Tomes III-IV (FR) : Chapitre 5 (2)
LAII. Enquête au lieu de naissance de Jeanne.
FREnquête sur les informations du premier procès
Ayant reçu au début de ce procès, avec les livres, registres et textes du premier procès, comme il a été dit, les informations sus-mentionnées, faites par le révérendissime seigneur cardinal et par ses commissaires sous son autorité, lesdits 233archevêque, évêques et inquisiteur, juges délégués, ont voulu que ces informations fussent tenues comme préalables et préparatoires au nouveau procès, et qu’elles fussent rédigées et placées en tête des informations et enquêtes faites tant d’office qu’à la requête des parties. Lesdits seigneurs délégués, désireux de tout vérifier complètement et de rechercher par un examen approfondi l’entière vérité, aussi bien pour que contre la justification du premier procès intenté à Jeanne, voulurent agir avec la plus grande diligence, à la demande spécialement de vénérable et discrète personne Simon Chapitault, promoteur constitué pour cette affaire ; par eux-mêmes et par leurs commissaires ils firent et ordonnèrent de faire des recherches pour obtenir et recueillir certaines informations que les juges du premier procès, dans leur exorde, prétendent avoir été faites de leur autorité au lieu de naissance de Jeanne et ailleurs ; ils prétendent, à ce qu’ils disent, les avoir reprises dans certains articles par délibération des conseillers appelés au procès ; et après leur reconnaissance et reprise, ils déclarent plusieurs fois dans le procès, affirment et assurent avoir vu ces informations et les avoir montrées aux notaires et conseillers du procès.
Après la réception du premier procès et son inspection, en notre présence, et devant ceux de la main desquels on avait reçu ledit procès, les seigneurs délégués interrogèrent vénérable homme maître Guillaume Manchon, principal notaire de ce procès, qui l’a souscrit à chaque page et l’a écrit en original pour la plus grande partie ; ils interrogèrent aussi les deux autres notaires du procès et plusieurs officiers et conseillers qui y avaient assisté. Attendu qu’ils ne purent rien trouver desdites informations, que les notaires et conseillers susdits affirmèrent n’avoir jamais vu, ni entendu, quelque information pendant le procès, bien que cela eût été relaté et déclaré sur l’ordre et le commandement des juges du premier procès ; attendu que les seigneurs délégués prennent note avec insistance de cette relation et déclaration, et font une grande confiance à ces informations pour être guidés dans le cours de ce procès ; à la demande dudit promoteur, 234pour que la vérité apparaisse à propos de ce premier procès, et que lui-même agisse de manière plus convenable pour ou contre le procès ; pour ces raisons lesdits seigneurs délégués, siégeant en tribunal dans la salle publique de la demeure archiépiscopale de Rouen, donnèrent plusieurs commissions et firent plusieurs monitions, verbalement et par écrit afin que, si une personne avait connaissance desdites informations ou savait quelque chose à leur sujet, elle le produisît et le notifiât dans un certain délai ; et ils avertirent spécialement ceux qui avaient été convoqués au nom de l’évêque de Beauvais, des religieux de l’ordre des frères prêcheurs du couvent de Beauvais et de l’inquisiteur. Enfin, parce que, ni par les interrogations, ni par les monitions, on ne put découvrir quoi que ce fût au début de ce procès, lesdits seigneurs délégués, enquêtant sur les articles sus-mentionnés des parties, interrogèrent spécialement et firent interroger sur lesdites informations de nombreux témoins, surtout des conseillers, des officiers, et de nouveau lesdits notaires.
Tous, ainsi entendus, déclarèrent qu’ils n’avaient jamais vu ni ouï lesdites informations, et qu’elles ne leur avaient pas été montrées, ni à eux, ni à d’autres ; en particulier ledit Manchon déclara dans sa déposition qu’il ne les avait jamais vues, et que, s’il les avait vues ou appris leur présentation aux conseillers, il l’aurait mis dans son registre. De même vénérable personne, maître Thomas de Courcelles, professeur de théologie sacrée, l’un des conseillers auxquels on prétend que ces informations furent montrées, désigné au début de ce procès, déclare ne se rappeler en aucune manière que lesdites informations aient été faites ou montrées ; il ajoute en outre dans sa déposition ce qui est contenu plus au long ci-dessous, dans les enquêtes faites à Paris : à savoir que vénérable personne, maître Jean Loyer, cité à ce procès après son commencement, refusa de paraître et déclara que le procès n’était pas conduit conformément au droit, parce que les informations préalables n’avaient pas été faites ou présentées, comme on devait le faire en droit ; et tout ceci se trouve plus développé dans l’enquête et la déposition dudit maître Thomas. 235Dans ces enquêtes, tant par les susdits que par les autres officiers et conseillers, rien n’a pu être découvert sur ces informations qui auraient été faites, renouvelées, communiquées ou montrées. Toutefois un seul homme, un certain honnête Jean Moreau, marchand, demeurant à Rouen, originaire de Ville en Bassigny, près de la paroisse de Jeanne, affirme dans sa déposition qu’à l’époque du procès mené à Rouen contre Jeanne, certain homme notable vint des régions de Lorraine en la cité de Rouen ; il déclara au déposant qu’il venait de Lorraine pour apporter certaines informations, à propos desquelles il avait été commis dans l’affaire de Jeanne, ainsi que pour enquêter sur sa réputation dans sa patrie de Lorraine ; mais, parce que ces informations ne plurent pas au seigneur évêque de Beauvais, il fut injurié et ne put rien recevoir pour son travail ; de tout cela il se plaignit audit déposant, disant n’avoir rien trouvé sur cette Jeanne qu’il n’eût voulu trouver sur sa propre sœur. Ces choses et d’autres sont contenues dans sa déposition insérée plus bas, parmi les enquêtes faites dans la cité de Rouen.
Tel est le soin apporté par les seigneurs délégués à propos desdites informations, dont il est fait mention dans le procès. Ce soin les seigneurs délégués ont voulu qu’il fût précisé ici, ordonnant même de faire de nouvelles informations dans le lieu de naissance de Jeanne, et aussi d’enquêter spécialement sur les informations faites auparavant.
Articles soit conclusions du premier procès, dans lesquels il est fait mention desdites informations préalables prétendument faites au cours du procès ; en raison de ces articles et conclusions les seigneurs délégués ont été poussés tant à faire rechercher lesdites informations qu’à en faire exécuter de nouvelles dans le lieu de naissance de Jeanne.
De même le samedi suivant, à savoir le treizième jour du mois de janvier […]11
.
De même le lundi après les Brandons, vingt-neuvième [pour dix-neuvième] du mois de février […]12.
236Mais les enquêtes faites avec diligence sur les informations au lieu de naissance de Jeanne et ailleurs, dont il fut fait mention au début de ce premier procès, et dont on prétend qu’elles furent montrées aux notaires et aux conseillers, n’ont absolument rien pu prouver ; aussi lesdits seigneurs délégués, à la demande du promoteur, ont ordonné de faire de nouvelles informations sur des articles généraux et des questionnaires, comme cela est indiqué plus bas dans la teneur qui suit.
LACommission pour les enquêtes.
Jean, par la miséricorde divine archevêque et duc de Reims, Guillaume, par la même miséricorde évêque de Paris, et frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée, l’un des inquisiteurs de la perversité hérétique au royaume de France, ainsi que révérend père dans le Christ et seigneur monseigneur l’évêque de Coutances, notre collègue en cette affaire, avec la clause Que vous, ou deux, ou l’un d’entre vous, etc.
, juges délégués soit commissaires pour une cause de nullité de certains procès et sentences, autrefois dirigés contre Jeanne communément appelée la Pucelle par défunts de bonne mémoire seigneur Pierre Cauchon, alors évêque de Beauvais, et Jean Le Maistre, sous-inquisiteur de la perversité hérétique au diocèse de Beauvais, à l’instigation de maître Jean d’Estivet, promoteur constitué par lesdits évêque et sous-inquisiteur, nous tous étant désignés spécialement par notre très saint père dans le Christ et seigneur, le seigneur Calixte, troisième pape du nom grâce à la divine providence, pour la justification de Jeanne au sujet des fausses allégations la concernant, à vénérables et savantes personnes, seigneurs et maître Renaud de Chichery, doyen de l’église soit chapelle Notre Dame de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, et Vautrin Thierry, chanoine de l’église de Toul, salut dans le Seigneur et ferme obéissance à nos mandements, ou plus véritablement aux mandements apostoliques. Comme c’est l’affaire des juges de tout fouiller et de tout examiner avec grand soin, il nous a été présenté de la part de vénérable et sage personne, maître Simon Chapitault, maître ès arts 237et licencié en droit canon, promoteur désigné par nous en cette affaire, une humble supplique aux fins suivantes : attendu que pour notre instruction et celle de notre promoteur, pour régler plus rapidement l’affaire qui nous a été confiée et élucider la vérité, nous jugeons nécessaire d’examiner certains témoins au lieu de naissance de Jeanne et de rechercher la vérité sur certains articles et questionnaires, à nous présentés de la part du promoteur, et que nous vous envoyons ci-inclus dans la présente lettre sous notre sceau ; mais attendu qu’il serait pénible pour nous et coûteux pour les parties d’aller dans cette région, elles supplient de bien vouloir concéder des lettres de commission dans la forme sous-mentionnée. Nous donc, juges et commissaires susdits, accueillons favorablement la requête de notre promoteur, désireux de traiter avec attention et prudence, autant que possible, les affaires qui nous sont confiées, spécialement celles venant du Siège apostolique, et de scruter la vérité des faits avec toute diligence ; empêchés cependant par certaines affaires difficiles que nous avons, mais ayant à juste titre confiance en vos qualités et votre science avisée, nous vous constituons, vous et chacun de vous pour le tout, et nous vous désignons en vertu de la sainte obéissance, aux fins de faire citer et mander, péremptoirement et personnellement devant vous, tous et chacun des témoins pour lesquels vous serez requis par le promoteur ou le porteur des présentes, et ceux que le promoteur ou le porteur des présentes voudra mener devant vous ou l’un d’entre vous, pour vous informer en notre place sur lesdits articles ou questionnaires, aux dates assignées par vous ou l’un d’entre vous ; pour les entendre et leur faire prêter serment sur les dépositions, les absoudre par précaution, s’il est besoin ; enfin pour les examiner avec diligence sur lesdits articles et les questionnaires. Répondez-nous et renvoyez le plus tôt possible les attestations et dépositions de ces témoins, mises fidèlement par écrit, ainsi que lesdits articles et questionnaires, et tout ce que vous aurez fait, vous ou l’un de vous, par lettres closes de vos sceaux ou d’un de vos sceaux. Pour toutes et chacune des choses ci-dessus, 238et pour tout ce qui les concerne ou en dépend, agissant de notre autorité, nous vous octroyons, à vous et à chacun de vous, solidairement, tous nos pouvoirs. Fait et donné à Rouen, sous notre sceau, l’an du Seigneur 1455, en comptant à la française, indiction quatrième, le vingtième jour du mois de décembre, et la première année du pontificat du très saint père dans le Christ et seigneur le seigneur Calixte, par la providence divine troisième pape du nom. Présents le révérend et les vénérables pères, les seigneurs évêque de Démétriade, Jean, abbé de Saint-Ouen, et Jean, abbé de Sainte Catherine, témoins à ce appelés et convoqués. Ainsi signé : Ferrebouc.
LAArticles pour l’enquête
Articles d’interrogatoire pour les informations à faire dans le pays d’origine de la défunte Jeannette, communément appelée la Pucelle :
I. Premièrement au sujet du lieu d’origine et de la paroisse.
II. De même qui furent ses parents et leur état. S’ils étaient bons catholiques et de bonne renommée.
III. De même quels furent ses parrains et marraines.
IV. De même si dans son plus jeune âge elle a été convenablement élevée dans la foi et les bonnes mœurs, en particulier autant que le requéraient un tel âge et sa condition personnelle.
V. De même sur sa manière d’être dans son adolescence, depuis l’âge de sept ans jusqu’à son départ de la maison paternelle.
VI. De même si elle fréquentait l’église et les lieux sacrés, et si c’était volontiers et souvent.
VII. De même quelles étaient ses occupations, à quoi vaquait-elle audit temps de sa jeunesse.
VIII. De même si à cette époque elle se confessait souvent et volontiers.
IX. De même qu’en est-il de cette opinion répandue à propos de l’arbre appelé arbre des dames
, et si c’était l’habitude 239d’y faire des danses de jeunes filles ; et de même à propos de la fontaine à côté de cet arbre, si Jeanne y venait souvent avec d’autres filles et pour quelle raison, ou en quelle occasion y venait-elle.
X. De même qu’on enquête sur la manière dont elle a quitté son pays et s’est mise en route.
XI. De même si dans ledit pays d’origine quelque information fut faite, par décision des juges, à l’époque où elle fut prise devant la ville de Compiègne et détenue par les Anglais.
XII. De même si Jeanne, quand elle s’enfuit de son pays pour aller à Neufchâteau à cause des gens en armes, resta toujours dans la compagnie de ses père et mère.
Donné et fait à Rouen, l’an du Seigneur 1455, le vingtième jour du mois de décembre.
Ainsi signé : Lecomte et Ferrebouc.
LA[Dépositions des témoins]
Teneur desdites enquêtes, soit des déclarations et dépositions des témoins, comme suit :
S’ensuivent les déclarations et dépositions des témoins, cités à la demande de vénérable et discrète personne, maître Simon Chapitault, maître ès arts et licencié en droit canon, en tant que promoteur, par révérendissimes pères dans le Christ et seigneurs, Jean, par la miséricorde divine archevêque et duc de Reims, Guillaume, par la même miséricorde évêque de Paris, et frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des frères prêcheurs, l’un des inquisiteurs sur la perversité hérétique au royaume de France, avec révérend père le seigneur évêque de Coutances, leur collègue, tous juges et commissaires spécialement désignés et commis par le saint Siège apostolique, avec la clause Que vous, ou l’un ou deux d’entre vous
, sur le fait et la cause de défunte Jeannette, communément appelée la Pucelle. Ces dépositions ont été faites devant nous, Regnault Chichery, doyen de l’église ou chapelle de Sainte-Marie de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, et Vautrin Thierry, chanoine de l’église de Toul, commissaires subdélégués et désignés en vertu de lettres de 240commission émanées desdits révérendissimes seigneurs, les commissaires principaux, et à nous envoyées pour examiner les témoins sur les articles et interrogatoires contenus dans lesdites lettres, et à la requête d’honorable homme Jean, dit Dalie, prévôt laïc de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, porteur desdites lettres de commission. Les témoins ont été produits, reçus et assermentés en présence de discrètes personnes, les seigneurs Pierre de Maxey-sur-Vaise et Jean le Fumeux d’Ugny, au diocèse de Toul, recteurs et curés des églises paroissiales, et entendus par nous, discrète personne Dominique Dominici, clerc de Toul, notaire public par l’autorité apostolique et impériale, juré des cours ecclésiastiques de Toul, à ce désigné par nous, subdélégués, ici présents ; l’an et jour, dans la manière et la forme qui suivent.
LAJean Morel
Et d’abord Jean Morel, de Greux, près du village de Domrémy, laboureur, âgé de soixante-dix ans ou environ, premier témoin dans cette enquête, sur le cas de cette Jeannette, communément appelée la Pucelle, produit, juré et reçu dans ledit village de Domrémy, en présence des susdits Pierre et Jean, entendu par nous, Dominique, l’an du Seigneur [1456 n. st.], le mercredi vingt-huitième jour du mois de janvier requis de dire par serment ce qu’il sait de l’affaire pour laquelle il est produit comme témoin, à savoir sur le contenu des interrogatoires soit articles donnés pour l’information à faire dans le cas de Jeannette la Pucelle, après qu’on lui ait remis en mémoire son serment, et exposé comment le témoin portant un faux témoignage fait de mauvaises actions en même temps et en une seule fois : car il méprise son Créateur ; deuxièmement il trompe le juge ; troisièmement il lèse son prochain ; et finalement il édifie pour la géhenne et se rend ainsi infâme à perpétuité.
Sur le premier de ces articles de l’interrogatoire, commençant par D’abord sur le lieu d’origine, etc.
et de même sur les deuxième et troisième articles suivant, interrogé il déclara par serment que la Jeannette dont il s’agit naquit à Domremy 241et fut baptisée dans l’église paroissiale Saint-Remy de ce lieu. Son père s’appelait Jacques d’Arc, et sa mère Ysabelle, laboureurs, demeurant tous deux à Domrémy tant qu’ils vécurent ; c’étaient, comme il l’a vu et su, de bons et fidèles catholiques, de bons laboureurs, de bonne renommée et d’honnête conduite, comme laboureurs, car il a parlé souvent avec eux. Le même témoin dit aussi qu’il fut l’un des parrains de Jeanne ; et ses marraines furent la femme d’Étienne le Royer et Béatrice, veuve de Thiesselin, demeurant audit village de Domrémy, ainsi que Jeannette, veuve de Thiesselin de Vittel, demeurant en la ville de Neufchâteau.
Sur le quatrième des articles commençant par De même si dans sa jeunesse, etc.
interrogé, déclara par serment que la Jeannette dans son premier âge fut, à ce qu’il lui semble, bien et convenablement élevée dans la foi et les bonnes mœurs, et telle qu’à peu près tout le monde l’aimait dans le village de Domrémy ; elle savait en effet, semblable aux autres jeunes filles, ses articles de foi, le Pater noster, l’Ave Maria.
Sur l’article suivant, le cinquième, commençant par De même sur son comportement
, interrogé, déclare que la Jeannette était honnête dans son comportement, comme peut l’être semblable fille, car ses parents n’étaient pas très riches ; dans sa jeunesse et jusqu’à son départ de la maison paternelle, elle allait à la charrue et parfois gardait les animaux dans les champs ; elle faisait les travaux de femme, en filant et accomplissant tout le reste.
Sur l’article suivant, le sixième, commençant par De même si fréquemment
interrogé déclara par serment que ladite Jeannette, comme il la vit, allait souvent à l’église, au point que parfois les autres jeunes se moquaient d’elle ; même elle allait parfois à l’église ou ermitage de Notre-Dame de Bermont, près du village de Domrémy, alors que ses parents la croyaient aux champs, à la charrue ou ailleurs. Déclara aussi que, lorsqu’elle entendait sonner la messe et qu’elle était aux champs, elle venait à l’église du village pour entendre la messe, comme le témoin assura l’avoir vu.
Sur l’article suivant, le septième, commençant par De 242même quelles étaient ses occupations, etc.
interrogé, déclara que ladite Jeannette filait, allait à la charrue et gardait les animaux, comme il a déjà déposé dans le cinquième article.
Sur l’article suivant, le huitième, commençant par De même si à cette époque, etc.
interrogé, déclara qu’il vit ladite Jeannette se confesser au temps pascal et lors des autres fêtes solennelles ; il la vit se confesser à dom Guillaume Fronté, alors curé de l’église paroissiale Saint-Remy de Domrémy.
Sur le neuvième article de l’interrogatoire, commençant par De même qu’en est-il de cette opinion répandue, etc.
, interrogé, déclara par serment qu’à propos de l’arbre appelé des dames
, il entendit dire autrefois que des femmes ou personnes surnaturelles — on les appelait fées — allaient anciennement danser sous cet arbre ; mais, à ce qu’on dit, après une lecture de l’évangile de saint Jean, elles n’y vont plus. Déclara aussi qu’à l’époque actuelle, le dimanche où l’on chante dans la sainte église de Dieu au début de la messe Letare Jerusalem, dans ces régions appelé communément dimanche des Fontaines
, des jeunes filles et jeunes gens de Domrémy vont sous cet arbre, et parfois aussi au printemps et dans l’été aux jours de fête, pour danser ; parfois ils déjeunent à cet endroit ; et en revenant ils vont à la fontaine aux Rains, se promenant et chantant, boivent de l’eau à cette fontaine et tout autour s’amusent à cueillir des fleurs. Déclare aussi que Jeanne la Pucelle y allait parfois avec les autres jeunes filles et faisait comme les autres ; il n’entendit jamais dire que Jeannette fût allée seule, ni pour d’autres raisons, à cet arbre et à cette fontaine — la fontaine est plus près du village que l’arbre —, si ce n’est pour se promener et s’amuser, comme les autres jeunes filles. Et il n’a rien déclaré de plus.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
interrogé, déclara que, quand ladite Jeannette partit de la maison paternelle, elle alla deux ou trois fois à Vaucouleurs pour parler au bailli ; et il entendit 243dire que le seigneur Charles, alors duc de Lorraine, voulut la voir et lui envoya un cheval de poil gris, suivant ses dires. Ne sait rien ajouter à sa déposition sur le contenu de l’article, si ce n’est qu’au mois de juillet, lui, témoin qui parle, alla à Châlons lorsqu’on disait que le roi allait à Reims pour se faire sacrer, et là il vit ladite Jeanne qui lui donna une veste rouge qu’elle avait revêtue.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit, etc.
, requis déclara ne rien savoir sur le contenu de l’article.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne quand, etc.
, requis déclara que, quand Jeanne alla à Neufchâteau à cause des bandes armées, elle fut toujours en la compagnie de ses père et mère ; ils restèrent quatre jours à Neufchâteau et ensuite regagnèrent le village de Domrémy. Et cela le témoin le sait, car il fut avec d’autres dudit village à Neufchâteau et vit alors Jeannette et ses père et mère.
Ne sait rien de plus. Cité il vint ; et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni crainte. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMessire Dominique Jacob
Discrète personne messire Dominique Jacob, curé de l’église paroissiale de Montiers-sur-Saulx, au diocèse de Toul, prêtre, âgé de trente-cinq ans ou environ, deuxième témoin dans cette cause d’inquisition produit, juré et interrogé à Domrémy, l’an susdit, le jeudi vingt-neuvième jour du mois de janvier, requis par son serment […]13.
À savoir sur le premier article de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine
, et sur le suivant, le deuxième, requis déclara par serment que la Jeannette dont il s’agit est née à Domrémy et, à ce qu’il croit, fut baptisée dans l’église Saint-Remy du dit village ; ses parents furent Jacques d’Arc et Isabelle, mariés qui étaient 244bons catholiques et de bonne renommée, comme il l’a toujours entendu dire.
Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De même quels furent, etc.
, requis déclara qu’il ne saurait déposer à ce sujet, car ladite Jeanne était plus vieille que lui.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et sur les articles cinquième et sixième suivant, déclara avoir connu et vu ladite Jeannette, trois ou quatre ans avant son départ de la maison paternelle ; cette Jeannette était de bonnes mœurs et de comportement honnête, elle allait fréquemment à l’église et parfois, lorsqu’on sonnait les complies à l’église du village, se tenait à genoux ; à ce qu’il lui paraissait, elle disait ses prières avec dévotion.
Sur l’article suivant, le septième, commençant par De même quelles étaient ses occupations, etc.
, et aussi sur le huitième article suivant, requis déclara par serment que Jeannette filait parfois, allait à la charrue ou gardait les animaux ; il croit qu’elle se confessait et, à ce qu’il lui paraît, était une fille bonne et sage. Ne sait rien d’autre sur le contenu des articles.
Sur l’article suivant, le neuvième de l’interrogatoire, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment que l’arbre en question est appelé communément l’arbre des dames
; les jeunes filles, les enfants et les jeunes gens du village de Domrémy, tous les ans, le dimanche du Letare Jerusalem, vulgairement appelé des Fontaines
, ou à l’époque du printemps, viennent à cet arbre pour chanter, et emportent avec eux du pain ; en revenant ils vont à la fontaine des Rains, mangent leur pain et boivent de cette eau ; et ils font cela pour se promener, au dire du témoin. Dit aussi qu’il a vu Jeanne venir et aller avec les jeunes filles, et elle faisait comme les autres. Dit aussi que cet arbre est d’un aspect étonnant et admirable ; et c’est la raison pour laquelle, à ce qu’il croit, les jeunes filles et les enfants vont volontiers danser sous lui. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De 245même qu’on, enquête, etc.
, requis déclara ne savoir rien, si ce n’est par ouï-dire.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, interrogé déclara ne savoir rien d’autre que ce qu’il entendit dire autrefois, à savoir que certains frères mineurs furent dans le présent pays pour faire une enquête ; mais ignore s’ils la firent.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si quand, etc.
, interrogé déclara que tous les habitants du village de Domrémy prirent la fuite à cause des bandes armées, et allèrent à Neufchâteau ; et parmi eux cette Jeannette y alla avec son père et sa mère ; elle resta toujours dans leur compagnie, lui semble-t-il, et quitta Neufchâteau avec ses père et mère.
Ne sait rien de plus. Cité, il vint ; et déposa sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LABéatrice veuve d’Estellin
Béatrice veuve d’Estellin, laboureur dudit village de Domrémy, âgée de quatre-vingts ans ou environ, troisième témoin produit dans cette cause d’inquisition, jurée et interrogée à Domrémy, l’an et le jeudi susdits, requise par serment […]14.
À savoir sur le premier article de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requise déclara par serment que ladite Jeannette est née dans ledit village de Domrémy, de Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs, vrais et bons catholiques, honnêtes et solides, selon leurs facultés, mais non pas très riches ; cette Jeannette fut baptisée sur les fonts de l’église Saint-Remy du village, et ses parrains furent Jean Morel de Greux, Jean le Langart et feu Jean Rainguesson ; ses marraines furent Jeannette, veuve de Thiesselin le Clerc, Jeannette, femme de Thévenin le Royer, dudit village, et elle-même, témoin qui dépose.
246Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à elle diligemment exposés, requise déclara par serment que cette Jeannette était bien et suffisamment instruite dans la foi catholique, comme les filles semblables de son âge, et depuis l’enfance ou l’adolescence jusqu’à son départ de la maison paternelle élevée dans les bonnes mœurs, fille chaste, d’un bon comportement, visitant fréquemment et avec dévotion les églises et lieux saints ; ainsi quand le village de Domrémy fut incendié, Jeannette allait tous les jours de fête entendre la messe au village de Greux ; elle se confessait volontiers aux jours convenables, surtout le très saint jour de Pâques ou de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et, à ce qu’il lui paraît ; il n’y avait pas meilleure qu’elle dans les deux villages. Elle s’occupait à divers travaux dans la maison paternelle, car parfois elle filait le chanvre et la laine, allait à la charrue, à la moisson, quand c’était le temps, et parfois gardait les animaux et le troupeau du village, quand c’était le tour de son père. Ne sait rien d’autre pour sa déposition.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requise déclara que l’arbre en question était appelé l’arbre des dames
; et le témoin alla autrefois avec les seigneurs temporels dudit village et leurs femmes sous cet arbre pour se promener, à cause de sa beauté. Déclara aussi que cet arbre se trouve à côté du grand chemin par lequel on va à Neufchâteau ; et autrefois entendit dire qu’anciennement les dames fatales
, en français les fées
, allaient sous cet arbre ; mais à cause des péchés, à ce qu’elle dit, maintenant elles n’y vont plus. Déclara en outre que les jeunes gens et les jeunes filles du village de Domrémy, tous les ans, le dimanche du Letare Jerusalem, qu’on appelle dimanches des Fontaines
, et au printemps, vont à cet arbre, et Jeannette y allait avec eux, et sous l’arbre chantent et font des chœurs, déjeunent ; en revenant vont à la Fontaine aux Rains et boivent de l’eau de cette fontaine. Déclara en outre que, quand le curé à la veille de l’Ascension porte les croix 247par les champs, il va lui aussi sous cet arbre et y chante l’évangile, et va aussi à la fontaine aux Rains et aux autres fontaines pour chanter l’évangile, comme il l’a vu.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requise déclara que cette Jeannette alla à Vaucouleurs quand elle quitta la maison paternelle ; ne saurait rien dire d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, déclara avoir entendu dire qu’il y eut des frères mineurs dans ladite ville qui devaient faire une enquête ; ne sait rien de plus, car on ne lui a rien demandé.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requise déclara que quand Jeanne était à Neufchâteau, tous les habitants de son village s’y étaient réfugiés ; et, comme elle le vit, la Jeannette pendant son séjour là et au retour resta toujours dans la compagnie de ses parents ; et jusqu’à son départ pour la France elle ne fut au service que de son père.
Ne sait rien de plus. Citée elle vint ; et a déposé sans passion ni partialité, sans être sollicitée ni payée. Et il lui fut enjoint, etc.
LAJeannette femme Thévenin
Jeannette, femme de Thévenin le Royer, dudit village de Domrémy, âgée de soixante-dix ans environ, quatrième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et examiné dans ledit village, l’an et le jeudi susdits, requise par serment […]15.
À savoir sur le premier des articles d’interrogatoire présenté en cette cause d’inquisition, article commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requise déclara par serment savoir ce qui suit : cette Jeannette est née à Domrémy et ses parents furent Jacques d’Arc et Isabet, 248mariés, bons catholiques, de bonne réputation, gens probes et selon leur condition honnêtes laboureurs ; cette Jeannette fut baptisée sur les fonts du village, et ses parrains furent Jean Barre de Neufchâteau et Jean Morel de Greux ; ses marraines Jeannette, veuve de Thiesselin, et elle qui parle.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, de même sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à elle présentés, requise déclara que la Jeannette, comme elle la vit, était une fille bonne et simple, craignant Dieu, suffisamment instruite dans la foi, comme ses semblables, d’un comportement bon, simple et doux ; par amour de Dieu elle donnait souvent des aumônes, allait souvent et dévotement à l’église ; se confessait, comme elle le croit, car elle était bonne ; dans la maison de son père elle filait le chanvre, la laine, et parfois allait à la charrue avec son père, et gardait les animaux pour son père, à son tour.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requise déclara que l’arbre en question est appelé l’arbre des dames
; elle entendit dire que les femmes des seigneurs du village de Domrémy allaient autrefois se promener sous cet arbre ; et, lui semble-t-il, dame Catherine de La Roche, femme de Jean de Bourlemont, seigneur dudit village avec ses demoiselles y allait se promener. Déclara aussi que les jeunes filles et les jeunes gens de Domrémy, au printemps et au dimanche des Fontaines
vont sous cet arbre, y chantent, font des danses, apportent du pain et mangent, vont ensuite à la Fontaine aux Rains et boivent de son eau. Déclara que la Jeannette y allait se promener avec les mêmes jeunes filles ; n’a jamais vu ni appris que Jeannette serait allée autrement sous cet arbre. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requise déclara ne rien savoir, si ce n’est avoir entendu dire qu’un de ses oncles conduisit Jeanne à Vaucouleurs.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit, etc.
, requise déclara ne rien savoir.
249Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requise déclara que Jeannette fut toujours à Neufchâteau dans la compagnie de son père, comme elle le vit. N’a pas déposé autrement.
Ne sait rien d’autre. Citée est venue et a déposé sans passion ni haine, sans crainte ni sollicitation. Et il lui fut enjoint, etc.
LAJean Moen
Jean dit Moen, de Domrémy, demeurant au village de Coussey, diocèse de Toul, charron, âgé de cinquante-six ans environ, cinquième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy l’an et le jeudi susdits, requis par serment […]16.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur le second article suivant, requis déclara par serment que cette Jeannette, dite la Pucelle, naquit dans ce village de Domrémy de Jacques d’Arc et Isabet mariés, et fut baptisée sur les fonts de l’église Saint-Remy dudit village. Déclara aussi que ses père et mère étaient bons catholiques, de bonne renommée et de situation honnête comme des laboureurs ; il le sait car lui, témoin qui parle, était leur voisin.
Sur l’article suivant, le troisième commençant par De même quels furent, etc.
, requis déclara qu’il ne saurait déposer, car il ne s’en souvient pas.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles, requis déclara que Jeannette, comme il la vit, depuis sa jeunesse et son enfance jusqu’à son départ de la maison paternelle, fut et avait été une fille bonne et chaste, craignant Dieu ; elle allait volontiers à l’église, travaillait volontiers, filait, faisait les choses utiles pour la maison de son père, gardait parfois les 250animaux. Et il croit que, dès qu’elle eut l’âge de raison, elle se confessait plusieurs fois l’an. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il de cette opinion, etc.
, requis déclara que l’arbre mentionné est près d’un bois, au bord du grand chemin par lequel on va à Neufchâteau ; les jeunes gens et jeunes filles du village, tous les ans, le dimanche appelé communément des Fontaines
, ont coutume d’aller se promener sous cet arbre, et là ils déjeunent joyeusement, vont aux fontaines près de cet arbre pour boire. Ne sait rien d’autre sur le contenu de cet article.
Sur les dixième, onzième et douzième articles suivant, à lui présentés, requis déclara ne rien savoir.
N’en sait pas plus. Cité il vint et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité, sans partialité, crainte ni rancœur. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMessire Étienne de Syonne
Vénérable personne messire Étienne de Syonne, curé de l’église paroissiale de Rouceux près de Neufchâteau et doyen de chrétienté, prêtre audit Neufchâteau, âgé de cinquante-quatre ans environ, sixième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy, l’an et le jeudi susdits, requis par serment […]17.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, aussi sur le second article suivant, requis déclara que cette Jeannette est née à Domrémy, de Jacques d’Arc, son père ; ignore le nom de sa mère ; mais père et mère étaient de vrais catholiques, de bonne réputation, réputés tels comme il l’a entendu et vu, quoiqu’ils fussent pauvres. N’a rien ajouté à la déposition.
Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De même quels furent, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De 251même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième articles à lui présentés, déclara avoir entendu dire maintes fois par messire Guillaume Fronté, de son vivant curé dudit village de Domrémy, que cette Jeannette était une fille bonne et franche, pieuse, de bonnes mœurs, craignant Dieu, si bien qu’elle n’avait pas sa pareille dans le village ; elle se confessait souvent à lui ; elle disait aussi que si elle avait eu de l’argent, elle l’aurait donné à son curé pour célébrer des messes. Déclara en outre que chaque jour elle était présente, lorsqu’il célébrait la messe. Il ne sait rien d’autre sur le contenu des articles si ce n’est par ouï-dire.
Sur les dixième et onzième articles suivant, qui lui furent lus, déclara ne rien savoir. Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara avoir entendu dire par plusieurs que cette Jeannette alla à Neufchâteau dans la maison d’une femme honnête, appelée la Rousse, à cause des bandes armées ; et elle était toujours en compagnie de son père et des autres dudit village, qui s’étaient réfugiés là. Ne sait rien d’autre.
N’en sait pas plus. Cité il est venu ; a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni crainte. Et il lui fut enjoint, etc.
LAJeannette veuve de Thiesselin
Jeannette, veuve de Thiesselin de Vittel, de son vivant clerc à Domrémy et demeurant à Neufchâteau, âgée de soixante ans environ, septième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé à Domrémy, l’an et le jeudi susdits, requise par serment […]18 ; venant au contenu des articles d’interrogatoire donnés dans cette affaire :
À savoir sur le premier des articles de cet interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant 252à elle présentés, requise déclara par serment que Jeannette, dite la Pucelle, naquit audit Domrémy, de Jacques d’Arc et Isabet mariés, probes, catholiques, de bonne réputation, qui se conduisaient comme des laboureurs, honnêtement dans leur pauvreté, car ils n’étaient pas trop riches. Déclara aussi qu’elle fut baptisée sur les fonts de l’église paroissiale Saint-Remi du village, et qu’elle, témoin qui parle, fut la marraine de Jeanne qui prit son nom. Fut aussi sa marraine Jeanne, femme de Thévenin Royer dudit village. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, requise déclara par serment que cette Jeannette, comme elle la vit, était dans son plus jeune âge et tant qu’elle fut à Domrémy, une fille bonne, vivant honnêtement et saintement, comme une fille sage ; elle allait volontiers à l’église, craignait Dieu. Parfois elle allait à l’église Notre-Dame de Bermont avec quelques jeunes filles, pour prier sainte Marie ; et le témoin y alla autrefois avec elle. Déclara aussi qu’elle s’adonnait volontiers à des travaux, en filant, ou faisant des choses nécessaires à la maison ; et souvent, à l’occasion, quand c’était le tour de son père, elle gardait le troupeau. Déclara aussi qu’elle se confessait souvent, car elle la vit plusieurs fois se confesser à messire Guillaume Fronté, alors curé de l’église paroissiale. Déclara en outre que Jeanne ne jurait pas, à l’exception de Sans faute !
, et ne s’adonnait pas à la danse ; mais parfois, quand les autres jeunes filles chantaient et dansaient, elle, elle allait à l’église.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requise déclara par serment que l’arbre en question est appelé l’arbre des dames
, car on raconte qu’anciennement un seigneur appelé seigneur Pierre Gravier, chevalier, seigneur de Bourlemont, allait rencontrer sous cet arbre une certaine dame dénommée Fée
, et qu’ils parlaient ensemble. Et déclara l’avoir entendu lire dans un roman. Déclara aussi que les seigneurs et dames du village de Domrémy, ainsi dame Béatrice, femme du seigneur Pierre 253de Bourlemont, avec ses demoiselles et ledit seigneur Pierre, allaient parfois, à ce qu’on disait, se promener jusqu’à cet arbre. Déclara aussi que les jeunes filles et les jeunes gens dudit village vont chaque année, le dimanche de Letare appelé des Fontaines
, s’y promener, et là déjeunent et dansent, et vont boire à la Fontaine aux Rains ; mais ne se rappelle pas si ladite Jeanne la Pucelle alla jamais sous cet arbre ; elle n’a jamais entendu dire que cette Jeannette fut jamais diffamée à propos de cet arbre. N’a rien d’autre à déposer.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, et aussi sur le onzième article suivant, déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, déclara ne rien savoir, si ce n’est par ouï-dire.
N’en sait pas plus. Citée est venue ; et a déposé sans passion ni crainte, sans être payée, sans partialité. Et il lui fut enjoint.
LALouis de Martigny
Noble homme Louis de Martigny, écuyer, âgé de cinquante-six ans environ, huitième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy, l’an et le jeudi susdits, requis par serment […]19.
Et d’abord sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur le deuxième, requis déclara par serment que Jeanne la Pucelle est née à Domrémy et son père fut Jacques d’Arc. Elle avait une mère dont il ne saurait dire le nom. Déclara que les père et mère étaient bons catholiques, comme il le constata, et il n’entendit jamais dire le contraire. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De 254même quels furent, etc.
, déclara par serment n’en rien savoir.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles, à lui présentés et lus, requis déclara ne rien savoir, si ce n’est par ouï-dire ; il entendit en effet dire qu’elle était honnête et se confessait volontiers.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara avoir entendu dire que, quand elle voulut aller en France, elle alla voir le seigneur bailli de Chaumont et ensuite le seigneur duc de Lorraine ; et le seigneur duc lui donna un cheval et de l’argent ; et ensuite les nommés Bertrand de Poulengy, Jean de Metz, Jean de Dieuleward et Colet de Vienne la conduisirent vers le roi. Ne sait rien d’autre.
Sur les onzième et douzième articles suivant, qui lui furent exposés avec soin, déclara ne rien savoir du tout.
N’en sait pas plus. Cité est venu et a déposé sans passion ni crainte, sans être payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAThévenin le Royer
Thévenin le Royer de Chermisey, demeurant audit Domrémy, âgé de soixante-dix ans environ, neuvième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé à Domrémy les ans et jeudi susdits, requis par serment […]20.
Et d’abord sur le premier article de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, déclara que Jeannette la Pucelle est née audit Domrémy et fut baptisée sur les fonts de l’église paroissiale Saint-Remy dudit lieu ; ses parents furent Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui vivaient honnêtement en tant que laboureurs ; et Jeanne, la femme du témoin qui dépose, était la marraine 255de ladite Pucelle, et l’avait tenue sur les fonts avant qu’il l’épousât. Ne sait rien d’autre sur le contenu desdits articles.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième, requis déclara que ladite Jeanne la Pucelle était une fille bonne, aimait aller à l’église, servait Dieu, se confessait volontiers, le jour de Pâques, s’occupait à filer, à faire les tâches domestiques, et parfois gardait le troupeau, quand c’était le tour de son père. Il jugeait que cette Jeannette était bonne, telle qu’il l’a vue, et il n’a jamais entendu dire d’elle le contraire.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, déclara avoir entendu dire qu’anciennement les seigneurs et les dames du village de Domrémy, comme le seigneur Pierre de Bourlemont, son épouse, et d’autres serviteurs et demoiselles allaient se promener sous cet arbre ; encore actuellement les jeunes filles et jeunes gens du village, au dimanche des Fontaines
et à l’époque du printemps, vont sous cet arbre, emportant de petits pains, et là se promènent et mangent, dansent et font des rondes, et Jeanne allait avec eux ; il n’a jamais entendu dire que Jeanne allait seule à cet arbre, ou pour une autre raison, sans lesdites jeunes filles. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, et en outre sur les onzième et douzième articles suivant, requis déclara ne rien savoir.
Ne sait rien de plus. Cité il vint, et a déposé sans passion ni haine, sans crainte ni partialité, sans être payé. Et il lui fut enjoint, etc.
LAJaquier de Saint-Amant
Jaquier de Saint-Amant, laboureur, demeurant audit village de Domrémy, âgé de soixante ans environ, dixième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy, l’an et le jeudi susdits, requis par serment […]21.
256À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième suivant, requis déclara par serment que ladite Jeanne la Pucelle est née à Domrémy de Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui étaient des catholiques sincères et laboureurs de bonne renommée, comme il le vit. Il a entendu dire que Jeanne fut baptisée sur les fonts de Saint-Remy dudit village, et son parrain fut Jean Morel de Greux, sa marraine Jeannette de Roze. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles, requis déclara que Jeannette était une fille bonne, craignant Dieu, allant volontiers à l’église ; elle s’occupait tous les jours aux travaux de la maison, et il la vit plusieurs fois le soir, dans la maison de lui qui parle, où elle filait avec une de ses filles, sans jamais remarquer chez elle le moindre mal ; elle gardait les animaux lorsque c’était le moment ; elle se confessait volontiers au jour de Pâques. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara que les seigneurs féodaux et les dames dudit village allaient communément se promener sous cet arbre, et qu’encore actuellement jeunes filles et jeunes gens du village vont sous cet arbre au printemps et en été, et au jour des Fontaines
en emportant des pains pour les manger là et se promener. Déclara aussi que cette Jeanne la Pucelle allait dans sa jeunesse à cet arbre avec des jeunes filles se promener aux jours indiqués. N’a rien d’autre à ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, et aussi sur le onzième article suivant, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara qu’il vit alors ladite Jeannette à Neufchâteau, à cause des bandes armées ; elle 257menait aux champs les animaux de ses parents, qui étaient dans cette ville.
Ne sait rien d’autre. N’en sait pas plus. Cité il vint ; sans passion ni haine, sans être payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LABertrand Lacloppe
Bertrand Lacloppe, dudit village, couvreur de toit, âgé de quatre-vingt-dix ans environ, onzième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy les an et jeudi susdits, requis par serment […]22.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara par serment que Jeannette la Pucelle était la fille de Jacques d’Arc, laboureur, et d’Isabelle, mariés, dudit village de Domrémy, gens honnêtes et catholiques ; à ce qu’il croit elle fut baptisée sur les fonts de Saint-Remy dudit village. Déclara que Béatrice, veuve d’Estellin, et Jeanne, femme de Thévenin le Charpentier, étaient ses marraines, à ce qu’on dit généralement. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles à lui exposés, requis déclara par serment que ladite Jeanne la Pucelle était bien élevée, franche, douce, aimait aller à l’église, et spécialement à celle du village, comme il le vit ; elle exécutait les travaux domestiques et filait, comme font les autres jeunes filles, allait parfois à la charrue avec son père, et parfois gardait le troupeau, quand c’était le tour de son père, et, selon les dires, se confessait volontiers. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara que l’arbre qu’on appelle arbre des dames
est un hêtre, et il est très courbé cet arbre des dames
; anciennement on disait — en français — 258que les fées
y allaient ; cependant il n’a jamais vu, ni entendu dire à l’époque que lesdites fées
fussent allées sous cet arbre. Déclara aussi que parfois jeunes filles et jeunes gens du village, au printemps et le dimanche des Fontaines
, allaient à cet arbre, avec Jeanne parmi eux, et à la fontaine proche, pour se promener et faire des rondes ; ils avaient aussi l’habitude d’y manger. Déclara en outre que jamais il n’entendit dire que Jeanne était allée seule à cet arbre, sans lesdites jeunes filles. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara qu’un homme de Burey-le-Petit vint au village de Domrémy pour chercher cette Jeannette la Pucelle, et il la conduisit à Vaucouleurs pour parler au bailli ; il a entendu dire que ce bailli l’envoya au roi. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis par serment déclara ne rien savoir du contenu.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara qu’à cause des bandes armées se dirigeant alors vers le village, à ce qu’on disait, tous les habitants dudit village partirent pour Neufchâteau ; et Jeanne la Pucelle y alla en la compagnie de ses père et mère, et y séjourna avec eux pendant quatre jours environ.
Ne sait rien d’autre. N’en sait pas plus. Cité il vint et déposa sans passion ni haine, sans être sollicité, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAPerrin Drappier
Perrin Drappier, dudit Domrémy, âgé de soixante ans environ, douzième témoin produit en cette cause d’inquisition, juré et interrogé à Domrémy les an et jeudi susdits, requis par son serment […]23.
À savoir sur le premier desdits articles de l’interrogatoire, 259commençant par Premièrement sur le lieu d’origine, etc.
, et sur les deuxième et troisième articles suivant, à lui exposés avec soin, requis déclara par serment que Jeanne la Pucelle naquit à Domrémy de Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs honnêtes et bons catholiques, de bonne renommée, comme il le vit ; Jeanne fut baptisée dans la paroisse du village à l’église Saint-Remy ; elle eut à ce qu’on dit parrains et marraines, qu’il ne connaît pas, sauf qu’encore actuellement au village il y a deux femmes passant pour les marraines de ladite Pucelle, à savoir Jeannette, femme de Thevenin Royer, dudit village, et Jeannette, veuve de Thiesselin de Vittel, demeurant à Neufchâteau. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui exposés avec soin, requis déclara par serment que cette Jeannette la Pucelle, dans sa jeunesse et quand elle eut l’âge de raison jusqu’à son départ de la maison paternelle, fut et était constamment une fille bonne, chaste, franche, modeste, ne jurant ni par Dieu ni par ses saints, craignant Dieu ; elle allait fréquemment à l’église, se confessait souvent. Le témoin parle en connaissance de cause, car il était alors marguillier de l’église de Domrémy et il voyait souvent ladite Jeanne venir à l’église, pour les messes et les complies ; et quand le témoin ne sonnait pas les complies, elle le lui reprochait et le blâmait, disant que ce n’était pas bien ; et Jeanne avait promis au témoin de lui donner des galettes afin qu’il fût diligent à sonner les complies. Déclara aussi le témoin que Jeanne allait souvent, avec sa propre sœur et d’autres personnes, à l’église et ermitage de Bermont, fondé en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, qu’elle faisait beaucoup d’aumônes ; qu’elle travaillait volontiers, filant et faisant les autres travaux nécessaires ; parfois elle allait à la charrue, et gardait le troupeau à son tour. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara que l’arbre en question est appelé l’arbre des dames
; et il vit une dame du 260village, qui était la femme du seigneur Pierre de Bourlemont, et la mère de ce seigneur aller parfois vers cet arbre pour se promener ; avec eux ils emmenaient leurs demoiselles et quelques jeunes filles du village, et ils portaient du pain et du vin avec des œufs. Déclara qu’au printemps et le dimanche du Letare Jerusalem appelé dimanche des Fontaines
, les jeunes filles et les jeunes gens du village ont coutume d’aller à cet arbre et aux fontaines ; ils emportent de petits pains et mangent sous cet arbre, et se promènent en faisant des rondes et en chantant. Déclara aussi que Jeanne dans sa jeunesse alla parfois avec les jeunes filles du village pour se promener et faire des rondes vers cet arbre et à la fontaine des Rains. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara par serment que quand Jeanne voulut partir de la maison paternelle, elle alla avec un Durand Laxart, son oncle, à Vaucouleurs pour parler à Robert de Baudricourt, alors capitaine de ce Vaucouleurs. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si quand, etc.
, requis déclara que, quand les gens du village à cause des bandes armées, s’enfuirent à Neufchâteau, Jeanne la Pucelle et ses parents y allèrent et y conduisirent leurs animaux ; après trois ou quatre jours elle revint avec son père audit village de Domrémy.
Ne sait rien d’autre. N’en sait pas plus. Cité il vint, et sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAGérard Guillemette
Gérard Guillemette de Greux, laboureur, âgé de quarante ans environ, treizième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy devant nous, en présence desdits témoins, l’an susdit et le vendredi avant-dernier jour du mois de janvier, requis par son serment […]24.
261Donc venant aux articles de l’interrogatoire présentés en cette cause, à savoir sur le premier des articles commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, à lui exposés, requis déclara par serment que Jeanne la Pucelle fut engendrée par Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs dudit village, vrais catholiques, de bonne renommée, de bonne réputation, exempts de reproches, comme tout bon laboureur ; à ce qu’il croit elle fut baptisée dans cette paroisse de Domrémy, et à ce qu’on dit, elle eut de bons parrains et marraines. Il connaît Jean Morel, son parrain, et Jeannette Roze et Jeannette veuve de Thiesselin, ses marraines, à ce qu’il affirme. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième de l’interrogatoire, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, requis déclara avoir vu ladite Jeannette et l’avoir bien connue depuis le temps qu’il l’a rencontrée ; c’était une fille bonne, honnête et franche, qui s’entretenait avec les honnêtes filles et femmes du village, allait volontiers et souvent à l’église, se confessait volontiers et dévotement comme il le vit, et, croit-il, une meilleure n’existait pas dans le village. Elle aimait travailler, filant, accomplissant les tâches domestiques et se rendant utile à ses père et mère ; parfois elle allait à la charrue, suivant la volonté paternelle. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara avoir souvent entendu appeler cet arbre l’arbre des fées
; et anciennement les dames des seigneurs de Domrémy avaient coutume d’aller avec leurs demoiselles et leurs servantes sous cet arbre pour se promener. Déclara que parfois les jeunes filles et les jeunes gens du village de Domrémy, au dimanche du Letare Jerusalem appelé des Fontaines
vont pour faire leurs fontaines
et se promener sous cet arbre ; ils apportent du pain et mangent là ; ensuite ils reviennent à la fontaine des Rains et boivent de son eau. Déclara en outre qu’il vit une fois 262cette Jeannette au dimanche susdit avec les jeunes filles, mais ne la revit plus ensuite. Déclara que les jeunes filles et jeunes gens de Greux vont faire leurs fontaines
à l’église Notre-Dame de Bermont. N’a rien à ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara que, lorsque cette Jeannette partit du domicile paternel, il la vit passer devant cette maison avec un oncle, nommé Durand Laxart ; et alors Jeannette dit à son père : Adieu ! Je vais à Vaucouleurs.
Et ensuite il entendit dire qu’elle allait en France. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si quand, etc.
, requis déclara par serment que lui, témoin qui parle, fut à Neufchâteau avec ladite Jeanne, ses père et mère, et il la vit toujours avec ses père et mère, sauf que pendant trois ou quatre jours cette Jeannette, en présence de ses père et mère, aidait l’hôtesse du lieu où ils étaient logés, une certaine la Rousse, honnête femme de la ville ; mais sait bien qu’ils ne restèrent à Neufchâteau que quatre ou cinq jours, jusqu’au départ des bandes armées ; alors Jeanne revint avec son père et sa mère audit village de Domrémy.
N’en sait pas plus. Cité il vint, et a déposé sans passion ni sollicitation, sans être payé, sans haine ni crainte ni partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAHauviette, femme de Gérard
Hauviette, femme de Gérard de Syonne, laboureur demeurant audit Domrémy, âgée de quarante-cinq ans environ, quatorzième témoin dans cette cause d’inquisition, produit et juré l’an et le jeudi vingt-neuvième jour de janvier susdits, interrogée le vendredi avant-dernier jour du mois de cette année, requise par son serment […]25.
263À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requise déclara avoir connu dès sa jeunesse Jeanne dite la Pucelle, qui est née à Domrémy de Jacques d’Arc et Isabet mariés, honnêtes laboureurs et bons catholiques, de bonne renommée ; et le sait, car souvent elle s’est trouvée et a dormi amicalement dans la maison de son père. Ne se souvient cependant pas des parrains et marraines, sinon par ouï-dire, car Jeanne était, à ce qu’elle disait, plus âgée qu’elle de trois ou quatre ans. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à elle exposés, requise déclara par serment que cette Jeanne était bonne fille, franche et douce ; elle allait volontiers et souvent à l’église et à des lieux saints ; et souvent elle avait de l’embarras parce que les gens lui disaient qu’elle allait trop dévotement à l’église ; elle a en effet entendu dire par le curé de l’époque qu’elle se confessait à plusieurs reprises. Jeanne travaillait comme les autres jeunes filles ; elle accomplissait les travaux domestiques, filait, et parfois gardait, comme la vit le témoin, les animaux de son père. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requise déclara que l’arbre est appelé l’arbre des dames
depuis l’ancien temps, et on disait qu’anciennement les dames appelées fées
allaient à cet arbre ; cependant elle n’a jamais entendu dire que quelqu’un les ait vues. Déclara aussi que jeunes filles et jeunes gens du village avaient l’habitude d’aller à cet arbre et à la fontaine des Rains le dimanche du Letare Jerusalem, dit des Fontaines
, et emportaient du pain ; et le témoin y alla avec Jeanne la Pucelle, qui était son amie, et avec d’autres jeunes filles, audit dimanche des Fontaines ; et là on mangeait, on se promenait, on jouait. Déclara aussi avoir vu porter des noix autour de cet arbre et aux fontaines. Ne saurait ajouter autre chose à sa déposition.
264Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requise déclara qu’elle ne sut rien du départ de Jeanne ; mais elle qui témoigne à cause de cela pleura beaucoup, car elle aimait Jeanne qui était si bonne, et qui était sa compagne. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requise déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requise déclara par serment que ladite Jeanne resta toujours à Neufchâteau avec ses père et mère, car le témoin était alors aussi à Neufchâteau et la vit toujours.
Ne sait rien de plus. Citée elle vint et a déposé sans passion ni partialité, sans crainte, sans être payée ni sollicitée. Et il lui fut enjoint, etc.
LAJean Waterin
Jean Waterin de Domrémy, demeurant au village de Greux près dudit Domrémy, laboureur, âgé de quarante-cinq ans environ, quinzième témoin produit dans cette cause, juré et interrogé audit Domrémy, l’an et le vendredi avant-dernier jour de janvier susdits, requis par son serment […]26.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara que Jeanne la Pucelle naquit à Domrémy, dans la paroisse de ce lieu ; ses parents furent Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui étaient bons catholiques et de bonne réputation, en tant que laboureurs, comme il le vit. Il connaît aussi Jean Morel, le parrain, Jeannette Roze et Jeanne de Vittel, les marraines de cette Jeannette. N’a rien d’autre à ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui exposés avec soin, requis déclara avoir vu plusieurs fois 265Jeannette la Pucelle ; dans sa jeunesse il alla avec elle à la charrue du père de cette Jeanne, ou avec d’autres jeunes filles et elle dans les pâtures et les prés ; et souvent, pendant que les autres jouaient ensemble, Jeanne se tirait à part et parlait à Dieu, comme il lui semblait ; et lui avec les autres se moquait d’elle. Elle était bonne et franche, fréquentait les églises et les lieux saints ; parfois aussi quand elle était dans les champs et entendait la cloche sonner, elle se mettait à genoux ; elle travaillait volontiers, filait, accomplissait ce qui était nécessaire et utile à la maison, allait à la charrue avec son père et parfois gardait le troupeau, à son tour ; elle se confessait volontiers, aux dires du prêtre du village ; elle portait souvent des cierges et allait au pèlerinage de Notre-Dame de Bermont. Ne saurait ajouter autre chose à sa déposition.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment que l’arbre en question est communément appelé l’arbre des dames
; il entendit dire qu’anciennement des femmes, appelées ordinairement fées
, allaient sous cet arbre ; cependant n’entendit jamais dire que quelqu’un les ait vues sous cet arbre. Déclara en outre que les jeunes filles et les jeunes gens du village de Domrémy, chaque année au temps de l’été et au dimanche appelé des Fontaines
, ont coutume d’aller sous cet arbre, apportent de petits pains, et là mangent, dansent sous l’arbre ; en revenant ils vont à la fontaine des Rains, parfois à d’autres fontaines, et boivent. Déclara que Jeanne autrefois et au même dimanche, comme il le vit, se rendit à cet arbre avec d’autres jeunes filles, pour jouer et se promener comme elles. N’eut rien à ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara l’avoir vu partir du village de Greux, et elle disait aux gens : Adieu !
L’entendit en effet plusieurs fois dire qu’elle relèverait la France et le sang royal. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
266Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara que cette Jeannette, pendant son séjour à Neufchâteau, fut toujours dans la compagnie de ses père et mère ; le témoin parla en connaissance de cause, car lui-même fut alors à Neufchâteau avec les autres du village.
Ne sait rien de plus. Cité il vint, déposa sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAGérardin d’Épinal
Gérardin d’Épinal, laboureur, demeurant audit Domrémy, âgé de soixante ans environ, seizième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy l’an et le vendredi mentionné plus haut, requis par son serment […]27.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara par serment que cette Jeannette naquit audit Domrémy et fut baptisée dans la paroisse de Saint-Remi du lieu ; ses parents furent Jacques d’Arc et Isabet, mariés ; ceux-ci, comme il le vit, étaient de bons catholiques et bonnes gens sans mauvaise renommée, de bonne réputation. Déclara aussi avoir entendu dire que Jean Morel, de Greux, fut son parrain, et Jeannette de Roze sa marraine. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui pleinement exposés, requis déclara par serment avoir séjourné dans ledit village depuis l’âge de dix-huit ans ; il vit et il sut que Jeanne était honnête, franche et dévote. Elle allait volontiers à l’église et aux lieux saints, travaillait, filait, sarclait, et faisait tous les travaux domestiques nécessaires, comme les filles. Croit qu’elle se confessait volontiers, car 267elle était très dévote. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment que l’arbre en question est appelé l’arbre des dames
. Il vit les seigneurs féodaux de Domrémy et leurs femmes au printemps, une ou deux fois, qui portaient du vin et du pain et allaient manger sous l’arbre, car celui-ci est beau comme les lys, épanoui, et ses feuilles et branches viennent jusqu’à terre. Les filles et les jeunes gens du village de Domrémy ont l’habitude, au dimanche des Fontaines
, d’aller à cet arbre ; les mères leur font des pains et ils vont sous cet arbre faire leurs fontaines
; ils y chantent, font des rondes, et ensuite reviennent à la fontaine des Rains, mangent le pain et y boivent de l’eau, comme il le vit. Déclara que ladite Jeanne y allait avec les autres jeunes filles et faisait comme elles. N’a rien d’autre à ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara ne rien savoir, si ce n’est que, au moment de son départ, elle lui dit : Compère, si vous n’étiez bourguignon, je vous dirais bien quelque chose.
Le témoin croyait alors qu’il s’agissait de quelque ami qu’elle voulait épouser. Il la vit aussi à Châlons, avec quatre autres dudit village, et elle disait n’avoir pas peur, si ce n’est d’une trahison. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième de l’interrogatoire, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara que cette Jeanne à l’époque en question séjourna un peu de temps à Neufchâteau et, à ce qu’il lui semble, avec son frère Jean d’Arc, depuis prévôt de Vaucouleurs ; elle gardait les animaux de son père, et elle partit de la demeure paternelle, car il lui était pénible, à ce qu’elle disait, de demeurer là.
Ne sait rien d’autre. N’en sait pas plus. Cité il vint, et déposa sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
268LASimonin Musnier
Simonin Musnier, laboureur dudit village de Domrémy, âgé d’environ quarante-quatre ans, dix-septième témoin produit dans cette cause d’inquisition et juré l’an et le jeudi susdits, interrogé audit Domrémy la même année le vendredi avant-dernier jour du mois de janvier, requis par serment […]28.
Et premièrement sur le premier article de l’interrogatoire commençant par D’abord au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara par serment que Jeannette la Pucelle, à ce qu’il croit, naquit et fut baptisée sur les fonts de l’église Saint-Remi dudit lieu. Il connut en effet Jacques d’Arc et Isabet, mariés, ses parents, qu’il jugeait et juge bons catholiques et de bonne réputation. Ne sait rien d’autre sur le contenu desdits articles.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, requis déclara par serment qu’il fut élevé avec Jeanne appelée la Pucelle et habitait à côté de la maison de son père. Sait aussi qu’elle était bonne, franche, dévote, craignant Dieu et ses saints ; allait volontiers et souvent à l’église et aux lieux saints, prenait soin des malades, donnait des aumônes aux pauvres, comme il le vit, car dans son enfance lui-même fut malade et Jeanne le réconfortait. Déclara aussi que quand on sonnait les cloches, elle se signait et se mettait à genoux. Elle n’était pas paresseuse, travaillait volontiers, filait, allait à la charrue avec son père, hersait la terre avec la herse et faisait les autres travaux domestiques nécessaires ; elle se confessait volontiers, disait-on ; elle portait des cierges volontiers à l’église devant Notre Dame, comme il le vit. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment que l’arbre en question est communément appelé l’arbre des 269dames
, comme il l’a toujours entendu dire ; déclara qu’anciennement celles appelées dans le langage courant fées
allaient sous cet arbre, comme il l’entendit dire, bien qu’il n’eût lui-même jamais vu quelque signe de quelque esprit malin. Déclara que jeunes filles et jeunes gens vont, au printemps et le dimanche dit des fontaines
, sous cet arbre pour faire leurs fontaines
; ils mangent là leur pain, font des rondes, en revenant passent à la fontaine des Rains et boivent de son eau ; lui-même, avec Jeanne et d’autres, dans son jeune âge, alla vers cet arbre au dimanche des Fontaines, pour jouer et se promener, comme les autres filles et garçons du village. N’a pas déposé sur autre chose.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara ne rien savoir, sinon par ouï-dire.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara ne rien savoir sur son contenu.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara qu’à l’époque en question il se trouva à Neufchâteau avec des habitants dudit village, parmi lesquels était Jeanne la Pucelle, avec son père et sa mère ; elle y resta peu de temps ; et quand les gens de guerre furent partis, elle quitta Neufchâteau, toujours accompagnant ses parents. N’a rien d’autre à ajouter à sa déposition.
N’en sait pas plus. Cité il vint, et déposa sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni crainte. Et il lui fut enjoint, etc.
LAIsabelle femme de Gérardin
Isabelle femme de Gérardin d’Épinal, laboureur, demeurant à Domrémy, âgée d’environ cinquante ans et plus, dix-huitième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy l’an et le vendredi avant-dernier jour du mois de janvier susdits, requise par serment […]29.
270À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement sur le lieu d’origine, etc.
, et sur les deuxième et troisième articles suivant, à elle soigneusement lus, requise déclara que Jeannette la Pucelle naquit à Domrémy dans la paroisse de ce lieu, de Jacques d’Arc et Isabet, mariés, bons laboureurs, vrais catholiques et de bonne réputation. Déclara que Jean Morel, de Greux, était son parrain, et Jeannette Roze et Jeannette de Vittel ses marraines, à ce qu’on disait communément. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à elle présentés, requise déclara par serment que depuis sa jeunesse elle a connu les père et mère de ladite Jeannette et cette Jeannette elle-même, quand elle était jeune et tant qu’elle a vécu avec ses parents ; elle était élevée dans la foi catholique et les bonnes mœurs, franche, bonne, pudique, dévote et craignant Dieu, à ce qu’il paraissait ; elle allait en effet volontiers et souvent à l’église Notre-Dame de Bermont, donnait fréquemment des aumônes, faisait héberger les pauvres, et voulait passer la nuit dans la cuisine pour que ces pauvres pussent coucher dans son lit ; on ne la voyait pas par les chemins, mais elle se tenait dans l’église en prière ; elle ne dansait pas, aussi les jeunes et les autres s’en plaignaient ; elle travaillait de bon gré, filant, cultivant la terre avec son père, faisant les travaux domestiques et parfois gardant les animaux ; elle se confessait volontiers et souvent, comme elle le vit, car cette Jeannette la Pucelle était la marraine et avait tenu sur les fonts un de ses fils, Nicolas ; et souvent elle allait avec elle et la voyait aller se confesser, dans l’église, à messire Guillaume, le curé du temps. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requise déclara par serment avoir toujours entendu appeler cet arbre Aux loges des Dames
; du temps que le château dudit village était en bon état, les seigneurs et leurs femmes allaient se délasser sous cet arbre, 271le dimanche du Letare Jerusalem, appelé des Fontaines
, et parfois en été ils y conduisaient leurs filles et leurs garçons ; elle le sait, car elle accompagna autrefois le sire Pierre de Bourlemont, seigneur du village et son épouse, qui était de France, et plusieurs fois aussi les jeunes filles du village, tant au printemps qu’en ce dimanche des Fontaines
. Déclara encore que les jeunes filles et les jeunes gens de ce village ont coutume d’aller à cet arbre, au dimanche des Fontaines
pour se reposer et se promener ; ils emportent des pains pour manger ; et Jeanne allait avec eux, en ce dimanche, pour se promener et jouer, en emportant son pain. Ensuite ils venaient boire à la fontaine des Rains, et suivant la coutume, car c’était la coutume et elle existe encore, ils apportaient de petits pains et s’y promenaient joyeusement. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requise par serment déclara avoir entendu ceci de Durand Laxart, qui la conduisit au sire Robert de Baudricourt : elle lui demanda de dire à son père qu’elle allait aider la femme de ce Durant qui était en couches, afin qu’il pût la conduire audit sire Robert. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requise déclara ne savoir absolument rien.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requise déclara que cette Jeanne séjourna à Neufchâteau avec son père, sa mère, ses frères et sœurs, qui avaient conduit les animaux dans cette ville à cause des bandes armées ; mais elle ne resta pas longtemps à Neufchâteau ; elle retourna au village de Domrémy, avec son père, comme le témoin l’a vu, car elle ne voulait pas rester audit lieu et préférait être à Domrémy. Ne sait rien d’autre.
Ne sait rien de plus. Citée elle est venue, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicitée, sans crainte, sans rancœur ni partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
272LAMengette femme de Jean Joyart
Mengette, femme de Jean Joyart, laboureur audit village de Domrémy, âgée d’environ quarante-six ans, dix-neuvième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé à Domrémy l’an et le vendredi susdits, requise par serment […]30.
À savoir sur le premier de ces articles commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, à elle soigneusement exposés, requise déclara que cette Jeanne appelée la Pucelle est native de Domrémy, de la paroisse Saint-Remi dudit village ; ses parents furent Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui étaient bons chrétiens et vrais catholiques, de bon renom, comme elle les estimait et les a entendu estimer ; Jeanne avait parrains et marraines, et, à ce qu’on disait, Jean Morel de Greux était son parrain, Jeannette, femme de Thévenin de Domrémy et Édette, veuve de Jean Barre, demeurant à Frebécourt étaient ses marraines. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à elle exposés avec soin et complètement, requise déclara par serment que la maison de son père était presque contiguë à la maison du père de Jeannette, et elle connaissait bien cette Jeannette la Pucelle, car souvent elle filait en sa compagnie et faisait les autres travaux ménagers de jour et de nuit avec elle ; c’était une fille instruite dans la foi chrétienne, de bonnes mœurs comme il lui semblait ; elle allait volontiers et souvent à l’église, faisait l’aumône sur les biens de son père, allait à la moisson et quand c’était le moment et le tour de sa famille gardait parfois le troupeau en filant. Elle se confessait volontiers, et elle la vit plusieurs fois à genoux devant le curé du village. Ne sait rien d’autre.
273Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requise déclara que quand ladite Jeannette voulut aller à Vaucouleurs, elle fit venir Durand Laxart, pour faire savoir à ses père et mère qu’elle allait chez ce Durand Laxart, demeurant à Burey-le-Petit afin de rendre service à sa femme ; et en partant elle dit à elle qui témoigne : Adieu !
la recommandant à Dieu, puis alla à Vaucouleurs. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requise déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requise déclara qu’à l’époque en question tous les gens dudit village partirent et s’enfuirent à Neufchâteau, en conduisant leurs animaux audit lieu ; Jeanne y fut avec ses père et mère, y séjourna en leur compagnie, toujours, et en revint de même, comme elle a pu le voir.
Ne sait rien de plus. Citée elle a déposé sans passion ni haine, sans être sollicitée ni payée, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMessire Jean Colin
Discrète personne, messire Jean Colin, curé de l’église paroissiale de Domrémy et chanoine de l’église collégiale Saint-Nicolas de Brixey au diocèse de Toul, prêtre, âgé d’environ soixante-six ans, vingtième témoin en cette cause d’inquisition, produit à Domrémy l’an et le vendredi avant-dernier jour du mois de janvier susdits, juré et interrogé, requis par serment […]31.
À savoir sur le premier des articles, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui exposés, requis déclara par serment que cette Jeanne étant à Vaucouleurs vint à lui qui parle, deux ou trois fois, pour se confesser ; le témoin entendit deux ou trois fois sa confession ; et à ce 274qui lui paraît, c’était en conscience une bonne fille, et elle avait les signes d’une bonne, catholique et parfaite chrétienne aimant aller à l’église. Ne sait rien d’autre sur le contenu desdits articles.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara ne rien savoir, si ce n’est pas ouï-dire, et ne pouvoir faire une déposition personnelle.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara qu’il vit Jeanne à Vaucouleurs, quand elle voulut aller en France, et la vit monter sur un cheval quand elle se mit en route ; il y avait avec elle Bertrand de Poulengy, Jean de Metz, Colet de Vienne, écuyers et sergents de Robert de Baudricourt. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, et aussi sur l’article suivant, le douzième, déclara ne rien savoir au sujet de leur contenu.
N’en sait pas plus. Cité il est venu et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni crainte, ni autrement. Et il lui fut enjoint, etc.
LAColin fils de Colin
Colin, fils de Jean Colin de Greux, laboureur, âgé de cinquante ans environ, vingt et unième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Domrémy, l’an et le vendredi avant-dernier jour du mois de janvier susdits, requis par serment […]32.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième articles, à lui exposés entièrement et avec soin, déclara par serment que Jeanne dénommée la Pucelle est née à Domrémy de Jacques d’Arc et Isabet, mariés ; c’étaient de bons catholiques et de bon renom, braves 275laboureurs sans reproche, qui ont toujours été tenus pour tels et que le témoin tient pour tels ; il a en effet entendu dire que Jean Morel, de Greux, était parrain de ladite Jeannette, et Jeannette Roze sa marraine. Déclara en outre que cette Jeannette, comme il la vit, était bonne, franche, douce fille, d’un bon naturel ; elle aimait aller à l’église, à ce qu’il vit, car, presque chaque samedi après-midi, elle allait avec sa propre sœur et d’autres femmes à l’ermitage ou église de Notre-Dame de Bermont, y portait des cierges ; elle priait beaucoup Dieu et la Sainte Vierge, au point que parfois, à cause de sa dévotion, le témoin qui alors était jeune et les autres jeunes gens se moquaient d’elle. Elle aimait travailler, s’occupait de la nourriture des bêtes, avait soin des animaux de son père, filait et faisait les travaux domestiques ; elle allait à la charrue, à la herse et gardait le troupeau à son tour. Il entendit dire par messire Guillaume Fronté, autrefois curé de l’église paroissiale, que Jeanne était bonne catholique, que meilleure qu’elle il n’en avait jamais vue et il n’y en avait pas dans sa paroisse. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara que l’arbre en question est appelé Aux loges des dames
; il entendit dire que les seigneurs féodaux de Domrémy et leurs femmes avaient coutume d’aller sous cet arbre pour se délasser et se promener. Déclara aussi que les jeunes filles et les jeunes gens dudit village ont l’habitude, au dimanche de Letare dit des Fontaines
, d’aller sous cet arbre, et aussi au printemps et en mai ; et parfois ils font un homme de mai
et apportent de petits pains, chacun ayant le sien, audit jour des Fontaines
; là ils mangent, dansent, chantent, et au retour vont parfois pour boire à la fontaine des Rains et y boivent ; et ils font cela à cause des loisirs en usage audit dimanche des Fontaines
. Déclara n’avoir jamais vu Jeanne y aller ; mais il entendit dire qu’elle fut avec d’autres sous cet arbre, pour se promener et manger, comme le font les jeunes filles. N’a rien à ajouter à sa déposition.
276Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, déclara avoir entendu dire par Durand Laxart qu’elle le pressait de la conduire à Vaucouleurs, car elle voulait aller en France ; elle lui demandait aussi de dire à son père qu’elle se rendait à la maison dudit Durand, pour aider sa femme en couches ; et ainsi fit ledit Durand. Alors, avec le consentement de son père, elle se rendit à la maison de Durand, qui la conduisit à Vaucouleurs pour parler à Robert de Baudricourt. Ne sait rien d’autre, si ce n’est par ouï-dire.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara que tous les habitants dudit village à cette époque s’enfuirent à Neufchâteau, et Jeanne resta toujours à Neufchâteau avec ses père et mère dans la maison d’une certaine la Rousse
. Ils revinrent ensemble, comme il le vit ; ne sait rien d’autre.
N’en sait pas plus. Cité il est venu, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LASire Jean de Nouillompont
Noble homme Jean de Nouillompont, dit de Metz, demeurant en la ville de Vaucouleurs, âgé de cinquante-sept ans environ, vingt-deuxième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Vaucouleurs, l’an susdit du Seigneur [1456 n. st.], le samedi dernier jour du mois de janvier, requis par serment […]33.
À savoir sur le premier des articles, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur l’article suivant, le deuxième, requis déclara avoir entendu dire que la Jeanne en question est née à Domrémy, et, au moment de son départ dudit village, il vit ses père et mère, qui lui parurent être bons catholiques. Ne sait rien d’autre.
277Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De même qui furent, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième, huitième, neuvième et dixième articles suivant, à lui exposés avec soin et un par un, requis déclara par serment savoir ce qui suit. À savoir lorsque ladite Jeanne la Pucelle vint au lieu et à la ville de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, le témoin qui parle la vit habillée de pauvres vêtements de femme, de couleur rouge ; et logeait dans la maison d’un certain Henri le Royer dudit Vaucouleurs. Le témoin s’adressant à elle lui dit : Ma mie, que faites-vous ici ? Convient-il que le roi soit chassé du royaume et que nous soyons anglais ?
Laquelle Pucelle lui répondit : Je suis venue ici, à la chambre du roi, parler à Robert de Baudricourt, pour qu’il veuille me conduire ou me faire conduire au roi. Il ne se soucie pas de moi, ni de ce que je lui dis ; cependant avant la mi-carême il faut que je sois auprès du roi, dussé-je y perdre les jambes jusqu’au genou. Car nul au monde, ni rois, ni ducs, ni fille du roi d’Écosse ou autres, ne peut recouvrer le royaume de France ; il n’y a pour lui de secours que de moi ; pourtant je préférerais filer auprès de ma mère, cette pauvre femme, car ce n’est pas de ma condition ; mais il faut que j’aille, et que j’agisse ainsi, parce que mon Seigneur le veut.
Et le témoin lui demandant qui était ce Seigneur, elle répondit que c’était Dieu. Alors ledit Jean, le témoin, promit à la Pucelle, en lui touchant la main en signe de foi, qu’il la conduirait avec l’aide de Dieu vers le roi. Il lui demanda ensuite quand elle voulait partir ; elle lui répondit : Plutôt aujourd’hui que demain, et demain qu’après.
Il lui demanda aussi si elle voulait partir avec ses vêtements ; et elle répondit qu’elle aimerait avoir des vêtements d’homme. Alors le témoin lui remit un habit et des chausses de ses serviteurs, pour qu’elle s’en revêtît ; et cela fait, les habitants de la ville de Vaucouleurs lui firent faire un costume d’homme et des chausses, des guêtres et tout le nécessaire, et lui donnèrent un cheval, valant environ seize francs. Une fois habillée et pourvue d’un cheval, munie d’un sauf-conduit du seigneur 278Charles, duc de Lorraine, la Pucelle partit pour parler audit seigneur duc, et le témoin alla avec elle jusqu’à la cité de Toul. Lorsqu’elle fut de retour à Vaucouleurs, vers le dimanche des Bures
— il y aura vingt-sept ans au prochain dimanche des Bures à venir, lui semble-t-il — le témoin et Bertrand de Poulengy, avec deux de ses serviteurs, Colet de Vienne, messager royal, et un certain Richard l’Archier, conduisirent cette Pucelle au roi résidant à Chinon, aux coûts et frais dudit témoin et de Bertrand. En partant de la ville de Vaucouleurs pour se rendre près du roi, ils allaient parfois de nuit, par crainte des Anglais et des Bourguignons se trouvant aux alentours de leur trajet ; et ils demeurèrent en route pendant onze jours, à chevaucher jusqu’à cette ville de Chinon ; et en cheminant avec elle, le témoin lui demandait si elle ferait ce qu’elle disait ; elle leur répondait de n’avoir crainte, qu’elle avait reçu en mission d’agir ainsi, que ses frères du paradis lui disaient ce qu’elle avait à faire, et que, depuis quatre ou cinq ans déjà ses frères du paradis et son Seigneur, c’est-à-dire Dieu, lui avaient dit qu’il fallait partir à la guerre pour recouvrer le royaume de France. Déclara en outre que pendant ce voyage lui, témoin, et Bertrand couchaient chaque nuit ensemble avec elle ; mais cette Pucelle couchait près du témoin avec son pourpoint et ses chausses enfilées ; le témoin la craignait tellement qu’il n’aurait pas osé la solliciter, et par serment déclara qu’il n’eut jamais de désir ni de mouvement charnel. Pendant le trajet elle aimait entendre la messe, et leur disait : Si nous pouvions entendre la messe, nous ferions bien
; mais, pour qu’elle ne fût pas reconnue, ils n’entendirent la messe en chemin que deux fois. Déclara aussi le témoin qu’il croyait beaucoup aux paroles de la Pucelle, et il était enflammé par ses paroles et par son amour de Dieu. Croit qu’elle était envoyée par Dieu, car jamais elle ne jurait, aimait entendre la messe et en prêtant serment se signait du signe de la croix. Ainsi la conduisirent-ils au roi, jusqu’audit lieu de Chinon, le plus secrètement possible. Déclara en outre le témoin que cette Pucelle aimait entendre la messe, comme il le vit, se confessait souvent, 279faisait volontiers l’aumône ; et le témoin lui accorda fréquemment de l’argent qu’elle donnait pour l’amour de Dieu. Déclara encore le témoin que, tout le temps qu’il fut avec elle, il remarqua qu’elle était bonne, franche, pieuse, bonne chrétienne, de bonne compagnie et craignant Dieu. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles, si ce n’est qu’une fois arrivé au lieu de Chinon, ils la présentèrent aux gens du roi et à ses conseillers ; alors elle fut beaucoup interrogée.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, et aussi sur l’article suivant, le douzième, requis déclara ne rien savoir.
N’en sait pas plus. Cité il vint et déposa sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans crainte. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMichel le Buin
Michel le Buin de Domrémy, cultivateur à Burey, au diocèse de Toul, laboureur, âgé de quarante-quatre ans environ, vingt-troisième témoin produit dans cette cause, juré et interrogé audit Vaucouleurs, l’an et le samedi dernier jour de janvier susdits, requis par serment […]34.
À savoir sur le premier des articles de cet interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, requis déclara par serment qu’il a bien connu cette Jeanne la Pucelle dès sa jeunesse. Elle est née à Domrémy, dans la paroisse, de Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs probes et catholiques, de bon renom, comme il le vit alors ; et Jeanne eut des parrains et des marraines, comme il l’a entendu dire. Déclara aussi que Jeanne, dès son enfance et jusqu’à son départ de la maison paternelle, était bonne catholique, simple, réservée, aimait aller à l’église et fréquentait les lieux saints. Il sait, car il en a été le témoin plusieurs fois en sa jeunesse, et l’accompagna en pèlerinage à l’ermitage 280Notre-Dame de Bermont, qu’elle allait à cet ermitage presque chaque samedi avec sa propre sœur ; elle y portait des cierges et aimait donner pour l’amour de Dieu ce qu’elle pouvait avoir ; elle s’empressait d’accomplir, bien et convenablement, les travaux des femmes et des jeunes filles ; elle se confessait souvent. Il le sait, car il se tenait en sa compagnie et il la vit plusieurs fois se confesser. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment que l’arbre en question est appelé Les loges des dames
. A entendu dire que des femmes, qu’on appelle communément des fées, avaient coutume d’aller autrefois sous cet arbre ; cependant ignore si elles y allaient vraiment, car maintenant elles n’ont pas coutume d’y aller. Déclara que les jeunes filles et les jeunes gens dudit Domrémy ont l’habitude d’aller sous cet arbre, le dimanche de Letare Jerusalem, appelé des Fontaines
, et là font des rondes, mangent, font leurs fontaines
en jouant et se promenant ; ensuite vont boire à la fontaine des Rains. Déclara aussi que Jeanne, quand elle était petite, allait sous cet arbre avec les filles et les garçons, pour faire ses fontaines
, comme les autres pucelles ; il ne croit pas qu’elle soit allée autrement ou pour un autre motif sous cet arbre, parce que c’était une fille tout à fait bonne. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara ne rien savoir excepté ceci : une fois Jeanne dit au témoin, la veille de saint Jean-Baptiste, qu’il y avait une jeune fille entre Coussey et Vaucouleurs, qui avant un an ferait consacrer le roi de France ; et déclara que dans l’année le roi fut consacré à Reims. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara qu’après la prise de Jeanne il vit un certain individu dénommé Nicolas Bailly, d’Andelot, qui vint avec d’autres au village de Domrémy, et qui, à la demande de sire Jean de Torcenay, bailli de Chaumont à l’époque au nom du prétendu roi de France 281et d’Angleterre, fit une enquête sur la réputation et la vie de Jeanne, à ce qu’il disait et, lui semble-t-il, ils n’osaient pas forcer les gens à prêter serment à cause de ceux de Vaucouleurs. Déclara croire que Jean Begot dudit village fut interrogé, car ils étaient logés dans sa maison. Déclara croire aussi que dans cette enquête ils ne trouvèrent rien de mal à propos de Jeanne. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara qu’à l’époque en question lui, témoin, fut à Neufchâteau avec les autres habitants du village de Domrémy, et il y vit Jeanne qui était toujours en la compagnie de ses père et mère.
N’en sait pas plus. Cité il est venu et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LASire Geoffroy de Foug
Noble homme Geoffroy de Foug, écuyer, âgé de cinquante ans environ, vingt-quatrième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Vaucouleurs, l’an et le samedi ci-dessus mentionnés, requis par serment […]35.
À savoir sur le premier des articles commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur le deuxième, requis déclara qu’il vit autrefois cette Jeanne la Pucelle venue à Maxey-sur-Vaise ; elle était née, à ce qu’on disait, à Domrémy, et il a connu ses père et mère ; il ignore cependant leurs noms ; sait seulement qu’ils étaient bons chrétiens et catholiques, et comme sont des laboureurs ; et il n’a jamais entendu dire le contraire.
Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De même qui furent, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième articles suivant, à lui exposés avec soin, requis déclara que Jeanne, 282quand elle allait à Maxey, venait quelquefois chez lui, et elle lui paraissait une bonne, simple et pieuse fille. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara par serment avoir entendu parler cette Pucelle plusieurs fois ; elle disait vouloir aller en France, et il vit Jean de Metz, Bertrand de Poulengy et Julien, qui étaient à cheval pour conduire au roi cette Pucelle ; il ne la vit pas alors avec eux, mais ils disaient qu’elle viendrait avec eux. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, et aussi sur le douzième article suivant, requis déclara par serment qu’il ne savait absolument rien sur le contenu.
N’en sait pas plus. Cité il vint, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LADurand Laxart
Durand dit Laxart, de Burey-le-Petit, laboureur, âgé de soixante ans environ, vingt-cinquième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Vaucouleurs l’an et le samedi dernier jour du mois de janvier susdits, requis par serment […]36.
À savoir sur le premier des articles, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur le deuxième article suivant, requis déclara par serment que la Jeanne en question était de la parenté de Jeanne, sa propre épouse. Il a connu aussi Jacques d’Arc et Isabet, mariés, parents de Jeanne la Pucelle, bons et fidèles catholiques et de bonne réputation ; il croit que Jeanne est née audit village de Domrémy et qu’elle fut baptisée sur les fonts de Saint-Remi dudit lieu.
Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De même quels furent, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
283Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, requis déclara que Jeanne était d’une bonne nature, pieuse, patiente, qu’elle aimait aller à l’église, se confesser ; elle donnait des aumônes aux pauvres quand elle le pouvait, comme il le vit, tant dans le village de Domrémy qu’audit Burey, car Jeanne y séjourna dans la maison du témoin pendant six semaines ; elle aimait travailler, filait, allait à la charrue, gardait les animaux, et faisait tout ce qui convient aux femmes. Ne saurait déposer autrement.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment ne rien savoir, car il ne resta pas longtemps audit Domrémy.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara par serment que lui-même alla chercher Jeanne chez son père et la conduisit dans la maison qu’il habitait ; et elle disait à lui, témoin, qu’elle voulait aller en France, vers le dauphin, pour le faire couronner, déclarant : N’a-t-il pas autrefois été dit que la France par une femme serait désolée, et ensuite par une pucelle devait être restaurée ?
Et elle déclara au témoin qu’elle irait dire à Robert de Baudricourt de la faire conduire au lieu où se trouvait le sire dauphin. Lequel Robert répéta plusieurs fois au témoin qu’il la reconduirait chez son père, et lui donnerait des gifles. Et quand ladite Pucelle vit que ce Robert ne voulait pas qu’elle fût conduite au lieu où était le dauphin, elle accepta les vêtements du témoin et dit qu’elle voulait partir ; lors de ce départ le témoin la conduisit à Vaucouleurs. Ensuite elle fut menée avec un sauf-conduit au seigneur Charles, duc de Lorraine ; quand le duc la vit, il s’entretint avec elle et lui donna quatre francs, que Jeanne montra au témoin. Après le retour de Jeanne à Vaucouleurs, les habitants de la ville lui achetèrent des vêtements d’homme, des chausses, des guêtres et tout ce qui était nécessaire. Le témoin et Jacques Alain, de Vaucouleurs, lui achetèrent un cheval, pour le prix de douze francs, qu’ils prirent à leur 284compte ; ensuite cependant le sire Robert de Baudricourt a remboursé le témoin. Ceci fait, Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne et Richard l’Archier, avec deux serviteurs desdits Jean de Metz et Bertrand, conduisirent Jeanne au lieu où était ledit dauphin. Et, au dire du témoin, il a raconté tout cela au roi. Ne sait rien d’autre, si ce n’est qu’il vit Jeanne à Reims lors du couronnement du roi.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, et aussi sur le douzième article suivant, requis déclara ne rien savoir sur leur contenu.
N’en sait pas plus. Cité il vint et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni crainte. Et il lui fut enjoint, etc.
LACatherine femme d’Henri Le Royer
Catherine, femme d’Henri Le Royer, de Vaucouleurs, âgée d’environ cinquante-quatre ans, vingt-sixième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit lieu de Vaucouleurs, l’an et le samedi dernier jour du mois de janvier susdits, requise par serment […]37.
À savoir sur le premier des articles, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à elle lus et exposés avec soin, requise déclara par serment avoir entendu dire que Jeanne naquit à Domrémy, de bons et honnêtes laboureurs. Déclara qu’elle la vit après son départ de la maison paternelle, lorsqu’elle fut amenée chez elle par Durand Laxart, le témoin précédent, et qu’elle voulait aller au lieu où était le dauphin. C’était, à son avis, une fille bonne, simple, douce, modeste et bien élevée ; elle aimait aller à l’église et se confesser ; le témoin le sait car il la conduisit à l’église et la vit se confesser à messire Jean Fournier, alors curé de ladite ville de Vaucouleurs ; elle filait volontiers et bien, et a filé dans 285sa maison. Ne saurait rien ajouter sur le contenu desdits articles.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requise déclara ne rien savoir, si ce n’est que les jeunes, dit-on, vont se promener vers cet arbre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requise déclara par serment que, lorsque Jeanne voulut partir, elle vint chez elle durant trois semaines, par intervalles ; et alors elle fit dire au sire Robert de Baudricourt qu’il la conduisît au lieu où était le dauphin ; ce que le sire Robert refusa. Déclara qu’ensuite elle vit entrer chez elle Robert de Baudricourt, alors capitaine de ladite ville de Vaucouleurs avec ledit messire Jean Fournier ; lequel prêtre dit à Jeanne qu’il avait apporté une étole, et il l’avait exorcisée devant le capitaine ; ajoutant que si elle était une mauvaise créature, elle s’éloignât d’eux, et si elle était une bonne créature, elle vint vers eux. Jeanne s’approcha alors du prêtre et se jeta à ses genoux ; elle déclara que le prêtre n’avait pas bien agi, car il avait entendu sa confession ; et lorsqu’elle vit que ledit Robert ne voulait pas la conduire elle dit, comme le témoin l’a entendu, qu’il lui fallait aller au lieu où était le dauphin, ajoutant : N’avez-vous pas entendu cette prophétie, à savoir que la France par une femme serait détruite, et par une pucelle des marches de Lorraine restaurée ?
Alors le témoin s’est rappelé avoir entendu ces paroles et fut stupéfait. Déclara aussi le témoin que cette Jeannette était pleine d’impatience, et le temps lui pesait comme à une femme enceinte, parce qu’on ne la conduisait pas au dauphin. Après cela le témoin et beaucoup d’autres crurent à ses paroles, si bien qu’un certain Jacques Alain et Durand Laxart voulurent la conduire et l’emmenèrent jusqu’à Saint-Nicolas ; mais ils retournèrent à Vaucouleurs, parce que Jeanne, d’après ce qu’il a entendu dire, déclara qu’il n’était pas honnête de sa part de partir ainsi ; après leur retour quelques habitants de la ville lui firent faire une tunique, des chausses, des guêtres, des éperons, une épée et autres choses 286semblables ; les habitants lui achetèrent un cheval, et Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne avec trois autres la conduisirent au lieu où était le dauphin, comme il les vit monter à cheval au départ. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, et aussi sur le douzième, requise déclara ne rien savoir du tout.
Ne sait rien de plus. Citée elle vint et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicitée ni payée, sans partialité ni crainte. Et il lui fut enjoint, etc.
LAHenri Le Royer
Henri Le Royer, natif de Vaucouleurs, âgé d’environ soixante-quatre ans, vingt-septième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé audit Vaucouleurs l’an et le samedi susdits, requis par serment […]38.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui exposés en entier, déclara ne rien savoir, si ce n’est que Jeanne, quand elle vint à Vaucouleurs, logea dans sa maison ; et, à ce qu’il lui paraît, c’était une bonne fille. Elle filait alors avec son épouse, aimait aller à l’église et y allait souvent avec sa femme, témoin qui précède.
Sur le neuvième article commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara n’avoir jamais vu cet arbre, et ne saurait donc déposer en termes valables.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara avoir entendu Jeanne dire qu’il lui fallait aller auprès du noble dauphin, parce que son Seigneur, le roi du ciel, voulait qu’elle y allât, et elle était ainsi envoyée par le roi du ciel, et que, s’il le fallait, elle irait sur les genoux. Déclara que cette Jeanne, quand elle vint chez lui, était vêtue d’un habit de femme 287rouge ; mais que, revêtue d’un habit, de chausses et autres équipements d’homme, montée sur un cheval, elle fut conduite au lieu où était le dauphin par Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, avec leurs serviteurs, Colet de Vienne, Richard l’Archier, comme il les vit tous partir. Déclara aussi que, lors de son départ, on lui indiqua comment elle pouvait s’en aller à cause des gens de guerre présents tout autour ; et elle répondit qu’elle ne craignait pas les gens de guerre car sa voie était dégagée ; si des gens de guerre se trouvaient sur le chemin, elle avait Dieu, son seigneur, qui lui ouvrirait la route pour aller jusqu’au dauphin, et elle était née pour accomplir cela.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, et aussi sur le douzième article suivant, requis déclara ne rien savoir du tout.
N’en sait pas plus. Cité il est venu, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans crainte ni partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMessire Albert d’Ourches
Noble homme Albert d’Ourches, chevalier, seigneur dudit lieu, âgé d’environ soixante ans, vingt-huitième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé dans la cité de Toul, l’an susdit et le cinquième jour du mois de février requis par serment […]39.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire présenté en cette cause, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara avoir entendu dire que la Jeanne en question est née à Domrémy, et elle avait de bons père et mère, et n’a jamais entendu dire le contraire. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles. Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, requis 288déclara savoir ce qui suit ; à savoir qu’il vit Jeanne à Vaucouleurs quand elle voulait être conduite au roi ; il entendit ladite Pucelle dire plusieurs fois qu’elle voulait aller vers le roi, qu’elle aimerait bien être conduite par quelques-uns, cela pour le plus grand profit du roi. Cette Pucelle, lui semble-t-il, était tout à fait de bonnes mœurs ; et il aurait bien voulu avoir une fille aussi parfaite. Déclara aussi l’avoir vue ensuite en la compagnie de gens d’armes ; il la vit se confesser à frère Richard, devant la ville de Senlis, et recevoir le corps du Christ, en deux journées, avec les duchesses de Clermont et d’Alençon, et croit absolument qu’elle était bonne chrétienne. Ne sait rien d’autre sur le contenu des articles.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara avoir entendu dire autrefois que sous cet arbre les fées avaient anciennement coutume d’aller, sans que personne ne les eût vues. Déclara en outre n’avoir jamais entendu dire que Jeanne se trouvait sous cet arbre ; car, avant qu’on ne parlât d’elle, vingt ou trente ans auparavant, il avait entendu dire que des fées
, mot français, avaient l’habitude d’aller se promener sous cet arbre. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara, comme il a déposé ci-dessus, qu’elle demandait à beaucoup de gens de la conduire près du roi ; cette Pucelle parlait bien, et ensuite fut conduite par Bertrand de Poulengy, Jean de Metz et ses serviteurs auprès du roi. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, et aussi sur le douzième article suivant, requis déclara ne rien savoir au sujet de leur contenu.
N’en sait pas plus. Cité il est venu et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LANicolas Bailly
Honorable personne Nicolas Bailly, d’Andelot, diocèse de Langres, tabellion et substitut royal en la prévôté dudit 289Andelot, âgé d’environ soixante ans, vingt-neuvième témoin produit dans cette cause d’inquisition, en la cité de Toul, par ledit Jean Dalie, le prévôt, devant nous, et par nous et ledit notaire reçu, juré et interrogé, l’an susdit, le sixième jour du mois de février, requis par serment […]40.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire, commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur le deuxième article suivant, requis déclara par serment que la Jeanne en question est née à Domrémy, dans la paroisse de ce lieu, et son père fut Jacques d’Arc, bon et honnête laboureur, qu’il a vu et connu. Il le sait aussi pour l’avoir entendu relater par plusieurs personnes, car lui, témoin, fut autrefois tabellion commis par sire Jean de Torcenay, chevalier, alors bailli de Chaumont, tenant ses pouvoirs du prétendu roi de France et d’Angleterre, avec un certain Gérard dit Petit, défunt, alors prévôt dudit Andelot, et commis tous deux pour faire une enquête sur le cas de Jeanne la Pucelle, alors détenue, disait-on, dans la prison de la cité de Rouen. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le troisième, commençant par De même qui furent ses parrains, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui exposés avec soin, requis déclara par serment avoir vu plusieurs fois ladite Jeanne dans son jeune âge et jusqu’à son départ de la maison paternelle : c’était et ce fut toujours une bonne fille, de bon comportement, bonne catholique ; elle aimait fréquenter les églises et les lieux saints, allait en pèlerinage à Notre-Dame de Bermont, et presque chaque mois se confessait, comme il l’a entendu dire par beaucoup des habitants de Domrémy ; ce qu’elle était, le témoin l’a découvert aussi par l’enquête qu’il fit avec ledit prévôt d’Andelot. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
290Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara par serment avoir souvent entendu dire qu’au printemps ou en été les jeunes filles du village de Domrémy ont coutume d’aller aux jours de fête sous cet arbre ; elles y font des rondes et cueillent des fleurs ; ladite Jeanne allait avec elles et faisait comme les autres. Déclara aussi avoir vu une fois ces filles du village, qui revenaient joyeusement de cet arbre. Ne sait rien d’autre sur ce qui est contenu dans l’article.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara ne rien savoir, si ce n’est par ouï-dire.
Sur l’article suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara par serment que lui, témoin, comme il l’a déjà dit, étant tabellion, fit à l’époque une enquête comme délégué par le susdit sire Jean de Torcenay, bailli de Chaumont, qui avait reçu des lettres de commission du prétendu roi de France et d’Angleterre. Déclara aussi que quand lui et feu le prévôt Gérard firent cette enquête sur Jeanne, ils réussirent grâce à leur diligence à avoir les dépositions de douze ou quinze témoins, pour authentifier l’enquête qu’ils avaient faite devant Simon de Charmes, écuyer, agissant alors comme lieutenant du capitaine de Monteclère ; ils étaient soupçonnés en effet de n’avoir pas fait méchamment cette enquête ; les témoins déclarèrent alors devant le lieutenant avoir déposé comme il est indiqué ou contenu dans l’enquête ; le lieutenant écrivit donc audit Jean, bailli de Chaumont, que ce qui avait été écrit dans l’enquête par les tabellions et prévôt était vrai ; et lorsque le bailli vit le rapport dudit lieutenant il déclara que ces commissaires étaient des Armagnacs déguisés. Interrogé s’il possède le texte de cette enquête ou une copie, déclara que non. N’ajouta rien à sa déposition.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si quand, etc.
, requis déclara avoir appris par les témoins de l’enquête, lorsqu’il fut commis à cet effet, que Jeanne s’enfuit une fois avec père et mère à Neufchâteau et, 291toujours en la compagnie de son père, y resta dans la maison d’une certaine la Rousse pendant trois ou quatre jours, puis revint avec ses père et mère au village de Domrémy.
Ne sait rien d’autre. N’en sait pas plus. Cité il est venu, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAGuillot Jaquier
Guillot Jaquier d’Andelot, sergent royal âgé d’environ trente-six ans, trentième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé dans la cité de Toul, l’an et le sixième jour de février susdit, requis par serment […]41.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et sur tous les autres articles suivant jusqu’au dernier, à lui exposés et lus avec soin, déclara par serment ne rien savoir sur leur contenu, si ce n’est par ouï-dire ; il entendit dire en effet que Jeanne la Pucelle naquit à Domrémy, dans la paroisse de ce lieu ; qu’elle était une bonne fille, de bon renom et d’honnête maintien. Ne sait rien d’autre.
N’en sait pas plus. Cité il est venu, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni rancœur. Et il lui fut enjoint, etc.
LASire Bertrand de Poulengy
Noble homme messire Bertrand de Poulengy, écuyer de la maison du roi de France, âgé d’environ soixante-trois ans, trente et unième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé dans cette cité de Toul l’an et le samedi sixième jour de février susdits, requis par serment […]42.
À savoir sur le premier des articles commençant par Premièrement sur le lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara par serment que 292la Jeanne en question naquit, à ce qu’on dit, à Domrémy ; son père fut Jacques d’Arc, de ce village ; il ignore le nom de sa mère ; mais il est allé plusieurs fois dans leur maison et sait que c’étaient de bons laboureurs, comme il l’a vu. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles.
Sur le quatrième article suivant, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, requis déclara ne rien savoir si ce n’est pas ouï-dire. Il entendit dire en effet que cette Jeanne dans son jeune âge était une bonne fille, de bonne tenue ; elle aimait aller à l’église, et presque chaque samedi elle allait à l’ermitage Notre-Dame de Bermont et y portait des cierges. Déclara aussi qu’elle filait, gardait parfois les animaux et les chevaux de son père. Ajouta qu’après son départ de la maison paternelle il la vit, tant à Vaucouleurs qu’ailleurs dans la guerre ; et il la vit se confesser souvent et parfois à deux reprises dans la semaine ; elle recevait l’eucharistie et était fort pieuse. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara avoir vu plusieurs fois l’arbre en question, et il y alla pendant une douzaine d’années avant d’avoir rencontré Jeanne. Ajouta avoir entendu dire que les jeunes filles et les jeunes gens du village de Domrémy et des autres villages voisins vont durant l’été se promener et faire des rondes sous cet arbre. Ne sait rien d’autre sur le contenu des articles.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara par serment que Jeanne la Pucelle vint à Vaucouleurs, vers l’Ascension du Seigneur, lui semble-t-il, et il la vit alors parler à Robert de Baudricourt, le capitaine de la ville ; elle disait être venue vers Robert de la part de son Seigneur, pour qu’il mandât au dauphin de tenir bon et de ne pas engager bataille contre ses ennemis, car son Seigneur lui apporterait un secours avant la mi-carême. Cette Jeanne disait en effet que le royaume n’appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur ; ce dernier cependant voulait que le dauphin devint roi et 293tint le royaume en commande ; elle ajoutait que, malgré ses ennemis, le dauphin deviendrait roi et qu’elle le conduirait pour le faire sacrer. Lequel Robert lui ayant demandé quel était son Seigneur, elle répondit : Le roi du ciel.
Cela fait, elle retourna à la maison de son père avec un de ses oncles, nommé Durand Laxart de Burey-le-Petit. Ensuite, vers le début du carême, Jeanne revint à Vaucouleurs, cherchant une compagnie pour aller vers le seigneur dauphin ; voyant cela le témoin, lui, et Jean de Metz proposèrent ensemble de la conduire au roi, alors dauphin. Après être allée en pèlerinage à Saint-Nicolas et s’être rendue grâce à un sauf-conduit auprès du duc de Lorraine, qui voulait la voir, Jeanne revint à Vaucouleurs dans la maison d’Henri Le Royer de ladite ville ; alors Bertrand, le témoin qui parle, et Jean de Metz firent tant, avec l’aide des autres gens de Vaucouleurs, qu’elle put quitter ses vêtements féminins, de couleur rouge, pour ce qu’ils lui firent préparer : une tunique et des vêtements d’homme, des éperons, des guêtres, une épée et autres choses semblables, ainsi qu’un cheval ; puis avec ladite Jeanne, avec Julien, serviteur dudit témoin, Jean de Honnecourt, serviteur de Jean de Metz, Colet de Vienne et Richard l’Archier, ils se mirent en route pour aller vers le dauphin. Au départ du pays, le premier jour, ils craignaient les bandes de Bourguignons et d’Anglais, alors tout-puissants, et ils marchèrent pendant une nuit. Le témoin déclara aussi que cette Jeanne la Pucelle lui disait, à lui, témoin, à Jean de Metz et aux autres allant avec eux, qu’il serait bon d’entendre la messe ; mais ils ne le purent, tant qu’ils furent dans les pays en guerre, pour ne pas être reconnus. Chaque nuit elle était couchée avec lesdits Jean de Metz et le témoin, elle cependant revêtue de son surcot et ses chausses lacées et fixées. Déclara aussi qu’à cette époque lui, témoin, était jeune ; cependant il n’avait pas le désir ni quelque envie charnelle de connaître une femme, et il n’aurait pas osé solliciter ladite Jeanne, à cause de la bonté qu’il voyait en elle. Ajouta ledit témoin qu’ils restèrent onze jours en voyage pour aller jusqu’au roi, alors dauphin, et en route ils eurent 294beaucoup d’inquiétudes ; mais Jeanne toujours leur disait de ne rien craindre, car, une fois arrivés dans la ville de Chinon, le noble dauphin leur ferait bon visage. Elle ne jurait jamais ; et le témoin, selon ses dires, était très enflammé par ses paroles, car elle lui semblait être envoyée par Dieu ; jamais en elle il ne vit quelque chose de mauvais, mais toujours elle fut une fille si bonne qu’on aurait dit une sainte ; et ainsi ensemble, sans grand encombre, ils cheminèrent jusqu’au lieu de Chinon, où était le roi, alors dauphin ; et arrivés audit lieu de Chinon, ils présentèrent ladite Pucelle aux nobles et gens du roi, auxquels le témoin s’en rapporte pour les actions de Jeanne. Ne saurait rien ajouter à sa déposition.
Sur le chapitre suivant, le onzième, commençant par De même si dans ledit pays, etc.
, requis déclara ne rien savoir, si ce n’est qu’il entendit dire par quelques personnes que l’enquête avait été corrigée ; mais ne sait qui agirent ainsi.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si quand, etc.
, requis déclara ne rien savoir.
N’en sait pas plus. Cité il vint, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans crainte ni partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMessire Henri Arnolin
Discrète personne messire Henri Arnolin de Gondrecourtle-Château, prêtre, âgé d’environ soixante-quatre ans environ, trente-deuxième témoin produit dans cette cause d’inquisition, juré et interrogé dans ladite cité de Toul, l’an et le sixième jour du mois de février susdits, requis par serment […]43.
Sur le premier des articles de l’interrogatoire dans cette cause, article commençant par Premièrement sur le lieu de naissance, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis déclara que cette Jeanne est née à Domrémy, où il la vit plusieurs fois ; il vit également Jacques d’Arc, son père, et sa mère, qui étaient bons catholiques et 295de bonne réputation, comme il l’a constaté. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles.
Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui entièrement lus, requis déclara que cette Jeanne, depuis qu’elle eut dix ans jusqu’à son départ de la maison paternelle, était une bonne fille, élevée dans de bonnes mœurs, comme il l’a constaté ; elle aimait aller à l’église et dans les lieux saints ; travaillait volontiers, filait, allait parfois à la charrue avec son père et ses frères ; elle gardait en temps voulu les animaux. Déclara qu’elle aimait se confesser souvent, car lui, témoin, l’a confessée quatre fois : à savoir trois fois pendant un carême, et une fois pendant une fête ; et comme il l’a dit, c’était une bonne fille, craignant Dieu, car dans l’église parfois elle était inclinée devant le crucifix, et parfois se tenait mains jointes levant son visage et les yeux vers le crucifix ou la sainte Vierge. N’ajouta rien à cette déposition.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara avoir entendu dire autrefois, avant la naissance de Jeanne, que l’arbre en question était appelé les Loges des dames
; il alla souvent à Domrémy et n’entendit jamais dire que cette Jeanne se rendait à cet arbre. Ne saurait personnellement rien ajouter sur le contenu de cet article.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, et aussi sur les onzième et douzième articles suivant, requis déclara par serment ne rien savoir sur leur contenu.
N’en sait pas plus. Cité il est venu, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité, sans partialité ni crainte, sans être payé. Et il lui fut enjoint, etc.
LAMessire Jean le Fumeux
Discrète personne messire Jean le Fumeux, de Vaucouleurs, prêtre, chanoine de l’église ou chapelle de Notre-Dame 296dudit lieu et curé de l’église paroissiale d’Ugny, au diocèse de Toul, âgé d’environ trente-neuf ans, trente-troisième témoin produit dans cette cause d’inquisition juré et interrogé dans la cité de Toul, l’an susdit, le samedi septième jour du mois de février, requis par serment […]44.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, à lui lus entièrement, requis déclara avoir entendu dire généralement que la Jeanne en question naquit à Domrémy, dans la paroisse Notre-Dame de ce lieu ; et autrefois vit venir ses père et mère à Vaucouleurs. Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles. Sur l’article suivant, le quatrième, commençant par De même si dans son plus jeune âge, etc.
, et aussi sur les cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui diligemment exposés et lus, requis déclara savoir seulement que Jeanne vint à Vaucouleurs et disait vouloir aller vers le dauphin. Le même témoin, qui alors était jeune et clergeon à la chapelle Notre-Dame de Vaucouleurs, vit souvent cette Jeanne appelée la Pucelle venir à ladite église très dévotement ; elle y entendait les messe du matin et restait beaucoup à prier. Déclara aussi l’avoir vue dans la crypte, ou les voûtes, sous ladite église, se tenant à genou devant Notre-Dame, parfois le visage incliné et parfois le visage relevé. Ajouta par serment qu’il croit que ce fut une bonne et sainte fille. Ne saurait déposer autrement.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, et aussi sur les dixième, onzième et douzième articles suivant, à lui entièrement lus avec soin, déclara par serment ne rien savoir sur leur contenu.
N’en sait pas plus. Cité il est venu et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité. Et il lui fut enjoint, etc.
297LAJean Jaquard
Jean Jaquard, fils de Jean dit Guillemette, de Greux près dudit Domrémy, laboureur, âgé d’environ quarante-sept ans, trente-quatrième témoin dans cette cause d’inquisition, produit dans la cité de Toul, juré et interrogé l’an du Seigneur susdit [1456 n. st.] et le mercredi onzième jour du mois de février, requis par serment […]45.
À savoir sur le premier des articles de l’interrogatoire commençant par Premièrement au sujet du lieu d’origine, etc.
, et aussi sur les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième articles suivant, à lui diligemment et successivement exposés, requis déclara par serment que cette Jeanne naquit à Domrémy de Jacques d’Arc et d’Isabet de Vouton mariés, honnêtes laboureurs ; et il vit plusieurs fois ladite Jeanne la Pucelle à Domrémy et dans les champs ; c’était une très douce, bonne, chaste et prudente fille, à ce qui lui parut ; elle aimait aller à l’église, et en particulier il la vit aller volontiers à l’église Notre-Dame de Bermont ; elle aimait travailler, filait, allait à la charrue et allait herser la terre, gardait parfois les animaux ; et, disait-on, se confessait volontiers et souvent ; il n’entendit jamais dire du mal d’elle, mais on l’estimait bonne et pieuse fille. Ne sait rien d’autre.
Sur l’article suivant, le neuvième, commençant par De même qu’en est-il, etc.
, requis déclara que les jeunes filles et les jeunes gens ont coutume, l’été et le dimanche des Fontaines
, d’aller sous cet arbre, ils chantent, mangent, font des rondes, puis, jouant et se promenant, reviennent à la fontaine des Rains, boivent de son eau ; et il croit que Jeanne allait avec les autres jeunes filles. Ne saurait personnellement rien ajouter d’autre.
Sur l’article suivant, le dixième, commençant par De même qu’on enquête, etc.
, requis déclara ne rien savoir, si ce n’est par ouï-dire.
298Sur le onzième desdits articles de l’interrogatoire commençant par De même si dans ledit lieu d’origine, etc.
, requis déclara avoir vu Nicolas, dit Bailly, d’Andelot, et Guillot le sergent, avec quelques autres venus audit village de Domrémy, faire une enquête sur le fait de la Pucelle, à ce qu’on disait ; cependant, à sa connaissance, ils ne forçaient personne à témoigner. Déclara que dans cette enquête furent interrogés, croit-il, Jean Morel, Jean Guillemette son propre père, Jean Colin, encore vivants, feu Jean Hennequin de Greux et plusieurs autres. Cela fait lesdits commissaires repartirent avec prudence, par crainte des gens de Vaucouleurs. Ajouta ledit témoin qu’il croyait cette information ou enquête avoir été faite à la requête du bailli de Chaumont, partisan des Anglais et des Bourguignons. N’a pas déposé autrement.
Sur l’article suivant, le douzième, commençant par De même si Jeanne, etc.
, requis déclara par serment qu’à l’époque en question tous les habitants des deux villages allèrent à Neufchâteau ; et il vit ladite Jeanne conduire les animaux de ses père et mère ; ils revinrent ensuite et Jeanne revint comme les autres avec ses père et mère. Ne sait rien d’autre.
N’en sait pas plus. Cité il est venu et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans partialité ni crainte. Et il lui fut enjoint dans la forme, comme il est de coutume, etc.
Ainsi signé : Recueilli en cette forme. D. Dominici.
LARapport des commissaires
S’ensuit la teneur du rapport de vénérables et prudentes personnes maîtres Regnauld de Chichery, doyen de l’église ou chapelle Notre-Dame de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, et Gautrin Thierri, chanoine de l’église de Toul, commissaires désignés pour faire la susdite enquête, avec leurs sceaux scellés sur cire verte.
À révérendissimes pères dans le Christ et seigneurs nos seigneurs Jean, par la miséricorde divine archevêque et duc 299de Reims, Guillaume, par la même miséricorde évêque de Paris, et frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des frères prêcheurs et l’un des inquisiteurs de la perversité hérétique dans le royaume de France […]46 Regnauld de Chichery, doyen de l’église ou chapelle Notre-Dame de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, et Gautrin Thierry, chanoine de l’église de Toul, prêtres, commissaires subdélégués par vous et pour vous en vertu de vos lettres de commission aux fins d’interroger les témoins dans le lieu et le pays d’origine de feue Jeanne, communément appelée la Pucelle, sur les articles d’interrogatoire attachés à ces lettres, révérence qui vous est due avec honneur et obéissance. Votre prudence révérendissime aura su, tous et chacun des intéressés ou pouvant être intéressés maintenant ou dans l’avenir auront su, que nous avons reçu, avec la révérence convenable, vos lettres de commission, scellées de trois sceaux, deux ronds et un long, en cire rouge pendant sur queux de parchemin, et signés des deux seings manuels des notaires Le Comte et Ferrebouc ; étaient joints les articles de l’interrogatoire pour les enquêtes à faire dans le pays d’origine de la défunte Jeanne, appelée la Pucelle, attachés à vos lettres de commission au milieu sur la queue du sceau ; le tout ni vicié, ni suspect, comme il paraissait à première vue, nous fut présenté par vénérable personne Jean Dalye, prévôt laïc de Vaucouleurs, au diocèse de Toul, devant le notaire et les témoins, l’an de la Nativité du Seigneur 1456 [n. st.] et le vingt-sixième jour du mois de janvier, de manière évidente et légale, dans un instrument public inséré dans le rouleau désigné ci-dessous, signé et souscrit des seings et souscriptions publics de discrète personne maître Jean André, notaire public. Une fois ces lettres de commission présentées à nous et reçues par nous, comme il convenait, nous avons délégué et commis notre fidèle et discrète personne Dominique Dominici, clerc de Toul, notaire public par autorité apostolique et impériale et juré des cours ecclésiastiques de Toul, pour citer devant 300nous tous les témoins que ledit Jean Dalie, prévôt, avait voulu citer, les interroger ensemble, rédiger par écrit fidèlement et mettre en forme publique, ou faire mettre et rédiger, les dépositions avec vos lettres de commission et les articles de l’interrogatoire susdits, en présence de discrètes personnes, messires Jean Le Fumeux de Vaucouleurs, curé d’Ugny, et Pierre de Fessueil, curé de Maxey-sur-Vaise et chanoine de l’église Notre-Dame de Vaucouleurs, témoins choisis par nous à cet effet. Ensuite nous sommes allés au village de Domrémy, diocèse de Toul, puis dans la ville de Vaucouleurs, au même diocèse, avec ledit notaire Dominique et les témoins sus-nommés, et enfin dans la cité de Toul, en vertu de vos lettres de commission, et nous avons accueilli tous et chacun des témoins cités devant nous, et que noble homme Jean Dalye, prévôt de Vaucouleurs, avait voulu produire ; nous les avons absous de toute incapacité, s’il en était, pour faire serment et déposer ; et en outre nous avons reçu le serment de chacun d’eux, prêté sur les saints évangiles de Dieu, tenus dans nos mains et par chacun d’eux corporellement touchés, serment de dire et déposer selon la vérité, en présence desdits témoins et notaire. Nous avons interrogé ces témoins et chacun d’eux, un par un, en suivant les articles de l’interrogatoire contenus dans vos lettres de commission, comme il a été dit, et le notaire Dominique les a aussi interrogés et a fidèlement rédigé par écrit leurs dépositions. Ces paroles et dépositions de tous les témoins, recueillies par écrit formant cinquante huit feuillets séparés de parchemin et un demi-feuillet, signés du seing manuel du notaire à la fin de la déposition de chaque témoin et à la fin de chaque feuillet, rédigés et collationnés l’an et le jour des présentes par le même notaire Dominique, nous avons ordonné et mandé de les mettre et clore en la forme habituelle d’un rouleau à vous remettre. Ce rouleau, nous vous le remettons ; il contient vos lettres susdites de commission et les articles de l’interrogatoire, avec les dépositions et les déclarations des témoins devant nous produits, jurés et examinés, rédigés par écrit comme il est dit, et avec nos présentes lettres munies du sceau qui est à nous, Regnauld 301de Chichery, doyen susdit, et des sceaux des seigneurs doyen et membres du chapitre de l’église de Toul, à la place du nôtre, Gautrin Thierri, chanoine de cette même église, également scellées et signées des seings et souscription publics dudit Dominique, notaire en cette enquête ; par ces présentes lettres de remise, attachées à vos lettres de commission, scellées des sceaux de notre doyen et des vénérables seigneurs le doyen et les membres du chapitre de l’église de Toul, nous faisons savoir et notifions tout ce que dessus à vos révérendissimes sagesses, à tous ceux également et à chacun de ceux pouvant être intéressés, maintenant ou à l’avenir, pour toute valeur, à toutes fins et effets utiles en droit. Donné et fait à Toul, dans la maison d’habitation de nous, Gauterin Thierri, chanoine et commissaire subdélégué, l’an de l’incarnation du Seigneur [1456 n. st.], indiction quatrième, le vendredi treizième Jour du mois de février, la quatrième heure après midi de ce jour, première année du pontificat de notre très saint père dans le Christ et seigneur, le seigneur Calixte, par la divine providence troisième pape du nom. Présents à cette remise les susdits Jean le Fumeux et Pierre de Fessueil, chanoines et curés, et en outre seigneur Jean le Grain de Neufchâteau, diocèse de Toul ; et maître Philippe Gépille, recteur des écoles de l’église de Toul, maître ès arts, témoins à ce appelés spécialement et priés.
Et moi, Dominique Dominici, clerc de Toul, par autorité apostolique et impériale notaire public, et juré des cours ecclésiastiques de Toul, qui fut présent avec lesdits témoins et qui ai vu et entendu ce qui a été ainsi fait lors de la production des témoins de cette enquête, lors de la réception des serments et de l’interrogatoire, et pour toutes et chacune des choses mentionnées ci-dessus, lorsqu’elles furent accomplies par les seigneurs Regnauld de Chichery, doyen, et Gauterin Thierri, chanoine de Toul, commissaires subdélégués, faites et déclarées devant eux, J’ai rédigé par écrit ces déclarations et dépositions des témoins produits, Jurés et interrogés devant les seigneurs subdélégués. J’ai dressé les présentes lettres, attachées aux lettres de commission de vous, seigneurs commissaires 302principaux, et la grosse des déclarations et dépositions des témoins, écrites fidèlement d’une autre main, car j’étais impliqué en d’autres affaires difficiles ; cependant ces déclarations et dépositions, je les ai dûment collationnées avec lesdits seigneurs et les témoins, et les ai signées sur l’ordre des seigneurs commissaires subdélégués de mon seing manuel. Quant aux lettres de remise, je les ai faites sur l’ordre des seigneurs commissaires subdélégués et les ai signées du seing public et de la souscription dont j’use en pareil cas, ici en souscrivant de ma propre main, avec apposition des sceaux du seigneur doyen et des vénérables personnes le doyen et les membres du chapitre de l’église de Toul susmentionnés. J’ai signé, requis et prié, pour garantir la fidélité, la validité et le témoignage de toutes et chacune des choses susmentionnées. Ainsi signé : D. Dominici.
Notes
- [11]
En 1431. Cf. Tisset, Procès de condamnation, t. II, p. 25.
- [12]
En 1431. Cf. Tisset, Procès de condamnation, t. II, p. 27-28.
- [13]
Formule comme dessus, p. 240.
- [14]
Formule comme dessus, p. 240.
- [15]
Formule comme dessus, p. 240.
- [16]
Formule comme dessus, p. 240.
- [17]
Formule comme dessus, p. 240.
- [18]
Formule comme dessus, p. 240.
- [19]
Formule comme dessus, p. 240.
- [20]
Formule comme dessus, p. 240.
- [21]
Formule comme dessus, p. 240.
- [22]
Formule comme dessus, p. 240.
- [23]
Formule comme dessus, p. 240.
- [24]
Formule comme dessus, p. 240.
- [25]
Formule comme dessus, p. 240.
- [26]
Formule comme dessus, p. 240.
- [27]
Formule comme dessus, p. 240.
- [28]
Formule comme dessus, p. 240.
- [29]
Formule comme dessus, p. 240.
- [30]
Formule comme dessus, p. 240.
- [31]
Formule comme dessus, p. 240.
- [32]
Formule comme dessus, p. 240.
- [33]
Formule comme dessus, p. 240.
- [34]
Formule comme dessus, p. 240.
- [35]
Formule comme dessus, p. 240.
- [36]
Formule comme dessus, p. 240.
- [37]
Formule comme dessus, p. 240.
- [38]
Formule comme dessus, p. 240.
- [39]
Formule comme dessus, p. 240.
- [40]
Formule comme dessus, p. 240.
- [41]
Formule comme dessus, p. 240.
- [42]
Formule comme dessus, p. 240.
- [43]
Formule comme dessus, p. 240.
- [44]
Formule comme dessus, p. 240.
- [45]
Formule comme dessus, p. 240.
- [46]
Comme ci-dessus, p. 236 jusqu’à
nous tous
.