Chroniqueurs : Étrangers
Témoignages étrangers
475William Wyrcester
Il n’y a pas de chroniqueur anglais pour les commencements du règne d’Henry VI. Le seul, William Botoner dit Wyrcester (ou de Worcester), a consigné quelques notes chronologiques sur cette époque, qui fut celle de son adolescence. Les cinq lignes rapportées ci-dessous contiennent tout ce qu’il a eu à dire, non-seulement sur Jeanne d’Arc, mais sur la révolution dont elle donna le signal.
Élevé à l’université d’Oxford par la munificence de sir John Falstolf, William Wyrcester écrivit plus tard la vie de son bienfaiteur. Cet ouvrage paraît perdu, malheureusement pour l’objet qui nous occupe. L’auteur ne pouvait faire autrement que d’y exposer tout au long la période sur laquelle il a sauté si complètement dans ses notes.
Hearne a publié le premier à la suite du Liber niger scaccarii (2 vol. in-12, Oxford, 1728), les notes chronologiques de Wyrcester, qui ont une grande importance pour les guerres civiles des deux roses.
MCCCCXXX. — Hoc anno, die sancti Georgii martyris, rex Henricus VItus exiit ab Anglia usque Caleys, cum magno apparatu, ad coronam accipiendam in Francia. Et hoc anno, XXIII. die maii, quædam mulier, vocata Pucelle de Dieu340, capta est ab Anglis apud villam de Compayne.
476William Caxton
William Caxton, célèbre littérateur et imprimeur anglais, naquit en 1412, la même année que Jeanne d’Arc ; mais il fut mercier à Londres jusqu’à l’âge de trente ans, et résident de commerce en Flandre jusqu’à près de soixante, par conséquent très-peu occupé, durant tout ce temps, des choses qui se passaient hors de sa sphère. Lors donc que, s’étant improvisé homme de lettres, il voulut doter son pays d’une chronique en sa langue nationale, il se borna à compiler et à traduire du latin en anglais quelques mauvais abrégés faits avant lui. D’après cela on peut juger quelle est la valeur de l’ouvrage intitulé : The Cronicles of England, que Caxton imprima lui-même dans son atelier de Westminster en 1480. Ce livre, d’une rareté excessive, ne paraît pas exister en France, mais on en trouve assez facilement les éditions postérieures, dans lesquelles a été fondu le travail d’un moine de Saint Alban, composé en 1483 sous le titre de Fructus temporum. Ces éditions amplifiées des chroniques de Caxton, contiennent sur la Pucelle un passage écrit peut-être avec connaissance de celui de William Wyrcester, mais bien plus complet et plus instructif. On y rend hommage à la valeur de Jeanne ; sa chasteté même n’est pas contestée ; mais on prétend qu’après avoir été condamnée au feu, elle feignit d’être enceinte pour obtenir un sursis à son exécution. Deux choses sont à noter sur cette fausseté : d’abord qu’elle a été répétée par le peu judicieux Polydore Vergile à l’intention d’en tirer un effet pathétique ; ensuite qu’elle paraît être l’un des mille bruits mis en circulation lors du jugement, pour justifier aux yeux du peuple anglais les lenteurs de la procédure.
The cronycles of Englonde with the Fruyte of times. (London, Wynkyn de Worde, 1528). Pars 7, fol. CLII v°, col 2.
This yere, on saynt Georges day, kyng Henry passed 477over the see to Calays toward Fraunce. Aboute this tyme and afore, the realme beynge in grete mysery and trybulacyon, the Dolphyn with his party begam to makewarre, and gate certayn places, and made dis tresses upon Englyshmen, by the meame of his capytains, that is to saye, La Heer and Poton de Sayntraylles, and in especyall a mayde whiche they mamed la Pucelle de Dieu. This mayde rode lyke a man and was a valyaunt capitaym amonge them, and toke upon her mamy grete enterprises, in so moche that they had a byleve for to have recovered all theyr losses by her. Notwithstanding, at the last, after mamy grete feates, by the helpe and prowesse of syr John Luxemburgh, whiche was a noble capytayn of the duke of Burgoyns, and many Englyshe mem, Pycardes and Burgonyons, whiche were of our party, before the towne of Compyne, the XXII daye of maye, the foresayd Pucelle was takem in the felde, armed lyke a mam, and many other capitayns with her. And were all brought to Roem, and there she was put in pryson, and there she was judged by the lawe to be brent. And then she sayd that she was with childe ; wher by she was respited a whyle341 ; but in conclusyom, it was founde that she was not with chylde, and them she was brent in Roem. And the othere capitayns were put to raunson and entreated as men of warre ben acustomed.
478Walter Bower
Cet écrivain, Écossais de nation et gradué en droit canon de l’université de Paris, naquit en 1385. Il fut abbé de Saint-Colm depuis l’an 1418. Le roi Jacques Ier se servit de lui à diverses reprises pour des affaires concernant l’administration de ses finances. Il entreprit en 1441 de compléter et de continuer Fordun, qui, à la fin du XIVe siècle avait commencé, sous le titre de Scotichronicon, une histoire ou chronique générale de son pays. Bower poussa ce travail jusqu’à la mort de Jacques Ier (1437), et le dédia au lord David Stuart de Rossyth. Dans son quinzième livre (chap. 36), il parle de Jeanne d’Arc, sur laquelle il avait eu des renseignements par un témoin oculaire. Cette circonstance, les relations amicales de l’Écosse avec la France du temps de Charles VII, la connaissance que l’auteur avait de notre pays : tout cela donne de la valeur à ses paroles, là même où il n’articule que des erreurs.
Les meilleures éditions du Scotichronicon, augmenté par Bower, sont celles d’Oxford par Hearne, 5 vol. in-8°, 1722, et d’Édimbourg par Goodall, 2 vol. in-fol., 1759.
De victrici Puella Franciæ et de morte ejus.
Circa idem tempus, venit de Lotharingia quædam virgo juvencula, nomine Johanna, quæ dicebat se fuisse missam ab Altissimo ad propulsandum et enervandum Anglorum molimina. Quæ, acceptis a rege Franciæ duobus millibus armatorum virorum, accessit Aurelianis cum victualibus, heraldum præmittens cum littera et præcipiens obsidentibus, ex parte Dei omnipotentis, ut a civitate et a Francia recederent, alias pœnas eis mirabiles intentabat. Qui nuncium surda 479aure spernentes, nullum eidem responsum mittere dignabantur. Quæ ubique arma ferens virilia, per batellos civitati victualia intromisit et bastilla conquisivit, et ipsum Glassendem cum sexcentis et ultra occidit, et civitatem intravit et civitatenses humaniter confortavit.
Abhinc recessit Turonis ad regem, et, congregata majori potentia, cum duce Alaunson et constabulario Franciæ Aurelianis repetiit, et obsidionem levavit. Unde Anglici recesserunt ad oppidum de Le Mun-so-Lare, quos a tergo insecuta, cum eis commisit bellum campestre ; ubi occisi sunt de Anglis tria millia, et de Francis et Scotis viginti personæ ; ubi capti sunt do minus de Talbot et dominus de Scalez.
Dehinc processit et obsessit oppidum de Georgewis, et per assultum sumpsit ; ubi captus fuit comes de Southfolk cum duobus fratribus suis. Et consequenter, de consilio le Pucelle, accessit rex ad civitatem Re mensem in Campania, et ibidem coronatus est et in unctus unctione ampullæ, per angelum Karolo Magno transmissæ.
Hoc in tempore, ecclesiæ aurelianensi præfuit epi scopus Johannes Kirkmichæl342, scotus.
Quæ Puella, dimissis ibidem custodibus, accessit ad civitatem Santlice, quæ reddita est ei ; dehinc ad Sanctum-Dionysium, quæ ultro reddita est ei. Et ibidem, dimisso rege, Puella accessit Parisiis cum X millibus, et ipsum assilivit ; ubi multi de exercitu regis sagittatione fundarum, albalistrorum, lapidum et sagittarum, vulnerati occubuerunt. Ubi etiam le Pucelle 480per utraque femora ictu garaldi343 transfixa est. Quo comperto, rex transtulit se Aurelianis, et ipsa transducta ad Valois, ubi curata, translata est ad Compendium ; et ibi explorata et capta ab Anglis et Burgundis, transmissa fuit Rothomagoubijudicio dominiJohannis, regentis344, dolio inclusa345, incinerata est. Multa namque bona contulit regno Franciæ et terrorem ad tempus Anglis incussit ; sed quo spiritu præmissa præsumpsit, novit ille qui nihil ignorat. Detulit enim in indice manus sinistræ anulum quem quasi continue in tueri solita fuit, sicut mihi retulit qui hæc vidit346.
Hæc est illa forte de qua Merlinus in suis secretis scribit ita dicens :
Gloria sublimis, rutilans ab aggere solis,
Megeros ebulliet mersos in Aurelianis.
Mœror magnificus Anglorum stigmata terit.
Frendens anuli quæ magica mira satis,
Corruet ab alto, sublimi tacta nitore,
Perget et ad pelagus ; pace sua perit hic347.
481De qua etiam, ut dicitur, prophetatum fuit sic :
Vis cum vi, culi bis septem se sociabunt ;
Gallorum pulli tauro nova bella parabunt ;
Ecce beant bella, portat vexilla Puella.
Virgo, puellares artus induta virili
Veste, Dei monitu, properat relevare jacentem, etc.348.
Hic Brigitta de Francis, cui apparuit Nostra Do mima, dicens ; Quod nunquam erit sic firma et tran quilla pax in Francia, quod habitantes in ea plena se curitate et concordia possunt ullatenus congaudere, antequam populus regni placaverit Deum, filium meum, per aliqua magna pietatis et humilitatis opera, quem suis multis peccatis et offensionibus, ad indignationem et iram hactenus provocarunt349.
Hæc Puella capitanea fuit apud Mune, ubi inter fecti sunt tria millia Anglorum, et capti domini de Talbot, Willuby et Skelby350.
482Le religieux de Dunfermling
Un autre religieux écossais a continué Fordun, à la requête de l’abbé de Dunfermling, son supérieur. Cet écrivain qui parle aussi de Jeanne d’Arc, a sur Walter Bower l’avantage de s’être trouvé en France de son temps, de l’avoir suivie dans toutes ses campagnes, et même d’avoir assisté à ses derniers moments. Malheureusement son témoignage m’a fait défaut. Je ne puis parler de lui que d’après une traduction de sa chronique où manquent précisément les chapitres consacrés à la Pucelle. Cette traduction existe en manuscrit à la bibliothèque Sainte-Geneviève (n° 1492, olim O F, 2). On voit par la dédicace qu’elle fut entreprise en 1519 par un certain Gremond Domat, attaché à la personne de Jean Stuart, duc d’Albanie, régent du royaume d’Écosse, qui se trouvait être en même temps, du chef de sa femme, comte d’Auvergne, de Boulogne et de la Marche. Une note d’écriture moderne, placée en tête du manuscrit, apprend que le texte latin de la chronique existe parmi les manuscrits de la bibliothèque bodleienne à Oxford ; qu’on l’attribue à William Elphinstone, qui fut évêque d’Aberdeen après avoir été moine de Dunfermling ; mais qu’elle est nécessairement l’ouvrage d’un autre religieux de la même abbaye, attendu que les paroles de l’auteur, se disant contemporain de Jeanne d’Arc, ne peuvent convenir à William Elphinstone, qui naquit en 1437 et mourut en 1514.
Je tiens de M. Francisque Michel que l’épître dédicatoire et le prologue de Domat, transcrits par lui, ont été imprimés par un savant écossais, M. Joseph Stevenson, dans un livre publié en 1837 pour le Maitland club, sous le titre de : The life and death of king James the first of Scotland. N’ayant pu me procurer cet ouvrage, c’est d’après le manuscrit de Sainte-Geneviève que je reproduis le prologue de Gremond Domat, où se trouve tout ce que je sais de l’autorité du religieux de Dunfermling comme témoin sur Jeanne 483d’Arc. Des démarches que j’ai faites pour me procurer le texte même du manuscrit d’Oxford, n’ont pas encore abouti. J’espère qu’elles auront porté fruit assez à temps pour que j’en fasse connaître le résultat dans mon prochain volume.
Comme à l’ordonnance des cronicques et gestes louables vérité élucidée favorable soit, et par exprès à nouvelle chose ; et les aureilles de plusieurs auditeurs, princes et prélatz et aultres hommes fameux, en pluseurs ardues conversations et mondains négoces soyent occupez : ce que ne peuvent sans grant poyne tolerer ; et engendre icelle poyne esnuy au cueur de ceulx qui ont desir de oyr et comprendre ; et pour ce que prolixité souvent esnuye : l’intention de l’acteur est de prandre des grandes et espacieuses cronicques la matière la plus utille et fructueuse, et briefment faisant, comme la mousche à miel qui de la fleur est extrayant la bonne substance, tout ainsy l’acteur se deslibère, moyennant l’ayde du saint Esperit, de treyer le plus et le meilleur, et briefvement, sans grant procès, qui engendre esnuy et confusion.
Doncques, par le bon commandement de hault et puissant seigneur, le très illustre et magnanime prince, monseigneur Jehan duc d’Albanie, à présent régent pacificque et bien mérit d’Escoce351, obtempérant, ay voulu, suivant mon noble acteur, compilateur du latin qui dit ainsi : Par le mandement 484de révérend père en Dieu, par la permission divine, l’abbé de Dunfermeling, à présent gouvernant et régent ledit monastère, ay deslibéré d’ajouster plusieurs accidentz venuz dernièrement en nostre temps, en la meilleure forme et manière que fere pourray, et selon vérité m’enquerray, et toute prolixité larray à mon pouvoir. Suis aussi deslibéré d’insérer,
dit nostre ancien acteur, plusieurs faictz merveilleux, que moy, acteur, ay sceu dehors le royaulme, que j’ay veu et oy. Item dernièrement d’une fille digne de mémoire, qui fut cause de la recupération du royaulme de France des mains de Henry, tyran, roy d’Angleterre ; laquelle j’ay veu et congneu, et avec elle ay esté en ses conquestes et recupérations, et à sa vie suis tousjours esté présent, et à sa fin.
485Eberhard de Windecken
M. Guido Gœrres est le premier qui ait fait figurer Eberhard de Windecken parmi les témoins sur la Pucelle, en introduisant, partie dans le texte, partie dans l’appendice de son livre, Die Jungfrau von Orleans, un curieux chapitre du vieux chroniqueur allemand, que les précédents éditeurs avaient négligé de reproduire comme étranger à l’histoire de leur pays. C’est d’après un manuscrit de la Bibliothèque royale de Munich que cette restitution a été faite. Le texte que je donne ici est celui même de M. Gœrres. On reconnaîtra aisément qu’il a été ramené à l’orthographe moderne, sauf dans le titre.
Eberhard de Windecken, trésorier de l’empereur Sigismond, a écrit l’histoire du règne de son maître, d’après les renseignements qu’il avait recueillis à sa cour. Son chapitre sur Jeanne d’Arc est la reproduction évidente de relations officielles envoyées de France à l’empereur. De là diverses circonstances rapportées par lui, qui manquent dans nos chroniqueurs et qui pour cela n’en sont pas moins dignes de foi. Il y a à cet égard une preuve bien concluante de son autorité. Seul de tous les contemporains, il raconte une ambassade envoyée à Jeanne d’Arc par le duc de Bretagne, ambassade dont il a fallu que dom Lobineau et dom Morice, qui en ont parlé, trouvassent par hasard la mention dans un document de la Chambre des comptes de Nantes.
Le récit d’Eberhard de Windecken se termine presque aussitôt après le sacre de Charles VII par une conclusion qui donnerait à croire que l’auteur ne revient plus sur ce sujet. Mais comment expliquer qu’il n’ait parlé ni du procès, ni du supplice ? M. Gœrres aurait dû donner quelque éclaircissement là-dessus.
La traduction française que je joins au texte allemand, est l’ouvrage d’un de mes amis, qui l’a faite en cherchant à se tenir le plus près possible de l’original.
[Texte allemand]
486Kapitel CCLII. — FRHie schicket der Kunig von Frankenrich sin trefflich Botschaft zu der Jungfrowen, die do gar viel wunders treib in Frankenrich.
FRAls in denselben Zeiten der Kœnig von Frankreich und die Englischen im Krieg waren, stund eine Jungfrau auf in Lothringen, die verrichtete Wunder in Frankreich ; davon die Englischen sehr geschwächt wurden und dem Kœnig von Frankreich sehr geholfen wurde, wieder zu seinem Lande zu kommen : wie du hœren wirst.
FRZu dem Ersten, als die Magd zudem vorgenannten Kœnig kam, da musste er ihr drei Dinge verheissen zu thun : das Erste, dass er sich seines Reiches begebe, und darauf verzichte und es Gott wieder gebe, dieweil er es von ihm hätte ; das Andere, dass er allen den Seinen verzeihe, die wider ihn gewesen waren und ihm je Leid gethan ; das Dritte, dass er sich so viel 487demüthige, dass Alle, die zu ihm kāmen, arm oder reich, und Gnade begehren, dass er die zu Gnaden māhme, es sey Freund oder Feind.
FRFolgendes haben Jene abgegeben, die der Kœnig gesandt hatte, die Jungfrau zu prüfen, ob man ihr 488glauben sollte oder nicht, und das waren Meister der heiligen Schrift und Andere, die man dazu für gut hielt352 :
FRDer Kœnig soll in Betracht seiner eigenen Noth und der seines Reiches, sowie auch der fleissigen Busse und des Gebetes seines Volkes zu Gott, die Magd nicht verstossen noch verweifen, sondern er soll sie hœren, wenn gleich ihre Versprechen menschlich sind. Auch soll er ihr nicht zu bald noch zu leichtlich glauben, sondern nach der Vorschrift der heiligen Schrift, wo der Apostel sankt Paulus spricht, prüfet die Geister, ob sie von Gott sind ; ihre Sitten und Werke soll man untersuchen und mit andächtigem Gebete Zeichen von Gott erbitten, dass man erkennen kœnne, was von Gott kommt.
FRSo hat es auch der Kœnig in Ansehung der Jung frau gehalten. Zum Ersten hat er die Magd prüfen lassen über ihr Leben und ihre Geburt, ihre Sitten und ihr Wesen und Wollen, und hat sie bei sich behalten wohl sechs Wochen. Er hat sie untersuchen lassen von alten, erfahrmen Leuten, von Gelehrten, Geistlichen und Weltlichen, von Frauen und Mannen œffentlich und heimlich. Und man hat an der vorgenannten Magd kein Uebel funden, denn alle Güte : Demüthigkeit, Jungfräulichkeit, Geistlichkeit, Ehrbarkeit, 489Enthaltsamkeit ; und von ihrem Leben und ihrer Geburt sind viele Dinge gesagt, die man für wahr hielt. Es begehrte auch der Kœnig Zeichen der Dinge, deren sie sich ausgäbe. Da antwortete die Jungfrau dem Kœnig und sprach : vor der Stadt Orleans, da wollte sie Zeichen geben und nicht eher, weil es Gott also geordnet hätte. Da nun der Kœnig die Untersuchungen vernommen hatte, so viel es denn mœglich war, da man kein Uebel an ihr fand, und auch hœrte, dass sie Zeichen wollte geben vor Orleans, und da man ihre Beständigkeit sah und sie ohne Unterlass bat, dass man sie mœge ziehen lassen vor Orleans, dort würde man Zeichen sehen der gœttlichen Hülfe ; da ward dem Kœnig gerathen, dass er sie nicht hindern sollte zu ziehen vor Orleans mit ihrem Volke und sollte sie würdiglich geleiten, in Hoffnung zu Gott. Denn wenn man sie vertreibe oder ohne Uebel verstiesse, so wäre das Widerstand gegen den heiligen 490Geist und mœchte man sich unwürdig machen der Gotteshülfe353.
FRDa diess alles geschehen war, da ritt die Jungfrau von Chinon von dem Kœnig und ritt gen Blois und wartete auf die Vorräthe und die Kriegsmacht, die sie führen wollte vor Orleans, bis auf Donnerstag den 28ten des Aprils. Die Magd zog mit dem Banner, das von weisser Seide gemacht war, und steht darin gemalt unser Herr Gott, wie er sitzet auf dem Regenbogen und zeiget seine Wunden und aufjeglichen Seiten ein Engel, der hatte ein Lilie in der Hand.
FRUnd also zog die Magd mit dem Banner und führte mit sich den Marschall von Boussak, den Herrn von Gaucourt, den Herrn von Fois354 und viele andere 491Herren und Hauptleute, dabei allerlei Leute zu Pferd und auch zu Fuss, wohl dreitausend. Sie führte auch alle ihre Vorräthe, sechzig Wagen und vierhundert Stück Viehes. Und von Orleans kamen Leute auf dem Wasser und holten die Vorräthe in Schiffen und wie sie sonst konnten, weil die Englischen, die davor lagen mehr waren als sie, die ihnen entgegentraten.
FRUnd als die Magd sah, dass man sie längst des Wassers und nicht an die Englischen heranführte, die vor der Stadt lagen, da ward sie zumal betrübt und traurig über ihr Führer und begann sehr zu weinen. Doch schickte sie zurück gen Blois, dort die Vorräthe zu nehmen und diese auch nach Orleans zu bringen. Sie ritt daselbst ein in kleiner Gesellschaft und sagte zu denen, die mit ihr ritten, sie sollten sich nicht fürchten, 492denn es würde ihnen kein Leid geschehen. Wie es auch geschah.
FRAls sie die Vorräthe vor Orleans brachten, da sam melten sich die Englischen, wohl an vierzehnhundert. Aber sie wagten sich nicht zu zeigen. Da sie nun mit den Vorräthen gekommen waren, da nahm die Magd ihr Banner in ihre Hand und stürmte das Bollwerk, da die Englischen inne waren. Sie gewannen es rasch, und es blieben todt hundert und siebenzig Englische und wurden dreizehn hundert gefangen und viele Büchsen, und Vorräthe und Anderes, was man dazu bedurfte. Man meint auch, dass die Jungfrau nicht mehr verlor, als zwei Mann von ihrem Volke.
FRDanach an einem Freitage, da nahm die Magd das Banner in die Hand und that als ob sie ein Bollwerk stürmen wollte. Als sie sah, dass sich die Englischen 493zur Wehr stellen wollten, da wich sie zurück, und die Englischen ihr nach, und kamen frisch aufihre Leute. Da das die Magd sah und ihre Herren, die doch wenig Leute bei sich hatten, da wandten sie sich hart wider die Englischen und jagten sie so sehr, dass sie nicht wieder kamen. Da blieben der Englischen wohl dreissig todt und es ward da gewonnen ein starkes Bollwerk bei den Augustinern, sammt vielen Vorräthen. Als die Englischen sahen dass die Jungfrau drei Bollwerke gewonnen hatte, stohen sie alle an das Bollwerk vor der Brücken. Da blieb die Jungfrau mit ihren Freunden des Nachts auf dem Feld auf derselben Seite.
FRDes Samstags danach, des achten Tages, des Morgens, da stellte sich die Magd mit ihren Leuten das Bollwerk su stürmen, wo die Englischen des Nachts hineingeflohen waren. Das Bollwerk war stark und 494ungewinnlich, und waren darin viele Englische, die sich wohl zur Wache vorgesehen hatten, also dass sie wohl meinten das Bollwerk zu behalten, weil sie auch viel gutes Geschütz darinnen hatten. Sie wehrten sich hart. Die Jungfrau stürmte den ganzen Tag mit ihrem Volke bis Vesperzeit, da ward sie ein wenig unter der rechten Brust durch den Leib geschossen. Sie gab aber nicht viel darum, that ein wenig Baumœhl darauf und wappnete sich wieder und sprach zu ihrem Volke : Die Englischen haben keine Macht mehr.
Denn sie hatte vorhergesagt, sie würde vor Orleans wund werden. Da trat sie auf eine Seite, lehnte sich auf ihre Kniee und rief den himmlischen Vater an. Danach kehrte sie sich zu ihrem Volke und wiess ihnen, wo sie stürmen sollten. Ihr Volk war ihr gehorsam mit ganzen Treuen und gutem Willen und also gewannen sie das Bollwerk zur Stunde. Darin wurden gefangen und erschlagen wohl fünfhundert. 495Da blieb todt Klassidas, ein mächtiger Hauptmann ; und also ritt die Magd am Abend spät, frœhlich mit ihrem Volk ein, in Orleans, und lobte Gott und blieb von dem Volke der Magd nicht mehr todt denn fünf Männer und wenige wurden wund. Etliche wollten sagen, dass man zwei weisse Vœgel aufihren Achseln sehe, dieweil derselbe Sturm währte. Die Englischen, die da gefangen wurden, haben sicher gesagt, es habe sie gedaücht, wie der Magd Volk viel stärker und mehr wäre als das ihre, und so konnten sie keinen Widerstand wider sie thun. Der Englischen waren geflohen wohl dreissig auf eine Brücke, wo sie meinten wohl sicher zu seyn, da geschah ein Zeichen von Gott, denn die Brücke zerbrach, und sie fielen Alle in das Wasser und ertranken.
FRDes Sonntages frühe, an demandernTage, zogen die anderen Englischen, die jenseits waren, hinweg, und 496übergaben das Bollwerk, da sie sahen, dass sie so wunderbar überwunden wurden. Derselben waren dreitausend streitbarer Männer. Da wollten die Leute denselben nachgezogen seyn, und sie niederwerfen, das wollte die Jungfrau nicht gestatten, weil es Sonntag war, und sie auch so gütlich hinwegzogen.
FRAlso ward Orleans entsetzt, und das Heer aufgehoben, und alle Bollwerke gewonnen, mit grossem Vorrath, und also zogen die Englischen nach der Normandie und liessen ihres Volkes liegen zu Mehun355, zu Baugency und Jargeau356.
FRDa diess nun geschehen war, da ritt die Jungfrau mit ihrem Volke von Tors in Corne357 ; da sollte der Kœnig 497der Zeit kommen und die Magd war eher da, als der Kœnig, und sie nahm ihr Banner in ihre Hand ; und ritt gegen dem Kœnig und da sie zusammen kamen, da neigte die Magd ihr Haupt gegen den Kœnig, so sehr sie konnte, und der Kœnig mächte sie sogleich aufstehen und man meinte, er hätte sie gar geküsst vor Freuden die er hatte. Diess geschah auf den Mittwochen vor dem Pfingsttage358 und blieb sie bey ihm bis darnach des 23 Tages des Mayen. Da gieng der, Kœnig zu Rathe, was er thun wollte ; denn die Magd wollte ihn stets gen Rheims führen und ihn krœnen und ihn zum Kœnig machen. Da wandte sich der Kœnig, und macht sich auf den Weg, und hoffet Mehun und Jargeau sich unterthänig zu machen. Gott wollte es auch fügen. Da dies geschehen war.
FRDa schickte der Herzog von Britannien seinen 498Beichtvater359 zu der Magd zu erfahren, ob sie von Gotteswegen wäre darkommen dem Kœnig zu helfen ? Da sprach die Magd : Ja.
Da sprach der Beichtvater : Dieweil es denn also ist, so soll mein Herr der Herzog gern kommen, dem Kœnige zu Dienst zu helfen
und nannte den Herzogen seinen rechten Herren. Aber mit eignem Leibe mag er nicht kommen, denn er ist in einem grossen Siechthume ; doch soll er ihm seinen ältesten Sohn senden mit 499grosser Macht.
Da sprach die Magd zu dem Beichtvater : Der Herzog von Britannien wäre nicht sein rechter Herr, denn der Kœnig wäre sein rechter Herr, und er sollte billig nicht also lange gewartet haben, sein Volk ihm zu schicken zu Dienste zu helfen.
FRNach der Zeit kamen eines Tages die Englischen mit grosser Macht, da das die Magd sahe, hiess sie die Hauptleute auf ihre festen Hengste sitzen und sprach zu ihnen : Folget, so wollen wir reiten gegen sie ?
Da fragten sie, was sie jagen sollten ; da sprach die Jungfrau : Sie sollten die Englischem jagen
, und also sassen sie alle auf und ritten mit der Magd und ihrem Volke. Sobald aber die Englischen sie ansichtig wurden, da wurden sie flüchtig ; und die Bogenschützen warfenihre Bogen und Pfeile hinweg und wurden der meiste Theil erschlagen. Darnach zog sie aufden Weg den Kœnig gen Rheims zu führen, und die Städte die da nichts hatten wider die Magd und ihr Volk zu stellen sind ihr alle gehorsam worden. Und ein Theil hat dem Kœnig die Schlüssel wohl 2 Meilen entgegen gebracht, alsTreppe, Challon undsonstandere Städte, und also ist der Kœnig gen Rheims kommen, und da sacriret worden.
FR500Auch meinte die Magd, den Kœnig zu Paris einzuführen und fürchtete keine Macht des Herzogs von Burgund noch des Regenten, denn sie hatte gesprochen : Unser Herr Gott habe mehr Macht denn sie, und der sollte ihr nachhelfen und so der Herzog von Burgund und der Regent mehr Volk wider sie bringen, sollen ihrer mehr erschlagen werden ; welches sie also ferne gewähren wolle, da man Niemand etwas māhme noch den armen Leuten keine Gewalt thue. Es war auch Kostes genug bey ihr, und also lange sie in diesem Ritt geritten hat, ist der Kost in dem Lande nicht dürr worden.
FREs kam erstlichen in dem Jahre 1429 die gewisse Bothschaft gen Frankreich, wie dass eine Jungfrau
kommen wäre aus Lothringen zu dem Delphin zu Frankreich und hätte mit ihm geredet, da die Englischen 501mit grosser Macht lagen, und sie die Jungfrau von dannen trieb, mit Hülfe des allmächtigen Gottes und der Jungfrau Maria, wie du vorhin gelesen hast, wie sie fürsichtig gewesen, und was sie gethan hat mit Verhängniss Gottes.
[Traduction française]
DEIci le roi de France envoie son excellent message à la Pucelle, laquelle accomplit en France beaucoup de choses merveilleuses.
DEEn ces mêmes temps, comme le roi de France et les Anglais étaient en guerre, il se leva dans la Lorraine une jeune fille qui fit en France des miracles dont les Anglais furent grandement affaiblis et par lesquels le roi de France fut grandement secouru pour recouvrer sa terre, ainsi que tu vas l’entendre.
DED’abord, quand la Pucelle arriva auprès dudit roi, elle lui fit promettre de faire trois choses : la première, de se démettre de son royaume, d’y renoncer et de le rendre à Dieu de qui il le tenait ; l’autre, de pardonner à tous ceux des siens qui avaient été contre lui et lui avaient jamais fait peine ; la troisième, qu’il s’humiliât assez pour que tous ceux qui viendraient à lui, pauvres ou riches, et lui demanderaient grâces, il les reçût en grâce, soit ennemis ou amis.
DEEnsuite ceux que le roi avait envoyés pour examiner la Pucelle afin de savoir si l’on devait croire en elle oui ou non, c’étaient des maîtres de la sainte Écriture et autres, qu’on jugea aptes à cela ; et qui ont été d’avis de ce qui suit :
DELe roi, en considération de sa propre détresse et de celle de son royaume, et ayant égard à la pénitence assidue et aux prières de son peuple à Dieu, ne doit pas renvoyer ni rebuter cette fille, mais lui prêter l’oreille, quand même ses promesses ne seraient que des promesses humaines. Il ne devrait pas toutefois la croire trop tôt ni trop légèrement ; mais, d’après le précepte de l’Écriture sainte mis dans la bouche de l’apôtre saint Paul : Éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu
, on doit examiner sa vie et ses œuvres et demander à Dieu avec de ferventes prières un signe auquel on puisse reconnaître si elle vient de Dieu.
DELe roi a fait ainsi à l’égard de la Pucelle. Premièrement il a fait prendre des informations sur sa vie et sa naissance, sur ses mœurs, son caractère et ses projets, et il l’a bien retenue six semaines auprès de lui. Il l’a fait interroger par des gens d’âge et d’expérience, par des savants, des prêtres et des laïques, par des hommes et des femmes, en public et en secret ; et l’on n’a trouvé en la susdite fille aucun mal, mais toute sorte de bien : humilité, virginité, piété, honnêteté, sobriété ; et sur sa naissance et sa conduite beaucoup de choses ont été dites qu’on a reconnues vraies. Le roi demanda aussi un signe des choses qu’elle promettait. Alors la Pucelle répondit au roi et dit : que, devant la ville d’Orléans, elle voulait donner un signe, et pas auparavant, parce que Dieu l’avait ainsi ordonné. Comme le roi avait pris autant d’informations qu’il était possible, et qu’on ne trouvait en elle aucun mal ; et aussi entendant qu’elle voulait donner un signe devant Orléans ; comme on voyait de plus sa constance et qu’elle demandait sans cesse qu’on la laissât aller à Orléans, et que là on verrait un signe de l’assistance de Dieu : le roi reçut le conseil de ne point l’empêcher d’aller devant Orléans avec ses gens et de la faire honorablement accompagner en se confiant en Dieu. Car si on la renvoyait ou qu’on la repoussât quoiqu’il n’y eût point de mal en elle, ce serait résister au Saint-Esprit et se rendre indigne du secours de Dieu.
DELorsque tout fut préparé, la Pucelle chevaucha de Chinon, où était le roi, vers Blois, et elle attendit jusqu’au jeudi, 28 avril, le convoi et la puissance de guerre qu’elle voulait conduire devant Orléans. La jeune fille marchait avec une bannière qui était faite de soie blanche et sur laquelle était peint Notre Seigneur Dieu, assis sur l’arc-en-ciel, montrant ses plaies, et ayant de chaque côté un ange qui tenait un lis à la main.
DELa Pucelle partit ainsi avec sa bannière, et elle conduisait avec elle le maréchal de Boussac, le sire de Gaucourt, le sire de Rais, et beaucoup d’autres seigneurs et capitaines avec une foule de gens à cheval et aussi à pied, qui étaient bien trois mille. Elle emmenait aussi toutes ses provisions, soixante voitures et quatre cents têtes de gros bétail. Et d’Orléans vinrent des gens par la rivière, et ils mirent les provisions dans des bateaux du mieux qu’ils purent ; car les Anglais qui étaient campés là, étaient en plus grand nombre qu’eux, qui venaient à l’encontre.
DEEt quand la jeune fille vit qu’on la conduisait le long du fleuve et non à la rencontre des Anglais qui se tenaient devant la ville, elle en fut très-affligée et attristée et commença à beaucoup pleurer. Cependant elle renvoya à Blois pour y chercher [le reste] des provisions et les amener à Orléans. Elle-même entra dans la ville en petite compagnie et dit à ceux qui chevauchaient avec elle qu’ils n’avaient rien à craindre parce qu’il ne leur arriverait aucun mal. Comme il arriva en effet.
DEComme on apportait devant Orléans le convoi, les Anglais s’assemblèrent au nombre d’environ quatorze cents ; mais ils n’osèrent pas se montrer. Les provisions étant entrées dans la ville, la jeune fille prit en main sa bannière et assaillit le boulevard où les Anglais étaient établis. Elle s’en empara promptement, et cent soixante-dix Anglais restèrent morts et treize cents furent pris avec une grande quantité d’instruments de guerre, de provisions et d’autres choses dont on avait besoin. On croit aussi que la Pucelle ne perdit pas plus de deux de ses gens.
DEEnsuite, un vendredi, la jeune fille prit sa bannière dans la main et fit comme si elle voulait donner l’assaut à un boulevard. Quand elle s’aperçut que les Anglais voulaient résister, elle se retira et les Anglais la poursuivirent et serrèrent vivement ses gens : ce que la Pucelle voyant et ses seigneurs, qui avaient cependant peu de monde avec eux, ils se retournèrent durement contre les Anglais et les chargèrent si bien qu’ils ne revinrent pas. Là il resta bien trente morts du côté des Anglais et on gagna sur eux en outre une forte bastille, près des Augustins, avec beaucoup de provisions. Lorsque les Anglais virent que la Pucelle avait gagné trois bastilles, ils se réfugièrent tous dans celle qui était placée en avant du pont. Alors la Pucelle avec ses amis passa toute la nuit aux champs, de ce côté-là.
DELe samedi d’après, huitième jour, au matin, la Pucelle et ses gens se disposèrent à donner l’assaut à la bastille où les Anglais s’étaient retirés pendant la nuit. Le boulevard était fort et imprenable, et il y avait dedans beaucoup d’Anglais qui avaient bien pourvu à sa garde et pensaient bien le conserver, parce qu’ils y avaient une nombreuse et bonne artillerie. Ils se défendirent vaillamment. La Pucelle les assaillit tout le jour avec ses gens jusque vers le soir, et alors elle fut percée d’un flèche un peu au-dessous du sein droit ; mais elle ne s’en inquiéta guère, fit verser sur la plaie un peu d’huile d’olive et reprit son armure, et dit à ses gens : Les Anglais n’ont plus de force.
Elle avait prédit d’avance qu’elle serait blessée devant Orléans. S’étant retirée un peu à l’écart, elle se mit à genoux et invoqua le père céleste. Ensuite elle rejoignit les siens et leur montra où ils devaient donner l’assaut. Ses gens lui obéissaient en toute confiance et bonne volonté ; aussi se rendirent-ils maîtres en peu d’instants de la bastille. Là furent pris et tués à peu près cinq cents hommes. Au nombre des morts se trouvait Classidas, vaillant capitaine. Bien avant dans la soirée, la Pucelle rentra joyeusement à Orléans avec sa troupe, en rendant grâces à Dieu, et il ne resta, des gens de la Pucelle, pas plus de cinq hommes tués et quelques blessés. Plusieurs dirent qu’on avait vu, pendant l’assaut, deux oiseaux blancs voltiger sur ses épaules. Les Anglais qui étaient prisonniers assurèrent qu’il leur avait semblé que les gens de la Pucelle étaient plus forts et beaucoup plus nombreux qu’eux, et qu’ainsi ils n’avaient pu faire aucune résistance. Des Anglais, au nombre d’une trentaine, s’étaient enfuis sur un pont où ils se croyaient en sûreté ; mais par un miracle de Dieu, le pont se rompit et tous tombèrent dans l’eau et se noyèrent.
DEDepuis le dimanche matin jusqu’au jour suivant, les Anglais qui se trouvaient de l’autre côté [de la Loire] s’en allèrent et abandonnèrent le boulevard, en voyant qu’ils étaient vaincus d’une manière si miraculeuse. Ils étaient trois mille hommes de guerre. Les gens [de la ville] voulaient les poursuivre et les abattre ; mais la Pucelle ne voulut pas le permettre parce que c’était dimanche, et elle-même se retira paisiblement.
DEAinsi Orléans fut délivré et le siège levé et toutes les bastilles gagnées avec une grande quantité de provisions, et les Anglais se retirèrent dans la Normandie, et laissèrent des garnisons dans les villes de Meun, Baugency et Jargeau.
DELorsque ces choses furent arrivées, la Pucelle chevauchant avec ses gens vint de Tours en Touraine. Là devait en même temps venir le roi et la Pucelle, qui y arriva plus tôt que le roi. Et elle prit sa bannière dans sa main et chevaucha vers le roi, et ils se rencontrèrent. Alors la jeune fille inclina sa tête devant le roi autant qu’elle put, et le roi la lui fit aussitôt relever : et l’on pensait qu’il l’aurait bien embrassée de la joie qu’il avait. Cela se passait le mercredi avant la Pentecôte, et elle resta auprès de lui jusqu’après le vingt-troisième jour de mai. Alors le roi tint conseil sur ce qu’il voulait faire, car la jeune fille voulait toujours le conduire à Reims et le couronner et le faire proclamer roi. Le roi se tourna à son avis. Il se met en chemin et il espère soumettre Meun et Jargeau. Dieu le voulait aussi, et cela arriva.
DEAlors le duc de Bretagne envoya son confesseur vers la jeune fille pour l’interroger si c’était de par Dieu qu’elle était venue secourir le roi. La jeune fille répondit : Oui.
Alors le confesseur dit : S’il en est ainsi, monseigneur le duc de Bretagne est disposé à venir pour aider le roi de son service
; et il nommait le duc son droit seigneur. Il ne peut venir de son propre corps, [ajoutait-il], car il est dans un grand état d’infirmité ; mais il doit envoyer son fils aîné avec une grande armée.
Alors la jeune fille dit au confesseur que le duc de Bretagne n’était pas son droit seigneur, car le roi était son droit seigneur, et que le duc ne devrait pas raisonnablement avoir attendu si longtemps pour envoyer ses gens aider le roi de leur service.
DEQuelque temps après vinrent un jour les Anglais en grande force ; la Pucelle le vit ; elle cria aux principaux seigneurs de monter leurs bons coursiers et leur dit : Allons, voulons-nous chevaucher contre eux ?
Ils demandèrent ce qu’ils allaient chasser, et la Pucelle leur dit qu’ils chasse raient les Anglais, et ainsi tous se mirent en selle et chevauchèrent avec la Pucelle et ses gens. Mais aussitôt que les Anglais la virent, ils prirent la fuite ; et les archers jetèrent leurs arcs et leurs flèches, et la plupart furent tués. En suite elle se mit en chemin pour conduire le roi à Reims, et les villes incapables de résister à la Pucelle et à ses gens se soumirent toutes à elle. Et une partie [de leurs habitans] vint bien l’espace de deux milles au-devant du roi, lui apporter les clefs, telles que Troyes, Chalons et d’autres encore ; et ainsi le roi est arrivé à Reims, et y a été sacré.
DELa Pucelle pensait aussi faire entrer le roi à Paris, et elle ne craignait en aucune façon la puissance ni du duc de Bourgogne ni du régent, car elle avait dit que notre seigneur Dieu a plus de pouvoir qu’eux, et qu’il la secourrait, et que si le duc de Bourgogne et le régent amenaient plus de gens contre elle, ils n’en seraient que mieux battus ; ce qu’elle était prête à garantir à condition qu’on ne prendrait rien à personne et qu’on ne ferait aucune violence aux pauvres gens. Il y avait aussi toujours assez de provisions avec elle, et aussi longtemps qu’elle chevaucha dans cette chevauchée, les vivres ne manquèrent pas dans le pays.
DECe fut pour la première fois au commencement de l’année 1429 que la nouvelle certaine se répandit en France qu’une jeune fille était venue de la Lorraine vers le Dauphin dans le royaume de France et lui avait parlé ; que les Anglais étaient là en grande force, et que la jeune fille les en avait chassés avec l’aide du Dieu tout-puissant et de la Vierge Marie, ainsi que tu as lu ci-dessus combien elle fut prévoyante et comme elle fit tout cela par la volonté de Dieu.
502Jean Nider
Jean Nider, Alsacien, docteur en théologie de l’université de Vienne, fut prieur des dominicains de Nuremberg, puis de Bâle. L’année même où il fut appelé dans cette ville, le fameux concile s’ouvrit, et il y assista. Vers 1439 il eut l’honneur de lire devant l’assemblée un traité de discipline ayant le titre bizarre de Formicaire, Formicarium, qu’il avait composé pour diriger les religieux de son ordre dans la confession et dans la recherche de l’hérésie. La Pucelle est mentionnée dans cet ouvrage avec assez peu de faveur : ce qui n’est pas surprenant, vu les autorités d’après lesquelles Jean Nider parle d’elle. Il allègue en effet la circulaire envoyée par le gouvernement anglais à l’empereur Sigismond, et le témoignage oral de Nicole Lami, ambassadeur de l’université de Paris au concile. Ce Nicole Lami, humaniste et théologien distingué, ne figure pas au procès de Jeanne ; mais il avait été recteur de l’Université à la fin de 1429, preuve suffisante de son animosité contre Charles VII et ses adhérents. Enfin notre docteur alsacien lui-même se trouvait dans une disposition d’esprit assez mauvaise pour aborder le chapitre de Jeanne d’Arc, car il était rigide inquisiteur et avait fait brûler quantité de sorcières, muliercularum quas maleficas vulgus appellat acerrimus investigator, dit l’abbé Trithème.
Le Formicarium a été publié plusieurs fois et notamment à Douai en 1602 (in-12). C’est de cette édition qu’est tiré l’extrait suivant, qui s’y trouve au chapitre VIII du cinquième livre.
Fuit præterea, infra decem annorum spatia, noviter in Francia quædam, de qua præmisi360, virgo, 503Johanna nomine, tam prophetico spiritu, quam miraculorum potestate, ut putabatur, clarens. Hæc enim veste virili semper utebatur nec ullis doctorum quorumcumque persuasionibus emolliri potuit ut tales deponeret vestes, fœmineis contenta, præsertim cum se palam virginem et fœminam esse protestaretur. Sub hoc
, inquit, habitu virili, in signum futuræ victoriæ, ut verbo prædicem et habitu, a Deo missa sum juvare verum Francorum regem Carolum et in suo firmare regno, a quo eum fugare uituntur rex Angliæ et dux Burgundiæ.
Pro tunc enim hi juncti mutuo cædibus et armis Franciam premebant gravissime.
Igitur cum suo domino Johanna continue velut miles equitabat, futura et fausta multa prædicebat, victoriis bellicis quibusdam intererat et alia mira talia perpetrabat, de quibus nedum Francia, sed omnia christianorum regna stupebant. Ad tantam denique præsumptionem venit Johanna ut, nondum adepta Francia, jam Bohemis, ubi hæreticorum multitudo tunc fuit, minas intentaret per litteras361. Dubitabant exinde sæculares et ecclesiastici, regulares et monastici quo spiritu regeretur, diabolico am divino. Scripserunt proinde quidam viri litteratissimi tractatus ejus ex parte, in quibus, non modo diversa, sed etiam adversa de Virgine senserunt. Postquam autem regem Carolum in multis juvisset et firmasset regno, annis quibusdam, demum nutu, ut creditur, divino, per Anglicorum armatam capta est et incarcerata. Accersitis autem et vocatis in magna multitudine 504magistris, tam divini, quam humani juris, multis diebus examinata est. Et prout a magistro Nicolao Amici, licentiato in theologia audivi, qui ambasiator fuit universitatis parisiensis, tandem ipsa fassa est se habere familiarem Dei angelum, qui judicio litteratissimorum virorum judicatus est esse malignus spiritus ex multis conjecturis et probationibus. Per quem spiritum velut magam effectam, ipsam ignibus per publicam justitiam consumi permiserunt, et prout de hac historia rex Angliæ nostro imperatori Sigismundo satis late scripto tenus historiam innotuit.
Eodem tempore duæ fœminæ prope Parisius surrexerunt, se publice dicentes missas a Deo ut virgini Johannæ essent in subsidium ; et quemadmodum a prædicto magistro Nicolao vivæ vocis organo audivi, obinde velut magæ vel maleficæ per inquisitorem Franciæ captæ sunt, et per plures sacræ theologiæ doctores examinatæ, tandem repertæ sunt maligni spiritus deliramentis deceptæ. Unde, quum una ex eisdem fœminis se per angelum Satanæ seductam conspiceret, ex magistrorum informatione a cœptis resipuit, et errorem, prout debuit, statim revocavit. Alia vero in pertinacia permanens, ignibus con sumpta est362.
505Lorenzo Buonincontro
Muratori a fait connaître comme historien Buonincontro, auteur qui jusque-là n’avait été cité qu’à cause de ses travaux sur l’astrologie. C’était un réfugié toscan, qui après avoir servi dans les armées de Francois Sforce, alla chercher un asile à la cour du roi de Naples, Alphonse Ier. Il termina en 1458, à l’âge de quarante huit ans, un livre intitulé, De ortu regum Neapolitanorum et rerum undique gestarum. Muratori supprima toute la partie de cette histoire antérieure à 1360 et donna le reste sous le titre d’Annales Sanminiatenses, à cause que San Miniato était la patrie de l’auteur. Le passage où il est question de Jeanne d’Arc n’a sa place ici que parce que Bedford y est nommé comme l’unique auteur de sa mort : opinion qui dut être, dans tous les pays, celle des hommes clairvoyants de ce temps-là.
Muratori, Rerum Italicarum Scriptores, t. XXI, col. 136.
Johanna quædam virgo, quanquam rustica, quartumdecimum agens annum, Carolo regi Francorum dixit se a Deo missam ut principissa belli contra Anglos fieret ; quod si is faceret, fore victurum. Rex ergo, juxta petitionem suam, constituit eam principissam suæ militiæ. Quæ postea Anglos pluribus bellis superavit : nam quum bellum maxime arderet inter Britones et Gailos, Britonumque res superiores hac tenus floruissent, excitatus est a Deo spiritus Puellæ, quæ regi consuluit quonam modo bellum administrari et acies instrui deberet. Idque tanta vi animi et facundia disseruit, ut rex eam principissam fecerit. Quum igitur Britones Aurelianensem urbem obsiderent, 506ut Loira fluvio facilius potirentur, tormento murali, quod bombardam dicunt, comite percusso Salisberiensi, qui vir omnium fortissimus dicebatur (et apud Gallos ejus nomen formidabile erat), cum parte exercitus Gallorum Puella in Britones invecta, Britones superat. Plures duces in illa pugna occisi aut capti fuere. Ea victoria civitas obsidione liberata. Deinde, ea duce, plura oppida suscepere, quæ a Britonibus fuerant occupata. Tandem post duos annos, quum semper rem prospere gessisset, a quodam in tumultuaria pugna capta est apud Compiegnium oppidum, et apud Rotomagum a duce Betford igne crematur363.
507Le Pape Pie II
L’auteur véritable des Mémoires du temps de Pie II, publiés sous le nom de son secrétaire Jean Gobelin, ne fait plus question depuis longtemps. Les critiques italiens ont établi qu’ils sont l’ouvrage du pape lui-même. Sans entrer ici dans toutes les raisons qu’ils en donnent, qu’il suffise de renvoyer à Tiraboschi qui les résume (lib. III, cap. I, par. 23). Ces mémoires, écrits d’un style fort élégant, commencent par une généalogie des Piccolomini, dont était Pie II, retracent l’histoire générale du XVe siècle, et se terminent à l’an 1463 par cette déclaration mise à dessein pour couvrir la personne apostolique :
Hæc habuimus qua ad annum sextum pontificatus sui nondum exactum, de rebus ejus scriberemus, in libros digestis XII, quorum ultimus pridie kalendarum januarii finem accepit, anno ab incarnato Verbo MCCCCLXIII.
Au sixième livre, qui traite des affaires de France, est rapportée l’histoire de Jeanne d’Arc. Comme récit et comme appréciation, ce morceau peut passer pour ce qui a été écrit de meilleur à l’étranger au XVe siècle. L’esprit scolastique ne s’y montre nulle part. L’opinion est celle d’un homme habitué aux affaires, qui admet la diversité des sentiments sur un fait si extraordinaire, mais qui montre combien ceux qui voudraient le réduire aux proportions d’une intrigue, sont réfutés par la grandeur des résultats. Quant à l’ordre des événements, il est bien observé et décèle le soin de l’auteur à prendre ses informations. Il est même à remarquer que certaines circonstances relatives à l’arrivée et au séjour de Charles VII à Reims, ne se rencontrent que là, soit que le pape les ait tirées d’une relation particulière, soit qu’il les ait recueillies de la bouche de l’archevêque de Reims ou d’un autre témoin, aux conférences pour la paix d’Arras (1435), où il avait assisté comme secrétaire de la légation envoyée par le concile de Bâle.
Parmi les historiens et collecteurs de textes sur Jeanne d’Arc, Denys Godefroy est le seul qui ait songé aux mémoires de Pie II. 508Il n’en a rapporté, il est vrai, qu’un passage d’assez peu d’intérêt. Ceux qui sont venus après lui, se sont contentés, pour alléguer l’opinion du même pontife, d’une phrase de son État de l’Europe sous Frédéric III qu’il publia en 1458, n’étant encore que le cardinal Æneas Sylvius. Cette phrase n’a de valeur qu’autant qu’on la rapproche du morceau correspondant des Mémoires, auquel on dirait qu’elle a servi de thème. La voici :
Regnum Franciæ nostra ætate Joanna, virgo Lotharingensis, divinitus, ut credunt, admonita, virilibus indumentis et armis induta, Gallicas ducens acies, ex Anglicorum manibus magna ex parte, mirabile dictu, prima inter primos pugnans, eripuit.
Voici maintenant le texte des Mémoires :
Desperatis pene Francorum rebus, Puella sexdecim annos nata, nomine Joanna, pauperis agricolæ filia, in agro Tullensi, quum porcos custodiret, divino afflata spiritu, sicut res ejus gestæ demonstrant, relicto grege ac parentibus posthabitis, ad præfectum proximi oppidi quod solum ejus regionis in fide Francorum re manserat, sese confert, ductoresque petit, qui sibi ad Delphinum iter demonstrent. Quærit præfectus itineris causam ; habere se inquit divina mandata quæ ad illum perferat, sibi et regno salutaria. Ridet præfectus amentemque putans spernit. Instantem multis pertentat modis ; fit mora plurium dierum, si forte mutaret Puella propositum, aut in ea aliquid reperire tur indignum. At ubi constans et immutabilis nullius que conscia turpitudinis inventa est : Quid scio
, inquit præfectus, an hæc Dei voluntas sit ? Sæpe regnum Franciæ divina servavere præsidia ; forsitan et nostris diebus aliquid in cœlo, pro nostra salute ordinatum est, quod per fœminam patefiat.
Selectisque tribus spectatæ fidei servis, Puellam ducendam ad Delphinum commendat.
509Decem ferme dierum iter faciendum erat, et agros medios, aut hostis tenebat, aut amicus hosti. Transiit cunctas difficultates imoffensa virgo, vestibus induta virilibus, Delphinumque apud Bituriges morantem adiit ; qui fractus animo, tot cladibus acceptis, non jam de regno tuendo, sed de loco quærendo ubi securam vitam securus agere posset, anxius erat. In Hispania regis Castellæ ac Legionis ea ætate florentes opes habebantur, qui cum Delphino, et consanguinitatis, et amicitiæ vinculo jungebatur. Humc rogare statuerat ut, regni Franciæ curam et coronam suscipiens, angulum sibi aliquem terræ concederet in quo tuto latitaret. Talia meditantem virgo convenit, et restitutis præfecti litteris, audiri petiit. Delphinus rei novitate permotus delusionemque veritus, Castrensi episcopo, confessori suo, inter theologos apprime docto, Puellam examinandam committit mobilibusque matronis servandam tradit. Interrogata de fide, ea respondit quæ christianæ religioni conveniunt ; examinata de moribus, pudica et honestissima reperitur ; fit pluribus diebus examen : nihil in ea fictum, nihil dolosum, nihil arte maligna excogitatum invenitur ; in habitu sola difficultas manet. Rogata cur vestes viriles mulieri prohibitas induisset, virginem sese ait ; virgini utrumque habitum convenire ; sibi a Deo man datum esse vestibus ut virilibus uteretur, cui et arma tractanda essent virilia.
Sic probata, rursus in conspectu Delphini reddita : Ego ad te
, inquit, veni, regum sanguis, Dei jussu, non meo consilio. Is mandat ut me sequaris. Si parueris, restituam tibi tuum solium, Remisque propediem tuo capiti coronam imponam.
Delphinus 510rem difficillimam quæ promitteretur, ait : Remorum civitatem in qua reges coronari solerent, remotissimam esse, et ab hostibus obtimeri, nec usquam iter patere tutum ; Aurelianum, quæ media civitas esset, ab Anglicis obsideri, nec vires Francos habere quibus miseris obsessis subveniretur ; multo minus coronationi navare operam posse.
Nihil his mota virgo : Non vana
, inquit, promitto. Si Deo credis, et mihi a crede ; ejus nuntia veni ; arma tibi ministrabo divinitus et invisibili ferro aperiam iter. Parebunt quocumque ieris populi, et ultro tua signa sequentur a nobiles. Nec tu mihi obsidionem Aurelianensem objeceris ; hanc ego ante omnia dissolvam, et civitatem liberam dabo ; tantum mihi hos equites, qui te penes adsunt, concedito.
Res aliquandiu in consilio diversis sententiis agitata est ; alii captam mente Puellam, alii dæmonio illusam, alii Spiritu sancto plenam putabant. Et ii Bethuliam atque alias olim civitates per fœminas fuisse salvatas referebant, regnumque Franciæ sæpe divinitus adjutum ; nunc quoque per virginem quam Deus mitteret, posse defendi ; nec vesanam Puellam quo quo modo putandam, cujus consilia sensu plena essent. Vicit hæc sententia, et Aurelianensem provinciam Puellæ crediderunt. Dux fœmina belli facta est. Allata sunt arma, adducti equi ; Puella ferociorem ascendit, et ardens in armis, hastam vibrans, saltare, currere atque in gyrum se vertere haud aliter cœgit equum, quam de Camilla fabulæ tradunt. Nobilissimus quisque, assumptis armis, percupide sectatus est virginem ; quæ paratis omnibus, itineri se commisit.
Difficillimus per terram ad Aurelianum patebat aditus. 511Itinera quæque præcluserat Anglicus tribusque urbis portis trina objecerat castra, eaque fossa et vallo munierat. Puella haud ignara Lygerim fluvium propter mænia civitatis decurrere, naves occulto in loco fru mento onerat atque cum copiis ingreditur, et obsessis de sua profectione commonitis, veloci remigio et rapidi fluminis usa cursu, prius in conspectu civitatis est visa, quam hostes venturam cognoverint. Accurrerunt armati Anglici, conscensisque naviculis, frustra ingressum virginis remorari conati sunt, multisque acceptis vulneribus terga dederunt. Illa urbem ingressa ac summa civium alacritate suscepta, commeatum omnis generis jam fame pereuntibus importavit. Necmorata, sequenti luce, castra hostium quæ portam præcipuam obsidebant, magno furore invadit, repletisque fossis atque aggere ac vallo disjecto, Anglos perturbat ; ac potita munitionibus, turres et propugnacula quæ hostes paraverant, incendit ; idemque, confirmatis oppidanorum animis, per alias portas egressa, in aliis castris efficit. Quum divisi Anglici pluribus in locis essent, nec castra castris subvenire possent, per hunc modum soluta et penitus deleta est Aureliamensis obsidio, cæsisque hostibus quicumque ad eam convene rant, ut vix cladis nuntius exstiterit. Nec hujus rei gloria alteri quam Puellæ data, quamvis strenuissimi ac peritissimi bellatores et qui sæpe ordines duxerant, interfuere.
Tantam suorum cladem atque ignominiam iniquo animo Talbotes tulit, inter Anglicos duces fama clarissimus. Qui, assumptis quatuor millibus equitum ex omnibus copiis delectorum, in Aurelianum duxit congressurus Puellæ, si ausa esset occurrere, haud dubius 512quin portas exeuntem, vel caperet, vel occideret ; sed longe aliter evenit. Eductis virgo cohortibus, ut primum hostem conspicata est, sublato ingenti clamore atque impetu horribili facto, Anglicorum signa per vadit ; inter quos nemo inventus est qui consistere aut vultum ostendere auderet. Subitus omnes metus atque horror incessit ; qui, etsi numero superiores essent, pauciores tamen sese fore arbitrabantur et innumerabiles copias Puellæ militare putabant. Nec defuere qui pugnare angelos in parte adversa existimarent, nullamque sibi victoriam promitterent contra Deum præliantibus. Cecidere de manibus nudi enses ; scuta et galeas quisque projecit, leviorem ut se fugæ committeret. Talbotis mec hortamenta audita sunt, mec minæ pensitatæ ; facta est fœdissima fuga ; virgini solum ostensa terga : quæ, fugientes insecuta universos aut cepit, aut interfecit, excepto cum paucis duce, qui postquam suos de fuga irrevocabiles vidit, velocibus equis impetum hostis evasit.
Harum rerum fama ad vicinas gentes et deinde ad remotiores delata semperque major itinerando facta, stupore omnium mentes implevit. Delphinus jam Puellæ monitus credens, cujus dicta firmaverant facta, supplicationes Deo per omnia templa decrevit et ad suscipiendam coronam sese accinxit. Nobilitas universi regni, miraculosis Puellæ operibus auditis, postquam solemnia coronationis apparari didicit, incredibili cupiditate visendi virginem, tota Gallia assumptis armis, accurrit. Atque intra mensem, supra triginta equitum millia, propriis stipendiis militatura, ad Delphinum concessit ; qui tantas adesse armatorum copias magis ac magis lætatus, ex Biturigibus, apud 513quos plerumque morabatur, arrepto itinere præce dente in armis et vexillum regium gestante Puella in Remos duxit. Media quæque oppida in potestate hostium erant ; populique omnes, novis adactijuramentis, fidem servare Anglico ac Delphinum hostiliter accipere decreverant. At ubi eum Puellamque prope adesse cognoverunt (mirabile dictu), nemo contra armatus occurrit, nemo portas clausit, nemo venientibus maledixit. Quocumque ventum est, effuse obviam plebes Delphinum, tanquam dominum, salutarunt ; certantes inter se quonam pacto suum principem majoribus honoribus afficere possent.
Quum prope Remos ad quadraginta ferme stadia pervenisset exercitus, magnopere in civitate trepidatum est. Nihil Anglico tutum videri, mutare optimates, plebis animos res novæ allicere. Fuerunt inter Anglicos qui suaderent sacrum oleum, quo rex inungitur, alio transferendum, me perdita civitate, rite coronari hostis posset. Opinantur Galli candidam olim columbam e cœlo missam beato Remigio, ejus urbis antistiti, liquorem olei attulisse quo reges inungerentur ; idque summa religione custodiunt neque immimui putant, quamvis a Clodoveo usque in hæc tempora permulti reges illo sint usi ; negantque verum esse regem qui hoc oleo non sit delibutus. Ob eam causam quum de transportando liquore sæpius Anglici consuluissent, divina voluntate præpeditum propositum arbitrantur. Delphinus, urbi propinquus, caduceatores misit, qui civitatem tradi jubeant coronationemque suam Remensibus annuntient. Illi primarios cives legant qui tempus consultandi petunt. Puella legatis nihil responderi jubet, nihil morandum in tempore, 514quod Deus statuisset ; cuncta esse gerenda. Paret Delphinus virgini, retentisque legatis et præmissis ordinibus equitum, celeri cursu civitatem petit. Mira res et apud posteros fide caritura ! nullus, vel in porta, vel in urbe, reperitur armatus ; togati cives extra mœnia occurrunt. Delphinus sine conditionibus, sine pactis, absque ulla contradictione patentes portas ingreditur : nemo reclamat, nemo signum indignationis ostendit ; divinum opus cumcti esse fatentur. Franci dum portam unam ingrediuntur, Anglici altera fugiunt. Paci fica et quieta civitas suum dominum benigne amplec titur, et, quem paulo ante velut hostem aspernabatur, nunc tanquam patrem miro affectu et summis honoribus excolit. Fit magnus circa Delphinum salutantium concursus, major circa Puellam, quam veluti divinum aliquod numen intuebantur. Facta sunt hæc die sabbati, in profesto beatæ Mariæ Magdalenæ ; et in ipso festo, apud monasterium Sancti-Remigii, magna populi frequentia, multis proceribus ac prælatis circumstantibus, Delphinus more majorum sacro inunctus oleo, regni Franciæ diadema suscepit, acclamante multitudine Carolo regi (id enim momen Delphino fuit) vitam ac victoriam.
Mansit rex ea in urbe quatriduo, præter consuetudinem. Mos enim Franciæ regibus est, die quæ coronationem sequitur, templum quoddam peregrinando petere, cui sanctus Marchoul præsidet, atque ibi ægrotos curare. Miraculum Galli vulgaverunt, morbum quemdam humano in gutture masci, qui solo regis tactu et arcanis quibusdam curetur verbis ; idque post coronationem in hoc templo fieri. Non est peregrinatus statuta die movus rex ; impedimento fuere 515Burgundorum legati, qui salutatum venerant et aliquid ad concordiam afferebant. Quibus auditis, quarta die peregrinatio facta est, in qua de curatione morborum nihil satis compertum habeo, quamvis Gallici omnia illa credant fieri miraculose.
Post hæc Puella cum novo rege Laudunum petit neque resistentia reperitur. Paruere omnia regi. Idem fecere quæcumque oppida intra Parisios Laudunumque jacent, populis ac plebibus universis summa cum exultatione obviam effusis. Fuit et spes data regi Parisiorum urbis capiendæ ; sedquum inagros eorum duxisset nec quisquam occurreret, deceptum se intelligens, retro abiit ; Puella vero acriori animo assumptis quibusdam cohortibus, usque ad portam excurrit quæ ducit ad Forum Porcorum, eamque magno impetu, non sine spe potiundiæ civitatis, incendit ; ubi dum fortius quam cautius pugnat intusque summa vi resistitur, sagitta in incertum missa vulneratur. Utprimum sauciatam se animadvertit, e pugna recessit ; comites ab oppugnatione cessarunt. Atque hic favor Puellæ minui cœpit, quæ, inviolabilis antea credita, vulnerari potuisset ; neque deinceps nomen ejus tam formidabile Anglicis aut tam venerabile Francis fuit ; brevi tamen curato vulnere, rursus in castra venit, ubi, pro veteri consuetudine arma tractams, nihil memorabile fecit.
Haud procul ab urbe rex abierat, expectanssi forte, mutatis civium animis, revocaretur ; nihil ex opinione successit. Dux Clocestriæ364, qui tum Parisiis præerat 516regnumque Anglicis ministrabat, summa diligentia cavit ne quispiam civium ad Carolum exiret. Ipse vero copias educens, castra castris opposuit quingentis circiter passibus ab hoste distans. Spectarunt sese biduo hostiles exercitus, et, quanquam præludia quædam furtaque belli commiserint, nunquam tamen collatis signis congredi præsumpserunt. Exin pene intacti, incertumque cujus majori dedecore, abierunt. Anglici Parisius revertere, Franci Biturigas, receptis denuo in fidem quicumque in medio erant populis, quum alio itinere rediissent.
Puella, ubi coronatum regem et in sua sede satis tuto locatum cognovit, quietis impatiens, in hostes rediit et oppida multa expugnavit armis ; multa in deditionem accepit ; nonnulla quæ hostes obsidione premebant celeri subventione liberavit. Postremo quum Anglici Compendium obsiderent, munitissimum oppidum ac Parisiis infensum, cupiens obsessis opem ferre, eo se cum copiis confert. Sentiunt hostes adventum atque insidias venienti parant. Iter ei per vineas faciendum erat et angustas semitas, quas ingressam et a tergo invadunt. Pugnatur in arcto loco magna contentione, ubi circumventa virgo quum explicare aciem nequiret, nec par esset certamen, nec fugiendi facultas daretur, deditionem facit. Joannes Lucemburgensis, nobili loco matus, Lignei comes, qui tum Anglicis militabat, Puellam captivam duxit, et aliquandiu in una ex suis arcibus asservavit. Quidam alio modo captam tradunt. Philippum ferunt Burgundiæ ducem adversus hostem profectum, qui Piccardiam populabantur, apud Axonam fluvium venationi operam dedisse. Qua re cognita, Puella quæ non longe abesset, sperasse incautum intercipere, 517lectisque sex millibus equitum in venatores irruisse. Philippum præcognito impetu, repente suos in ordine redegisse advenientemque virginem prælio excepisse, in quo Joannes eam ceperit365 ; Philippum captam ad se duci prohibuisse, cui indecorum videretur, etiam vincendo, cum fœmina decertasse366.
Utcumque sit, captam in bello virginem constat decem millibus aureis venditam Anglicis, Rothomagumque ductam : quo in loco diligenter examinata est, an sortilegiis, an dæmonio uteretur, an quicquam de religione prave sentiret. Nihil inventum est emendatione dignum, nisi virile indumentum quo illa utebatur ; neque hoc ultimo supplicio dignum censuere. Retrusa est in carcere, adjecta necis pœna, si amplius viriles vestes indueret. Illa quæ arma tractare didicisset et exercitio militari gauderet, a custodibus pertentata, qui modo sagum militare, modo loricam, modo thoracem et alias armaturas coram afferebant, incauta, virilibus aliquando et indumentis ac armaturis se adornavit, nesciens quia mortem indueret367.
Credibile est vivente virgine, quamvis capta, Anglicos se munquam satis tutos existImavisse, qui tot præliis ab ea superati fuissent ; timuisse fugam ac præstigia ; atque idcirco necis causam quæsivisse. Judices ubi Puellam viri habitum recepisse cognoverunt, tanquam 518relapsam igni damnaverunt. Cineres ejus, ne ho mori aliquando essent, in Sequanam fluvium projecere.
Sic Joanna obiit, mirabilis et stupenda virgo ; quæ collapsum ac pene dissipatum Francorum regnum restituit, quæ tot tantasque clades intulit Anglicis. Quæ dux virorum facta, inter militum turmas, pudicitiam servavit illæsam ; de qua nihil unquam indecorum auditum est. Divinum opus an humanum inventum fuerit, difficile affirmaverim. Nonnulli existimant, quum Franciæ proceres, prospere succedentibus Anglorum rebus inter se dissiderent, nec alter alterius ducatum ferre dignaretur, ab aliquo qui plus saperet hoc vaframentum excogitatum, ut virginem divinitus missam assererent ducatumque petenti admitterent : neque enim hominem esse qui Deum ducem recuset ; atque in hunc modum rem bellicam Puellæ creditam et armorum imperium datum. Illud exploratissimum est, Puellam fuisse cujus ductu Aureliani soluta est obsidio, cujus armis omnis terra subjecta est inter Bituriges ac Parisios, cujus consilio Remenses in potestatem recepti sunt et coronatio apud eos celebrata, cujus impetu Talbotes fugatus et ejus cæsus est exercitus, cujus audacia Parisiensis porta cremata, cujus solertia atque industria res Francorum in tuto repositæ sunt. Digna res quæ memoriæ mandaretur, quamvis apud posteros plus admirationis sit habitura quam fidei. Carolus etsi virginis obitum acerbissime tulit, non tamen sibi ipse defuit, multa per se, multa per duces suos, non solum adversus Anglos, verum et adversus Burgundos prælia gessit digna memoratu, quæ fortasse huic operi inseremus.
519Guerneri Berni
Guerneri Berni, né à Gubbio, capitaine de compagnie au service de Frédéric III de Montferrat, est l’auteur d’une chronique en italien qui va de l’année 1350 è 1472. Muratori a publié cet ouvrage sous le titre de Chronicon Eugubinum dans le vingt-unième volume de sa collection des Historiens de l’Italie. Le témoignage de cette chronique sur Jeanne d’Arc est le seul en langue italienne qu’il m’ait été possible de découvrir.
In questi tempi, in Francia era gran guerra tra il re di Francia e il re d’Inghilterra, e i Francesi avevano il peggiore. Erano gl’Inglesi a campo ad Orliensa, chè l’avevano assediato in modo, che non si poteva te mere. Come piacque al nostro signore Iddio, andò dal re di Francia una Pulzella, la quale stava a guardare le pecore ; e disse al re che ella andava per parte d’Iddio, e se egli faceva quello che egli diria, saria vincitore contro gl’Inglesi. E dopo molti segni, il re la cominciò a credere. Questa Pulzella si fece dare una spada che era in una chiesa, una di quelle che s’appiccano ai mobili e ai cavalieri sopra alle loro sepolture, quando muojono ; la quale spada la detta Pulzella portava tuttavia al lato. La prima cosa che ella fece, andò al soccorso d’Orliensa, che era assediato ; e aveva in capo d’un ponte, il quale passa a un fiume che va alle mura della terra, una bastia, la quale tenevano gl’Inglesi. Questa Pulzella, conquella spada nuda in una mano, 520e nell’altra la bandiera di Francia, fu la prima che entrasse mella bastia, dove lei fu ferita, et per forza tolse la bastia, dando soccorso e vittovaglia alla terra. Vinse costei due battaglie ordinate a gl’Inglesi, sicchè rimase Francia in buono stato ; e in ultimo lei per venne nelle mani degl’Inglesi, da quali fu abbrucciata, come lei aveva predetto368.
521Philippe de Bergame
Frère Jacques-Philippe de Bergame, augustin, né en 1433, a consacré un article à la Pucelle, dans son livre De claris electisque mulieribus qu’il fit imprimer à Ferrare en 1497. Homme d’un esprit inexact, et très-ignorant des choses de la France, il a travesti l’histoire en légende ; cependant il allègue encore un témoin oculaire qu’il appelle Guillelmus Guaschus, personnage attaché, dit-il, à la cour de Charles VII. Sans doute c’était l’un de ces chevaliers lombards qui passèrent en France l’année de la bataille de Crevant, sous la conduite du Borne de Caqueran et de Théode de Valpergue ; mais quel qu’il ait été, il est difficile de croire qu’il ait dit à Philippe de Bergame que les trois bastilles d’Orléans avaient été prises en trois heures d’horloge, que la mission de Jeanne d’Arc avait duré huit ans, qu’elle s’était rencontrée trente fois en bataille avec les Anglais : toutes choses que frère Philippe avance comme autant de faits prouvés.
De telles inexactitudes suffisent pour ôter toute créance à ce que dit l’auteur de poursuites que Louis XI aurait dirigées, avec l’autorisation du pape Pie II, contre un juge et un assesseur, seuls membres survivants du tribunal qui avait condamné Jeanne d’Arc. M. de L’Averdy, dans son célèbre mémoire, a fait une dissertation en forme pour démontrer l’impossibilité de ce nouveau procès. On aurait pu arriver au même résultat en moins de mots et avec des arguments bien plus forts. D’abord les assesseurs de Pierre Cauchon furent si peu poursuivis et suppliciés sous le pontificat de Pie II, que Thomas de Courcelles mourut longtemps après ce pape (en 1469) à Paris, où il était chanoine et doyen du chapitre de Notre-Dame, jouissant de ses dignités dans leur plénitude. Pour ce qui est des sévices que Philippe de Bergame dit qu’on exerça sur les dépouilles mortelles des juges défunts (car il prétend que Louis XI les fit déterrer et jeter au fumier), il n’y a 522qu’à objecter l’état de parfaite conservation où le tombeau de Pierre Cauchon, élevé dans Saint-Pierre de Lisieux, se maintint jusqu’à la révolution française. Il y aurait vingt autres fins de non-recevoir de cette force-là à opposer au récit inconsidéré du moine italien ; mais pour conclure d’un mot, comme il parle de ce qui s’est passé sous Charles VII, sans dire un mot du procès de réhabilitation, il est manifeste qu’il a transporté ce procès sous le règne de Louis XI, en l’accompagnant de circonstances dues à son imagination ou à celle du peuple au milieu duquel il vivait. Chose étrange, cette erreur s’accrédita en France par le succès qu’y obtint le livre de Philippe de Bergame. Un illustre dominicain, provincial de France et plus tard évêque de Marseille, composant pour la reine Anne de Bretagne un éloge des femmes, put écrire que la réhabilitation de la mémoire de Jeanne d’Arc était due à Louis XI. Je reviendrai ailleurs sur cet auteur et sur son ouvrage dont M. le marquis de Coislin possède à présent le manuscrit.
L’édition princeps du De claris mulieribus est d’une rareté telle que je n’ai pu me la procurer. J’ai fait usage de la réimpression qu’en a donnée Ravisius Textor, dans son recueil intitulé De memorabilibus et claris mulieribus aliquot diversorum scriptorum opera (in-fol., Paris, 1521 ).
Cap. CLVII. — De Janna Gallica Pulcella, optima juvencula.
Janna, virgo Gallica, natione Lothoringensis, circa annum salutis nostræ M. quadringentesimum octavum et quadragesimum, in puellari adolescentulaque ætate, divinitus (ut creditur) ad multa facinora obeunda præelecta, in metropoli Rothomagensis369 civitatis, quum quartum et vigesimum tantummodo ageret 523annum, in summa castitate decessit, igne cremata. Hæc itaque in primis obscuris et humilibus parentibus quum procreata esset, nihilominus in tota vita invicti animi princeps extitit victoriosa.
Quum a principio magnam ætatis suæ partem inter pecora egisset, ibi cum suis sodalibus, cum quibus pascendo pecora observabatur, sæpius cursum exercebat ; et modo huc atque illuc illi frequens cursus erat ; et aliquando currendo hastam, ut fortis eques, manu capiebat, et arborum truncos validissimis vulne ribus percutiebat. Plerumque etiam aliquam ex equa bus, quæ in grege pascebantur, viriliter ascendebat, et, hasta brachio supposita, currendo ictus validos inferebat ; et qui illam inspectabant, magna animi voluptate et admiratione afficiebantur. Per hujusmodi autem exercitationes mulier evasit fortissima. Erat brevi quidem statura, rusticanaque facie et nigro capillo, sed toto corpore prævalida ; quæ per omnem vitam suam, illibatam servavit virginitatem, et religionis apprime custos extitit. Ejus sermo satis, ex more fœminarum illius patriæ, lenis erat, quem sani ejus mores plurimum honestabant. Tam rectus illi sensus tamque integer, ut ibi educata ibique nutrita crederetur, ubi summa prudentia et omnis consilii ratio vigere videretur.
Ea itaque tempestate, Henricus, Anglorum rex, atrox bellum Carolo ejus nominis septimo, Francorum regi, intulerat. Idemque majorem sui partem ademerat, et jam Aurelianam, primariam sui regni urbem, summa vi oppugnabat ; et ejus urbis quotidie gravis sima erat oppugnatio, eoque undique circumsessa erat, mec aditus ostendebatur quo posset talis obsessio solvi. 524In ea quippe omnis regni spes vertebatur ; qua quidem amissa, de toto regno Galliæ actum esse videbatur. In hac itaque difficultate rex constitutus, et angore animi incertus angebatur, nec quod consilium sequeretur ratione nulla inire poterat. Tum hanc virginem, dum ha cagerentur, contigit, pascendo pecora in sacello quodam vilissimo, ad declinandam pluviam obdormire : quo in tempore, visa est se in sommiis a Deo, qui se illi ostenderat, admoneri ; tumque sextum et decimum tantummodo agebat annum.
Qua admonitione permota, confestim grege omisso quem pascebat, in castra ad regem est profecta. Quæ quum ad efus tentorium pervenisset, prafata est velle sede rebus maximis cum rege loqui, quod prædicaret se divinitus a Deo missam. Primores et cubicularii aspernabantur puellam, quod cultu et corporis habitu una ex agrestibus esse, sicut erat, videretur ; unde eam castigabant et duris verbis atque aspere increpabant, quod tam audax tamque petulans et temeraria esset, ut tantum regem stulta et subrustica adire et al loqui præsumeret. Illa nihilominus, a Deo confortata et impulsa, in proposito perseverans, instanter expostulabat ad regem ingredi licere, quum se magna sibi afferre diceret ac seria, non utique levia aut minime ludicra. Quibus ex rebus permoti aulici, eam demum ad regem introduxere. Introducta autem ad regem Pulcella Janna, quum ad ipsius genua procidisset, majestatem regiam ex more, omnicum reverentia salutavit. Salutatoque rege, primoribus cunctis palam audientibus, sic locuta est : Gloriosissime rex, ego, ancilla tua minima, omissa mei gregis custodia, cui tanquam una ex agrestibus præeram, omnipotentis Dei 525imperio, ad opem tibi ferendam, qua regnum tuum amissum recuperes, huc impigre accessi, divinoque jussu ducem totius tui exercitus momeo me declarari a jubeas. Nec mireris quod, puella inops et agrestis, et hujusce vilissimæ sortis, huc prodierim ausaque fuerim tantum imperium suscipere, quia omnipotenti a Deo sic visum infirma et contemptibilia eligere, ut fortia confundat.
At rex, horum verborum gravitatem secum revolvens, illico tacitus et mirabundus ad primarios suos sustulit oculos. Eademque admiratio cæteros obstupefecit proceres, submissa voce dictitantes hoc certe divinum, non humanumh esse consilium. Rex autem inquit : Pulcella, ingenue profiteris te a Deo mihi omnino in auxilium missam esse ; sed qua ratione ? Tu fœmina es admodum adolescentula, rerum omnium inexperta, et quomodo præsumis tibi tanti muneris tantique exercitus assumere administrationem ? Hoc utique non est tui officii et ætatis tenellæ munus, sed jure militari peritissimorum exercitatissimorumque virorum. Itaque moneo semel atque iterum, ut videas etiam atque etiam quæ afferas et quæ apportes.
Constanti vultu et intrepido confestim respondit : Maxime rex, obsecro ne plura percontari pergas. Deus, a quo missa sum, huic tuæ necessitati consulet. Nec, peto, teras ultra tempus, si cara tibi est tui regni incolumitas. Et, ut verum intelligas, accipe a quæ submotis arbitris tibi dicam.
Postquam vero cum rege locuta est, rex, prope stu pefactus et incertus quid responderet, e vestigio illam totius sui exercitus ducem enuntiavit, cumctis primoribus acclamantibus. Res prope incredibilis et inaudita, 526et maximo spectaculo digna, si animadverteris tot principes, regemque ipsum, in bellis exercitatissimos, sese in imperio adolescentulæ, sedecim annos natæ, subjicere, quæ ex ovium et suum vel porcorum gregis
[cura] excepta fuerat, videre eam, virilibus indumentis et armis indutam, Gallicas ducere acies. Igitur, postquam Janna hæc virago totius regii exercitus declarata imperatrix, mandavit rex coruscantia arma necessaria eidem statim dari equumque fortissimum admoveri, phaleris aliisque ornamentis mirifice coopertum. Quem quum ascendisset, etiam galea suo capiti superinduta, capilli capitis sui per humeros dispersi dependebant. Quumque taliter indutam et armatam omnis spectaret exercitus et equo intrepide insedentem, visa est omnibuseques quidam e cœlo demissus.
Quæ cum parte copiarum terrestri itinere equo invecta, contendit ad Aurelianam urbem obsidione solvendam. Rex vero cum omnibus copiis suisque primoribus principibus strenuissimis ad Rhodanum flumen castra castris opposuit. Ipsa autem quum ad hostem pervenisset, extemplo manum summa vi conseruit. In quo quidem conflictu et prælio, dux totius hostilisexercitus, cum decem millibus Anglorum e vestigio fuit interfectus, et, trium horarum spatio, tria hostilia recepit munitissima propugnacula. Quo viso, rex omnem suum exercitum validissimum ad liberandam urbem admovit. Atque ita, intra quatriduum, ipsa civitas, pulso hoste, cum maxima hujus adolescentulæ gloria, obsidione liberata est ; quod potius divinum quam humanum factum omnes reputarunt et crediderunt. Hanc quidem rem gestam quidam optimus et locuples testis, vir clarissimus, nomine Guilielmus Guaschus, serio 527mihi exposuit, tunc regius aulicus, prout audierat et viderat. Postque hoc, per octo annos continuos, tricies cum hoste justo prælio conflixit. Ex quibus semper superior gloriosa discessit, capto, maxima cum ipsius gloria atque triumpho, Anglorum strenuissimo imperatore, quem suo regi vinctum tradidit. Quibus gestis, regem ipsum Carolum ovantem in Aurelianam introducens, ex more a suis proceribus inunctus et consecratus est rex ; quod antea minus facere poterat. lnunctus itaque rex atque ex more corona donatus cum maxima omnium lætitia, suique gloria atque triumpho, in templo ea associante est præsentatus. Vetere enim lege non licet Francorum regem alibi quam ea in urbe consecrari, quum omnia Gallorum regum insignia ibidem posita reserventur, quæ videlicet adhibentur regi coronando, in primisque sacra unctio e cœlo demissa.
Hæc igitur Janna Pulcella virgo, quum magnam gloriam in armis esset adepta, et regnum Francorum magna ex parte deperditum e manibus Anglorum pugnando eripuisset, in sua florenti ætate constituta, non solum se morituram, sed et genus suæ mortis, cumctis prædixit. Nam ab ipsis Anglis tandem in prælio capta, et ad Rothomagensem urbem violenter perducta, ibidem ab ipsis et ipsorum rege veneficii et artis magicæ vitio incusata, sævissima ignis mortedemum damnata est. Et hic tantæ virginis vitæ finis fuit ; quo quidem atrocissimo supplicio hæc tam inauditæ virtutis mulier indigne occisa est. Post multos autem annos, Carolus ipse, optimus sane rex, Rothomagensium urbe recepta, eo in loco ubi atrociter concremata fuerat Janna Pulcella, pro monumento et titulo puellaris decoris, 528crucem æneam, et quidem eminentissimam inauratamque poni jussit.
Ludovicus autem rex, postea patri succedens, ægre admodum ferens mortem tam indignam tantæ viraginis, a Pio pontifice Romano, ejus nominis secundo, impetrasse fertur ut duos jurisperitos in Galliam mitteret, qui iterato diligentius illius causam et vitam cognoscerent. Qui, ubi in Galliam demum pervenissent, illico duos ex falsis consiliariis et judicibus superstites ad se citarunt. Qui postquam causam hujusmodi accurate diligenterque omnem cognovissent, deprehende runt plane mulierem innocentissimam falso fuisse damnatam, ac omnia conficta contra ipsam extitisse, quæ videlicet de veneficio aut arte magica adversus illam crimina dicta fuerant ; quinimo omnem ejus vitam tam præclaris gestis inæqualiter consensisse, nec quidpiam ab ea unquam admissum, quod religionem ulla ex parte violare potuisset. Quas ob res, utrosque eodem mortis supplicio affecerunt, quo ipsi innocentissimam virginem diu ante promulgaverant atque damnaverant. Atque huic damnationi additum est ut duorum aliorum judicum mortuorum ossa, e sepulchris effossa, igni si militer cremarentur, eoque loco, ubi hæc virago extiterat concremata, templum poneretur ; et ex reliquis prædictorum bonis, quæ publicata fuerant, ibidem ad Dei summi honorem ipsiusque defunctæ propitiationem, quotidianum sacrificium institutum est. Itaque hoc modo huic admirabili fœminæ decus omne recupe ratum est.
Quibus quidem meritis et inauditis facinoribus, Janna hæc Pulcella merito a nobis claris mulieribus venit hic applicanda.
529Laonic Chalcondyle
Laonic Chalcondyle ou Chalcocondyle, athénien, réfugié dans le royaume de Naples, écrivit une dizaine d’années après la prise de Constantinople par les Turcs, une histoire des conquêtes de ce peuple, depuis l’an 1298 jusqu’à la totale extinction de l’empire grec. Dans le second livre de cet ouvrage, il a voulu traiter des affaires de l’Occident, au risque de prouver une fois de plus le génie inventif des Grecs en histoire, quidquid Græcia mendax Audet in historia. C’est uniquement pour la curiosité du fait que l’on rapporte ici le court passage consacré par Chalcondyle à la mémoire de Jeanne d’Arc. Dans l’imagination de l’historien, la longue lutte de la France et de l’Angleterre, depuis Philippe de Valois jusqu’à Charles VII, se résume en une seule campagne. La ville de Calais étant tombée par surprise aux mains de l’ennemi, les Français prennent les armes, et, donnant la chasse aux Anglais, finissent par les cerner sur une montagne. Ceux-ci demandent à capituler : leur offre est rejetée ; ils combattent et gagnent la bataille. Cette victoire est suivie d’une seconde encore plus décisive, qui eut lieu, dit le texte, dans le champ surnommé depuis Champ de Deuil.
Chalcondyle continue en ces termes370 :
Or les Anglois ayant soumis le pays presque entier, allèrent contre la maîtresse ville du royaume, à savoir la cité de Paris. Et étaient les affaires des Français en point de bien tôt venir à toute extrémité de péril. Et iceux Français ayant 530folles croyances, pource qu’ils étaient en telle aventure où par espécial les hommes ont accoutumé soi tourner à superstition, une femme de grande apparence et dont on disait que Dieu ouvrait par elle, se mit à les conduire, eux étant enhortés par elle et cuidant que ladite femme dut être leur capitaine. Si disait-elle lui être signifié de par Dieu que les Anglais s’étaient assemblés pour leur venir sus et combat tre derechef. Dont les Anglais ne s’étant de rien amendés, Français anuitèrent au lieu où ils étaient, et le lendemain, ayant dejà repris meilleurs courages à cause d’icelle femme qui les conduisait, ils saillirent à la bataille, et par force d’armes dérompirent les ennemis et les reboutèrent arrière de pleine course. Après quoi ladite femme mourut dans celle même guerre. Et les Français se reconfortèrent et de vinrent plus hardis à combattre les Anglais, et ayant reconquis toutes leurs places, ils gagnèrent derechef leur maîtresse ville ; tant que moult d’autres armées furent envoyées d’Angleterre en France par plusieurs fois et à grande 531puissance ; non obstant lesquelles, Français, comme l’on dit, eurent toujours victoire de leurs adversaires, et finalement les déchassèrent de tout le pays jusqu’à les rebouter dedans la ville de Calais371.
Notes
- [340] Conformément à cette dénomination qu’on ne trouve que dans les historiens anglais, Polydore Vergile (Anglica Historia, lib. XXIII ) appelle Jeanne Puella Dei vates.
- [341] Polydore Vergile, au livre XXIII de son Historia Anglica :
Sed Puella infelix, priusquam ea pœna affecta sit, memor humanitatis quæ unicuique innata est, simulavit se gravidam esse, quo aut hostes misericordia frangeret aut faceret ut mitius supplicium statuerent. Verum postquam ob eam causam novemmenses est servata ad partum, et res vana apparuit, nihilo minus crematur.
- [342] En français, Jean de Saint-Michel. Voyez ci-dessus, p. 130.
- [343] Un garot ou fort trait.
- [344] Ainsi, en Écosse, Bethford passait pour le véritable instigateur de la mort de Jeanne d’Arc. Polydore Vergile, historien très-postérieur, comme on sait, nomme aussi le duc de Sommerset : in veneficii crimen vocata, primo jubente duce Somersetensi, diligenter examinata est (Hist. Angl. lib. XXIII).
- [345] Cette singulière assertion ne peut être que le résultat d’une méprise. Je conjecturerais volontiers que notre auteur a eu sous les yeux une relation du supplice où étaient les mots in dolio vestita, vêtue en deuil, qu’il n’aura pas compris. Les condamnés de l’inquisition étaient en effet habillés de noir. Quant au mot dolium signifiant deuil, quoique Du Cange n’en ait recueilli qu’un exemple qui appartient à l’antiquité, puisqu’il est du poète Commodien, on le trouve usité aussi au moyen âge. Sabbatum non illud fuit, sed Saturni dolium, lit-on dans une chanson composée sur la bataille de Fontenay (ap. Bouquet, t. VII, p. 304.)
- [346] C’est là un des chefs de l’accusation soutenue par le promoteur en 1431. Voir tout ce qui en a été dit au procès de condamnation, t. I, p. 236 et 237.
- [347] Nous donnons cette tirade telle qu’elle est dans les éditions, et sans faire aucun effort pour en comprendre le sens.
- [348] Les trois premiers de ces vers sont rapportés et ont déjà été l’objet d’une remarque, t. III, p. 338. Voir aussi à la page 323 du présent volume. Les deux autres commencent la tirade qui est rapportée dans le registre de Thomassin, ci-dessus, p. 305.
- [349] Voyez t. III, p. 429, note 3.
- [350] Lisez Scales.
- [351] C’est en 1514, pendant la minorité de Jacques V, que Jean Stuart, quoi que fixé en France depuis plusieurs années et marié avec Anne de La Tour, fut appelé à l’honneur de gouverner l’Écosse. Il n’accepta que par devoir, et resta le moins qu’il put auprès de son pupille. À son retour en France, François ler le fit surintendant de ses galères. Il mourut en 1536 à Mirefleur en Auvergne. (Baluze, Histoire de la maison d’Auvergne, t. I, p. 356.)
- [352] Ce qui suit est une traduction assez exacte de la pièce qui a été imprimée à la suite du Procès de réhabilitation, t. III, p. 391. La reproduction de ce morceau dans le texte du chroniqueur allemand, constate le caractère officiel des documents dont il s’est servi.
- [353] M. Gœrres avertit ici qu’il supprime la traduction de la lettre aux Anglais, insérée dans le récit d’Eberhard de Windecken, traduction, dit-il, qui s’accorde exactement avec le texte français.
- [354] Lisez Rois ou Rais.
- [355] Je corrige le texte de M. Gœrres qui donne Melun.
- [356] Ici finit l’extrait inséré dans le XIXe chapitre de l’ouvrage de M. Gœrres. Ce qui suit se trouve relégué dans son Appendice.
- [357] Faute de copie dans le manuscrit de Munich. Est-ce Tors in Torene qu’il faut conjecturer ? Dans tous les cas, le sens exigerait zu au lieu de von.
- [358] Cette date correspond au 11 mai.
- [359] C’était un moine, appelé frère Yves Milbeau. (Lobineau, Hist. de Bret., t. I, p. 580.)
- [360] Il n’en a parlé que pour l’annoncer dans le paragraphe qui précède celui-ci.
- [361] Voir cette lettre dans notre cinquième volume.
- [362] Voir sur ces deux femmes le récit contenu dans Journal d’un bourgeois de Paris. Ci-dessus, p. 467.
- [363] Un témoignage à peu près contemporain de celui de Buonincontro et encore moins instructif, est celui d’Antonin de Forciglioni, dominicain, qui mourut archevêque de Florence. Toutefois, Edmond Richer, Hordal et d’autres anciens auteurs, ont attaché de l’importance à ses paroles, parce que l’église l’a placé au rang des saints. L’opinion qu’il émet se réduit à ce peu de mots : Multa admiratione digna agebat : quo autem spiritu ducta, vir sciebatur. Credebatur magis Spiritu Dei. Hoc patuit eæ operibus suis ; nihil enim inhonestum in ea videbatur, nihil superstitiosum ; in nullo a veritate fidei discrepabat. (Sancti Antonini, 0pus historiarum, pars III, tit. 22, c. 9, sect. 7.)
- [364] Confusion du duc de Glocester, qui était régent en Angleterre, avec Bedford, son frère, régent de France. Le récit qui suit n’est pas non plus à sa place.
- [365] Confusion des deux sorties que Jeanne fit de Compiègne à plusieurs semaines de distance. Cf. Berri, ci-dessus, p. 44.
- [366] Mensonge de quelque grand personnage de la cour de Bourgogne que l’auteur avait eu l’occasion d’interroger.
- [367] Cette version de l’infâme guet-apens imaginé pour amener le cas de rechute, doit être celle que les docteurs normands avaient répandue au concile de Bâle.
- [368] Baptiste Fulgose, nommé d’ordinaire parmi les écrivains qui font autorité sur Jeanne d’Arc, se placerait, par sa date, après Guerneri Berni ; mais je n’ai pas cru devoir rapporter son témoignage, parce qu’il a tout simplement copié Gaguin, lequel Gaguin a lui-même été exclu du présent recueil comme n’offrant absolument rien d’original. L’attention qu’on a donnée à Fulgose, tient sans doute au poste éminent qu’il occupa pendant quelques années de sa vie. Cet auteur fut en effet doge de la république de Gênes. Déposé en 1483, il se réfugia en Provence et y écrivit, pour l’instruction de son fils, un recueil imité de Valère Maxime. Après sa mort, cet ouvrage qui était en italien, fut mis en latin par un certain Ghilini, et imprimé à Milan en 1509, sous le titre de De dictis factisque mirabilibus collectanea. L’usage que Fulgose a fait de Gaguin, recule au delà de 1491 la composition de son recueil. C’est au IIIe livre, titre De fortitudine, qu’il parle de la Pucelle, rendant très-bien son nom de famille sans l’estropier, Joanna Jacobo Arco patre orta (patre Jacobo Darco, matre Ysabella, genita, dans Gaguin).
- [369] Il y a Remensis dans le texte, mais dans l’erratum de l’ouvrage, Ravisius Textor avertit qu’il faut substituer Rothomagensis à Remensis. Peut-être est-ce une correction de lui ; car Philippe de Bergame est assez mauvais géographe pour avoir confondu Rouen et Reims.
- [370] Conforme au texte de la Byzantine, édition du Louvre, p. 49.
- [371] Cette traduction est de moi. Je me suis permis de la faire dans le style du quinzième siècle, pour rendre d’une manière plus exacte la langue très dégénérée de l’auteur byzantin.