Intro
Jeanne d’Arc ses costumes, son armure
par
(1929)
Éditions Ars&litteræ © 2026
5Préface
Le 3 mars 1431, dans la chambre de parement, au bout de la grande salle du château de Rouen, Jeanne d’Arc comparaissait pour la sixième fois devant ses juges. Interrogée sur des images qu’on aurait faites à sa ressemblance, elle répondit avoir vu entre les mains d’un Écossais, à Arras, alors qu’elle était prisonnière des Bourguignons, une peinture qui la représentait toute armée, un genou en terre, offrant une lettre à son roi1. Il est fâcheux que cette œuvre ne soit pas parvenue jusqu’à nous, et l’on doit d’autant plus en regretter la disparition que Jeanne elle-même déclarait s’y être reconnue.
Déjà, l’année précédente, chacun avait pu voir à Ratisbonne, moyennant vingt-quatre pfennigs, une autre peinture où elle était figurée2. Ce dernier tableau est également perdu.
Les textes contemporains ne mentionnant l’existence d’aucun autre portrait de Jeanne d’Arc en dehors de ces deux peintures, il nous faut renoncer à jamais connaître la physionomie de la plus merveilleuse personnalité de notre histoire. Nous savons seulement, sur la foi de témoignages d’une véracité probable, que la Pucelle, bien compassée de membres et forte3, belle et bien formée4, avait une figure rustique habituellement enjouée, une voix douce et des cheveux noirs5 taillés en rond6, à la mode des hommes de son temps. Et si l’on admet que la prophétie d’Eugelide s’applique à notre héroïne, on saura de plus qu’elle avait un grain de beauté derrière l’oreille droite et que son cou était de longueur modérée7. On conviendra que tous ces détails, qui ont leur intérêt, sont impropres à nous donner sur son visage la moindre précision satisfaisante.
Si donc il nous faut abandonner tout espoir de contempler jamais, fidèlement reproduits, les traits de notre libératrice, de nombreux documents par contre, tant écrits que figurés, nous permettent de tenter la reconstitution des costumes civils ou militaires qu’elle a pu revêtir au cours de sa mission. D’une époque troublée où la bourse des princes s’employait plus souvent à soudoyer des gens d’armes qu’à subventionner des imagiers et des enlumineurs, il est resté une iconographie 6certainement moins abondante que celles du début et de la seconde moitié du siècle, mais cependant suffisante pour nous apprendre comment, vers 1430, s’habillaient nos ancêtres. Quant aux textes contemporains se rapportant au costume de l’héroïne juridiquement condamnée sur une question d’habit, quelques-uns sont particulièrement précis et instructifs, et s’il est une figure historique de ces temps reculés dont la silhouette pourrait être entrevue assez exactement, c’est bien notre radieuse Pucelle.
Le port de l’habit d’homme, seul motif valable de condamnation dans la conscience de juges qui se trouvaient alors intéressés à se montrer rigoureux défenseurs des lois de l’Église, avait été la question dominante de tout le procès de Rouen. L’abandon par Jeanne des vêtements de son sexe était évident. Partisans ou adversaires, tous pouvaient en témoigner. Elle-même n’en revendiquait-elle pas hautement la responsabilité, invoquant un ordre du Ciel à elle directement transmis ? Mais il importait à ses juges de bien établir l’entière vérité à ce sujet, à savoir que la transformation avait été complète, Jeanne n’ayant gardé en fait d’habits quoi que ce fût qui eût rappelé son sexe8, tandis qu’elle s’était empressée d’adopter toutes les parties du costume masculin en usage de son temps. Le principe de la condamnation était dès lors inattaquable puisqu’il se trouvait avéré qu’elle avait, de la façon la plus absolue, transgressé la prescription du Deutéronome interdisant aux femmes de revêtir les vêtements des hommes. C’est pourquoi toutes les différentes pièces de la garde-robe de la Pucelle sont énumérées si complaisamment en maints endroits de son procès que confirment d’autre part les récits des chroniqueurs. Nous pouvons donc ainsi savoir, non seulement sous quelles vêtures notre héroïne est apparue aux yeux de ses contemporains, mais encore connaître les parties cachées de son habillement dont l’étude sera pour nous d’un grand intérêt, les vêtements de dessous n’étant pas les moins indispensables à reconstituer lorsqu’il s’agit de donner à un costume tout son caractère.
Quelques images du quinzième siècle sont parvenues jusqu’à nous avec la prétention de représenter Jeanne d’Arc. Ces monuments de pure fantaisie ne nous seront d’aucune utilité. La plupart se trouvent dus à des artistes trop jeunes pour avoir connu la Pucelle, disparue de la scène du monde alors qu’ils étaient tous enfants, ou même avant qu’ils fussent nés. Quant à celles de ces représentations qui sont manifestement contemporaines, les conditions dans lesquelles elles furent exécutées ne permettent pas de leur accorder plus de confiance.
La première en date de ces images est une caricature tracée d’une plume inexperte en 1429, au lendemain de la délivrance d’Orléans, par un greffier bourguignon du parlement de Paris. Le seul fait que Jeanne, habillée en femme, y montre ses cheveux, contrairement à l’usage de l’époque, semble dénoter l’esprit malveillant du dessinateur cherchant à ridiculiser la guerrière qu’il n’avait d’ailleurs jamais vue. La décence d’alors permettait bien à une femme de découvrir sa gorge, très bas, mais lui défendait de dévoiler sa chevelure qu’elle devait toujours maintenir soigneusement embéguinée9. Ce croquis informe ne peut donc rien nous apprendre de l’aspect extérieur de la Pucelle.
Il en serait autrement de la tapisserie allemande du musée d’Orléans, également contemporaine de notre héroïne et représentant son arrivée à Chinon, si les modes d’outre-Rhin qui singularisent cette composition, l’étendard et les armures qui, d’après l’histoire, ne devraient pas y figurer n’empêchaient d’en faire état pour une reconstitution vraisemblable du voyage de Chinon. L’artiste auquel on doit cet intéressant travail y a dépeint ses personnages armés et habillés comme 7il pouvait en voir chaque jour en Allemagne vers 1430. Il a eu l’heureuse idée de n’y pas féminiser Jeanne, si bien qu’il est difficile de la distinguer de ses compagnons. Les uns la reconnaissent dans le cavalier qui se trouve en tête du groupe, les autres dans celui qui porte l’étendard. Cette confusion fait plutôt l’éloge de l’auteur. Sachant combien Jeanne tenait à son aspect masculin, il a scrupuleusement respecté la vérité sur ce point, à l’encontre de tous ses successeurs.
Tapisserie allemande anonyme du XVe siècle. Banderole :
Hie komt die Junkfrow, von Got gesant dem Delphin in seine Land. / Ici vient la vierge envoyée par Dieu au Dauphin dans sa terre. Nous trouvons ensuite par ordre chronologique, en fait d’anciennes images de la Pucelle qui nous aient été conservées, une miniature d’un manuscrit exécuté à Arras en 145110, nous la représentant déjà féminisée et par conséquent contraire à la réalité. Les artistes commencent à se préoccuper avant tout de montrer la femme dans Jeanne. Désormais, plus de confusion possible avec un homme. De longs cheveux flottent sur ses épaules et sa cuirasse est agrémentée de deux proéminences affectant la forme des seins. D’où une Jeanne d’Arc notoirement fausse, et dorénavant celles qui suivront, pendant cinq siècles, seront comme celle-ci contraires à ce que nous révèlent les documents contemporains. Un continuel malentendu existera dès lors entre Jeanne d’Arc et ses portraitistes posthumes, ceux-ci s’efforçant de la féminiser autant que cette fille extraordinaire avait mis de soins à se donner l’apparence d’un homme. Les textes les plus authentiques sont en effet unanimes à affirmer cette tendance persistante de la Pucelle en opposition complète avec l’entêtement moutonnier des peintres et des sculpteurs de toutes les époques à partir de la seconde moitié du quinzième siècle.
De nos jours, où l’on se targue volontiers d’exactitude historique, nos plus savants artistes ne sont pas à l’abri de cette influence fâcheuse, en quelque sorte atavique. Leur préoccupation d’extraire d’un sujet féminin toute la grâce et toute la joliesse qu’il comporte les entraîne à sacrifier la vérité à l’esthétique lorsqu’ils entreprennent de reconstituer l’aspect de notre héroïne nationale au cours de sa mission libératrice. Ils entendent que le public, au premier coup jeté sur leur œuvre, comprenne de suite qu’il a devant lui l’image d’une femme et ne se méprenne pas comme les gens de Chinon de 1429, lesquels, voyant Jeanne pour la première fois, la soupçonnaient d’être un garçon et ne s’apercevaient de leur méprise qu’au son de sa douce voix de femme11.
Frémiet a doté ses statues d’une longue chevelure12 et Barrias agrémente la sienne de cheveux lui cachant la nuque en manière de chignon13. La Jeanne d’Arc de Dubois, élégante et gracile, se rapprocherait davantage de la vérité si elle n’était coiffée d’une salade dont le type ne se rencontre pas à l’époque de notre héroïne14. Et lorsque nous quittons ces sommités de l’art pour descendre parmi les artistes de second et de troisième ordre, fournisseurs habituels de nos églises, nous avons le regret d’y constater qu’à un physique resté féminin s’ajoute un malencontreux jupon.
Que peintres et sculpteurs en prennent leur parti. Pour représenter Jeanne d’Arc avec toute l’exactitude possible dans les différentes phases de son existence qui s’écoulèrent de son départ de Vaucouleurs au jour de son martyre15, il faut d’abord en faire un garçon.
En se vêtant en homme, sans conserver le moindre vestige de coiffure ou parure rappelant la 8femme16, l’héroïne avait pour but principal de faire oublier son sexe et d’éloigner ainsi toute idée malséante à son égard de l’esprit de ses compagnons.
Proscrivons donc des futures images de la sainte en guerrière les longs cheveux, les jupons, les longues robes fendues de côté pour laisser voir la jambe. Esprits légers ou âmes candides peuvent seuls trouver leur compte à tous ces travestis qui ne sauraient satisfaire les natures strictement soucieuses de vérité. Une femme habillée en homme, mais dont la chevelure et la coupe particulière des vêtements trahissent le sexe peut être à sa place sur la scène d’un théâtre ; elle ne l’est pas sous les voûtes d’un temple.
Respectons la volonté de la sainte et laissons-la en garçon. Les premiers organisateurs de la procession commémorative de la délivrance d’Orléans, qui, eux, avaient connu la Pucelle, donnaient chaque année le rôle de celle-ci à un tout jeune homme. Ils avaient compris qu’aucune Orléanaise, si vaillante eût-elle été, n’aurait jamais consenti à pousser l’héroïsme jusqu’à mutiler sa chevelure selon la disgracieuse mode masculine de l’époque, ainsi que l’avait fait Jeanne d’Arc, et, à Orléans, pendant plus de trois siècles, notre guerrière fut toujours représentée par un puceau dans la cérémonie du 8 mai.
À ce grand tort de féminiser Jeanne d’Arc qu’ont encore, au mépris des textes, les artistes lorsqu’ils prétendent nous la montrer au cours de sa mission, s’ajoute une science tout à fait insuffisante des modes de son temps. Le défaut est surtout sensible chez ceux d’entre eux qui entreprennent de retracer les différentes scènes de l’épopée de 1429, dans lesquelles figure l’héroïne au milieu d’autres personnages. Nous nous efforcerons dans ce livre de remédier à une ignorance que les imprécisions et les nombreuses lacunes des histoires du costume actuellement existantes n’ont fait jusqu’à présent qu’entretenir.
Nous démontrerons donc d’abord que la Pucelle, loin d’avoir adopté les tenues spéciales dont on l’affuble trop souvent, s’était tout simplement contentée de revêtir les habits des hommes de son temps. Nous nous appliquerons ensuite à décrire les formes diverses qu’affectait le costume masculin, tant civil que militaire, à l’époque de Jeanne d’Arc avec l’espoir que, non seulement les artistes, mais encore les organisateurs futurs de fêtes et de spectacles en son honneur accueilleront favorablement notre étude. Elle leur exposera, à l’aide d’une iconographie authentique, appuyée de patrons patiemment reconstitués, les véritables modes usitées en 1430, sans la connaissance desquelles les plus brillants cortèges ayant la prétention de représenter la Pucelle et son entourage ne pourront jamais dépasser le niveau d’un puéril défilé de déguisements fantaisistes.
Nos recherches ont eu principalement pour objet d’étudier la sainte dans ses aspects de chevalier. Nous ne pouvions cependant nous désintéresser du costume de son sexe qu’un ordre du Ciel lui avait fait abandonner au début de sa mission et qu’elle devait reprendre aux derniers moments de sa courte et glorieuse existence. On trouvera donc à la fin de ce livre en quoi dut consister, selon nous, la tenue de femme conduite au bûcher. Les détails dans lesquels nous entrons à ce sujet sur les vêtements qui étaient alors le partage des femmes de condition modeste permettront de se faire une idée vraisemblable du costume de paysanne que portait l’humble Jeannette à Domrémy, lorsque, près de l’église, dans le jardin de son père, des Voix l’appelaient au secours de la France envahie.
9Introduction
I. Témoignages attestant la tenue exclusivement masculine de la Pucelle pendant sa mission
Jeanne prit l’habit d’homme, à Vaucouleurs, lors de son départ pour Chinon, vers la fin de février 142917 ; elle le conserva jusqu’au soir de son abjuration, le 24 mai 1431, c’est-à-dire pendant plus de vingt-sept mois.
Déjà, quelques jours avant de quitter définitivement la petite cité française confiée à la garde de Robert de Baudricourt, la Pucelle s’était servie de vêtements empruntés à son cousin Laxart pour chevaucher en sa compagnie jusqu’à Saint-Nicolas, d’où un sauf-conduit l’avait amenée à Nancy, auprès du vieux duc de Lorraine qui désirait la connaître. Enfin, le 23 février, commençant sa mission, elle sortait de Vaucouleurs par la porte de France, revêtue du costume masculin qu’elle devait à la générosité des habitants de cette ville.
Nous extrayons des dépositions des témoins au procès de réhabilitation les passages suivants touchant ces faits.
Durand Laxart :
Une fois qu’elle vit que Robert (de Baudricourt) n’était pas disposé à la faire mener vers le dauphin, Jeannette prit des habits à moi et me dit qu’elle voulait partir. Elle partit, et je la conduisis jusqu’à Saint-Nicolas. De là, étant munie d’un sauf-conduit, elle fut amenée auprès du seigneur Charles, duc de Lorraine. Le duc la vit, lui parla et lui donna quatre francs qu’elle me montra.
Jeannette, étant revenue à Vaucouleurs, les habitants de cette ville lui achetèrent des vêtements d’homme, des chausses, des houseaux et tout ce qui lui était nécessaire18 (vestes hominis, calceamenta, ocreas et sibi necessaria)19.
Henri Le Royer, chez qui Jeanne logea pendant son séjour à Vaucouleurs :
Quand Jeanne vint à notre maison, elle portait une robe rouge (erat induta veste mulieris 10rubea). On lui donna un vêtement d’homme, des chausses, tout un équipement, et, montée sur un cheval, elle fut conduite au lieu où était le dauphin par Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne, Richard l’archer et les deux serviteurs de Jean et de Bertrand. Je les vis partir tous les six et Jeanne avec eux20.
Catherine, femme du précédent :
Alors (après la visite de Jeanne au duc de Lorraine), les habitants du village lui firent faire une robe, des chausses, des houseaux, des éperons, une épée et tout un équipement (tunicam21 caligas, ocreas22, calcaria, ensem et similia). […] Je la vis monter à cheval pour s’en aller23.
Jean de Metz :
Quand je vis Jeanne pour la première fois, elle portait une robe pauvre et usée, de couleur rouge. […] Je lui demandai encore si elle voulait faire chemin avec ses vêtements de femme. Elle me répondit :
Je prendrai volontiers habit d’homme.Pour lors, je lui donnai les vêtements et la chaussure d’un de mes hommes. Ensuite les gens de Vaucouleurs lui firent faire une robe d’homme, des chausses, des houseaux, tout l’équipement nécessaire, et lui donnèrent un cheval qui coûta seize francs, ou à peu près. […] En route, Bertrand et moi, nous reposions chaque nuit avec elle. Jeanne dormait à côté de moi, serrée dans son gippon et gardant ses chausses (suo gippono et caligis vaginatis induta)24.
Bertrand de Poulengy :
Cependant Jean de Metz et moi nous fîmes tant, avec l’aide d’autres gens de Vaucouleurs, que Jeanne quitta ses vêtements de femme qui étaient de couleur rouge et que nous lui procurâmes une robe et des vêtements d’homme, des éperons, des houseaux, une épée et tout ce qui s’en suit, ainsi qu’un cheval. Puis, moi Bertrand, avec Jean de Metz, son servant Julien et Jean de Honnecourt mon servant, accompagnés de Colet de Vienne et de Richard l’archer, nous nous mîmes en route pour aller trouver le dauphin. La première journée de notre voyage, craignant d’être pris par les Bourguignons et par les Anglais, nous marchâmes toute la nuit. Les nuits suivantes, Jeanne couchait à nos côtés près de Jean de Metz et de moi, toute habillée sous sa couverture, 11avec ses chausses bien attachées (ipsa tamen induta suo lodice et caligis suis, ligulata et firmata)25.
Voici maintenant ce que rapporte sur les mêmes faits la Chronique de la Pucelle, attribuée à Guillaume Cousinot, conseiller au Parlement, chancelier du duc d’Orléans et contemporain de Jeanne d’Arc :
Elle pressoit tousjours instamment ledict capitaine (Baudricourt) qu’il l’envoyast vers le roy ; et luy fist avoir habillemens d’homme, et cheval et compaignons à la conduire ; et entre autres choses luy dist :
En nom Dieu, vous mettez trop a m’envoyer…Et estoit ledict capitaine en grand pensee qu’il en feroit ; si delibera et conclud qu’il l’envoyeroit ; et luy fist faire robe et chaperon a homme, gippon, chausses a attacher, houseaux et esperons, et luy bailla un cheval et un varlet, puis ordonna a deux gentilshommes du pays de Champaigne qu’ils la voulussent conduire : l’un des gentilshommes nomme Jean de Metz, et l’autre Bertrand de Pelonge26.
À son deuxième interrogatoire, dans la chambre de parement du château de Rouen, le 22 février 1431, Jeanne déclare elle-même qu’à son départ de Vaucouleurs, elle était en habit d’homme et portait une épée que lui avait donnée Robert de Baudricourt, sans autres armes27.
Le 8 mars 1429, deux jours après son arrivée à Chinon, la Pucelle fut introduite dans la grande salle du château par le comte de Vendôme28. C’était le soir, à la lumière des torches. D’après la relation contemporaine du greffier de la Rochelle :
Elle avoit pourpoint noir, chausses estachees, robbe courte de gros gris noir, cheveux ronds et noirs et un chappeau noir sur la teste.
La chronique, très postérieure de Mathieu Thomassin, puisqu’elle fut écrite sous Louis XI, rapporte qu’à son entrée dans la salle de Chinon :
[Jeanne] avoit courts les cheveulx et un chapperon de layne sur la teste et portoit petits draps29 comme les hommes, de bien simple manière.
Ainsi, le premier de ces témoignages parle d’un chapeau où le second mentionne un chaperon, coiffure toute différente. Bien qu’il semble tout d’abord qu’on doive accorder plus de confiance à la relation contemporaine qu’à la chronique de Thomassin, c’est cependant à cette dernière qu’il convient de donner créance. Un troisième témoignage, le moins suspect et le plus précieux de tous, celui de l’héroïne elle-même, affirme qu’à Chinon, en présence du roi :
[Elle] se agenoulla et oulta son chaperon30.
L’assistance, très nombreuse, fut surprise. Beaucoup prenaient Jeanne pour un garçon31. Les autres s’étonnaient de cette chevelure taillée en rond32 sur la tête d’une pucelle. Le diable, avait-on dit, danse sur les cheveux des femmes dont la tête n’est pas voilée33. Si Jeanne n’était pas un garçon, qu’était-elle donc ?
Les femmes 12de tout âge et de toute condition, [dit très justement Anatole France,] prenaient grand soin de tirer leurs cheveux sous le hennin, la coiffe, le voile, de manière qu’il n’en passât pas un fil. Et cette crinière libre sur une tête féminine était pour le temps une chose étrange34.
Cette coutume, ne permettant qu’aux hommes de montrer leurs cheveux, régnait également dans les campagnes. Les miniatures de cette époque nous font voir les paysannes cachant leur chevelure, soit sous des chaperons, soit sous des coiffes de lingerie, et, comme les toutes jeunes filles, seules, étaient affranchies de cette règle, il est à croire que, dans les derniers temps de son séjour à Domrémy, la pieuse Jeannette ne se montrait pas autrement, devant les bêtes des champs et les oiseaux du ciel, que la tête correctement embéguinée.
Tandis qu’elle séjournait à Chinon, au château du Coudray, où le roi lui avait assigné un logement, des personnes de grand état vinrent pendant plusieurs jours s’entretenir avec elle. Elles la trouvèrent habillée en garçon35.
À Poitiers, chez maître Jean Rabateau,
elle estoit tousjours en habit d’homme ny n’en vouloit autre vestir36.
Les docteurs firent objection sur ce qu’elle avait rejeté tout vêtement de femme et fait tailler ses cheveux en rond, à la façon des jouvenceaux. Or il est écrit :
Une femme ne prendra point un habit d’homme, et un homme ne prendra point un habit de femme ; car celui qui le fait est abominable devant Dieu.(Deutéronome XXII, 5.) Le concile de Gangres, tenu sous le règne de Valens, avait frappé d’anathème les femmes qui s’habillaient en hommes et se coupaient les cheveux37. Mais il importait de considérer que ce qui était abominable à Dieu ce n’était pas le dehors, c’était le dedans ; ce n’était point l’habit, c’était le mauvais dessein qui le faisait prendre. Les Pères de Gangres n’avaient condamné que les femmes qui s’habillaient en hommes et se coupaient les cheveux sous prétexte de vie ascétique. L’Église approuvait depuis lors que les religieuses coupassent leurs cheveux. Plusieurs saintes, inspirées par un mouvement extraordinaire du Saint-Esprit, avaient caché leur sexe sous des habits virils. On gardait à Saint-Jean-des-Bois, près Compiègne, la châsse de sainte Euphrosyne d’Alexandrie, qui avait vécu trente-huit ans sous l’habit d’homme dans le couvent de l’abbé Théodose38. Pour ces raisons et sur ces exemples, les docteurs pensèrent : Puisque Jeanne prit cet habit non point pour offenser la pudeur d’autrui, mais pour garder la sienne, ne trouvons pas à mal ce qui a été fait pour le bien, et ne condamnons point un acte que la pureté des intentions justifie39.
Lors de la venue de la Pucelle à Chinon, on avait douté si elle était fille ou garçon, tant à cause de ses cheveux qu’en raison de son costume, et l’on avait pu craindre
qu’elle ne fût une illusion en semblance de femme, produite par l’art des démons, ce que les savants ne pensaient pas impossible40.
L’examen de Jeanne à Chinon, et sa visite, à Poitiers, par la reine de Sicile, les dames de Trèves et de 13Gaucourt rassurèrent tant soit peu les timorés41. Son aumônier, Jean Pasquerel, dépose ainsi à ce sujet :
Il m’a été dit que, quand elle vint au roi, Jeanne fut visitée à deux reprises par des femmes. On voulait savoir ce qu’il en était d’elle, si elle était homme ou femme… Elle fut trouvée femme42.
De tout ce qui précède il reste acquis que, depuis Vaucouleurs jusqu’au moment où fut organisée sa maison sur le pied de celle d’un chef de guerre, la Pucelle, coiffée et habillée en homme, très simplement, au point d’illusionner sur son sexe ceux qui la voyaient pour la première fois, portait chaperon, chausses, robe et gippon, heuses éperonnées pour chevaucher et épée pour faire la route. Il faut nécessairement ajouter à cette énumération la chemise et les braies, qu’à l’exception de Mathieu Thomassin, tous les chroniqueurs ont passées sous silence, ces parties du vêtement se trouvant généralement cachées du temps de Jeanne d’Arc, mais qu’ont spécifiées deux documents du procès de condamnation43.
Il est probable que notre héroïne, avec peu ou point d’habits de rechange, dut conserver à Chinon et à Poitiers la mise simple qu’elle avait revêtue en quittant les marches de Lorraine pour venir en pays de France.
Ayant enfin vaincu les hésitations du roi et triomphé des objections des examinateurs de Poitiers, on se décide à la considérer comme envoyée du Ciel, et l’humble paysanne de dix-sept ans est élevée au rang de chef de guerre. Il lui sera permis de prendre la tête du convoi de ravitaillement qu’on se propose de faire pénétrer dans les murs d’Orléans assiégé, où bientôt, d’une manière éclatante et merveilleuse, elle va pouvoir montrer le signe de sa mission. Son nouvel état l’oblige naturellement à un complet changement de costume.
D’après la déposition de Louis de Contes, son ancien page, elle n’aurait été armée et équipée en chevalier qu’à Tours.
Durant le séjour de Jeanne à Tours, [dit-il,] le roi lui fit faire une armure complète et lui donna une maison militaire44.
La Chronique de Cousinot prétend que la Pucelle fut armée dès Poitiers.
Elle fut armée et montée à Poitiers, [rapporte ce document ;] puis s’en partit, et en chevauchant, portoit aussi gentilment son harnois que si elle n’eust faict autre chose tout le temps de sa vie45.
En 1495, un vieillard de cette dernière ville aurait raconté à Jean Bouchet, auteur des Annales d’Aquitaine, qu’il se rappelait avoir vu la Pucelle monter à cheval toute armée à blanc pour aller à Orléans46, et il montrait, au coin de la rue Saint-Étienne, la pierre dont elle s’était aidée pour se mettre en selle. Ce souvenir, qui semble corroborer le fait de l’armement de Jeanne à Poitiers, peut cependant s’expliquer d’une autre manière. N’est-il pas admissible en effet qu’avant de posséder le harnais forgé à Tours exprès pour elle, l’héroïne se soit habituée au port de l’armure, en revêtant de temps à autre un adoubement d’emprunt ? Toujours est-il que, dès Chinon, elle s’exerçait parfois au maniement difficile de la lance à cheval, ainsi qu’en témoigne le passage suivant de la déposition du duc d’Alençon :
Ce même 14jour, le roi étant allé à la promenade, Jeanne fit en sa présence une course lance en main. Ayant vu comme elle avait bonne mine à courir et à porter la lance, je lui fis don d’un cheval47.
Entre le témoignage de Louis de Contes déclarant que la Pucelle ne fut armée qu’à Tours, et celui de Cousinot rapportant que son équipement de guerre lui fut donné dès Poitiers, il paraît préférable de se rallier au premier, d’autant plus que les comptes d’Hémon Raguier, trésorier de France à Tours, mentionnent à la date d’avril 1429 une armure et deux enseignes confectionnées dans cette ville pour notre héroïne48.
C’est donc à Tours, où fut organisée la maison de Jeanne, chef de bataille, comprenant maître d’hôtel, chapelain, clerc, pages, hérauts, trompettes, varlets et quelques lances, qu’on lui forgea sur mesure, un harnais blanc de cent livres tournois, qu’on lui peignit deux enseignes de guerre et qu’on dut lui fournir sa première garde-robe de chevalier. Citons à ce propos l’extrait suivant de la déposition de Jean d’Aulon, son maître d’hôtel :
Dit aussi que pour la seureté de son corps, ledit seigneur (le roi) feist faire à ladicte Pucelle harnois tout propre (c’est-à-dire sur mesure) pour son dit corps, et, ce fait, luy ordonna certaine quantité de gens d’armes pour icelle et ceulx de sa dicte compaignie mener et conduire seurement au lieu d’Orléans49.
Aucun texte n’indique qu’à ce moment on lui fit faire des vêtements en rapport avec sa nouvelle situation, mais il semble de toute évidence que le roi, en la gratifiant d’un harnais de guerre, dût lui donner en même temps de quoi se vêtir selon le rang de chevalier, capitaine de gens d’armes, qu’elle allait occuper désormais. L’armure, lourde et gênante50, avec laquelle certains mouvements de bras étaient impossibles, ne se mettait qu’en campagne. Mais, dans l’intervalle de deux emprises d’armes, assauts ou rencontres, il y avait souvent des périodes de plusieurs jours, parfois de plus d’un mois, pendant lesquelles, par suite des circonstances, on se trouvait dans l’obligation de cesser de guerroyer. Ainsi, après la délivrance d’Orléans, le 9 mai 1429, la Pucelle rentre à Blois, y reste trois jours, va en passer dix à Tours. De là, elle gagne Loches où elle demeure deux semaines, ensuite Selles, puis revient à Orléans, qu’elle quitte pour aller attaquer Jargeau, le 11 juin. Elle est donc, sans batailler, plus d’un mois pendant lequel on ne dut l’apercevoir en armure qu’en route, dans ses déplacements d’un lieu à un autre51. C’est ainsi que les jeunes de Laval la virent à Selles, partant pour Romorantin, toute armée à blanc, sauf la tête.
Plus tard, à la fin de septembre, lorsqu’après l’échec sur Paris, Charles eut licencié son armée à Gien, nous voyons Jeanne faire un long séjour à Bourges, chez maître Régnier de Bouligny. Il est bien certain que, pendant les trois semaines qu’elle passa dans ce logis, elle ne revêtit aucune armure pour aller soit aux offices, soit aux étuves, et mener la vie bourgeoise de son hôtesse, la bonne Marguerite La Touroulde.
15En janvier, elle se retrouve à Orléans, où elle assiste, le 19, à un banquet donné en son honneur par la municipalité orléanaise. Il faudrait une imagination plus fantaisiste que raisonnable pour se figurer la Pucelle assise à ce festin, enfermée dans une armure de vingt kilos.
Enfin elle séjourne, durant presque tout le mois de mars chez la Trémoille, auprès du roi, au château de Sully ; là encore, aucune raison pour elle de se mettre en armes, mais beaucoup au contraire de revêtir les riches habits que ses juges de Rouen lui reprocheront plus tard d’avoir portés. Tout cela fait encore un intervalle de six mois, interrompu seulement par la prise de Saint-Pierre-le-Moûtier et l’attaque de la Charité, pendant lequel Jeanne reste sans batailler.
Estoit tousjours armée ou autrement en habit d’omme,
rapporte Jean Chartier52, qui néglige de nous apprendre si, dans ce dernier cas, la mise de l’héroïne était simple ou luxueuse. D’autres témoignages plus explicites viennent heureusement nous fixer sur ce point.
À l’occasion de la prise de Jargeau, les conseillers du duc Charles, prisonnier des Anglais depuis quatorze ans, donnèrent à Jeanne une robe de fine Bruxelles vermeille et une huque verte, ces deux vêtements semés des orties de la devise ducale53.
Et quant elle estoit désarmée, dit la Chronique des Cordeliers, s’avoit elle estat et habis de chevalier, sollers lachiés dehors piet, pourpoint et cauches justes et ung chapelet sur le tieste ; et portoit très nobles habis de draps d’or et de soie bien fourés54.
Dans son Champion des Dames, Martin Le Franc, qui écrivait en 1440, résume ainsi le costume de la Pucelle :
Chappiau de faultre elle portoit
Heuque frappée et robes courtes55.
Au jour de sa prise, raconte Le Fèvre de Saint-Rémy :
[Jeanne sortit de Compiègne] montée sur ung moult bel coursier, très bien armée de plain harnois et par dessus une riche heucque de drap d’or vermeil56.
Si monta à ceval, [dit Georges Chastelain relatant la même scène,] armée comme seroit ung homme et parée sur son harnois d’un huque de rice drap d’or vermeil. Chevauçoit ung coursier lyart (gris pommelé), moult bel et moult fier, et se contenoit en son harnas et en ses mannières comme eust fait un capitaine meneur d’un grant ost57.
Le greffier de la chambre des comptes de Brabant rapporte également que lorsqu’elle fut prise, la Pucelle portait sur son harnais
une hucque de velours vermeil58.
Peu après, l’archevêque de Reims mandait à ses diocésains que
Dieu avoit 16souffert prendre Jehanne la Pucelle pour ce qu’elle s’étoit constituée en orgueil et pour les riches habits qu’elle avoit pris59.
Les Français du parti bourguignon ne manquèrent pas de reprocher à l’héroïne son costume d’homme et le luxe de ses vêtements. Le Journal d’un bourgeois de Paris rapporte à ce sujet :
Item, plusieurs foys a prins le precieux sacrement de l’autel toutte armée, vestue en guise d’homme, les cheveulx rondiz, chaperon déchiqueté, gippon, chausses vermeilles attachées à foeson aiguillettes, dont aucuns grans signeurs et dames lui disoient en la reprenant de la derision de sa vesture que c’estoit pou priser Nostre Seigneur de le recevoir en tel habit, femme qu’elle estoit, laquelle leur respondit promptement, car pour rien n’en feroit autrement et que mieulx aimeroit mourir que laisser l’abit de homme pour nulle defence60…
Elle est toujours habillée en homme, [écrit un religieux contemporain,] et jamais les docteurs n’ont pu lui persuader de quitter cet habillement pour reprendre celui de son sexe61.
Les nombreux interrogatoires qu’on fit subir à la Pucelle touchant son costume ne font que confirmer les témoignages précédents62.
L’article douze de l’acte d’accusation, rédigé par le promoteur Jean d’Estivet, commence ainsi :
Pour mieux et plus ouvertement atteindre son but, Jeanne fit requête au capitaine de Vaucouleurs qu’on lui confectionnât des habits d’homme, avec des armes à l’avenant. Le capitaine, quoique à contre-cœur et avec grande répulsion, finit par accéder au vœu de Jeanne. On lui confectionna des vêtements et des armes63. La voilà qui abandonne et rejette tout vêtement de femme ; se fait tailler les cheveux en rond à la façon des jeunes maquignons64, prend chemise, braies, justaucorps, chausses longues liées audit gippon par vingt aiguillettes, souliers à hautes tiges lacés en dehors, courte robe ne dépassant pas le genou, ou à peu près65 ; chaperon découpé, houseaux étroits, longs éperons, épée, dague, cuirasse, lance et enfin tout l’attirail d’un homme d’armes66…
Cet article énumère, sans en omettre un seul, tous les vêtements, tant ceux de dessous que ceux de dessus, dont l’ensemble constituait le costume masculin courant à l’époque de Jeanne d’Arc.
L’article treize du même acte d’accusation insistera sur l’élégance et la richesse 17de sa vêture de parade :
Jeanne attribue à Dieu, à ses anges et à ses saints des ordres qui sont contre l’honnêteté du sexe féminin prohibé par la loi divine, également abominable à Dieu et aux hommes, et interdits par les censures ecclésiastiques sous peine d’anathème, comme de se vêtir d’habits d’hommes, courts, étroits et dissolus, tant ceux de dessous que les autres. C’est soi-disant pour suivre ces ordres qu’elle s’est maintes fois revêtue d’habillement somptueux et pompeux, en pannes de grand prix, en drap d’or, et aussi de fourrures. Et non seulement elle a fait usage de robes courtes, mais encore de tabards et de cottes fendues sur les côtés. C’est là chose notoire ; car quand elle a été prise, elle avait une huque d’or ouverte de partout ; elle s’est aussi coiffée de chaperons et de chapeaux, portant les cheveux taillés en rond à la mode des hommes67 ; en un mot, Jeanne a mis de côté toute pudeur de femme, et même cette pudeur qui sied aux hommes de bonnes mœurs en usant de costumes et parures qui sont le fait des hommes les plus dissolus et en allant jusqu’à porter des armes offensives68.
L’article cinq du sommaire de l’acte d’accusation réduit en douze articles est tout entier à citer :
La même femme dit et affirme que, par le commandement et le bon plaisir de Dieu, elle a pris et porté et continue encore de porter l’habit d’homme. De plus, elle a dit que, vu l’ordre de Dieu lui prescrivant d’être revêtue d’un habit d’homme, il fallait qu’elle eût robe courte, chaperon, pourpoint, braies, chausses avec beaucoup d’aiguillettes ; qu’elle portât les cheveux taillés en rond au-dessus des oreilles (capillis capitis sui super summitates aurium scissis in rotundum) ; enfin qu’elle ne gardât rien sur son corps qui caractérisât et dénotât son sexe, hors ce que la nature lui a donné comme marque distinctive du sexe féminin (nihil super corpus suum relinquendo quod sexum fæmineum approbet aut demonstret, præter ea quæ natura eidem fæminæ contulit ad fæminei sexus distinctionem).
Elle a reçu plusieurs fois l’eucharistie sous cet habit. Elle n’a voulu ni ne veut reprendre l’habit de femme, quoique maintes fois avertie et requise de le faire, disant qu’elle aimerait mieux mourir que de quitter l’habit d’homme, ou bien encore quelquefois qu’elle ne le quitterait que sur l’ordre de Dieu.
Elle déclare en outre que, si elle se trouvait de nouveau en cet habit d’homme avec ceux pour le parti desquels elle s’est autrefois armée, elle ferait encore comme elle faisait avant sa prise et sa captivité :
Et, dit-elle, ce serait un des plus grands biens qui pût survenir à tout le royaume de France.Elle ajoute que, pour aucune chose au monde, elle ne ferait serment de ne pas porter l’habit d’homme et de ne pas s’armer.En tout cela, elle dit qu’elle a bien fait et qu’elle fait bien en obéissant à Dieu et à ses commandements69.
Cet article résume très exactement et sans la moindre exagération ce qui 18résulte des nombreux interrogatoires de Jeanne pendant son procès, où la question de son habit d’homme revient sans cesse comme une sorte de leitmotiv de l’accusation.
Contrairement aux autres amazones qui n’entendaient nullement abdiquer les prérogatives de leur sexe en revêtant l’armure pour mener la vie des camps70, notre héroïne avait adopté le costume masculin intégralement et sans modification aucune, comme le prouvent jusqu’à l’évidence tous ces textes, tous ces témoignages authentiques et concordants que nous venons de passer en revue. C’est la condamnation irrévocable et définitive des artistes qui féminisent Jeanne d’Arc, soit en la coiffant de longs cheveux, soit en l’affublant d’un jupon, ou encore d’une sorte de robe longue, fendue sur les côtés, indécente et ridicule.
Jeanne s’était fait homme, et l’on conçoit dès lors l’incertitude dans laquelle, au milieu des combats, l’aspect de cette guerrière, superbement vêtue et complètement masculinisée, plongeait les soudards d’outre-Manche. Sans doute vomie par l’enfer, cette larve brillante, parée en Saint-Georges, était-elle homme ou femme ? N’appartenait-elle pas plutôt à un sexe inconnu et innommable ? Au boulevard du pont de Compiègne, sitôt qu’elle fut prise, on lui enleva son harnais, on délaça son pourpoint, et, au dire de l’évêque de Nevers, Jean Germain, confesseur de la duchesse de Bourgogne, ce fut seulement alors qu’on acquit la certitude qu’elle était femme71. Le récit de ce prélat traduit bien l’impression que produisait la Pucelle sur les Anglo-Bourguignons. À son costume entièrement masculin, à son activité inlassable, à sa vaillance intrépide, à ses exploits merveilleux, il leur en coûtait de reconnaître une simple femme. Et cet être hybride, au corps de fille, supérieur à l’humaine nature, ne pouvait dès lors être qu’un démon.
Que c’estoit, Dieu le scet ! [s’exclame le bourgeois de Paris72 qui l’appelle] ceste chose en forme de femme73.
Wavrin du Forestel la traite de
femme monstrueuse74.
L’évêque Jean Germain nous fait connaître l’existence d’une rumeur bizarre qui avait trouvé créance parmi les Bourguignons. La Pucelle aurait prétendu être homme, et cette imposture n’aurait été démasquée qu’à son désarmement :
Icelle reconnue est prise, amenée au duc de Bourgogne, dépouillée de son armure ; le sexe d’icelle manifeste que faussement disoit estre homme…
N’est-il pas évident que cette idée erronée n’aurait pu naître si Jeanne n’avait complètement masculinisé sa physionomie extérieure ? Quoi qu’en aient dit certains écrivains, il est donc établi que Jeanne d’Arc, 19pendant toute la durée de sa mission, était habillée en homme sans avoir conservé dans sa mise rien qui pût rappeler la femme. On a lieu de trouver étrange que ces auteurs dont les errements ont été malheureusement suivis par tant d’artistes, n’aient rien compris à cette préoccupation pourtant bien naturelle de notre héroïne de faire oublier son sexe à l’entourage d’hommes au milieu duquel elle était appelée à vivre :
Quand je seroie entre les hommes, [réplique Jeanne aux dames, damoiselles et bourgeoises de Poitiers qui s’étonnent de son costume,] estant en habit d’homme, ils n’auront pas concupiscence charnelle de moi ; et me semble qu’en cest estat je conserveray mieulx ma virginité de pensée et de faict75.
II. Moyens d’arriver à connaître le costume masculin au temps de Jeanne d’Arc
Nous venons de voir que la Pucelle, dans une intention que les esprits raisonnables ne peuvent qu’approuver, avait banni de son accoutrement tout indice de son sexe au point de se donner la parfaite apparence d’un chevalier. Mais il ne suffit pas de savoir qu’elle avait entièrement masculinisé son extérieur ; il nous faut encore arriver à connaître l’aspect qui résultait pour elle de cette modification en recherchant comment pouvaient être vêtus, coiffés, chaussés et armés les hommes de son temps.
Les textes cités précédemment nous ont bien enseigné que Jeanne a porté chemises, braies, gippons, chausses longues jointes ensemble, robes courtes s’arrêtant aux genoux, houseaux, chaperons découpés, chapeaux de feutre et d’autres sortes, riches parures de chevalier, précieuses fourrures, souliers à hautes tiges lacés en dehors ; que, dans les batailles, elle se vêtait de huques, de tabards, de cottes d’armes par dessus son harnais ; mais ils ne nous ont pas indiqué les formes ni les coupes de ces vêtements, pas plus qu’ils ne nous ont montré la physionomie de son armure. Un examen attentif et raisonné des documents iconographiques, miniatures, tableaux, pierres tombales, dûment datés de l’époque de la Pucelle, va nous mettre en mesure de satisfaire notre curiosité à cet égard.
Il est malheureusement peu de ces monuments qui soient parvenus jusqu’à nous porteurs de la date de leur exécution. La généralité des enluminures et des tableaux du quinzième siècle se trouve dépourvue de tout acte de naissance authentique, et cette omission fâcheuse rend l’étude des arts somptuaires au temps de Jeanne d’Arc particulièrement délicate. Elle explique les graves anachronismes dans lesquels sont tombés jusqu’ici tous les artistes qui se sont risqués à vouloir faire revivre sous nos yeux les différentes scènes de l’épopée de 1429, les moins ignorants se contentant 20d’affubler leurs personnages à la mode de la fin du règne de Charles VII76, fort différente de celle qui avait existé trente ans auparavant.
Absorbés dans l’élaboration quotidienne de leurs œuvres, les peintres et les sculpteurs n’ont guère le loisir de recourir directement à des sources dont la recherche nécessite de nombreux déplacements, des investigations ardues et un discernement qu’on n’acquiert qu’au prix d’une longue expérience. Ils sont dès lors réduits à se documenter dans les ouvrages de trop vaste étendue, forcément incomplets, imprécis et trop souvent erronés, des auteurs d’histoires générales du costume, acceptant de confiance, comme étant de l’époque qu’ils ont à reconstituer des images d’origine la plupart du temps très postérieure.
Des trois sortes de documents que nous avons énumérées, les effigies funéraires ne sont pas les moins recommandables pour l’étude des armes et du vêtement d’une époque. Le tombeau porte généralement la date du décès du personnage dont il renferme la dépouille, et, selon toute vraisemblance, le représente tel qu’il était de son vivant. Quelques pierres tombales de 1420, 1426, 1430, 1431, aujourd’hui disparues, mais dont Gaignières77 nous a heureusement conservé les physionomies, nous donnent d’utiles indications sur les costumes portés pendant cette période. Il en est de même des statues de chevaliers anglais datant de 1420, 1421, 1424, 1425, 1434, reproduites dans les Sepulchral Monuments of Great Britain78, ainsi que dans les ouvrages de Stothard79, de Surtees80, d’Hewitt81 et de Waller82. Hefner-Alteneck83 nous montre plusieurs effigies funéraires non moins intéressantes de la même époque en Allemagne. Mais il faut tenir compte de ce fait que l’image décorant une tombe se trouvait parfois avoir été exécutée longtemps après la mort du personnage dont elle avait la prétention de faire revivre les traits, le costume ou l’armure. Le mausolée de Charles le Téméraire par exemple, postérieur de quatre-vingts ans à l’existence du puissant duc, ne peut en aucune façon nous donner la moindre idée de l’aspect que ce prince présentait de son vivant. Pareille remarque doit s’appliquer aux statues tombales de nos premiers rois conservées à Saint-Denis et dont la plus ancienne, celle de la reine Frédégonde, morte en 597, ne remonte pas au-delà du onzième siècle. Dans la même église de Saint-Denis, le monument érigé primitivement aux Célestins vers 1500 par le roi Louis XII à la mémoire des ducs d’Orléans, ses aïeux, ne nous offre que des images fantaisistes et sans intérêt. On peut en dire autant de celui de Talbot, élevé dans l’église de 21Whitchurch à une époque trop éloignée de la fin glorieuse du célèbre capitaine à la bataille de Castillon, en 1453, pour le représenter tel qu’il apparaissait aux yeux de ses contemporains. Il nous serait facile de citer d’autres monuments funèbres dont l’exécution atteste une date beaucoup plus récente que celle de la mort de leurs titulaires84 et qui ne sauraient par conséquent nous documenter sur les costumes usités du temps de ces personnages. On doit cependant considérer tous ces exemples comme des exceptions et l’étude de la plupart des pierres tombales n’en reste pas moins d’une très grande utilité pour l’histoire des armes et du vêtement aux époques anciennes.
Les trop rares peintures qui sont parvenues jusqu’à nous munies de leurs dates nous fourniront des documents également précieux. Parmi l’œuvre admirable de Jean van Eyck85, dans tout l’éclat de son talent au moment de l’apparition de Jeanne d’Arc sur la scène de l’histoire, il est quelques portraits sur lesquels le maître a inscrit la date de leur exécution. D’une précision de détails véritablement photographique, ces tableaux se trouvent être pour l’étude du costume d’un secours inestimable. Quant aux représentations dénuées d’indications de dates, on ne peut guère suppléer à ces lacunes regrettables qu’approximativement, en tenant compte à la fois de l’âge apparent des sujets, des époques, des lieux, et autres circonstances dans lesquelles pouvaient peindre les artistes, lorsque toutefois ceux-ci et leurs modèles sont des personnalités connues. Considérons par exemple le portrait du chancelier Rolin dans le tableau de la Madone de van Eyck, au musée du Louvre. La maturité des traits de ce dignitaire de la cour de Bourgogne, les plis de ses yeux, les rides de son visage, la gravité d’expression de sa physionomie accusent un homme de cinquante à soixante ans. D’autre part, l’absence du moindre fil d’argent dans sa chevelure déjà raréfiée semble bien indiquer qu’il n’a que de très peu dépassé son demi-siècle, et, selon toute probabilité, van Eyck l’a peint ici âgé de cinquante à cinquante-cinq ans. Or nous savons que Nicolas Rolin est né en 1376. La date de ce portrait doit donc être fixée entre 1426 et 1431, en retranchant l’année 1429, pendant laquelle le peintre se trouvait en Portugal. Cette attribution de date, relativement précise et presque certaine, n’eût pas été aussi facile avec un personnage dont on aurait ignoré l’année de naissance. Elle se fût trouvée encore moins aisée à établir si, indépendamment de cette lacune, la peinture eût été l’œuvre d’un inconnu.
Parfois un simple détail de costume suffit à dater un tableau. Ainsi deux van Eyck, l’homme au chaperon bleu du Gymnase d’Hermannstadt et la petite tête du musée de Berlin, coiffés tous deux de chaperons possédant des découpures très caractéristiques, semblables à celles qu’on retrouve ornant le bas des longues manches de la robe de Jeanne de Chenany dans son portrait daté de 143486, sont évidemment de la même époque. L’absence de cette particularité dans les coiffures de ces deux personnages ne nous eût pas permis une attribution de date aussi catégorique.
Tandis que les portraits de Jean van Eyck, peintre attitré d’un prince de la 22 maison de France, nous font apparaître, dans un réalisme saisissant, Français et Flamands, tels qu’ils étaient coiffés et habillés au temps de Jeanne d’Arc, quelques retables allemands, authentiquement datés de 142987, 143188, 143589, 143790, nous initient aux modes en usage à la même époque dans les pays de langue germanique91. L’examen de ces dernières œuvres n’est pas sans intérêt pour l’étude du costume français contemporain, quand on sait tout ce que la fantaisie d’alors permettait d’importations étrangères en fait d’armes et de vêtements.
C’est pour la même raison que nous n’aurons garde de négliger celles des peintures italiennes auxquelles nous pouvons assigner une date voisine de 1430, comme par exemple le saint Georges de Gentile da Fabriano92, de 1425, dans l’église San Niccolò de Florence, et les fresques peintes à Castiglione Olona, pour le cardinal Branda, par Masolino de Panicale93, vers 1428.
Il nous reste à parler maintenant des miniatures des manuscrits. Par la quantité de gens de tout âge, de tout sexe et de toutes conditions qu’ils mettent en scène, les manuscrits historiés se trouvent être, pour l’étude du costume, la plus abondante et la plus précieuse des sources, lorsqu’ils portent leur date, par la certitude qu’ils nous donnent de nous montrer les modes courantes en usage dans les différentes classes de la société du temps où ils ont été enluminés.
On sait en effet qu’avant la Renaissance, les artistes habillaient leurs personnages qu’ils fussent anciens ou modernes, à la mode du moment où ils exécutaient leurs travaux. La fidélité historique, sous le rapport des armes et des vêtements, était inconnue. Rien d’ailleurs ne pouvait en éveiller l’idée. En dehors des statues d’église et des tableaux religieux qui ne faisaient guère que perpétuer des types traditionnels fort anciens et devenus tout de convention, l’imagerie n’existait pas. Les portraits étaient extrêmement rares. Les effigies gravées ou sculptées sur les tombes des ancêtres intéressaient peu, et leurs accoutrements désuets, semblant à la plupart dus à d’étranges fantaisies d’imagiers lointains, provoquaient plus de dédain que de curiosité. Les manuscrits à miniatures se trouvaient être le très coûteux apanage de quelques grands seigneurs qui les tenaient jalousement enchartrés dans leurs librairies, d’où ils ne sortaient jamais pour être communiqués aux gens d’étude, comme ils le sont de nos jours. Le plus grand nombre les ignorait. Aujourd’hui, où nous vivons entourés de tableaux, de gravures, de reproductions de toutes sortes, où nous sommes débordés de publications illustrées, où nos musées abondent en représentations souvent contemporaines d’époques très reculées, où pas un intérieur ne possède au moins quelques photographies de famille rappelant le souvenir des modes d’autrefois, il nous faut faire un certain effort d’esprit pour nous figurer l’état de pénurie dans lequel vivaient, sous ce rapport, nos aïeux de ces temps éloignés. La mode de la veille que ne rappelait la moindre image, sortait promptement de leur mémoire. Ils avaient oublié les habits que portaient leurs parents, voire ceux de 23leur propre jeunesse, et beaucoup pensaient de bonne foi que de tout temps on avait été vêtu comme on l’était du leur. Par la vulgarisation d’images de différents pays et de diverses époques, l’invention de la gravure vint ensuite révolutionner progressivement cet état de choses pour aboutir enfin au principe tout moderne de la couleur locale et de la vérité historique dans l’art.
Les manuscrits datés, renfermant des miniatures, sont donc d’une importance capitale pour l’histoire du costume à l’égard de laquelle ils constituent de véritables journaux de modes.
Quelques rares miniaturistes cependant, plus avisés que la masse de leurs contemporains, s’étaient convaincus par l’examen des vieilles images que les anciens avaient dû se vêtir autrement que les gens de leur époque. On peut constater de la part de ces enlumineurs un effort très visible de reconstitution des modes disparues dans celles de leurs œuvres reproduisant des scènes d’un passé lointain. Jean le Tavernier, natif d’Audenarde, fut un de ces artistes qui se piquaient à l’occasion de science rétrospective. En 1460, il avait terminé les grisailles du premier volume des Cronicques et Conquestes de Charlemaine94, dont Philippe le Bon lui avait confié l’exécution. La première miniature de cet ouvrage représente l’auteur offrant son manuscrit au duc de Bourgogne. Les nombreux personnages que composent cette scène toute moderne sont habillés à la mode de 1460. Dans les miniatures suivantes, Jean le Tavernier s’est manifestement inspiré, pour les armes et les vêtements, d’images datant du début du siècle, qu’il a accommodées inconsciemment au goût de son époque. Il en résulte que toutes ces compositions nous mettent en présence de costumes absolument fantaisistes et qui n’ont, malgré la bonne volonté de leur auteur, pas plus existé au temps de Charlemagne qu’à aucun autre.
On retrouve la même prétention à l’archaïsme chez le peintre des miniatures d’un Lancelot du Lac95, exécutées vers 1485 pour le duc Jean II de Bourbon, et de celles d’un Tristan fils de Meliadus96 à peu près contemporaines. [Paragraphe supprimé dans les Errata.]
Mais ce sont là de très rares exceptions, et il est permis d’affirmer qu’en général les manuscrits historiés représentent les modes du temps où leur ornementation fut entreprise.
Rien ne le prouve mieux que la comparaison qu’on peut faire des miniatures d’un Décaméron de la Bibliothèque du Vatican97 avec celles d’un autre Décaméron conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal98. Grâce à une intéressante découverte du comte Durrieu99, nous savons que le premier de ces manuscrits fut enluminé vers 1415 pour le duc de Bourgogne Jean sans Peur. Vingt-cinq ans plus tard, la mode avait sensiblement évolué et les costumes figurant dans les miniatures de cet ouvrage n’étaient plus au goût du jour. C’est pourquoi, vers 1440, le duc Philippe le Bon, partageant la répulsion qu’éprouvaient ses contemporains pour des vêtements qui leur paraissaient laids en vertu de leurs formes démodées, fit exécuter un second exemplaire de ce Décaméron dont les miniatures, identiques à celles du premier au point de vue de la composition, nous mettent en présence de personnages habillés 24d’une façon toute différente. Seuls quelques accoutrements, déjà usités en 1415 et qui étaient encore de mode en 1440, se retrouvent dans le Décaméron de Philippe le Bon tels qu’ils figurent dans celui de Jean sans Peur.
Un exemple analogue, quoique plus ancien, de cette répugnance des artistes du moyen âge à reproduire les modes du passé nous est fourni par M. Henry Martin auquel nous laissons la parole.
Il s’agit de deux volumes contenant des privilèges royaux concédés à l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs à Paris. L’un a été exécuté entre 1067 et 1079 : il renferme d’intéressants dessins au trait. Dans le second manuscrit qui peut être daté de 1250 environ se voient des peintures dont les scènes rappellent à tel point les dessins du XIe siècle qu’on doit supposer que ces dessins leur ont servi de modèle. Mais dans ce cas le miniaturiste a interprété plutôt que copié les scènes qu’il avait sous les yeux.
Il n’en est pas de même quand l’enlumineur reproduit une miniature contemporaine. Là, très souvent, il copie servilement le modèle, et il n’est pas toujours facile de discerner l’illustration originale de la réplique100.
Ainsi donc les anciens artistes ne copiaient exactement que les images contemporaines. Lorsqu’ils avaient à reproduire une œuvre du passé, ils en respectaient bien l’ordonnance et la composition, mais ils refusaient absolument de contribuer à la propagation d’anciennes modes dont l’esthétique leur semblait par trop inférieure à celle des costumes de leur temps. Aussi, tout en conservant aux personnages des vieilles enluminures leurs attitudes et leurs expressions, les dépouillaient-ils de leurs habits démodés pour les revêtir de ceux qu’ils voyaient porter autour d’eux par leurs contemporains. C’est pour cette raison qu’on peut considérer les manuscrits historiés comme d’authentiques et précieux journaux de modes.
Cependant il arrive que l’enluminure d’un livre, toujours peinte postérieurement au texte qu’elle accompagne, se trouve être parfois d’une époque très éloignée de celle de l’écriture. Plusieurs ouvrages même, originairement destinés à recevoir des miniatures, ne nous montrent que des places laissées en blanc pour une décoration qui n’a jamais été exécutée. Il est donc nécessaire, lorsqu’on se trouve en présence d’un manuscrit historié de distinguer la date de son enluminure de celle de son texte, car ces deux dates ne se confondent pas toujours.
M. Henry Martin nous a appris combien l’art d’enluminer exigeait de temps et de patience101. On s’explique alors que l’ornementation d’un manuscrit ait été quelquefois aussi longue à parfaire qu’une cathédrale à construire. L’illustration des Très belles Heures de Nostre Dame102, entreprise pour le duc de Berry vers 1380, comprend différentes époques qui s’espacent de cette dernière date à celle de 1450. L’importante enluminure de certaine Bible103, dont l’écriture est de la fin du quatorzième siècle, commencée au début du suivant pour le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, plusieurs fois interrompue puis reprise, dura cent ans et ne fut jamais complètement terminée. La première miniature d’un Romans de la Rose104 25a été peinte vers 1400, alors que toutes celles qui suivent sont d’environ 1470. Ces trois manuscrits ne sont pas datés, mais tel autre est pourvu d’une date qui se trouve être seulement celle de la composition de l’ouvrage reproduit, et cette composition est souvent très antérieure à l’exécution du manuscrit. Ayant pris inconsidérément la date bien connue de la première traduction française du Livre des Cent Nouvelles de Boccace, inscrite sur le manuscrit français 129 de la Bibliothèque nationale, pour celle du manuscrit lui-même, Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire du mobilier, a commis la grosse erreur de donner des costumes de la fin du quinzième siècle comme étant de 1405 à 1410105. Il arrive aussi que la date insérée dans le texte d’un manuscrit se rapporte bien à son écriture, mais non aux peintures dont il est orné. Un exemplaire des Diz de Caton de Jean Le Fèvre, écrit en 1402106, ne fut historié que beaucoup plus tard. Une Histoire de la destruction de Troye la grant, commencée en 1450107, possède une enluminure de dix ou quinze ans plus récente. L’Ystoire de Helayne, de la Bibliothèque de Bruxelles108, est datée de 1448 ; ses miniatures ont été peintes par Loyset Liédet vers 1470. Dans les Chroniques de Hainaut de Jacques de Guise, écrites par Jean Wauquelin en 1446109, la première miniature seule a suivi de très près cette date ; les suivantes ont été exécutées après 1465. Quelquefois encore, les dates inscrites sur les manuscrits sont apocryphes. C’est ainsi que le 11049, également de la Bibliothèque de Bruxelles, se trouve être d’environ 1480, alors que Marchal, se fiant à une date tracée au dix-septième siècle par une main ignorante, en haut du folio 3, l’a inscrit dans son Catalogue comme ayant été achevé en 1440. Tel album, conservé à Londres, porte la mention : De la main de messer Jacopo Bellini, 1430, à Venise
, dont les dessins ne sont pas antérieurs à 1441110. La vraie date de 1447 d’un manuscrit de l’Arsenal111, grattée en partie dans un but inexplicable, est devenue la date fausse de 1407. Il résulte de tous ces exemples qu’on ne saurait aborder l’étude des arts somptuaires par les miniatures et les dessins, même datés, qu’avec la plus grande circonspection.
De tous les manuscrits, porteurs de dates paraissant authentiques, qui ont pu être historiés en France entre l’année 1419, où fut décoré de médiocres peintures le calendrier d’un missel de la Bibliothèque d’Avallon112 et l’année 1435, début d’une suite de miniatures intéressantes que renferme un registre des capitouls de la ville de Toulouse113, il n’en subsiste actuellement, dans nos dépôts publics, que cinq. Ce sont, par ordre chronologique, le Bréviaire de Murri, de la Bibliothèque Méjanes, d’Aix-en-Provence, de 1423114, le Missel de l’évêque Jérôme d’Elne, à Perpignan, daté de 1424115, un recueil d’ouvrages sur Pierre d’Ailly, à Cambrai, de 1425116, un 26catholicon de la Bibliothèque de Valenciennes117 et un Pétrarque de la Nationale118, ces deux derniers portant la date de 1432. Il est fâcheux que la nature imprécise et d’apparence conventionnelle de l’ornementation du premier, les habits exclusivement religieux des personnages figurant dans les miniatures des trois suivants et le caractère tout spécial du portrait de Pétrarque qui constitue l’unique décoration du cinquième leur donnent si peu d’intérêt au point de vue de l’étude du costume de cette période.
Il en est de même de quelques manuscrits allemands et italiens datés de 1425119, 1430120, 1431121, 1432122. Leurs images purement religieuses ne sauraient guère contribuer à la connaissance des vêtements laïques en usage dans le courant de ces mêmes années.
Un ouvrage italien de 1428 existe à la Bibliothèque d’Arras. C’est un livre du jurisconsulte bolonais Antoine de Butrio. Il possède une intéressante miniature représentant une scène judiciaire, malencontreusement voilée par un papier-calque destiné à remédier à l’état de vétusté du folio123.
Les manuscrits historiés et datés les plus dignes de notre attention se trouvent à l’étranger. Ce sont d’abord un Speculum humanæ salvationis, de 1427, conservé au couvent des Bénédictins de Gries, en Tyrol, et un important recueil d’écrits flamands de 1431, commençant par l’Histoire d’Alexandre, que possède la Bibliothèque royale de Bruxelles124. Les miniatures de ces deux ouvrages nous permettent de comparer utilement les modes qui régnaient en Allemagne et en Flandre allemande à cette époque avec celles que nous montrent les monuments français contemporains. Viennent ensuite un manuscrit du British Museum, exécuté à Londres, bien qu’écrit en langue française : Les faits d’armes et de chevalerie, de Christine de Pizan, daté de 1434125, et enfin la Bible allemande de Reichenau, de 1435, appartenant à la Bibliothèque de Karlsruhe126.
Alors que les manuscrits de luxe, précieusement enluminés et souvent munis de leur date, se firent nombreux à partir de 1453127, dans la France enfin libérée des Anglais, ils avaient été plus rares durant la crise aiguë que traversa le royaume après le meurtre de Jean sans Peur. C’est pourquoi la documentation iconographique au moyen de livres historiés portant des dates suffisamment rapprochées de l’époque de la mission de notre héroïne, entièrement nulle en France, se réduit aux peintures de trois manuscrits allemands128, à celles d’un français paraissant avoir été exécutées par un artiste anglais et à l’unique miniature d’un ouvrage italien de la Bibliothèque d’Arras. Ce sont les seules enluminures de manuscrits datés, aptes à nous donner 27quelque idée du costume de la période s’étendant de 1419 à 1435 que nous possédions. Nous avons heureusement d’autres éléments d’information.
Il existe, répartis dans les dépôts publics de Paris, de Londres, de Bruxelles et de Chambéry, plusieurs livres ornés d’images que les raisons historiques les plus valables, à défaut de dates d’exécution insérées effectivement dans leurs textes, permettent de considérer comme ayant été écrits et décorés au temps de la Pucelle. Nous citerons en première ligne le manuscrit de la Bibliothèque nationale connu sous le nom de Bréviaire de Salisbury129. Exécuté par des artistes français130, dans un atelier parisien131, pour le duc de Bedford, cet ouvrage avait été commencé en 1424132. L’écu de Luxembourg y figurant accolé à celui des Plantagenêts133, tend à prouver qu’il fut terminé lors du mariage du célèbre régent avec Jacqueline [Jacquette] de Luxembourg, en 1433. Par la date, ainsi approximativement connue, de ses quatre mille cinquante miniatures, ce bréviaire se trouve constituer une des bases les plus importantes de tout travail sur le costume et les armes à l’époque de Jeanne d’Arc.
Quatre manuscrits à miniatures existent encore qui proviennent, comme le précédent, de la librairie du duc de Bedford, grand amateur de beaux livres et de riches enluminures. Ils sont également d’origine française, antérieurs à 1435, année de la mort de leur destinataire, et d’une date voisine de 1429. Deux de ces ouvrages sont des livres d’heures conservés au British Museum, dont le plus connu appelé communément le Missel de Bedford134, orné de trente-huit grandes peintures et de nombreuses vignettes, paraît avoir été entrepris à l’occasion du mariage du prince anglais avec Anne de Bourgogne, en 1423135. Les deux derniers, de moindre importance, sont deux exemplaires du Pèlerinage de l’âme. L’un de ces manuscrits, qui appartient à la Bibliothèque du Lambeth Palace, fut exécuté avant le 7 août de l’année 1427. L’autre136, plus récent, mais dans tous les cas antérieur à 1435, fait actuellement partie, de même que le Bréviaire de Salisbury, de notre dépôt national.
Un des joyaux de la librairie de Bedford, le Pontifical, dit de Poitiers ou de Jacques Juvénal des Ursins, était devenu, en 1861, la propriété de la ville de Paris. Il fut malheureusement anéanti dans l’incendie de l’Hôtel de Ville, en 1871. Commencé pour le duc vers 1425, il se trouvait vingt-quatre ans plus tard en la possession de l’évêque de Poitiers, Jacques Juvénal des Ursins, trésorier de la Sainte-Chapelle137. Il fut alors augmenté, remanié et converti en un pontifical à l’usage du diocèse de Poitiers. Il était résulté de ces modifications que son enluminure datait de deux époques, celle de Bedford et celle de Juvénal. L’ouvrage de MM. Le Roux de Lincy et Tisserand sur Paris et ses historiens aux quatorzième et quinzième siècles nous a conservé les reproductions en couleurs de trois des cent quarante grandes miniatures de ce manuscrit inestimable, à jamais perdu. Un de ces trois fac-simile 28représentant une peinture du temps de Bedford, l’exposition des reliques de la Sainte Chapelle en 1424, n’est pas pour nous sans quelque intérêt.
Indépendamment du Bréviaire de Salisbury et du Pèlerinage de l’âme, cités plus haut, la Bibliothèque nationale possède encore trois manuscrits enluminés dont l’exécution peut être également considérée comme contemporaine de notre héroïne. Ce sont les heures de Marguerite d’Orléans, comtesse d’Étampes138, celles d’Anne de Kéranrais, dame de Montauban139, et les heures d’un chevalier anglais de la famille Burgh de Gainsborough, dans lesquelles se trouvent intercalées deux curieuses miniatures représentant Ralph Neville, comte de Westmorland et sa nombreuse postérité140.
De l’importante collection de l’Arsenal, nous mentionnerons deux missels décorés de peintures, l’un offert à l’Église de Paris par Olivier de l’Empire et Gérard Morel en 1426141, l’autre exécuté sous les pontificats des évêques, Jacques du Châtelier et Denis du Moulin142, sans oublier le superbe Armorial de l’Europe et de la Toison d’or143. Ce dernier livre, probablement commencé vers 1430, est indispensable à la connaissance des parures de tournois dans le second quart du quinzième siècle.
L’ancienne capitale de la Savoie détient un riche bréviaire enluminé vers 1427 pour la fille de son premier duc, Amédée VIII144. Ce manuscrit est utile à consulter, en prenant garde au caractère italien de certains détails de costume figurant dans son ornementation.
La Bibliothèque royale de Bruxelles possède également un manuscrit savoyard, provenant de la librairie du même duc Amédée VIII. Le Livre d’Albertan de Brescia, dédié à ce prince et vraisemblablement d’une date très rapprochée de 1430145. Son unique miniature représentant le duc, entouré de ses courtisans, est intéressante.
Nous terminons cette liste de manuscrits enluminés pour des personnalités historiques dans des circonstances généralement connues qui nous permettent d’en fixer la date d’une façon suffisamment précise, par la mention du Psautier d’Henri VI, du British Museum146. De provenance parisienne, cet ouvrage aurait été offert au jeune roi d’Angleterre, à l’occasion de son couronnement en 1431, par sa mère Catherine de France, comme semblent en témoigner l’âge apparent du souverain encore enfant figurant sur six miniatures de ce psautier et la présence d’une sainte Catherine dans l’une d’elles.
29Les images de tous ces manuscrits nous font voir des costumes et des armures qui, non seulement reproduisent les mêmes particularités de modes dans chacun d’eux, mais encore se trouvent être analogues à ceux que représentent les sculptures et les tableaux datés de la même époque, et, grâce à la concordance de tous ces documents de dates pareilles et bien déterminées, nous pouvons assigner très approximativement les mêmes aux monuments non datés, toutes les fois qu’ils nous montrent des habillements semblables à ceux qui sont figurés dans ces miniatures, tableaux et sculptures de dates connues.
Lorsque, par exemple, ayant rapproché du Bréviaire de Salisbury certaine Bible de la Bibliothèque nationale147, on a pu constater l’identité de la plupart des costumes figurant dans la décoration des deux ouvrages, on doit tenir pour probable que l’enluminure de cette Bible a été entreprise, comme celle du Bréviaire, vers 1430. C’est pour la même raison que nous n’hésitons pas à rapporter à une époque assez voisine de cette date l’ornementation d’autres manuscrits du même dépôt, tels que trois Froissart148, une Histoire de la Conqueste de la Toison d’or et de la guerre de Troyes149, une seconde Bible dont la peinture est restée très incomplète150, deux livres d’heures151, une Histoire universelle de Paul Orose152, un Guyron le Courtois153, un Roman de Mélusine154, deux Boccace, dont un intéressant Décaméron155, et quelques autres.
Un bréviaire de l’Arsenal156, exécuté pour un membre de la famille d’Orgemont157, possède également des miniatures dont les personnages rappellent par leur mise ceux qui sont représentés dans l’ornementation des manuscrits du temps de la Pucelle, cités précédemment et datés d’une manière suffisamment authentique.
Il en est de même de quelques livres enluminés conservés en province et à l’étranger, tels que les Faits de Bertrand Duguesclin, de la Bibliothèque de Rouen158, Lez dis moraulx dez philosophes, de celle de Lille159, les Éthiques d’Aristote, à Chantilly160, des livres d’heures à Tours161, à Poitiers162, à Sens163, à Dresde164. Un Parsival, de la Bibliothèque de cette dernière ville165, un autre Parsival et un livre de prières de celle de Vienne166 nous paraissent, comme les précédents, d’une époque très rapprochée de 1430.
30Il existe à Chartres un livre d’heures167, dont le calendrier est historié de dessins à la plume destinés à recevoir une enluminure qui n’a pas été exécutée. Il y a similitude absolue entre les costumes reproduits dans ces dessins et ceux que nous montrent les miniatures du Bréviaire de Salisbury.
Il nous sera permis d’ailleurs d’étendre nos investigations avec utilité jusqu’à des ouvrages postérieurs au temps de Jeanne d’Arc, mais dont l’imagerie deviendra pour nous intéressante lorsqu’un rigoureux examen des monuments datés nous aura appris que la mode masculine resta à peu près stationnaire de 1425 à 1445. Tels sont le très curieux manuscrit anglais de la Vie de Saint Edmond, du British Museum168, qu’on pense avoir été transcrit et décoré pour le roi Henri VI, en l’honneur de sa visite à l’abbaye de Saint-Edmond, en 1433 ; les heures du roi René d’Anjou, de la Bibliothèque nationale, exécutées vers 1437169 ; un Livre de l’information des roys et des princes, par Gilles de Rome, daté de cette même année 1437, à l’Arsenal170, un manuscrit milanais de 1438, à Cambridge171, le missel d’Amédée de Talaru, archevêque de Lyon, d’environ 1440172, conservé dans la Bibliothèque de cette ville, la Trojanischer Krieg, du Musée germanique de Nuremberg173, et le Livre d’Éthiques d’Aristote de la Bibliothèque nationale174, portant tous deux la date de 1441 ; le Pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Deguileville, daté de 1444175 ; le Régime des Princes, exécuté entre 1440 et 1444176, ces deux derniers ouvrages faisant également partie de la Bibliothèque nationale ; le Shrewsbury book177, du British Museum, d’environ 1445178, et enfin une suite de sept miniatures des Archives de Toulouse datées de 1435 à 1445.
En dehors des sculptures, tableaux et manuscrits que nous venons d’énumérer, nous pourrons accroître utilement notre documentation au moyen des œuvres de Pisanello179, de Jacopo Bellini180 et autres artistes d’outre-monts, contemporains de Jeanne d’Arc181, et dont certaines ont pu être exécutées du vivant de cette héroïne, en tenant compte toutefois de la différence des modes italiennes d’avec celles qui régnaient en France et en Angleterre à la même époque.
Tous ces documents, dont les dates s’échelonnent, pour la plupart, de 1425 à 1435, nous permettront d’arriver à la connaissance du costume masculin au temps de la mission de notre libératrice. Nous commencerons donc, à l’aide de toute cette 31imagerie authentique, par rechercher quels pouvaient être, d’abord la coupe de cheveux adoptée par la Pucelle, et ensuite, l’un après l’autre, chacun des vêtements mentionnés dans les témoignages reproduits au début de cette introduction, de façon à nous faire une idée de l’aspect que pouvait avoir Jeanne à son départ de Vaucouleurs, pendant son voyage, ses entrevues avec le roi à Chinon et son séjour à Poitiers. Ce sera la première partie de notre travail, consacrée à la mise humble et simple de l’héroïne durant ce prélude de sa mission qui s’écoula de Vaucouleurs à Tours.
Dans la deuxième partie, de Tours à Compiègne, nous étudierons la Pucelle, suivant la même méthode, dans son harnais de guerre et dans ses robes de chevalier, nous appuyant à la fois sur les chroniques, sur les pièces du procès de condamnation et sur certaines dépositions de celui de réhabilitation.
Enfin, de Compiègne à Rouen, nous la suivrons dans ses prisons jusqu’au bûcher fatal, où nous tenterons de décrire, toujours d’après l’iconographie contemporaine, le costume d’infamie que l’Inquisition réservait aux hérétiques relaps.
Notes
- [1]
Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, t. I, p. 100.
- [2]
Le Magasin Pittoresque, 1834, p. 119, Gallica.
- [3]
Chronique de la Pucelle, p. 271.
- [4]
Quicherat, Procès, t. III, p. 219.
- [5]
Philippe de Bergame, moine italien né en 1433, écrivait vers la fin du siècle, d’après des renseignements que lui aurait donnés un certain Guillaume Guasco, chevalier lombard attaché dans sa jeunesse à la cour de Charles VII :
Erat (Johanna) bravi quidem statura, rusticanaque facie et nigro capillo, sed toto corpore prævalida ;… Ejus sermo satis, ex more fœminarum illius patriæ lenis erat… — (Quicherat, Procès, t. IV, p. 523).
D’après ce texte, Jeanne aurait donc été de petite taille. Nous verrons qu’en réalité, de stature moyenne en tant que femme, elle paraissait petite sous l’habit masculin.
Son endurance physique et la douceur de sa voix, mentionnées dans l’écrit du religieux italien, sont également spécifiées dans la lettre que Perceval de Boulainvilliers adressait au duc de Milan en 1429, ajoutant qu’avec le don des larmes, Jeanne était ordinairement gaie de visage.
- [6]
Relation du greffier de la Rochelle dans la Revue historique, t. IV, p. 367.
- [7]
Joseph Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 367.
- [8]
Quicherat, Procès, t. I, p. 332.
- [9]
Seules la Sainte Vierge et des héroïnes de roman ou d’histoire sacrée partageaient quelquefois avec les toutes jeunes filles le privilège de montrer leur chevelure.
- [10]
Bibliothèque nationale, fr. 12476, f° 101 v°.
- [11]
Celui qui l’approchait pour la première fois croyait tout d’abord que c’était un jeune prince de la maison royale de France.
(Le portrait de Jeanne Darc par un Essénien du XIXe siècle, 1895, p. 7.) - [12]
Il existe trois Jeanne d’Arc en armure dues au ciseau de ce sculpteur de talent [Emmanuel Frémiet, 1824-1910]. La plus importante est la muse équestre bien connue de la place des Pyramides, à Paris [bronze doré de 1874].
- [13]
Prisonnière, armée à blanc et les mains liées, la Jeanne d’Arc de Barrias [Louis-Ernest Barrias, 1841-1905] est à Bonsecours, près de Rouen [marbre, 1892]. Elle offre un visage remarquable d’expression à la fois énergique et juvénile.
- [14]
La statue de Paul Dubois [1829-1905] détache sa fine et archaïque silhouette sur le terre-plein de la place Saint-Augustin à Paris. Une réplique de cette œuvre fut miraculeusement préservée, à Reims, au milieu des bombardements dus à la criminelle folie des bandits d’outre-Rhin [NdÉ : il s’agit en fait du premier exemplaire, achevé en 1896].
- [15]
On ne la revit habillée en femme que pour être menée au supplice, à Rouen, sur la place du Vieux-Marché.
- [16]
Nihil super corpus suum relinquendo, quod sexum fœmineum approbet aut demonstret, præter ea quæ natura eidem fœminæ contulit ad fœminei sexus distinctionem. — (Quicherat, Procès, t. I, p. 332.)
- [17]
1428 ancien style. Du temps de Jeanne d’Arc, l’année commençait seulement à Pâques.
- [18]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 119.
- [19]
Selon la coutume du temps, les deux procès de condamnation et de réhabilitation furent rédigés en langue latine, et c’est sous cette forme qu’ils nous sont parvenus. Il est donc nécessaire, pour mettre ces textes à la portée du plus grand nombre, de les retranslater en français. À cet effet, nous empruntons la traduction de Joseph Fabre, en la rectifiant lorsque nous ne la jugeons pas suffisamment conforme au sens de la rédaction latine. Cet auteur a traduit trop librement
calceamenta, ocreas et sibi necessaria
(Quicherat, Procès, t. II, p. 443) par :des chaussures et tout un équipement de guerre
. Ce n’est pas d’un équipement de guerre qu’il s’agit alors pour la Pucelle, mais seulement d’une tenue de voyage. - [20]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 120, 121.
- [21]
Fabre interprète tunica par tunique. Mais ce mot latin devait avoir été employé par le traducteur du procès en langue latine pour le terme français robe, car aucun vêtement d’usage courant n’était dénommé tunique à cette époque. Ainsi n’hésitons nous pas à traduire par robe le mot tunica qui figure dans le texte latin des dépositions de Catherine Le Royer et de Bertrand de Poulengy. Le terme robe s’appliquait autant à l’habit des hommes qu’à celui des femmes.
- [22]
Fabre traduit ocrea par guêtre. Ocrea en effet signifie en latin guêtre, jambière. Mais les guêtres, au moyen âge, paraissent avoir été portées exclusivement par les paysans et le bas peuple. On lit dans le Journal d’un bourgeois de Paris, à la date de 1431 :
Charrettiers vestus de roques, guiestres en leurs jambes, ung fouait chascun en leur main. — (Michaud et Poujoulat, t. III, p. 268).
Rabelais, au chapitre 48 du livre IV de son Pantagruel, parle d’un Papimane vêtu en
vigneron d’Orléans, avecques belles guestres de toille, une panouare et une sarpe à la ceinture.
Dans l’ancien langage français, un guaitreux était un mendiant (Littré, Dictionnaire : Guêtre).
Les monuments du quinzième siècle nous montrent effectivement les bergers, les pauvres et beaucoup de paysans chaussés de guêtres, faites de grosse toile et maintenues en deux endroits par des cordons en façon de jarretières, sous le genou et en bas de la jambe. Ce n’est certainement pas là cette chaussure dont les habitants de Vaucouleurs gratifièrent notre héroïne. Les guêtres de ce temps-là n’étaient pas faites pour monter à cheval. Aussi dota-t-on Jeanne de houseaux, seule chaussure d’alors propre à une longue chevauchée, et correspondant à nos bottes modernes. Comme celles-ci, les houseaux étaient toujours munis de pieds ainsi qu’on le verra plus loin, et voilà pourquoi il n’est question de souliers dans aucune des cinq dépositions du procès de réhabilitation traitant de l’équipement de la Pucelle en vue de son voyage a Chinon. Si le rédacteur du procès en latin a traduit houseau par ocrea, c’est que les Romains, ignorant l’usage des bottes, n’avaient pas de mot dans leur langue pour exprimer le nom de ces chaussures. Et cela est si vrai que le chanoine Jean d’Estivest, auquel avait incombé le soin de rédiger l’acte d’accusation en latin, comprenant l’insuffisance du terme ocrea, y avait ajouté celui d’housellus (occis seu housellis strictis) malgré sa latinité douteuse pour désigner la botte de cavalier portée par la Pucelle.
- [23]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 124.
- [24]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 127, 128. — Quicherat, Procès, t. II, p. 435. — Les chapitres que nous consacrons plus loin au gippon et aux chausses feront comprendre cette tenue de Jeanne d’Arc lorsqu’elle couchait, suivant l’expression du duc d’Alençon, à la paillade.
- [25]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 132, 133. — Quicherat, Procès, t. II, p. 454.
- [26]
Vallet de Viriville, Chronique de la Pucelle, p. 273.
- [27]
Fabre, Procès de condamnation, p. 59, 60.
- [28]
Quicherat, Procès, t. I, p. 79, 141.
- [29]
Le mot drap était un terme générique comprenant des tissus de tout genre. Il s’applique ici à un article de lingerie, les braies, singulièrement écourtées depuis leur origine gauloise et devenues vêtement de dessous. Voir plus loin le chapitre consacré à la chemise et aux braies.
- [30]
Quicherat, Procès, t. I, p. 122 (Minute du greffier Manchon).
- [31]
Voir la déposition de Jean Pasquerel (Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 217.)
- [32]
Relation du greffier de La Rochelle dans Revue historique, t. IV, p. 336.
- [33]
Quelques notes d’archéologie sur la chevelure féminine dans Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1888, XVI, p. 419-425.
- [34]
Anatole France, Vie de Jeanne d’Arc, t. I, p. 194, 195.
- [35]
Jean Chartier, Chronique, t. I, p. 67. — Chronique de la Pucelle, p. 274. — Anatole France, Vie de Jeanne d’Arc, t. I, p. 200, 201.
- [36]
Chronique de la Pucelle, p. 275.
- [37]
Philippe Labbe, Sacro-Sancta Concilia (1671) ; II, 413, 434.
- [38]
Laurentius Surius, Vitæ S. S. (1618) t. I, p. 21-24. — Gabriel Brosse, Histoire abrégée de la vie et de la translation de sainte Euphrosine, vierge d’Alexandrie, patronne de l’abbaye de Beaulieu-lès-Compiègne, Paris, 1649, in-8°.
- [39]
Anatole France, Vie de Jeanne d’Arc, t. I, p. 228, 229.
- [40]
Anatole France, Vie de Jeanne d’Arc, t. I, p. 235.
- [41]
Quicherat, Procès, t. III, p. 102.
- [42]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 217.
- [43]
Article douze de l’acte d’accusation (voir p. 16) et article cinq du sommaire du même acte réduit en douze articles (Voir p. 17).
- [44]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 208.
- [45]
Chronique de la Pucelle, p. 278.
- [46]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 536, 537.
- [47]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 174.
- [48]
Quicherat, Procès, t. V, p. 258.
- [49]
Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 235. — Heureusement épargnée par le traducteur du procès en latin, la déposition de Jean d’Aulon est la seule qui nous soit parvenue dans son intégrité originale.
- [50]
La plus ancienne armure complète que possède le musée d’Artillerie de Paris pèse, d’après Viollet-le-Duc, vingt-cinq kilos. Elle en postérieure à 1480.
- [51]
Elle chevauchoit tousjours armee de toutes pieces, et en habillement de guerre, autant ou plus que capitaine de guerre qui y fust. — (Chronique de la Pucelle, p. 312.)
- [52]
Chronique de Charles VII, t. I, p. 89.
- [53]
Quicherat, Procès, t. V, p. 112, 113, 269.
- [54]
Bibliothèque nationale, fr. 23018, f° 486.
- [55]
1441. — Bibliothèque nationale, fr. 12476, f° 102.
- [56]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 438. — Le Fèvre de Saint-Rémy, Chronique, t. II, p. 179.
- [57]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 444, 445.
- [58]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 427. — Cette huque de Jeanne était sans nul doute taillée dans une de ces riches étoffes à dessins de velours cramoisi sur fond d’or, à la façon de Venise, du genre de celle dont est confectionnée la robe du chancelier Rolin dans le célèbre tableau de van Eyck du musée du Louvre.
- [59]
Quicherat, Procès, t. V, p. 168.
- [60]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 470.
- [61]
Jean Nider, dominicain allemand, ap. Michaud et Poujoulat t. III p. 130.
- [62]
Fabre, Procès de condamnation, p. 59, 60, 76, 83, 84, 111 à 113, 143, 163 à 165, 169, 170, 178 à 180, 197, 198, 211, 219 à 224, 231 à 233, 237, 312 à 315, 363, 364.
- [63]
Ici, d’Estivet anticipe sur les évènements. Les armes de la Pucelle ne furent pas confectionnées à Vaucouleurs. Jeanne déclare, dans son interrogatoire du 22 février 1431, qu’à son départ pour Chinon, elle n’avait en fait d’armes qu’une épée. Vingt-cinq ans plus tard, les dépositions de Catherine, femme d’Henri le Royer, et de Bertrand de Poulengy confirmeront la parole de Jeanne.
- [64]
La Pucelle était coiffée en cavalier, en homme de cheval, d’où l’expression méprisante de maquignon sous la plume de ses accusateurs.
- [65]
À part la chemise, tous ces vêtements étaient à l’usage exclusif des hommes. Les femmes ne portaient ni braies, ni gippon, ni chausses longues jointes ensemble, ni souliers à hautes tiges lacés en dehors, ni courte robe.
- [66]
Item, et ut melius et apertius dicta Johanna apprehenderetur propositum, requisivit a dicto capitaneo sibi fieri vestes viriles cum armis conformibus. Quod dictus capitaneus, licet invitus et cum magna abominatione, tandem petitioni dictae Johannae acquiens, fecit. Ipseque vestibus et armis fabricatis, compositis et confectis, praedicta Johanna, rejecto et relicto omni habitu muliebri, tonsis capillis in rotundum ad modum manguonum, camisia, braccis, gippone, caligis simul junctis, longis et ligatis dicto gipponi cum XX aiguilletis, sotularibus altis deforis laqueatis, et curta roba usque ad genu vel circiter ; capucio deciso, ocreis seu housellis strictis, calcaribus longis, ense, daga, lorica, lancea et caeteris armaturis more hominis armorum, se induit et armavit… — (Quicherat, Procès, t. I, p. 220, 221.)
Il est question, dans cet article, non seulement des différentes pièces de l’équipement de Vaucouleurs, mais encore des vêtements et des armes portées par Jeanne dans le courant de sa mission.
- [67]
… sequendo præcepto eorum, induta est aliquando sumptuosis et pomposis vestibus, de pannis pretiosis et aureis, ac etiam foderaturis ; et non solum usa est tunicis brevibus, sed etiam tabardis et togis scissis ab utroque latere ; et hoc notorium est, cum capta fuerit in una heuqua aurea, undique aperta ; hujus etiam in capite cappellos seu pileos et capillos, ad modum virorum in rotundum tonsos… — (Quicherat, Procès, t. I, p. 223, 224.)
- [68]
Traduction de J. Fabre, Procès de condamnation, p. 270, 271. Dans cette traduction, ainsi que dans celle de l’article douze qui le précède (p. 219, 220), nous avons cru devoir rectifier des erreurs d’interprétation dues a la science insuffisante de l’auteur en matière de costume.
- [69]
Fabre, Procès de condamnation, p. 270, 271.
- [70]
Vers 1410 : Bibl. nat., fr. 603, folio I ; fr. 2810, folios 276, 277, v° ; Bibl. de l’Arsenal, 5077, folio 43, 50 v°. — 1415 : Brit. Mus., Harl. MS 4431, folios 103 v°, 121 v°. — 1434 : Ibid., Harl. MS 4605, folio 3. — Vers 1450 : Bibl. nat., fr 229, folio 78. — 1465 : Bruxelles, Bibl. roy., 9392, folios 17 v°, 18 v°, 60 v° ; Vienne, Bibl. imp., 2617, folios 18 v°, 19. — 1473 : Bibl. nat., fr. 39, folio 170 v°, fr. 24392, folios 123 v°, 124 v°, 125 r° et v°, 126. — 1480 : Bibl. nat., fr. 22971, folio 2. — Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier, t. V, p. 136.
- [71]
Kervyn de Lettenhove, Chroniques relatives à l’histoire de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgognes, p. 28.
- [72]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 464.
- [73]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 462.
- [74]
Quicherat, Procès, t. IV, p. 406.
- [75]
Chronique de la Pucelle, p. 276, 277.
- [76]
Le très regretté Boutet de Monvel [Louis-Maurice Boutet de Monvel, 1850-1913, peintre et auteur d’un célèbre album d’aquarelles sur Jeanne d’Arc paru en 1896] a exécuté avec un grand talent plusieurs panneaux destinés à la décoration de la basilique de Domrémy. Les figures en sont bien groupées, dessinées avec goût et un grand souci de l’exactitude du costume. Il est d’autant plus fâcheux d’être obligé de constater que l’artiste a fait mouvoir sa Jeanne d’Arc dans un milieu vêtu et coiffé à la mode du 1460. La longue robe à revers, dont il habille le roi dans la salle de Chinon, n’apparut même que plus tard encore. Au lieu de la coiffure en écuelle, rigoureusement indiquée dans ses portraits authentiques et contemporains, le peintre coiffe ce prince des longs cheveux à la mode du temps de son petit-fils. Les mahoitres dont sont garnies les épaules de tous ses personnages commencent à peine à se montrer vers 1450. Les hauts bonnets de certains d’entre eux sont également très postérieurs à 1429. Tous les cheveux cachant les oreilles constituent autant d’anachronismes, l’écuelle étant générale chez les individus d’un certain rang à l’époque de Jeanne d’Arc. Les robes les plus courtes descendaient ordinairement aux genoux et non en haut des cuisses comme nous les montrent ces compositions. Les grands hennins pointus des dames n’apparaissent guère avant le règne de Louis XI. Enfin le personnage de la Pucelle n’est ni coiffé ni habillé à la mode de son temps. Les mêmes critiques peuvent s’adresser aux ingénieuses reconstitutions d’Émile Deshays dans Jeanne d’Arc à Rouen [1911, préface d’Albert Sarrazin]. Là encore, ce sont les modes de 1460, voire de 1470, prises pour celles de 1430.
- [77]
François Roger de Gaignières (1642-1715), généalogiste et collectionneur. Sa fréquentation des grandes familles aristocratiques et son goût pour l’histoire de France l’amenèrent à se constituer un fond d’environ 7600 dessins, dont 3500 vues de sépultures funéraires du Moyen Âge. [NdÉ]
- [78]
Richard Gough (1735–1809), Sepulchral Monuments of Great Britain, Londres, 1796.
- [79]
Charles Alfred Stothard (1786-1821), The Monumental Effigies of Great Britain, 1823.
- [80]
Robert Surtees (1779-1834), The History and antiquities of the County Palatine of Durham, 1840.
- [81]
John Hewitt (1807–1878), Ancient Armour and Weapons in Europe (from the Iron Period of the Northern Nations to the End of the Thirteenth Century), Londres, 1855, 1859.
- [82]
John Green Waller et Lionel A. B. Waller, A series of monumental brasses from the 13th to the 16th century, Londres, 1864.
- [83]
Jakob Heinrich von Hefner-Alteneck (1811-1903), Costumes du moyen âge chrétien d’après des monuments contemporains, etc. (Trachten des christlichen Mittelalters nach gleichzeitigen Kunstdenkmalen), Mannheim 1840, Francfort 1854.
- [84]
Une dalle funéraire, autrefois dans l’abbaye de Saint-Père de Chartres et actuellement au musée de cette ville, bien que portant la date de 1003, remonte seulement à l’année 1712, comme l’indique formellement un texte contemporain indiscutable. (Dalles tumulaires et pierres tombales du département d’Eure-et-Loir, t. I, 1895, Pl. IV). Le costume du gisant aurait d’ailleurs suffi à révéler l’origine moderne du monument. Mais pour d’autres tombeaux, une certaine expérience est souvent nécessaire pour discerner de semblables écarts lorsqu’un document ne les signale.
- [85]
Jan van Eyck (~1390-1441), grand maître de la peinture flamande du XVe siècle. [NdÉ]
- [86]
National Gallery, tableau de Jean Van Eyck représentant le Lucquois Jean Arnolfini et sa femme, Jeanne de Chenany, dans leur intérieur, à Bruges.
- [87]
Munich, Musée national bavarois, retable de Bamberg.
- [88]
Église de Tiefenbronn, Lucas Moser (~1390-1434), retable de sainte Madeleine, 1432.
- [89]
Musée de Hambourg, Maître Francke (~1380-1440), retable de Saint Thomas de Cantorbéry, commandé en 1424, terminé en 1435.
- [90]
Musée de Berlin, Hans Multscher (~1400-1467), retable.
- [91]
Une étude approfondie de l’iconographie ancienne tend à nous faire constater que les gens d’une même langue s’habillaient de la même façon. Par exemple, aucune différence essentielle ne nous paraît avoir existé entre les costumes d’un Français, d’un Bourguignon ou d’un Flamand wallon, alors que les habitants de la Flandre flamingante, dont le langage était dérivé de l’allemand, nous semblent s’être vêtus de préférence à la mode allemande.
- [92]
Gentile da Fabriano (~1370-1427), peintre italien, l’un des maîtres du mouvement dit du gothique international.
- [93]
Masolino da Panicale (~1383-1447), peintre italien des débuts de la Renaissance.
- [94]
Bruxelles, Bibl. roy., 9066, 9067, 9068.
- [95]
Bibl. nat., fr. 120.
- [96]
Bibl. nat., fr. 99.
- [97]
Bibl. du Vatican, Palat. Lat. 1989.
- [98]
Bibl. de l’Arsenal, 5070.
- [99]
Comte Paul Durrieu (1855-1925), historien diplômé de l’École des chartes, conservateur au musée du Louvre.
- [100]
Henry Martin (1852-1927), Les Miniaturistes français, 1906, p. 115, 126.
- [101]
Henry Martin, Les Miniaturistes français, p. 180.
- [102]
Cette œuvre magistrale est parvenue jusqu’à nous scindée en trois parties. La plus ancienne appartient au baron Maurice de Rothschild ; une autre est conservée à Milan dans la Bibliothèque du prince Trivulzio. Il n’existe plus de la troisième, malheureusement détruite un 1904 dans l’incendie de la Bibliothèque de Turin, que des reproductions dues à la providentielle initiative du comte Durrieu.
- [103]
Bibl. nat., fr. 166.
- [104]
Bibl. nat., fr. 14392.
- [105]
Dictionnaire du mobilier, t. IV, p. 6, 37, 38, 282, 459. — Bien que d’époques souvent très différentes, la plupart des manuscrits du Décaméron qui nous ont été conservés portent la date du 15 juin 1414, mentionnée expressément comme étant celle de la traduction que fit de cet ouvrage le clerc Laurent de Premierfait, à Paris, dans l’hôtel de messire Bureau de Dampmartin.
- [106]
Bibl. nat., fr. 572.
- [107]
Bibl. nat., fr. 12601.
- [108]
Bruxelles, Bibl. roy., 9967.
- [109]
Bruxelles, Bibl. roy., 9242.
- [110]
Émile Cammaerts, Les Bellini, 1912, p. 39, 40.
- [111]
Bibl. de l’Arsenal, 2123.
- [112]
Bibl. d’Avallon, 1.
- [113]
Archives de la ville de Toulouse.
- [114]
Bibl. d’Aix-en-Provence, 11.
- [115]
Bibl. de Perpignan, 118.
- [116]
Bibl. de Cambrai, 531.
- [117]
Bibl. de Valenciennes, 398.
- [118]
Bibl. nat., lat. 10209.
- [119]
Bibl. du couvent de Saint-Pierre de Salzbourg, Biblia pauperum.
- [120]
Bibl. de Sélestat (Schlettstadt), Die mynnende sele lere.
- [121]
Bibl. de Rovereto, S. Hieronymus, Vita beati Pauli eremitæ. — Bibl. du couvent des Franciscains de Schwaz, Tyrol, Sermones de dominicis et festivitabus.
- [122]
Bibl. de l’Université d’Innsbruck, Chorbuch des Stiftes Stams. — Bibl. du couvent de Saint-Pierre de Salzbourg, Missel.
- [123]
Bibl. d’Arras, 11, fol. 1.
- [124]
Bruxelles, Bibl. roy., 9018-23.
- [125]
Harl. MS. 4605. Ce manuscrit se termine par cette mention :
Et fut feit à Londres le XV de may mil CCCCXXXIIII.
- [126]
Codices Augiensis, 27 et 28.
- [127]
II est peu des cinquante dernières années du quinzième siècle dont on ne possède un ou plusieurs manuscrits à miniatures datés.
- [128]
Nous pouvons considérer comme allemand le recueil flamand cité plus haut, par la raison que le caractère de son enluminure est manifestement germanique.
- [129]
Bibl. nat., lat. 17294.
- [130]
Vallet de Viriville, Notice sur quelques manuscrits précieux (1866), p. 13.
- [131]
Émile Mâle, La miniature à l’exposition des primitifs français, Gazette des Beaux-arts, 1904, t. II.
- [132]
Michel Hennin, Les monuments de l’histoire de France, (1856-63), t. VI.
- [133]
Fol. 103.
- [134]
Additionnal MS. 18850. L’autre manuscrit du British Museum, ayant appartenu au duc de Bedford, est un très petit livre d’heures coté ; Harleian Library, MS. 1251.
- [135]
Annuaire-bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1905, comte Durrieu. Les souvenirs historiques dans les manuscrits à miniature de la domination anglaise en France, au temps de Jeanne d’Arc.
- [136]
Bibl. nat. fr. 602.
- [137]
Vallet de Viriville, Notice sur quelques manuscrits précieux, p. 25-42.
- [138]
Bibl. nat., lat. 1156 B, exécuté vraisemblablement de 1426 à 1430. Voir l’Album de portraits (1908) de Camille Couderc (1860-1933), p. 29.
- [139]
Bibl. nat., lat. 18026. On y voit, en maints endroits reproduits, les écus suivants : de Rohan, brisé d’un lambel d’argent, accolé d’un vairé d’argent et de gueules. Ce sont les armes de Jean de Rohan, sire de Montauban, et celles de sa femme, Anne de Kéranrais. Mais nous savons, par le sceau de ce Seigneur, qu’en 1461, il portait de Rohan plain, écartelé du blason de sa mère, Bonne Visconti. À quelle époque modifia-t-il ses armes ? N’est-ce pas probablement à la mort de son père, en 1432 ? Le manuscrit en question serait donc antérieur à cette date. D’autre part, Jean de Rohan, étant né au plus tôt en 1415, son père ayant épousé Bonne Visconti en 1414, il ne peut guère s’être marié avant l’âge de quinze ans, c’est-à-dire avant l’année 1430. Il est d’ailleurs difficile d’admettre que sa fille unique, s’étant alliée à Louis de Rohan, sire de Guéméné, en 1443, fût née plus tard que 1431. Ces diverses considérations nous amènent à conclure que le manuscrit latin 18026 de la Bibliothèque nationale est bien de 1430.
- [140]
Bibl. nat., lat. 1158. Voir l’Album de portraits de Camille Couderc, p. 75, 77.
- [141]
Bibl. de l’Arsenal, 622. Voir pour ce manuscrit et le suivant, Henry Martin, Les Peintres de manuscrits et la miniature en France, p. 91, 92.
- [142]
Bibl. de l’Arsenal, 621. Les premières miniatures de ce manuscrit, jusqu’au folio 429, ont été exécutées entre les années 1427 et 1430 ; les suivantes, entre cette dernière date et 1447.
- [143]
Bibl. de l’Arsenal, 4790.
- [144]
Félix Perpéchon (1862-1913), Catalogue de la bibliothèque de Chambéry, p. 707.
- [145]
Bruxelles, Bibl. roy., 10317-18. — Alphonse Bayot (1876-1937), Les manuscrits de provenance savoisienne à la bibliothèque de Bourgogne (1909), p. 13-18.
- [146]
Cotton. Domitian, A, XVII.
- [147]
Bibl. nat., fr. 20087-88.
- [148]
Bibl. nat., fr. 2651 ; fr. 2662-63-64 ; fr. 2675, 2676.
- [149]
Bibl. nat., fr. 22553.
- [150]
Bibl. nat., fr. 20065-66.
- [151]
Bibl. nat., lat. 13269 ; lat. 13278.
- [152]
Bibl. nat., fr. 182.
- [153]
Bibl. nat., fr. 356-57.
- [154]
Bibl. nat., fr. 12575.
- [155]
Bibl. nat., fr. 235-36 ; fr. 239.
- [156]
Bibl. nat., fr. 660.
- [157]
Vraisemblablement Pierre d’Orgemont, chanoine de Paris, vivant en 1434, et non son homonyme l’évêque, mort en 1409, comme l’indique par erreur le catalogue de la Bibliothèque de l’Arsenal. Ce bréviaire est décoré des armes d’Orgemont, brisées du lambel de la branche cadette, celle des seigneurs de Méry-sur-Oise, à laquelle appartenait le chanoine. L’évêque, en sa qualité de chef de la branche aînée, ne pouvait porter que les armes plaines, c’est-à-dire sans brisure, de la famille.
- [158]
Bibl. de Rouen, 1143.
- [159]
Bibl. de Lille, 315.
- [160]
Bibl. de Chantilly, 575.
- [161]
Bibl. de Tours, 217.
- [162]
Bibl. de Poitiers, 47.
- [163]
Bibl. de Sens, 34.
- [164]
Bibl. roy. de Dresde, A. 167 (manuscrit français).
- [165]
Bibl. roy. de Dresde, M. 66 (manuscrit allemand).
- [166]
Bibl. imp. de Vienne, 2914, 1855.
- [167]
Bibl. de Chartres, 547. À l’exception du calendrier, la décoration de ce livre d’heures est de la seconde moitié du quinzième siècle.
- [168]
Brit. Mus., Harley MS. 2278.
- [169]
Bibl. nat., lat. 1156 A. Voir l’Album de portraits de Camille Couderc, p. 30, 31.
- [170]
Bibl. de l’Arsenal, 5199.
- [171]
Cambridge, Fitzwilliam Museum, 28.
- [172]
Bibl. de Lyon, 1390.
- [173]
Nuremberg, Musée germanique, 998.
- [174]
Bibl. nat. fr. 541.
- [175]
Bibl. nat. fr. 824.
- [176]
Bibl. nat. fr. 126. La dauphine, Marguerite d’Écosse, morte à vingt ans en 1444, s’y trouve représentée âgée au moins d’une quinzaine d’années.
- [177]
Brit. Mus. Royal MS. 15 EV. I, offert par Talbot, comte de Shrewsbury depuis 1442, à la reine Marguerite d’Anjou. La décoration de ce manuscrit fut confiée à l’artiste auquel on doit les miniatures du Régime des Princes (Bibl. nat., fr. 126) cité plus haut.
- [178]
Vallet de Viriville, Notices sur quelques manuscrits précieux, p. 2 à 6.
- [179]
Le peintre médailleur Antonio Pisano, appelé communément Pisanello, naquit en 1397.
- [180]
Deux albums de dessins de Jacopo Bellini existent, l’un au British Museum, l’autre à la Bibliothèque du Louvre. De fortes raisons font remonter l’exécution de ces deux recueils à l’époque du séjour de Jacopo à la cour de Ferrare, vers 1441 (Émile Cammaerts, Les Bellini, p. 39, 40).
- [181]
Gentile da Fabriano (1370-1450), Masolino de Panicale (1383-1447), Fra Angelico de Fiesole (1357-1455), Andrea del Castagno (1390-1457), Paolo Uccello (1397-1475).