Déposition de Jean Morel (parrain de Jeanne)
Interrogé une fois en 1456.
Jean Morel, de Greux, laboureur, âgé d’environ 70 ans. Témoin n° 1, entendu le mercredi 28 janvier 1456 à Domrémy.
Art. 1. Lieu d’origine de Jeanne
Jeannette naquit à Domrémy et fut baptisée en l’église paroissiale Saint-Remi.
Art. 2. Ses parents
Son père s’appelait Jacques d’Arc, et sa mère Ysabelle, laboureurs, demeurant tous deux à Domrémy tant qu’ils vécurent ; ils étaient de bons et fidèles catholiques, de bons laboureurs, de bonne renommée et d’honnête conduite, comme laboureurs, car il a parlé souvent avec eux.
Art. 3. Ses parrains et marraines
Fut l’un des parrains de Jeanne. — Marraines : la femme d’Étienne le Royer et Béatrice, veuve de Thiesselin, demeurant à Domrémy ; Jeannette, veuve de Thiesselin de Vittel, demeurant à Neufchâteau.
Art. 4. Son enfance
Lui semble que Jeannette fut bien et convenablement élevée dans la foi et les bonnes mœurs, et telle qu’à peu près tout le monde l’aimait dans le village de Domrémy. Comme toutes les jeunes filles, elle savait ses articles de foi, le Pater noster, l’Ave Maria.
Art. 5. Son adolescence
Jeannette était honnête dans son comportement, comme peut l’être semblable fille, car ses parents n’étaient pas très riches.
Elle allait à la charrue et parfois gardait les animaux dans les champs ; elle faisait les travaux de femme, en filant et accomplissant tout le reste.
Art. 6. Son assiduité à l’église
Elle allait souvent à l’église, au point que parfois les autres jeunes se moquaient d’elle ; elle allait parfois à l’église ou ermitage de Notre-Dame de Bermont, près du village de Domrémy, alors que ses parents la croyaient aux champs, à la charrue ou ailleurs.
Lorsqu’elle entendait sonner la messe et qu’elle était aux champs, elle venait à l’église du village pour entendre la messe, comme le témoin assura l’avoir vu.
Art. 7. Ses occupations
Jeannette filait, allait à la charrue et gardait les animaux, cf. 5e article.
Art. 8. Son assiduité à la confession
Jeannette se confessait à Pâques et lors des fêtes solennelles. Il la vit se confesser à dom Guillaume Fronté, alors curé de la paroisse de Domrémy.
Art. 9. L’arbre des fées
Entendit dire autrefois que des femmes ou personnes surnaturelles, on les appelait fées, allaient anciennement danser sous l’arbre appelé des dames
; mais, à ce qu’on dit, après une lecture de l’évangile de saint Jean, elles n’y vont plus.— Encore aujourd’hui, le dimanche de Lætare [4e dimanche de Carême] communément appelé dimanche des Fontaines
, et les jours de fêtes au printemps et en été, les jeunes filles et jeunes gens de Domrémy vont sous cet arbre pour danser ; parfois ils y déjeunent ; et en revenant ils vont à la fontaine aux Rains, qui est plus près du village que l’arbre, en se promenant et chantant, y boivent son eau et autour s’amusent à cueillir des fleurs. — Jeanne y allait parfois avec les autres jeunes filles et faisait comme les autres ; il n’entendit jamais dire que Jeannette fût allée seule, ni pour d’autres raisons, à cet arbre et à cette fontaine, si ce n’est pour se promener et s’amuser comme les autres.
Art. 10. Son départ de Domrémy
Quand Jeannette partit de la maison paternelle, elle alla deux ou trois fois à Vaucouleurs pour parler au bailli [Baudricourt, bailli de Chaumont].
Il entendit dire que le seigneur Charles, duc de Lorraine, voulut la voir et lui envoya un cheval de poil gris, suivant ses dires.
Ajoute qu’au mois de juillet, lui, témoin qui parle, alla à Châlons lorsqu’on disait que le roi allait à Reims pour se faire sacrer, et là il vit ladite Jeanne qui lui donna une veste rouge qu’elle avait revêtue.
Art. 11. Les informations commandées par les juges de Rouen
Ne sait rien.
Art. 12. Son séjour à Neufchâteau
Quand Jeanne alla à Neufchâteau à cause des bandes armées, elle fut toujours en la compagnie de ses père et mère. Ils y restèrent quatre jours et rentrèrent à Domrémy. Le témoin le sait, car il fut avec d’autres dudit village à Neufchâteau et vit alors Jeannette et ses père et mère.