Témoignages : Fête du 8 mai
285Documents relatifs à la fête du 8 mai
Documents relatifs à l’institution et aux premières célébrations de la fête du 8 mai, jour anniversaire de la délivrance d’Orléans.
I. Chronique de l’établissement de la fête
Ce morceau, dont la place naturelle eût été mon quatrième volume, n’a été découvert que depuis l’impression de ce volume. M. Salmon l’a tout récemment publié dans la Bibliothèque de l’École des chartes (tome III de la deuxième série). Il provient du manuscrit 891 de la reine de Suède, à la bibliothèque du Vatican, où il précède, en façon de notice explicative, une transcription des indulgences accordées au XVe siècle pour la célébration de la fête du 8 mai. L’auteur ne se fait pas connaître. Ce qu’on peut dire de lui, c’est que son récit est celui d’un vieillard qui parle des choses dont il a été témoin dans sa jeunesse. Son témoignage complète ou redresse, à l’occasion de la délivrance d’Orléans, non-seulement le Journal du siège, mais encore plusieurs des dépositions consignées au procès.
En l’an mil quatre cens et vingt et huit, les Anglois tindrent leur conseil au païs d’Angleterre, et là fut ordonné que le conte de Salebery descendroit ou païs de France, pour conquerre les païs de monseigneur d’Orléans, lequel ilz tenoient prisonnier dès l’an quatre cens et quinze, et avoit esté pris par eulx et fait prisonnier à une journée qui fut Agincourt, en laquel journée il fut pris, et plusieurs autres seigneurs 286de France. Audit conte de Sallebery fut baillé de six a sept mille Anglois combatens. Et lors mondit seigneur d’Orléans averti de ces choses, considerant le dommage et destruction qu’il doubtoit advenir en ses terres et seigneuries au moyen de la dicte entreprise et mission du dit conte de Salebery, voulant obvier ad ce de son pouvoir, se adressa au dit conte de Salebery, et lui recommanda sa terre ; lequel Salebery luy promist que il la supporteroit, et moyennent ce luy promist mondit seigneur d’Orléans six mille escuz d’or, c’est assavoir de luy raïmbre155 ung jouyau qu’il avoit en France. Et de tout ce, le dit conte de Salebery n’en tint riens ; aussi il luy en prist mal, comme vous orrez, car Dieu l’en punit.
Le dit conte de Salebery, pour accomplir sa mouvaise voulunté, non obstant la promesse par luy faicte à mon dit seigneur d’Orléans, descendit ou païs de Normendie, tint sa rotte droit à Chartres, et prist Nogent-le-Roy et se tira jusques à Yenville en Beausse, et là mist le siége, et de fait prist iceluy lieu d’Yenville d’assault. Et ce voyans ceux de Meung sur Loire, trouvèrent moyen et se rendirent sans coup ferir. Et puis alla mettre le siége devant Boisgency et devant Jargueau, et là se rendirent. Et cependant vint iceluy conte de Salebery piller le lieu et esglise de Nostre Dame de Clery, dont il fist très mal, car pour iceluy temps il n’y avoit homme d’armes qui y osast riens
prendre que il n’en fust incontinant puny, comme chachun scet.
L’an dessusdit, le treiziesme jour d’octobre, arriva 287le dit conte de Salebery au Portereau d’Orléans, et fut posé le siége ; et la nuyt fut brulé et abatu le moutier des Augustins ad ce que iceulx Anglois ne se logeassent léans. Et ne demoura guères que il, Salebery, donna assault au dit Portereau, c’est assavoir au boloart du bout du pont, lequel n’estoit fait que de fagos ; et dura de quatre à cinq heures ; et là fut blecié monseigneur de Saintrailles et Guillaume de La Chapelle, qui estoient capitaines ; et y eut telle deffence qu’ilz ne peurent riens faire ce dit jour. Et puis après copèrent ledit boloart par dessoulz, et ainsi fut advisé qu’il estoit expédiant de l’abendonner. Et le dimenche en après fut donné l’assault aux Torelles devers le matin, et à icelle heure ne firent riens. Et en iceluy jour, environ deux heures après midi, Sallebery donna l’assault et de fait prist les dictes Torelles, car il n’y avoit homme d’armes qui se osast tenir pour la force des bombardes et canons que iceulx Anglois gettoient. Et quant ilz les eurent prises, le dit conte de Sallebery monta au plus hault et se mist à une fenestre qui estoit devers la ville, pour veoir le pont qui estoit très bien armé ; et à ceste heure vint ung canon de la ville, lequel frappa par la teste ledit conte de Sallebery : qui fut l’avancement de sa mort.
Et aucuns dient que ledit canon partit de Saint-Anthoine, les autres dient qu’il partit de la tour Nostre Dame et qu’il y eut un jeune paige qui jecta ledit canon ; et qu’il soit ainsi, le canonnier qui avoit la charge de ladicte tour, trouva ledit paige qui s’en fuyoit. Et aussi estoit ce assez raisonnable, veu et considéré que iceluy conte de Sallebery avoit, comme dit est devant, pillée ladicte esglise de Nostre-Dame de Cléry, 288que par elle il en fust puny. Le dit conte de Sallebery ainsi heurté et frappé dudit canon, fut porté à Meung sur Loire par aucun desdits Anglois, et là morut.
Et voyant ce, les capitaines dudit siége levèrent une partie de leur siége, et laissèrent de cinq à six mille combatens ausdictes Torelles et se retreyrent à Paris, qui pour lors estoit Anglois, et ordonnèrent ung nommé Tallebot à estre leur chef. Et les feries de Noel, vindrent devers Saint-Loup pour mettre le siége. Et ce pendant, ceulx de la ville abbatirent toutes les esglises et maisons des forsbours : qui fut une grande consolacion pour la dicte ville d’Orléans à l’encontre desdiz Anglois.
Environ quaresme-prenant, nouvelles vindrent que monseigneur de Bourbon venoit pour secourir la dicte ville d’Orléans ; et arriva iceluy monseigneur de Bourbon, avec luy monseigneur de Toars et plusieurs autres seigneurs ; et tindrent conseil entre eulx, et fut advisé que l’on iroit au devant de leurs vivres, c’est assavoir desdits Anglois qui estoient partis de Paris. Et ainsi se partirent nos gens dudit Orléans et trouvèrent les Anglois environ Rouvray-Saint-Denis qui est en Beausse, et estoient noz gens contre iceulx Anglois six contre ung ; mais la fortune fut telle, et en demoura environ trois cens de noz gens ; et là fut blécié monseigneur de Dunois et fut tué le connestable d’Escosse. Et ce partit monseigneur de Bourbon et plusieurs autres seigneurs et chefs de guerre de la journée, et arrivèrent à Orléans environ mynuit, et entrèrent à icelle heure, et là furent neuf jours estans tous effraiés de la journé qu’ils avoient perdue, tellement 289que quant ilz veirent les Anglois venir au siège, homme ne les povoit faire issir hors de la ville. Et ce voyans les bourgeois de la ville, que leurs vivres diminuoient fort, vindrent devers monseigneur de Bourbon et devers monseigneur de Touars leur faire requerir qu’ilz les envoyassent hors ; et ainsi s’en partirent.
En iceluy temps, Dieu de sa saincte grace et miséricorde envoya une voix à une fille pucelle, nommée Jehanne, laquelle gardoit les bestes aulx champs ès païs de environ Vaulcoulour, qui est près de Laurraine, disant que Dieu lui commandoit qu’elle se préparast pour aller lever le siège de devant Orléans, et qu’elle menast le roy Charles coronner. Ainsi la dicte Jehanne se adressa au seigneur dudit Vaucoulour, et luy nota ces choses, qui luy fut une grant merveille ; et se prépara pour admener la dicte Pucelle devers le roy, qui pour lors estoit à Chinon. Et elle venue de vers le roy, fut examinée de plusieurs évesques et seigneurs en plain conseil ; et en tout son fait ne fut trouvé que tout bien. Lors on luy fist faire ung harnois complect et aussi une estandart, et eut licence d’estre habillée comme ung homme.
Cependent vindrent nouvelles à Orléans de la dicte Jehanne, laquelle lors vulgaument on appelloit Jehanne la Pucelle, de quoy furent bien esmerveillés ceulx de la dicte ville d’Orléans ; et de prime face cuidoient que ce ne fust que une desrision, non obstant qu’ilz avoient grande confiance en Dieu et au bon droit du roy et de leur seigneur, lequel estoit prisonnier, comme avez ouy cy devant ; et leur corage s’en escrut de la moitié. Et environ la fin d’avril, fut baillé 290à la dicte Jehanne, monseigneur de Rais, mareschal de France, et plusieurs autres capitaines, et aussi des communes des païs d’à bas, et luy fut ordonné d’amener vivres et artillerie, et vindrent par la Sauloigne, et passèrent par Olivet ou près, et arrivèrent jusques à l’Isle-aux-Bourdons qui est devant Checi. Et saichans ceulx d’Orléans que elle venoit, furent très joyeulx et firent habiller challans à puissance ; et estoit lors la rivière à plain chantier ; et aussi le vent, qui estoit contraire, se tourna d’aval et tellement que un chalen menoit deux ou trois chalens, qui estoit une chose merveilleuse, et failloit dire que ce fust miracle de Dieu. Et passèrent par devant les bastilles des Anglois, et arrivèrent à leur port, et là chargèrent leurs vivres, et puis passa la rivière la dicte Pucelle. Et là estoient présens monseigneur de Dunois, La Hire et plusieurs aultres seigneurs, et vindrent par devant la bastille de Saint-Loup, où estoient les Anglois.
Arriva à Orléans la dicte Pucelle et fut logée près de la porte Regnart, et de son logis povoit veoir tout le siège. Et est assavoir que ceulx de la ville d’Orléans estoient bien joyeulx. Et ce pendant monseigneur de Rais et les autres capitaines qui la dicte Pucelle avoient amenée, retournèrent à Blois querir des autres vivres. Et elle estant audit Orléans, elle alla par deux ou trois fois sommer les Anglois qu’ils s’en allassent en leur païs et que le roy du ciel le leur mandoit : à laquelle ilz dirent plusieurs injures et entre les autres Clacidas, auquel la dicte Pucelle respondit qu’il mentoit de ce qu’il luy disoit et qu’il en mourroit sans seigner. Ainsi fust-il, comme sera déclairé 291cy après. Et prenoit icelle Jehanne la Pucelle en bonne pacience les injures que luy cuidoient dire et faire lesdiz Anglois. Et après s’en alla à l’église Saincte Croix, et là parla à messire Jehan de Mascon156, docteur, qui estoit ung très sage homme, lequel luy dist : Ma fille, estes-vous venue pour lever le siège ?
A quoy elle respondit : En nom Dé, dist-elle, ouy.
— Ma fille, dit le sage homme, ilz sont fors et bien fortifiés et sera une grant chose à les mectre hors.
— Respondit la Pucelle : Il n’est riens impossible à la puissance de Dieu.
Et en toute la ville ne fist honneur à autre.
Et le mercredi, quatriesme jour de may l’an vingt et neuf, partit la dicte Pucelle pour aller au devant des autres vivres que amenoit le sire de Rais, et allèrent avec elle tous les capitaines (et là estoit monseigneur de Dunois, La Hire, messire Florent d’Illiers, le baron de Co[lo]nches) jusques en la forest d’Orléans, et failloit passer au plus près de la bastille des dits Anglois, nommée Paris. Et quant ceulx de la ville les veirent venir, saillirent au devant pour les recepvoir à grant joye ; et eulx venus audit Orléans, prinrent leur refection et puis vindrent en l’ostel de la ville requerir habillemens de guerre, comme coulevrines, arbalestes, eschelles et autres habillemens ; et partirent pour aller à Saint-Loup. Et en iceluy jour fut pris d’assault la bastille du dit Saint-Loup ; et là estoient de six à sept vings Anglois combatens. Et ce voyans les autres Anglois, c’est assavoir le dit Tallebot 292et les autres capitaines des Anglois, issirent de leurs bastilles cinq à six estandars pour cuider lever le siège dudit Saint-Loup jusques près du pavé de Fleury, entre ledit Saint-Loup et leurs dictes bastilles, en belle bataille ; et à celle heure, tout homme yssit hors Orléans pour aller enclore lesdits Anglois ; mais ce voyans, se retrairent à grant haste en leurs bastilles.
Et avoient de dix à unze bastilles, dont la première estoient les Torelles ; les Augustins, Saint-Jehan-le-Blanc, celle du champ Saint-Privé, et celle de l’Isle-Charlemaigne, Saint-Lorent, et Londres, le Pressoer-Ars, Paris et Saint-Loup.
Item, le cinquiesme may qui estoit le jour feste de l’Ascencion Nostre Seigneur, homme ne fist guerre, car la dicte Pucelle ne le vouloit pas, et chacun reposa en Dieu.
Item, le vendredi, sixiesme jour du dit may, la dicte Pucelle passa la rivière de Loire et tous les dits seigneurs et gens d’armes, aussi communes, et vindrent devant le Portereau ; et voyans les seigneurs qu’il n’estoit pas possible de les prandre, se retrairent une partie en une isle qui est devant Saint-Jehan-le-Blanc ; et demoura derrière la Pucelle et aussi monseigneur de Dunois, les mareschaulx de France et La Hire. Et ce voyans les Anglois, issirent hors à bel estandart desploié, et venoient sur noz gens frapper. Et quant nos gens veirent ce, se retournèrent à l’encontre et les repossèrent jusques dedans leurs bastilles et prirent les Augustins de bel assault ; et ceux qui estoient en l’isle retraiz, ne demandoient nulz chalans pourvenir au dit assault, car ilz passoient à gué tous armez, estans jusques aux aisselles en l’eau, et là demourèrent 293toute nuyt. Et ce voyans les dits seigneurs que la dicte Pucelle estoit fort folée157, la menèrent en la ville pour soy refreschir ; et fut crié que chacun portast des vivres au dit siège, et aussi que chacun gouvernast les paiges et chevaulx des hommes d’armes qui estoient hors. Aussi fist-on par toute la ville.
Item, en celle nuyt, cuidèrent passer la rivière les dits Anglois au droit de la bastille du champ Saint-Privé, et estoient en deux ou trois chalans ; mais ilz furent si effrayés que il s’en noya beaucoup ; et qu’il soit ainsi, depuis a on trouvé de leur harnois en la dicte rivière.
Et quand fut le samedi, septiesme du dit may, fut tenu conseil en la ville et fut requis de par les bourgeois à la dicte Pucelle que elle voulsist acomplir la charge que elle avoit de par Dieu et aussi du roy, et ad ce fut esmeue et s’en partit. Monta à cheval et dist : En nom Dé, je le feray, et qui me aimera si me suyve.
Les dits seigneurs allèrent avec elle, passèrent la rivière, furent menez vivres et artillerie, et vindrent si près que dès le matin fut donné l’assault par elle ausdictes Torelles. Et devers ceulx de la ville aussi firent pons pour assaillir, car il y avoit trois arches rompues avant que on peust joindre ausdictes Torelles ; et fut une merveilleuse chose de faire les pons, car ilz avoient faiz grans boloars fors et aventaigeux ; mais en tout ce Dieu ouvroit, car quant ung homme venoit pour besoigner ausdits pons, il estoit ouvrier ainsi que s’il eust acoustumé toute sa vie.
Ceulx de la ville chargèrent ung grand chalen plain 294de fagotz, d’os de cheval, savates, souffre et toutes les plus puentes choses que on sceut finer, et fut mené entre les Torelles et le boloart, et là fut boté le feu, qui leur fist ung grand grief ; et à venir join dre, les dits Anglois avoient des meilleurs canons du royaulme ; mais ung homme eust aussi fort getté une bole comme la pierre povoit aller d’iceulx canons, qui estoit un bel miracle.
Item, quant vint environ quatre heures après midi, aucuns chevaliers veirent ung colon blanc voler par sus l’estandart de la dicte Pucelle, et incontinent elle dist : Dedans, enffens, en nom Dé, ilz sont nostres !
Et oncques on ne veit grouée d’oisillons eulx parquer sur ung buisson comme chacun monta contre le dit boloart. Et ce voyant, ledit Clacidas, qui estoit chef, avec luy de vingt à trente hommes, cheurent de dessus le pont dedans la rivière, car ils avoient copé le dit pont pour cuider tromper noz gens ; et là fut accompli la prophétie que on avoit [faict] au dit Clacidas, c’est assavoir la Pucelle, qu’il mourroit sans seigner ; aussi fist-il, car il se noya et plusieurs autres ; et furent prises les dites Torelles, et plusieurs seigneurs, comme le sire de Poains, le sire de Molins ; et estoient léans de cinq à six cens combatans et gens d’élitte, car ilz estoient si obstinez qu’ilz ne creignoient pour quinze jours toute la puissance de France ne d’Angleterre. Et si la dicte Pucelle faisoit son de voir, ceulx de la ville le faisoient de devers la ville, tant par terre que par eaux. Et les amena on au dit Orléans deux à deux tous prisonniers, ceulx qui ne furent tuez.
Item, quant vint le dimenche, huitiesme dudit may, 295les autres bastilles tindrent conseil et se partirent au plus matin ; et là estoit ledit Tallebot ; et se misdrent sus les champs. Et ce voyans ceulx de la ville, yssirent hors à toute puissance avec ladicte Pucelle pour leur courir sus ; mais elle dist que on les laissast aller, et non pour tant que chacun estoit en bataille tant d’un costé comme d’autre ; et prist on entre les deux batailles leurs bombardes et artillerie ; mais ladicte Pucelle avec les seigneurs feirent retraire tous leurs gens, et là fut faicte une haulte et grande louenge à Dieu en criant Noel. Et en la compaignie avoit plusieurs pres tres et gens d’église qui chantoient belles ympnes ; et dist ladicte Pucelle que chacun allast oyr messe. Et ne doubtez pas se audit Orléans chacun faisoit grant joye, tant ès églises, comme en appert, pour le grant don que Dieu leur avoit fait.
Item, ne demoura guères que les dits seigneurs emmenèrent la dicte Pucelle devers le roy Charles, qui estoit à Tours, et considérez quelle recepcion on leur fist ; et remercia Dieu le roy si haultement, et aussi monseigneur de Dunois et les mareschaulx, et La Hire, et tous les autres capitaines qui luy avoient tenu compaignie. Ledit Tallebot demoura à Meung, à Boisgency et à Jargueau et à Yenville, et aussi tous ses gens. Et ne demoura guères que le duc d’Alenson vint avec ladicte Pucelle, et fut mis le siège devant Jargueau, auquel estoit le conte de Chifort, avec luy plusieurs capitaines d’Anglois ; et estoient léans de six à sept cens combatens, et ne demoura que deux jours qu’ils ne feussent pris de bel assault ; et Dieu scet si ceulx d’Orléans se faignoient à mener artillerie et gens et aussi vivres. Et puis après vindrent par devant 296Meung sur Loire où estoit Tallebot et toute sa puissance ; mais il n’osa frapper sur noz gens, car il estoit tout esperdu. Puis vindrent noz gens mectre le siège devant Boisgency, et là se trouva monseigneur le connestable de France, et prisrent composicion les Anglois qui léans estoient, et s’en allèrent audit Tallebot. Et à la poursuite se trouvèrent près de Pastoy nos gens contre ledit Tallebot, et là fut pris, et furent tuez environ quatre mille Anglois, lesquieulx se estoient tous retraiz avec ledit Tallebot. Et ce dit jour se rendit Yenville et plusieurs autres forteresses ; et qui eust voulu poursuir, on eust chassé lesdits Anglois jusques à la mer, veu le courage que chacun avoit, car ung François eust abatu dix Anglois ; non pour tant il n’y eut point de forse d’omme ; mais tout procédoit de Dieu, auquel louange appartient, et non à aultre.
Item, ce voyant monseigneur l’évesque d’Orléans avec tout le clergié, et aussi par le moyen et ordonnance de monseigneur de Dunois, frère de monseigneur le duc d’Orléans, avec le conseil d’iceluy, et aussi les bourgeois, manans et habitans dudit Orléans, fut ordonné estre faicte une procession le huitiesme dudit may, et que chacun y portast lumière, et que on iroit jusques aux Augustins, et partout où avoient esté le estour, on y feroit stacions et service propice en chacun lieu, et oroisons, et les douze procureurs de la ville auroient chacun ung sierge en leur main où seroient les armes de la ville, et qu’il en demourroit quatre à Sainte-Croix, quatre à Saint-Evurtre et quatre à Saint-Aignan ; et aussi que le dit jour seroient dictes vigilles audit Saint-Aignan et le landemain 297messe pour les trespassés, et là seroit offert pain et vin, et chacun procureur huit deniers parisis à l’offrande ; et seroient portées les châsses des églises, en espécial celle de monseigneur Saint Aignan, celle de monseigneur Saint Evurtre, lesquieulx furent moyens et protecteurs de ladicte cité et ville d’Orléans ; car en iceluy temps fut récité par aucun des Anglois estant pour lors audit siège, avoir veu durant iceluy siège deux prélas en abbit pontifical aller et circuir en cheminant par sus les murs de ladicte ville d’Orléans. Aussi autrefoiz ont esté gardes ou protecteurs lesdits sains monseigneur Saint Evurtre et monseigneur Saint Aignan de la dicte ville d’Orléans, au temps que vindrent devant icelle les mescréans ; car à la prière et requeste d’iceulx sains faicte envers Dieu, ladicte ville fut préservée des mains desdits mescréans, et en approchant à icelle, comme raconte l’istoire, furent tous évuglez ad ce qu’ilz n’eurent puissance de mal faire à la dicte ville entre cy et Saint-Loup.
On ne peult trop louer Dieu et les sains, car tout ce qui a esté fait, ce a esté tout par la grâce de Dieu ; ainsi donc on doit avoir grant dévocion à ladicte procession, mesmement ceulx de ladicte ville d’Orléans, attendu que ceulx de Bourges en Berry en font solemnité, mais ils prenent le dimencle après l’Ascencion, car celuy an estoit le dimenche ladicte Ascencion158. 298Et aussi plusieurs autres villes en font solempnité, car si Orléans fust cheu entre les mains desdits Anglois, le demourant du royaulme eust esté fort blécié. Et pour tant, en recognoissant tousjours la grant grace laquelle Dieu a voulu faire et démonstrer en ladicte ville d’Orléans, en la gardant des mains de ses ennemis, soit continuée et non pas delaissée ladicte saincte et dévote procession, sans cheoir en ingratitude, car par icelle viennent beaucoup de maulx. Chacun est tenu d’aller à ladicte procession et porter luminaire ardant en sa main. On revient autour de la ville, c’est assavoir par devant l’église Nostre-Dame-de-Saint Pol, et là fait on grande louenge à Nostre Dame ; et de là à Saincte-Croix, et le sermon là, et la messe après, et aussi, comme dessus, les vigilles audit Saint-Aignan, et le landemain messe pour les trespassez.
Et pour ce, soit ung chacun averti de louer et de remercier Dieu, car par aventure il y a pour le présent de jeunes gens qui à grant paine pourroient ilz croire ceste chose ainsi advenue, mais croiez que c’est chose vraye et bien grant grace de Dieu ; car durant ledit siège, oncques n’y eut aucune division entre les gens d’armes et ceulx de la ville, non obstant que par avant ilz se entre-hayoient comme chiens et chas ; mais quant ils furent avec ceulx de la ville, ils estoient comme frères, et aussi ceulx de la ville ne leur faisoient avoir aucune nécessité ou souffreté à leur 299pouvoir, en quelque manière que ce fust. Et par le bon service que ont fait les mamans et habitans de la dicte ville d’Orléans, sont et seront en la bonne grâce du roy, lequel leur a de fait montré et monstre de jour en jour, comme il appert par la teneur des beaulx privileiges lesquieulx il leur a donné.
II. Indulgences accordées par le cardinal d’Estouteville pour la célébration de la fête
(9 juin 1452)
(9 juin 1452)
Pièce imprimée par Lenglet Dufresnoy, Histoire de Jeanne d’Arc (IIIe partie, p.267), d’après l’original, autrefois à l’hôtel de ville d’Orléans, aujourd’hui au greffe de la cour royale de la même ville. Il y en a aussi une copie authentique dans le manuscrit 891 de la reine de Suède, à la suite de la chronique imprimée ci-dessus.
Guillelmus, miseratione divina, tituli Sancti Martini in Montibus sacrosanctæ Ecclesiæ romanæ presbyter, cardinalis de Estoutevilla vulgariter nuncupatus, in regno Franciæ, singulisque Galliarum provinciis apostolicæ sedis legatus : universis Christi fidelibus præsentes litteras inspecturis, salutem in Domino sempiternam. Licetis de cujus munere venit, ut sibi a suis fidelibus digne et laudabiliterserviatur,deabundantia suæ pietatis, quæ merita supplicum excedit et vota, benemerentibus sibi multo majora retribuit quam valeant promerita : nihilominus tamen, desiderantes Domino populum reddere acceptabilem et bonorum operum sectatorem, fideles ipsos ad complacendum ei, quasi quibus dam muneribus, indulgentiis videlicet et remissionibus invitamus, ut exinde reddantur divinæ gratiæ 300aptiores. Cum itaque, ut accepimus, vigentibus dudum in regno Franciæ, proh dolor ! guerrarum voraginibus, et ab antiquis inimicis regni hæc insignis Aurelianensis civitas obsidione circumdata foret, ex quocives et habitatores ferventius orationibus insistentes, invocato beatorum Aniani et Evurcii, gloriosissimorum confessorum, divino præsidio, postquam ipsa insignis civitas eorumdem Sanctorum precibus et meritis, volente Domino, ab ipsis eorum et regni inimicis absoluta et liberata fuit, gloriam divini nominis magis exaltare cupientes, et ex tanta eorum victoria devotius gratias Altissimo rependere curantes, consentiente toto clero ejusdem civitatis, pro perpetuis temporibus, simili die qua præfata civitas ab eisdem inimicis exstitit liberata, die octava maii, festum solemne cum missa, et processionem generalem, nec non in crastinum ejusdem, pro illorum animabus in dicta Qbsidione defunctorum, servitium pie et unanimiter celebrari ordinarunt ; quod quidem festum cum missa et vesperis primis et secundis, atque ipso crastino de defunctis, a singulis horis eorumdem dierum, in cathedrali ecclesia Aurelianensi huc usque laudabiliter procurarunt celebrari : cupientes igitur ut tam pium tamque laudabile propositum eorumdem peramplius solidetur, atque divina nominis exaltatio in eadem ecclesia publicetur ; ipsa quoque præterea divinis et congruis honoribus frequentetur, utque Christi fideles eo libentius ad id inclinentur, quo se senserint cœlestis dono gratiæ uberius refertos ; de omnipotentis Dei misericordia, ac beatorum Petri et Pauli, apostolorum ejus, ac apostolica, qua fungimur in hac parte, auctoritate confisi : omnibus et singulis 301utriusque sexus vere pœnitentibus et confessis, qui præfatis diebus visitaverint præfatam cathedralem ecclesiam, ac septima dicti mensis maii annuatim inprimis vesperis ; necnon octava, in missa ac vesperis secundis, crastino quoque in defunctorum servitio, singulisque eorumdem dierum horis et vigiliis, interfuerint, et ipsa die octava in processione generali, ipsasque devote audierint ; singulis videlicet vesperis, missa et servitio defunctorum, ac etiam processione generali, unum annum, singulisque horis supra dictis, centum dies de injunctis eis pœnitentiis, in Domino misericorditer relaxamus, præsentibus, perpetuis temporibus duraturis. In quorum omnium et singulorum fidem et testimonium præmissorum, præsentes litteras per secretarium nostrum infra scriptum subscribi, sigillique nostri fecimus appensione communiri. Datum Aurelianis, anno incarnationis dominicæ M. CCCC. LII. die vero IX. mensis junii, pontificatus sanctissimi in Christo patris et domini nostri, domini Nicolai, divina providentia papæ quinti, anno VI.
Signé : P. Pontanus159.
302III. Autres indulgences accordées par Thibaud d’Aussigni, évêque d’Orléans
(4 mai 1453)
(4 mai 1453)
Même provenance que la pièce précédente, et imprimée dans le même ouvrage.
Theobaldus, miseratione divina, Aurelianensis episcopus, universis præsentes litteras inspecturis, salutem in Domino Jhesu, qui in suis fidelibus mirabiliter operari dignatus est, cum catenatos et ligatos a suis ligaminibus et ærumnis gratiose liberavit. Sane cum, ut novimus, regni Francorum acerbissimis, proh dolor ! vigentibus guerris, et contra Franciæ regem insurgentibus antiquis inimicis, hæc nostra Aurelianorum nobilissima civitas dudum circumcirca notabiliter erecta et ædificata, modernis iis temporibus, Anglicorum, regniantiquorum inimicorum, obsidione circumdata et diu eadem in subjectione detenta fuerit, et exinde causantibus Altissimi adjutorio, precibus etiam et meritis SS. Evurcii et Aniani, gloriosissimorum confessorum, prædecessorum nostrorum episcoporum, ac habitantium orationibus impensis, a manibus eorumdem inimicorum liberata et absoluta : ob quod iidem habitatores et cives, gloriam divini nominis et Sanctorum gesta ex tanta victoria exaltare curantes, et gratias in supernis rependere, clero et altero populo consentiente, die eadem qua fuit hujus modi civitas liberata, octava scilicet mensis maii, temporibus perpetuis solemne festum cum missa, et processionem generalem, ac etiam in ejusdem festi 303crastinum, pro animabus illorum in dicta obsidione defunctorum, servitium cum vigiliis in dicta nostra et sancti Aniani prædicti ecclesiis celebrari decreverunt et ordinaverunt, et huc usque idem festum solemniter fieri procurarunt : cupientes igitur et affectantes eorumdem habitantium et civium laudabile propositum in perpetuum conservari et manuteneri, divinumque nomen exaltari, ac easdem ecclesias a Christi fidelibus eoferventius visitari, quo se senserint dono cœlestis gratiæ refertos ; omnibus et singulis Christi fidelibus vere pœnitentibus et confessis, qui ad commemorandam hujusmodi victoriam, in dicta solemni processione, eadem die octava aut alia qua ipsa fiet processio, ac etiam in septimæ præcedentis et octavæ ejusdem, dierum, vesperis et crastino servitio dictorum defunctorum in dictis ecclesiis fiendo, ipsiusque diei octavæ singulis aliis horis intererunt : de omnipotentis Dei misericordia, gloriosissimæque Virginis Mariæ matris ejus, ac victoriosissimæ sanctæ Crucis beatorumque Petri et Pauli, apostolorum ejus, auctoritate, ac omnium Sanctorum meritis et intercessionibus confisi, XL dies de injunctis sibi pœnitentiis misericorditer in Domino relaxamus præsentibus perpetuo duraturis. In cujus rei testimonium, litteris præsentibus sigillum nostræ curiæ duximus apponendum. Datum et actum Aurelianis, anno Domini M. CCCC. LIII. die IV. mensis maii.
Signé : Chenu.
304IV. Autres indulgences accordées par François de Brillac, évêque d’Orléans
(4 mai 1474)
(4 mai 1474)
Même provenance, même éditeur que les pièces précédentes.
Franciscus, miseratione divina, Aurelianensis episcopus, universis et singulis fidelibus præsentes litteras inspecturis, salutem in Domino Jesu Christo, qui in Sanctis suis laudabilis semper et gloriosus, ac in operibus mirabilis existit. Sane cum, ut novimus, in regno Franciæ acerbissimis, proh dolor ! vigentibus guerris, et contra regem et regnum antiquis hostibus et inimicis insurgentibus, hæc nostra Aurelianorum civitas nobilissima, ædificiis motabilibus et domibus ædificata et circumvallata extiterit, quæ tandem, mediis prædecessorum nostrorum temporibus, Anglicorum dicti regni inimicorum antiquorum obsidione ad aream demolita, propter ipsorum inimicorum diuturmam moram et obsidionem circum circa per eos factam et appositam ; exindeque victoriosissimæ sanctæ Crucis, patronæ nostræ, ac beatorum Aniani et Evurcii, confessorum, prædecessorum nostrorum Aurelianensium præsulum, precibus et interventu, ac civium et habitatorum suffragiis et orationibus Altissimo porrectis, ab eorumdem inimicorum manibus, et ad comfusionem suam, Dominique mostri Jhesu et prædictorum gloriosissimorum confessorum laudem et gloriam plebisque Aurelianorum exultationem, liberata et expedita fuerit : quamobrem et in hujus rei gestæ memoriam 305a clero et populo, pro laudibus et gratiis Altissimo de tanta misericordia et gratia impertita referendis, fuerit ordinatum et per statutum decretum, diem dictæ liberationis et inimicorum confusionis, quæ fuit octava die mensis maii, amodo in perpetuum tali die solemniter feriari et in ipsa die processiones solemnes fieri, ac in ejusdem festi crastinum, pro animabus defunctorum in dicta obsidione decessorum, servitium cum vigiliis, in nostra Aurelianensi et beati Aniani Aurelianensis ecclesiis, servitium solemne cum vigiliis fieri, dici et celebrari, prout ab illo tempore factum fuit et observatum : cupientes igitur et affectantes eorumdem habitantium et civium laudabile propositum in perpetuum conservari et manuteneri, diuturnoque tempore exaltari, ac easdem ecclesias a Christi fidelibus eo ferventius visitari quo se senserint dono cœlestis gratiæ affectos : omnibus et singulis Christi fidelibus vere pœnitentibus et confessis, qui ad commemorandam hujusmodi victoriam in dicta solemni processione, eadem die octava aut alia qua ipsa fiet processio, ac etiam in septima præcedentis et octavæ ejusdem dierum vesperis, et crastinæ servitio dictorum defunctorum in dictis ecclesiis fiendo, totiusque diei octavæ singulis aliis horis, intererunt ; de omnipotentis Dei nostri, gloriosissimæque Virginis Mariæ matris ejus ac victoriosissimæ sanctæ Crucis, beatissimorumque Petri et Pauli, apostolorum ejus auctoritate, ac omnium Sanctorum meritis et intercessionibus confisi : XL dies de injunctis sibi pœnitentiis misericorditer in Domino relaxamus, præsentibus perpetuo duraturis. In cujus rei testimonium, litteris præsentibus sigillum Cameræ nostræ duximus appomendum. 306Datum et actum Aurelianis, anno Domini M CCCC LXXIV. die LV. mensis maii.
Signé : Coteireau.
V. Autres indulgences accordées par le cardinal Jean Rolin, évêque d’Autun
(19 janvier 1482)
(19 janvier 1482)
Même provenance et même éditeur que les précédentes. Cette pièce fut transcrite plusieurs fois aux frais de la ville, comme il appert d’un article de ses comptes pour l’an 1483-1484 (registre manuscrit à la bibliothèque d’Orléans) :
A Junian Dalier, notaire en court d’église à Orlians, pour avoir doublé et escript ou livre rouge de la dicte ville, ouquel livre est le service de la feste de la ville, la bulle de cent jours de pardon donnez par monseigneur le cardinal d’Autun, à la requeste des procureurs, à tous ceulx qui seront à la procession et service d’icelle feste de la ville ; 2 sols, 2 den. obole parisis.
Joannes Rolin, miseratione divina, tituli Sancti Stephani in Celio monte, sacrosanctæ Romanæ Ecclesiæ presbyter cardinalis, et episcopus Eduensis, universis et singulis Christi fidelibus præsentes litteras inspecturis, salutem in Domino sempiternam. Suscepti per nos compellit officii debitum ut illud intendamus operibus quæ salutem respiciunt animarum. Cum itaque, sicut accepimus, processiones et congregationes devotæ, quas civitatis Aurelianensis procuratores huc usque per viros ecclesiasticos, in Redemptoris nostri Jhesu-Christi, in quo omnium salus posita est, laudem fieri et continuari impetrarant, a quam plurimis, blanditias sectantibus carnis, deseri incipiant ; 307nos totis desiderantes conatibus, offensionibus et corruptelis quæ satis moeste defleri nequeunt, obviare, devotis dilecti nobis in Christo magistri Joannis Luillier, in legibus licentiati, ejusdem civitatis incolæ et consiliarii, porrectis super hoc nobis supplicationibus inclinati : de omnipotentis Dei misericordia ac heatorum Petri et Pauli, apostolorum ejus auctoritate, sanctorumque martyrum Nazarii et Celsi, Lazari atque Leodegarii, patronorum nostrorum, meritis et intercessionibus confisi ; auctoritate etiam apostolica, nobis ad hoc specialiter concessa : omnibus et singulis Christi fidelibus utriusque sexus, bene pœnitentibus et confessis, qui processionibus, ad procuratorum ipsorum, pro tempore existentium, prosecutionem in ipsa civitate fiendis, sive missarum obsequiis quæ pro ipsius civitatis et communitatis ejusdem prosperitate et decenti regimine aut aliter celebrabuntur, intererunt, aut in hujusmodi processionum et missarum celebratione pias, pro salute, tranquillitate et pace serenissimi domini nostri regis successorumque ipsius regni et ejus incolarum, preces celsissimo devotas de promere meruerint ; sive in hujusmodi processionibus capsas, reliquiaria et alia sacra vasa, debita cum reverentia, deportaverint ; quive sermones, ad populum hujusmodi processionum occasione fiendos, devote audierint : quotiens præmissa seu aliquod præmissorum adimpleverint, totiens centum dies indulgentiarum de sibi injunctis pœnitentiis suis in Domino relaxa mus præsentibus, perpetuis temporibus duraturis. In quorum fidem et testimonium præmissorum, præsentes litteras sigilli nostri oblongi jussimus appensione muniri. Datum Parisiis, in domibus nostræ residentiæ, 308XIX. mensis januarii, anno Domini M CCCC LXXXI. more gallicano computando, pontificatus sanctissimi in Christo Patris et Domini nostri, domini Sixti, divina providentia papæ IV, anno XI.
VI. Frais pour la célébration de la fête au quinzième siècle
Extraits des registres originaux des comptes et dépenses de la ville d’Orléans, à la bibliothèque de cette ville. Beaucoup des articles qui suivent ont été imprimés, mais d’une manière moins correcte, dans les Recherches historiques sur la ville d’Orléans, de M. Lottin, tome I de la première partie, passim.
1435. — A Jaquet Leprestre, varlet de la ville d’Orliens, pour l’achat de 23 l. de cire neufve, achatées pour refaire les torches de ladicte ville, et mises avec 26 l. de cire vieille du demourant desdictes torches, pour la sollempnité de la procession des Tourelles faicte le VIIIe jour de may mil CCCC XXXV, au pris de 2 s. 10 d. p. la livre, vallent 62 s. 4 d. p.
A lui pour 36 l. de cire, pour avoir fait douze cierges pour les douze procureurs de ladicte ville, lesquielx ilz portèrent à ladicte procession, audit pris de 2 s. 10 d. p. la livre, vallent 102 s. p.
A Jehan Moynet, cirier, pour la façon desdictes torches et cierges, pour les lyas et bastons, et pour ung flambeau offert l’endemain de ladicte procession à une messe que on chante pour les trespassez en l’église monseigneur Saint-Aignan. Pour ce, 26 s. p.
A Estienne le paintre, pour douze escussons aux 309armes de la ville, qu’il a faiz pour mectre et pendre ausdiz douze cierges. Pour ce, 6 s. p.
A Jaquet Leprestre, pour cinq pintes et choppine de vin à 8 d. la pinte, deux pains de 4 d. et ung blanc de 8 d. p. qui furent offers à ladicte messe de lendemain. Pour ce, 4 s. 8 d. p.
A messire Jehan Parine, arcediacre de Baugency en l’église d’Orliens, pour don fait à ceulx qui chantèrent durant ladicte procession des Tourelles, et pour ceulx qui sonnèrent à Saincte-Croix, 48 s. p.
A lui pour bailler à ceulx qui portèrent la chasse de Mgr. Saint-Aignan à ladicte procession, 4 s. p. — Pour bailler à ceulx qui portèrent la chasse de Mgr. Saint-Mamert, semblablement 4 s. p. — Pour bailler à ceulx qui portèrent la chasse Mgr. Saint-Euverte, semblablement 4 s. p. — Pour bailler à ceulx qui portèrent les six torches de la ville, 4 s. p.
A Jaquet Lesbahy, pour bailler à maistre Robert Baignart pour avoir fait et dit le sermon à ladicte procession, 16 s. p.
A Guillaume le Charron et Michelet Filleul, pour don à eulx fait pour leur aider à paier leurs eschaffaulx et autres despenses par eulx faictes le VIIIe jour de may mil CCCC XXXV, que ilz firent certain mistère ou boloart du pont, durant la procession : trois réaulx d’or. Pour ce, 72 s. p.
1436. — Outre les articles portés en compte l’année précédente :
A Jaquet le Prestre, pour une main de papier employée à couvrir les cierges par où on les tient, et douze petiz boisselez de papier pour retenir la cire 310qu’elle ne chée sur les personnes ; pour demy cent d’espingles à atacher les escussons et ung quarteron de clou à atacher lesditz boisselets. Pour tout ce, 2 s. p.
A Jagot, pour avoir nettoyé la place des Augustins et la rue de devant, là où on mist reposer les corps sains, 16 d. p.
A Colin Galier, pour quatre tumbelerées de sablon mises en la place de devant lesdiz Augustins, pour ce que ce n’estoit que boe : 4 s. p.
1439. — Outre les dépenses des années précédentes :
A Mahiet Gauchier, paintre, le XXIIIe jour du moys d’avril, pour faire les jusarmes et haches, et une fleur de liz et deux Godons, par marchié fait à lui en la chambre de ladicte ville pour faire la feste du lievement des Tourelles ; pour ce, 12 l. 16 s. p.
A Jehan Chanteloup, pour avoir vacqué neuf journées à faire les eschaffaulx de la procession des Tourelles, et pour unze charroiz pour mener et ramener le bois qui failloit à faire lesdiz eschaffaulx ; pour ce, 44 s. p.
1445. — Outre les dépenses des années précédentes :
A Jehan Pichon, varlet de la ville, pour une saincture de cuir par lui achactée pour pendre la bource qui soustient le bout du baston à quoy se porte la ba nière de la ville, à la procession dudit VIIIe may ; pour ce, 8 d. p.
A lui, qui a esté paié pour sa paine d’avoir porté la bannière de la ville à ladite procession, 8 d. p.
Audit Pichon, pour donner aux petiz enffens de 311cueur de Saincte-Croix pour avoir des petiz pastez, 2 s. p.
1446. — Outre les dépenses des années précédentes :
A Mahiet Gaulchier, paintre, pourdon fait aux compaignons qui jouèrent le mistaire de S. Estienne le VIIIe jour de may, pour leur aider à soustenir la despense de leurs chaffaulx et aultres choses ; pour ce, 4 l. 16 s. p.
1483. — Outre les dépenses des années précédentes :
A Estienne Chartier, varlet de ladicte ville, qui a paié à soixante deux hommes qui ont porté les chasses et chefs de plusieurs corps sains à la procession de la dicte ville, faicte le huitiesme jour de may M. CCCC. IIIIxx et trois ; auquel jour que eschei la feste de l’Ascension Nostre-Seigneur, messeigneurs de l’église feisdrent la procession que ilz ont coustume de faire pour reverence d’icelle Ascencion, en leurs chappes, en l’église de Bonnes-Nouvelles, de bon matin et avant icelle procession de ladicte ville ; c’est assavoir à dix hommes qui ont porté la chasse et chef sainct Mamert, seize hommes qui ont porté la chasse et chefsainct Euverte, deux hommes qui ont porté le chef saint Grégoire, huit hommes qui ont porté la chasse saint Sanxon, huit hommes qui ont porté les chefz saint Aignan et saint Victor, quatre hommes qui ont porté la chasse saint Evroul, six hommes qui ont porté la chasse saint Marceau, quatre hommes qui ont porté la chasse saint Avy, et quatre hommes qui ont porté le chef saint Flo : qui sont les diz soixante deux hommes ; à 8 d. p. à chacun, vallent 41 l. 4 d. p.
312A lui, pour despence faicte en l’ostel de ladicte ville par les procureurs d’icelle au disner du jour d’icelle procession, où estoit maistre Robert Salmon, docteur en théologie et provincial des Carmes160 ; pour par lesdiz procureurs eulx entretenir ensemble, affin de aller d’ilec aux vigilles des trespassez à Saint-Aignan, ainsi qu’il est accoustumé ; pour tout 116 s. ob. p.
A Simonne Gozie, chappellière de la parroisse Saint-Victor d’Orléans, pour vingt chappeaux de violetes par elle faiz pour les maistres et enffans de cueur de Saincte-Croix, Saint-Aignan et Sainct-Pere-empont, qui les ont portez à ladicte procession, 8 s. p.
A Estienne Chartier, qui a paié pour ung quarteron d’or parti et en fil, pour filloller lesdiz chappeaux ; pour ce, 2 s. p.
A messire Eloy d’Amerval, maistre des enffans de cueur de Saincte-Croix d’Orléans, tant pour lui que pour les autres chantres et chappelains d’icelle église qui ont chanté avec les chantres et chappelains de l’église Saint-Aignan d’Orléans et fait le service appartenant et accoustumé faire à ladicte procession d’icelle ville, 28 s. p.
Audit messire Eloy d’Amerval, la somme de cent quatre solz parisis, pour la valleur de quatre escuz d’or à lui ordonnez estre paiez et baillez en recompense et remuneracion de avoir dité et noté en latin et en françois ung motet, pour chanter doresenavant ès processions qui se font chacun an ledit VIIIe jour de may, et qui en icelle procession derrenière a esté chanté 313en rendant grâces à Dieu de la victoire que il donna ausditz habitans ledit jour que les Anglois levèrent le siège que ilz avoient mis devant ladicte ville ; duquel motet il a fait deux livres contenans chacun huit grans feuillez de parchemin, reliez entre deux ays, couvers de cuir vermeil, l’un pour bailler aux chantres, et l’autre aux effans de cueur d’icelle église Saincte-Croix, pour chanter à la stacion qui se fait devant la porte Dunoise. Lesquelx deux livres icellui messire Eloy a donnez et présentez ausdiz procureurs assemblez en l’ostel de ladicte ville et pour les habitans d’icelle, le dit huitiesme jour de may, au retour d’icelle procession derrenière. Pour ce, 104 s. p..
VII. Vers composés pour la fête
Ces vers ont tout l’air d’être ceux pour lesquels messire Éloi d’Amerval reçut la somme consignée dans l’article précédent. Ils sont certainement du temps de Louis XI ou des premières années de Charles VIII. M. Lottin les a publiés pour la première fois dans ses Recherches historiques sur Orléans (première partie, t. I, p. 279). Ils viennent d’un manuscrit qui était autrefois au trésor de la ville, mais qui n’y est plus aujourd’hui. L’éditeur ne dit pas où il en a trouvé la copie.
1. Hymne chanté devant l’église de Notre-Dame des Miracles de Saint-Paul
Noble cité de moult grant renommée,
Ville puissante en tous lieux bien famée,
Chambre de roy digne d’estre nommée
Lieu décoré de décrets et de loix,
De guerre en paix la mercy Dieu tournée,
Rejouy toi à icelle journée,
Peuple vaillant et très loyal françois.
314A la doulce prière
Dont le roy Dieu pria,
Vint Pucelle bergière
Qui pour nous guerroya.
Par divine conduitte
Anglois tant fort greva
Que tous les mist en fuitte
Et le siège leva.
Chantez, ô le clergié et messieurs les bourgeois,
Vous, notables marchans, aidez nous ceste fois.
Commune d’Orliens, eslevés vostre voix
En remerciant Dieu et la Vierge sacrée,
Quant jadix, à tel jour, huictiesme de ce mois,
Regarda en pitié le peuple orliénois,
Et tellement chassa noz ennemis anglois
Que la duchié en fust en joye délivrée.
O reine de là sus, en grand dévotion
Icy devant Sainet-Pol vous en remercions..
D’en célébrer le jour sommes par trop joyeulx ;
Chascun an y faisons belle procession,
Portons nos biaux joyaux par décoration,
En chantant chants de paix et motets gracieux.
O benoist sainct Aignan, tant digne et précieux,
O sainct Euverte aussy, nos patrons glorieux,
Du trésor d’Orliens garde et protection !
2. Motet chanté à la Porte dunoise
Grandement rejouyr te doibs,
Dévost peuple orliénois,
Et, comme très loyal François,
Remercier Dieu à haulte voix,
Quand cinq jours après la grand feste
De la digne et benoiste croix,
315Le huictiesme jour de ce mois,
Par une Pucelle une fois,
Chassas tes ennemis Anglois
Qui tant te firent de tempeste.
Voici la croix du Fils de Dieu ;
Voici de France le milieu,
La noble cité d’Orliens.
Fuyez, Anglois, de ce beau lieu,
Et vous souvienne, après tout jeu
Que ne gaignastes rien lians.
Judith et Esther, nobles dames,
Et plusieurs aultres vaillans femmes,
Par le vouloir du Dieu des dieux,
Bataillèrent pour les Hébrieux
Et eurent de belles victoires,
Comme nous trouvons ès histoires.
Dont ainsi pour nostre querelle
Batailla Jehanne la Pucelle.
Ne saillez jamais d’Angleterre,
Anglois, pour gaigner nostre terre.
Regardez comment Glacidas
Fust noyé, et d’aultres grans tas ;
Sallebry frappé d’un canon
Dont mourut à confusion :
Car Nostre Dame et sainct Memart
Les grefvèrent de toute part ;
Sainct Euverte les mit aussy
Et saint Aignan en grant soucy,
En la vertu, comme je crois,
De Dieu et de sa digne croix.
Or, prions donc pour le bon capitaine
Sage et prudent, monseigneur de Dunois ;
316Que Dieu le mecte en la gloire haultaine,
Poton, Lahyre et tous les bons François ;
Et rendons tous grâces au Roy des rois
Quy à tel jour nous mist hors de grand peine,
Et adorons sa précieuse croix,
Le vray salut de créature humaine.
En la bannière estoit mis.
A la Vierge tous deux
Quant vous a plu tourner
En liesse nos deulx,
Très humblement aussy
Vous en remercions161.
VIII. Indications complémentaires
Les documents qui précèdent montrent ce qu’était la fête du 8 mai au XVe siècle. Je dois ajouter, pour compléter ce tableau que Jean du Lis, dit la Pucelle, fils de Pierre d’Arc et seigneur de l’Île aux Bœufs (voy. ci-dessus, p. 280), venait tous les ans de sa terre de Villers où il faisait résidence, à Orléans, pour figurer à la procession de la ville ; qu’il y avait le pas, et qu’on y portait devant lui un grand cierge blanc allumé sur lequel était appliquée une effigie peinte de la Pucelle. Le fait fut attesté en 1550, quarante-huit ans après sa mort, par un très vieux domestique qu’il avait eu à son service. Ce domestique déposait alors comme témoin dans une enquête sollicitée par certains membres de la famille et rapportée, quant à ce, dans le Traité sommaire du nom et des armes de la Pucelle.
317Les personnes qui voudront suivre les progrès et vicissitudes de la fête du 8 mai au delà de 1500, devront recourir aux Recherches historiques sur Orléans de M. Lottin. Cet ouvrage, rédigé en forme d’éphémérides, est d’un usage très facile. L’Histoire de l’église et de la ville d’Orléans, par Symphorien Guyon, est aussi à consulter. On y trouve une longue description du cérémonial usité en 1650.
Pour la commodité du plus grand nombre des lecteurs, je résumerai en quelques mots l’historique de la fête, tel qu’il résulte de l’un et de l’autre de ces ouvrages.
Dès le temps de Symphorien Guyon, un divertissement tout profane avait pris racine à côté des cérémonies de l’Église. Après la procession des reliques, les militaires de la garnison promenaient par la ville un puceau habillé à la Henri IV, qui était censé représenter Jeanne d’Arc. À partir de 1725, le puceau fut un personnage officiel que la ville habilla à ses frais, que le clergé admit dans ses rangs à la procession. En 1786, la duchesse d’Orléans, mère du roi actuel, institua une rosière qui partagea avec le représentant de Jeanne d’Arc les honneurs de la journée.
Vint la révolution, qui commença par diminuer beaucoup le caractère religieux de la cérémonie, en remplaçant par de la garde nationale les congrégations supprimées. La célébration de 1790 coïncida avec celle de la fédération orléanaise. Elle eut encore lieu en 91 et 92 ; mais cessa tout à fait en 93. On ne songea à la rétablir qu’en l’an XI, lorsqu’il fut question d’élever un nouveau monument à la Pucelle. Le célèbre M. Bernier, évêque d’Orléans, prit l’initiative, et demanda à cet effet, à la date du 3 ventôse (22 février 1803), une autorisation qui lui fut accordée par Chaptal, alors ministre des cultes162.
Le service à la cathédrale fut donc rétabli, ainsi qu’une procession 318où assistaient toutes les autorités de la ville. Pour augmenter l’éclat de la fête, M. de Rocheplatte, maire d’Orléans en 1816, ressuscita le puceau habillé à la Henri IV, et le soumit à un cérémonial jusqu’alors inusité. Un album exécuté à Orléans en 1829163 donnera l’idée de ces innovations aussi peu conformes à l’histoire que réprouvées par le bon goût. La révolution de 1830 en a fait justice. La fête du 8 mai est redevenue ce qu’elle était du temps de l’empire.
Notes
- [155]
Forme insolite de l’ancien verbe remerer.
- [156]
Ce personnage, qui n’est nommé nulle part ailleurs, ne serait-il pas l’auteur de la présente relation ?
- [157]
Foulée, c’est-à-dire, lasse, fatiguée.
- [158]
Suppléez après entre les mots dimanche et ladite ascension, ou tout autre équivalent qui épargne à l’auteur la faute d’avoir fait tomber l’ascension un dimanche. Il veut dire que les habitants de Bourges faisaient la fête d’Orléans le dimanche après l’Ascension, parce que la délivrance était tombée ce jour-là, célébrant ainsi l’anniversaire, non pas à son quantième, mais à sa férie. Le fait se trouve ainsi rapporté d’après les registres capitulaires de la cathédrale de Bourges, dans l’Histoire du Berry (t. III, p. 25) publiée récemment par M. Raynal :
La procession dite de la Pucelle avait lieu tous les ans à Bourges, le dimanche le plus rapproché de l’anniversaire de son supplice. Elle se rendait à travers la ville, de la cathédrale à l’église des frères Prêcheurs.
Notre texte fournit de quoi corriger ce qu’il y a d’inexact dans ce passage.
- [159]
La copie du Vatican porte la souscription suivante :
Gratis de mandato, Guillermus Mesardi Juvenis, pro copia et collatione factis cum originale.
- [160]
Depuis ce temps, le prédicateur qui faisait le sermon à l’office fut toujours invité au dîner de la ville.
- [161]
Ces vers, si ce sont des vers, n’offrent pas de sens. Peut-être n’est-ce qu’un fragment de l’inscription mise sur la bannière. Je m’en rapporte au texte de M. Lottin.
- [162]
Voici le texte de cette autorisation, imprimée par M. Lottin, (2e partie, t. IV, p. 349) d’après l’original des Archives du Loiret :
J’ai présenté au Premier Consul, Monsieur l’Évêque, votre projet de rétablir les cérémonies religieuses qui avaient autrefois lieu en mémoire de la délivrance d’Orléans par la Pucelle. Il approuve entièrement ce projet, et il a trouvé dans votre proposition un nouveau témoignage de votre empressement à faire concourir la religion à tout ce qui peut être honorable pour la nation française. J’ai l’honneur de vous saluer. Signé Portalis.
- [163]
Fête de Jeanne d’Arc à Orléans, le 8 mai 1829, quatre cents ans après la délivrance de cette ville, six dessins lithographiés par Charles Pensée. Petit in-fol. — Voir aussi la description donnée par M. Jollois, dans son Histoire abrégée de Jeanne d’Arc, p. 173, et les notes.