent confectionnées en toile.
On conçoit que deux chausses dont le haut n’arrivait pas à toucher l’entre-jambes ne pouvaient être cousues l’une à l’autre. Mais quand vint le moment où elles atteignirent le tronc, il fut possible de les réunir. Il est difficile de fixer d’une façon précise la date de cette innovation. Antoine de la Sale nous apprend qu’au temps de Charles V, les chausses ne s’entretenoient mie742. Elle est donc postérieure à 1380. Cinquante ans plus tard, l’acte d’accusation de la Pucelle lui reproche d’avoir usé de chausses jointes ensemble, caligis simul junctis743. Bien qu’il ne soit pas explicitement 124question de ce genre de chausses dans les textes avant 1431, on doit cependant admettre que leur apparition fut antérieure à 1404, où, pour la première fois, les statuts des chaussetiers mentionnent spécialement les chausses vuides dedens jambes744, c’est-à-dire séparées, comme l’avaient toujours été les chausses des treizième et quatorzième siècles. Cette mention en effet prouve implicitement l’existence d’autres chausses qui n’étaient pas vuides, mais plaines dedens jambes, c’est-à-dire réunies au moyen d’une couture et par conséquent sans vide à l’entre jambes. On peut donc placer vers 1400 l’avènement de ce nouveau mode.
L’usage des chausses jointes ensemble ne supplanta jamais complètement celui des chausses séparées.
Ces dernières se subdivisaient en chausses rondes et en chausses à queues.
Les chausses rondes, ainsi nommées parce que l’ourlet de leurs entrées circonscrivait exactement le haut de la cuisse, étaient les plus anciennes. Longtemps elles furent les seules connues, et, lorsqu’on en eut imaginé d’autres sortes, leur emploi persista, principalement chez les paysans745, qui les conservèrent très tard.
Du temps de saint Louis, une lanière partant de la ceinture des braies maintenait la chausse tirée en s’attachant à un nouet qui se trouvait cousu à l’ourlet de chaque chausse par devant746. Le nouet était un bouton sphérique formé d’un noyau solide enveloppé d’étoffe. Dans la suite, les chausses ne se relièrent plus aux braies, mais au gippon. Des cordons fixés à l’intérieur de ce dernier vêtement retinrent dès lors les chausses percées d’œillets pour les recevoir. Enfin une troisième modification vint remplacer ces cordons par des aiguillettes747, passées dans les œillets des chausses et nouées après avoir traversé d’autres œillets pratiqués au bas du gippon.
La figure 1 représente un soldat italien de 1447748, chaussé de chausses rondes, comme on en portait déjà au treizième siècle, avec cette différence toutefois qu’elles sont attachées au gippon, au lieu d’être reliées par une lanière à la ceinture des braies, ainsi que le montre une sculpture du portail méridional de la cathédrale de Chartres749.
125La figure 2 offre la reconstitution du patron d’une chausse ronde du quinzième siècle750.
Cette chausse se trouve être à étrier, c’est-à-dire qu’elle se termine en sous-pied, laissant le talon et l’avant-pied à découvert (Voir fig. 3).
La verticale étant le sens du fil, la position oblique de notre patron prouve que la chausse doit être taillée de biais. On exigeait en effet que les chausses fussent ainsi coupées pour qu’elles eussent leur maximum d’élasticité751.
A B était réuni à A’ B’ par une double couture752, à fil double753, et rabattue754, qui se plaçait tout du long de la jambe par derrière. C D, cousu à C’ D’, formait un sous-pied qu’on appelait étrier ou étrivière755. On voit en E la paire d’œillets substituée au nouet des siècles précédents.
La figure 3, extraite d’une peinture allemande de 1437756, fera clairement comprendre ce qu’on entendait par l’étrier ou l’étrivière d’une chausse.
On peut en effet considérer le sous-pied qui termine la chausse représentée dans ce dessin, soit comme un étrier, soit comme une étrivière. Une chausse taillée suivant notre patron (fig. 2) donne exactement au pied qui en est revêtu l’aspect de celui de la figure 3757.
Lorsque, vers 1340, les élégants abandonnèrent la robe longue pour adopter le costume court et étroit, ils ne tardèrent pas à reconnaître que les chausses tirées par une seule attache moulaient insuffisamment leurs jambes 126devenues visibles. On augmenta donc le nombre des cordons fixés à la doublure des pourpoints. Ces cordons sont appelés estaches dans les anciens textes758.
Sept estaches de 1364, nous ont été heureusement conservées dans le pourpoint de Charles de Blois759. Chacune d’elles se compose d’une patte cousue à l’intérieur de la braconnière et donnant naissance à deux cordons tissés circulairement en tuyaux se terminant en pointe. La figure 4 représente une de ces estaches qui atteignent une longueur d’environ vingt-trois centimètres patte comprise.
Les chausses qu’on reliait au pourpoint précité ne possédaient pas de nouets. Sept paires d’œillets, correspondant aux sept estaches du vêtement, étaient pratiquées dans l’ourlet de leurs entrées. Les cordons d’attache, après avoir traversé les œillets des chausses, se nouaient en dehors de celles-ci. Ils sont disposés à l’intérieur de la braconnière du pourpoint de la façon suivante : un par devant sur chaque cuisse, un de chaque côté, un sur chaque rein, et le septième en bas de la ligne médiane du dos, entre les deux précédentes. La présence de cette dernière estache, inexplicable avec des chausses rondes, prouve que les chausses de Charles de Blois étaient déjà du genre de celles, dites chausses à queues au quinzième siècle et dont la vogue durera jusqu’à la fin du moyen âge.
Une reconstitution de chausses à queue du temps de Jeanne d’Arc est donnée par la figure 5.
A B doit être cousu à A’ B’, puis le sous-pied comme précédemment.
On a pu remarquer, dans notre figure 2, que l’entrée de la chausse se trouve taillée suivant une ligne continue formée de deux légères courbes se raccordant en sens inverse. On voit qu’il n’en est pas de même pour la chausse à queue, dont le tour d’entrée se compose de deux lignes concaves accolées, C E et E A’, produisant nécessairement deux saillies angulaires, l’une par devant, en E, et l’autre par derrière, en C. Celle-ci se nommera, au quinzième siècle, la queue. Du côté externe C E, le pourtour de l’entrée s’incurve modérément, tandis que du côté interne, il s’abaisse en courbe E A’ suffisamment concave pour ne pas gêner l’entre-jambes. Les différents statuts des Ordonnances royales qui nous ont été conservés appellent de temps à autre l’attention des chaussetiers sur ce dernier point760. Il ne fallait pas cependant que cette précaution fût exagérée761. Les statuts les plus explicites ordonnent, sous peine d’amende ou de retouche, que la chausse soit d’environ deux doigts plus basse en dedans qu’en dehors de la cuisse. Nos patrons remplissent exactement cette condition.
Les deux chausses qu’ils représentent sont à étriers, mais il va sans dire que chacune d’elles aurait pu être munie d’un pied tout en restant ronde ou à queue.
Dépourvues de pieds, leur usage nécessitait des souliers fermés plus ou moins montants.
Les sculptures d’environ 1230 qui symbolisent l’Hiver et le mois de Février au 127portail nord de la cathédrale de Chartres nous fournissent les deux plus anciens exemples de chausses à étriers existant à notre connaissance.
Les étriers des chausses se laissent apercevoir fréquemment dans l’iconographie du quinzième siècle762 et, si l’on s’en rapporte aux miniatures représentant des personnages en train de se déchausser, les souliers n’étaient de mise qu’avec ce dernier genre de chausses.
Le nombre des paires d’œillets réparties autour de l’entrée des chausses vides dedans jambes varia, non seulement suivant que ces chausses se trouvaient rondes ou à queues, mais encore selon les époques.
Le système d’attaches du pourpoint de Charles de Blois nous a fait constater qu’en 1364, les gentilshommes avaient abandonné les chausses rondes. Celles-ci furent de plus en plus délaissées dans la suite, si bien qu’au quinzième siècle, on ne les voit guère portées que par des paysans. Un ou deux cordons ferrés d’aiguillettes retiennent alors chaque chausse ronde au gippon. À cet effet, une ou deux paires d’œillets, remplaçant le nouet anciennement usité, sont pratiquées dans l’ourlet de l’entrée de la chausse. Il y en a toujours une par devant, comme l’a montré notre figure 2, et quelquefois une autre sur le côté externe763.
À leur tour, les chausses à queues perdirent la faveur des hautes classes. Reléguées parmi les artisans et les campagnards au temps de Charles VII, elles ne porteront plus dès lors les sept paires d’œillets que nous leur avons vues sous le règne de Charles V. Cette quantité d’attaches, qui offrait l’avantage de maintenir les chausses collantes et bien tirées, avait par contre l’inconvénient de gêner certains mouvements de flexion. C’est pourquoi, lorsque les chausses à queues tombèrent dans le domaine du peuple, on réduisit le nombre de leurs attaches à cinq. Chaque chausse eut donc, comme le font voir à la fois le patron donné par la figure 5 et le fragment de miniature que représente la figure 6764, deux paires d’œillets par devant et un œillet seulement par derrière à l’extrémité de la queue765.
Le cordon d’attache postérieur tenait à l’œillet de queue de la chausse droite. Pour relier les deux chausses à la 128paire d’œillets pratiquée au bas du dos du pourpoint, on passait l’un des bouts du cordon fixé à l’œillet de la chausse droite dans celui de la chausse gauche. Les deux queues se trouvant ainsi réunies par la même aiguillette, celle-ci les reliait ensuite au pourpoint. Bien que le nombre des attaches de ce genre de chausse eût été réduit à cinq, la tension provoquée par l’attache postérieure gênait encore dans des occupations qui exigeaient une certaine liberté de mouvements. Aussi les miniatures nous représentant des personnages chaussés de chausses à queues en action de travail, nous les montrent-ils toujours ayant dénoué l’attache de derrière. Les deux queues, détachées et séparées, retombent alors sur les cuisses (fig. 7)766, donnant à peu près l’apparence de la queue bifurquée d’un poisson767. C’est pour cette raison que les chausses à queues s’appelaient, du temps de Rabelais, chausses à queue de merlus768.
Lorsque les deux queues étaient réunies et rattachées au gippon, elles recouvraient le bas des reins. La conformation des chausses à queues permettait donc de maintenir à volonté cette partie du corps vêtue ou dévêtue. C’était un avantage qu’elles possédaient sur les chausses rondes. Ces dernières en effet, ne montant pas au delà du haut des cuisses, laissaient continuellement le séant, muni seulement du brayer, à découvert.
Une peinture italienne, d’environ 1450769, nous apprend l’existence d’un troisième genre de chausses vides dedans jambes, tenant à la fois des chausses rondes et des chausses à queues. Ce genre intermédiaire comprenait des chausses taillées comme les chausses à queues, mais privées de ces appendices, de telle sorte qu’à l’instar des chausses rondes, elles découvraient complètement le fond des braies que ne voilait pas toujours la présence d’une chemise (fig. 8).
Le patron, donné par la figure 9, reproduit la jambe droite d’une paire de chausses de cette coupe qui nous paraît avoir été spéciale à l’Italie.
A B est cousu à A’ B’. La ligne C E constitue la partie externe du pourtour de l’entrée, et la courbe E A’ la partie interne. On remarquera que la concavité de cette dernière se trouve 129ici beaucoup plus accentuée que dans les deux chausses dont nous avons donné précédemment les patrons.
Cette différence a pour résultat de faire monter la chausse moins haut à l’entre-jambes qu’on ne l’exigeait en France770. On voit en outre que la chausse de notre figure 9 comporte, à son angle postérieur C, une paire d’œillets, alors que la chausse à queue ne possède, au même angle qu’un seul œillet (fig. 5). La raison en est que les chausses italiennes dont il est question, entièrement indépendantes l’une de l’autre, se reliaient par derrière au gippon au moyen de deux attaches, une pour chaque chausse, tandis qu’une seule attache postérieure réunissait les deux queues d’une paire de chausses à queues.
Les chausses vides dedans jambes étaient les seules qu’on put avaler771. On dénommait ainsi l’opération qui consistait à descendre chaque chausse, après l’avoir détachée du gippon, en l’enroulant sur elle-même jusqu’au dessous du genou, où elle formait alors un bourrelet saillant.
Pour avaler la chausse à queue, on la retournait d’abord de façon à en rabattre la queue sur le jarret. On procédait ensuite à son enroulement. Il en résultait un dépassement de la queue sous le bourrelet (fig. 10), très visible dans les miniatures qui nous offrent des exemples de chausses à queues avalées772. Quant à l’avalement de la chausse ronde, il s’effectuait en enroulant simplement celle-ci depuis le haut de la cuisse jusque sous le genou773, comme l’a montré notre figure 3.
La saillie du mollet suffisait à maintenir en place le bourrelet produit par l’enroulement 130de la chausse avalée. Cependant quelques images nous font voir des chausses de paysans coulissées sous le genou774. Un cordon passant dans la coulisse faisait alors l’office de jarretière et rendait ainsi la position du bourrelet tout à fait stable.
Les chausses vides dedans jambes, que nous venons d’examiner en détail sous les différentes formes qu’elles présentaient au temps de Charles VII, eurent une très longue durée. On peut même dire qu’elles ne disparurent jamais complètement si l’on veut bien reconnaître dans nos bas modernes les anciennes chausses rondes un peu diminuées.
Nous allons maintenant nous occuper des chausses plaines dedans jambes, autrement dites jointes ensemble, qui durent prendre naissance dans les toutes dernières années du quatorzième siècle.
Avec le port des vêtements courts, les chausses séparées avaient un inconvénient que le chroniqueur de Saint-Denis signalait vers 1370 en déplorant la deshonnesteté des habits inaugurés trente ans auparavant.
Les uns avoient robes si courtes qu’il ne leur venoient que aux nasches (fesses), et quand ils se baissaient pour servir un seigneur, ils monstroient leurs braies et ce qui estoit dedens à ceux qui estaient derrière eux775.
Le chevalier de la Tour Landry, qui écrivait en 1371, fait parler un évêque en termes analogues, mais plus osés, à propos du costume écourté de ses contemporains776. Pour remédier à cette incorrection, que réprouvait l’austérité des moralistes, il fallait modifier les chausses ou rallonger les robes. C’est alors qu’on s’avisa de joindre l’une à l’autre par une couture les deux jambes d’une paire de chausses à queues. La figure 11 montre le patron d’une jambe droite de ce nouveau modèle, que du temps de Rabelais on appellera chausses à plain fondz777, ou chausses foncées778, par opposition aux chausses à queues de merluz qui étaient vides dedans jambes et par conséquent sans fond.
Pour exécuter la paire de chausses dont une moitié est ici représentée en coupe, le côté E’ G’ de la pièce E’ F G’ est d’abord cousu, dans chaque chausse, à la ligne courbe E G. On ferme ensuite chaque jambe en réunissant A B à A’ B’. En dernier lieu, on joint les deux jambes l’une à l’autre en cousant 131 la ligne C A G’ F de la jambe droite à la ligne correspondante de la jambe gauche.
On voit que la seule différence essentielle existant entre ce patron et celui de la chausse à queue donné par la figure 5 consiste dans l’adjonction de la pièce antérieure E’ F G’, destinée à réunir les deux jambes par devant en même temps qu’à recouvrir la poche des braies779.
Lorsque, dans les dernières années du quinzième siècle, les chausses accentueront leur ascension vers la taille, cette pièce antérieure deviendra indépendante. Sa partie inférieure seule restera fixée à demeure à l’entre-jambes, tandis que sa partie supérieure, garnie d’une paire d’œillets à chacune de ses extrémités de droite et de gauche, se rattachera par des nœuds d’aiguillettes à deux paires d’œillets pratiquées dans les chausses à un niveau sensiblement au dessous de celui des œillets de ceinture. On appellera cette pièce antérieure, devenue mobile, la braye780. Plus tard, on lui donnera le nom de braguette781. Rabelais, qui s’étend complaisamment sur les mérites de cet appendice, nous expose, avec la liberté de langage dont il est coutumier, les étranges conséquences qu’aurait eues, d’après lui, pour les religieux cordeliers, l’usage des chausses séparées qui ne comportaient pas de braguettes782.
Pour bien aller, il fallait que les chausses fussent collantes et bien tirées. À cet effet, on les confectionnait sur mesure. Elles étaient alors dites chausses faitisses783. Les classes pauvres se contentaient de chausses moins ajustées.
Toutes les chausses dont nous présentons, dans ce chapitre, les patrons reconstitués sont taillées pour une conformation donnée. La coupe de ces vêtements variait nécessairement selon les individus. Elle devait être établie, de telle sorte que la couture de chaque jambe partageât également par le milieu la face postérieure du membre, depuis le talon jusqu’en haut de la cuisse. À partir de cet endroit, elle se dirigeait obliquement vers la couture qui réunissait les deux chausses sur les reins784. Il en fut ainsi pendant les trois premiers quarts du quinzième siècle. Lorsqu’ensuite les chausses parvinrent à la taille, la couture de chaque jambe, au lieu de rejoindre la ligne de réunion des deux chausses, se prolongea directement jusqu’à la ceinture785. La figure 12 explique cette différence qui exista entre les chausses foncées du moyen âge (A) et celles de la Renaissance (B).
La raison de la disposition des coutures de ces dernières tenait à la nécessité de réduire la ceinture à la mesure de la taille, toujours plus étroite que le tour des hanches, au dessous desquelles s’arrêtaient les chausses du moyen âge. On remarquera en effet, sur notre dessin B, que les coutures de chaque jambe, arrivées dans la région lombaire, côtoient la couture médiane du fond en 132se rapprochant de plus en plus de celle-ci de façon à diminuer le tour de ceinture.
Il se rencontre, parmi les monuments du quinzième siècle, un exemple de chausses dont la couture de chaque jambe présente une solution de continuité du talon au bas du mollet. Cette fente, destinée à faciliter le passage du pied, se fermait au moyen de boutons, une fois ce passage effectué786. Un autre exemple se remarque au siècle suivant, dans une statue funéraire de la cathédrale de Badajoz787, montrant un expédient du même genre. Une fente s’y trouve pratiquée, non plus dans la couture, mais en dedans du bas de la jambe, où elle se ferme par une agrafe. Ces deux exemples sont des exceptions.
Les différentes chausses dont nous avons jusqu’ici donné les patrons (fig. 2, 5, 9 et 11) sont à pieds coupés, munies seulement de sous-pieds ou étriers.
Il nous faut parler maintenant des chausses garnies de pieds qu’on appelait chausses à moufles788. Il est bien entendu, comme nous l’avons déjà dit, que la distinction entre chausses séparées et chausses jointes ensemble était indépendante de l’agencement de leurs extrémités inférieures. Que les chausses fussent rondes, à queues ou à plain fond, elles pouvaient être en même temps, soit à moufles, soit à pieds coupés.
Les chausses à moufles se divisaient en chausses à coins et en chausses à pieds rapportés.
Les coutures, permettant de discerner l’une ou l’autre de ces deux coupes, se trouvaient peu apparentes. Il est donc naturel que les artistes, ayant à représenter des jambes vêtues de chausses à moufles, se soient dispensés d’indiquer ces coutures qui ne pouvaient se voir que de très près. Exceptionnellement cependant, un dessin de Pisanello789 nous montre une chausse dont les coutures du pied sont visibles (fig. 13).
C’est une chausse à talon et avant-pied rapportés. Nous en retrouvons trois autres, de coupe identique, sans pieds il est vrai, mais prêtes à recevoir des talons et des avant-pieds, dans le blason des chaussetiers de Bruxelles au quinzième siècle. La figure 14 reproduit l’une d’elles790.
La figure 15 donne la reconstitution d’un patron de chausse à pied, d’après les deux documents précédents.
Le pied se trouve taillé comme un soulier, en quatre pièces, une semelle A B, une empeigne, appelée avant-pied, C D F E B’, et deux quartiers de talon G A’ C D et G’ A’’ E F, réunis à l’empeigne par les coutures D C et F E. G A’ se coud à G’ A” 133pour former la couture du talon. La semelle A B est ensuite cousue aux quartiers et à l’empeigne791. Il ne reste plus, pour terminer, qu’à joindre G D F G’ du pied G D F G’ du bas de la jambe.
Il arrivait aux chausses ce qui se produit dans nos bas et dans nos chaussettes. Le bout du pied s’usait tandis que le reste de la chausse demeurait en bon état. Il était donc d’une économie bien comprise de renouveler, quand il le fallait, les avant-pieds d’une paire de chausses dont les jambes et les talons pouvaient encore servir792.
Moins aisés à remplacer, les quartiers des talons devaient être soigneusement confectionnés et ne pas se prolonger sur les côtés au détriment des avant-pieds793. Tel était le genre de chausses à moufles qui paraît avoir été le plus usité.
Quant aux chausses à coins, aucun document iconographique ne les décèle et nous n’en connaîtrions l’existence que par les textes si l’habit des carmélites ne nous en avait conservé le modèle intact depuis 1452. Ce type était certainement plus ancien, car il n’a jamais dû être de règle, lors de la fondation d’un ordre de religieuses, de les vêtir à la dernière mode. La figure 16 donne le patron d’une chausse ronde, à coins, reconstituée d’après un bas de carmélite.
Nous n’en sommes pas moins en présence d’une chausse d’homme, ainsi qu’en témoignent à la fois sa longueur et la paire d’œillets pratiquée sur le devant de son entrée. Une semelle A B D C est cousue au bas de la chausse en A’ D’ D” B’ C’, les trois points D D’ D” se trouvant réunis en un seul, de façon à produire le profil F. La jambe se ferme ensuite en cousant E D’ à E’ D”. Les parties teintées du patron 134indiquent des pièces de renfort qui doublent le talon et les parties antérieures de la semelle et de l’avant-pied.
Les chausses à moufles étaient généralement munies de semelles de cuir souple. On les disait alors chausses semelées et elles ne comportaient pas de souliers.
Les chausses semelées étaient fournies et même souvent taillées par les cordonniers. Certains auteurs en ont conclu qu’elles consistaient en des sortes de bottes molles entièrement faites de cuir. Des nombreuses preuves qui réduisent à néant cette assertion, nous nous contenterons de citer les deux suivantes.
En 1352, le cordonnier Martin de Coussi taille, dans 2 aunes d’escarlatte paonnasse de Broixelles et 2 aunes et demie d’un marbré lonc de Broixelles, tirant sur le caignet, à lui fournies par le drapier Jehan Perceval, plusieurs paires de chausses et les semelle pour le roi Jean et son frère, le duc Philippe d’Orléans794.
En 1387, un tailleur, Jehan Des Molins, confectionne vingt-quatre paires de chausses pour messire Philippe de Bar, puis les donne à semeler à un cordonnier795.
Ainsi, les chausses destinées à être semelées étaient taillées dans du drap, soit par les tailleurs, soit par les cordonniers, et toujours semelées par ceux-ci. Jamais donc les chausses semelées ne furent des chausses de cuir.
Lorsqu’il s’agissait de préserver les pieds de l’humidité du sol, on adjoignait aux chausses semelées des galoches ou des patins à brides de cuir796.
Les pieds des chausses suivaient naturellement les caprices que la mode imposait aux souliers. À l’époque de Jeanne d’Arc, le goût n’était plus aux poulaines797, et, depuis une vingtaine d’années, les bouts arrondis, tels que nous les avons figurés dans nos précédentes reconstitutions, se trouvaient en faveur. Beaucoup de souliers cependant étaient demeurés pointus, mais les véritables poulaines ne furent reprises qu’en 1445 pour être abandonnées définitivement sous le règne de Charles VIII798.
Indépendamment des chausses à étriers et des chausses à moufles, il y eut des chausses qui ne possédaient ni pieds ni étriers. La plupart de ces dernières, fort peu usitées d’ailleurs, offraient l’aspect qu’eurent certains pantalons collants de la Restauration799. D’autres, aussi larges en bas qu’en haut de la jambe, ressemblaient beaucoup à nos pantalons modernes. L’iconographie ancienne nous en a conservé quelques exemples800. L’un de ceux-ci801 rappelle, par l’évasement du bas des chausses sur les souliers, les pantalons, dits à pieds d’éléphant, qui furent adoptés par la jeunesse élégante aux environs de 1875.
À l’exception des chausses rondes, les chausses étaient toujours doublées dans 135leur partie supérieure. Leur doublure descendait plus ou moins bas, sans jamais dépasser la moitié de la jambe. La toile était généralement employée à cette effet802. Le blanchet, sorte de drap blanc, remplaçait souvent la toile803. Les chausses noires du duc Philippe le Bon se trouvaient doublées de drap également noir, en 1455804. Dans un compte de Gilles le Tailleur, argentier du duc de Bourbon, daté de 1448, il est question des chausses doublées de roulleau fin d’Angleterre805.
Une miniature d’un manuscrit de la Bibliothèque royale de Bruxelles806, nous livre le secret de la façon ingénieuse dont les doublures de chausses étaient taillées à leur extrémité inférieure lorsqu’elles descendaient jusqu’aux mollets (fig. 17).
Au lieu d’être coupé droit, le bas de la doublure se terminait en cinq grandes dents, d’environ sept centimètres de longueur. Cette disposition avait pour avantage de supprimer le relief qu’aurait occasionné d’une manière fâcheuse autour de la jambe l’épaisseur d’une doublure taillée et cousue horizontalement en ligne droite.
Bien que les points de couture retenant à la chausse les cinq dents de la doublure fussent pour ainsi dire invisibles extérieurement, ils devinrent parfois, dans la seconde moitié du quinzième siècle, le prétexte d’une décoration originale. On les recouvrait d’un galon produisant autour de la jambe une soutache en zigzag d’un effet assez heureux807.
Nous n’avons pu découvrir comment s’amortissait la doublure quand elle n’enveloppait que la cuisse. Il est possible qu’elle fût également dentelée au dessus du genou. Toujours est-il que notre figure 6 nous montre coupée droite une doublure ne couvrant que le séant.
La figure 18 donne le patron d’une chausse à plain fond, garnie de ses doublures. Celles-ci sont indiquées sur notre dessin par les parties non teintées.
La doublure renforçait la chausse qui avait besoin d’une certaine solidité pour résister à la tension des attaches. Lorsque les chausses commencèrent à monter vers la taille, quelques chaussetiers se contentèrent de laisser le haut de la doublure à son ancien niveau. Il en résultait, entre ce haut de doublure et celui de la chausse, une zone de drap non doublée, réduite à sa seule épaisseur, et par suite incapable de supporter sans risques la tension de l’attache de derrière, particulièrement en jeu 136dans la plupart des mouvements de flexion. On remédiait à cet inconvénient au moyen d’une bande de renfort, appelée liure, reliant intérieurement la doublure au haut de la chausse. Les œillets de derrière se trouvaient alors pratiqués dans l’ourlet des chausses, doublé de l’extrémité des liures808.
Il y eut des chausses fourrées809, véritables pantoufles montantes, auxquelles on donnait le nom de bottes810, ce dernier terme n’ayant jamais désigné au moyen âge les chaussures à hautes tiges des cavaliers, dénommées bottes à partir de la Renaissance.
Nous avons vu, en 1364, les seigneurs attacher leurs chausses à leurs pourpoints à l’aide de sept paires de cordons solidement cousues à l’envers de ces derniers vêtements. Vingt ans plus tard, ces cordons sont remplacés, au moins chez quelques-uns, par des lanières ferrées d’aiguillettes811, nécessitant le percement d’autant de paires d’œillets dans la braconnière d’un gippon. D’après un texte des Ordonnances royales, ce fut seulement dans les toutes dernières années du quatorzième siècle que les chaussetiers commencèrent à vendre aux gens du peuple des chausses garnies d’aiguillettes et prêtes d’attacher812.
Bien que l’aiguillette fût en principe uniquement le mince tuyau de métal conique qu’on adaptait au bout d’un lacet de cuir ou de soie, on finit par donner le nom d’aiguillette au lacet lui-même ferré à chacune de ses extrémités. Dés lors ce qu’on appela communément une aiguillette se trouva être en réalité un ensemble de deux aiguillettes reliées l’une à l’autre par le même lacet813.
137Une aiguillette de chausses, ferrets compris, avait environ un pied, soit trente-trois centimètres de longueur, chaque ferret ne dépassant pas quatre centimètres.
Dans l’ordre où l’on revêtait les différentes pièces du costume, la chaussure, et par ce nom on entendait aussi bien les chausses que les souliers, la chaussure, disons-nous, ne se mettait qu’après avoir endossé le pourpoint.
Et le matin, lorsque vous vous lèverez, passez d’abord votre chemise et vos braies. Vous mettrez ensuite votre blanchet ou votre futaine814, puis vous affublerez votre chaperon ; après ce sera le tour des chausses et des souliers, puis des robes qui complètent l’habillement. Enfin ceignez vos courroies et lavez-vous les mains815.
C’est ainsi qu’on procédait à sa toilette au treizième siècle. L’expérience nous permet d’affirmer que le même ordre s’imposait pour les vêtements du quinzième. On le retrouve d’ailleurs, avec la seule interversion du chaperon reporté après la robe, dans l’article douze de l’acte d’accusation du procès de Rouen, où sont énumérés les habits dont l’usage fut reproché à la Pucelle816. On pouvait en effet coiffer le chaperon indifféremment avant ou après la chaussure, et même une fois la robe vêtue, ainsi que l’indique l’acte précité.
La précaution que nous avons eue de revêtir à maintes reprises nos reconstitutions de chaussures, pourpoints, robes et chaperons nous permet de parler du costume au temps de Jeanne d’Arc avec quelque expérience. Pour se chausser, nous avons pu constater que l’on y parvenait de la façon suivante.
Ayant endossé le gippon, mais avant de le lacer, on devait s’asseoir afin d’introduire d’abord les jambes dans les chausses préalablement munies de leurs aiguillettes, puis les pieds dans les souliers. Ceux-ci étaient aussitôt bouclés, lacés, agrafés ou boutonnés, car il en existait de plusieurs sortes, se fermant de différentes manières. Il va sans dire que, lorsque les chausses étaient semelées, elles ne comportaient pas de souliers. Il fallait ensuite se tenir debout pour nouer les aiguillettes après leur avoir fait traverser les œillets correspondants du gippon. Contrairement à ce qui se passait avec les estaches du quatorzième siècle, nouées forcément sous le gippon, les aiguillettes du quinzième s’attachaient non moins nécessairement à l’extérieur de ce vêtement.
Les trois aiguillettes postérieures817 devaient être les premières nouées, en commençant par celle du milieu, puis les deux aiguillettes des côtés, et enfin celles du devant, sauf toutefois la médiane818.
On laçait ensuite le gippon depuis le col jusqu’en bas, en ayant soin de réserver les deux derniers œillets de la laçure pour l’aiguillette du milieu du devant, laquelle ne s’attachait qu’une fois le gippon lacé819.
Il n’y avait pas à s’occuper de la chemise lorsqu’elle était suffisamment courte pour ne pouvoir entrer dans les chausses. Celles-ci-recouvraient alors directement les braies. Quand la chemise au contraire descendait au dessous de la ligne des œillets, on en répartissait l’excès de longueur dans les chausses en même temps qu’on nouait les aiguillettes.
138La paire d’œillets, située à cheval sur chaque couture latérale du gippon et destinée à recevoir l’aiguillette du côté, se trouvait souvent exhaussée au dessus de la ligne des autres paires d’œillets, ainsi qu’on peut le voir sur le patron de pourpoint reconstitué plus haut dans le chapitre consacré au gippon (p. 111, fig. 11). Cet exhaussement de l’attache latérale augmentait son effet de traction sur la chausse et maintenait celle-ci bien tirée vers la hanche, où les mouvements de flexion, plus limités qu’ailleurs, pouvaient s’accommoder d’une forte tension820.
Quelques images nous montrent l’attache médiane postérieure avec la même particularité. Mais comme en cet endroit une tension exagérée eût été préjudiciable à la solidité de l’agencement, il fallait, ou bien que les chausses fussent taillées plus montantes par derrière, ou bien que l’aiguillette s’allongeât, en vertu du vieux dicton, rappelé par La Curne de Sainte-Palaye dans son Glossaire de l’ancienne langue française : À courtes chausses, longues lanières.
Le nœud de l’aiguillette n’était pas abandonné à la fantaisie de chacun. Les nombreuses représentations qui nous en ont été conservées nous prouvent qu’il s’opéra constamment de la manière suivante.
Après avoir inégalisé de longueur les deux cordons de l’aiguillette, à leur sortie des œillets du pourpoint, de façon que l’un devint deux fois plus long que l’autre, on nouait ces deux cordons d’un premier nœud simple, puis d’un second, où le plus long cordon, alors replié sur lui-même, formait une boucle (fig. 19).
Une seule boucle et deux bouts ferrés pendants, tel est l’aspect qu’offre invariablement le nœud de l’aiguillette dans toutes les anciennes images où il se trouve représenté.
Des expériences réitérées nous ont amené à constater que cette opération d’attache des chausses, qui peut paraître compliquée à première vue, devenait rapide avec l’habitude.
Pour se déchausser, il fallait d’abord détacher l’aiguillette médiane du devant, puis délacer le gippon. On dénouait ensuite le reste des aiguillettes. Il n’y avait plus alors qu’à se dépouiller des chausses en les retournant de haut en bas, comme on a pu le remarquer sur notre figure 17. Il était impossible d’en dégager ses jambes en s’y prenant autrement.
La figure 20 nous montre un personnage en train d’attacher ses chausses821.
Bien que provenant d’une miniature d’environ 1415, cet individu porte un pourpoint à boutons, muni d’estaches intérieurement, à l’ancienne mode du quatorzième siècle. On constatera que, suivant la règle indiquée plus haut, le pourpoint qu’il vient d’endosser est resté déboutonné afin de lui permettre d’y relier ses chausses.
Ferrées ou non, les attaches de ces vêtements ne possédaient pas la propriété d’être élastiques comme nos bretelles. Il en résultait une gêne relative pour certains mouvements de flexion lorsque les chausses étaient liées au gippon par derrière. Cet inconvénient n’existait jamais avec les chausses rondes, dépourvues d’œillets postérieurs ; 139d’où la vogue persistante de ces chausses dans les classes pauvres depuis le douzième siècle jusqu’aux temps modernes. Mais à l’époque qui nous intéresse, quantité de gens du peuple, ouvriers et paysans, avaient délaissé les chausses rondes pour adopter les chausses à queues822. C’est pourquoi l’ancienne iconographie nous met souvent en présence de queues de chausses pendantes par derrière sur les cuisses des travailleurs, ceux-ci s’étant trouvés contraints de dénouer l’aiguillette réunissant les deux queues au gippon afin de faciliter la liberté de mouvement exigée par leurs occupations. On conçoit que les bienséances ne pouvaient admettre une pareille tenue chez les personnes d’un certain rang. Il fallait alors que les chausses fussent tirées à la fasson de court823, c’est-à-dire aussi bien par derrière que par devant824.
Cette correction de mise n’allait pas sans incommodité. Au temps de Charles V, trois dames ayant à se plaindre du jeune Boucicaut, père du célèbre maréchal de ce nom, le firent comparaître devant elles pour le confondre. Confortablement installées sur un comptouer825, elles entendirent le faire asseoir par terre à leurs pieds. Boucicaut protesta :
— Puis que je suis venus à vostre mandement, faictes moy mettre des quarreaulx ou un siege à moy seoir ; car se je me seoie bas, je pourroye rompre mes estaches, et vous me pourriez mettre sus que ce seroit aultre chose826.
Beaucoup plus tard, Rabelais nous dira qu’avec des chausses neuves et un pourpoint court, il est incommode de s’asseoir sur une sellette trop basse827. C’est évidemment pour cette raison que tant de chaires et de fauteuils nous sont restés des quinzième et seizième siècles, sensiblement plus hauts de siège que ceux des temps modernes.
Il ne faudrait pourtant pas s’exagérer la gêne qui résultait du port des chausses attachées par derrière. Seules les flexions trop complètes sur les extrémités inférieures étaient risquées. On pouvait marcher, bien entendu, et même courir sans être obligé de relâcher aucune attache. Des expériences auxquelles nous nous sommes livré, nous concluons qu’un bon pourpoint, des aiguillettes solides et une paire de chausses cousue comme l’exigeaient les statuts consignés dans les ordonnances royales, permettaient des mouvements assez aisés, à la condition de ne pas agir trop brusquement. Il était facile alors de s’asseoir sur un siège relativement bas, de mettre un genou en terre ou de s’agenouiller complètement. Par contre, on devait renoncer à s’accroupir sur les talons. Il fallait encore moins songer à se courber en avant pour chausser ou enlever houseaux ou souliers. On ne pouvait procéder à ces dernières opérations sans l’aide d’autrui, lorsque les chausses se trouvaient liées par derrière au 140gippon. Il était malaisé de se hisser sur un cheval autrement qu’avec le secours d’un montoir, car l’extrême flexion de la jambe gauche nécessaire pour que, du sol, le pied atteigne l’étrier se trouvait rendue difficile par la tension que produisaient sur les chausses les attaches de la région lombaire. Ces inconvénients disparurent au cours du seizième siècle, mais seulement lorsque les hauts de chausses descendirent aux genoux. Alors les bas de chausses devinrent entièrement indépendants des hauts de chausses, et, comme les chausses des femmes, ne furent plus maintenus à la jambe que par des jarretières.
Bien que les monuments nous montrent la généralité des chausses du quinzième siècle reliées aux pourpoints par des aiguillettes, nous découvrons dans l’ancien retable du Palais de justice, actuellement au musée du Louvre, un mode de jonction de ces deux sortes de vêtements tout à fait en dehors de la règle ordinaire. Un pourpoint très court, tel qu’on en portait vers 1475, date approximative de la peinture en question, est muni de bouclettes à ardillons cousues au bord de son pourtour inférieur. Ces bouclettes retiennent les chausses par le moyen d’un nombre égal de pattes de cuir fixées à l’entrée de ces dernières et percées chacune de trois trous permettant d’augmenter ou de diminuer à volonté la tension des attaches.
Un autre mode, qui nous parait avoir été encore plus exceptionnel que le précédent, nous est révélé par une miniature d’un Quinte Curce de la Bibliothèque de Genève828, d’environ 1460. Des cordons, cousus aux chausses, s’attachent, non à un gippon, mais à une simple ceinture serrée à la taille.
Signalons enfin des chausses se boutonnant au pourpoint, d’après une image allemande de 1449829. Ces chausses possèdent par devant, en haut de chaque cuisse, trois boutons qui correspondent à autant de boutonnières pratiquées dans le bas du pourpoint.
Les anciens textes nous apprennent qu’on usait de chausses spéciales pour l’équitation. On les appelait chausses a chevaucher830. Il y avait aussi les chausses à houser831, c’est-à-dire à porter sous des houseaux. Pour empêcher ceux-ci de descendre sur la jambe, une aiguillette était parfois fixée à la chausse, assez haut sur le côté externe de chaque cuisse. On nouait cette aiguillette après l’avoir introduite dans une paire d’œillets située en haut de chaque houseau. La figure 21, tirée d’une tapisserie d’environ 1450832, qui représente Jules César recevant des ambassadeurs gaulois, montre une chausse de cette sorte.
Le personnage auquel elle appartient n’est autre que l’écuyer de César. À pied, tenant par la bride le cheval de son maître, c’est 141fortuitement qu’il se trouve avoir des souliers au lieu de houseaux.
Dans un tableau du musée d’Augsbourg, on distingue nettement l’aiguillette d’attache sur un houseau recouvrant une chausse à houser833. Quoique ces deux exemples proviennent d’époques postérieures à celle de notre héroïne, il nous semble probable que la disposition qu’ils révèlent devait exister avec les grands houseaux souples qu’on portait déjà depuis longtemps en 1429. Si nous ne l’avons pas découverte dans l’iconographie contemporaine de cette dernière date, cela tient à ce fait qu’avant 1460, les robes masculines les plus courtes cachaient ordinairement la majeure partie des cuisses.
Lorsqu’on chevauchait sans houseaux, le bas des chausses était préservé du contact des flancs du cheval par une housse d’étoffe834 ou de cuir835 qui recouvrait la selle.
Des chausses de toile, ou de simples chaussons de même tissu, se mettaient parfois sous les chausses de drap, principalement l’été836. Les chaussons se trouvaient être de la dimension de nos chaussettes837.
L’hiver, les personnes de complexion délicate remplaçaient la toile par du drap blanc838. En 1448, la damoiselle Ysabeau de Bourbon, qui était une personne d’âge, portait des chausses de drap blanc sous des chausses de drap noir839.
Remarquons à ce propos que les femmes usaient de chausses rondes, plus courtes que celles des hommes840, et qu’elles maintenaient à la jambe, sous le genou au moyen de jarretières841, dont l’insigne de l’Ordre anglais de la Jarretière nous a conservé un modèle.
142Dans son Dictionnaire du mobilier, Viollet-le-Duc prétend, sans fournir d’ailleurs la moindre preuve à l’appui de son assertion, que les femmes des quatorzième et quinzième siècles portaient des hauts-de-chausses indépendamment de leurs chausses842. Nous n’avons rencontré aucun document écrit ou figuré corroborant cette opinion de l’éminent architecte. L’iconographie réaliste du moyen âge nous montre des femmes dans les différentes phases de leur toilette, en chemise, en chausses, en cotte simple, en robe, mais jamais vêtues de quoi que ce soit pouvant ressembler à un haut-de-chausses. Le plus ancien texte qui mentionne ce vêtement, essentiellement masculin, ne remonte pas au-delà de 1490843, et nous ne l’apercevons guère dans les images avant le règne de Louis XII. La lente ascension des chausses, au cours de quinze siècles, les ayant fait enfin parvenir à la taille, il fut dès lors possible de rendre la partie de cet habillement couvrant le bassin indépendante de celle qui revêtait les jambes ; d’où la division en haut et bas de chausses. Les premiers hauts-de-chausses s’arrêtèrent en haut des cuisses, ceux qui vinrent ensuite descendirent parfois jusqu’au dessous du genou. Du temps d’Henri IV, on les appela trousses, et plus tard culottes. Ils sont l’origine de nos pantalons, tandis que des bas de chausses proviennent les bas modernes.
Il y eut au moyen âge des chausses tricotées844, mais elles furent extrêmement rares, sans doute en raison de leur prix élevé845. Les grands seigneurs eux-mêmes n’en usaient qu’exceptionnellement.
Maintes miniatures nous font voir des chausses qui paraissent être de toile ou du moins d’une étoffe grossière, le plus souvent écrue, de consistance analogue. Cette sorte de toile était peut-être le treslis ou le camelin, dont Jean de Brie recommande l’usage aux bergers en 1379846. Car il est à noter que, dans les enluminures susdites, les personnages, porteurs de ce genre de chausses, sont toujours des paysans ou des pèlerins. Quel qu’il fût, toile ou camelin, le tissu en question n’avait pas l’élasticité du lainage. Les chausses rustiques qui s’en trouvaient confectionnées ne pouvaient donc mouler la jambe comme le faisaient les chausses en étoffe de laine. C’est pourquoi les images nous les montrent formant des plis, 143principalement au bas des jambes, où elles étaient serrées par les souliers847.
Nous venons de passer en revue les différents modes qu’affectaient les chausses à l’époque de Jeanne d’Arc. Il s’agit maintenant de reconnaître parmi eux, à l’aide des textes contemporains, celui que la Pucelle avait adopté.
Le greffier de la Rochelle déclare qu’en arrivant à Chinon, elle avait chausses estachées848. Ce qui revient à dire qu’elle portait des chausses d’homme. Les chausses masculines en effet s’appelaient chausses estachées, ou à attacher849, par opposition aux chausses de femme qui étaient simplement liées sous le genou par une jarretière.
La Chronique des Cordeliers témoigne que Jeanne avait cauches justes850, nous enseignant ainsi qu’elle usait de chausses collantes, faites sur mesure, dites alors chausses faitisses.
L’article douze de l’acte d’accusation du procès de Rouen est sensiblement plus explicite. Sous-entendant que les femmes ont toujours porté des chausses courtes et séparées, il reproche à la Pucelle d’avoir préféré l’usage des chausses longues et jointes ensemble851. Nous retrouvons ce type dans les patrons donnés par nos figures 1, 15 et 18. Les jambes droites dont ces trois dessins reconstituent les coupes, sont destinées à être cousues vers le haut à autant de jambes gauches inversement taillées. Elles appartiennent donc bien à la catégorie des chausses jointes ensemble, autrement dites chausses à plain fond, ou plaines dedans jambes.
La chausse de la figure 15 diffère des deux autres par son extrémité inférieure. Elle est à moufle, tandis que les chausses des figures 11 et 18 sont à étriers, et l’histoire ne nous dit pas lequel de ces deux genres avait la faveur de notre héroïne. On peut cependant supposer que les chausses à elle fournies par les habitants de Vaucouleurs pour son voyage en Touraine étaient à étriers du moment qu’elles devaient se compléter de houseaux852. Il est possible également qu’en leur qualité de chausses à houser, elles eussent été munies de l’aiguillette que nous avons vue fixée sur la cuisse de la chausse représentée dans notre figure 21, et dont le rôle consistait à maintenir les houseaux dans toute leur longueur.
L’acte d’accusation nous dit encore que les chausses de Jeanne d’Arc se reliaient à son gippon au moyen de vingt aiguillettes853. Cette quantité d’attaches était tout à fait anormale, les chausses les mieux tirées ne possédant jamais, d’après les images du quinzième siècle, plus de dix paires d’œillets réparties comme l’indiquent les trois 144patrons précités. Nulle part, nous n’avons rencontré un seul exemple de chausses reliées au pourpoint par vingt aiguillettes. Ce nombre inusité d’attaches constitue le seul détail de toilette qui faisait différer le costume de la Pucelle de celui des hommes de son temps. On comprend la raison qui avait fait adopter une telle disposition par notre guerrière.
Dans leurs témoignages au procès de réhabilitation, Jean de Metz et Bertrand de Poulengy déclarent que pendant les onze jours qu’ils mirent à franchir la distance de Vaucouleurs à Chinon pour mener Jeanne au dauphin, celle-ci dormait chaque nuit auprès d’eux, enveloppée dans une couverture, gardant son gippon et ses chausses bien attachées854.
Le 28 mars 1431, au château de Rouen, lorsque l’accusation reproche à la Pucelle d’avoir, contre toute bienséance, vécu avec des hommes, celle-ci répond à l’évêque Cauchon, qui lui demande ce qu’elle a à dire à ce sujet, que son gouvernement c’estoit d’ommes ; mais quant au logeys et gist, le plus souvent avoit une femme avec elle. Et quand elle estait en guerre, elle gesoit vestue et armee, la ou elle ne povoit recouvrer de femmes855.
Nous considérons d’ailleurs comme ayant été impossible à notre héroïne de nouer elle-même les vingt aiguillettes de ses chausses. L’aide d’une femme lui était donc indispensable toutes les fois que, s’étant déchaussée pour la nuit, il lui fallait le lendemain rattacher ses chausses à son gippon.
Le greffier de la Rochelle, qui donne quelques précieuses indications sur la couleur du costume de Jeanne lorsqu’elle se présenta devant Charles VII, omet de nous renseigner sur celle de ses chausses. Il nous apprend seulement que sa robe était grise, son pourpoint et son chaperon noirs. Le silence de cet auteur à l’égard de la nuance des chausses de la Pucelle tend à signifier que celle-ci entra dans la grande salle de Chinon, bottée de ses houseaux. Avec une robe descendant aux genoux, comme les hommes en portaient à cette époque, ses chausses se trouvaient dès lors forcément invisibles.
Bien que l’iconographie ancienne témoigne, pendant tout le cours du moyen âge, d’une grande variété dans la couleur des chausses, l’examen attentif des miniatures, aussi bien que celui des comptes et des inventaires contemporains, permet de constater que certaines teintes ont prédominé suivant les époques dans l’habillement des jambes. C’est ainsi qu’on peut citer les chausses noires comme ayant été très souvent les plus usitées, notamment au temps de Jeanne d’Arc, où les chausses vermeilles leur faisaient cependant une sérieuse concurrence. Venaient ensuite alors, par rang de faveur, les blanches, puis plus rarement les grises, les vertes, les roses, les violettes et les bleues.
Le seul texte mentionnant la couleur de chausses qu’aurait portées la Pucelle est un passage du Journal d’un bourgeois de Paris qui décrit de la façon suivante une des mises qu’elle aurait adoptées à l’apogée de sa mission :
Item, plusieurs foys a prins le precieux sacrement de l’autel toutte armée, vestue en guise d’homme, les cheveulz rondiz, chaperon déchiqueté, gippon, chausses vermeilles atachées à foeson aiguillettes856…
Le vermeil était la 145nuance rouge vermillon très usitée pour vêtir les jambes depuis la fin du quatorzième siècle. Les chausses de Vaucouleurs furent vraisemblablement de teinte plus sobre.
Nous donnons, dans la figure 22, le patron d’une chausse à étrier telle que durent être ces chausses de Vaucouleurs portées par Jeanne sous ses houseaux pendant son voyage à Chinon.
On y constatera la présence des dix paires d’œillets pour une chausse, soit vingt pour les deux chausses, qui correspondent aux vingt paires d’œillets du pourpoint représenté dans la figure 16 du chapitre du Gippon.
Notre chausse est accompagnée du devant de l’entre-jambes, naturellement différent de celui des chausses masculines. Au lieu d’être composé, comme ce dernier, de deux morceaux formant poche, il consiste tout simplement en une seule pièce triangulaire.
Tel est le résumé, aussi bref que possible, de tout ce que nous croyons avoir déterminé de certain sur les chausses du moyen âge. On y pourra remarquer les divergences qui nous séparent des auteurs ayant traité avant nous la même question.
Tous ont plus ou moins donné indifféremment au même vêtement de jambes les noms de braies ou de chausses. Nous pensons avoir clairement démontré au chapitre des Braies qu’une telle confusion est inadmissible.
Gay prétend que la division des chausses en hauts et bas de chausses remonte à l’époque carolingienne857, et nous avons vu que cette combinaison n’apparaît, ni dans les textes ni dans les images, avant l’année 1490.
Par une inadvertance inexplicable, Racinet donne constamment le nom de haut de chausses aux chausses des quatorzième et quinzième siècle.
D’après Gay, les chausses auraient été la partie du costume masculin couvrant le corps de la ceinture aux pieds. Nous n’avons pu découvrir le moindre exemple iconographique de chausses atteignant la ceinture avant l’époque de la Renaissance. S’appuyant sur un texte mal compris, où il traduit à tort le mot nouet par nœud, le même auteur assure que, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, les chausses furent serrées à la taille par un nœud( ?). L’étude des images contemporaines et l’examen du pourpoint de Charles de Blois contredisent cette assertion.
Enfin nulle part, en quinze années d’investigations à travers l’iconographie du moyen âge, nous n’avons aperçu la corde qui, au dire de l’allemand Hottenroth858, attachait les chausses autour de la taille de ses compatriotes du quatorzième siècle, et pas davantage, ne s’est offerte à nos regards la petite jupe bouffante d’où sortaient les cuisses de nos ancêtres de la même époque selon l’affirmation d’Ary Renan859.
Notes
- [737]
Charles Vincent, Histoire de la chaussure et de la cordonnerie, 1859, p. 90. — Anthony Rich, Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, 1859, p. 94, 590.
- [738]
Quicherat, Histoire du costume, p. 98, 99. — Voir plus haut, p. 81, fig. 9 et 10.
- [739]
Voir plus haut, Chemise et braies, figures 9 et 10.
- [740]
Vers 1150. — Cathédrale de Chartres, portail royal, voussure de la baie de droite, la Grammaire.
- [741]
Vers 1240. — Cathédrale de Chartres, portail sud, premier pilier de gauche, face interne.
1250. — Bibl. nat., fr. 19093, fol. 3 verso. — Voir plus haut, p. 87, fig. 21.
- [742]
1459. — L’Hystoire et plaisante chronique du petit Jehan de Saintré, ch. 81, p. 258.
- [743]
1431 : Quicherat, Procès, t. I, p. 220.
- [744]
1404. —
Nul ne pourra faire chausses qui soient vuides dedens jambes, par tele maniere…
(Ordonn. des rois, t. IX, p. 34). - [745]
1447. — Ordonn. des rois, t. XIII, p. 538.
- [746]
Vers 1240. — Cathédrale de Chartres, portail sud, premier pilier de gauche, face interne.
1250. — Bibl. nat., fr. 19093, folios 3 verso, 14 verso, (Voir plus haut, p. 87 fig. 21).
- [747]
1393. — Ordonn. des rois, t. VIII, p. 301.
- [748]
1447. — Pérouse, Pinacothèque Vannucci, Giov. Bocati, Jésus marchant au Calvaire.
- [749]
Voir plus haut, p. 87, 88.
- [750]
C’est la jambe droite que donne ce patron. Il en sera de même pour les patrons qui suivront.
- [751]
1404 :
Esconvient pour estre passé qu’il sache tailler deux paires de chausses en quarreaux de bons bihais, de trois quartiers et demi de draps…
(Ordonn. des rois, t. IX, p. 34). — 1424 :Que toutes chausses taillées et cousues soient de bons biais.
(Ibid., t. XIII, p. 74.)Lesdictes chausses seront de bons bihais…
(Ibid., p. 78.) — 1452 et 1484. Ibid., t. XIX, p. 522.Nos essais de reconstitution de chausses nous ont amené à conclure que l’étoffe de laine employée pour cette partie du costume devait être un tissu dont la souplesse tenait le milieu entre la rigidité relative de nos draps actuels et l’élasticité du jersey moderne. Nous avons d’abord taillé plusieurs paires de chausses dans différents draps dont la minceur nous paraissait une garantie d’extensibilité suffisante. Ces chausses, une fois confectionnées, se sont trouvées collantes de partout, sauf au bas de la jambe ou il avait fallu laisser trop de largeur pour le passage du pied. Il en résultait, entre le pied et le mollet quelques plis d’effet désagréable qu’on n’aperçoit pas ordinairement dans les représentations de personnages vêtus de chausses que nous offre à profusion l’imagerie ancienne, tant sculptée que peinte ou dessinée. Nous n’avons pas éprouvé cet inconvénient avec le jersey qui nous a donné des chausses parfaitement collantes dans toute leur longueur. Le jersey est donc l’étoffe que nous conseillons aux costumiers qui seraient tentés de reconstituer des chausses du quinzième siècle à l’aide de nos patrons. Cependant l’escarlate de Bruxelles, l’yraigne de Malines, le fin noir de Londres, les brunettes d’Ypres et de Lierre, le fin vert brun de Montivilliers, que nos ancêtres affectionnaient tout particulièrement pour leur chausses, n’atteignaient une élasticité suffisante qu’à la condition d’être employés dans leur biais, tandis que le jersey conserve toute son extensibilité dans son droit fil. L’étoffe des chausses du moyen âge, tout en étant plus souple que nos draps, se trouvait donc être moins élastique que notre jersey.
- [752]
1404. —
Nul ne vende chausses s’ilz ne sont cousues à deux coustures ou reprises
(Ordonn. des rois, t. IX, p. 34).1452 et 1484. —
Nul ne puet vendre chausses s’ils ne sont cousues à double couture ou brochées et reprises
(Ibid., t. XIX, p. 522). - [753]
1346. —
Que lesdiz Marchanz puissent vendre et faire chaussons et chausses de draps bons et loyaulx de toutes couleurs et de toutes moisons… et couldre de fil double et à double couture, ainsi…
(Ibid., t. XII, p. 88). - [754]
1424. —
Que toutes lesdictes chausses seront rabatues de coustures, sur paine de XII deniers tournois d’amende
(Ibid., t. XIII, p. 78). - [755]
1424 :
2 paires de chausses qui sont à estriviere.
(Extr. des protocoles des notaires, p. 299, ap. Gay, Glossaire archéologique, t. I, p. 353).Gay accompagne cette citation d’un commentaire tout à fait erroné. Il prétend que les estrivieres étaient des bandes de cuir posées verticalement comme un passepoil sur les coutures extérieures des cuisses. Or, la chausse n’ayant jamais possédé le long de chaque jambe qu’une seule couture, toujours située par derrière, ces prétendues coutures extérieures n’ont pu exister.
- [756]
1437. — Musée de Berlin, retable de Hans Multscher, Jésus devant Pilate.
- [757]
Suivant un usage répandu surtout dans les basses classes, la chausse est ici avalée, c’est-à-dire qu’elle est détachée du gippon et roulée sous le genou.
- [758]
Anatole de Montaiglon, Le Livre du chevalier de La Tour Landry, Paris, Jannet, 1854, p. 32.
- [759]
Lyon, Musée historique des Tissus.
- [760]
1404. —
Nul ne pourra faire Chausses qui soient vuides dedens jambes, par tele maniere que on n’y puisse bien atouchier du long du premier doit, à peine de V sols, ou autrement les Chausses seront rongnées et mises à point par les Jurez.
(Ordonn. des rois, t. IX, p. 34).1424. —
Lesdictes Chausses seront faictes plaines jusqu’à deux doye
(Ibid., t. XIII, p. 78).1452 et 1484. —
Nul ne pourra faire chausses qui soient vuides dedans jambe par telle maniere que on y puisse bien attaindre le long du premier doigt d’après le poulce.
(Ibid., t. XIX, d. 522). - [761]
1424. —
Que toutes les chausses… ne puisent estre plus courtes par dedans jambe que dehors que deux doyes seulement ou moins.
(Ordonn. des rois, t. XIII, p. 74). - [762]
Vers 1425. — Bibl. nat., lat. 1158, fol. 80.
1437. — Musée de Berlin, Retable de Hans Multscher, Jésus devant Pilate.
Vers 1450. — Bibl. nat., fr. 9342, fol. 141.
Vers 1455. — Ibid., fr. 19153, fol. 1.
1456. — Miracles de Notre-Dame, Paris, Berthaud, t. II, pl. 46.
Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 12330, fol. 202 verso. — Musée de Cologne, Le Maître de la Passion, Le couronnement d’épines.
1467. — Bruxelles, Bibl. roy., 9243, fol. 72.
Vers 1470. — Bibl. nat., fr. 64, folios 380 verso, 382.
- [763]
1447. —
… et quant à certaines manières de chausses que l’en a acoustumé de faire rondes sans queue, pour gens de païs, garnyes à un ou deux escussons…
(Ordonn. des rois, t. XIII, p. 538). Les écussons, dont il est ici question, devaient être des pièces de renfort, doublant l’étoffe des chausses à l’endroit de chaque paire d’œillets. - [764]
Vers 1455. — Missel de Juvénal des Ursins, fol. 24 verso, ap. Leroux de Lincy, Paris et ses historiens, p. 585. Dans cette miniature se trouve un berger dont notre figure 6 reproduit la jambe droite. Les chausses de ce paysan sont préservées, des genoux aux guêtres de toile, selon la coutume presque générale des campagnards au moyen âge.
- [765]
L’œillet était remplacé quelquefois par un anneau (Bibl. nat., lat. 1156 B, d’environ 1428, fol. 171).
- [766]
Vers 1460. — Chantilly, Musée Condé, Heures d’Étienne Chevalier, Martyre de saint-Jacques le Majeur.
- [767]
Vers 1425. — Brit. Mus., Add. MS. 18850, fol. 17 verso.
Vers 1460. — Bibl. nat., lat. 9473, fol. 48. — Bruxelles, Bibl. roy. 9503-04, fol. 2.
Vers 1470. — Bibl. de Genève, fr. 79, fol. 204 verso.
Vers 1475. — Brit. Mus., Harl. MS. 4374, fol. 88.
- [768]
Vers 1530 : Rabelais, Gargantua, livre I, chap. XX ; Pantagruel, livre II, chap. VI.
- [769]
Musée des Arts Décoratifs de Paris, Legs Émile Peyre (1828-1904).
- [770]
1424. —
Que toutes les chausses… ne puissent estre plus courtes par dedans jambe que dehors que deux doyes seulement ou moins
(Ordonn. des rois, t. XIII, p. 74). - [771]
1383. — Duguesclin avale ses chausses pour être plus agile au combat (Chron. rimée de Duguesclin, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 445).
1459. —
Illec publiquement se mist en pourpoint, destacha ses chausses qui en ce temps (sous Charles V) ne s’entretenoient mie, et les avalla sous les genoulx…, montrant ses grosses cuysses pellues et velues comme ung ours
(L’Hystoire et plaisante chronique du petit Jehan de Saintré, chap. 81, p. 258). - [772]
Vers 1415. — Brit. Mus., Harl. MS. 2897, folios 283 verso, 394 verso (Voir fig. 10).
1449. — Bruxelles, Bibl. roy., 10958, folios 7, 14 verso.
Vers 1490. — Bibl. de Clermont-Ferrand, 59, fol. 321 verso.
- [773]
Vers 1405. — Bibl. de l’Arsenal, 2312, fol. 34.
Vers 1407. — Bibl. nat., lat. 7907 A, folios 15, 18, 20, 24, 107.
Vers 1410. — Ibid., fr. 9, fol. 169 verso ; lat. 9471, fol. 221.
1411. — Ibid., lat. 12892, fol. 98, verso.
Vers 1415. — Bibl. de l’Arsenal, 5193, folios 171, 184, 212. — Brit. Mus., Harl. MS. 2897, fol. 144 verso.
Vers 1425. — Brit. Mus., Add. MS. 18850, fol. 16 verso.
Vers 1440. — Bibl. de l’Arsenal, 5070, fol. 40 verso (Voir plus haut, p. 78 fig. 6).
Vers 1443. — Bibl. nat., fr. 126, folios 7, 191.
Vers 1450. — Ibid., lat. 13264, fol. 70 verso. — Musée de Berlin, Roger van der Weyden, Johannesaltar.
Vers 1455. — Bibl. nat., lat. 13271, fol. 69.
Vers 1460. — Ibid., lat. 9473, fol. 5.
Vers 1465. — Ibid., fr. 19613, fol. 26 verso.
- [774]
Vers 1430. — Florence, Gal. ant. et mod., Fra Angelico, La Flagellation.
1440. — Bibl. nat. fr. 764, fol. 152.
1450. — Bibl. de Carpentras, 78, fol. 65 verso.
1470. — Bibl. d’Orléans, 138, fol. 47.
- [775]
Chronique de Saint-Denis, t. V, p. 463.
- [776]
Anatole de Montaiglon, Le Livre du chevalier de La Tour Landry, Paris, Jannet, 1854, p. 98, 99.
- [777]
Pantagruel, livre II, chap. VI.
- [778]
Pantagruel, livre II, chap. XVI.
- [779]
Cette pièce antérieure, faite de deux morceaux inversement semblables réunis par une couture médiane, est clairement visible dans les miniatures suivantes, postérieures à 1460, époque à partir de laquelle robes et pourpoints s’écourtèrent singulièrement.
— Vers 1465 : Bibl. nat., fr. 40, fol. 67. Bruxelles, Bibl. roy., 9392. fol. 75 v°. — 1470 : Bruxelles, Bibl. roy., 7, folios 16, 232 ; 8, fol. 372 v° ; 9, fol. 462 v°. — Vers 1470 : Bibl. nat., fr. 2643, fol. 180. — Bruxelles, Bibl. roy., 9967 fol. 18. — 1471 : Bibl. nat., fr. 202, fol. 15 v°.
- [780]
1472 : Ordon. des rois, t. XVII, p. 567.
- [781]
Pantagruel, livre III, chap. VII et VIII.
- [782]
Pantagruel, livre III, chap. XVI.
- [783]
1472. — Ordonn. des rois, t. XVII, p. 567. On y distingue les chausses fetisses des chausses de legier prix.
- [784]
Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 41, fol. 237. — Bibl. de Genève, fr. 76, fol. 234. — Musée de Cologne, le Maître de la Passion, le Couronnement d’épines.
- [785]
1490. — Jacques de Voragine, la Légende des Saints, Lyon, folios 97 verso, 118, 121, 158, 189 verso.
Vers 1500. — Musée du Louvre, tableaux portant les numéros 1571 et 1572 attribués à Matteo Balducci.
Vers 1550. — Berlin, collect. Kaufmann, Peter Breughel, Le Paradis.
- [786]
Vers 1430. — Florence, Gal. ant. et mod., Fra Angelico, Jésus salué roi.
- [787]
Vers 1500. — Effigie tombale de don Lorenzo de Figueroa. Le Musée du Trocadéro possède un moulage de cette sculpture.
- [788]
1472. — Ordonn. des rois, t. XVII, p. 567.
- [789]
Brit. Mus.
- [790]
Félix de Vigne, Recherches historiques sur les costumes civils et militaires des gildes et des corporations de métiers, Gand, 1847, pl. 25.
- [791]
Ces quatre pièces étaient certainement doublées.
- [792]
1350. —
Ceux qui les appareillent ne prendront pour mettre un avant pied en une chausse que deux derniers
(Ordonn. des rois, t. II, p. 372).1472. —
Que les maistres et ouvriers dudict mestier ne joindront vielh (c’est-à-dire ne répareront les chausses usagées avec du vieux drap), en quelque lieu ne endroit que ce soit, en ne fourniront d’autre sorte de drape que celuy mesme dont seront les chausses, si ce n’estoit les avant piez des chausses qui seront de legier prix
(Ibid., t. IX, p. 34). - [793]
1404. —
Nul ne pourra mettre au talon de la Chausse autre drape que du drap mesmes ou pareil, ou s’il n’est aussi bon ou meilleur et que ledit talon ne passe point l’assiette de l’avant pié
(Ibid., t. IX, p. 34).1452 et 1484. —
Nul ne pourra mectre talon à chausses qui passe l’assiete de l’avant pié de la chausse
(Ibid., t. XIX, p. 522). - [794]
Douët d’Arcq, Comptes de l’argenterie, p. 87.
- [795]
Prost, Inventaire des ducs de Bourgogne, t. II, n° 1784.
- [796]
1374. —
Jehan de Saumur, corduannier [reçoit] 6 fr. et demi pour 25 paires de semelles cousues en chauces, et 25 paires de galoiches à chaucier dessoubz lesd. chauces.
— (B. Prost, Inventaires des ducs de Bourgogne, t. II, n° 2108). - [797]
Pointes qui prolongeaient l’extrémité des chaussures. Les poulaines les plus exagérées se portèrent de 1380 à 1400, puis, beaucoup plus tard, pendant toute la durée du règne de Louis XI.
- [798]
De mon temps, quand j’estois jeune, environ l’an 1497, les vieilles gens portoient des souliers à la poleine, des robbes courtes et estroites, des chaperons à longues queues…
(Belleforest, Cosmographie de Munster, t. II, l. 3, col. 990, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 412). - [799]
Vers 1300. — Bibl. nat. 8846, fol. 2.
1430. — Musée du Louvre, École catalane, Martyre de saint Georges. — Florence, Gal. ant. et mod., Fra Angelico, la Flagellation.
1485. — Ibid., lat. 1270, fol. 57 verso.
1490. — Bibl. de Clermont-Ferrand, 59, fol. 324 verso.
- [800]
Vers 1410. — Bibl. nat. lat. 1568, fol. 33.
Vers 1460. — Ibid., fr. 12574, fol. 25.
- [801]
Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 12574, fol. 25.
- [802]
1386. — Douet-d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argenterie, p. 281, 283, 285, 291.
1391. — Chausses garnies de toile autour de la cuisse pour Mgr le duc de Touraine (Brit. mus., Add. Chart. 2062).
1392. —
Pour 4 aulnes de fine toile de Reims… pour garnir autour de la cuisse une douzaine de paires de chausses pour Mgr le duc d’Orléans
(4e cpte roy. de Ch. Poupart, fol. 53 verso, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 352).1463. —
4 paires de chausses garnie de toille de Hollande depuis le genou jusqu’en haut et 2 paires garnies seulement pour la cuisse
(Arch. nat., K. reg. 59, fol. 54).1472. —
Que toutes chausses blanches ou d’autre sorte que l’on garnist de toille, seront garnies de bonne et prouffitable toille, bien et suffisamment surpointée…
(Ordonn. des rois, t. XVII, p. 568). - [803]
1390. — Chausses d’écarlate doublées de blanchet pour le comte de Nevers (Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. III, n° 3534).
1455. — Chausses grises doublées de drap blanc (L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 1711).
1494. — Chausses fourrées de blanchet (Brit. Mus., Add. chart., 2539).
Vers 1530. — Toutes les chausses de Gargantua sont doublées de blanchet (Rabelais, Gargantua, livre I, chap. XX).
- [804]
1455. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, nos 1663, 1672.
- [805]
Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1891.
- [806]
1467. — Bruxelles, Bibl. roy., 9243, fol. 72.
- [807]
Vers 1450. Sienne, Hopital Santa-Maria della Scala, Domenico di Bartoli, fresques.
Vers 1485. — Bibl. nat., fr. 218, fol. 95.
- [808]
1417. —
Que chascun ouvraige sera fait souffisamment… garni de toile neufve, et tel que là ou la toille fauldra on y mettra liure jusqu’à l’estache derriere
(Ordonn. des rois, t. XIII, p. 538).1472. —
Que toutes chausses à braye et locquets seront bien garnies dedans et dehors ; et s’il y a deffault qu’elles ne soyent garnies dedans jusqu’à l’attache du derrière, celuy qui l’aura faict sera tenu y mettre une liure…
(Ibid., t. XVII, p. 567, 568). - [809]
1123. —
LXX dos de gris pour fourrer une paire de chausses
(L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 663). - [810]
1128. —
… consentirent… que les officiers aussi bien que les religieux prestres ne porteroient plus ni pelices ni bottes, c’est-à-dire ni robes ni chausses fourrees
(Felibien, Hist. de Saint-Denys, Extr. des actes du chapitre, t. VI, p. 344).1452. —
… deny cent de dos de gris pour fourrer des bottes pour MS. à relever de nuit
(L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 1071). - [811]
1386. —
… vj douzaines d’aiguillettes de dain d’Engleterre… pour atacher les chausses du Roy nostre sire et de monseigneur le duc de Thouraine… Et pour avoir ferré les bouts d’icelle d’argent doré…
(Douet d’Arcq, Nouv. rec. des cptes de l’Argenterie, p. 189). - [812]
1393. —
Charles par la grace de Dieu Roy de France et de Navarre, au Prevost de Paris ou à son lieutenant : salut, Girart Megret, Jehan Hardou, Geuffrin Hervieu, Olivier Fouques, Estienne le Goux, Eliot Burgevin, tous chaussetiers de la Ville de Paris, conoiz en ceste partie, Nous ont fait exposer en complaignant, que comme du temps de présent et depuis peu de temps en çà, il soit accoustumé par plusieurs de peuple de garnir Chausses pour atacher à Aiguillettes ou Lanieres, et les porte ou commencement, ce que anciennement on ne souloit pas faire, mais souffrioit faire chausses sans garniture, pour ce que en les attachant à un nouet pardevant ; et pour ce soit à présent expedient que lesdis Chaussetiers pour l’avencement des personnes, les facent et vendent toutes garnies et prestes d’atacher, ainsi que il est de présent accoustumé ;…
(Ordonn. des rois, t. VIII, p. 301). - [813]
1389. —
4 douzaines d’aiguillettes de soye vermeille, dont les bouts estoient d’argent doré
(Prost, Invent. des Ducs de Bourg., t. II, n° 3189).1467. —
… mille ou douze cents escus d’esguilletes de noire soie ferrés d’or pour lacier son pourpoint et ses chausses ;…
(Georges Chastellain, Chron. des Ducs de Bourg., IIIe partie, chap. XCI.) - [814]
On donnait anciennement ces noms aux pourpoints, faits généralement de blanchet ou de futaine. Nous savons qu’on l’appelait aussi doublets ou gippons.
- [815]
Quicherat, Histoire du costume, p. 200.
- [816]
Voir plus haut, p. 16.
- [817]
Cette mention de trois aiguillettes postérieures indique qu’il s’agit ici de chausses à plain fond. Les chausses à queues du quinzième siècle ne possédaient qu’une seule attache par derrière. Quant aux chausses rondes, elles en étaient complètement privées.
- [818]
L’aiguillette du milieu du devant ne pouvait exister dans les chausses vides dedans jambes, dépourvues de la pièce antérieure qui reliait l’une à l’autre sur le bas-ventre les chausses plaines dedans jambes.
- [819]
L’aiguillette médiane du devant semble avoir été souvent remplacée par l’extrémité du lacet du pourpoint.
- [820]
Les flexions du corps d’arrière en avant, combinées avec celles des extrémités inférieures, exerçaient une action beaucoup plus énergique sur les attaches de la région lombaire que les inclinaisons latérales du torse sur l’une ou l’autre hanche ne pouvaient en produire sur les aiguillettes de flanc.
- [821]
Vers 1415 : Brit. Mus., Harl. MS. 4431, fol. 115 v°.
- [822]
On verra même les campagnards user de chausses jointes ensemble dans la seconde moitié du quinzième siècle.
- [823]
Vers 1470 : Les cent nouvelles nouvelles, p. 197.
- [824]
Vers 1360 :
Tire ta cauche a la laniere / Si que n’ait ni pli ni fronche.
(La Clef d’amour, p. 12, ap. Gay, Glossaire archéologique, t. I, p. 440.) - [825]
Table à compter, recouverte d’étoffe, pouvant servir de siège.
- [826]
Anatole de Montaiglon, Le Livre du chevalier de la Tour Landry, p.51, 52.
- [827]
Aussi bien elle est trop basse pour homme qui ha chausses neufves et court pourpoint.
(Rabelais, Pantagruel, livre V, chap. XI.) - [828]
Bibl. de Genève, fr. 76, fol. 334.
- [829]
Hefner-Alteneck, t. IV, pl. 267.
- [830]
1367. — B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 660.
1389. — Id., Ibid., t. II, n° 3293.
- [831]
Vers 1380. — Troissart, Chron.
1388. — B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 2789.
1390. — Id., Ibid., n° 3627.
- [832]
Berne, Musée Historique, Tapisseries dites de Jules César. La scène d’où provient notre dessin se trouve dans la partie droite de la première de ces tapisseries.
- [833]
Vers 1550. — Albrecht Altorfer, Calvaire.
- [834]
1365. —
Payé à Nicolas Le Flament, drapier et bourgois de Paris, qui li estoient deux pour 3 aunes et demie d’irainge vermeille, pour faire housses à couvrir les selles à chevauchier en chausses pour Mgr, 5 franz.
(B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 516). - [835]
1389. —
… une housse de cordouan à chevauchier en chausses…
(Id., Ibid., t. II, n° 3724). - [836]
1386. —
ij aulnes de fine toille de lin pour faire chausses et chaussons pour mondit seigneur (le duc de Touraine).
(Douet-D’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 152).1448. —
… une aulne et demye fine toille de lin pour faire chausses (à mettre soubz lesdites chausses (de drap noir) durant le temps d’esté…
(cptes de Gilles le Tailleur, dans Bullet. archéol. du Comité des trav. histor., 1891, p. 66). - [837]
1386. —
Avec deux aulnes de toile, on faisait douze paires de chaussons
(Douet-d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argenterie, p. 287, 293).Vers 1470. — Bibl. de Cambrai, 107, fol. 46 verso.
- [838]
1386. — Douet-d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 122.
1390. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3627.
- [839]
1448. —
… une aulne de blanc pour faire chausses à mettre dessoubz les chausses de noir dessus dites pour madite damoiselle (Ysabeau de Bourbon, ainsnée tante du duc Charles).
Comptes de Gilles le Tailleur, dans Bullet. Archéol. du Comité des trav. histor., 1891, p. 69). - [840]
Un sobriquet vulgaire désignait les femmes sous le nom de courtes chausses (La Curne de Sainte-Palaye, Dictionnaire de l’ancienne langue française : chausses).
- [841]
1386. —
… pour demie aulne de satin azur… pour faire des jartieres à lier les chausses de ladicte dame (la Royne) ; pour ce 16 s. p.
(Douet-d’Arcq, Nouv. cptes de l’Argent., p. 147).1387. —
… pour un quartier de satin azur des foibles… pour faire jarretieres à lier les chausses de ladicte dame, pour ce 8 s. p.
(Id., Ibid., p. 189).… pour iiij onces d’argent doré fin vermeil… mis et employé ès blouques et mordans et en plusieurs clox d’argent dorez pour la ferreure de ij jartieres de satin azur, pour lier les chausses de madame la Royne. Lesquelz cloux, blouque et mordant sont esmaillés à K et à E
(Id., Ibid., p. 189).1390. —
… pour avoir redoré et mis sur tissus de soye noire la ferrure de 4 jarretières de chausses pour mademoiselle la contesse de Nevers, esquelles ferrure avoit 100 cloux, 4 boucles et 4 mordans
(B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3509).1400. —
… pour quatre tissus de fine soye azurée, pour faire deux paires de jarretieres pour madite dame (Valentine de Milan, duchesse d’Orléans) XXXVI s. p., et pour yceulx avoir garny d’argent doré, c’est assavoir : pour iiij blouques, iiij mordans et pour XVI petits besans à faire fermeures d’argent doré, pour ce XXXVI s. p.
(Brit. Mus., Add. Chart., 2368).Vers 1450. — Bibl. nat., fr. 166, fol. 42 verso. On voit très clairement, dans cette miniature, la jarretière entourant la jambe sous le genou.
1455. —
… deux jartieres d’or pour madame la duchesse (Marie de Clèves, duchesse d’Orléans) esmaillées à larmes et à pensées.
(L. de Laborde, Les ducs de Bourg., t. III, n° 6722). - [842]
Dictionnaire du mobilier, t. IV, p. 4. — Le marquis de Laborde commet la même erreur dans son Glossaire français du moyen âge, lorsqu’il écrit, p. 348 :
Toutes les femmes portaient des chausses ou caleçons rattachées au bas (bas de chausses), au dessous du genou par des jarretières…
Pas plus que Viollet-le-Duc, le marquis de Laborde ne prouve cette affirmation téméraire, démentie à la fois par les textes et par les images. Ce ne fut qu’a la fin du seizième siècle que les dames adoptèrent un haut-de-chausses, appelé calesson, devenu indispensable dans le vide produit par la vertugade. - [843]
1490. —
… demie aune escarlate de Fleurance… pour faire ung bas de chausses pour l’attacher à ung hault de chausses my-parties de satin blanc et tanné, bandées de drap d’or raz tanné.
(Arch. nat., K. reg. 71, folios 4 verso, 21).Douet-d’Arcq, invoquant le passage suivant d’un compte de 1463 :
Trois aulnes et demie toille de Hollande… pour garnir six paires de chausses : les quatre depuis le genoil en haut, et les deux autres paires pour la cuisse seulement
, en conclut à l’existence du haut-de-chausses dès cette époque (Cptes de l’Argent., p. 359). Il est bien certain cependant qu’il ne s’agit, dans ce texte, que de la doublure des chausses, et nullement de leur séparation en haut et bas de chausses. - [844]
1376. —
… 2 fr. et demi à Jehan de Solins, pour aler de Semur à Dijon et d’illeques à Chaalons en Champaigne querre chausses faites à l’esguille, pour Mme (la duchesse de Bourgogne) et pour son retour.
B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 2784.1387. —
… 3 paires de chausses de fine escarlate, faictes à l’esguille, pour le Roy, au prix de 8 l. p. la pièce.
(Douet-d’Arcq, Nouv. Cptes de l’Argent., p. 207).1390. —
… 3 paires de chauces ouvrées à l’esguille pour Mgr (le duc de Bourgogne).
(B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3629).1404. —
… six paires de chausses de layne, faites à l’esguille…
(Les La Trémoille pendant cinq siècles, p. 79).1432. —
… quatre paires de chausses d’escarlate vermeille, faites à l’esguille
pour le duc d’Orléans. (Bibl. nat., fr. 10432, p. 207).1400. —
… une paire de chausses faite à laiguille pour Charles mon fils (Charles d’Orléans).
(Brit. Mus., Add. Chart. 2351). - [845]
1390. — Le prix d’une paire de chausses de page, en drap vermeil, était de 15 s. tournois, alors qu’une paire de chausses à l’esguille pour le duc de Bourgogne coûtait 6 fr. (B. Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, nos 3627 et 3629).
- [846]
1379 : Jean de Brie, Le bon berger, ch. 8, p. 69, op. Gay, Glossaire archéologique, t. I, p. 443.
- [847]
Vers 1405. — Bibl. de l’Arsenal, 616, folios 37 verso, 145.
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 1295, fol. 106 verso.
1419. — Bibl. d’Avallon, missel daté, faucheur et moissonneur figurant dans le calendrier.
Vers 1427. — Bibl. nat., lat. 1158, fol. 80.
Vers 1430. — Brit. Mus., Add. MS. 35311, fol. 45 verso.
1435. — Bibl. de Carlsruhe, XXVII, fol. 278 verso ; XXVIII, folios 339, 353 verso, 354.
Vers 1435. — Bibl. nat., fr. 239, fol. 251 verso.
Vers 1440. — Heures de Turin, Paris, 1902, fol. 71 verso.
Vers 1485. — Bibl. de Chaumont, Bréviaire de Langres, 1re partie, folios 4 verso, 132 verso, 318.
- [848]
Revue historique, t. IV, p. 336.
- [849]
Cousinot confirme la déclaration du greffier de la Rochelle en disant que Baudricourt fit faire à Jeanne, entre autres vêtements, des chausses à attacher. (Vallet de Viriville, Chron. de la Pucelle, p. 272).
- [850]
Revue historique, t. XIX, p. 74.
- [851]
… caligis simul junctis, longis…
(Quicherat, Procès, t. I, p. 220.) - [852]
Les miniatures, qui nous ont montré des personnages en train de retirer leurs pieds de leurs souliers, ne nous ont malheureusement pas fait voir la même opération exécutée avec des houseaux. Mais si nous y avons constaté que le soulier fermé nécessitait la chausse à étrier, il est vraisemblable que le houseau avait la même exigence.
- [853]
… caligis… ligatis dicto gipponi cum XX aguilletis…
(Quicherat, Procès, t. I, p. 220.) - [854]
… suo gippono et caligis vaginatis induta…
(Déposition de Jean de Metz, ap. Quicherat, Procès, t. II, p. 438).… ipsa tamen induta suo lodice et caligis suis, ligulata et firmata
. (Déposition de Bertrand de Poulengy, ap. Quicherat, Procès, t. II, p. 457). - [855]
Quicherat, Procès, t. I, p. 293, 294.
- [856]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 470.
- [857]
Victor Gay, Glossaire archéologique, t. I, p. 351.
- [858]
Friedrich Hottenroth, Le Costume, t. II, p. 33.
- [859]
Ary Renan (1857-1900), Le Costume en France, 1890, p. 108. [NdÉ : Ary Renan est le fils d’Ernest Renan.]