A. Harmand  : Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure (1929)

II. : 1. Armure

219II.
De Tours à Compiègne

1.
Armure

À la veille d’Azincourt, le duc Charles d’Orléans, alors dans sa vingt et unième année, se fit faire, moyennant la somme de quatre-vingt-trois livres, sept sous, six deniers tournois un hernois dacier entier. C’est assavoir bacinet, plates à lames, avanbraz, gardebraz, brasselez, cuissot et hernois de jambes, le tout garni par dedans de satin noir et complété par une paire de manches de mailles1244. C’est vraisemblablement dans cette armure qu’on le retrouva, fort mal en point, sous un monceau de cadavres, au soir de la fatale journée.

Quatorze ans plus tard, un compte de maître Hémon Raguier, trésorier des guerres, mentionne le paiement à un armurier de Tours de cent livres tournois pour le harnois complet de la Pucelle1245. Il est regrettable de n’y pas rencontrer un détail des différentes pièces de l’armure, analogue à celui que nous fournit le texte précité concernant le harnais du duc Charles.

Une minute de notaire, contemporaine de la note d’Hémon Raguier, est plus explicite au sujet de la vente à un écuyer du nom de Jean de Bernède, de

unes curasses complectes, un harnois de jambes complet, une peire de avant braz, une paire de garde braz, une sallade, gorgery et une peire de croissans1246.

Il existe une troisième nomenclature de pièces composant un harnais dans le Traité du Costume militaire des Français en 14461247. L’auteur anonyme de cet intéressant opuscule s’y exprime ainsi :

Et premièrement lesdiz homes darmes sont armez voulentiers, quand ils vont en la guerre, de tout harnois blanc1248. C’est assavoir curasse close, avantbraz, grans gardebraz, harnois de jambes, gantelez, salade à visière et une petite bavière qui ne couvre que le menton.

L’étude des images contemporaines de ces trois textes va nous permettre de les expliquer. Nous allons donc examiner les documents iconographiques en tenant compte des indications fournies par les énumérations précédentes. Il est nécessaire à cet effet d’étudier séparément chacune des différentes pièces dont l’ensemble constituait l’armement défensif complet de 1415 à 1446, cuirasse, garde-bras, avant-bras, gantelets, harnais de jambes et habillement de tête. Mais auparavant il nous faut parler de la tenue spéciale qu’exigeait le port de l’armure.

220On comprend qu’il eût été impossible de subir le contact des pièces de fer qui composaient le harnais si on les avait appliquées immédiatement sur la chemise. Force était donc de se vêtir d’abord d’un gippon ou doublet de toile, dit pourpoint à armer. Comme tous les pourpoints, ce vêtement était matelassé de bourre de coton et doublé généralement de trois toiles1249. La figure 1 montre un chevalier d’environ 1400 sur le point d’endosser un haubergeon que lui présente une dame1250.

Sous-vêtement d’armure (vers 1400)
1. — Sous-vêtement d’armure (vers 1400).

On remarquera que le bas du pourpoint à armer de ce personnage est taillé de façon à circonscrire le haut de chaque cuisse. Les chausses sont des chausses rondes, c’est-à-dire séparées, fixées par des aiguillettes, non pas sous le gippon, ainsi qu’elles le sont toujours avec le pourpoint du costume civil, mais par dessus. L’iconographie nous offre d’autres exemples de cette particularité1251.

Les pourpoints à armer s’ouvraient et se laçaient par derrière.

D’après le Traité des tournois qu’Olivier de la Marche écrivit en 1458, les tournoyeurs revêtaient sous l’armure ung demy pourpoinct de deux toilles sans plus1252, c’est-à-dire un gippon dont le devant seul était pourpointé. Ce demi pourpoint ne fut sans doute de mise que pour les tournois et les joutes.

Les chausses destinées à être recouvertes par le harnais de jambes paraissent avoir été ordinairement d’un genre spécial. Selon l’unique exemplaire de cette sorte de vêtement parvenu jusqu’à nous, actuellement conservé au Musée de Munich, elles se confectionnaient en toile mise en double et piquée longitudinalement. Bien que Demmin donne celles de Munich comme étant du quatorzième siècle1253, le fait que ces chausses sont jointes ensemble tendrait à prouver qu’elles ne peuvent guère remonter au-delà de 1400. Elles sont à moufles, c’est-à-dire qu’elles possèdent des pieds. La toile n’ayant pas l’élasticité du drap de chausses, une fente est pratiquée sur le côté interne du bas de chaque jambe pour permettre le passage du pied. Cette fente, garnie d’œillets, se ferme ensuite au moyen d’un lacet. De petites pièces de mailles oblongues sont fixées verticalement à la hauteur du genou pour recouvrir les vides que laissaient entre elles les courroies reliant les grèves aux cuissots. De semblables garnitures de mailles étaient cousues à la saignée des bras1254 et aux goussets1255 du pourpoint à armer, lorsque ce vêtement n’était pas destiné à être recouvert d’un haubergeon.

Nous allons maintenant passer à l’examen successif des différentes parties d’un harnais en commençant par la cuirasse.

2211.
Cuirasse

Le terme de cuerie ou de cuirasse s’appliqua d’abord exclusivement à une cotte de cuir. À la fin du treizième siècle, ce vêtement se renforça d’écailles ou de menues lames de fer appelées plates, d’où il prit les noms de cotte à plates ou de paire de plates, étant composé d’un devant et d’un dos, ou même simplement celui de plates. Porté plus spécialement par les brigands1256, l’expression de brigandine finit par prévaloir pour le désigner au cours du quinzième siècle. Beaucoup de textes de cette époque continuèrent cependant de donner aux brigandines leurs vieux noms de cuirasses et de cuirassines, assez justifiés d’ailleurs, puisque le cuir ne cessa jamais complètement d’entrer dans la fabrication de ces vêtements de guerre1257. Ce fut au contraire très improprement qu’alors le terme de cuirasse s’étendit aux plastrons et aux dossières d’une seule pièce par lesquels on avait imaginé, vers 1330, de renforcer la défense du buste, jusque-là uniquement protégé par les haubergeons de mailles ou les cottes de plates, endossés sur le pourpoint à armer. Ces cottes de mailles ou de plates avaient sur la cuirasse rigide l’avantage de la souplesse et d’une légèreté relative. Elles étaient en revanche d’une protection moins efficace.

Dans la cotte à plates, les lames d’acier, de la longueur et de la largeur d’un bon doigt, disposées de manière à chevaucher les unes sur les autres, se trouvaient clouées par des rivets de cuivre qui les fixaient à une première enveloppe de toile ou de peau, recouverte elle-même d’une seconde enveloppe de velours ou de drap de soie, constituant l’extérieur du vêtement sur lequel apparaissaient les têtes des clous de rivure. Si l’on s’en rapporte aux documents iconographiques, les cottes à plates, malgré le précieux des étoffes qui les garnissaient, 222semblent avoir été rarement apparentes au quatorzième siècle et dans la première moitié du suivant. Ce sont surtout les textes qui en signalent l’existence durant cette période au cours de laquelle l’armement du buste, cotte à lames ou poitrine d’acier, est le plus souvent masqué dans les images par un épais jaque d’étoffe. Il est de fait, d’ailleurs, que la cotte à plates, garnie de satin rouge, à clous dorés, provenant du Trésor de Notre-Dame de Chartres et actuellement conservée au Musée de cette ville, est accompagnée d’un jaque de damas vermeil, rembourré et piqué, destiné à la recouvrir1258.

À la fin du quatorzième siècle, les jaques sont souvent remplacés par de simples demi-corps, laissant apparente la jupe de lames de fer de l’armure appelée braconnière. Les mentions de ces demi-corps recouvrant les plates sont si nombreuses dans certains textes de 1389 à 13901259 qu’il est à croire qu’aucune cotte de plates ne se portait alors sans être recouverte d’un demi-corps d’étoffe plus ou moins riche.

La mention de plates à lames dans le détail de l’armure du duc d’Orléans paraît bien se rapporter à ce qu’on appelait au quatorzième siècle la cotte à plates. Le harnais de ce prince se trouvait donc dépourvu de cuirasse rigide et devait se rapprocher sensiblement de l’armure reproduite dans la figure 2, qui provient d’une miniature d’environ 14101260.

Demi-corps sur cotte à plates (vers 1410)
2. — Demi-corps sur cotte à plates (vers 1410).

Le personnage qu’elle représente est revêtu d’un demi-corps recouvrant l’armement du buste, dès lors invisible. S’arrêtant à la taille, ce vêtement laisse voir la braconnière. Au demi-corps sont adaptées de grandes manches ouvertes et découpées en lambeaux. L’ensemble de l’armure offre une très grande analogie avec la tenue de guerre sous laquelle Jean sans Peur est représenté sur son sceau de 14051261. Mêmes demi-corps prolongés par des braconnières, mêmes manches ouvertes et tailladées se rencontrent dans les deux images. Le reste des équipements est en tout semblable de la tête aux pieds.

La présence de la cotte à plates dans le harnais du duc d’Orléans nous prouve qu’en 1415 cette défense du buste était encore très en faveur puisqu’un prince ne dédaignait pas d’en faire usage. Elle ne tarda pas cependant à être complètement supplantée, chez les hommes d’armes, par la cuirasse rigide, à laquelle on réserva dès lors plus spécialement le nom de cuirasse et que nous appellerons ainsi désormais.

Les premières cuirasses consistèrent d’abord en une pièce unique, la pièce de poitrine, dite aussi pièce d’acier ou poitrine d’acier1262, qu’on fixait sur la cotte de plates ou le haubergeon de mailles au moyen d’aiguillettes par devant, ou de courroies se bouclant par derrière1263. On y adjoignit ensuite une dossière.

Une miniature d’environ 1330 montre des devants de cuirasses dont la partie inférieure se trouve doublée d’une pansière1264. L’emploi de cette pièce de renfort, que nous verrons en grande faveur à l’époque de Jeanne d’Arc, fut sans doute alors de peu de durée, car il nous faudra atteindre l’an 1418 pour rencontrer de nouveau la pansière dans les monuments iconographiques.

223La pierre gravée de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, conservée à Saint-Denis, représentant des sergents d’armes en armure, nous fournit un exemple de ce que fut la cuirasse dans les dernières années du quatorzième siècle. De semblables documents sont rares durant cette période et d’autant plus précieux. Les cuirasses en effet ne se montrent guère en France avant 1400 et encore en voit-on fort peu pendant toute la durée du règne de Charles VI, l’armement du buste étant alors généralement caché par un jaque, demi-corps ou autre cotte d’armes.

Deux pièces seulement, un plastron et une dossière composent la plupart de ces cuirasses1265, dont la pierre tombale de Poincenet de Juvigny1266, mort en 1419, nous offre un spécimen dans la figure 3.

Armure de 1419
3. — Armure de 1419.

Quelques-unes cependant sont divisées en cinq ou six lames parallèles d’égale largeur, superposées horizontalement comme les lames des braconnières1267. D’autres encore possèdent des dossières partagées verticalement en deux pièces réunies l’une à l’autre par deux boucles1268. Mais parmi toutes ces cuirasses du temps de Charles VI que nous laisse voir l’absence de cottes d’armes, il en est une qui présente une particularité intéressante, consistant dans la réapparition de la pansière, vers 1418, avec toutefois une importante modification.

Alors que la pansière, entrevue au cours du quatorzième siècle, semble n’avoir jamais été qu’une pièce de renfort rivée au plastron, la pansière de 1418 est indépendante de la pièce de poitrine, à laquelle elle se trouve reliée par une courroie bouclée. En raison de la mobilité qui résultait pour elle de ce genre d’attache, on donna à cette pansière le nom de volant. Nous la rencontrons pour la première fois sur l’effigie funéraire d’un chevalier italien, mort en 14181269, reproduite par la figure 4.

Armure italienne de 1418
4. — Armure italienne de 1418.

224On remarquera que le bas de la cuirasse de ce personnage est recouvert d’une pièce qui s’élargit pour former une pointe montante sur le milieu du buste ; telle fut la pansière volante. De très petite dimension dans ce premier exemple, nous verrons, par les figures suivantes, qu’elle eut ordinairement plus d’importance.

Un texte de 1421 mentionne la vente à Roger de Pierrefitte, écuyer de la compagnie de M. de Narbonne, de : ung haubergeon, un armet, trois tiers de cuirasse, ung gardebraz, un harnois de jambe1270. Il est probable que les trois tiers de cuirasse, dont il est ici question, consistaient en un plastron, une pansière et une dossière, comme dans l’armure italienne que nous venons de voir, ce qui permettrait de supposer que la pansière volante était originaire d’Italie et qu’elle commençait à se répandre en France.

À cette pansière, on ne tarda pas à adjoindre un garde-reins. Le dos de la cuirasse fut alors, comme son devant, composé de deux pièces, la dossière proprement dite et le garde-reins. De même que la pansière était bouclée au plastron, le garde-reins le fut à la dossière (fig. 14). La cuirasse désormais en quatre pièces se trouva ainsi formée d’une partie haute et d’une partie basse jouant l’une sur l’autre, ce qui lui donnait une certaine flexibilité dans les mouvements du corps en avant et en arrière.

En continuant à suivre l’ordre chronologique que nous avons adopté pour l’examen comparatif des textes et des images se rapportant aux armures, c’est un saint Georges, peint par Gentile da Fabriano en 14251271, qui attire maintenant notre attention. Un dessin de cette peinture est donné dans la figure 5.

Armure italienne de 1425
5. — Armure italienne de 1425.

Comme le devant de cuirasse du chevalier de 1418, celui du saint est composé d’un plastron et d’une pansière. Il n’en diffère que par la dimension plus grande de cette dernière pièce. La ressemblance des deux cuirasses n’a rien qui doive surprendre puisque toutes deux sont italiennes, mais nous allons constater une similitude encore plus complète, si nous comparons l’adoubement du saint Georges de 1425 avec certaine armure française de la même époque.

Un intéressant manuscrit du British Museum, connu sous le nom de Missel de Bedford, et dont l’enluminure fut exécutée en France, vraisemblablement par un artiste parisien, de 1423 à 1430, contient une miniature dans laquelle nous rencontrons un harnais de guerre, identique à celui du saint Georges d’outre-monts1272. Le personnage qui en est revêtu est reproduit dans notre figure 6.

Armure française à la façon de Milan (vers 1425)
6. — Armure française à la façon de Milan (vers 1425).

Il représente le roi de France Clovis, recevant d’un ange, envoyé par Dieu, l’écu d’azur aux trois fleurs de lis d’or. En comparant son armure avec la précédente, on constatera leur identité presque absolue, à cette légère différence près que la pansière du roi Clovis est de dimension moindre que celle du saint Georges et se rapproche davantage de la pansière du chevalier de 1418 (fig. 4).

Ces cuirasses à pansières, dont nos dessins montrent trois spécimens constituent le type communément adopté en France et pour ainsi dire classique de la cuirasse depuis l’avènement de Charles VII jusqu’à la fin du quinzième siècle. Il est donc très probable que l’armure forgée à Tours en avril 1429 pour notre héroïne 225devait comporter une cuirasse à pansière. L’expression de curasses complectes, citée plus haut dans l’acte de vente d’un harnais à l’écuyer Jean de Bernède, à la date de juin 1429, paraît indiquer que la cuirasse de ce harnais se composait de plusieurs pièces, plastron, pansière, dossière, garde-reins. C’est une présomption de plus en faveur de la présence de la pansière dans l’adoubement de la Pucelle. Les cuirasses à devant et dos d’une seule pièce sont d’ailleurs rares en France du temps de Charles VII. Celles qu’on y rencontre1273 semblent être d’importation étrangère, ou du moins faites à l’imitation des cuirasses anglaises ou allemandes. La pansière en effet n’apparut en Angleterre que vers 1440, et, en Allemagne son adoption fut encore plus tardive.

À une époque difficile à préciser, mais que nous croyons postérieure à l’année 1429, la pansière et le garde-reins se découpèrent souvent sur le plastron et la dossière, non plus en une seule pointe, mais en trois, comme le montre la figure 7.

Cuirasse française (vers 1433)
7. — Cuirasse française (vers 1433).

La plupart des cuirasses, rencontrées dans les petites miniatures du Bréviaire de Salisbury, présentent cette particularité qui aurait donc existé en 1433, date probable de l’exécution de ces vignettes1274. On la retrouve encore en 14401275, 14561276 et 14701277.

Certaines pansières, au lieu d’être bouclées aux plastrons, y furent rivées à demeure. Dès lors, il n’y avait plus de jeu entre la pansière et le plastron, la cuirasse devenait rigide et la pansière ne servait plus qu’à en renforcer la partie inférieure.

La pansière, rivée à la pièce de poitrine, semble avoir été plus spécialement employée pour les cuirasses de joutes. C’est du moins ce que nous croyons pouvoir conclure du texte suivant, qui traite du harnais des jouteurs :

Item, quant à l’armeure du corps, il y en a de deux faczons ; c’est assavoir : la 226première comme curasse à armer saufve que le voulant est clox et arresté à la pièce, par faczon que le voulant ne peut aller ne jouer hault ne bas.

Item, lautre faczon est de brigandines ou aultrement dit currassines1278

Il nous paraît évident que le voulant mentionné ci-dessus, n’est autre que la pansière. C’est à l’absence de la boucle qui rattache les volants mobiles aux plastrons qu’on reconnaît sur les images les volants rivés à demeure. Le volant représenté dans la figure 7, n’étant pas bouclé, est un volant rivé. Cette disposition, exceptionnellement rencontrée vers 13301279 paraît avoir été peu usitée avant 14331280. Elle devint fréquente au cours des deux derniers tiers du quinzième siècle, après lequel la pansière, fixe ou mobile, disparut complètement de l’armure.

Les devants des premières cuirasses avaient été tout unis et sans arêtes1281. De 1400 à 1480, on en distingue quelques-uns qui possèdent une arête médiane en dos d’âne, mais la généralité s’en trouve dépourvue. À partir de 1480 au contraire, en dehors des armures milanaises dites plus tard maximiliennes, à plastrons très bombés, striés de nervures saillantes, il n’est guère de cuirasses dont le devant ne soit partagé longitudinalement par un dos d’âne, comme le sont nos cuirasses modernes.

Le plastron de la cuirasse se rattachait à la dossière par des courroies bouclées sur les épaules et sur les côtés. La cuirasse était dite alors cuirasse close, par opposition aux anciennes pièces de poitrine fixées isolément sur les cottes de plates ou les haubergeons, encore usitées couramment au delà du Rhin, mais très exceptionnellement en deçà.

Ainsi donc, à l’époque de la mission de notre héroïne, la plupart des cuirasses françaises et italiennes se composaient de trois ou quatre pièces assemblées par des courroies bouclées donnant à leur ensemble une certaine flexibilité. Les documents iconographiques nous apprennent qu’il n’en était pas de même en Angleterre et en Allemagne, où la cuirasse rigide continuait à être seule en faveur sous différentes formes.

Son mode le plus caractéristique fut, sans contredit, celui qui donnait à beaucoup de plastrons allemands l’aspect bizarre d’un tétraèdre, ainsi que le fait voir la figure 8, tirée d’un manuscrit de 14271282, dans lequel toutes les cuirasses représentées sont uniformément de ce type, spécial aux pays de langue germanique jusqu’après 14401283.

Armure allemande de 1425
8. — Armure allemande de 1425.

Des cuirasses, affectant la forme d’un cylindre, dont la partie inférieure se combinait avec un tronc de cône renversé, ainsi que le fait comprendre la figure 9, étaient également très usitées chez les Allemands1284. Nous verrons ce dernier genre adopté en Angleterre vers 1433.

Cuirasse allemande (vers 1430)
9. — Cuirasse allemande (vers 1430).

227En même temps que les types précédents, une autre sorte de cuirasse apparaît en Allemagne et en Flandre. Des nervures, dont le nombre varie généralement de trois à neuf, partent de la taille et vont en s’épanouissant s’amortir sur le haut du buste1285. Ce mode, origine évidente des cuirasses en vogue à la fin du siècle et connues sous le nom de cuirasses maximiliennes, se combinait d’ailleurs souvent avec la forme tétraédrique. Le panneau du retable de Saint-Bavon de Gand, représentant les chevaliers du Christ, armés à l’allemande (fig. 10), nous montre deux plastrons tétraèdres, l’un tout uni, l’autre agrémenté de nervures.

Cuirasse allemande (vers 1430)
10. — Les Chevaliers du Christ, de Van Eyck (Retable de Saint-Bavon, vers 1430).

S’arrêtant un peu au-dessous de la base du cou, les plastrons allemands ne rejoignent pas la dossière sur les épaules comme ceux des cuirasses closes de France et d’Italie. Ils sont simplement maintenus dans le haut sur un haubergeon sous-jacent par deux aiguillettes1286, ou quelquefois même au moyen d’une seule, placée en haut du sternum1287.

On voit par ce qui précède en quoi les cuirasses allemandes différaient des nôtres au temps de la Pucelle. L’armement du buste des chevaliers anglais n’était pas moins particulier. À en juger par la plupart des monuments contemporains, c’est l’ancienne cuirasse ovoïde, toute unie, dos et devant 228chacun d’une seule pièce, qui prédomine en Angleterre1288. Cependant un curieux manuscrit du British Museum, dont l’enluminure purement anglaise parait avoir été exécutée vers 1433, nous fait voir toutes les cuirasses qui s’y trouvent représentées1289, affectant la forme allemande dont la figure 9 a donné la physionomie.

La cuirasse ne préservait le torse qu’au dessus de la ceinture. La protection du ventre, des hanches et du séant était dévolue à la jupe de fer appelée braconnière. Il y avait des braconnières de mailles et des braconnières à lames. Ces dernières se composaient de lames de fer circulaires superposées horizontalement, les inférieures recouvrant les supérieures, afin que la pointe de la lance glissât des unes sur les autres jusqu’au faux du corps, où elle était déviée à droite ou à gauche par la cannelure qui terminait le bas de la cuirasse.

La braconnière à lames comportait un devant et une partie postérieure reliés l’un à l’autre sur le côté gauche par des charnières et bouclés sur le côté droit au moyen de courroies. Les boucles étaient rivées sur les lames de derrière et les courroies sur celles de devant. Chaque zone de lames avait sa charnière, sa boucle et sa courroie. L’armure dorée, pour combat à pied, de l’empereur Maximilien, conservée à Vienne, offre un exemple de cette disposition que Gentile da Fabriano avait adopté en 1425 pour le saint Georges dont notre figure 5 a donné la reproduction. Quelques braconnières se bouclaient par derrière1290.

Les cuirasses françaises et anglaises se trouvaient toutes pourvues de braconnières à lames, souvent doublées de braconnières de mailles sous-jacentes. Il en était de même de la généralité des harnais italiens. La jupe de mailles, portée seule, sans adjonction de braconnière à lames, ne se rencontre qu’exceptionnellement dans les documents d’outre-monts1291. Beaucoup d’armures allemandes au contraire ne possédaient que des braconnières de mailles1292, recouvrant en partie des cottes d’étoffe gironnées de gros plis, comme l’a montrée la figure 8. Parfois ces cottes d’étoffe étaient portées, non plus sous la maille, mais par-dessus, de manière à la masquer complètement1293.

En France et en Angleterre, les braconnières à lames du premier tiers du quinzième siècle furent généralement longues, composées de cinq à huit lames, descendant assez bas pour couvrir le haut des cuisses, ainsi qu’on le voit sur les figures 3 et 6. Les lames se trouvaient d’autant plus étroites qu’elles étaient plus nombreuses, de façon à donner à toutes les braconnières à peu près la même longueur. Les braconnières italiennes et allemandes furent plus courtes, ayant seulement de quatre à six lames et recouvrant des braconnières de mailles qui les prolongeaient. La braconnière du chevalier italien de 1418, représenté dans la figure 4, est de quatre 229lames, laissant voir deux jupes de mailles sous-jacentes, dentelées et superposées, d’inégales longueurs.

C’est à l’époque de Jeanne d’Arc1294 qu’apparaissent dans quelques armures françaises les tassettes, pièces d’acier suspendues au bord inférieur des braconnières, qu’on fait dès lors un peu moins longues que celle dont la figure 6 a donné l’aspect.

Destinées à empêcher le fer de la lance ou la pointe de l’épée de passer sous la dernière lame de la braconnière, elles étaient ordinairement au nombre de quatre, deux pendant sur le devant des cuisses, les deux autres sur les côtés, comme le montre la figure 111295.

Cuirasse française (vers 1433)
11. — Cuirasse française (vers 1433).

Après 1440, les tassettes latérales furent souvent plus petites que celles de devant1296. Dans certaines armures, une cinquième pièce, appelée battecul, prolongea la braconnière pour parfaire la défense du séant1297. Cette pièce était plus ancienne que les tassettes. On constate en effet sa présence au bas de la partie postérieure de la braconnière d’environ 1410, que montre notre figure 2. Les tassettes et le battecul se trouvaient généralement suspendus à la braconnière par de courtes courroies clouées sur sa dernière lame et introduites dans des boucles rivées au bord supérieur des dites pièces (fig. 11). Assez souvent toutefois leur mode de suspension est invisible sur les images1298. Dans ce cas, il faut admettre qu’elles étaient reliées à la braconnière par des courroies fixées intérieurement.

Une braconnière à tassettes accompagne la cuirasse à l’allemande dont van Eyck a revêtu un chevalier du Christ sur le panneau du retable de Saint Bavon représenté plus haut (fig. 10). Hefner-Alteneck nous en montre une autre dans l’armure de Peter von Stettenberg, mort en 14281299. Ce sont, croyons-nous, avec la statuette de Guillaume VI, comte de Hollande, conservée au Musée d’antiquités d’Amsterdam, les seuls exemples de braconnières à tassettes que nous offre l’iconographie germanique antérieure à 1450. On peut en conclure que les Allemands employèrent rarement les tassettes dans le second quart du siècle. Les Anglais y furent encore plus réfractaires et c’est exceptionnellement qu’on découvre sur deux effigies de chevaliers britanniques, morts en 14331300, des braconnières munies de tassettes avant 1450, date à laquelle ce genre de défense commença à se généraliser dans tous les pays de la chrétienté. Les tassettes prirent alors plus d’importance aux dépens de la braconnière. À partir du règne de Louis XI, il y eut peu de harnais qui n’en furent pourvus.

230On rencontre enfin dans quelques documents figurés de la première moitié du quinzième siècle des braconnières sous le devant desquelles sont suspendus de petits tabliers de mailles1301 ou de lames de fer1302, destinés à protéger l’entre-jambes. La figure 3 donne un spécimen de ces appendices.

2.
Garde-bras

Dans les textes, datés respectivement de 1415, 1429 et 1446, que nous avons cités au début de ce chapitre, les expressions d’avant-bras, de garde-bras et de bracelets sont évidemment les seules qui se rapportent à la défense du bras. Comme son nom l’indique, l’avant-bras protégeait ce membre seulement du coude au poignet. Il en résulte que le terme de garde-bras désignait l’ensemble des pièces qui défendaient l’arrière-bras, y compris les épaulières. Quant à celui de bracelet mentionné dans le texte de 1415, il nous paraît s’appliquer à la pièce destinée à garantir l’articulation du coude et à laquelle les modernes ont donné le nom de cubitière.

C’est bien à tort que René de Belleval et après lui Victor Gay, Viollet-le-Duc et Racinet ont entendu par garde-bras la cubitière à grande garde. Parlant de cette cubitière qu’il appelle garde d’un pié en ront, façonnée presque en la faczon dun cueur… l’auteur anonyme du Costume militaire des Français en 1446 nous apprend que :

Quant le bras est ployé, ladicte garde couvre depuis le gantellet, ou à peu près, jusques au bort du garde-braz1303.

Donc cette pièce qui s’étend du gantelet à une autre pièce appelée garde-bras n’était pas ce qu’on nommait le garde-bras, expression qui ne peut dès lors se rapporter qu’à l’épaulière. Il est surprenant que René de Belleval, à qui nous devons la publication du texte précité, ne l’ait pas mieux compris. Le passage suivant, extrait du Jouvencel, suffirait d’ailleurs à ruiner son opinion en prouvant que le terme de garde-bras désignait la défense de l’humérus et ne s’appliquait pas à celle de l’articulation du coude :

Et dist le Jouvencel, quand il se vit aux champs, puisqu’il plaisait à Dieu lui avoir donné si belle compaignie, qu’il ne chevaucherait point que le gardebras ne lui reluisist sur l’espaule1304

Dès la fin du quatorzième siècle, l’humérus se trouvait généralement défendu, dans l’armure française, par un canon de fer recouvert à son extrémité supérieure d’une, deux ou trois lames articulées surmontées d’une épaulière. Ce canon, ordinairement d’une seule pièce, était parfois fendu longitudinalement sur le côté interne de sa face antérieure, où il se fermait par deux boucles qu’on serrait plus ou moins selon l’épaisseur du bras. C’est principalement dans l’iconographie britannique qu’on rencontre ce mode de fermeture1305. Quelques canons d’arrière-bras se composaient de deux demi-cylindres, reliés entre-eux par des charnières. Deux tenons 231convenablement espacés, fixés près du bord longitudinal de l’un des deux demi-cylindres, sur le côté opposé à celui des charnières, entraient dans des trous correspondants pratiqués dans l’autre demi-cylindre, constituant ainsi la fermeture du canon1306. Il y eut enfin des arrière-bras garantis par un seul demi-cylindre. Cette pièce ne recouvrait que le côté externe du bras et se bouclait au moyen d’une courroie sur la manche de mailles d’un haubergeon1307.

L’épaulière, qui s’ajoutait au canon pour compléter le garde-bras, fut longtemps de petite dimension. Elle affectait à peu près la forme d’un hémisphère emboîtant l’épaule aussi exactement que possible sans pourtant gêner son articulation. Le canon était d’ailleurs échancré à la fois sous l’aisselle et à la saignée pour faciliter les mouvements et en particulier le ploiement du bras. La figure 121308 montre un harnais de bras pourvu d’une de ces petites épaulières hémisphériques qui furent très usitées dans les vingt premières années du quinzième siècle.

Épaulière hémisphérique (vers 1415)
12. — Épaulière hémisphérique (vers 1415).

Le canon d’arrière-bras ne possède ici qu’une seule lame articulée sous l’épaulière. Comme nous l’avons dit plus haut, certains garde-bras en eurent deux1309, d’autres trois1310. Ces lames se trouvèrent souvent masquées par une frange de lambeaux de cuir ou de métal, dont fut garni le bord inférieur de l’épaulière1311, ainsi que le fait comprendre la figure 131312.

Épaulière hémisphérique (vers 1433)
13. — Épaulière hémisphérique (vers 1433).

Des épaulières frangées de cette façon se virent encore à la fin du règne de Charles VII et même plus tard1313.

Les petites épaulières ne furent jamais complètement abandonnées au cours du quinzième siècle. Après 1415 cependant, la plupart des hommes d’armes français ne tardèrent pas à les remplacer par un système de défense plus important.

Les épaulières n’avaient jusqu’alors protégé que la tête de l’humérus ; elles se prolongèrent sur le buste à la fois par devant au delà du creux de l’épaule et par derrière sur l’omoplate. La jonction du bras au tronc, imparfaitement couverte par l’épaulière hémisphérique, se trouva ainsi mieux défendue. De plus, les deux épaulières furent dissemblables en raison de la fonction différente qu’avait à remplir chacun des deux bras de l’homme d’armes dans le combat. Le bras droit, destiné à tenir la lance où à manier l’épée, avait besoin d’une liberté qui n’était pas indispensable 232au bras de la main de bride. Le rôle de ce dernier en effet consistait à rester toujours dans la même position, un simple mouvement du poignet et des doigts suffisant à produire sur les rênes toute l’action nécessaire. C’est pourquoi l’épaulière gauche put atteindre un développement assez considérable. Cette grande dimension contribuait à l’immobilité du bras, mais en revanche elle augmentait sa protection. En outre, elle remplaçait avantageusement la targe, qui dès lors ne fut guère employée que dans les joutes.

Nos figures 3, 4, 5 et 6 ont montré quatre différents spécimens de ces grandes épaulières asymétriques. Le premier en date apparaît dans l’adoubement du chevalier italien de 1418, représenté par la figure 4. Cette constatation nous incline à penser que c’est probablement à l’initiative des armuriers milanais, dont la réputation était déjà incontestée, qu’on dut l’invention des garde-bras dispareils.

L’épaulière droite, de dimension modérée dans la figure 4, prend plus d’importance dans les figures 3, 5 et 6, de dates un peu postérieures. Son extension nécessite alors une échancrure à la hauteur de l’aisselle, pour le passage de la lance sous le bras, lorsque l’homme d’armes en couche le bois sur l’arrêt pour charger. L’arrêt consistait en une petite potence de fer, solidement rivée sur le plastron de la cuirasse, au droit de la mamelle dextre. Il est très nettement indiqué dans les figures 3, 4, 5 et 6, où il apparaît sous diverses formes.

Quant aux épaulières des bras gauches, les mêmes figures en font voir le grand développement. Trois des épaulières qu’elles représentent sont renforcées d’une large rondelle qu’on retrouvera, vingt ans plus tard, dans les peintures d’Andrea del Castagno1314 et de Paolo Uccello1315.

On donnait à l’épaulière gauche le nom de grand garde-bras et à l’épaulière droite celui de petit garde-bras ou garde-bras de la lance1316.

Les épaulières, aussi bien celles de droite que celles de gauche, reproduites dans nos figures 4, 5 et 6, se composent d’une pièce principale, prolongée à sa partie inférieure par deux lames articulées plus ou moins larges. Cette pièce se trouve munie, sur le pourtour de son bord supérieur, soit d’une garde saillante, soit de simples filets en relief, destinés à faire dévier le fer de la lance. Dans la charge, l’homme d’armes présentait le côté gauche à son adversaire. C’est pour cette raison que la saillie de garde fut parfois plus accentuée dans l’épaulière gauche que dans l’épaulière droite (fig. 6).

Dispareilles ou non, les épaulières varièrent beaucoup quant au nombre et à la disposition de leurs pièces. Contentons-nous d’en signaler les plus typiques.

Dans les unes, en trois parties comme les précédentes, la pièce principale, au lieu de surmonter les deux lames complémentaires, se trouvait placée entre celles-ci, recouvrant le bord inférieur de la lame d’en haut et le bord supérieur de celle d’en bas, ainsi que le fait comprendre la figure 141317, qui représente une paire d’épaulières de cette sorte, vue de dos.

Garde-bras vu de dos (vers 1440)
14. — Garde-bras vu de dos (vers 1440).

Ce sont des garde-bras établis suivant ce principe que possède le saint Georges de la National Gallery, peint par Pisanello, vers 1445.

233Ailleurs, la pièce principale constitue la partie inférieure de l’épaulière. Elle est alors surmontée de deux ou plusieurs lames sous-jacentes qui la prolongent jusqu’à la base du cou. Bien que cette disposition se rencontre souvent dans les deux épaulières d’un même harnais1318, seule l’épaule droite d’un saint Georges, debout, dessiné par Jacopo Bellini1319, est défendue de cette façon, alors que l’épaule gauche est protégée par un garde-bras formé de deux grandes pièces superposées (fig. 15).

Armure italienne (vers 1445)
15. — Armure italienne (vers 1445).

D’autres épaulières enfin consistaient en trois ou quatre lames égales entre elles, les inférieures rivées sur les supérieures1320.

On a pu remarquer que les épaulières, représentées dans nos figures 5, 6 et 15, sont mises sur de larges manches de mailles recouvrant les canons d’arrière-bras et s’arrêtant un peu au-dessus des coudes. Ces manches paraissent au premier abord appartenir à un haubergeon revêtu sous l’armure. Il nous semble plus probable cependant qu’elles étaient simplement cousues ou attachées avec des aiguillettes aux entournures du pourpoint de toile sous-jacent, car la présence d’un corps de mailles sous la cuirasse rigide eût été, croyons-nous, une superfétation autant qu’un alourdissement inutile. Nous avons vu d’autre part la mention de manches de mailles dans l’énumération des différentes pièces qui composaient l’armure du duc d’Orléans en 1415. Il y eut donc certainement des manches de mailles indépendantes de tout haubergeon et qu’on adaptait au corps du pourpoint à armer. Celles du duc Charles ne furent pas sans doute recouvertes des épaulières asymétriques que nous venons d’examiner, par la raison que les monuments ne nous montrent en France le grand garde-bras qu’à partir de 1419. Il faut d’ailleurs reconnaître que le large camail de l’ancien bacinet qui coiffait encore la plupart des hommes d’armes à la fin du règne de Charles VI, ne put jamais se porter que sur de petites épaulières sans saillies.

234Les grands garde-bras furent d’abord à l’usage exclusif des chevaliers français et italiens, tandis que les Anglais et les Allemands restaient fidèles aux anciennes défenses d’épaules, moins efficaces mais plus légères.

Une suite de lames articulées, dont le nombre variait de cinq à neuf, chevauchant l’épaule depuis le canon d’arrière-bras jusqu’à la base du cou, le tout complété soit par une rondelle1321, soit par une ailette oblongue en forme de targette1322, appliquée au défaut de l’épaule et destinée à protéger l’aisselle garnie de son gousset de mailles, tel fut le type d’épaulière uniformément adopté par les hommes d’armes d’Angleterre jusque vers 14401323, et dont la figure 16 offre un exemple1324. Les deux épaulières étaient semblables.

Armure anglaise de 1433
16. — Armure anglaise de 1433.

Le garde-bras usité en Allemagne à la même époque n’avait pas plus d’importance que l’épaulière anglaise. Il consistait généralement en une pièce principale hémisphérique, emboîtant le sommet de l’humérus et prolongée à sa base par plusieurs lames articulées qui allaient de haut en bas, en diminuant de grandeur sur les amples manches dont avaient coutume de se parer les chevaliers allemands en tenue de guerre, ainsi qu’on peut le voir sur la figure 10.

Pour compléter cet aperçu que nous venons de donner sur les principaux genres de garde-bras usités au quinzième siècle, nous ajouterons qu’en France, du temps de Louis XI, les petites épaulières du type représenté par la figure 12, eurent un regain de faveur au détriment des grands garde-bras asymétriques plus rarement employés. Ces petites épaulières furent alors accompagnées de rondelles protégeant les aisselles.

L’énumération donnée au début de ce chapitre des pièces qui composaient le harnais vendu à l’écuyer Jean de Bernède en 1429 mentionne une paire de croissants. L’explication de ce détail nous est fournie par un passage de la Chronique de Mathieu d’Escouchy. L’auteur, racontant les différentes péripéties du combat qui eut lieu à Tours, en 1446, entre Louis de Bueil et l’Anglais Raufe Châlons, termine ainsi sa narration :

Et lors coururent comme dessus encore ung seul coup, auquel l’Anglois feri de sa lanche ledit Loys, tout dedens au dessoubz du bras et au vif de son harnas, par faulte d’avoir ung croissant ou gousset ; duquel coup il fut sy douloureusement navré, que assez brief de temps apprez il en morut1325.

Les documents iconographiques nous fournissent quelques exemples d’un croissant protégeant le dessous du bras, entre autres celui qui figure dans un vitrail du Musée Saint-Jean d’Angers, provenant de l’église de Vernantes, où l’on voit le roi René en tenue de chasse, décoré de l’ordre du Croissant qu’il avait créé en 14481326. 235Le croissant s’y distingue entourant le dessous de l’épaule à la façon d’un dessous de bras. Cette défense paraît faite en manière de cosse ouverte, présentant ainsi une rainure dans laquelle venait glisser le fer de la lance, qui dès lors passait sous le bras sans blesser l’homme d’armes qui en était pourvu.

3.
Avant-bras

L’expression d’avant-bras s’entendait de la défense du bras depuis le poignet jusqu’au coude inclusivement.

L’avant-bras comprenait deux parties distinctes, un canon entourant l’avant-bras proprement dit et la pièce protégeant le coude, à laquelle on donna plus tard le nom de cubitière, mais qui ne semble pas avoir eu, à l’époque que nous étudions particulièrement, de dénomination bien arrêtée.

En 1352, on employait le terme de coute pour la désigner1327. Celui de bracelet, donné, par des textes de la fin du quatorzième siècle, d’abord à l’ensemble du harnais de bras1328, puis à l’avant-bras seulement1329, paraît, si l’on s’en rapporte à la description de l’armure du duc d’Orléans en 1415, avoir été ensuite réservé à cette défense du coude et du pli du bras. Cependant l’instabilité des termes était si grande au moyen âge que l’auteur du Costume militaire des Français en 1446 ne lui en assigne aucun et se contente de le définir ainsi :

Une garde façonnée presque en la faczon dun cueur, c’est assavoir la pointe couvrant le code et faicte en arreste, et l’autre partie contraire est ployée ou meilleu, laquelle ployeure couvre le plet du braz.

Ou encore :

[Une pièce] qui couvre le code et la ployeure du braz1330.

Pour la clarté de nos explications, nous donnerons à cette pièce le nom de cubitière, consacré par l’usage moderne.

Alors que le canon d’arrière-bras pouvait consister en un cylindre dans lequel le bras s’introduisait comme dans une manche, il n’en était pas de même du canon d’avant-bras. Ce dernier, au lieu d’être cylindrique, se trouvait tronconique, de manière à prendre la forme du membre, plus large près du coude qu’au poignet. Il y avait des canons d’avant-bras d’une seule pièce, fendue longitudinalement, que l’élasticité du métal permettait d’entrouvrir afin d’y introduire l’avant-bras et qu’on maintenait ensuite fermée par une boucle. D’autres 236se composaient de deux pièces réunies par des charnières et des tenons, suivant le mode adopté pour certains canons d’arrière-bras1331.

Le haut du canon d’avant-bras se prolongea quelquefois en arrière de façon à recouvrir en partie la cubitière ou même à la remplacer complètement. On rencontre deux exemples de cette dernière disposition tout à fait exceptionnelle dans les tapisseries, dites de Jules César, du Musée historique de Berne.

Les cubitières en usage au quinzième siècle furent très variées. Toutes néanmoins peuvent se ramener à trois types principaux. Le premier, dont nos figures 3, 4 et 6 ont donné différents modes, consistait en une sorte de bracelet ouvert, circonscrivant les trois quarts de l’articulation, possédant en arrière une protubérance destinée à la saillie du coude et s’élargissant du côté externe pour former une garde partagée en deux lobes de plus ou moins grande dimension, laquelle garde s’incurvait en se modelant sur le pli du bras, de façon à garantir la saignée. Cette pièce se trouvait accompagnée, à ses jonctions avec les canons d’arrière et d’avant-bras, de lames demi-circulaires sous-jacentes, débordant sur les canons. Ces lames, ordinairement au nombre de deux à chaque jonction, étaient rivées l’une à l’autre, ainsi qu’à la pièce principale et aux canons.

Il n’y eut souvent qu’une seule lame entre la pièce du coude et chacun des canons1332. Par contre, quelques images nous montrent trois lames aux mêmes endroits1333.

Apparues au quatorzième siècle, les cubitières à gardes et lames articulées, que nous venons de décrire, furent les plus communément usitées en Italie, en France et en Angleterre, à partir de 1415. Plus tardivement généralisées en Allemagne, elles subsistèrent dans tous les pays chrétiens jusqu’au dix-septième siècle, au cours duquel leur existence prit fin avec les dernières armures.

En même temps que ces défenses du coude munies de gardes, les documents figurés nous font voir des cubitières qui en sont dépourvues. Celles-ci, à part l’absence de gardes, se trouvent d’ailleurs en tout semblables aux précédentes et accompagnées également de lames articulées sous-jacentes. La garde y est remplacée par une rondelle indépendante. Notre figure 12 a donné l’aspect que présentait cette disposition, très en vogue dans les quinze premières années du quinzième siècle. Plus rare ensuite, on la rencontre néanmoins pendant toute la durée du règne de Charles VII1334.

Cette rondelle avait l’inconvénient de ne garantir que le côté externe de l’articulation. C’est pourquoi, à une époque difficile à préciser, mais que nous ne croyons guère antérieure à 1450, on inaugura, dans l’adoubement du bras droit, une sorte 237de garde, forgée à part, puis soudée à la cubitière, exclusivement destinée à protéger le pli du bras. Elle se composait de deux lobes, l’un s’étendant sur le canon d’arrière-bras, l’autre sur le canon d’avant-bras, de façon à masquer complètement la saignée1335. On l’appelait le gaillardet. Citons à ce propos le passage suivant du Jouvencel :

Il me semble à vous qui avez à besongner à cheval, vous devez estre armé d’ung harnoix bon et seur ; car une lance est moult subtille et ne treuve si petite entrée que elle ne passe ; par où elle arrive, elle est sans merci. Les plus périlleuses armes du monde sont à cheval et de la lance ; car il n’y a point de holla. Vous povez bien avoir le bras dextre légierement armé et le plus au délivré que vous pourrez, excepté au droit de la souriz, là où il vous fault avoir un gaillardet puissant et souldé ; car toutes les fuittes de la lance viennent là ; et en y ont esté beaucoup de gens perdus1336.

Des cubitières d’une seule pièce, sans adjonction de lames articulées, formaient la troisième catégorie des défenses du coude usitées à l’époque qui nous intéresse. Ces cubitières atteignaient généralement d’assez grandes dimensions. La figure 17 en présente un spécimen d’environ 14301337.

Grande cubitière en une pièce (vers 1430)
17. — Grande cubitière en une pièce (vers 1430).

À l’instar des cubitières précédemment décrites, ces grands bracelets n’encerclaient le plus souvent que les trois quarts du pourtour de l’articulation. Il y eut cependant des cubitières d’une seule pièce entièrement fermées. Rares sont les images sur lesquelles on peut constater d’une façon certaine cette particularité. La première en date que nous ayons rencontrée remonte seulement à l’année 14721338, mais, comme, dans la plupart des représentations de cubitières d’une seule pièce, il est impossible de distinguer si ces défenses circonscrivent le bras totalement ou partiellement, il se peut que la cubitière fermée ait été adoptée à des époques plus anciennes. Les armures, conservées de nos jours dans les musées et collections particulières, témoignent que, sensiblement réduite de volume, elle était devenue d’un usage fréquent au seizième siècle.

Les deux cubitières d’un même harnais furent longtemps semblables. L’auteur du Costume militaire des Français en 1446 nous apprend que, de son temps, elles différaient l’une de l’autre, la garde de la cubitière gauche prenant un développement double de celui de la même défense du bras droit1339. Nous ne saurions dire à quelle date apparut cette disparité, que les monuments ne nous ont pas montrée à l’époque de Jeanne d’Arc, où cependant beaucoup d’épaulières étaient déjà asymétriques. Le grand panneau du Musée du Louvre représentant la famille Juvénal des Ursins nous fait voir cinq armures sur six, dans lesquelles les bras droits sont munis de petites cubitières à gardes avec lames articulées, tandis que les bras gauches se trouvent armés de grandes cubitières d’une seule pièce, analogues à celle de la figure 17, ainsi qu’on peut s’en rendre compte sur la figure 18, qui reproduit le portrait de Louis Juvénal, chambellan du roi et bailli de Troyes.

Armure italienne (vers 1445)
18. — Cubitières asymétriques (vers 1445).

Cette peinture date de 1445 environ. On rencontre un peu plus tard une égale dissemblance des cubitières droites et gauches dans le saint Georges debout de Jacopo Bellini (fig. 15) et chez les archers de la garde de Charles VII, dans l’Adoration des Mages des Heures d’Étienne Chevalier1340.

Nous avons pu constater, à propos des garde-bras, que, dans beaucoup de 238harnais, l’épaulière gauche était plus grande que celle de droite (figures 4, 5, 6, 15). On voit qu’il en fut souvent de même pour les cubitières. Ainsi le bras de la main de bride se trouvait, tant à l’articulation du coude qu’à l’épaule, mieux défendu, mais plus lourdement armé que le bras droit. Nous avons donné la raison de cette différence, plus rare d’ailleurs dans les cubitières que dans les épaulières.

Alors qu’en Italie, en France et en Angleterre prévalurent les trois sortes de cubitières précédemment décrites, la plupart des Allemands se contentèrent encore longtemps pour la défense du coude, d’une simple pièce hémisphérique, généralement bordée d’une large découpure. La figure 19 donne un spécimen de ce genre de cubitière, le plus communément rencontré dans l’iconographie germanique à l’époque de la Pucelle1341.

Cubitières allemandes (1427-1441)
19. — Cubitières allemandes (1427-1441).

D’après l’auteur du Costume militaire des Français en 1446, il existait de son temps deux sortes de harnais de bras :

Les ungs et les plus comuns qui se font à Milan, qui se tiennent de pièces ensemble depuis la jointure de la main jusques à quatre ou à six doiz près la jointure de lespaulle hault, […] [les autres] sont faiz de trois pièces, c’est assavoir une pièce qui couvre depuis la ployeure de la main jusques à trois doiz près la ployeure du bras ; et depuis la ployeure du braz y en a une autre qui vient jusques à hault de la jointure de lespaulle, à quatre doit près. Par dessus lesquelles deux pièces y en a une autre qui couvre le code et ]a ployeure du braz et partie des deux autres pièces aussi, lesquelles trois pièces sont pareilles tant au braz droit, que au senestre ; et se atachent avecques éguillettes1342.

Il semble résulter de ce texte que les harnais de bras, représentés dans nos figures 3, 4, 5, 6, 15 et 18, appartenant, en raison de leur asymétrie, à des armures milanaises, toutes les pièces qui les composent sont solidaires les unes des autres.

4.
Gantelets

Le gantelet commença à remplacer le gant de mailles dès la fin du treizième siècle. Les premiers gantelets paraissent avoir été les gantelets de baleine1343, ainsi nommés parce qu’ils étaient confectionnés d’écailles taillées dans les fanons de ce cétacé1344 et cousues sur un gant de peau. Puis vinrent les gantelets de plates1345, composés de menues lames de fer rivées entre elles et recouvertes d’étoffe, comme l’était la cotte à plates. À 239partir de 1390 environ, les gantelets, dits de fer, mentionnés pour la première fois en 1345, supplantèrent définitivement les anciens gantelets de baleines et de plates, dont ils avaient partagé la vogue au cours de la seconde moitié du quatorzième siècle1346.

Trois parties sont à distinguer dans le gantelet de fer, le dos de main, la garde qui protégeait le poignet, et la défense des doigts. Le dos de main et la garde furent longtemps forgés d’une seule pièce. Quant à l’armement des doigts, il consistait en de petites plates en forme de tuiles creuses se recouvrant et rivées sur du cuir, lequel était ensuite cousu latéralement aux doigts d’un gant de peau sous-jacent (fig. 1). Il va sans dire que la paume de la main et le dessous des doigts ne comportaient d’autre protection que la peau de ce gant. Il n’en était pas de même du poignet que la garde pouvait entourer complètement. Les gardes des gantelets de fer toutefois présentèrent souvent une solution de continuité sous le poignet, ainsi que le fait comprendre le gantelet de main droite, représenté dans la figure 20, qui montre une paire de gantelets d’environ 1430, conforme à la description précédente1347.

Gantelet (vers 1430)
20. — Gantelet (vers 1430).

Ces gardes fendues remontaient à la fin du quatorzième siècle1348.

Bien qu’on rencontre des gardes et des dos de main, séparés et articulés en plusieurs pièces, dans des gantelets anglais de cette dernière époque, il semble qu’on n’adopta pas ces dispositions en France avant le règne de Louis XI. Les chevaliers, qui paradent en tenue de tournoyeurs dans l’Armorial de l’Europe et de la Toison d’or1349, sont tous munis de gantelets à gardes et dos de mains d’une seule pièce, qu’on retrouve vers 1433, dans le Bréviaire de Salisbury1350.

En 1427 apparaît dans les images le miton1351, lequel, après 1450, supplantera presque complètement les gantelets à doigts séparés.

Deux intéressants spécimens de mitons du temps de Jeanne d’Arc nous sont fournis par van Eyck dans ses Chevaliers du Christ du retable de Saint-Bavon, qu’a représentés la figure 10. Nous donnons ici (fig. 21) une reproduction de ces deux sortes de défenses de mains, dessinée au trait pour plus de clarté.

Mitons (vers 1430)
21. — Mitons (vers 1430).

Des trois mitons que montre notre dessin, les deux premiers sont ceux de droite et de gauche d’une même paire. Ils se composent, en dehors de la garde, de trois pièces articulées transversalement : la première, protégeant le métacarpe, à laquelle se trouve rivée l’armure du pouce constituée par deux petites plates, la deuxième recouvrant les premières phalanges et la troisième les secondes phalanges des doigts. On rencontre des mitons agencés suivant ce principe sur l’effigie funéraire de John Fitz-Alan, comte d’Arundel, mort en 14341352. Le troisième miton, donné par la figure 21, est forgé d’une seule pièce, depuis la garde jusqu’aux dernières phalanges des doigts, armées de petites plates, ainsi que le pouce. Ce mode, que la figure 8 nous a déjà montré en 1427, semble avoir été particulier aux armures allemandes1353.

240D’après un saint Georges du Musée de Bâle, peint en 1445, le miton était quelquefois indépendant du gant de peau qu’il recouvrait.

Signalons enfin un genre de gantelet dont le saint Georges de Jacopo Bellini, représenté par la figure 15, nous offre un exemple. Le dos de main de ce gantelet s’arrête aux crêtes palmaires, où il s’articule avec une plaque pentagonale couvrant seulement les premières phalanges des doigts, lesquels doigts sont armés de plates, ainsi que le pouce. Cet assemblage constituait un type intermédiaire entre le miton et le gantelet à doigts séparés.

5.
Cuissots

Quoique faisant partie du harnais de jambes, les cuissots sont souvent mentionnés spécialement dans le détail de la composition d’une armure. Ils comprenaient à la fois les cuissots proprement dits et les genouillères, qu’on appela aussi poulains1354.

Il y eut des cuissots qui entouraient complètement les cuisses. Comme les canons des bras, ils étaient faits de deux demi-cylindres, l’un protégeant le devant de la cuisse, l’autre la partie postérieure. Ces deux pièces se reliaient entre elles du côté interne par deux charnières. Elles s’ouvraient du côté externe, où elles se rattachaient l’une à l’autre au moyen de deux boucles rivées sur la pièce postérieure, le long de l’ouverture. Aux points correspondants de la pièce du devant étaient fixées deux courtes courroies destinées à être introduites dans les boucles. La figure 221355 montre ainsi disposés des cuissots qui peuvent être antérieurs à 1400.

Harnais de jambes (vers 1400)
22. — Harnais de jambes (vers 1400).

Il va sans dire que ces cuissots, qui circonscrivaient totalement les cuisses, étaient à l’usage exclusif des hommes d’armes appelés à combattre à pied. À cheval, la partie interne de cette défense se fût trouvée en contact avec la selle et sa rigidité eût empêché la cuisse d’y adhérer convenablement. C’est pourquoi il exista un autre genre de cuissot, dont notre figure 6 fournit un exemple. Ce dernier type n’entourait la cuisse que sur les trois quarts extérieurs de son contour. On peut vérifier l’exactitude de cette proportion en considérant les cuissots de l’homme d’armes, tombé face à terre, dans la Bataille de San Romano de Paolo Uccello, à la National Gallery. Ces cuissots étaient faits de deux pièces, comme ceux du type précédent, avec cette différence que la largeur de la pièce d’arrière s’y trouvait 241diminuée de moitié du côté interne. De cette façon, aucune enveloppe rigide ne venait s’interposer entre la selle et la cuisse du cavalier, seulement protégée par des mailles dans la partie que ne couvrait pas le cuissot. À une certaine distance du bord supérieur de la pièce du devant, une saillie circulaire avait pour but de garantir l’aine et le bas-ventre en faisant dévier le fer de la lance (fig. 23)1356.

Cuissot (XVe siècle)
23. — Cuissot (XVe siècle).

L’écourtement de la braconnière du personnage qui chevauche au second plan dans la figure ici, permet d’apercevoir cette saillie sur le cuissot.

Chacun des cuissots d’un harnais relie par une attelle latérale à une courroie ceignant le pourpoint, sous la cuirasse1357.

La défense de la rotule et du jarret présentait les mêmes dispositions que celles de l’articulation du coude. Comme les cubitières, les genouillères se composaient généralement d’une pièce principale s’épanouissant sur le côté externe en garde bilobée, plus ou moins incurvée sur le jarret, et de lames de recouvrement sous-jacentes en nombre variable, ainsi qu’on peut le voir sur les figures 6, 10, 18, 22, et 23.

Les lames de recouvrement avaient pour but de masquer le vide qui se serait produit sans elles entre la genouillère et le reste du harnais dans les mouvements de flexion du genou. Lorsque la jambe était tenue droite dans le prolongement de la cuisse et qu’il n’existait qu’une seule lame de recouvrement en bas du cuissot, celle-ci se trouvait parfois cachée par la genouillère. C’est ainsi que, dans quelques images, des genouillères semblent dépourvues de lames de recouvrement à leur jonction avec les cuissots, alors qu’on en voit une1358 ou deux1359 qui les rattachent aux grèves. D’autres documents nous montrent des genouillères masquant également les lames des grèves et des cuissots1360.

Dans la plupart des genouillères, une pièce de renfort, rivée sous la dernière lame de recouvrement, vient s’appliquer sur la grève. La dimension de cette pièce varie beaucoup d’importance. Tantôt très peu plus large que les lames de recouvrement qu’elle prolonge, elle descend parfois en pointe sur la grève jusqu’à mi-jambe. Souvent une courroie, fixée sur son côté interne, vient se boucler sur le côté opposé, après avoir contourné par derrière le haut de la grève, comme le fait comprendre la figure 22. Dans les harnais italiens, cette pièce de renfort est souvent remplacée ou prolongée par un canon de maille qui rappelle les femoralia des légionnaires de l’empereur Trajan1361.

Nous avons vu des rondelles tenir lieu de gardes dans certaines cubitières. Il en était quelquefois de même pour les genouillères, ainsi que le prouve la figure 241362 242en donnant le portrait d’un gentilhomme flamand, Jean Bride, époux d’Yolande Belle, d’après le tableau de l’hospice Saint-Nicolas d’Ypres qui représente les descendants de la famille Belle en 1420.

Armure de 1420
24. — Armure de 1420.

Ces genouillères à rondelles se retrouvent en 14341363, 14451364, 14661365, 14691366 et plus tard encore1367.

6.
Harnais de jambes

Comme nous l’avons dit plus haut, l’expression harnais de iambes, tout en comprenant généralement les cuissots, désignait plus spécialement les jambières, appelées grève, et les souliers de fer, auxquels on donnait le nom de solerets.

Les grèves se composaient de deux pièces, une antérieure et l’autre postérieure, enfermant complètement la jambe. Leurs fermetures étaient de deux sortes, l’une consistant dans deux boucles, l’autre dans deux tenons qui entraient par pression dans des trous correspondants. Nous avons déjà vu ces deux systèmes employés pour les canons des harnais de bras.

À l’inverse des cuissots qui se bouclaient toujours en dehors, les grèves à boucles se fermaient en dedans, ayant leurs charnières placées sur le côté externe de la jambe, ainsi qu’on peut le constater sur nos figures 3, 6, 10, 18, 22 et 24. Quelquefois une courroie supplémentaire, fixée au bord interne de la partie supérieure entre les deux boucles de fermeture, contournait le mollet par derrière et venait se boucler en dehors entre les deux charnières. Cette disposition, que nous n’avons pas rencontrée avant 1440, consolidait la fermeture de la grève (fig. 18). On la retrouve dans les harnais de jambes des archers de la garde du roi Charles VII, vers 14601368.

Beaucoup de grèves cependant, au lieu de s’attacher avec des courroies, se fermèrent sur leur côté externe au moyen de tenons entrant dans des trous. Leurs charnières se trouvaient alors placées sur le côté interne de la jambe. Ce genre de fermeture, qu’on remarque, dès 1412, sur la tombe de Pierre de Navarre, comte de Mortain1369, finit par supplanter complètement le mode d’attache par courroies, ainsi qu’on peut le voir en examinant les nombreuses armures qui nous sont restées de la Renaissance.

Jusqu’aux dernières années du quinzième siècle, les grèves, échancrées sur le cou de pied et au talon, descendaient sur les chevilles, où elles s’arrêtaient à quelques centimètres du sol. Le talon était alors protégé, soit par une talonnière rigide, soit par deux ou trois lames superposées, qui le contournaient. D’autres lames, en plus ou moins grand nombre, chevauchaient l’avant-pied. Le tout se trouvait recouvrir un soulier de peau. Tel apparaît le soleret du chevalier du Christ représenté dans la figure 10. C’est le type qui semble avoir été le plus usité du temps de Jeanne d’Arc.

Quelquefois, les deux ou trois premières lames de l’avant-pied furent remplacées 243par une seule pièce. Dans un soleret d’environ 1470, conservé à la Tour de Londres1370, cette pièce est reliée à la talonnière par une charnière placée verticalement sur le côté externe du pied. Le soleret s’ouvre par conséquent du côté interne. Il se ferme au moyen d’un loqueteau.

Il y eut aussi des solerets de mailles. Nos figures 4 et 5 en fournissent deux exemples, datant, l’un de 1418, l’autre d’environ 1425. On en trouve d’autres vers 14751371 et dans les dernières années du siècle1372. Ces solerets de mailles paraissent avoir été adoptés principalement par les Italiens.

Le soleret de fer se portait surtout à cheval. À pied, les hommes d’armes usaient volontiers de chaussures de cuir. Les monuments de l’époque que nous étudions spécialement nous montrent quantité de chevaliers à pied, chaussés de souliers noirs sous leurs grèves.

Les solerets avaient naturellement une tendance à affecter la forme des chaussures du costume civil, forme qui changeait selon les caprices de la mode. L’homme d’armes cependant ne pouvait renouveler son harnais aussi souvent que sa garde-robe. Une paire de solerets était d’un prix bien plus élevé qu’une paire de souliers et d’ailleurs s’usaient beaucoup moins vite. Il en résultait que, seuls, les solerets récemment fabriqués se trouvaient être au goût du jour et que le plus grand nombre rappelait des formes de chaussures plus ou moins désuètes. Le harnais de la Pucelle, ayant été forgé en 1429, devait donc posséder des solerets reproduisant l’aspect des souliers les plus en vogue à cette date.

À l’époque de Jeanne d’Arc, les poulaines, qui avaient été en grande faveur dans les dernières années du quatorzième siècle, étaient abandonnées depuis vingt-cinq ans. Ces longues pointes ne devaient pas reparaître aux chaussures avant 1440. Jusque-là, les contemporains de Charles VII se contentèrent de souliers dont les extrémités se terminaient généralement en bouts arrondis ou plus rarement en pointes modérées. À en juger par nos précédentes figures, les solerets n’auraient affecté que la première de ces formes. Il nous semble donc probable que le harnais de la Pucelle, forgé en 1429, devait comporter des solerets se rapprochant de ceux que nous font voir les figures 5, 6, 10 et 24.

En Italie, il y eut des harnais de jambes dont les pièces antérieures ne possédaient pas l’arête médiane en dos d’âne que présentaient ordinairement les cuissots, genouillères, grèves, et parfois les solerets dans les autres pays1373. Le portrait de Frédéric de Montefeltro, duc d’Urbin, par Justus van Gent, nous apprend l’existence d’un système intermédiaire consistant en une arête médiane qui partage les genouillères, alors que les grèves, arrondies sur le tibia, en sont dépourvues1374.

Il nous reste à dire que, du temps de la Pucelle, les éperons de guerre étaient à courroies (fig. 6), comme ceux qu’on chaussait avec les houseaux et les chausses du costume civil. Plus tard, des tiges à molettes furent rivées aux talons des solerets.

2447.
Habillement de tête

Cette expression, aussi bien que celle de harnais de tête, s’appliquait d’une façon générale, à toutes les coiffures défensives, le terme de casque1375 sous lequel on les désigne aujourd’hui n’ayant commencé à être employé couramment qu’au seizième siècle.

L’inventaire de l’armurerie du château d’Amboise, dressé le 23 septembre 1499, mentionne :

… le harnoys de la Pucelle, garniz de garde braz, d’une paire de mytons et d’un abillement de teste, où il y a ung gorgerey de maille, le bort doré, le dedans garny de satin cramoisy, doublé de mesme1376.

Si l’on peut ajouter foi à l’attribution d’une armure à Jeanne d’Arc, dans une liste d’objets qui comprend en même temps la hache du roi Clovis et l’épée-fée de Lancelot du Lac, les quelques détails que contient la trop courte description de ce harnais méritent de retenir notre attention. Or, à côté de plusieurs désignations fantaisistes ou fabuleuses, comme celles que nous venons de citer, l’inventaire d’Amboise en renferme certainement d’authentiques, parmi lesquelles on peut ranger l’article concernant le harnais en question. Nous sommes donc porté à croire que cette armure avait réellement appartenu à l’héroïne et qu’elle était celle-là même qui lui avait été confectionnée à Tours au mois d’avril de l’année 1429, estimant peu probable que Jeanne d’Arc ait usé plus d’un harnais durant la courte période de treize mois de son existence de guerrière1377. Tombée à Compiègne en la possession du duc Philippe le Bon, il n’y a rien d’impossible à ce que cette armure ait été rendue au roi, après la réconciliation des maisons de Bourgogne et d’Orléans, scellée définitivement par le mariage du duc Charles avec Marie de Clèves, le 26 novembre 1440.

À en juger par son prix de cent livres tournois, le harnais de la Pucelle dut être particulièrement soigné. Celui du duc d’Orléans en 1415 n’avait pas coûté quatre-vingt-quatre livres tournois. En 1447, on se procurait un harnais complet, fait sur mesure, moyennant cinquante-cinq livres tournois, et à la même date, un harnais de Charles VII, dit harnais pour rencontre, valut seulement quatre-vingt-deux livres dix sous tournois1378.

Mais si Jeanne d’Arc n’eut jamais qu’une seule armure, il est avéré par certains passages des dépositions du duc d’Alençon et de Jean d’Aulon au procès de réhabilitation, qu’elle posséda deux sortes de défenses de tête ; et si d’autre part on admet l’authenticité de la désignation du harnais d’Amboise, il faut lui en attribuer une troisième.

C’est qu’en effet la tenue de guerre comportait, suivant les circonstances, différentes coiffures. En route, l’homme d’armes conservait son adoubement du corps et 245des membres, mais sa tête désarmée se parait d’un chapeau, d’une barette ou d’un chaperon. Au moment de combattre, il mettait pied à terre pour ressangler son cheval et se coiffer soit du bacinet, soit de la salade, habillement de tête plus léger, originaire d’Italie, dont l’usage commençait à se généraliser en France du temps de Jeanne d’Arc. Lorsqu’il s’agissait d’écheller une place1379, c’est-à-dire d’en escalader les murs à l’aide d’échelles, les assaillants coiffaient la chapeline d’assaut, chapeau de fer à grands bords déclives garantissant les épaules et par suite tout le reste du corps des liquides bouillants et des projectiles de toutes sortes que lançaient les assiégés du haut des murailles par les créneaux et les mâchicoulis. Parfois même la chapeline surchargeait le bacinet ou la salade. Ainsi trois genres de coiffures de guerre étaient employées à l’époque de la Pucelle.

L’abillement de teste, où il y a ung gorgerey de maille, mentionné comme ayant été celui de l’héroïne dans l’inventaire de l’armurerie d’Amboise, ne pouvait être qu’un bacinet, seul casque comportant un camail ou gorgerin de mailles.

On trouve le bacinet cité dès le douzième siècle1380. Longtemps, il consista en une cervelière, munie d’un camail, par-dessus laquelle on coiffait le heaume. Sa forme de coupe renversée lui valut son nom de bassinet, petit bassin. Au quatorzième siècle il prit plus d’importance en descendant de chaque côté sur les oreilles et par derrière, jusqu’à la nuque, et on lui adapta une visière mobile. Enfin, d’hémisphérique qu’il était, son timbre s’exhaussa le plus souvent en pointe. Ainsi transformé, il entraîna la suppression du heaume, lourde et encombrante coiffure qui ne fut plus de mise que dans les joutes et les tournois. Remplaçant le heaume, il fut quelquefois appelé heaumet, d’où armet, et l’on peut dire que c’est du bacinet médiéval que provint l’armet de la Renaissance.

Les bacinets, durant le long cours de leur existence, présentèrent constamment une assez grande variété d’aspects. Au quinzième siècle, une bavière vint souvent renforcer la défense de la gorge, jusque-là uniquement protégée par le camail de mailles, appelé gorgière, gorgerette, gorgerey, gorgerit ou gorgerin. La figure 25 montre deux bacinets à bavières du même type, reproduits d’après une miniature d’environ 14251381.

Armure de 1420
25. — Bassinet (vers 1425).

La visière, levée dans l’un, est abaissée dans l’autre. On remarquera que les timbres de ces bacinets se trouvent munis sur chacun de leurs côtés de deux pivots, l’un pour la visière, l’autre, situé un peu au-dessous du premier, servant de point d’attache à la bavière. Cette disposition, inaugurée vers 14001382, était encore usitée en 14771383. Ce ne fut qu’au seizième siècle qu’on imagina de la simplifier en fixant le mézail et la mentonnière des armets sur le même pivot.

Les visières des bacinets de la figure 25 sont hémisphériques. Ce mode avait succédé à celui des visières coniques, en façon de museaux pointus, des bacinets du quatorzième siècle, lequel ne se manifeste plus qu’exceptionnellement dans l’imagerie du quinzième1384. Un type intermédiaire, tenant à la fois du sphéroïde et 246du cône, nous est fourni par la figure 26 représentant le bacinet du roi Clovis dont la figure 6 a donné le harnais de corps.

Bassinet (vers 1425)
26. — Bassinet (vers 1425).

Ce genre de visière fut moins employé que le type sphéroïdal.

Les timbres des trois bacinets que nous venons de voir sont coniques. Il y en eut d’hémisphériques, comme en témoigne la figure 271385.

Bassinet anglais de 1434
27. — Bassinet anglais de 1434.

Le bacinet dont elle reproduit la physionomie, est dépourvu de bavière. De même que le timbre, la visière s’y trouve hémisphérique. Elle présente une seule fente horizontale pratiquée pour la vue à la hauteur des yeux, alors que, le plus souvent, les vues des visières de bacinets consistaient en deux fentes séparées. Au-dessous des vues, étaient percés de nombreux trous pour la respiration (figures 25, 26 et 27).

On n’usait guère de la protection de la visière que pour charger à la lance. L’utilité de cette défense, qui avait ses avantages et ses inconvénients, semble du reste avoir été assez discutée. Beaucoup d’hommes d’armes combattaient sans visières. Au dire de Froissart, Jean Chandos n’y eut jamais recours. Mal lui en prit d’ailleurs, car il fut blessé mortellement d’un coup de lance sous l’œil, faute d’une visière à son bacinet1386.

Les visières pouvaient s’enlever facilement, surtout celles dont les pivots étaient munis de charnières, comme la visière du bacinet du roi Clovis représenté plus haut (fig. 26). Il suffisait alors de retirer la clavette de la charnière. Sur un bacinet de la collection Wallace, une courte chaînette, fixée à la visière près de chaque pivot, aboutit à la tête de chacune des clavettes des charnières. Les clavettes, une fois retirées, restaient ainsi suspendues à la visière et ne risquaient pas d’être perdues.

Il nous paraît probable que Jeanne d’Arc, faite plutôt pour commander que pour combattre, laissait aux lances de sa compagnie le soin de se protéger le visage et que le bacinet d’Amboise, s’il a réellement appartenu à l’héroïne, ne possédait ni visière ni bavière. Étouffé dans un casque entièrement clos, le son de la voix ne pouvait dominer le bruit de la mêlée et la Pucelle, qui avait surtout pour mission d’entraîner ses gens à l’attaque, ne dut jamais paraître dans les batailles autrement qu’à visage découvert.

Avant de s’armer du bacinet, l’homme d’armes se couvrait la tête d’une coiffe d’étoffe mise en double, dite chaperon de bacinet1387, qui la préservait du contact trop direct du métal, déjà atténué cependant par une doublure de satin ou de cendal dont 247le casque se trouvait garni intérieurement. Cette doublure, rembourrée et piquée, s’étendait d’ailleurs aux camails, ainsi qu’on le voit sur la figure 28 montrant le bacinet d’un chevalier désarçonné au fort d’un combat1388.

Envers de camail (vers 1415)
28. — Envers de camail (vers 1415).

Cet homme d’armes étant tombé la tête la première, le camail du bacinet s’est retourné et laisse voir la contexture de son envers. Les chevaliers désireux d’éviter ce retroussement du camail qui désarmait leur gorge en cas de chute, le bouclaient à la fois par devant et par derrière à deux boucles fixées, l’une au plastron, l’autre à la dossière, au moyen de pattes de cuir cousues au camail1389. Ou bien encore ils maintenaient cette défense en place à l’aide de deux aiguillettes par devant et autant par derrière1390.

Les trois ou quatre rangs de mailles qui terminaient le camail à son bord inférieur étaient souvent dorés. L’inventaire d’Amboise mentionne ce détail dans le gorgerey de l’habillement de tête de la Pucelle.

Un passage de la déposition de Jean d’Aulon au procès de réhabilitation nous apprend qu’à Saint-Pierre-le-Moûtier Jeanne était coiffée d’une salade. Cette déposition, la seule qui nous soit parvenue dans son français original, est pour nous de ce fait la plus précieuse de toutes. Ce sont les paroles mêmes de l’écuyer de Jeanne d’Arc, telles qu’il les a prononcées à Lyon en 1456 devant le vice-inquisiteur général de France, Jean des Prés, qui s’y trouvent authentiquement consignées. Or il est difficile d’admettre qu’un homme de guerre comme l’était d’Aulon, dont l’une des fonctions journalières consistait à armer l’héroïne, ait pu confondre la salade avec tout autre casque. Donc, indépendamment du bacinet qu’elle aurait possédé d’après l’inventaire d’Amboise, Jeanne eut, à n’en pas douter, une salade. Adopté depuis peu par beaucoup d’hommes d’armes français, ce harnais de tête, dont la vogue fut de longue durée, était alors le casque à la mode et il est tout naturel qu’on en ait doté notre guerrière1391. Voici à quel propos d’Aulon fut amené à parler de la salade de Jeanne.

Dans son intéressante déposition, ce gentilhomme rapporte que, lors du siège de Saint-Pierre-le-Moûtier, il était blessé au talon au point qu’il ne pouvait marcher qu’avec des béquilles. Se trouvant ainsi dans l’impossibilité de combattre, il se tenait à distance. Une grêle de projectiles contraint les assaillants à battre en retraite. Jeanne seule s’entête à rester devant la muraille. D’Aulon l’aperçoit, se hisse sur un cheval, court à elle et lui demande pourquoi elle ne se retire pas comme les autres. Impavide et fière, la Pucelle se découvre de sa salade et lui crie qu’elle n’est pas seule, qu’elle a encore cinquante mille de ses gens en sa compagnie et qu’elle ne s’en ira pas qu’elle n’ait pris la ville. Or, assure l’écuyer, Jeanne à celle heure, quelque chose qu’elle dist, n’avoit pas avecques elles plus de quatre ou cincq hommes1392.

Si l’on enlève au casque, porté jusqu’à ces derniers temps par nos dragons et nos cuirassiers, son cimier et ses jugulaires de cuivre et qu’on remplace sa visière de 248casquette par une visière pivotante destinée à protéger le haut du visage, il donnera ainsi modifié, une idée assez exacte de la forme qu’affectait la salade en 1430.

La salade s’attachait au moyen d’une jugulaire de cuir bouclée sous le menton1393.

Chez les cavaliers, elle était presque toujours accompagnée d’une bavière accusant la saillie du menton. Cette bavière, qu’on verra plus tard vissée au plastron, semble n’avoir été maintenue alors que par une courroie se bouclant sur la nuque par-dessus le hausse-col de mailles qu’on portait toujours sous l’armure avec la salade.

La figure 29 représente une salade d’environ 14301394, vue de profil sous deux aspects, visière levée et visière baissée, avec sa bavière.

Salade avec bavière, visière levée et visière baissée (vers 1430)
29. — Salade avec bavière, visière levée et visière baissée (vers 1430).
Salade avec petite bavière (vers 1433)
30. — Salade avec petite bavière (vers 1433).

À cheval, la salade pouvait s’enlever facilement d’une main. On conçoit qu’à Saint-Pierre-le-Moûtier, Jeanne ayant à prononcer une phrase inspirée par un enthousiasme mystique, ait eu besoin de la liberté de son visage et qu’à cet effet elle ait ôté sa salade. Son geste toutefois s’expliquerait malaisément avec une bavière. Il faut en conclure qu’au moins ce jour là, son harnais se trouvait dépourvu de cet accessoire et que sa gorge était garantie seulement par le col montant, piqué, rigide et recouvert de mailles, appelé haussecolle de mailles1395 qu’on avait coutume alors de porter avec les casques autres que le bacinet. Il y eut d’ailleurs, comme le montre la figure 311396, de ces hausse-cols de mailles assez montants et suffisamment larges pour englober le menton jusqu’à la bouche et tenir lieu de bavière dans une certaine mesure.

Salade à visière fixe, avec hausse-col de mailles
31. — Salade à visière fixe, avec hausse-col de mailles.

La plupart des visières de salades avaient un très faible rayon d’action. Baissées, elles ne descendaient pas au-delà du dessous du nez, la bouche et le menton étant protégés par la bavière. La tête ne s’en trouvait pas moins aussi complètement défendue que par le bacinet, avec d’appréciables avantages en plus.

249Lorsque la visière était baissée, la solution de continuité circulaire qui existait entre la salade et le colletin renforcé de la bavière procurait une aération de l’intérieur du harnais plus grande que celle qu’on pouvait obtenir par le moyen des trous minuscules d’une visière de bacinet. En outre, dans les accalmies du combat, l’homme d’armes, incommodé par la chaleur, avait la possibilité d’enlever lui-même son casque sans être obligé de recourir à l’aide d’autrui. Ce geste était refusé aux chevaliers coiffés du bacinet. Le 10 août 1432, au siège de Lagny-sur-Marne, les Anglais, qui alors n’avaient pas encore adopté la salade1397, étouffèrent sous leurs bacinets.

Il fit si très chault que plusieurs Anglois morurent de la chaleur. Et le régent fut tellement féru du soleil qu’il en fut mallade : car il estoit sanghin, cras et remplet1398.

C’est que l’enlèvement du bacinet était une opération compliquée qui obligeait d’abord à descendre de cheval, puis à faire déboucler ce harnais de tête par un servant. Aussi, dans la plupart des cas, les combattants, porteurs de bacinets, se voyaient-ils contraints d’en rester longtemps coiffés.

La salade, complétée de sa bavière que représente la figure 29, constituait donc une défense aussi efficace que le bacinet, tout en étant plus pratique. Cependant beaucoup d’hommes d’armes, désireux d’améliorer encore une disposition qui leur permettait déjà de mieux respirer sous le casque, préférèrent user de bavières plus basses que celle que montre notre figure 29. Or, la salade étant établie de telle façon que sa visière ne pouvait descendre plus bas que le dessous du nez, il en résultait qu’avec une petite bavière, la bouche et une partie des joues restaient à découvert ; ce qui d’ailleurs avait peu d’inconvénient parce que, dans la charge, le combattant était obligé d’incliner le buste en avant et de baisser la tête pour voir le but de sa lance à travers les vues de sa visière et qu’ainsi la saillie de cette pièce se trouvait garantir la bouche. Par contre, on obtenait, comme on peut le constater sur la figure 301399, une aération tout à fait suffisante. Du reste, la petite bavière que reproduit ce dessin, aussi bien que la grande, montrée dans la figure 29, ne servait guère qu’à protéger l’homme à cheval contre les coups donnés de bas en haut par les gens de pied.

Enfin nombreux étaient les hommes d’armes qui considéraient la visière mobile comme une défense plus gênante qu’indispensable et qui couchaient le bois, coiffés de salades à visières fixes. Notre figure 31 en a fourni un exemple. La visière n’y est plus qu’une pièce de renfort rivée au timbre. Il y eut aussi des salades sans visières d’aucune sorte (fig. 32)1400.

Salade sans visière (vers 1433)
32. — Salade sans visière (vers 1433).

Leurs timbres s’entouraient souvent de cornettes enroulées en tortil1401, parfois de bourrelets1402 ou de chapelets feuillus1403.

Les salades possédaient généralement une coiffe intérieure adhérente au timbre1404. 250Cependant il en existait dans lesquelles cette garniture semble avoir été remplacée par une calotte indépendante, à en juger par certaine miniature d’environ 14301405, où l’on voit trois chevaliers au repos, ayant ôté leurs casques1406 et montrant leurs têtes uniformément couvertes de coiffes d’étoffe rouge. La figure 33 donne une de ces têtes ainsi coiffées.

Coiffe indépendante de la salade (vers 1430)
33. — Coiffe indépendante de la salade (vers 1430).

Le timbre des salades fut tantôt rond, tantôt légèrement conique à son sommet. À la guerre, il se trouvait bien rarement agrémenté de plumails ou de cimiers et la salade de notre héroïne était sans doute privée de ces parures.

Les visières de salades présentaient ordinairement une seule vue en fente horizontale pour les deux yeux (figures 29 et 31). Il y en avait toutefois dont la vue se composait de deux fentes séparées (fig. 30), comme dans les visières de bacinets.

Il nous reste à parler d’une troisième sorte de casque portée concurremment avec les bacinets et les salades, c’était la chapeline.

D’une façon générale, on comprenait sous la désignation de chapeline ou de capeline tous les chapeaux à larges bords, qu’ils fussent de paille, de feutre ou de fer. Le chapeau adopté par le pape et les cardinaux pour se préserver de l’ardent soleil de la campagne de Rome peut être considéré comme le prototype de la chapeline1407. C’est d’ailleurs ce nom qui lui fut donné dès l’origine, ainsi qu’au grand chapeau de paille usité de tout temps par les moissonneurs des deux sexes. Dans la suite, le rabattement des bords de la chapeline de paille sur les oreilles la fit ressembler à une capote de cabriolet et ce fut de cette modification que provint la capeline féminine des temps modernes.

La chapeline de fer fut coiffée pendant quatre siècles par beaucoup d’hommes d’armes, mais plus spécialement par les têtes de colonnes d’assaut, au moment d’escalader les murailles ; et, comme il fallait une grande hardiesse pour dresser les échelles et les gravir sous la grêle de projectiles que déversaient les assiégés du haut des murs, l’expression d’hommes de capelines signifia longtemps des hommes particulièrement courageux.

Si l’on s’en rapporte aux miniatures représentant des escalades de places fortes, la chapeline d’assaut offrait une grande analogie avec le chapel de fer appelé chapeau de Montauban. Dans l’inventaire de l’archevêque de Reims, Richard Picque, chapelines et chapeaux de Montauban sont estimés le même prix, quatre sols1408, ce qui tend à prouver que ces coiffures différaient peu les unes des autres comme volume et comme façon.

D’après l’auteur anonyme de 1446, déjà plusieurs fois cité, le timbre du chapeau de Montauban était rond et possédait d’avant en arrière une crête de deux doigts de saillie. Tout autour du timbre régnait un bord large de quatre ou cinq doigts1409.

251C’était donc un chapeau de fer à crête saillante, probablement du genre de celui que montre la figure 341410.

Chapeau de Montauban (vers 1435)
34. — Chapeau de Montauban (vers 1435).

Quant aux chapelines dont sont coiffés les assaillants dans les scènes d’escalades que reproduisent les miniatures de la première moitié du quinzième siècle, elles sont généralement dépourvues de crêtes et affectent le plus souvent la forme donnée par la figure 351411.

Chapeline d’assaut (vers 1440)
35. — Chapeline d’assaut (vers 1440).

En comparant cette figure avec la précédente, on constatera que, dans la chapeline d’assaut, la moindre hauteur du timbre est compensée par une plus grande largeur des bords et l’on comprendra que chapelines et chapeaux de Montauban aient été estimés le même prix dans l’inventaire de Richard Picque. Le chapeau de Montauban paraît d’ailleurs avoir quelquefois remplacé la chapeline ordinaire dans les assauts. Une image d’environ 1450 nous fait voir en effet, sur la tête d’un soldat gravissant une échelle, une chapeline haute de forme, qui nous semble devoir être rangée dans la catégorie des chapeaux de Montauban en raison de sa crête saillante (fig. 36)1412.

Chapeline d’assaut (vers 1450)
36. — Chapeline d’assaut (vers 1450).

Ces casques étaient maintenus en place au moyen d’une jugulaire bouclée sous le menton et ordinairement coiffés par-dessus la têtière d’un camail de mailles, ainsi que le fait comprendre la figure 371413.

Chapeline coiffée sur camail (vers 1400)
37. — Chapeline coiffée sur camail (vers 1400).

On rencontre cependant des chapeaux de fer portés sans camails. Le cou est alors protégé, soit par une bavière de salade1414, soit par un haut et large colletin de mailles, englobant le menton, semblable à celui qui accompagne la salade représentée dans la figure 31. Plus tard c’est une bavière-colletin, entourant complètement le cou et la nuque qui sera de mise avec le chapeau de fer (fig. 38)1415.

Chapeau de fer bavière-colletin (1470)
38. — Chapeau de fer bavière-colletin (1470).

Enfin la chapeline surchargeait parfois d’autres casques comme le montre la figure 39, dans laquelle on la voit coiffée sur un bacinet à bavière1416.

Bassinet surchargé d’une capeline (vers 1410)
39. — Bassinet surchargé d’une capeline (vers 1410).

Deux fentes pour la vue étaient souvent pratiquées dans le bord de la chapeline, de façon à voir de bas en haut sans lever la tête, en montant aux échelles (figures 34 et 37).

Ce fut sans doute par antiphrase qu’on donna exceptionnellement le nom de capeline, qui était celui du plus grand des chapeaux, à la plus petite des coiffures 252de guerre, mieux désignée par les termes de cervelière ou de tête de fer qui la distinguaient plus habituellement.

La cervelière consistait en un timbre hémisphérique dépourvu de bords et de garde-nuque (fig. 40)1417.

Cervelière (vers 1415)
40. — Cervelière (vers 1415).

On y adaptait ordinairement un camail. La valeur de cette simple calotte de fer était naturellement en raison de son peu d’importance. En 1389, alors que les chapelines et les chapeaux de Montauban sont estimés quatre sols pièce, le prix d’une tête de fer est quatre fois moindre1418. Si l’on compare la cervelière représentée dans la figure 40 avec les grandes capelines qu’ont montrées nos précédents dessins, on conçoit qu’elle n’ait valu qu’un sol, tandis que chacune des autres coiffures en coûtait quatre.

Voici maintenant le passage de la déposition du duc d’Alençon où il est question de la chapeline de la Pucelle à l’attaque de Jargeau.

Jeanne marcha à l’assaut et moi avec elle. Comme nos gens envahissaient la place, le comte de Suffolk fit crier qu’il voulait me parler. Il ne fut pas écouté et l’assaut continua. Jeanne était sur une échelle tenant à la main son étendard. L’étendard fut frappé et Jeanne elle-même fut frappée par une pierre qui vint tomber sur sa chapeline. Le coup avait renversé Jeanne. Elle se releva et dit aux hommes d’armes : Amys, amys, sus ! sus ! Nostre sire a condempné les Anglois. À cette heure ils sont nôtres. Ayez bon cœur ! Et à l’instant Jargeau fut pris1419.

Dans la plupart des scènes d’assauts de places fortes que représentent les anciennes images, on voit les assaillants monter aux échelles coiffés de la chapeline à grands bords déclives, telle que l’ont reproduite nos dessins, alors que les autres combattants, restés à distance, sont armés de salades ou de bacinets1420. Lorsque, dans certains cas plus rares, l’escalade est menée par des hommes portant salades ou bacinets, ceux-ci ont soin de se couvrir de targes qui tiennent lieu des chapelines absentes1421.

À l’attaque du boulevard des Tourelles, d’Aulon voulant entraîner le porte-étendard de Jeanne, traverse le fossé, soy couvrant de sa targecte pour doubte des pierres1422. Mais à Jargeau, la Pucelle tenant elle-même son étendard ne peut se protéger d’une targette. C’est pourquoi elle est coiffée de la chapeline d’assaut.

Une miniature des Chronicques et conquestes de Charlemaine de la Bibliothèque de Bruxelles, représentant le siège de Narbonne, nous fournit d’ailleurs l’exemple d’un chef de colonne d’assaut montant à l’échelle, chapeline en tête, un étendard à la main1423, comme Jeanne à Jargeau. Les treize hommes qui le suivent sont tous également coiffés de chapelines, alors que, loin des murs, les gens d’armes sont en bacinets. 253Les chapelines des assaillants se trouvent être exactement semblables comme forme à celle que donne la figure 39, sauf qu’elles possèdent deux fentes pour la vue, pratiquées dans leur bord antérieur, ainsi que l’ont montré nos figures 34 et 37.

Ce n’est donc pas cette modeste cervelière d’un sou (fig. 40), dont Quicherat et trop d’auteurs à sa suite ont si peu généreusement doté notre héroïne, qui protégeait sa tête à l’attaque de Jargeau, mais bien la grande chapeline à bords déclives, sans laquelle le plus hardi porte-étendard ne se serait avisé de monter à l’assaut sous la grêle meurtrière de flèches, de pierres et autres projectiles que déversaient les défenseurs de la place sur les assaillants.

Ainsi, du temps de Jeanne d’Arc, les Français employaient à la guerre trois sortes de harnais de tête, le bacinet, la salade et la chapeline. En Angleterre et en Allemagne, où la salade fut adoptée plus tardivement, ce sont surtout les bacinets et les chapeaux de fer qui coiffent les hommes d’armes dans les images de la première moitié du quinzième siècle.

Les bacinets d’outre-Manche y présentent une grande variété. L’ancien type à camail s’y rencontre en 14001424, 14171425, 14241426. La plupart des bacinets anglais cependant sont ovoïdes, accusant la forme de la tête et du cou, ainsi que le montre la figure 41, agrandissement d’un fragment de miniature d’environ 14251427, exécutée à une trop petite échelle pour qu’on puisse y apercevoir de quelle façon la bavière se relie au timbre.

Bacinet anglais (vers 1425)
41. — Bacinet anglais (vers 1425).

Nul doute cependant qu’elle ne s’y rattache par des pivots, comme les bavières des bacinets représentés dans nos figures 25 et 26. Pour introduire la tête dans ces sortes de casques, on relevait la bavière autour de ses pivots, puis on les rabattait, une fois la tête passée. Un bacinet du British Museum, que représente la figure 421428, possède une bavière fixée de chaque côté au timbre par trois rivets, formant ainsi un ensemble rigide.

Bacinet à bavière rivée à demeure
42. — Bacinet à bavière rivée à demeure.

On y introduisait la tête comme dans un heaume1429. On trouvera, de 1407 à 1440, dans les Sepulchral monuments in Great Britain, ainsi que dans les ouvrages d’Hewitt et de Stothard, plusieurs bacinets de chevaliers anglais dont la forme générale est semblable à celle de ce dernier type, bien qu’ils en diffèrent par le nombre et la disposition des pièces qui les composent. La bavière de la plupart d’entre eux, au lieu de ne couvrir que le devant de la gorge, comme dans l’exemple précédent, entoure complètement l’encolure à la façon d’un carcan.

Bacinet avec hausse-col rigide (vers 1410)
43. — Bacinet avec hausse-col rigide (vers 1410).

Un des rares bacinets de ce genre rencontrés dans l’iconographie française, dont la figure 431430 présente la physionomie, fait voir que les deux parties antérieure et postérieure de cette bavière formant hausse-col étaient réunies l’une à l’autre par une charnière sur le côté droit et s’ouvraient par conséquent du côté opposé. C’est sans doute suivant ce principe que sont établis les hauts colletins qu’on distingue sur les effigies funéraires de sir John Lisle en 1407, de Thomas Bromflete en 1430, de Thomas Chaucer en 1434, etc., qu’ont reproduites les Sepulchral monuments in Great Britain et autres ouvrages d’outre-Manche. Sur les tombeaux, les bacinets sont dégarnis de leurs visières afin de mieux laisser voir les visages des gisants, mais dans la 254réalité ils en étaient généralement pourvus1431. Emboîtant la tête et le cou, ces harnais rigides, dont s’accommodait la raideur britannique, ne permettaient qu’une liberté de mouvements relative. Aussi furent-ils rarement usités en France1432.

Un manuscrit anglais d’environ 1433 montre des chapelines à grands bords déclives, dont le timbre en forme de tronc de cône renversé est sommé d’une longue pointe, ainsi que le fait comprendre la figure 441433.

Chapeline anglaise (vers 1433)
44. — Chapeline anglaise (vers 1433).

Un autre mode de chapeline anglaise nous est donné par la figure 45, provenant d’une miniature de 14341434.

Chapeline anglaise (1434)
45. — Chapeline anglaise (1434).

Quelques rares salades se rencontrent vers la même époque dans l’iconographie de la Grande-Bretagne, mais sans visières. Elles sont accompagnées de bavières et souvent entourées d’un bourrelet d’étoffe ou d’une cornette en tortil1435.

De même qu’en Angleterre, les harnais de tête adoptés en Allemagne du temps de Jeanne d’Arc paraissent avoir consisté principalement en chapeaux de fer et en bacinets. Parmi ces derniers, il en était dont la visière au lieu d’être attachée à deux pivots latéraux, se trouvait tenir au casque par une charnière unique, rivée horizontalement sur le front du timbre, de façon à pouvoir se lever et s’abaisser comme l’auvent d’un sabord de navire1436. Les hommes d’armes d’outre-Rhin employaient aussi l’ancien bacinet à museau pointu, dont une miniature de 1427 atteste l’existence à cette date en pays germanique1437.

Quant aux chapeaux de fer de même nationalité, il en est de deux sortes. Les uns affectent la forme campanulaire (fig. 46)1438.

Berruier (1427)
46. — Berruier (1427).

Ce sont, croyons-nous les cappelines berruyeres, mentionnées en 1415 par 255Juvénal des Ursins1439. Ces capelines s’étaient alors répandues en France où on les appelait chapeaux d’Allemagne ou berruiers1440. La physionomie des autres est donnée dans la figure 471441.

Chapeau d’Allemagne (1427)
47. — Chapeau d’Allemagne (1427).

Comme les berruiers, ils furent adoptés par quelques Français1442. On les rencontre également en Angleterre vers 14331443.

Ici se trouve terminé notre examen des images et des textes concernant l’adoubement des hommes d’armes à l’époque de Jeanne d’Arc et nous voilà maintenant en possession d’éléments qui vont nous permettre de tenter la reconstitution d’un harnais se rapprochant autant que possible de celui qu’un armurier de Tours forgea pour la Pucelle au mois d’avril de l’année 1429.

Nous avons vu qu’à cette date la cuirasse en quatre pièces, inaugurée en Italie dix ans auparavant, était devenue en France d’un usage général. La cuirasse qu’on reconstituera pour représenter la sainte en guerrière sera donc de cette sorte. De son encolure émergera un hausse-col de mailles bouclé sur la nuque1444. Elle sera courte de buste et complétée par une longue braconnière à la mode française, telle que l’ont montrée les documents contemporains. Cette braconnière pourra être raccourcie si l’on juge à propos d’y attacher les petites tassettes qui commençaient alors à être employées (figures 7 et 11). Elle recouvrira une première braconnière de mailles, visible sous sa dernière lame. Avec ou sans tassettes, il sera bon que la braconnière à lames soit suffisamment longue pour donner à l’armure le caractère de l’époque.

Bien que Jeanne ait porté plus volontiers la hampe de son étendard que la lance de combat, nous verrons cependant qu’elle eut, au moins une fois dans sa carrière, l’occasion de coucher le bois. En conséquence, nous riverons au plastron de sa cuirasse un arrêt de lance.

La question des garde-bras est plus difficile à résoudre et nous ne saurons jamais si ceux de la Pucelle étaient dispareils ou symétriques. On peut affirmer cependant que Jeanne, ayant eu dans certaines circonstances à revêtir des huques et des tabards par-dessus son armure, ne dut alors porter sous ces vêtements que des épaulières dépourvues des rondelles et des saillies qu’on remarque sur nos figures 3, 5 et 6.

Pour les avant-bras, garnis de leurs cubitières, nous n’aurons qu’à choisir parmi celles des figures précédentes qui montrent ces parties de l’armure en France, où elles furent sensiblement les mêmes pendant toute la première moitié du quinzième siècle.

Nous fiant à l’inventaire d’Amboise, nous ganterons la Pucelle de mitons, plus usités d’ailleurs de son temps que les gantelets à doigts séparés.

Les cuissots et le harnais de jambes pourront, comme les avant-bras, être pris indifféremment dans l’iconographie de ce chapitre, à l’exception toutefois des solerets à poulaines de 1445, représentés par la figure 18, car à l’époque de la Pucelle ces appendices, délaissés depuis vingt-cinq ans, n’avaient pas encore reparu et la mode était aux chaussures en ogive à pointe émoussée. Nous donnerons donc à notre Jeanne d’Arc des solerets semblables à celui qu’on distingue au pied d’un chevalier du Christ dans le retable de Saint-Bavon (fig. 10).

256On la coiffera d’un bacinet à camail, avec ou sans bavière, du genre de ceux qu’ont montré les figures 2, 25, 26, mais de préférence démuni de sa visière. Ce harnais de tête pourra être remplacé par une salade, accompagnée ou non d’une bavière. C’est nécessairement avec ce dernier casque qu’on représentera la sainte au siège de Saint-Pierre-le-Moûtier, puisque d’Aulon, témoin oculaire, nous a appris qu’à ce moment elle en était coiffée. On aura soin de choisir la salade de Jeanne parmi les types reproduit dans nos figures 29, 30, 31 et 32, les seuls qui nous semblent avoir été usités en France de son temps. Nous devons faire remarquer à ce propos l’anachronisme commis par Paul Dubois, lorsqu’il a casqué sa Jeanne d’Arc de la salade allemande à garde-nuque évasé en auvent circulaire de la fin du siècle.

Enfin les artistes qui auront à peindre l’attaque de Jargeau coifferont Jeanne de la chapeline d’assaut.

Le comte de Dunois, dans sa déposition au procès de réhabilitation, rapporte que le matin du dimanche 8 mai 1429, lendemain de la prise des Tourelles :

La Pucelle se leva du lit et s’arma simplement d’une légère cotte de mailles1445.

On lit d’autre part, dans la Chronique de la Pucelle, que, ce jour-là :

Elle estoit seulement armée d’un jesseran, pour la blesseure avoit eu en la journée de devant1446.

Ce qui confirme en le précisant le témoignage du comte de Dunois. Le jesseran, jazeran ou jaseran était en effet une cotte à mailles fines, plus légère que le haubergeon communément en usage, lorsqu’en armes on ne portait pas la cuirasse. Pour représenter l’héroïne, dans cette glorieuse matinée du 8 mai, en face des Anglais vaincus et battant en retraite, on devra donc remplacer sa cuirasse par un jaseran.

La figure 48 représente un harnais à la façon d’Italie, reconstitué d’après les documents étudiés au cours de ce chapitre.

Armure de Jeanne d’Arc (essai de reconstitution)
48. — Armure de Jeanne d’Arc (essai de reconstitution).

Il est porté par une jeune fille de dix-sept ans1447. Ainsi put paraître Jeanne d’Arc, revêtue de l’armure forgée pour elle à Tours, au mois d’avril de l’année 1429. On reconnaîtra, sur notre dessin, les différentes pièces qui composaient l’adoubement d’un homme d’armes dans la première moitié du règne de Charles VII, toutes ces pièces ayant été montrées et décrites en détail précédemment.

Il nous reste à dire que l’armure endossée par notre jeune modèle recouvre un vêtement de dessous, comprenant un brayer de peau de cerf, un gippon de toile pourpointé1448, dit pourpoint d’armer, des chausses également de toile et pourpointées, et une paire de souliers de cuir. Le corps du gippon est fait de trois toiles, ses manches, sa braconnière et les chausses, de deux seulement. Le gippon, lacé dans le dos, est muni d’un hausse-col de mailles, fixé sur un collet de toile, rendu rigide par son épaisseur et ses piqûres. Ce collet se ferme sur la nuque au moyen de deux petites courroies bouclées1449. Des pièces de mailles sont cousues à la toile du sous-vêtement, aux endroits qui ne sont pas protégés par l’armure, c’est-à-dire au gousset droit ; aux saignées des bras, aux jarrets, ainsi qu’a la partie interne des cuisses. En outre, un pan de mailles, circonscrivant le bassin, est suspendu sous 257la braconnière, dont il dépasse la dernière lame de façon à s’arrêter au bas des tassettes. On distingue ces derniers détails sur notre figure 48.

L’armement défensif de la Pucelle ainsi reconstitué de pied en cap, il nous reste à parler du harnachement de ses coursiers.

Vigoureux et léger à la fois, le coursier était le cheval de guerre par excellence. Jeanne, à Rouen, interrogée au sujet de son écurie, déclara qu’elle avait :

… cinq coursiers achetés de l’argent du roi, sans compter les trottiers, au nombre de plus de sept1450.

Les trottiers, pouvant fournir de longues traites dans un minimum de temps, étaient plus spécialement montés par les messagers1451.

La selle d’armes présentait la particularité d’être à la fois plus courte et plus haute de siège que ne l’étaient les selles de chasse, de voyage ou de promenade1452. Son troussequin et son arçon de devant, appelé ventrière parce qu’il protégeait le ventre du cavalier, se renforçaient parfois de plaques d’acier extérieurement (fig. 10). À part ces différences, elle était semblable aux selles d’usage pacifique dont nous avons montré plusieurs spécimens dans la première partie de ce livre, au chapitre concernant le harnachement du cheval de Vaucouleurs. Comme pour le voyage et les chevauchées du temps de paix, on se servait à la guerre de selles plates et de selles à troussequins saillants. Les premières étaient plus particulièrement usitées en Allemagne, tandis que la généralité des selles militaires françaises, anglaises et italiennes possédaient le troussequin saillant en forme de tau, dont les branches plus ou moins longues circonscrivaient d’autant le séant de l’homme d’armes.

Dans l’équitation moderne, il est recommandé aux cavaliers d’être assis sur sa selle comme sur une chaise1453, de ne creuser les reins en aucun cas1454 et de laisser tomber les jambes naturellement1455. Il en était jadis tout autrement. Loin d’être assis, l’homme d’armes du quinzième siècle se tenait debout sur ses étriers. Il cambrait les reins1456 et, par suite de la position 258des jambes tendues dans le prolongement des cuisses, il se trouvait avoir les talons très éloignés du ventre du cheval. Il était donc obligé, pour attaquer sa monture sans trop déplacer ses jambes, de se munir de longs éperons1457.

Semblable attitude était encore en faveur du temps de Louis XIV, ainsi qu’en témoignent les lignes suivantes empruntées à un ouvrage du duc de Newcastle1458 :

Lorsqu’il (le cavalier) est dans la selle, il doit s’y seoir droit sur l’enfourchure, et non sur les fesses, combien que plusieurs croyent que la nature les a faites pour s’asseoir dessus ; mais il ne faut pas s’en servir à cheval. Étant donc bien placé sur l’enfourchure dans le milieu de la selle, il doit s’avancer vers le pommeau le plus qu’il pourra, laissant la largeur de la main entre son derrière et l’arçon de la selle, tenant les jambes droites comme s’il était à pied, ses genoux et ses cuisses tournées en dedans vers la selle… Les esperons doivent être plustost longs de col que courts, parce qu’avec des esperons longs de col, le mouvement du cavalier est moindre (soit en corrigeant soit en aydant le cheval) tel qu’il luy convient, car ceux qui se tiennent le plus coy à cheval sont les plus grand maîtres en cet art, au lieu que les ignorants sont tousjours en agitation.

On voit par ce qui précède qu’anciennement il était de règle de maintenir, autant que possible, les jambes droites et rigides, alors que, de nos jours, on exige d’elles une toute autre position et qu’on leur accorde plus de mobilité. Ce fut seulement au dix-huitième siècle, à l’école de M. de La Guérinière, que les cavaliers commencèrent à s’asseoir sur la selle et qu’ils eurent la jambe plus près du corps du cheval.

On comprendra qu’un cavalier constamment debout sur ses étriers, comme l’étaient autrefois les gens d’armes, n’avait pas besoin d’une selle aussi longue de siège que les selles modernes. Si l’on examine les selles de guerre et de joute du quinzième siècle qui nous ont été conservées, on constate en effet que la longueur de leur siège, c’est-à-dire la distance qui existe entre l’arçon de devant et celui de derrière, ne mesure intérieurement que vingt-huit à trente centimètres au plus. Le séant s’y trouvait alors contenu et repoussé en avant par le troussequin, contribuant ainsi à maintenir le cavalier sur l’enfourchure. La selle à piquer, encore en usage de nos jours chez les écuyers de Saumur, plus courte de siège que la selle d’ordonnance, est un souvenir de ces anciennes selles, dites selles à corps, des hommes d’armes du temps des Valois.

La figure 491459 représente un des genres de selles d’armes qui, d’après les miniatures, paraissent avoir été les plus communément employés à l’époque de Jeanne d’Arc.

Selle d’armes (vers 1430)
49. — Selle d’armes (vers 1430).

Dans cet exemple, les quartiers sont fixés sur le siège dont ils cachent le bord inférieur. D’autres documents, contemporains du précédent, nous montrent au contraire le même type de selle avec le siège placé sur les quartiers, comme le fait comprendre la figure 501460.

Selle d’armes (vers 1440)
50. — Selle d’armes (vers 1440).

La selle qu’on distingue au premier plan dans les chevaliers du Christ du retable de Saint-Bavon possède des quartiers ainsi disposés (fig. 10). On remarquera la différence qui existe entre les pommeaux des ventrières dans les deux figures précédentes. Celui de la figure 49 consiste en un disque légèrement 259convexe, incurvé en avant, alors que le pommeau de la figure 50 se recourbe en volute comme celui de la selle du chevalier du Christ citée. On retrouve la même variété de pommeaux dans certaines selles plates1461. La plupart des ventrières de selles d’armes, semblent se ramener à ces deux types, du temps de Jeanne d’Arc. Quelques-unes furent élargies en forme d’écrans angulaires1462. Après 1440, les pommeaux à disques seront parfois bilobés.

Quant aux brides, mors, rênes, poitrails et culières, ils étaient semblables dans les harnais civils et militaires.

Ce fut seulement à la fin du règne de Charles VII qu’on s’avisa de protéger la tête de quelques chevaux de guerre par un chanfrein d’acier. Jusque-là, cette défense, qui remontait au début du quatorzième siècle, semble n’avoir été de mise que dans les joutes1463 et les tournois1464, comme en témoignent à la fois les textes et les images. L’adoption à la guerre des bardes de poitrail, de flancs, de croupe et d’encolure fut encore plus tardive et d’ailleurs assez rare. Les coursiers du temps de Jeanne d’Arc apparaissaient donc dans les batailles sans aucune pièce d’armure.

Homme d’armes couchant le bois (vers 1430)
51. — Homme d’armes couchant le bois (vers 1430).

La figure 511465 offre un des aspects sous lesquels on les rencontre le plus souvent dans l’iconographie de la période qui s’étend de 1425 à 1440, où les longs pendants de croupières, découpés en façon de lambeaux feuillus, tels qu’on les voit sur notre dessin, furent très en faveur. Il y a par conséquent beaucoup de probabilités pour que les croupières des chevaux de la Pucelle aient été munies de ces appendices. Les figures 1, 2 et 15 260du chapitre consacré au harnachement de voyage les ont déjà montrés dans le harnais civil. Lorsqu’en 1438, le dauphin Louis fit son entrée à Toulouse, sous un ciel porté par les capitouls, la croupière de son palefroi était agrémentée de ces lambrequins qui servaient de chasse-mouches en même temps que d’ornements1466. On a vu par nos dessins que les poitrails se trouvaient souvent garnis de pendants semblables à ceux des croupières, mais sensiblement plus courts.

Les figures 14, 16 et 20 du chapitre réservé au harnachement du cheval monté par Jeanne, de Vaucouleurs à Chinon, ont fourni des exemples de harnais façonnés d’autres sortes. Nous en donnons de nouvelles variétés dans la figure 52, qui représente des croupières de chevaux de bataille1467.

Culières (vers 1430)
52. — Culières (vers 1430).

Tous ces différents types de harnais, reproduits d’après des documents d’environ 1430, purent être portés par les cinq coursiers de la Pucelle. Nous croyons donc qu’on ne risquera de commettre aucun anachronisme en employant les uns ou les autres dans les représentations équestres de notre libératrice.

Notes

  1. [1244]

    Août 1415 : Brit. Mus., Add. chart., 2607.

  2. [1245]

    Avril 1429 : Quicherat, Procès, t. V, p. 257, 258.

  3. [1246]

    Juin 1429 : Lucien Merlet, Registres et minutes des notaires du comte de Dunois, (1369-1676), p. 19. 20.

  4. [1247]

    Publié par René de Belleval en 1866.

  5. [1248]

    On appelait harnois blanc l’armure toute unie en acier ou en fer poli. (R. de Belleval, Du Cost. milit. des Français en 1446, p. 15). — Le harnois blanc est toujours l’armure rigide, ainsi appelée pour la différencier, soit de la brigandine, soit du jacque ou même du haubergeon. (Charles Buttin, Le Guet de Genève au XVe siècle, 1910, p. 44).

  6. [1249]

    1390 : Pros., Inventaires des ducs de Bourgogne, t. II, n° 3426.

  7. [1250]

    Bibl. nat., fr. 598, fol. 103.

  8. [1251]

    Vers 1410 : Bibl. nat., fr. nouv. acq., 6352, fol. 8 ; lat. 11269, fol. 13.

  9. [1252]

    R. de Belleval, Du Cost. milit. des Français en 1446, p. 77-78.

  10. [1253]

    Guide des amateurs d’armes, p. 335.

  11. [1254]

    1368 : … et pour la maille d’uns cuissos et d’unes seingnées, pour Mgr, 3 fr. (Prost, Inventaires des ducs de Bourgogne, t. I, n° 893.) Les expressions uns cuissos, unes seingnées signifiaient une paire de cuissots et une paire de saignées.

  12. [1255]

    1396 : Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. I, p. 26.

  13. [1256]

    Ce mot de brigand était alors synonyme d’homme de pied et n’avait pas un sens aussi péjoratif que celui qu’il acquit dans la suite.

    1411. — Invent. de l’écurie du roi, fol. 118, ap. Gay, Gloss. archéol., t. I, p. 219.

    1458. — Antoine de la Sale, Des anciens Tournois et Faicts d’armes, p. 210.

    1488. — Ordonn. des rois, t. XX, p. 156.

  14. [1257]

    Voir pour les brigandines et tout ce qui concerne l’armure en général l’excellent ouvrage de Charles Buttin, Le Guet de Genève au XVe siècle, 1910.

  15. [1258]

    M. Fernand de Mély a démontré d’une façon probante, à notre avis, que cette intéressante petite armure ne peut avoir appartenu qu’au dauphin Charles (plus tard Charles V) à l’âge de treize ans et date d’environ 1353. (Le Trésor de Chartres, p. 81).

  16. [1259]

    1389. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, nos 3254, 3310.

    1390. — Id., Ibid., nos 3456, 3528.

  17. [1260]

    Bibl. nat., fr. 2810, fol. 199 verso.

  18. [1261]

    Germain Demay, Le Costume au moyen âge d’après les sceaux, 1880, p. 184.

  19. [1262]

    Froissart, Chroniques, t. X, p. 198.

  20. [1263]

    Vers 1380 : Cathédrale de Bâle, statue équestre de saint Georges.

  21. [1264]

    Vers 1330 : Bibl. nat., fr. 22496, fol. 1.

  22. [1265]

    Vers 1400. — Bibl. nat., fr. 598, fol. 82. — Bibl. de Nantes, 28, folios 110, 189 verso. — Bibl. de Troyes, 179, fol. 5.

    1410. — Bibl. nat., fr. 20352, fol. 131 verso ; fr. nouv. acq. 1255, fol. 12 verso.

  23. [1266]

    Châlons-sur-Marne, Église Saint-Alpin.

  24. [1267]

    Vers 1410. Bibl. nat., fr. 2810, folios 245 verso, 246 verso, 248 verso, 249, 253, 258 verso.

    Vers 1415. — Ibid., fr. 17183, fol. 5.

  25. [1268]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 259 fol. 378 verso.

    Vers 1413. — Ibid., fr. 836, fol. 71 verso.

    Vers 1420. — Ibid., fr. 2664, fol. 1.

  26. [1269]

    Musée du Louvre.

  27. [1270]

    Lucien Merlet, Registres et minutes des notaires du comte de Dunois, (1369-1676), p. 15.

  28. [1271]

    Florence, Galerie des Offices.

  29. [1272]

    Add. MS. 18850, fol. 288 v°.

  30. [1273]

    Vers 1433. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 394 verso.

    1440. — Toulouse, Archives du Capitole, Les Saints, patrons de la Ville, saint Michel.

    Vers 1440. — Heures de Turin, fol. 59 verso.

    1444. — Bibl. nat. fr. 824, fol. 99. / 1456. — Miracles de Notre-Dame, t. II, pl. 48.

    1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066, folios 280 verso, 286.

  31. [1274]

    Bibl. nat., lat. 17294, folios 303, 335 verso, 589 verso, etc.

  32. [1275]

    Ibid., lat. 1176. fol. 83. — Heures de Turin, folios 71 verso, 77 verso.

  33. [1276]

    Miracles de Notre-Dame, t. II, pl. 2.

  34. [1277]

    Bruxelles, Bibl. roy., 6, fol. 417 verso ; 7, fol. 30 verso.

  35. [1278]

    R. de Belleval, Du Cost. milit. des Français en 1446, p. 8, 9.

  36. [1279]

    Bibl. nat., fr. 22496, fol. 1.

  37. [1280]

    Bibl. nat., lat. 17294 folios 303, 589 verso.

  38. [1281]

    Vers 1350. — Florence, Musée Stibbert.

  39. [1282]

    Gries, Bibl. des Benedictins, Spec. human. salvat., Armure de David dans la miniature représentant Abigaïl apaisant le courroux de ce monarque.

  40. [1283]

    Vers 1430. — Gand, Église Saint-Bavon, Retable de l’Agneau, Les chevaliers du Christ. — Dresde, Ex. Bibl. roy., M. 66, fol. 197.

    1437. — Musée de Berlin, Retable de Hans Multscher, Le Christ devant Pilate.

    1441. — Nuremberg, Mus. German., 998, folios 20, 107.

  41. [1284]

    Vers 1430. — Dresde, Ex. Bibl. roy., M. 66, folios 39, 121, 188, 226.

    1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19. folios 4 verso, 6 verso, 8 verso.

    1435. — Bibl. de Carlsruhe, XXVII, folios 129, 259 verso ; XXVIII fol. 229.

  42. [1285]

    1428. — Hefner-Alteneck, t. IV, pl. 245.

    Vers 1430. — Gand, Retable de Saint-Bavon, Les chevaliers du Christ. — Dresde, Ex. Bibl. roy., M. 66, nombreux exemples.

    1437. — Musée de Berlin, Retable de Hans Multscher, Le Christ devant Pilate.

    1441. — Nuremberg, Mus. german., 998, fol. 179.

  43. [1286]

    1407. — Hefner-Alteneck, t. IV, pl. 231.

    1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19, folios 2 verso, 6 verso. — Hefner-Alteneck, t. IV, pl. 217.

    1437. — Musée de Berlin, Retable de Hans Multscher, Le Christ devant Pilate.

  44. [1287]

    1424-1435. — Musée de Hambourg, Mᵉ Francke, Retable de saint Thomas de Cantorbéry.

  45. [1288]

    1430. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XXI.

    1433. — Ibid., pl. XXXIV.

    1444. — Brit. Mus., Harl. MS. 4605, fol. 95.

  46. [1289]

    Harl. MS. 2278, folios 37, 86.

  47. [1290]

    Amsterdam, Musée d’Antiquités, Statuettes de Guillaume VI, comte de Hollande.

  48. [1291]

    Vers 1440. — Dessin de Jacopo Bellini (Recueil du Louvre).

  49. [1292]

    1427. — Gries, Bibl. des Benedictins, Spec. human. salvat., plusieurs exemples / Vers 1430. — Dresde, Ex-Bibl. roy., M. 66, folios 28, 39, 121, 140, 197, 467.

    1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19, folios 2 verso, 6 verso.

    1435. — Bibl. de Carlsruhe, XXVII, fol. 129 verso ; XXVIII, fol. 229.

    1441. — Nuremberg, Mus. german., 998, fol. 20.

  50. [1293]

    Vers 1430. — Gand, Retable de Saint-Bavon, Les Chevaliers du Christ.

    1414. — Hefner-Alteneck, t. IV, p. 219.

  51. [1294]

    Vers 1428. — Bibl. nat. lat. 1156 B, fol. 171.

  52. [1295]

    Vers 1430. — Ibid., fr. 2676, fol. 1.

  53. [1296]

    Vers 1445. — Berne, Mus. histor., Tapisserie dite de l’empereur Trajan.

    1450. — National Gallery, B. Gozzoli, Rapt d’Hélène.

    1454. — Stothard et Kempe, Monumental effigies in Great Britain, Tombeau de Richard Beauchamps, comte de Warwick, mort en 1439 (Planches 121-124).

  54. [1297]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 199 verso.

    1450. — Ibid., fr. 229, fol. 233. — National Gallery, P. Ucello, Bataille de Saint-Egidio.

  55. [1298]

    Vers 1430. — Florence, Gal. ant. et mod., Fra Angelico, Jésus montant au Calvaire.

    1435. — Bibl. nat., fr. 182, fol. 195.

    1440. — Ibid., fr. 235, fol. 144 verso.

  56. [1299]

    T. IV, pl. 245.

  57. [1300]

    John Hewitt, Ancient Armour and Weapons in Europe, 1855, t. III, p. 436. — Waller, Monumental Brasses, pl. 37.

  58. [1301]

    Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 764, fol. 6 verso.

  59. [1302]

    Vers 1400. — Bibl. de Troyes, 179 fol. 5.

    1425. — Ex-Bibl. imp. de Vienne, 1855, fol. 153 verso.

    1433. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 364 verso.

  60. [1303]

    R. de Belleval, Du Costume militaire des Français en 1446, p. 3.

  61. [1304]

    Le Jouvencel, t. II, pp. 85, 86.

  62. [1305]

    1401. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. 1.

    1415. — Ibid., pl. XXI.

    1433. — Waller, Monumental brasses, pl. 37.

    1444. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XLVII.

  63. [1306]

    1346. — Église de Saint-Denis, statue de Charles, comte d’Alençon.

    1417. — Strutt, Antiquities of England, pl. LIX.

  64. [1307]

    1407. — Helmer-Alteneck, t. IV, pl. 229.

  65. [1308]

    Vers 1415. — Bibl. de l’Arsenal, 5193, fol. 140 verso.

  66. [1309]

    1419. — Châlons-sur-Marne, Église Saint-Alpin, Église funéraire de Poincaré de Juvigny (fig. 3).

    Vers 1433. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, fol. 86.

  67. [1310]

    Vers 1460. — Ex-Bibl. imp. de Vienne, 2597 fol. 15.

    1465. — Bruxelles, Bibl. roy., 9392, fol. 17 verso.

    1470. — Ibid., 6 fol. 433 verso ; 7, folios 36 verso, 134.

  68. [1311]

    Vers 1415. — Bibl. de l’Arsenal, 5193, folios 37, 151 verso, 305.

    1425. — Bibl. nat., fr. 20087, fol. 267 ; fr. 20088, fol. 453 verso.

  69. [1312]

    Vers 1415. — Bibl. de l’Arsenal, 5193, fol. 305.

  70. [1313]

    1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066-68, nombreux exemples.

    Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 247, fol. 70.

    Vers 1465. — Bruxelles, Bibl. roy., 9392, très nombreux exemples.

    Vers 1480. — Bruges, Académie des Beaux-Arts, Memling, saint Georges terrassant le dragon.

  71. [1314]

    Florence, Musée national, Portraits de Pippo Spano et de Farinata degli Uberti.

  72. [1315]

    Musée du Louvre, Les Lances. — National Gallery, Bataille de San Romano.

  73. [1316]

    1446 : Olivier de la Marche, Mémoires, t. II, p. 103.

  74. [1317]

    Vers 1440 : Heures de Turin, fol. 71 v°.

  75. [1318]

    Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 33, fol. 225 verso. — Berne, Musée historique, Tapisserie dite de l’empereur Trajan.

    Vers 1460. — National Gallery, B. Gozzoli, Bapt. d’Hélène.

  76. [1319]

    Vers 1445. — Recueil du Louvre.

  77. [1320]

    Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 229, fol. 235. — National Gallery, P. Uccello, Bataille de Saint-Egidio.

    Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 6465, folios 76, 104 verso, 113, 140, 166 verso, 338 verso.

    Vers 1470. — Bruxelles, Bibl. roy., 9967, folios 107, 166 verso.

    1470. — Ibid., 6, fol. 151 verso ; 7, fol. 48 ; 8, folios 168, 254 verso.

  78. [1321]

    1407. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. VII.

    1414. — Hewitt, Ancient armour and weapons in Europe, t. III, p. 380.

    1415. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XXI.

  79. [1322]

    1430. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XXXI.

    1432. — Ibid., t. I, part. II, pl. XLV.

    1433. — Ibid., t. II, part. II, pl. XXXVI.

    Vers 1433. — Brit. Mus., Harl. MS. 3278, fol. 86.

    1442. — Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XXI.

    1444. — Ibid., pl. XLVI.

    1457. — Ibid., pl. XXI.

  80. [1323]

    Hewitt, t. III, p, 448.

  81. [1324]

    1433 : Waller, Monumental brasses, pl. 37.

  82. [1325]

    Mathieu d’Escouchy, t. I, p. 109.

  83. [1326]

    Julien Chappée, La tenue de chasse du roi René, 1912, p. 15.

  84. [1327]

    Douët d’Arcq, Comptes de l’argenterie, pp. 128-129.

  85. [1328]

    1372. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 1586.

    1375. — Id., Ibid., n° 1589.

    1378. — Id., Ibid., t. II, n° 268.

  86. [1329]

    1388. — Id., Ibid., n° 2474.

  87. [1330]

    R. de Belleval, Du cost. milit. des Français en 1446, p. 3.

  88. [1331]

    Voir plus haut, p. 230.

  89. [1332]

    Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 2672, fol. 150. — Florence, Gal. ant. et mod., Fra Angelico, Jésus montant au Calvaire.

    Vers 1433. — Bibl. nat., lat. 17294, folios 335, 589 verso. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, fol. 86.

    Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 111, folios 157 verso, 268 ; fr. 22553, folios 75, 86. — Bibl. d’Amiens, 483, folios 1, 12, 61 verso.

  90. [1333]

    Vers 1440. — Florence, Musée national, Andrea del Castagno, La reine Thomyris.

    1460. — Chantilly, Musée Condé, Heures d’Étienne Chevalier, Adoration des Mages.

  91. [1334]

    1417. — Bibl. nat., lat. 14620, fol. 3.

    1420. — Ypres, hospice Saint-Nicolas. Tableau représentant la famille Belle.

    Vers 1425. — Bibl. nat., lat. 1158, fol. 91.

    Vers 1428. — Bibl., lat. 1156, fol. 171.

    Vers 1430. — Bibl., fr. 2075, fol. 74 ; fr. 20097, fol. 267 ; lat. 18026, fol. 105.

    Vers 1435. — Bibl., lat. 17294, folios 355 verso, 394 verso. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, fol. 66 verso.

    1434. — Brit. Mus., Harl. MS. 4905, folios 41, 95.

    Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 23401, folios 95, 86 verso. — Heures de Turin, folios 59 verso, 77 verso.

    1445. — Musée de Bâle, saint Georges.

    Vers 1450. — National Gallery, P. Uccello, Bataille de Saint-Egidio. — Florence, cathédrale, P. Uccello, Monument de Giovan. Acuto.

    1456. — Murail de Notre-Dame, s. II, planche 48, 55.

    Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 12601, fol. 40 verso. — Ex-bibl. imp. de Vienne, 2597, fol. 15.

  92. [1335]

    Vers 1450. — National Gallery, P. Uccello, Bataille de Saint-Egidio.

  93. [1336]

    Vers 1465. — Le Jouvencel, t. II, pp. 100, 101.

  94. [1337]

    Bibl. nat., fr. 2676, fol. 1.

  95. [1338]

    Ex-bibl. imp. de Vienne, 2577, fol. 1.

  96. [1339]

    R. de Belleval, Du Cost. milit. des Français en 1446, p. 3.

  97. [1340]

    Chantilly, Musée Condé.

  98. [1341]

    1427. — Gries, Bibl. des Bénédictins, Speculum humanæ salvationis, Armures d’Eléazar, de Samgar, de Cyrus.

    Vers 1430. — Dresde, Ex-Bibl. roy., M. 66, folios 121, 125, 140, 142 verso, 467.

    1441. — Nuremberg, Mus. german., 198, fol. 20.

  99. [1342]

    R. de Belleval, Du cost. milit. des Français en 1446, pp. 2, 3.

  100. [1343]

    Ch. Buttin, Le Guet de Genève, textes s’échelonnant de 1285 à 1382, pp. 61, 62.

  101. [1344]

    La baleine se trouvait alors plus abondante que de nos jours et il n’était pas rare d’en rencontrer sur les côtes de France, notamment dans le golfe de Gascogne, comme le prouvent le sceau de Fontarabie en 1335 et celui de Biarritz en 1351.

  102. [1345]

    Ch. Buttin, Le Guet de Genève, textes de 1294 à 1387, pp. 61-63, 65.

  103. [1346]

    Ch. Buttin, Le Guet de Genève, pp. 65, 66, 70.

  104. [1347]

    Bibl. de l’Arsenal, 4790, fol. 149 v°.

  105. [1348]

    Vers 1390. — Musée de Dijon, Jacques de Baerze, Statuette de saint Michel.

    1410. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 245 verso.

    1415. — Bibl. de l’Arsenal, 5193, folios 136 verso, 271.

  106. [1349]

    Bibl. de l’Arsenal, 4790, manuscrit exécuté de 1430 à 1450 environ.

  107. [1350]

    Bibl. nat., lat. 17294, fol. 394 v°.

  108. [1351]

    Gries, Bibl. des Bénédictins, Speculum humanæ salvationis, plusieurs exemples.

  109. [1352]

    Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, planches 119, 120.

  110. [1353]

    1427. — Bibl. des bénédictins de Gries, Specul. humanæ salvationis, plusieurs exemples.

    Vers 1430. — Cathédrale de Cologne, Stephan Lochner, Adoration des Mages.

    Vers 1490. — Musée de Bruxelles, Retable d’Outremont.

  111. [1354]

    1316. — Un cuisseaux gambozeci, uns sans poulains… (Invent. de Louis X, ap. Gay, Glos. archéol., p. 523).

    1352. Douët d’Arcq, Comptes de l’Écurie, p. 129.

  112. [1355]

    Basilique de Saint-Denis, pierre gravée provenant de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers.

  113. [1356]

    Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. V, p. 310, fig. 5.

  114. [1357]

    Id. Ibid., p. 309, fig. 3 bis. — Vers 1465, Bibl. nat., fr. 50, fol. 71.

  115. [1358]

    Vers 1400. — Pierre de Sainte Catherine du Val des Écoliers (Voir fig. 22).

    Vers 1330. — Bibl. nat., fr. 2676, fol. 1.

    Vers 1435. — Bibl., fr. 22553, fol. 90 verso.

  116. [1359]

    1394. — Musée de Dijon, Statuette de saint Michel par Jacques de Baerze.

    1418. — Musée du Louvre, Pierre tombale d’un chevalier italien (Voir fig. 4).

    Vers 1440. — Heures de Turin, fol. 77 verso.

  117. [1360]

    1412. — Musée du Louvre, Effigie funéraire de Pierre de Navarre, comte de Mortain.

    1424-1435. — Musée de Hambourg, Me Francke, Retable de saint Thomas de Cantorbéry.

  118. [1361]

    1328. — Sienne, Palais Public, Simone Martini, Portrait de Guido Riccio da Fogliano.

    1418. — Musée du Louvre, Pierre tombale d’un chevalier italien (Voir fig. 4).

    Vers 1470. — Ex-Bibl. imp. de Vienne, 4, fol. 1.

    Vers 1475. — Milan, Galerie Brera, Piero della Francesca, Portrait du duc d’Urbino.

    Vers 1490. — Sienne, Cathédrale, Pinturicchio, Portrait d’Alberto Arringhieri.

  119. [1362]

    À remarquer dans cette figure la disparité exceptionnelle des deux genouillères, celle de gauche se trouvant munie d’une sorte de gaillardet, destiné à protéger l’articulation de ce côté, particulièrement exposé dans la joute.

  120. [1363]

    Brit. Mus., Harl. MS. 4605, fol. 41.

  121. [1364]

    Musée de Bâle, saint Georges.

  122. [1365]

    Bibl. nat., fr. 93, folios 111 v°, 160, 250 v°.

  123. [1366]

    Bibl. nat., fr. 19, fol. 110.

  124. [1367]

    Vers 1470. — Ex-Bibl. imp. de Vienne, 2597, fol. 15.

    1480. — Bibl. nat., fr. 394, fol. 1.

  125. [1368]

    Chantilly, Musée Condé, Heures d’Étienne Chevalier, Adoration des Mages.

  126. [1369]

    Musées du Louvre.

  127. [1370]

    Case 20, Class 111, 160.

  128. [1371]

    Milan, Galerie de Brera, Piero della Francesca, Portrait du duc d’Urbin.

  129. [1372]

    Sienne, Cathédrale, Pinturicchio, Portrait d’Alberto Arringhieri.

  130. [1373]

    Voir fig. 5.

  131. [1374]

    Vers 1475 : Rome, Palais Barberini.

  132. [1375]

    Du latin cassis (casque). On trouve dans Froissart (Chroniques, t. VIII, p. 129) : quasse d’achier.

  133. [1376]

    Bibl. de l’École des Chartes, 2e série, t. IV, p. 411.

  134. [1377]

    Blessée devant la porte Saint-Honoré, le 8 septembre 1429, Jeanne d’Arc offrit dès le lendemain, en ex-voto à l’église de Saint-Denis, une armure blanche et une épée. Ce fait est ainsi rapporté dans la minute française du Procès (Bibl. nat., lat. 8838, fol. 24 verso) :

    Interroguée quelz armes elle offry à saint Denis : respond que ung blanc harnas entier à ung homme d’armes, avec une espée ; et la gaigna devant Paris.

    Après la mort de l’héroïne, ses juges firent translater la minute française en latin. Le scribe chargé de ce travail, traduisit inexactement la phrase précitée de la façon suivante :

    Interrogata qualia arma obtulit in ecclesia Sancti-Dionisii in Francia : respondit quod obtulit album harnesium suum, gallice un blanc harnoys, integrum, tale sicut uni homini armorum congruit… — (Bibl. nat., lat. 5965, fol. 56 v° ; lat. 5966, fol. 77 v°).

    Nous ferons d’abord remarquer que album harnesium suum n’est pas la traduction fidèle de un blanc harnoys. Mais en outre, cette phrase des interrogatoires, répétée plus loin dans le jugement, porte unum, qui est évidemment la vraie version, au lieu de suum (Bibl. nat., lat. 5963, fol. 98 v° ; lat. 5966, fol. 129). Ainsi donc, ce n’est pas son armure, comme certains l’ont prétendu, que la Pucelle offrit à Saint-Denis, mais un harnais quelconque d’homme d’armes.

  135. [1378]

    Mathieu d’Escouchy, t. III, Pièces justificatives, p. 255.

  136. [1379]

    Froissart, Chroniques, t. III, p. 15 ; t. IV, p. 142 ; t. IX, p. 36.

  137. [1380]

    1190 : Huon de Bordeaux, v. 1901, ap. Gay, Glossaire archéologique, p. 98.

  138. [1381]

    Bibl. de l’Arsenal, 621, fol. 334 v°.

  139. [1382]

    Bibl. de Troyes, 179, fol. 100.

  140. [1383]

    Musée du Louvre, Tombeau de Philippe Pot.

  141. [1384]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2810, folios 245 verso, 249.

    Vers 1415. — Ibid., fr. 2612, fol. 17. — Brit. Mus., Harl. MS. 4431, fol. 136 verso.

    1427. — Gries, Bibl. des Bénédictins, Specul. human. schol., Bacinet de Goliath.

    Vers 1430. — Bibl. de l’Arsenal, 4790, folios 49 verso, 52 verso.

    Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 761, fol. 6 verso.

    1456. — Miracle de Notre-Dame, t. II, pl. 2.

  142. [1385]

    1369 : Froissart, Chroniques, t. VII, p. 203.

  143. [1386]

    1386 : Prost, Inventaires des ducs de Bourgogne, t. II, nos 1437, 1451. — Guy Alexis Lobineau, Pr. de l’Histoire de Bretagne, t. II, col. 677.

  144. [1387]

    1399 : Inventaire de Richard Picque, p. 30.

  145. [1388]

    Vers 1415. — Brit. Mus., Harl. MS. 4431, fol. 136 verso.

  146. [1389]

    1425. — Helmer-Alteneck.

    1432. — Bruxelles, Bibl. roy., 9264, fol. 1.

  147. [1390]

    1415. — Bibl. nat., Est. Oa 13, fol. 59.

  148. [1391]

    Dans un compte de 1417, conservé aux Archives camérales de Turin, on voit qu’à cette date le duc de Savoie, Amédée VIII, fit venir trois salades de Milan pour trois de ses chevaliers (Buttin, Le Guet de Genève, p. 94). C’est la plus ancienne mention qu’on ait découverte de ce genre de casque. D’autres documents signalent ensuite des salades appartenant au duc Philippe le Bon de 1420 a 1422 (Ibid., p. 75, 89, 90). En 1423, ce prince donne une salade d’espreuve à son bâtard Guyot, (Ibid., p. 55). Mais, d’après l’iconographie, l’usage de la salade ne commença à se généraliser en France que vers 1430.

  149. [1392]

    Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 248.

  150. [1393]

    Vers 1435. — Tableau représentant la famille Juvénal.

    1430. — Bibl. nat., fr. 9632, fol. 41 verso. — Chantilly, Musée Condé, Heures d’Étienne Chevalier, Adoration des Mages. — Berne, Mus. histor., Tapisserie de l’empereur Trajan.

    1430. — Miracle de Notre-Dame, t. I, pl. 47.

    1430. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066, fol. 303.

  151. [1394]

    Bibl. nat., fr. 2676. fol. 1.

  152. [1395]

    Olivier de la Marche, Mém., t. II, pp. 152, 153, 165.

  153. [1396]

    Vers 1435 : Bibl. nat., fr. 22553, fol. 75.

  154. [1397]

    Le plus ancien exemple de salade à visière que nous ayons rencontré dans l’iconographie anglaise date de 1458, Hewitt, Ancient Armour and Weapons in Europe, t. III, p. 468.

  155. [1398]

    Le Fèvre de Saint-Rémy, Mém., t. II, p. 265, 266.

  156. [1399]

    Vers 1433. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 315 verso.

  157. [1400]

    Vers 1433. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 303.

  158. [1401]

    Vers 1410. — Ibid., fr. 2810, fol. 89 verso.

    1420. — Ypres, hospice Saint-Nicolas, Tableau représentant la famille Belle, salade du saint Georges.

    Vers 1433. — Brit. Mus. Harl. MS. 2278, fol. 86.

    Vers 1435. — Bibl. nat., fr. 2651, fol. 271 verso.

    Vers 1455. — Ibid., fr. 12601, folios 144, 155.

  159. [1402]

    1431. — Gay, Gloss. archéol., t. II, p. 317.

    1451. — Bibl. nat., fr. 12476, fol. 9 verso.

  160. [1403]

    Vers 1445. — Brit. Mus., Royal MS. 15 E vi, fol. 23.

  161. [1404]

    Buttin, Le Guet de Genève, p. 74.

  162. [1405]

    Bibl. nat., fr. 357, fol. 14 v°.

  163. [1406]

    Deux de ces casques sont des salades, le troisième est un bacinet.

  164. [1407]

    Signalons en passant l’erreur de Victor Gay qui a pris le grand chaperon autrefois porté par les cardinaux sous la chapeline pour la coiffe de ce chapeau, lorsqu’il le décrit ainsi au mot capeline de son Glossaire archéologique (p. 276) : C’est un chapeau généralement large, dont la coiffe pendante couvrait la nuque et les oreilles, retombant sur les épaules en manière de camail. L’expression coiffe pendante est d’ailleurs inintelligible.

  165. [1408]

    1389 : Invent. de Richard Picque, p. 36.

  166. [1409]

    R. de Belleval, Du Cost. milit. des Français en 1446, p. 2.

  167. [1410]

    Vers 1435. — Bibl. nat., fr. 22553, fol. 75.

  168. [1411]

    Vers 1440. — Ibid., fr. 33, fol. 120 verso.

  169. [1412]

    Vers 1450. — Ibid., fr. 232, fol. 149 verso. Cette chapeline est vue par derrière.

  170. [1413]

    Vers 1400. — Bibl. de Troyes, 179, fol. 222 verso.

  171. [1414]

    Vers 1430. — Bibl. nat., lat. 17294.

  172. [1415]

    1470. — Bruxelles, Bibl. roy., 8, fol. 72 verso.

  173. [1416]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 259, fol. 415.

  174. [1417]

    Vers 1415 : Bibl. de l’Arsenal, 5193, fol. 198.

  175. [1418]

    Une capeline de fer.

    Deux chapeaux de Montauban, 8 s.

    Trois vieilles testes de fer, 3 s.

    (Bibl. de l’Acad. d’Épic., p. 36.)

  176. [1419]

    Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 179.

  177. [1420]

    1396. — Bibl. nat., fr. 314, fol. 279 verso.

    Vers 1410. — Bibl. de Besançon, 861, fol. 358.

    Vers 1455. — Bibl. nat., lat. 17294, fol. 1460. — Ibid., fr. 226, folios 197, 120 verso.

    Vers 1460. — Ibid., fr. 232, fol. 149 verso.

    Vers 1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066, fol. 106 verso ; 9067, folios 218 verso, 221 ; 9068, fol. 73.

    Vers 1465. — Ibid., 9505, fol. 92 verso.

    1470. — Ibid., 8, folios 65 verso, 202 verso.

  178. [1421]

    Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 40, fol. 50 verso.

    1467. — Bruxelles. Bibl. roy., 9243, fol. 279.

    Vers 1470. — Bibl. nat., fr. 64, fol. 400. — Bruxelles, Bibl. roy., 9244, loi. 176 verso.

    Vers 1475. — Bibl. nat., fr. 39, folios 164, 233 verso.

  179. [1422]

    Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 245.

  180. [1423]

    1460 : Bruxelles, Bibl. roy., 9068, fol. 73.

  181. [1424]

    Sepulchral monuments in Great Britain, t. II, part. II, pl. XVLII.

  182. [1425]

    Joseph Strutt, The Regal and Ecclesiastical Antiquities of England, 1773, pl. LIX.

  183. [1426]

    John Hewitt, Ancient Armour and Weapons in Europe, t. III, p. 416.

  184. [1427]

    Bibl. nat., lat. 1158, fol. 28.

  185. [1428]

    Le catalogue du British Museum mentionne ce bacinet comme étant du quatorzième siècle. Nous croyons qu’il ne remonte guère au delà du quinzième.

  186. [1429]

    On peut voir à Paris, dans la riche collection Pauilhac, un très beau bacinet à visière hémisphérique des premières années du quinzième siècle, offrant un dispositif analogue.

  187. [1430]

    Vers 1410 : Bibl. nat., fr. 2810, fol. 244.

  188. [1431]

    Vers 1433. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, folios 48 verso, 69, 86.

  189. [1432]

    Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2819, fol. 244. — Bibl. de l’Arsenal, 3479, fol. 360 verso.

    1415. — Brit. Mus., Harl. MS. 4431, fol. 136.

  190. [1433]

    Vers 1433. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, folios 30, 37.

  191. [1434]

    Brit. Mus., Harl. MS. 4605, fol. 41.

  192. [1435]

    Brit. Mus., Harl. MS. 2278, folios 86, 89.

  193. [1436]

    1414. — Helmer-Alteneck, t. IV, pl. 240, Louis von Hutten.

    1431. — Ibid., pl. 247, Philippe von Ingelheim.

    Vers 1410. — Bibl. nat., lat. 512, fol. 39 verso.

  194. [1437]

    Gries, Bibl. des Bénédictins, Speculum humanæ salvationis, Goliath combattu par David.

  195. [1438]

    Ibid., David lapidant Goliath.

  196. [1439]

    Histoire de Charles VI, p. 519.

  197. [1440]

    1420 : L. de Laborde, Les ducs de Bourgogne, t. II, nos 4123, 4126.

  198. [1441]

    1427 : Gries, Bibl. des Bénédictins, Speculum humanæ salvationis, plusieurs exemples.

  199. [1442]

    Vers 1430 : Bibl. de l’Arsenal, 4790, folios 2, 47 v°. — 1440 : Bibl. d’Amiens, 483, fol. 12.

  200. [1443]

    Brit. Mus., Harl. MS. 2278, fol. 86.

  201. [1444]

    Voir la figure 4 du chapitre de la Coiffure.

  202. [1445]

    Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 194.

  203. [1446]

    Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 297.

  204. [1447]

    C’est à l’habileté professionnelle justement réputée de M. Boutillier, armurier de l’Opéra, que nous devons l’exécution de ce harnais.

  205. [1448]

    C’est-à-dire ouaté et piqué.

  206. [1449]

    Voir p. 41, fig. 4.

  207. [1450]

    Fabre, Procès de condamnation, p. 3. — Pierre Champion, Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, t. I, p. 91 ; t. II, p. 74.

  208. [1451]

    Il y avait encore les palefrois, les destriers, les haquenées et les roncins. De belle taille et de fière allure, mais ayant moins de fond que les coursiers, les palefrois servaient de montures de parade. Pour la joute, on avait recours à de grands et forts chevaux appelés destriers. On a prétendu jusqu’ici que ce nom leur venait de ce qu’on les tenait en main de la main droite, sans réfléchir qu’aucun cheval n’ayant jamais été tenu en main autrement, il résulterait de cette explication que tous les chevaux, depuis les plus distingués jusqu’aux plus communs, auraient été des destriers. À notre avis, on appelait les chevaux de joute destriers parce qu’ils étaient dressés à galoper exclusivement sur le pied droit, afin que le jouteur couchant sa lance à gauche de la tête de son cheval pût rencontrer son adversaire bien en face, ce qui lui eût été impossible avec un cheval galopant sur le pied gauche. Les destriers servirent aussi dune les batailles sous le nom de chevaux de lance. Les haquenées étaient utilisées pour les promenades et la roncins pour les voyages.

  209. [1452]

    Vers 1400. — Cathédrale de Bâle, statue équestre de saint Georges.

    1415. — Abbaye de Westminster, selle du roi Henri V. Selles d’armes du Musée d’artillerie.

  210. [1453]

    James Fillis, Principes de dressage et d’équitation, 1890, p. 35.

  211. [1454]

    James Fillis, Principes de dressage et d’équitation, p. 33.

  212. [1455]

    James Fillis, Principes de dressage et d’équitation, p. 34.

  213. [1456]

    Jules Pellier, Le langage équestre, 1889, p. 306.

  214. [1457]

    Jules Pellier, Le langage équestre, p. 149.

  215. [1458]

    1674. — Méthode nouvelle et invention extraordinaire de dresser les chevaux.

  216. [1459]

    Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 357, fol. 66 verso.

  217. [1460]

    Vers 1440. — Ibid., fr. 111, fol. 132 verso.

  218. [1461]

    1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19, folios 2 verso, 23.

    Vers 1440. — Bibl. nat., fr. 111, fol. 3.

  219. [1462]

    Abbaye de Westminster, selle du cheval du roi Henri V d’Angleterre à la bataille d’Azincourt.

  220. [1463]

    1389. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 3279, 3310.

    1390. — Id., Ibid., n° 3438, 3439.

    1400. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. III, n° 3919.

    1403-1406. — Id., Ibid., t. I, n° 88.

    1421-1422. — Id., Ibid., n° 620.

  221. [1464]

    1438-1439. — Id., Ibid., n° 1283.

  222. [1465]

    Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 235, fol. 144 verso.

  223. [1466]

    Toulouse, Archives du Capitole.

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