II. : 4. Étendard
2844. Étendard
Une pièce d’étoffe s’étendant en longueur, clouée à la hampe d’une lance et terminée en une ou deux pointes, tel était l’étendard. Cette enseigne, qui varia souvent de formes et de proportions, comme nous le verrons au cours de ce chapitre, parait n’avoir eu d’autre rôle à la guerre que de symboliser par son importance le commandement suprême.
Dans la tactique ancienne, le chef, dux, fait l’office d’entraîneur. Il se jette dans la mêlée. L’armée se précipite après lui, pour ne point laisser sa personne et ses enseignes en trophée à l’ennemi1579.
On sait que Jeanne d’Arc avait un étendard, qu’elle tenait souvent elle-même dans les batailles, et que cet étendard, elle l’aimait quarante fois plus que son épée1580. Sainte Catherine et sainte Marguerite me dirent de prendre l’étendard et de le porter hardiment, et d’y faire mettre en peinture le Roi du Ciel déclara-t-elle, lors de son interrogatoire du 10 mars 14311581
, et huit jours après : Tout l’étendard était commandé de par Dieu, par les voix de sainte Catherine et sainte Marguerite qui me dirent :
Prends l’étendard de par le Roi du ciel.
Et pour ce qu’elles me dirent : Prends l’étendard de par le Roi du ciel
, j’y fis faire cette figure de Notre Seigneur et de deux anges et la fis colorer. Le tout je fis par commandement de Dieu1582.
En présence de la diversité des étendards rencontrés dans l’iconographie contemporaine de la Pucelle, on ne peut prétendre reconstituer exactement la forme de celui qui fut confectionné pour elle dans la ville de Tours1583, sur les indications que ses voix lui avaient suggérées. Nous devrons donc nous contenter d’une reconstitution approximative, que les artistes pourront d’ailleurs modifier à leur fantaisie, à la condition toutefois de ne pas trop s’écarter des types en usage dans le premier tiers du quinzième siècle, que nous allons examiner successivement.
La largeur des étendards semble avoir varié du tiers au sixième de leur longueur environ ; c’est dire qu’ils étaient au moins trois fois et au plus six fois plus longs que larges. Entre ces deux extrêmes, on en rencontre de toutes les proportions. Autant qu’on peut en juger sur les monuments, la longueur de la plupart mesurait d’un mètre cinquante à deux mètres quatre-vingts, leur largeur de trente à soixante-dix centimètres.
285Celui de notre héroïne devait être d’assez grande dimension. Le soir que la bastille des Tourelles fut prise, au moment où l’assaut allait être donné au boulevard qui la défendait, l’homme auquel Jeanne avait confié son étendard, fatigué de le tenir, le remit aux mains d’un nommé le Basque, de la compagnie du seigneur de Villars. C’est alors que d’Aulon eut l’idée d’entraîner le Basque à franchir le fossé, pensant que si l’étendard était bouté en avant, pour la grande affection qu’il congnoissoit estre ès gens de guerre estans illec, ilz pourraient par ce moyen gaignier iceluy boulevart
. Le Basque descendait dans le fossé pour suivre d’Aulon, lorsque survint la Pucelle. Voyant son étendard aux mains d’un inconnu, elle le saisit par son extrémité qui saillait en dehors de l’escarpement en criant :
— Haa ! mon estandart ! mon estandart ! empêchant ainsi le Basque d’aller rejoindre d’Aulon, comme il s’y était engagé.
— Ha, Basque ! est-ce que tu m’as promis ? cria à son tour l’écuyer.
Et adonc ledit Basque tira tellement ledit estandart qu’il le arracha des mains de ladicte Pucelle1584.
Revenue de sa méprise, Jeanne dit à un gentilhomme :
— Donnez vous garde, quant la queue de mon estandart sera ou touchera contre le boulevert.
Lequel luy dist ung peu aprez :
— Jeanne, la queue y touche1585 !
Et boulevard et bastille furent emportés.
Cet étendard, qui, à la longue, fatigue son porteur et dont la queue flotte au vent, de telle façon que, de loin, on peut voir son extrémité toucher l’enceinte du boulevard, devait posséder un certain développement.
Il existe au Musée Jeanne d’Arc d’Orléans une reconstitution de l’étendard de la Pucelle, exécutée en 1909, à l’occasion de la béatification de l’héroïne. On a donné à cette enseigne l’apparence d’une girouette à deux pointes, dont le contour s’inscrit dans un parallélogramme d’un mètre cinquante de longueur sur quarante-cinq centimètres de largeur, suivant le tracé de la figure 1.
Nous allons montrer que, loin d’avoir jamais adopté cette forme naïve1586, les étendards du temps de Jeanne d’Arc, plus savamment découpés, se sont manifestés sous des aspects tout différents.
La figure 2 représente le grand étendard de Guillaume VI de Bavière, comte de Hollande, d’après une miniature des Heures de Turin1587.
Tenant sans doute à faire détacher sur le ciel la majeure partie de cette enseigne, le miniaturiste a évidemment exagéré la longueur de la hampe, laquelle, sur l’image, paraît mesurer au moins trois mètres cinquante. Une hampe de cette dimension eût 286été difficilement maniable pour un cavalier et nous ne croyons pas que les plus longues lances d’étendards aient pu dépasser trois mètres.
L’étendard de Bavière est taillé en une sorte de long triangle scalène dont le plus grand côté semble atteindre approximativement deux mètres quatre-vingts, du fer à l’extrémité de la queue, alors que son plus petit côté fixé à la hampe, est d’environ soixante quinze centimètres. Le patron en est reconstitué dans la figure 3.
La figure 4 reproduit un étendard de dimensions moindres ; c’est celui que porte un chevalier du Christ sur un des panneaux du retable de Saint-Bavon de Gand (fig. 10 du chapitre de l’Armure).
En supposant à ce personnage la taille moyenne d’un mètre soixante-dix, sa lance parait mesurer, du pied au fer, près de trois mètres. La longueur de la partie flottante est alors d’un peu plus de deux mètres et sa largeur à la hampe de cinquante centimètres environ, frange comprise. Nous en offrons ici le patron (fig. 5).
Si l’on examine nos deux figures 3 et 5, on remarquera la grande inclinaison de haut en bas, par rapport à la hampe tenue verticalement, de ces sortes de longs triangles dont les grands côtés sont formés de courbes sinueuses, tandis que leur petit côté, destiné à être fixé au bois, est en conséquence rectiligne. Cette inclinaison avait l’avantage, en rapprochant de la hampe le centre de gravité de la partie flottante, de rendre l’étendard plus maniable et plus facile à porter. En outre, elle améliorait son aspect en diminuant la saillie du pli qui se formait lorsque, au repos, l’étoffe pendait verticalement le long de la hampe.
Les patrons que nous avons tracés des deux étendards en question pourront paraître d’un contour bizarre, particulièrement celui de la figure 5 ; il n’en est pas moins vrai qu’on n’arrive à reconstituer ces étendards, tels qu’ils se présentent sur les figures 2 et 4, qu’à la condition de les tailler exactement sur ces patrons.
Nous ne devons pas abandonner l’examen de ces deux enseignes avant de faire une dernière remarque. Sur les images, dont proviennent les figures 2 et 4, la queue des étendards se trouve enroulée autour de la hampe et retenue à son extrémité par la main des cavaliers. C’est ainsi que les porte-étendards tenaient leurs enseignes, lorsque chevauchant pacifiquement, ils n’avaient pas à les déployer au vent des batailles.
Un troisième type d’étendard, qu’on rencontre fréquemment dans les miniatures du temps de Charles VII1588, est celui dont la figure 6 donne la coupe.
On voit qu’il diffère des précédents par la symétrie de ses deux grands côtés à courbures très adoucies. Son inclinaison par rapport à la hampe est très peu accentuée. Ce genre d’étendard paraît avoir mesuré le plus souvent deux mètres quinze de longueur sur quarante centimètres environ de largeur à la hampe.
Les trois étendards que nous venons d’examiner se terminent en une seule pointe. Il y en eut dont la queue était bifurquée.
Sur la tapisserie, dite d’Azeglio1589, exécutée en Allemagne vers 1430, l’étendard 287de la Pucelle est de couleur bleue et à deux pointes. L’auteur de cette tapisserie n’avait donc certainement jamais vu la véritable enseigne de Jeanne d’Arc, qui était blanche, mais il connaissait les différentes formes des étendards usités de son temps et, s’il a donné deux pointes à celui qu’il a mis entre les mains de l’héroïne, c’est qu’il en existait de cette sorte. Nous reproduisons l’aspect de cette enseigne dans la figure 7 et sa coupe dans la figure suivante.
Ayant cru devoir réduire les dimensions manifestement exagérées de sa partie flottante, par rapport à la taille des personnages de la tapisserie, nous lui avons donné deux mètres de longueur et cinquante-cinq centimètres de largeur à la hampe. Cette forme, très peu modifiée, se rencontre au-delà des Alpes, vers la même époque, ainsi que le fait voir la figure 9 qui montre le patron d’un étendard représenté dans une peinture de Fra Angelico de Fiesole1590.
Elle semble avoir pris naissance en Italie, où elle apparaît dès le quatorzième siècle1591. On la trouve en France vers 14101592.
Un second type d’étendard à deux pointes nous est fourni dans le dessin à la plume exécuté le 10 mai de l’an 1429 par le greffier du parlement de Paris, Clément de Fauquembergue. Pas plus que l’artiste de la tapisserie d’Azeglio, ce personnage n’avait vu l’étendard de l’héroïne, mais lui aussi n’était pas sans connaître la forme des enseignes usitées de son temps. Celle qu’il a dessinée est donc intéressante. On la reconstituera, telle qu’elle se présente dans la figure 10, sous la plume naïve du greffier bourguignon, en la taillant sur le patron tracé dans la figure 11.
Elle paraît petite et mesurer seulement un mètre quatre-vingts de longueur sur trente centimètres de largeur. À la différence des deux enseignes précédentes, ses grands côtés sont symétriques. Elle est à comparer sous ce rapport avec l’étendard dont la figure 12 reproduit la coupe1593.
On remarquera l’importance des pointes de ce dernier spécimen qui fut très employé, en 288diverses grandeurs et plus ou moins fendu, pendant tout le cours du quinzième siècle1594.
Si variées que se présentent les formes et les dimensions des étendards sous le règne de Charles VII, ils se ramènent tous aux différents types que nous venons de passer en revue. On doit constater qu’ils étaient toujours plus étroits à la queue qu’à la tête, les uns s’amenuisant dès la hampe, les autres ne commençant à diminuer de largeur qu’après avoir été rectangulaires sur une certaine longueur, comme le montrent les figures 11 et 12.
Notre étendard de cavalerie, qui consiste en un carré d’étoffe de soixante-quatre centimètres de côté et dont la hampe mesure seulement un mètre quatre-vingts de longueur entre le fer de lance et le sabot, n’a de commun que le nom avec l’étendard du quinzième siècle. Emblème de l’honneur et de la patrie, il est placé au cœur des escadrons, escorté et jalousement gardé comme en un sanctuaire. Son rôle est passif. Tout autre était celui de l’ancien étendard qui, en sa qualité d’enseigne personnelle du chef, symbolisait la tête plutôt que le cœur de la bataille1595. L’étendard allait de l’avant et tous le suivaient. Il fallait donc qu’il fut visible de loin. C’est pourquoi sa hampe était haute et sa partie 289flottante assez volumineuse. Pour tenir aisément une pareille enseigne, son porteur dut être solidement arcbouté sur ses arçons. À cet effet, on eut recours à des selles spéciales, appelées selles de bannières1596, parce que les bannières avaient été longtemps seules employées, alors que les étendards n’existaient pas encore.
Nous ne saurions préciser les particularités qui distinguaient les selles de bannières des selles de combat. Les miniatures ne laissent apercevoir aucune différence de forme entre ces deux genres de selles. On voit cependant sur deux des tapisseries dites de Jules César, conservées au Musée historique de Berne, les selles d’un porte-étendard et de deux porteurs de bannières munies chacune d’un chandelier de métal d’environ vingt-cinq centimètres de longueur, fixé verticalement en avant de l’arcade de garrot, le long du bord antérieur du quartier droit, et dans lequel s’introduit le pied de la hampe assez courte de l’enseigne, ainsi que le fait comprendre la figure 13.
Les tapisseries de Jules César datent d’environ 1460. Nous n’avons pas rencontré ailleurs ces cylindres fixés aux selles, qui purent néanmoins avoir été en usage plus anciennement. Par contre, beaucoup de miniatures nous montrent des porte-étendards reposant le pied de la hampe sur l’étrier sans qu’on puisse y distinguer le moindre accessoire analogue à la botte de cuir destinée à recevoir le sabot de la hampe des étendards modernes. Ce dispositif, que les textes ne mentionnent pas avant 15321597, a dû certainement exister aux époques antérieures.
Il y a lieu de remarquer à ce sujet que la botte des lances de nos dragons modernes est aisément visible parce qu’elle est attachée à la branche externe de l’étrier. Or les images du quinzième siècle nous font voir les lances, lorsqu’elles sont tenues verticales, reposant toujours sur le côté interne de l’étrier. En admettant l’existence probable d’une botte maintenant sur le même côté le pied de la lance, cette botte était donc fixée le long de la branche interne de l’étrier et voilà pourquoi, se trouvant masquée par le pied du cavalier, elle est invisible sur les anciennes miniatures.
Quant à la raison qui faisait placer la botte de la lance sur le côté interne de l’étrier, tandis que dans 290l’équipement moderne elle est attachée extérieurement, elle s’explique par la façon dont les hommes d’armes se tenaient en selle lorsqu’ils montaient des coursiers ou des destriers. Alors, au lieu de lier leurs jambes aux flancs du cheval, ils les maintenaient droites dans le prolongement de la cuisse. Cette particularité avait pour conséquence d’éloigner le pied du cavalier du ventre du cheval, d’où la nécessité de placer la botte de la lance sur la branche interne de l’étrier et d’avoir de longs éperons.
La plupart des hampes des anciens étendards étaient privées de sabots. On sait que le sabot est la douille conique, de bronze doré pour les drapeaux et étendards, de fer pour les simples lances, qui renforce le pied des hampes modernes. L’iconographie du temps de Charles VII nous montre toutefois quelques hampes d’étendards dont le pied ferré se termine en une pointe effilée qui permettait de ficher l’enseigne en terre1598. Avec un étrier agencé pour la recevoir, cette pointe pouvait en outre aider le porte-étendard à maintenir sa lance verticalement lorsqu’il était à cheval. L’Armeria reale de Turin conserve un étrier de bronze trouvé en Sardaigne, dont un côté de la planche se prolonge en une ailette percée d’un trou dans lequel s’introduisait la pointe d’un sabot de lance. Cet étrier, d’époque indéterminée1599, est reproduit dans la figure 14. Il se peut qu’il en ait existé du même genre au quinzième siècle.
Sur l’une des quatre tapisseries, dites de Jules César, du Musée historique de Berne, on distingue une courroie de cuir bouclée, formant bracelet et reliant la prise de main d’une lance que tient un page à la branche externe d’un faux étrier1600 (fig. 15).
Cette disposition ne pouvait convenir pour un étendard. Outre qu’elle nécessitait une dépression de la hampe à l’endroit de la prise de main, dépression dont les fûts d’enseignes étaient généralement dépourvus, l’impossibilité dans laquelle se trouvait le cavalier de boucler et de déboucler lui-même le bracelet de suspension en excluait l’usage aux porteurs d’étendards et de bannières.
Nous croyons pouvoir conclure de tout ce qui précède que les lances prenaient ordinairement leur point d’appui dans une botte attachée le long de la branche interne de l’étrier droit. Parfois cependant la botte pendait librement en arrière de la jambe du cavalier, au moyen d’une courroie fixée sous le quartier de la selle, ainsi que le fait comprendre la figure 161601. Elle n’avait alors aucun point de contact avec l’étrier.
Un dessin de Viollet-le-Duc représente un chevalier tenant une lance, dont le pied est introduit dans une botte de cuir, reliée par une longue courroie à un piton fixé derrière le troussequin de la selle1602. À l’appui de cette reconstitution toute fantaisiste, comme nous l’allons voir, l’auteur cite deux documents. L’un est celui dont 291provient notre figure 16. L’autre consiste en une miniature montrant un homme d’armes porteur d’une lance dépourvue de tout mode de suspension1603. Viollet-le-Duc n’a d’ailleurs pris de cette dernière image qu’une riche housse de croupe pour en parer la monture de son chevalier. C’est donc l’agencement reproduit dans notre précédente figure qu’il a prétendu offrir à ses lecteurs. On se demande dès lors par suite de quelle méprise cet auteur a pu transformer la courte lanière qui suspend la botte au quartier de la selle (fig. 16) en une longue courroie la reliant au troussequin.
Les premières pages du présent chapitre nous ont fait connaître les différentes formes des étendards à l’époque de la Pucelle. Il nous faudrait maintenant pouvoir discerner, parmi les sept types que nous avons représentés dans nos figures 3, 5, 6, 8, 9, 11 et 12, celui qui avait eu sa préférence. Aucun document ne nous permettant de le faire d’une façon certaine, nous devrons nous contenter, pour l’essai de reconstitution de l’étendard de l’héroïne que nous allons entreprendre, d’un choix tout hypothétique.
Il nous semble que Jeanne dut tenir avant tout à donner le plus d’ampleur et le plus d’évidence possible au sujet qu’il lui avait été commandé de faire peindre sur son enseigne. Cet étendard devait donc offrir une assez grande surface en largeur. Trois de nos patrons (fig. 3, 8 et 9) répondent plus spécialement à cet objectif. Ils nous serviront à imaginer une forme dans laquelle les différents détails de l’étendard de Jeanne pourront être disposés convenablement. La queue de notre enseigne sera celle de la figure 3 pour la raison qu’une seule pointe était plus favorable que la queue bifurquée au maniement de l’étendard, notamment quand il s’agissait d’en retenir l’extrémité dans la main, ou bien lorsqu’en route, on enroulait l’étoffe toute entière autour de la hampe. Dans ce dernier cas, l’étendard était dit ployé. À Selles, au moment de partir pour Romorantin, Jeanne se tourna vers l’huis de l’église, qui estoit bien prochain, et dit en assés voix de femme :
L’étendard à deux pointes s’enroulait malaisément et c’est pourquoi il est permis de supposer qu’on dota Jeanne d’Arc d’une enseigne à une seule pointe.Vous, les prestres et gens d’église, faites procession et prières à Dieu.
Et lors se retourna à son chemin, en disant : Tirés avant, tirés avant
, son estendard ployé que portait un gracieux paige, et avoit sa hache petite en la main1604.
Passons maintenant à la description des peintures dont fut décoré l’étendard en question, confectionné à Tours au mois d’avril de l’année 14291605. J’avais un étendard, déclare Jeanne à son interrogatoire du 27 février 1431, dont le champ était semé de lis. Le monde y était figuré et deux anges, un de chaque côté. Il était de couleur blanche, de cette toile qu’on appelle boucassin1606. Il y avait écrit dessus Jhesus Maria, comme il me semble ; et il était frangé de soie.
Et comme on lui demande 292si ces noms Jhesus Maria étaient écrits en haut, en bas ou sur le côté, elle répond : Sur le côté, comme il me semble1607.
Nous croyons devoir conclure de cette réponse nuancée d’imprécision, que les mots Jhesus Maria pouvaient se trouver placés à la fois en haut et sur le côté de l’étendard, ainsi qu’on les verra sur notre essai de reconstitution donné plus loin dans la figure 17.
Ce qu’on appelait monde anciennement consistait en un globe surmonté d’une croisette, symbolisant l’univers. La langue héraldique a conservé ce terme pour le même objet qui figure dans maintes armoiries. Comme il servait le plus souvent d’attribut au Créateur trônant en majesté sur les nuées du ciel, Jeanne comprend par monde à la fois Dieu et le globe que, sur les images, Il tient dans sa main gauche. La preuve en est que, le 10 mars, elle complète ainsi la première description qu’elle avait faite douze jours auparavant de son étendard : Sainte Catherine et sainte Marguerite me dirent de prendre l’étendard et de le porter hardiment, et, d’y faire mettre en peinture le Roi du ciel1608.
Il (Dieu) était figuré portant le monde
, ajoute-t-elle le 17 mars1609.
L’article 58 de l’acte d’accusation débute ainsi :
Ladite Jeanne a fait peindre sur son étendard Dieu tenant le monde en sa main et ayant deux anges à ses côtés, avec ces mots Jésus Marie, et avec d’autres dessins. Elle dit qu’elle en a agi ainsi d’après un commandement de Dieu qui le lui aurait révélé par l’entremise des anges et des saints. Cet étendard, elle l’a porté à Reims, près de l’autel, pendant le sacre de Charles, voulant, par orgueil et vaine gloire, qu’il fut entre tous particulièrement honoré1610.
Il est donc absolument certain que l’étendard de la Pucelle était de toile blanche, fleurdelisé d’or et frangé de soie, que la devise qui s’y trouvait peinte figurait Dieu portant le monde, assis entre deux anges et que les mots Jhesus Maria étaient inscrits, sans doute en lettres d’or, sur le côté du groupe formé par Dieu et les deux anges.
Didron, dans son Iconographie chrétienne, regrette qu’on ne puisse affirmer que ce Dieu ainsi représenté était le Père plutôt que le Fils.
On doit cependant, dit-il, malgré la grande douceur du caractère de Jeanne d’Arc, croire que c’était le Père, parce que le Père porte le globe bien plus souvent que le Fils et parce qu’il est surtout le Dieu des armées et des combats1611.
Mantellier et Vallet de Viriville ont partagé cette opinion. D’autres auteurs sont d’un avis contraire, auquel nous croyons devoir nous ranger à cause des excellentes raisons données par le docteur Garsonnin et Mgr Touchet1612 en faveur de la représentation de Notre-Seigneur Jésus-Christ en Roi du ciel sur l’étendard de la sainte guerrière.
Un précieux fragment de la minute primitive du procès de condamnation, telle 293qu’elle avait été écrite en français par le greffier Manchon en 1431, nous a été conservé dans un manuscrit ayant appartenu au bibliophile Claude d’Urfé et actuellement à la Bibliothèque nationale1613. Or, en comparant ce texte français avec la traduction latine qui en fut faite ultérieurement, on lit dans les réponses de Jeanne, écrites telles qu’elles les prononça Nostre Seigneur
toutes les fois que le texte latin porte Deus
.
On remarquera en outre certain passage de la lettre que Jeanne fit écrire au duc de Bedford le 22 mars 1429 :
Et n’aiez point en vostre oppinion que vous ne tendrez mie le royaume de France (de) Dieu, le Roy du ciel, filz (de) sainte Marie ; ainz le tendra le roy Charles, vrai héritier1614.
Le 4 juillet suivant, la Pucelle somme les seigneurs et bourgeois de la ville de Troyes de se rendre :
… au gentil roi de France qui sera bientôt à Reims et à Paris, qui qui vienne contre, et en ses bonnes villes du saint royaume, avec l’aide du roi Jhesus1615.
Treize jours après, elle prévient le duc de Bourgogne :
… que tous ceux qui guerroient audit saint royaume de France, guerroient contre le roi Jhesus, roi du ciel et de tout le monde1616.
Ainsi Jeanne identifie constamment la personne qu’elle appelle le Roi du ciel avec Jésus Christ. C’est donc bien le Christ, fils de sainte Marie, qui devait figurer sur son étendard et l’on doit considérer comme exact le passage suivant de la Chronique de la Pucelle :
Elle fist faire un estendart blanc, auquel elle fist pourtraire la représentation du saint Saulveur et de deux anges et le fist benistre en l’église de Saint-Saulveur de Blois1617.
De même que celui de la Chronique des Cordeliers :
Et leva ung estandart où elle fit mettre Jhesus1618.
Dans l’ancienne iconographie, le Christ, lorsqu’il trône en majesté, est généralement représenté la main droite bénissant et le Livre des Évangiles dans la main gauche. Sa tête est nue et se détache sur un nimbe crucifère. Dieu le Père, dans la même attitude, bénit également de la dextre ; il est nimbé comme le Fils, mais sa tête est coiffée de la tiare à triple couronne et, au lieu du livre des Évangiles, c’est le globe du Monde qu’il tient toujours dans sa main gauche. C’était donc exceptionnellement que, sur l’étendard de Jeanne, Jésus Christ se trouvait peint portant le Monde.
Le Journal du siège rapporte que, le 29 avril 1429, vers les huit heures du soir, la Pucelle entra à Orléans :
… armée de toutes pièces, montée sur ung cheval blanc ; et faisoit porter devant elle son estandart qui estoit pareillement blanc, ouquel avoit deux anges tenans chacun une fleur de liz en leur maint1619.
Ces fleurs de lis aux mains des anges sont omises dans les descriptions données par Jeanne et son acte d’accusation, mais leur existence, affirmée à la fois par le Journal du siège et d’autres témoignages contemporains, ne paraît pas douteuse.
294Le chroniqueur allemand, Eberhard Windecke, trésorier de l’empereur Sigismond, s’exprime ainsi au sujet de l’étendard de Jeanne :
Et la Pucelle partit avec son étendard, qui était fait de blanc satin auquel était figuré Notre Seigneur Dieu séant sur l’arc-en-ciel et montrant ses plaies, et de chaque côté un ange tenant un lis1620.
À part le détail manifestement erroné concernant l’étoffe de l’étendard, lequel, d’après le témoignage de Jeanne elle-même, était de toile blanche et non de blanc satin, les précisions que renferme cette dernière description nous paraissent trop caractéristiques pour avoir été inventées. Windecke écrivait à Mayence sur la foi de renseignements venus d’outre-Rhin. Il ne faut pas s’étonner que ses informateurs aient pu prendre la toile de l’étendard pour du satin. Nous fûmes témoin d’une semblable méprise de la part de beaucoup d’assistants, lors d’une cérémonie dans laquelle figurait une reconstitution de l’enseigne de l’héroïne. Les couleurs et la dorure prêtaient au fond blanc de la toile dont elle était confectionnée l’apparence de la soie. L’erreur de Windecke est donc excusable. Elle n’infirme d’ailleurs en rien l’assertion qu’il nous donne de la présence sur l’étendard d’un Christ assis sur l’arc-en-ciel et montrant ses plaies. Les anciennes images ne sont pas sans nous fournir quelques exemples de ces représentations de Notre-Seigneur, trônant en majesté, uniquement vêtu d’un ample manteau qui laisse voir son divin corps percé de la lance de Longin, en même temps que les plaies sanglantes de ses mains et de ses pieds1621. Aucun autre texte ne contredisant, quant à ces détails, celui de Windecke, c’est probablement de cette façon que figurait le Roi du ciel sur le glorieux étendard de notre libératrice.
L’aumônier de Jeanne, Jean Pasquerel, dépose en ces termes :
Les apparitions lui dirent de prendre l’étendard de son seigneur. C’est pourquoi elle se fit faire un étendard où était représentée l’image de notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait1622.
Les nuées et le geste bénissant du Sauveur sont là de nouvelles et précieuses indications qui s’ajoutent aux précédentes. Quant au seul ange mentionné par Jean Pasquerel, il peut s’expliquer. La hampe de l’étendard était tenue presque constamment dans la position verticale. Dès lors la partie flottante pendait le long du bois, formant des plis qui ne laissaient paraître de sa décoration que des fragments. C’est ainsi que le bon religieux n’y put jamais distinguer qu’un seul ange à la fois.
Cette remarque doit s’appliquer également au témoignage du comte de Dunois, qui, lui, a cru voir sur l’étendard, non pas un ange, mais Jésus lui-même tenant une fleur de lis :
Elle portait son étendard qui était blanc et où se trouvait figuré Notre-Seigneur tenant à la main une fleur de lis1623.
Une autre description de l’étendard de Jeanne d’Arc nous est donnée par les 295vers suivants que le Mistère du siège d’Orléans, composé sous le règne de Louis XI met dans la bouche de l’héroïne :
Un estandart avoir je vueil
Tout blanc, sans nulle autre couleur
Où dedans sera ung souleil
Reluisant ainsi qu’en chaleur
Et au milieu en grant honneur
En lectre d’or escript sera
Ces deux mots de digne valleur
Qui sont cest : Ave Maria
Et audessus notablement
Sera une majesté
Pourtraite bien et jolyment
Faicte de grant auctorité
Aux deux coustez seront assis
Deux anges que chascun tiendra
En la main une fleur de liz
L’autre le souleil soustiendra1624.
Ici apparaît un soleil portant les mots Ave Maria que les documents contemporains de Jeanne d’Arc ne mentionnent en aucune façon. On doit donc s’abstenir d’en faire état dans une reconstitution scrupuleuse. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que le Mistère du siège, qui fait de Jeanne la fille d’un gentilhomme, est postérieur d’une quarantaine d’années au bûcher de Rouen. Lorsque ce mistère fut composé, la plupart de ceux qui, dans leur jeunesse, avaient pu voir de près l’étendard de la Pucelle, avaient disparu et le peu qu’il en restait avaient depuis longtemps oublié, si toutefois ils les avaient jamais remarqués, les détails de la décoration de cette enseigne, brûlée sans doute comme engin diabolique par les Bourguignons, sitôt la prise de la sorcière.
Quand, au matin du 17 mars 1431, les juges de Jeanne lui demandèrent pourquoi elle n’avait pas fait peindre sur son étendard la clarté qui venait à elle chaque fois qu’elle était visitée par ses Saintes, elle répondit que cela ne lui avait pas été commandé1625. Ne voit-on pas que si le soleil rayonnant, signalé par le Mistère du siège, avait réellement existé sur l’enseigne de l’héroïne, cette question n’aurait pu lui être posée et n’est-ce pas là une preuve indiscutable de l’absence de tout soleil sur cet étendard ?
Le passage de l’interrogatoire de Jeanne que nous venons de citer ne réfute pas seulement la thèse du soleil, chère au père de Barenton1626, elle ruine également celle de la gloire lumineuse sur laquelle M. Eudes et d’autres artistes ont cru bon de détacher la figure de Notre-Seigneur dans leurs reconstitutions.
Dans les vers du Mistère du siège rapportés plus haut, il est parlé de deux anges qui seront peints sur l’enseigne de la Pucelle, et il est dit que ces deux anges seront assis. M. Eudes et le P. de Barenton ont donné improprement à ce dernier terme son sens 296moderne d’assis sur le séant qu’il n’avait pas encore au quinzième siècle. Ces deux auteurs semblent avoir ignoré qu’anciennement assis avait seulement la signification de placé, posé, fixé. On asseyait des broderies et des orfèvreries sur des vêtements1627, des harnais1628. Un chanfrein était assis sur la tête d’un cheval1629, un canon sur son emplacement1630. On asseyait les plats sur les tables1631. Une boucle était assise sur une courroie1632, l’image d’un gisant sur une tombe, laquelle se trouvait elle-même assise sur une sépulture1633. On asseyait des verrières dans une église1634, des pierres précieuses sur des anneaux1635. Des pennons en métal découpé, peints et armoriés, étaient assis sur le faîte d’un toit1636. Le mot assis, que le versificateur du Mistère du siège a employé pour rimer avec fleur de lis, signifie donc simplement placés. Il faut en conclure que les deux anges de l’étendard n’étaient nullement assis au sens moderne de ce mot, mais qu’ils devaient être agenouillés d’un genou, comme sont toujours représentés les anges en posture d’adoration.
Nous offrons dans la figure 17 un essai de reconstitution de l’enseigne de Jeanne d’Arc, basé sur les documents contemporains.
C’est la face de l’étendard qui se trouve ici reproduite, c’est-à-dire la partie qui se présente à droite de la hampe lorsque le vent fait flotter l’enseigne de gauche à droite. Les faces des étendards semblent bien avoir toujours été placées ainsi. On en voit un exemple dans la figure 2 de ce chapitre qui montre le grand étendard armorié des comtes de Hollande de la maison de Bavière-Hainaut1637.Sur ce dessin, l’enseigne est vue par son revers et la situation respective des pièces du blason qui s’y trouve retournée indique qu’elle est sangle, c’est-à-dire non doublée. On y constate que ce revers d’étendard est à gauche de la hampe.
La frange dont est bordé l’étendard de Bavière est componée1638, particularité qui se rencontre fréquemment dans les franges au quinzième siècle. C’est pourquoi nous avons jugé à propos de border notre reconstitution d’une frange de soie componée d’or et de blanc, aux couleurs de l’étendard. L’or et le blanc symbolisaient la divinité. C’est à ce titre que ces deux couleurs étaient celles du royaume de Jérusalem et qu’elles sont encore celles de la Papauté.
297On distinguait les bannières et étendards de bature des bannières et étendards de couture1639. L’étendard sangle des comtes de Hollande de la maison de Bavière, formé de pièces découpées et assemblées entre elles par des coutures (fig. 2), était un étendard de couture. Celui de la Pucelle, peint à l’huile et dont certains détails se trouvaient dorés (fig. 17) était un étendard de bature.
Dans les enseignes de bature, la dorure s’obtenait au moyen de feuilles d’or battu, appliquées sur un vernis gras et siccatif, procédé encore employé pour dorer les inscriptions de nos drapeaux. Les étendards de bature, peints à l’huile, nécessitaient une doublure, parce que l’envers de l’étoffe peinte et ainsi dorée se trouvait toujours maculé par l’huile et le vernis qui transparaissaient à travers le tissu. Cette doublure formait le revers de l’étendard et ce revers, on le décorait de peintures différentes de l’ornementation de la face, comme nous allons voir que ce fut le cas pour l’étendard de notre héroïne.
Les données, que nous fournissent les documents pour établir le revers de cette enseigne sont plus rares et moins précises que celles qui nous ont permis de tenter la reconstitution de sa face.
Et fist faire audit lieu de Poictiers1640 (dit la relation du greffier de la Rochelle1641), son estandart auquel y avoit un escu d’azur et un coulon blanc dedans ycellui estoit, lequel coulon tenoit un roole en son bec où avoit escript De par le Roy du ciel
.
Cette description ne peut concerner que le revers de l’enseigne, puisque nous savons, à n’en pas douter, que sa face présentait une toute autre décoration. En outre, il semble que les détails donnés par le greffier de la Rochelle soient trop précis pour avoir été le produit de l’imagination d’un contemporain et on doit les admettre d’autant plus que l’existence d’un écu d’azur est affirmé par un autre document sur le revers de l’étendard.
Perceval de Cagny, écuyer du duc d’Alençon, et par conséquent également 298contemporain de l’étendard, écrit dans ses Chroniques1642, à propos de l’assaut de Jargeau :
La Pucelle print son estendart ouquel estoit empainturé Dieu en sa majesté et de l’autre costé […] et ung escu de France tenu par ij anges.
La phrase est malheureusement tronquée en son milieu. Il n’en est pas moins certain que l’écuyer du gentil duc a vu au revers de l’étendard un écu d’azur supporté par deux anges. Nous nous refusons à croire cependant à la présence des armes du roi de France sur l’étendard du Roi du ciel. Il nous paraît d’ailleurs que l’assemblage sur le même étendard de l’écu de Charles VII avec un semis de fleurs de lis d’or en champ blanc eût été une hérésie héraldique. En tout cas, il en eût fait une enseigne royale. Or Jeanne s’est toujours déclarée l’instrument de son seigneur le Roi du ciel et non celui de Charles de France, simple lieutenant de Dieu sur la terre pour le royaume des lis. Son étendard, dans sa pensée, est bien celui du Roi du ciel. Prends l’étendard de par le Roi du ciel
lui ont dit ses Voix. Aussi est-il blanc semé de lis d’or, le blanc et l’or étant spécialement, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, les couleurs de la divinité. La blanche colombe en champ d’azur symbolise la Pucelle venant de par le Roi du ciel au secours de la France envahie. Cet emblème ne constitue pas des armoiries puisque Jeanne déclare formellement n’en avoir jamais porté1643, mais une simple devise destinée à rappeler l’origine céleste de sa mission. C’est pourquoi il fut supporté par deux anges, ainsi que se trouvait l’être l’écu de France régulièrement figuré1644. D’où l’erreur, croyons-nous, de Perceval de Cagny. Apercevant sur l’étendard un écusson d’azur, tenu par deux anges naturellement plus visibles que le sujet qui en meublait le champ, l’écuyer du duc d’Alençon n’y aura pas regardé de plus près. Pour lui, un écu d’azur porté par deux anges ne pouvait être que l’écu de France. Cette hypothèse, que nous donnons sous toutes réserves, expliquerait la contradiction apparente des deux textes précédents.
La figure 18 présente le revers de notre étendard reconstitué.
En faisant abstraction des courbes sinueuses de son tracé, la forme de cette enseigne sera un triangle scalène, dont les trois côtés auront respectivement deux mètres quatorze, un mètre quatre-vingt-dix-sept et soixante-deux centimètres de longueur. Ces mesures ne comprennent pas la largeur de la frange qui est de deux centimètres et demi.
L’étendard s’attache à la hampe par son petit côté de soixante-deux centimètres. Le long de ce côté règne un gousset ou coulisse, dans laquelle on introduit la hampe.
Dans les drapeaux et étendards modernes, le gousset est muni en haut et en bas de trois œillets d’argent, destinés au passage de vis à tête ronde en cuivre doré de quinze millimètres de longueur, qui fixent le gousset à la hampe. Nous avons cru devoir adopter ce genre d’attache pour notre enseigne, car c’est un mode analogue, sinon identique, qui semble avoir été le plus usité du temps de Charles VII.
Les hampes des étendards possédaient toujours un fer de lance, dont les hampes des bannières furent souvent privées. Cet appendice, d’importance variable, atteignait parfois d’assez grandes dimensions. Les étendards des chevaliers du Christ, 299dans le retable de Saint-Bavon1645, sont surmontés de fer de lances dont la longueur ne paraît pas mesurer moins de trente centimètres. Pensant qu’on avait dû alléger autant que possible celui de la Pucelle, nous avons jugé à propos de sommer la reconstitution que nous en avons tentée d’un fer de lance saillant du gousset de dix-huit centimètres seulement. La hampe, fer compris, a une longueur totale de deux mètres soixante-cinq1646.
Aux grandes enseignes des princes et des capitaines il était de règle d’adjoindre un petit étendard, appelé pennon ou panon1647. Cette enseigne, dont le rôle semble s’être rapproché beaucoup de celui du fanion de nos généraux, accompagnait partout le chef, marquant ainsi sa place dans la bataille. Un manuscrit du quinzième siècle, publié par le père Daniel1648, nous apprend qu’à la guerre, le premier varlet tranchant se tenait immédiatement derrière le roi portant son panon qui doit aller çà et là partout où le Roy va, afin que chacun connoisse ou le Roy est
.
Sainte Catherine et sainte Marguerite avaient bien commandé à Jeanne de se faire peindre un étendard, mais elles avaient omis de lui parler d’un pennon. Soucieux du protocole, les gentilshommes, auxquels Charles VII confia le soin d’équiper la Pucelle en chef de guerre, prirent à tâche de réparer l’oubli des saintes et la dotèrent d’un pennon. C’est pourquoi on lit dans le treizième compte d’Hémont Raguier, trésorier de France à Tours en 1429 :
A Hauves Poulnoir, paintre demeurant à Tours pour avoir paint et baillé estoffes pour ung grand estendart et ung petit pour la Pucelle, 25 livres tournois1649.
Le grand étendard, cité dans ce texte, est celui que Jeanne fit confectionner sur l’ordre de ses Voix. Le petit n’est autre que le pennon commandé par son entourage. On comprend dès lors que l’héroïne se soit complètement désintéressée d’une enseigne que ses saintes ne lui avaient pas suggéré de prendre et qu’elle ait pu déclarer à ses juges, le 10 mars 1431, qu’elle n’eut jamais qu’un seul étendard1650. La présence du pennon de Jeanne n’est d’ailleurs signalée dans l’histoire qu’au cérémonial de l’entrée à Orléans, où il semble bien, comme on le verra plus loin, qu’il termina sa courte carrière.
300Devant la grande diversité des dimensions d’étendards et de pennons représentés dans l’iconographie ancienne, il est difficile de fixer celles qui distinguaient les petits étendards des grands pennons. Nous croyons cependant pouvoir ranger dans la catégorie des pennons toutes les enseignes, autres que les bannières, dont la longueur était moindre qu’un mètre cinquante.
En général, le pennon affectait la forme triangulaire d’un étendard à une seule pointe, comme le montre la figure 191651. Autant qu’il est possible d’en juger sur les miniatures, les plus longues de ces enseignes atteignaient environ un mètre trente1652. Les plus courtes n’avaient guère moins de soixante-cinq centimètres de longueur1653. Au-dessous de cette mesure, les enseignes, qu’elles fussent à une ou deux pointes, se rangeaient probablement dans la catégorie des panonceaux. La largeur à la hampe des pennons et panonceaux paraît avoir été de vingt1654 à trente centimètres1655. La décoration du pennon de la Pucelle nous est donnée par le passage suivant du Journal du siège d’Orléans :
Et ou panon estoit painte comme une Anonciacion c’est l’image de Nostre Dame ayant devant elle ung ange luy présentant ung liz1656.
On doit rapprocher ce texte de la phrase de Perceval de Cagny :
Elle fist faire un estendard ouquel estoit l’image de Nostre Dame1657.
C’est évidemment le pennon que l’écuyer du duc d’Alençon désigne ici sous le nom d’étendard, car, plus loin, il décrit un autre étendard de Jeanne, ouquel estoit empainturé Dieu en sa majesté1658
, et qui était, à n’en pas douter, l’étendard du Roi du ciel commandé par ses saintes, celui qu’elle considérait comme son seul et véritable étendard.
Le soir où la Pucelle entra à Orléans, armée de toutes pièces et montée sur un cheval blanc, à la droite de monseigneur le Bâtard, suivie du maréchal de Boussac et de maints autres seigneurs et capitaines, elle faisait porter devant elle son étendard et son pennon1659.
Et y avoit moult merveilleuse presse à toucher à elle, ou au cheval sur quoy elle estoit, tellement que l’un de ceulx qui portoient les torches s’approucha tant de son estandard1660 que le feu se print au panons. Pourquoy elle frappa son cheval des esperons et le tourna autant gentement jusques au panon dont elle estainguit le feu comme se elle eust longuement suyvy les guerres : ce que les gens d’armes tindrent à grans merveilles, et les bourgois d’Orléans aussi1661.
On sait en effet la difficulté qu’éprouvent les cavaliers novices à faire sortir du rang 301la plupart des chevaux et on comprend l’étonnement des témoins de cette scène devant la science équestre inattendue d’une paysanne de dix-sept ans.
Brûlé en partie et tout roussi, le blanc pennon1662 de la Pucelle fut sans doute désormais hors d’usage et, comme en fait d’enseignes, elle ne tenait qu’à son étendard, il nous paraît certain qu’il ne fut pas remplacé. C’est ce qui expliquerait pourquoi il n’en est jamais plus question dans la suite de l’histoire de notre héroïne, alors que l’étendard s’y trouve si souvent mentionné.
Le 4 mai, de grand matin, on vit l’étendard flotter pour la première fois depuis son entrée à Orléans1663. Jeanne allait par la Beauce, escortée de La Hire et de plusieurs autres chefs au devant du sire de Rais, du maréchal de Boussac et du Bâtard. Ces trois capitaines revenaient de Blois, où l’on avait organisé un second convoi de vivres destiné au ravitaillement de la ville assiégée. Ils crurent prudent de le faire passer, comme celui du 29 avril, par la Sologne, alors qu’eux-mêmes se risquaient à rentrer à Orléans en longeant la rive droite de la Loire.
L’après-midi du même jour, on attaqua la bastille Saint-Loup, à l’insu de Jeanne. Celle-ci, étendue sur son lit, se reposait de sa chevauchée du matin et commençait à s’endormir, lorsque, soudain, elle se leva, appelant ses gens. Elle ordonna à son page d’aller quérir son cheval.
Pendant que j’y allai, dépose Louis de Contes, elle se fit armer par la dame de la maison et sa fille. À mon retour, je la trouvai déjà armée. Elle me commanda d’aller chercher son étendard qui était resté dans sa chambre ; et je le lui passai par la fenêtre. L’étendard une fois en sa main, elle partit au galop vers la porte de Bourgogne.
Courez après elle, me dit l’hôtesse. Ainsi fis-je1664.
La Pucelle arriva devant la bastille Saint-Loup :
… à estendard déployé : par quoy l’assault enforça de plus en plus1665.
Et la bastille tomba au pouvoir des Français. À deux reprises, le 6 mai, Jeanne assoit son étendard sur les fossés du boulevard de la bastille des Augustins qui finalement est emportée1666.
Le lendemain soir, tenue par le Basque, l’enseigne de l’héroïne, comme nous l’avons vu au début de ce chapitre, figure encore glorieusement à la prise des Tourelles1667.
Quelques jours s’écoulèrent et :
… alla la Pucelle avec ses gens à Tours en Touraine ; là devait en même temps venir le roi ; et la Pucelle y fut avant le roi. Elle prit son étendard à la main et chevaucha vers le roi1668.
Le 6 juin, à Selles sur Cher, les jeunes seigneurs Guy et André de Laval assistèrent au départ de Jeanne pour Romorantin. Elle était montée sur un cheval noir, ardent et peu commode. Un page portait son étendard enroulé autour de la hampe1669.
Cinq jours après, l’héroïne le déploie pour attaquer les faubourgs de Jargeau1670. Le lendemain, elle l’arborait encore lorsqu’une pierre, lancée du haut des murs, la renversait d’une échelle d’assaut1671.
302Le 8 juillet, devant Troyes, c’est l’étendard au poing qu’elle active les préparatifs du siège de cette ville et qu’elle y entre le 12, à la tête du cortège royal1672.
Le 17, jour mémorable du sacre, après avoir peiné à Saint-Loup, aux Augustins, aux Tourelles, à Jargeau et dans les plaines de Beauce, l’étendard de la Pucelle est enfin à l’honneur1673. Placé, durant toute la cérémonie, près de l’autel de la cathédrale de Reims1674, où Jeanne l’y tint un moment, il domine les enseignes des princes et des seigneurs. L’étendard au blanc coulon éclipse les brosses des Boussac, le lion des Culant, les fermaux des Malet, la croix noire des sires de Rais, l’écartelure princière d’Albret1675, les enseignes fleurdelisées d’Orléans, d’Anjou, d’Alençon et de Bourbon, ne le cédant pas même à l’étendard et aux deux grandes bannières de France. Le chant des orgues, l’éclat des fanfares, l’ébrouement des palefrois des chevaliers de la Sainte Ampoule martelant de leurs pieds les dalles de la basilique, le majestueux spectacle du roi, entouré de ses pairs, les uns en habits royaux, les autres mitrés et vêtus d’or, acclamé des Noël de la multitude, dans le chatoiement des verrières qu’avivent les rayons d’un soleil de juillet, tout cela ne distrait pas le regard de la blanche enseigne de Jeanne qu’on aperçoit à travers la fumée de l’encens, à la lueur des cierges de l’autel1676.
303Selon l’antique coutume, le roi, une fois sacré, quitta Reims le 20 juillet pour, aller toucher les écrouelles à Saint-Marcoul de Corbeny. D’après la Chronique des Cordelier, il était, ce jour-là, précédé de Jeanne à cheval :
… toute armée de plain harnas à estandart desployé1677.
Le 15 août, à Montépillois, on vit encore la Pucelle tenant son enseigne galoper en tête de sa compagnie vers les retranchements des Anglais1678.
Enfin Perceval de Cagny nous apprend que, devant Paris, le 8 septembre, Jeanne, le maréchal de Rais et le sire de Gaucourt :
… alerent donner l’assault à la porte de Saint-Honoré. La Pucelle print son estendart en sa main et avecques les premiers entra es fossez endroit le marché aux pourceaulx1679.
Quant ce vint le jour de l’assault (dit de son côté Le Fèvre de Saint-Rémy), la Pucelle armée et habillée à tout son estandart, fut des premiers assaillans, et alla si près qu’elle fut navrée du train1680.
Le 23 mai de l’année suivante, sur les quatre heures du soir, Jeanne sortit de Compiègne. Selon le même auteur, elle était montée :
… sur un très beau coursier, très bien armée de plain harnois et par-dessus une riche heucque de drap d’or vermeil ; et, aprés elle, son estandart, et tous les gens de guerre estans en la ville de Compeigne1681.
Georges Chastelain raconte la même scène de cette façon :
Si monta à ceval, armée comme seroit ung homme et parée sur son harnois d’une huque de rice drap d’or vermeil. Chevauçoit ung coursier lyart1682, moult bel et moult fier, et se contenoit en son harnas et en ses mannieres, comme eust fait un capitaine meneur d’ung grant ost ; et en cet estat, à tout son estandart hault eslevé et volitant en l’air du vent, et bien accompaignée de nobles hommes beaucop, entour quatre heures après midy, saillit dehors la ville qui tout le jour avoit esté fermée, pour faire ceste entreprinse, par une vigille de l’Ascension. Et amena avecques elle tout ce qui pooit porter bastons1683, à pié et à ceval, nombre de Vc armez1684.
On sait comment se termina cette néfaste journée. Capturé avec l’héroïne, l’étendard fut sans doute brûlé par les Bourguignons et ses cendres jetées au vent
pour les sorceries qui s’en fussent pu ensuivir1685.
Ainsi dut finir la glorieuse enseigne.
En parcourant tant les chroniques et documents contemporains que les procès de condamnation et de réhabilitation, on remarquera qu’à partir du 4 mai 1429, l’étendard de Jeanne d’Arc se trouve mentionné quarante-deux fois, tandis que nulle part il n’est question du pennon. N’est-ce pas là une forte présomption en faveur de notre hypothèse de l’abandon de cette enseigne à la suite de la détérioration qu’elle subit le soir de l’entrée à Orléans, où elle était portée devant la Pucelle à côté de l’étendard ?
304Comme les autres enseignes, les pennons se distinguaient en pennons de couture et pennons de bature ou de baterie1686. Celui de Jeanne, ayant été, ainsi que l’étendard, décoré par un peintre, ne pouvait être qu’un pennon de bature.
Indépendamment de l’étendard et du pennon confectionnés à Tours et ensuite transportés à Blois, la Pucelle, arrivée dans cette dernière ville, avait chargé le frère Jean Pasquerel, son aumônier, de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d’y faire peindre l’image de Notre Seigneur crucifié.
Ceux-ci réunis chantaient des antiennes et des hymnes en l’honneur de la bienheureuse Marie. Jeanne était avec eux. Mais elle ne voulait pas permettre qu’aucun des hommes d’armes y fut admis qu’il n’eût confessé ce jour-là, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à entendre tout pénitent de bonne volonté1687.
Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d’armes suivaient. Le cortège sortit de la ville par le côté de la Sologne, en chantant Veni creator spiritus et plusieurs autres antiennes1688.
Arrivée en vue d’Orléans, Jeanne, avec le convoi de vivres et une partie de l’armée, traversa la Loire en compagnie de ses deux frères, du Bâtard, du maréchal de Boussac et du capitaine La Hire. Frère Pasquerel et les prêtres reprirent le chemin de Blois portant la bannière1689.
Peu de jours après, (rapporte Jean Pasquerel), à la suite d’une quantité d’hommes d’armes, je vins à Orléans par la Beauce avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Ayant su notre arrivée Jeanne se rendit au devant nous ; et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. C’était là chose merveilleuse. Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; et ils s’apercevaient bien que les gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d’eux. Ils nous voyaient ; ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels j’étais, portant la bannière. Eh bien, ils restèrent tous impassibles ; et ni prêtres, ni hommes d’armes n’eurent à subir aucune attaque1690.
Les bannières avaient la forme d’un rectangle se rapprochant plus ou moins du carré. Elles se distinguaient en bannières féodales et bannières religieuses. Les premières, déployées dans les combats et les cérémonies solennelles, arborées aussi dans les tournois, se trouvaient toujours armoriées ; les secondes, décorées de sujets religieux, étaient portées dans les processions.
La bannière féodale se clouait à la hampe par un de ses grands côtés ; ce qui la rendait plus haute que large. Exceptionnellement toutefois quelques images nous montrent des bannières fixées par leurs petits côtés1691 et par conséquent plus larges que hautes. Assez rares étaient les bannières présentant la forme d’un carré parfait1692.
305Les bannières féodales ne semblent guère avoir dépassé un mètre dans leur plus grande dimension. Beaucoup mesuraient soixante centimètres sur cinquante-cinq environ. Au-dessous de cinquante centimètres carrés, on les appelait bannerettes1693.
La bannière, commandée par le frère Pasquerel sur l’ordre de Jeanne, était une bannière religieuse.
Bien que rectangulaires, comme les bannières féodales, les bannières religieuses en différaient cependant par leur mode de suspension à la hampe et par la découpure en lambeaux généralement pratiquée dans leur partie inférieure, ainsi qu’on peut le voir sur la figure 20, laquelle représente une bannière féodale d’environ 14301694, à côté d’une bannière religieuse dessinée d’après une miniature des Heures de Milan1695.
On constatera que cette dernière ressemble beaucoup aux bannières encore usitées de nos jours dans les processions, sauf que la traverse à laquelle elle est fixée, au lieu d’être suspendue à la hampe par un cordon, s’y trouve clouée à demeure en son milieu. On remarquera en outre qu’elle se termine en quatre lambeaux, comme l’étaient la plupart des bannières religieuses du quinzième siècle1696. Trois lambeaux seulement se rencontrent dans quelques-unes1697. D’autres, par contre, en ont cinq1698. L’extrémité de chaque lambeau était, soit arrondie1699, soit coupée carrément1700. Il y eut aussi des bannières religieuses dépourvues de ces appendices1701.
La hampe n’était pas toujours sommée d’une croix ; elle se trouvait parfois terminée par un simple pommeau1702. Souvent même, le haut de la hampe ne dépassait pas la traverse, hampe et traverse formant un tau1703.
On découvre, dans certaines miniatures, quelques petites bannières, décorées 306307de motifs religieux et clouées à la hampe sur leur grand côté1704, comme l’étaient les bannières féodales. Ces enseignes nous semblent avoir été ce qu’on appelait des bannerolles de dévotion plutôt que des bannières de procession. La bannière que Jeanne fit confectionner à Blois pour ses prêtres n’était certainement pas de cette sorte et devait se rapprocher beaucoup de celle des Heures de Milan dont notre figure 20 a donné la physionomie.
À la reconstitution hypothétique de l’étendard de Jeanne d’Arc qu’ont montrée nos figures 17 et 18, nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt d’ajouter les représentations plus certaines de quelques-unes des enseignes féodales qui durent, au jour du sacre, escorter le glorieux étendard dans la cathédrale de Reims. Armoyées d’armoiries connues et souvent rencontrées sur d’anciens documents, la reproduction que nous offrons de ces bannières sera forcément plus exacte que celle que nous avons tentée de la blanche enseigne dont il ne nous est resté aucune image authentique.
Nous reproduisons donc, dans la figure 21, en haut, à gauche, l’étendard de France1705 et, à droite, une des deux grandes bannières. Depuis plus de deux siècles, ces trois enseignes figuraient aux sacres de nos rois.
Sous les enseignes de France se trouvent rangées les quatre bannières des chevaliers de la Sainte Ampoule : Brosse, Culant, Rais et Malet.
Puis la bannière du bâtard d’Orléans, suivie de celles des ducs d’Anjou, d’Alençon et du comte de Clermont.
Ensuite les bannières de Vendôme, d’Albret, de Montmorency-Laval et de Maillé.
Enfin celles de Bueil, La Trémoille, Rochechouart et Gaucourt1706.
En regard de toutes ces bannières ne figure qu’un seul étendard, l’étendard de France. C’est qu’en effet, lorsque cette enseigne était déployée, tous les autres étendards se repliaient, car ces derniers devaient révérence à l’étendard du prince comme font les petiz batteaux en la mer devant une carracque ou une grande nef1707.
À la solennité du sacre de Charles VII, il y eut à cette règle une glorieuse exception et la présence du grand étendard de France n’empêcha pas l’étendard de la Pucelle d’y figurer.
À l’encontre des étendards qui se repliaient tous à l’apparition de l’étendard du prince, les bannières restaient déployées, chaque banneret arborant la bannière de ses armes pour montrer qu’il servait en personne1708.
Il est donc probable que, lorsque la blanche enseigne de Jeanne chef de guerre apparaissait dans les batailles, les étendards des autres capitaines étaient repliés et que, seuls leurs bannières et les simples pennons continuaient à flotter à la suite de l’étendard du Roi du ciel.
308Nous terminons ce chapitre par une représentation de la Pucelle à cheval, en harnais blanc, et tenant en main l’étendard que nous lui avons reconstitué dans les figures 17 et 18 (fig. 22).
On a vu précédemment que la botte, ou chandelier de cuir, dans lequel s’introduisait le talon des lances et des hampes d’enseignes pour permettre aux cavaliers de maintenir aisément ces lances et ces hampes dans la position verticale aux vives allures, s’attachait, soit à la branche interne de l’étrier droit, soit à une courte courroie qui suspendait ce chandelier au-dessous du quartier 309droit de la selle, en arrière de la jambe de l’homme d’armes, à quelques centimètres au-dessus du col de l’éperon. Or, il résulte de nos expériences que cette dernière disposition était de beaucoup la plus pratique et probablement la plus usitée pour les enseignes de grandes dimensions, telles que les bannières et les étendards. La botte, attachée à l’étrier, ne devait être employée, croyons-nous, que pour les lances dépourvues d’appendices flottants ou du moins seulement munies de pennons ou de panonceaux. C’est donc, pendu en arrière de la jambe droite que nous avons placé le chandelier supportant l’étendard de notre Jeanne d’Arc (fig. 22).
Dans la bouche de son cheval, on reconnaîtra le mors de la collection Pauilhac. On remarquera en outre que la braconnière de notre armure circonscrit les cornes du troussequin de façon à les cacher complètement. Il en était ainsi avec la plupart des braconnières du temps de la Pucelle1709, qui n’auraient pu, en raison de leur longueur, se caser dans les cornes d’un troussequin placé à trente centimètres au plus de la ventrière. Pour avoir voulu introduire la longue braconnière de sa Jeanne d’Arc à l’intérieur d’un troussequin à cornes, Paul Dubois a été obligé de donner au siège de sa selle une dimension exagérée qu’on ne trouve pas dans les selles qui nous sont restées du quinzième siècle.
Notes
- [1578]
Journal du siège d’Orléans, p. 111.
- [1579]
Gustave Desjardins, Recherches sur les drapeaux français, 1874, p. 16.
- [1580]
Fabre, Procès de condamnation, p. 88.
- [1581]
Fabre, Procès de condamnation, p. 131.
- [1582]
Fabre, Procès de condamnation, p. 183, 184.
- [1583]
Quicherat, Procès, t. V, p. 258.
- [1584]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, pp. 245-246.
- [1585]
Journal du siège d’Orléans, p. 86.
- [1586]
Ce ne fut que plus tard qu’on se servit d’enseignes ainsi taillées. Telles sont encore les flammes des lances de nos dragons.
- [1587]
Vers 1417 : Fol. 59 v°. Cet étendard se trouve exceptionnellement tenu de la main gauche.
- [1588]
Vers 1428. — Bibl. nat., lat. 1256 B, fol. 171.
1430. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19, folios 4 verso, 6 verso, 8 verso, 23, 65.
Vers 1440. — Bibl. de Dresde, M. 66, folios 28, 29.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9016, 9017, 9018, nombreux exemples.
Vers 1460. — Ibid., 9222, fol. 388.
- [1589]
Orléans, Musée Jeanne d’Arc.
- [1590]
Florence, Gal. ant. et mod. Jésus montant au Calvaire.
- [1591]
Vers 1320. — Bibl. nat. lat. 8846, fol. 98 verso.
1380. — Padoue, Baptistère, Jean et Antoine de Padoue, Crucifixion.
- [1592]
Bibl. de l’Arsenal, 5193, fol. 154 v°.
- [1593]
Vers 1415. — Bibl. nat., fr. 9, folios 113, 174 verso.
1430. — Musée du Louvre, École catalane, Martyre de saint Georges.
- [1594]
Vers 1490. — Bibl. nat., fr. 919, fol. 96.
1410. — Ibid., fr. 2810, fol. 89 verso. — Bibl. de l’Arsenal, 5193, fol. 154 verso.
Vers 1415. — Brit. Mus., Harl. MS. 1431, fol. 136 verso.
Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 357, fol. 1.
Vers 1433. — Brit. Mus., Harl. MS. 2278, fol. 86.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9060, fol. 70.
Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 247 et 6163, nombreux exemples ; fr. 2643, fol. 328 verso.
1470. — Bruxelles, Bibl. roy., 6, fol. 448 verso ; 8, fol. 129.
Vers 1470. — Ibid., 9029, folios 30, 448 verso. — Bibl. nat., fr. 331, fol. 1.
1471. — Bibl. nat., fr. 201, fol. 9 verso.
Vers 1475. — Ibid., fr. 257, fol. 1.
Vers 1480. — Ibid., fr. 2879, fol. 32 verso.
- [1595]
Nous donnons au mot bataille son ancienne signification de corps d’armée.
- [1596]
1388. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 2418.
1416. — Le de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 183.
1441. — Douet d’Arcq, Génie de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, p. 301.
- [1597]
A Guill. Delarouge, sellier du roy pour 9 chandellers de cuir gras en 3 doubles, cousu comme une estrivière, pour servir à tenir la lance sur l’estrief, 45 s.
(Cpte de l’écurie du roi, fol. 29, ap. Gay, Gloss. archéol., p. 317). - [1598]
Vers 1440 : Bibl. nat., fr. 33, fol. 120 v°.
- [1599]
À l’Armeria reale de Turin, il est classé parmi les objets de l’âge de bronze, bien que l’usage des étriers ne semble guère remonter au-delà du moyen-âge.
- [1600]
Les faux étriers, suspendus au pommeau de la selle, étaient employés spécialement pour les pages. (1399 : Comptes de l’écurie du roi, fol. 3 v°. — 1488 : Ibid., fol. 25. — 1560 : Ibid., fol. 52.)
- [1601]
Vers 1465 : Bibl. nat., fr. 51, fol. 376 v°. Les étendards modernes sont soutenus de la même façon, avec cette seule différence que la courroie de suspension est placée en avant de la jambe du cavalier et non en arrière.
- [1602]
Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. VI, p. 62, fig. 29. Ayant eu la curiosité d’expérimenter ce dispositif, nous avons pu en constater l’impossibilité matérielle absolue.
- [1603]
Vers 1465 : Bibl. nat. fr. 24378, fol. 95.
- [1604]
Quicherat, Procès, t. V, p. 107-108.
- [1605]
Quicherat, Procès, t. V, p. 158.
- [1606]
Le boucassin était une sorte de toile fine, très résistante, mélangée soit de coton, soit de laine, selon qu’elle servais à faire des vêtements d’été ou d’hiver. De nos jours, les paysannes de Lorraine l’appellent encore boucassi et c’est sans doute par ce dernier terme, et non par celui de boucassin que Jeanne l’a désigné dans sa déclaration.
- [1607]
Fabre, Procès de condamnation, p. 88. L’auteur a traduit improprement vexillum par bannière. Nous nous sommes permis de remplacer bannière par étendard.
- [1608]
Fabre, Procès de condamnation, p. 131.
- [1609]
Fabre, Procès de condamnation, p. 183.
- [1610]
Fabre, Procès de condamnation, p. 250.
- [1611]
Adolphe-Napoléon Didron, Iconographie chrétienne, 1843, pp. 227, 228.
- [1612]
Essai de reconstitution de l’étendard de Jeanne d’Arc. Rapport présenté à la Société archéologique de l’Orléanais par M. le docteur Maurice Garsonnin, p. 10, note 1.
- [1613]
Lat. 8838.
- [1614]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. II, p. 291-292.
- [1615]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. II, p. 296.
- [1616]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. II, p. 297.
- [1617]
Chronique de la Pucelle, p. 281.
- [1618]
Revue historique, t. XIX, p. 72.
- [1619]
Journal du siège d’Orléans, p. 76.
- [1620]
Germain Lefèvre-Pontalis, Les sources allemandes de l’histoire de Jeanne d’Arc, 1903, p. 165.
- [1621]
Vers 1370. — Ibid., nat., lat. 1052, fol. 214.
Vers 1415. — Ibid., fr. 9, fol. 283.
Vers 1435. — Pétrograd, Musée de l’Ermitage, van Eyck, Jugement dernier.
1456. — Miracles de Notre-Dame, t. II, pl. 35.
Vers 1500. — Musée d’Anvers, Maître des Pays-Bas, Jugement dernier.
- [1622]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 219-220.
- [1623]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 191.
- [1624]
Mistère du siège d’Orléans, p. 411.
- [1625]
Fabre, Procès de condamnation, p. 182. — Pierre Champion, Procès de condamnation, t. I, p. 147 ; t. II, p. 104.
- [1626]
Père Hilaire de Barenton, Jeanne d’Arc franciscaine, 1909, pp. 14, 15, 18.
- [1627]
1411. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 153-155, 160.
1412. — Id., Ibid., n° 291, 234.
1413. — Id., Ibid., n° 279.
1416. — Id., Ibid., n° 317, 324-326, 331, 374-377, 379.
1421. — Id., Ibid., n° 645.
1431. — Id., Ibid., n° 977.
1451. — Id., Ibid., n° 1137.
1454. — Id., Ibid., n° 1710.
- [1628]
1375. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. I, n° 2442.
- [1629]
1386. — Lobineau, hist. de Bretagne, t. II, col. 672.
- [1630]
1411. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 102.
Vers 1460. — J. Clavilier, Chron. de Charles VII, t. I, pp. 82, 95.
Vers 1470. — Chronique de la Pucelle, p. 318.
- [1631]
1435. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 1174.
- [1632]
1416. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 377, 378.
- [1633]
1442. — Id., Ibid., n° 1373.
- [1634]
1443. — Id., Ibid., n° 1376.
- [1635]
1405. — Id., Ibid., n° 84.
- [1636]
1456. — Id., Ibid., n° 1873.
- [1637]
Écartelé, aux 1 et 4 de Bavière, aux 2 et 3 contre-écartelé d’or au lion de sable, armé et lampasé de gueules, qui est de Hainaut, et d’or au lion de gueules, armé et lampassé d’azur, qui est de Hollande.
- [1638]
C’est-à-dire formée d’une suite de carrés égaux, appelés compons, de deux ou trois couleurs différentes alternant entre elle.
- [1639]
1316. — Bibl. nat., fr. 7855, pp. 164, 171.
1386. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 1473, 1474.
1387. — Id., Ibid., n° 1614.
1388. — Id., Ibid., n° 1973, 1974.
1389. — Id., Ibid., n° 3294.
1395. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 57.
1402. — Id., Glossaire français du Moyen Age, p. 162.
1424. — L. de Laborde, Les Ducs de Bourg., t. I, n° 690.
1426. — Id. Ibid., n° 828.
1435. — Id., Ibid., n° 1195.
- [1640]
C’est à Tours et non à Poitiers que fut confectionné l’étendard de la Pucelle (Quicherat, Procès, t. V, p. 258).
- [1641]
P. 338.
- [1642]
P. 150.
- [1643]
Fabre, Procès de condamnation, p. 131. — Pierre Champion, Procès de condamnation, t. II, p. 74.
- [1644]
Vers 1425 : Brit. Mus., Add. MS. 18850, fol. 288 v°. — Bibl. de l’Arsenal, 4790, fol. v°.
- [1645]
Voir la figure 10 du chapitre de l’Armure.
- [1646]
Actuellement la longueur des hampes d’étendards de cavalerie ne dépasse pas deux mètres. D’après les anciennes images, les hampes des étendards du quinzième siècle étaient plus longues.
- [1647]
Gustave Desjardins, Recherches sur les drapeaux français, 1874, p. 16.
- [1648]
Père Gabriel Daniel, Histoire de la milice française, 1713, t. II, p. 177.
- [1649]
Quicherat, Procès, t. V, p. 258.
- [1650]
Quicherat, Procès, t. V, p. 117.
- [1651]
Vers 1425. — Ibid. nat., fr. 20088, fol. 473 verso.
- [1652]
Vers 1410. — Ibid., fr. 2810, folios 91 verso, 126.
- [1653]
Vers 1430. — Ibid., fr. 2673, fol. 1.
- [1654]
Vers 1410. — Ibid. nat., fr. 2810, fol. 126 ; fr. 20352, fol. 131 verso.
Vers 1430. — Ibid., fr. 2673, fol. 1.
- [1655]
Vers 1425. — Ibid., fr. 20088, fol. 453 verso.
Vers 1435. — Bibl. de Carlsruhe, XXVII, fol. 129 verso.
- [1656]
Journal du siège d’Orléans, p. 76.
- [1657]
Chronique, p. 141.
- [1658]
Chronique, p. 150.
- [1659]
Dans les cérémonies, la place du pennon était à côté de l’étendard.
- [1660]
On entendait souvent par étendard à la fois l’étendard et le pennon.
- [1661]
Journal du siège d’Orléans, p. 77.
- [1662]
Aucun texte n’indique la couleur de cette enseigne, très probablement de toile blanche, comme l’étendard.
- [1663]
Chronique de la Pucelle, p. 287. — Jean Chartier, Chronique de Charles VII, t. I, p. 72. — Lefèvre-Pontalis, Les sources allemandes de l’histoire de Jeanne d’Arc, Eberhard Windecke, p. 169.
- [1664]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 210.
- [1665]
Chronique de la Pucelle, p. 288. — Perceval de Cagny, p. 143.
- [1666]
Chronique de la Pucelle, pp. 290-291. — Perceval de Cagny. pp. 144-145. — Eberhard Windecke, p. 171.
- [1667]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, Dépositions du comte de Dunois, p. 93 ; de d’Aulon, p. 245 ; de Simon Beaucroix, pp. 254.-255, de Jean Luillier. p. 259. — Chronique de la Pucelle, p. 293. — Perceval de Cagny, p. 146. — Journal du siège, p. 86.
- [1668]
Eberhard Windecke, p. 177.
- [1669]
Quicherat, Procès, t. V, p. 108.
- [1670]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, Déposition du duc d’Alençon, p. 177.
- [1671]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, Déposition du duc d’Alençon, p. 179. — Chronique de la Pucelle, pp. 301-302. — Perceval de Cagny, p. 150. — Journal du siège, p. 98.
- [1672]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, Déposition du président Simon Charles, p. 148.
- [1673]
Fabre, Procès de condamnation, p. 189.
- [1674]
Fabre, Procès de condamnation, pp. 120, 250. — Chronique de la Pucelle, p. 322. — Jean Chartier, Chronique de Charles VII, t. I, p. 97. — Quicherat, Procès, t. V, Lettre de trois gentilshommes angevins, p. 129.
- [1675]
Par concession de Charles VI, les d’Albret écartelaient leur blason des armes royales.
- [1676]
Pour les artistes qui seraient tentés de reconstituer aussi exactement que possible, soit en peinture, soit au théâtre, la scène du sacre de Charles VII, nous croyons utile de blasonner les plus importantes des enseignes seigneuriales qui ont dû figurer à cette imposante cérémonie.
Ce furent d’abord, sans nul doute, l’étendard et les deux grandes bannières de France que portaient, aux sacres de nos rois, les hauts personnages chargés de représenter en habits royaux le comte de Champagne, les ducs Normandie et de Guyenne. Les deux bannières étaient d’azur à trois fleurs de lis d’or, l’étendard d’azur semé de fleurs de lis d’or sans nombre.
Il y eut aussi quatre bannières dont la présence au sacre de Charles VII est authentiquement constatée par une lettre de trois gentilshommes angevins, témoins oculaires de cette solennité. Ce furent celles des chevaliers de la Sainte Ampoule, le maréchal de Boussac, l’amiral de Culant, les sires de Rais et de Graville. Ces nobles seigneurs, à cheval, armés de toutes pièces, tenant chacun leur bannière, étaient allés chercher le précieux chrême l’église abbatiale de Saint-Rémy. Ils revinrent en majestueuse ordonnance, escortant le dais de drap d’argent, sous lequel s’avançait l’abbé, monté sur un cheval blanc et porteur de la sainte relique, laquelle fut remise à l’archevêque, venu au devant du pompeux cortège jusqu’au seuil de la cathédrale. Ils y entrèrent à cheval avec leurs bannières. Arrivés a l’entrée du chœur, ils mirent pied à terre et prirent place dans l’entourage du roi.
Les bannières portées par les seigneurs à cheval consistaient dans des rectangles d’étoffe mesurant environ cinquante-cinq centimètre de hauteur sur cinquante de largeur. Leurs hampes ne possédaient pas toujours le fer de lance exigé pour celles des étendards. Emblème héréditaire de la maison, la bannière représentait les armes, alors que l’étendard n’était généralement décoré que de devises personnelles et fantaisistes :
- Jean de Brosse, seigneur de Sainte-Sévère, dit le maréchal de Boussac, portait d’azur à trois brosses d’or, liées de gueules.
- Louis, baron de Culant, amiral de France, d’azur semé de molette, d’or, au lion du même, armé et tampassé de sable, brochant sur le tout.
- Gilles de Laval, sire de Rais, d’or à la croix de sable.
- Jean Malet, sire de Graville, grand maître des arbalétriers, de gueules à trois fermaux d’or.
À ces enseignes on devra joindre celles des personnages suivants :
- Jean, bâtard d’Orléans, de France au lambel à trois pendants d’argent, au filet en barre du même brochant sur le tout.
- Louis de Valois, duc d’Anjou, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem, tiercé en pal et contrepal mi-parti, au 1, fascé d’argent et de gueules de huit pièces. Au 2, semé de France au lambel de trois pendants de gueules. Au 3, de Jérusalem. Soutenu au 1 de la pointe, semé de France à la bordure de gueules, parti d’or à quatre pals de gueules.
- Jean de Valois, duc d’Alençon, de France à la bordure de gueules, chargée de huit besants d’argent.
- Charles de Bourbon, comte de Clermont, de France la bande de gueules.
- Louis de Bourbon, comte de Vendôme, écartelé aux 1 et 4, de France à la bande de gueules, chargée de trois lionceaux d’argent ; aux 2 et 3, d’argent au chef de gueules au lion d’azur, armé, lambassé et couronné d’or, brochant sur le tout.
- Charles d’Albret, qui, dans la cérémonie du sacre, remplaça le connétable, Artus de Bretagne, absent, et tint l’épée royale, de France, écartelé de gueules plain.
- Guy, seigneur de Laval, d’or à la croix de gueules, chargée de cinq coquilles d’argent et cantonnée de seize alérions d’azur.
- Hardouin, baron de Maillé, d’or à trois faces ondées et nébulées de gueules.
- Jean de Bueil, écuyer banneret, écartelé, aux 1 el 4, d’azur au croissant d’argent, accompagné de six croix recroisetée, au pied fiché d’or ; aux 2 et 3, de gueules à la croix ancrée d’or.
- Georges de la Trémoille, d’or au chevron de gueules, accompagné de trois aiglettes d’azur, becquées et membrées du second.
- Jean de Rochechouart, seigneur de Mortemart, fascé enté nébulé d’argent et de gueules.
- Raoul de Gaucourt, d’hermines à deux bars adossés de gueules.
Voir la représentation des bannières de tous ces seigneurs dans la figure 21, qui se trouve être l’avant-dernière du présent chapitre.
- [1677]
Revue historique, t. XIX, p. 74. — Bibl. nat., fr. 23018, fol. 486.
- [1678]
Perceval de Cagny, p. 163.
- [1679]
Perceval de Cagny, p. 167.
- [1680]
Le Fèvre de Saint-Rémy, t. II, p. 149. — Journal du Bourgeois de Paris, p. 245. — Eberhard Windecke, p. 191.
- [1681]
Le Fèvre de Saint-Rémy, t. II, p. 179.
- [1682]
Gris pommelé.
- [1683]
Il faut entendre ici bastons par armes offensives.
- [1684]
Georges Chastelain, t. II, p. 49.
- [1685]
Comme il advint plus tard des cendres de l’héroïne, jetée dans la Seine pour la même raison, au soir de son supplice (Journal d’un Bourgeois de Paris, p. 269).
- [1686]
1338. — Prost, Invent. des ducs de Bourg., t. II, n° 2431.
1389. — Id. Ibid., n° 3294.
- [1687]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, pp. 220-221.
- [1688]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 221.
- [1689]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 221.
- [1690]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 222.
- [1691]
Vers 1420. — Bibl. nat., fr. 2658 fol. 146.
1441. — Toulouse, Archives du Capitole, Bannière de la ville de Toulouse.
1456. — Miracles de Notre-Dame, t. I, pl. 47.
- [1692]
Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 2675, folios 74, 100 verso, 150, 189, 289 verso.
1431. — Bruxelles, Bibl. roy., 9018-19, folios 4 verso, 8 verso.
- [1693]
Et ce maistre logeur portoit une petite bannerette comme d’ung pié et demy en carré.
(Le Jouvencel, t. I, p. 179). - [1694]
Vers 1430. — Bibl. nat., fr. 2651, fol. 274 verso.
- [1695]
1415-1430. — Heures de Milan, fol. 116.
- [1696]
Vers 1440. — Bibl. nat., 8° Fac-similé 126 (Concilium ze Costenz), pp. 26, 123, 124.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066 fol. 75 ; 9068, fol. 123 verso.
Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 247, fol. 89.
1467. — Bruxelles, Bibl. roy., 9243, folios 131 verso, 286 verso.
- [1697]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 102.
Vers 1500. — Londres, Sir John Soames Museum, 4, folios 136 verso, 137.
- [1698]
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066, fol. 75 ; 9068, fol. 123 verso.
Vers 1465. — Bibl. nat., fr. 77, fol. 254 verso.
- [1699]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 102.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9068, fol. 123 verso.
- [1700]
Vers 1440. — Bibl. nat., 8° Fac-similé 126, pp. 26, 123, 124.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066, fol. 75.
Vers 1460. — Bibl. nat. fr. 247, fol. 89.
1467. — Bruxelles, Bibl. roy., 9243, folios 131 verso, 286 verso.
Vers 1500. — Londres, Sir John Soames Museum, 4, folios 136 verso, 137.
- [1701]
1467. — Bruxelles, Bibl. roy., 9243, fol. 210.
- [1702]
Vers 1410. — Bibl. nat., fr. 2810, fol. 102.
1460. — Bruxelles, Bibl. roy., 9066, fol. 75.
- [1703]
Vers 1460. — Bibl. nat., fr. 247, fol. 89.
1465. — Ibid., fr. 77, fol. 254 verso.
1467. — Bruxelles, Bibl. roy., 9243, fol. 286 verso ; 9244, fol. 210.
Vers 1500. — Londres, Sir John Soames Museum, 4, folios 136 verso, 137.
- [1704]
1430. — Ex-Bibl. imp. de Vienne, 1855, fol. 1.
1480. — Bibl. nat., fr. 2829, fol. 32 verso.
- [1705]
Il ne faut pas confondre l’étendard de France avec l’étendard royal, emblème personnel du roi. Ce dernier étendard variait à chaque règne, tandis que l’étendard de France était immuable. Sous Charles VII, l’étendard royal représenta un saint Michel terrassant le dragon sur un fond rouge semé de roses d’or.
- [1706]
Bien qu’il n’apparaisse aucune preuve certaine de la présence au sacre de Georges de la Trémouille, Jean de Rochechouart et Raoul de Gaucourt, mais seulement de fortes présomptions, nous avons cru cependant pouvoir joindre leurs bannières aux précédentes.
- [1707]
Olivier de La Marche, Mémoires, t. IV, p. 60.
- [1708]
Olivier de La Marche, Mémoires, t. IV, p. 60.