P. Duparc  : Procès en nullité (1977-1988)

Tomes III-IV (FR) : Chapitre 5 (1)

166LA
Chapitre V
Informations et enquêtes

Suit la teneur des informations, enquête et dépositions faites et reçues, tant d’office seulement, qu’à la requête du promoteur et des parties, comme il a été dit plus haut.

De ces informations, les unes ont été faites dans le lieu de naissance de Jeanne, souvent nommée, sur son origine et son comportement ; d’autres dans la cité d’Orléans et lieux voisins, sur ses faits et gestes ; d’autres dans la cité de Rouen, sur la valeur du procès autrefois engagé contre ladite Jeanne et sur d’autres points concernant les personnes et le susdit procès. Quelques-unes de ces informations et enquêtes ont été faites par les seigneurs délégués, d’autres par leurs commissaires, en des lieux et temps variés, comme cela est indiqué plus bas pour chaque enquête et information.

LAI.
Information préalable faite à Rouen l’an 1452

Mais d’abord, attendu que le révérendissime père dans le Christ et seigneur, monseigneur Guillaume, prêtre de la sainte Église romaine, cardinal au titre de Saint-Martin-des-Monts, communément appelé le cardinal d’Estouteville, fit et ordonna de faire, avec l’assistance de vénérable père maître Jean Bréhal, inquisiteur, dans la cité de Rouen et ailleurs certaines informations préalables et préparatoires, à cause de bruits courant et de tout ce qui lui avait été rapporté quotidiennement pendant sa légation au sujet du procès mené contre ladite Jeanne ; attendu qu’il ne put, à cause de son départ, prendre un décret de citation, comme il 167l’avait espéré, et procéder à l’examen du procès, et qu’il décida d’envoyer les pièces à cet inquisiteur et aux notaires ; pour ces raisons lesdits seigneurs délégués reçurent en notre présence, des mains dudit inquisiteur et des notaires qui les ont écrites, lesdites informations, au début du procès, et ordonnèrent qu’elles fussent placées ici, en premier, dans les autres informations et enquêtes, comme préparatoires et préalables.

LATeneur des articles sur lesquels furent interrogés les témoins entendus dans cette information.

Suivent donc les articles sur lesquels furent examinés les témoins ci-dessous nommés par ledit révérendissime père dans le Christ, le seigneur cardinal d’Estouteville, prêtre cardinal au titre de Saint-Martin-des-Monts, légat envoyé par le saint Siège apostolique au royaume de France, et par vénérable homme frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée, l’un des inquisiteurs de la perversité hérétique au royaume de France, dans l’affaire de Jeanne, dite la Pucelle.

I. D’abord feu monseigneur Pierre Cauchon, alors évêque de Beauvais, était poussé par une passion désordonnée pour faire le procès contre défunte Jeanne, communément appelée la Pucelle, et, parce qu’elle avait guerroyé contre les Anglais, il la poursuivait et la haïssait, recherchant sa mort par tous les moyens possibles.

II. De même encore ledit évêque demanda au seigneur duc de Bourgogne et au seigneur comte de Ligny, par lettres comminatoires, que ladite Jeanne fût livrée au roi d’Angleterre, plaçant en cela l’Église au second plan. Et il demanda une autre fois qu’elle lui fût donnée et remise, cela en promettant de payer six mille francs, puis dix mille à ceux qui la détenaient ou l’avaient prise, et en ne se souciant pas de ce qu’il donnait, pourvu qu’il l’eût.

III. De même lesdits Anglais la craignaient grandement, et à cause de cela cherchaient à la mettre à mort de n’importe 168quelle manière, pour qu’en cessant de vivre elle ne les terrorisât plus.

IV. De même ledit évêque était du parti des Anglais, et, avant de connaître la cause, il accorda que ladite Jeanne fût placée dès le début du procès au château de Rouen, dans une prison laïque et aux mains de ses ennemis, malgré l’existence de prisons ecclésiastiques, bonnes et convenables, dans lesquelles peuvent être légitimement gardés et enfermés, si criminels soient-ils, les coupables en matière de foi.

V. De même ledit évêque n’était pas le juge compétent, comme fréquemment l’a déclaré Jeanne en le dénonçant publiquement.

VI. De même ladite Jeanne était une jeune fille simple, bonne et catholique, désirant fréquemment confesser ses péchés et entendre la messe, de telle sorte qu’elle a pu montrer aux assistants par sa fin qu’elle était une fidèle chrétienne.

VII. De même Jeanne déclara plusieurs fois en justice qu’elle soumettait toutes ses actions et ses paroles au jugement de l’Église de notre seigneur le pape ; et ce qu’elle disait paraissait procéder d’un esprit plutôt bon que mauvais.

VIII. De même Jeanne comprit très mal ce qu’était l’Église, quand on l’interrogeait sur sa soumission à l’Église, et elle ne prenait pas ce mot comme la réunion des fidèles ; mais elle croyait et comprenait que cette Église, sur laquelle on l’interrogeait, était composée des ecclésiastiques alors présents, favorables au parti des Anglais.

IX. De même elle fut condamnée comme relapse, alors qu’elle voulait se soumettre à l’Église.

X. De même, une fois condamnée à reprendre et garder les vêtements de femme, elle fut forcée de remettre un habit d’homme. Par ce motif les prétendus juges la jugèrent relapse, cherchant non sa résipiscence, mais sa mort.

XI. De même, bien qu’il fût évident pour les juges que cette Jeanne se soumettrait au jugement et à la décision de notre sainte mère l’Église, et qu’elle avait vécu en fidèle 169catholique, néanmoins ces juges, favorables aux Anglais, ou incapables de résister à leurs menaces et à leurs pressions, la condamnèrent très injustement comme hérétique à la peine du feu.

XII. De même tous et chacun des points cités, à savoir la condamnation de Jeanne, la haine et la passion désordonnée des juges, furent et sont de renommée publique et d’opinion courante, sujets d’entretien ordinaire et notoire dans la cité et le diocèse de Rouen et dans tout le royaume de France.

Suit la citation en vertu de laquelle les témoins furent convoqués.

Guillaume, par la miséricorde divine prêtre de la sainte Église romaine cardinal au titre de Saint-Martin-des-Monts, communément appelé cardinal d’Estouteville, légat du Siège apostolique dans le royaume de France, le Dauphiné, le duché de Savoie et toutes les provinces des Gaules, et frère Jean Bréhal, de l’ordre des frères prêcheurs, professeur de théologie sacrée, par l’autorité apostolique inquisiteur désigné de la perversité hérétique au royaume de France, tous deux co-juges en cette affaire, à tous et chacun des prêtres, curés et non curés, et autres personnes ecclésiastiques, aux notaires et tabellions publics, où qu’ils soient établis, auxquels nos présentes lettres parviendraient pour exécution, salut dans le Seigneur. Nous vous mandons à vous et à chacun de vous, de citer péremptoirement devant nous, dans le palais archiépiscopal de Rouen, à jour certain et convenable, non férié, comme vous en êtes requis par les présentes, révérend père dans le Christ et seigneur monseigneur l’évêque de Démétriade, Jean Autin, dom Thomas Marie, prieur de Saint-Michel près Rouen, dom Pierre Miget, prieur de Longueville-Giffard, maître André Marguerie, chanoine de Rouen, Guillaume de Bigars, chevalier, maître Guillaume Fortin, maître Nicolas de Houppeville, seigneur Jean Massieu, seigneur Guillaume Manchon, frère Bardin de La Pierre, frère Martin Ladvenu, seigneur Nicolas Taquel, Pierre Cusquel, frère Jean Pasquerel, Richard de Grouchet et Jean Favé, pour porter un témoignage de vérité dans une affaire d’inquisition, touchant 170un procès en matière de foi jadis engagé contre une Jeanne, appelée communément la Pucelle, par un évêque de Beauvais et un prétendu sous-inquisiteur de la foi, et au sujet d’articles délivrés en cette affaire de la part du promoteur ; déclarant en outre que nous suspendrons l’évêque de toute entrée dans une église et que nous excommunierons les autres susnommés s’ils ne comparaissent pas devant nous. Relatez-nous fidèlement ce que vous aurez fait, vous qui devez exécuter les présentes. Donné l’an du Seigneur 1452, le jeudi après Jubilate. Ainsi signé : Compaing.

LADépositions des témoins

Suit l’information préalable soit préparatoire faite par révérend père dans le Christ et seigneur, monseigneur Guillaume, par la miséricorde divine prêtre de la sainte Église romaine au titre de Saint-Martin-des-Monts, communément appelé cardinal d’Estouteville, légat du Siège apostolique au royaume de France et dans les provinces des Gaules, et par frère Jean Bréhal, de l’ordre des frères prêcheurs, professeur de théologie sacrée, inquisiteur de la perversité hérétique dans le royaume de France, désigné par l’autorité apostolique, tous deux co-juges en cette affaire, où, suivant la renommée publique, on avait agi autrefois mal et à tort contre Jeanne, appelée communément la Pucelle, dans un procès intenté contre elle par l’évêque de Beauvais du temps et le sous-inquisiteur de la foi, sous la domination du roi d’Angleterre.

LAMessire Guillaume Manchon

En premier lieu messire Guillaume Manchon, prêtre, notaire de la cour archiépiscopale de Rouen, âgé de cinquante-huit ans ou environ, témoin juré et entendu l’an du Seigneur 1452, le mardi, second jour du mois de mai.

Sur le premier article affirme par serment que l’article est véridique, par ce qu’il a entendu et compris dans les écrits ; et cela est notoire.

171Sur le deuxième article, qui commence par De même encore, affirme par serment qu’il est véridique, en raison de ce qu’il a entendu, à savoir que Jeanne, prise par un homme de l’entourage du comte de Ligny, fut conduite au château de Beaurevoir et détenue là pendant trois mois ; et ensuite, en vertu de lettres du roi d’Angleterre et de monseigneur de Beauvais, conduite à Rouen et placée dans un cachot.

Sur le troisième article qui commence par De même lesdits Anglais, affirme croire que si ladite Jeanne avait tenu le parti des Anglais, ils n’auraient pas procédé contre elle aussi rigoureusement qu’ils le firent. Et ne sait rien d’autre.

Sur le quatrième article dit que l’évêque de Beauvais tenait le parti des Anglais et, avant que ledit évêque eût commencé de connaître de la cause, il vit que Jeanne était déjà enchaînée ; et ensuite, après qu’il eût commencé d’en connaître, Jeanne, ainsi enchaînée, fut donnée en garde à quatre Anglais, désignés par cet évêque et l’inquisiteur de la foi, et avertis solennellement qu’ils devaient la garder avec soin. Elle était traitée cruellement et les instruments de torture lui furent montrés à la fin du procès. Elle était alors vêtue d’habits d’homme, et se plaignait de ne pas oser les quitter, craignant que la nuit ses gardiens ne lui fissent subir quelque violence ; et une fois ou deux elle se plaignit audit évêque de Beauvais, au sous-inquisiteur et à maître Nicolas Loiselleur que l’un desdits gardiens avait voulu la violer ; pour cette raison le sire de Warwick, sur le rapport fait par lesdits évêque, inquisiteur et Loiselleur, fit de grandes menaces aux gardiens s’ils s’avisaient ultérieurement de faire une autre tentative ; et deux autres gardiens furent désignés de nouveau.

Sur le cinquième article, à savoir si cet évêque était ou non le juge compétent de Jeanne, il dit qu’il s’en rapporte au droit ; mais on disait qu’elle avait été faite prisonnière en dehors de son territoire et de sa juridiction et qu’elle n’était pas de son diocèse. Et il sait que l’évêque procéda contre elle jusqu’à la sentence définitive, comme cela est contenu dans le procès, auquel il se réfère.

172Sur le sixième article il déclare n’avoir jamais vu Jeanne faire quoi que ce soit d’hérétique ou de contraire à la foi catholique ; au contraire il vit qu’elle demandait de recevoir le sacrement de la confession et d’entendre la messe ; quant à ce qui a été avancé contre elle, en matière de vêtements d’homme, de visions d’anges et de saints, etc., et autres points énumérés dans le procès, il s’en rapporte aux gens savants. Il dit cependant que d’après la renommée elle avait été jugée avec haine et hostilité, et non pas selon la vérité ; c’est pourquoi le témoin vit plusieurs personnes pleurer après sa condamnation ; et à la fin de sa vie elle s’abandonna avec grand dévotion à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie et aux saints.

Sur le septième article s’en rapporte au procès.

Sur le huitième déclare que les réponses de Jeanne sont assez connues par le procès. Il sait cependant que maître Jean de La Fontaine et deux frères de l’ordre des prêcheurs furent envoyés à Jeanne six semaines avant le prononcé de la sentence, pour l’avertir de se soumettre à l’Église, parce que, au jugement de tous, elle ne paraissait pas comprendre la nature de l’Église. Ce La Fontaine, il est vrai, par crainte des Anglais et à cause de leurs menaces, fut contraint de s’enfuir ; quant aux autres maîtres, ils réussirent à grand peine à obtenir la paix. Il ajoute que maître Jean Lohier, se trouvant alors dans la cité de Rouen et appelé à donner son avis sur le procès, voyant par les autres qu’on ne pouvait juger en sûreté, dit qu’à son avis on ne procédait pas bien ; et il s’en alla, refusant de siéger plus longtemps.

Sur le neuvième déclare s’en rapporter au procès.

Sur le dixième article s’en rapporte au droit. Déclare cependant qu’après sa condamnation à résipiscence, elle reprit des vêtements féminins et en fut satisfaite ; mais demanda qu’on la mît avec des femmes dans une prison d’Église, pour être détenue par des ecclésiastiques. Par la suite elle reprit les vêtements d’homme, disant pour s’excuser que si elle avait été mise dans une prison d’Église, elle ne l’aurait pas fait, mais qu’elle n’avait pas osé rester en vêtements féminins avec les gardiens anglais.

173Sur le onzième s’en rapporte au droit.

Sur le douzième déclare que sur les faits de la capture, du procès, de l’incarcération, de la condamnation et de l’exécution, il y a la voix publique et la renommée.

Dit en outre, lui qui parle, que comme notaire il écrivit les réponses et les justifications de ladite Jeanne ; et il arriva que deux autres écrivains, cachés secrètement à proximité, omirent dans leur relation toutes les justifications ; et les juges voulurent que lui, témoin, rédigeât à leur guise, ce qu’il ne fit pas.

LAFrère Pierre Miget.

Vénérable et religieuse personne frère Pierre Miget, professeur de théologie sacrée, prieur de Longueville-Giffard, âgé de soixante-dix ans ou environ, juré et entendu ledit mardi, second jour du mois de mai.

Sur le premier article déclare qu’il est véridique et notoire.

Sur le deuxième article dit que Jeanne fut détenue au château de Rouen. Interrogé sur la source de cette connaissance, dit qu’il l’en vit extraire.

Sur le troisième article déclare assez évident, par la conduite du procès, que les Anglais procédèrent plus par un stimulant de haine que par le zèle de la justice ; ils cherchaient à prouver qu’elle était hérétique, pour ainsi déshonorer le roi de France ; et, à ce qu’il croit, c’était leur intention essentielle.

Sur le quatrième article déclare que l’évêque de Beauvais soutenait le parti des Anglais. Et il entendit dire que ladite Jeanne était traitée cruellement dans la prison, qu’elle avait des fers aux pieds comme aux mains ; cela cependant il ne l’a pas vu, quoiqu’il eût aperçu Jeanne lors d’un interrogatoire. Dit en outre que si elle n’avait pas été dangereuse pour les Anglais, elle n’aurait jamais été traitée ainsi et condamnée ; mais ceux-ci la craignaient plus qu’une grande armée.

Sur le cinquième déclare que pour la compétence du juge il s’en rapporte au droit ; dit cependant qu’elle n’était pas originaire du diocèse de Beauvais.

174Sur le sixième déclare qu’en cette Jeanne il ne vit ni n’apprit rien de contraire à la foi ; et la majeure partie de ceux qui virent son exécution la plaignirent, disant qu’on avait procédé contre elle avec la passion de la haine et injustement.

Sur le septième, s’en rapporte au procès.

Sur le huitième déclare que dans les réponses de Jeanne il n’a rien vu qui ne fût catholique, si l’on excepte les révélations, qu’elle disait avoir eues de saints et avoir à dire ; mais il entendit d’elle que son cœur était tourné vers Dieu, et qu’elle voulait obéir à Dieu et à l’Église.

Sur le neuvième déclare que les juges saisirent l’occasion de la condamner comme relapse, parce qu’elle avait repris l’habit d’homme qu’elle avait enlevé.

Sur le dixième déclare que ne désigne pas comme hérétique le fait, pour une femme, de porter un vêtement d’homme ; au contraire, semble-t-il, celui qui pour cette seule raison la déclarerait hérétique devrait être puni de la peine du talion.

Sur le onzième croit que l’article est véridique.

Sur le douzième dit qu’en faveur de ses dépositions il y a la voix publique et la renommée.

LAFrère Bardin de la Pierre.

Frère Bardin de La Pierre, de l’ordre des frères prêcheurs, âgé de cinquante cinq ans ou environ, juré et entendu le mercredi, troisième jour du mois.

Sur le premier article, dit qu’il est véridique, car il la vit captive aux mains des Anglais.

Sur le deuxième article déclare qu’il est véridique, car il la vit dans la prison du château de Rouen, dans une pièce assez obscure, parfois enchaînée et entravée.

Sur le troisième article déclare, vu le procès et tout le reste fait pendant le procès, croire et juger que les Anglais agissaient par haine et rancune contre elle et ne cherchaient rien d’autre que sa mort. Dit de même qu’il assista à la première prédication faite par maître Guillaume Erard ; celui-ci prit 175comme thème : Le sarment ne peut donner de fruit s’il ne reste attaché à la vigne, déclarant qu’en France il n’y avait jamais eu de monstre pareil à cette Jeanne, qu’elle était adonnée aux sortilèges, hérétique, schismatique, que le roi en la soutenant était semblable et voulait visiblement recouvrer son royaume grâce à une telle femme hérétique. En outre croit que ses adversaires furent poussés, entre autres, par le désir de déshonorer la majesté royale.

Sur le quatrième article déclare que l’évêque de Beauvais tenait le parti des Anglais ; croit que cet évêque au début du procès ordonna de la tenir entravée et désigna lui-même les Anglais pour la garder, interdisant que personne ne pût lui parler sans son autorisation, ou celle du promoteur appelé Benedicite.

Sur le cinquième article déclare avoir entendu que ledit évêque installa ici son ressort ; mais elle fut prise dans le ressort de cet évêque. Pour le reste s’en rapporte au droit.

Sur le sixième article, et pour sa première partie, déclare croire que Jeanne était bonne et vraie catholique, parce que lui qui parle fut avec elle à son dernier jour : dans les flammes elle avait toujours à la bouche Jésus, disait qu’elle n’était ni hérétique, ni schismatique, comme on le lui reprochait dans un libelle qui lui avait été remis ; et elle supplia le témoin, au moment où le feu serait allumé, de venir avec la croix et de la lui présenter ; ce qu’il fit. Et ensuite elle cria Jésus ; aussi les assistants furent portés aux larmes.

Sur le septième article déclare qu’au cours du procès elle a dit beaucoup de choses ; quand elle parlait du royaume et de la guerre, elle paraissait mue par le Saint Esprit ; mais, quand elle parlait de sa personne, elle imaginait parfois ; en tout cas il ne croit pas que pour ses dits elle devait être condamnée comme hérétique. Sur le reste s’en rapporte au procès.

Sur le huitième article déclare que l’évêque lui demanda une fois si elle voulait se soumettre à l’Église ; elle répondit : Qu’est-ce que l’Église ? Quant à vous, je ne veux pas me soumettre à votre jugement, car vous être mon ennemi mortel. Ensuite le témoin lui ayant dit qu’il se tenait un 176concile général, auquel assistaient de nombreux prélats, même de son parti, elle répondit qu’elle se soumettait à ce concile. L’évêque entendant ce propos dit au témoin de se taire, au nom du diable. En outre le témoin se plaignit que l’évêque refusait qu’on inscrivît ce qu’elle disait pour sa défense ; mais ce qu’on faisait contre elle, il voulait qu’on l’inscrivît. On lui demanda si elle voulait se soumettre au jugement du pape ; elle répondit qu’on la conduisît au pape et qu’elle serait contente.

Sur le neuvième déclare qu’elle fut jugée relapse parce qu’elle avait repris un habit d’homme.

Sur le dixième déclare qu’il ne jugerait pas hérétique une femme parce qu’elle aurait revêtu un habit d’homme. En outre dit qu’après son abjuration elle revêtit un habit de femme et demanda d’être conduite dans une prison d’Église ; cela ne lui fut pas accordé. Bien plus, comme il l’apprit de Jeanne même, un personnage ayant grande autorité essaya de la violer ; aussi c’est pour être plus capable de résister qu’elle reprit un vêtement d’homme déposé avec préméditation près d’elle. De même, après avoir repris ce vêtement, il vit et entendit l’évêque, transporté de joie, avec d’autres Anglais, dire devant tous, devant le sire de Warwick et les autres : Elle est prise.

Sur le onzième article déclare croire ce que contient l’article.

Sur le douzième déclare que pour la capture, la prédication, la condamnation, l’exécution, l’invocation du nom de Jésus, il y eut et il y a renommée publique.

LAPierre Cusquel.

Pierre Cusquel, citoyen de Rouen, âgé de cinquante-cinq ans ou environ, juré et entendu ledit jour.

Sur le premier article déclare qu’il a vu cette Jeanne en question être amenée par les Anglais.

Sur le deuxième article déclare qu’il ne l’a pas vu conduire en prison ; mais il l’a vue, deux ou trois fois, dans une pièce du château de Rouen du côté de la porte postérieure.

Sur le troisième article déclare croire que les Anglais cherchaient à faire mourir cette Jeanne par malveillance et déplaisir 177du bien qu’elle faisait. En outre croit que les Anglais étaient poussés, entre autres, à déshonorer le seigneur roi de France, pour avoir utilisé une femme hérétique et habile en sortilèges. Et il suppose que, si elle n’avait pas été contre les Anglais et dans l’armée, un tel procès n’aurait pas été fait contre elle.

Sur le quatrième article déclare que lui qui parle, à l’époque du procès, avait une grande habitude d’entrer dans le château grâce à son patron, maître Jean Son, maître d’œuvre en maçonnerie ; avec la permission des gardiens il entra deux fois dans la prison de Jeanne, et il la vit dans des entraves de fer et attachée par une longue chaîne fixée à une poutre ; et dans la propre maison du témoin fut pesée une cage de fer, dans laquelle on disait qu’elle serait enfermée ; il ne la vit cependant pas dans cette cage.

Sur le cinquième article déclare avoir entendu que Jeanne avait été faite prisonnière dans le diocèse de Beauvais et que pour cette raison l’évêque engagea le procès contre elle. Sur le reste s’en rapporte au droit.

Sur le sixième déclare, lui témoin, en sa conscience, que Jeanne était bonne catholique, de bonne et honnête vie ; la renommée en jugeait ainsi et tous avaient pitié d’elle.

Sur le septième s’en rapporte au procès et au droit.

Sur le huitième s’en rapporte au procès.

Sur le neuvième article déclare que le peuple disait n’y avoir aucune raison de la condamner, si ce n’est la reprise des vêtements d’homme ; mais elle n’avait porté et ne porta ce vêtement que pour ne pas plaire aux hommes d’armes avec lesquels elle vivait ; et une fois, dans la prison, il lui demanda pourquoi elle portait ce vêtement d’homme, et elle répondit comme dessus. De même déclare avoir entendu, le jour de la mort de Jeanne, de la bouche de maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, qu’elle était morte en fidèle chrétienne, et qu’il croyait son âme être dans les mains de Dieu, et tous les fauteurs de la condamnation damnés.

Sur le dixième, s’en rapporte au droit.

Sur le onzième s’en rapporte au droit.

178Sur le douzième article déclare que pour la capture, l’incarcération, la condamnation et l’exécution, il y eut et il y a publique renommée.

LAFrère Martin Lavenu.

Frère Martin Lavenu, de l’ordre des frères prêcheurs, âgé de cinquante-cinq ans.

Sur le premier article déclare croire qu’il contient la vérité.

Sur le deuxième déclare qu’il contient la vérité, car il la vit plusieurs fois dans le château de Rouen, sous la garde des Anglais, enchaînée dans la prison.

Sur le troisième croit que cet article contient la vérité en cette forme, et croit que les Anglais par le procès cherchaient à déshonorer le roi de France, parce qu’il gardait avec lui une sorcière. Et cela il le croit vraiment par la fin qui suivit.

Sur le quatrième déclare que l’évêque de Beauvais tenait le parti des Anglais, qu’il était l’un des conseillers de ce roi, et que Jeanne était détenue, de la manière indiquée, mais il ignore si c’est sur l’ordre de l’évêque. Croit cependant que pendant le procès ledit évêque avait envoyé des gardiens à Jeanne.

Sur le cinquième, et sur la première partie de l’article, s’en rapporte au droit pour savoir si l’évêque était le juge compétent ou non ; mais croit que tous agirent contre elle avec haine plus qu’avec charité ; et ne croit pas qu’elle aurait été jugée ainsi, si elle avait tenu le parti des Anglais, ou n’avait pas été contre eux.

Sur le sixième déclare avoir entendu en confession Jeanne, à sa demande et requête, et la trouva dans ses derniers jours fidèle et pieuse. De même la renommée la tenait pour bonne catholique.

Sur le septième déclare s’en rapporter au procès.

Sur le huitième déclare qu’on demanda plusieurs fois à Jeanne si elle se soumettait au jugement de l’Église ; et elle demandait à ceux qui l’interrogeaient ce qu’était l’Église ; et lorsqu’on lui eut répondu que c’étaient le pape et les 179prélats qui représentaient l’Église, elle répondit qu’elle se soumettrait au jugement du souverain pontife, demandant d’être conduite à lui. Le témoin ajouta qu’il avait entendu Jeanne en confession, avec l’autorisation des juges, avant le prononcé de la sentence, et lui avait administré le corps du Christ ; elle le reçut avec tant de dévotion et tant de larmes abondantes, qu’il ne saurait le raconter.

Sur le neuvième article déclare que la reprise desdits vêtements d’homme fut une des causes de la condamnation. Pour le reste s’en rapporte au procès.

Sur le dixième article croit qu’il contient la vérité.

Sur le onzième croit que l’article contient la vérité.

Sur le douzième déclare que pour ses dépositions ci-dessus il y a la voix publique et la renommée.

Ainsi signé : Compaing.

LADélégation de maître Philippe de La Rose à la place du seigneur cardinal partant ailleurs.

Guillaume, par la miséricorde divine prêtre de la sainte Église romaine, cardinal au titre de Saint-Martin-des-Monts, communément appelé cardinal d’Estouteville, légat du Siège apostolique dans le royaume de France et toutes les provinces des Gaules, à notre cher maître Philippe de La Rose, trésorier de l’Église de Rouen, salut dans le Seigneur. Nous ne pouvons, à cause de notre départ de cette cité de Rouen, vaquer en personne à la réception et à l’audition des témoins à produire de la part du promoteur, désigné pour l’affaire d’inquisition commencée par nous dans cette cité et touchant le procès en matière de foi, mal et faussement engagé, contre une certaine Jeanne, appelée communément la Pucelle, par certain évêque de Beauvais ou sous-inquisiteur de la foi ; aussi nous, suffisamment informés de votre science, habileté, probité et diligence, par ces présentes vous commettons et députons en notre place pour recevoir, faire jurer et entendre tous et chacun des témoins que ledit promoteur voudra produire dans cette affaire d’inquisition devant vous et l’inquisiteur 180de la foi, notre co-juge ; avec le pouvoir de citer, forcer et contraindre ces témoins par censure ecclésiastique, si besoin est. Donné sous notre sceau, l’an du Seigneur 1452, le sixième jour du mois de mai. Ainsi signé : Compaing.

LARenouvellement de l’information après le départ du seigneur cardinal.

Suivent les noms, prénoms et dépositions de tous et chacun des témoins produits de la part de vénérable et discrète personne maître Guillaume Prévosteau, licencié en droit, promoteur en cette cause, député par les juges dessous nommés, devant nous Philippe de La Rose, trésorier de l’Église de Rouen, commis à cela et député par révérendissime père dans le Christ et seigneur, monseigneur Guillaume, par la miséricorde divine prêtre de la sainte Église romaine, cardinal au titre de Saint-Martin-des-Monts […], en raison de son départ de ladite cité de Rouen, et devant nous, frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée […]10. Ces témoins furent reçus diligemment et un à un, jurés et entendus sur les articles dudit promoteur, par nous, trésorier et inquisiteur, en présence de vénérables personnes maître Jean de Gouis, docteur en droit, chanoine de Rouen, de frère Jacques Chaussetier, de l’ordre des prêcheurs, et de Compaing Votes et Jean Dauvergne, prêtres, notaires publics de la cour archiépiscopale de Rouen par l’autorité apostolique et impériale, devant les révérendissime père et sous-inquisiteur, désignés en cette cause de foi concernant le procès en matière de foi, autrefois engagé dans cette cité par l’évêque de Beauvais et le sous-inquisiteur contre une certaine Jeanne, communément appelée la Pucelle.

LA[Teneur des articles pour le nouvel interrogatoire de témoins]

Suit d’abord la teneur desdits articles, qui est telle :

En supplément aux articles antérieurement produits en cette cause de nullité et d’injustice d’un procès et jugement contre une certaine Jeanne, communément appelée la Pucelle, 181le promoteur désigné à cet effet donne et délivre les articles inscrits ci-dessous, et demande que sur eux les témoins produits par lui soient entendus par vous, révérendissime père dans le Christ, seigneur légat et commissaire, et par vous, vénérable père inquisiteur de l’hérésie.

I. D’abord parce que ladite Jeanne avait secouru le roi de France très chrétien et combattu dans son armée, contre les Anglais, ceux-ci la poursuivaient et la haïssaient d’une haine mortelle et désiraient par tous les moyens la faire mourir ; en disparaissant ainsi, elle ne pourrait plus leur faire de mal. Il en fut ainsi et cela est vrai.

II. De même parce que ladite Jeanne avait dans cette guerre causé de grandes pertes aux Anglais, ceux-ci la craignaient beaucoup et cherchaient par toutes les voies qu’ils pouvaient trouver à la faire mourir ; en disparaissant ainsi elle ne pourrait plus leur faire de mal. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

III. De même, pour paraître agir sous couleur ou sous couvert de justice, les Anglais la transférèrent dans cette cité de Rouen, alors sous leur domination tyrannique ; et contre elle, détenue dans les prisons du château, ils entreprirent de monter un prétendu procès en matière de foi, grâce à la crainte et aux pressions. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

IV. De même les juges, les assesseurs et les conseillers, aussi bien que le promoteur et les autres intervenant dans ce procès, en butte aux très graves menaces et à la peur venant des Anglais, n’osèrent pas avoir un jugement libre, mais furent forcés de faire tout par peur et suivant les pressions des Anglais, s’ils voulaient éviter de grands périls et même la mort. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

V. De même lesdits notaires rédigeant en cette cause, en raison des mêmes craintes et menaces venant des Anglais, ne purent écrire et rédiger les actes suivant la vérité des faits, et comme ladite Jeanne en vérité parlait dans ses réponses. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

182VI. De même, à cause de cette crainte, il n’était pas permis aux notaires, et même il leur était expressément interdit, d’insérer dans les actes les paroles qu’elle prononçait pour sa Justification ; bien plus ils étaient forcés et d’omettre celles-ci, et d’insérer certaines paroles à son détriment, qu’elle n’avait jamais prononcées. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

VII. De même, à cause des mêmes craintes et terreurs on ne trouvait personne qui osât conseiller ladite Jeanne ou soutenir sa cause pour elle, ou la justifier, ou l’instruire et la diriger, ou autrement la défendre ; certains, qui parfois dirent quelques mots en sa faveur, eurent à souffrir une très grande menace pour leur vie, car lesdits Anglais voulurent les jeter au fleuve comme rebelles, ou les livrer à quelque autre mort. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

VIII. De même ils ont détenu Jeanne dans une prison privée, ou laïque, avec des entraves de fer et des chaînes ; et ils interdisaient à quiconque de lui parler, pour qu’elle ne pût se défendre, en postant des gardiens anglais. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

IX. De même ladite Jeanne, jeune fille de dix-neuf ans environ, ingénue, ignorante du droit et de la procédure, n’était ni apte ni habile, sans directeur ou conseiller, à se défendre dans une cause si grave et difficile. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

X. De même lesdits Anglais, désirant sa mort, allaient de nuit près de son cachot et, feignant de parler en révélations, l’exhortaient, si elle voulait échapper à la mort, à ne se soumettre en aucune manière au jugement de l’Église. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XI. De même ceux qui l’examinaient, pour la surprendre en paroles, la poursuivaient d’interrogatoires et de questions difficiles et obscures, et la plupart du temps l’interrogeaient sur des points dont elle ignorait tout à fait ce qu’il en était. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XII. De même ils la fatiguaient tant, par de longs interrogatoires et examens, qu’elle fut atteinte au moins de dégoût 183et qu’ils purent lui dérober quelques paroles défavorables dans cette prolixité. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XIII. De même très souvent, en justice ou en dehors, Jeanne dans ses réponses a dit, affirmé et proclamé qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique ; et si dans ses paroles ou dans ses actes il y avait quelque déviation de la foi, elle voulait la rejeter et se présenter au jugement des clercs. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XIV. De même Jeanne, tant en justice qu’en dehors, déclara semblablement et à plusieurs reprises qu’elle se soumettrait, elle et tous ses faits et gestes, au jugement de l’Église et de notre seigneur le pape ; et il en fut ainsi et cela est vrai ; et qu’elle serait mal contente s’il y avait en elle quelque chose de contraire à la foi chrétienne.

XV. De même cesdites paroles de soumission à l’Église, bien qu’elles eussent été prononcées par elle souvent, tant en justice qu’en dehors, les Anglais et leurs suppôts ne permirent pas, et même interdirent, de les insérer ou écrire dans les actes et le prétendu procès ; et ils prirent soin qu’on en écrivît autrement, bien que mensongèrement. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XVI. De même et réellement cela fut, bien que jamais Jeanne n’eût déclaré qu’elle refuserait de se soumettre au jugement de la sainte mère Église, même de l’Église militante. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XVII. De même, dans le cas et éventualité où on pourrait établir que Jeanne aurait prononcé en paroles son refus de se soumettre à l’Église, ledit promoteur dit qu’elle ne comprenait pas du tout ce qu’était l’Église et qu’elle ne prenait pas ce mot comme désignant la réunion des fidèles ; mais elle croyait et comprenait cette Église, dont parlaient ceux qui l’interrogeaient, comme étant l’ensemble des ecclésiastiques présents, partisans des Anglais.

XVIII. De même ledit prétendu procès, d’abord écrit à l’origine en français, fut traduit peu fidèlement en latin, 184en retranchant beaucoup de choses touchant la justification de Jeanne, et en ajoutant contre la vérité un très grand nombre pour aggraver son cas ; ainsi on remarque que ledit procès diffère de son original en plusieurs points substantiels. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XIX. De même, vu ce que dessus, ledit procès prétendu et les sentences ne méritent pas le nom de jugement et sentence, car on ne peut parler de jugement là où les juges, les conseillers et les assesseurs n’ont pas la libre faculté de juger à cause de la crainte. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XX. De même, d’après ce que dessus, ledit prétendu procès est en plusieurs de ses parties mensonger, vicié, corrompu, rédigé de manière ni complète, ni fidèle, et vicié au point que nul ne doit lui faire la moindre confiance. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XXI. De même, attendu ce que dessus et autres points, le prétendu procès et la sentence sont nuls et très injustes, car, n’ayant pas suivi les règles du droit, on les trouve faits et prononcés par des juges non compétents, n’ayant aucune juridiction en la cause et sur la personne. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XXII. De même, et cela est une autre raison entachant de nullité et d’injustice manifeste lesdits procès et sentences, on ne donna aucune possibilité de se défendre à ladite Jeanne, dans une cause si grave ; au contraire la défense, qui existe de droit naturel, lui fut entièrement refusée à l’aide de procédés nombreux et choisis. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XXIII. De même, bien qu’il fût évident pour lesdits prétendus juges que Jeanne se soumettrait au jugement et à la décision de notre sainte mère l’Église, qu’elle était fidèle catholique, et telle qu’ils décidèrent de lui accorder la communion au corps du Christ, néanmoins, par trop grande faveur envers les Anglais, ou par crainte d’être en butte à leurs menaces et pressions, ils la condamnèrent très injustement comme hérétique à la peine du feu. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

185XXIV. De même, sans autre sentence d’un juge séculier, sans droit, lesdits Anglais, enragés contre elle, la conduisirent au supplice avec une très grande troupe de gens d’armes. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XXV. De même Jeanne se comporta continuellement, et spécialement au moment de sa mort, en catholique et saintement, recommandant son âme à Dieu et implorant à haute voix Jésus jusqu’à son dernier souffle ; à tel point qu’elle mena tous les assistants, même les ennemis anglais, à répandre des larmes. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XXVI. De même toutes et chacune des choses dessus dites, les Anglais les commirent ou firent faire, parce qu’ils craignaient fort ladite Jeanne qui soutenait le parti du roi de France, parce qu’ils la haïssaient et la poursuivaient d’une haine mortelle ; et ils voulaient déshonorer ainsi le roi très chrétien pour avoir utilisé le secours d’une femme aussi damnable. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

XXVII. De même pour toutes et chacune de ces choses il y eut et il y a la voix publique et la renommée, la reconnaissance générale, les propos ordinaires et notoires dans la cité et le diocèse de Rouen et dans tout le royaume de France. Et il en fut ainsi et cela est vrai.

Le promoteur donne, délivre et produit lesdits articles à toutes meilleures fins et effets connus et dus, sauf le droit d’ajouter, corriger, etc., et de donner, en leurs lieux et temps, d’autres articles plus longs, comme il sera convenable pour la cause. Et proteste, etc., comme de coutume.

LA[Dépositions des témoins.]

Suit la teneur des dépositions des témoins produits et entendus sur les articles insérés ci-dessus.

Et d’abord :

LAMessire Nicolas Taquel.

Discrète personne, messire Nicolas Taquel, prêtre, recteur soit curé de l’église paroissiale de Basqueville, au diocèse de 186Rouen, âgé de cinquante-deux ans ou environ, juré et entendu le lundi huitième jour du mois de mai.

Sur le premier article déclare croire au contenu de l’article au sujet non seulement de cette Jeanne, mais aussi de tous les partisans du seigneur notre roi.

Sur le deuxième déclare croire comme dessus, et la commune renommée dans la cité était conforme.

Sur le troisième article déclare que, vers le milieu du procès, il fut appelé par les deux notaires du procès pour être présent avec eux, et il vit ladite Jeanne dans la prison du château de Rouen, dans une tour vers la campagne. Et ce procès était fait aux frais du roi d’Angleterre, à ce qu’on disait, mais sur les craintes et les pressions mentionnées dans l’article il n’a rien remarqué.

Sur le quatrième article déclare n’avoir pas remarqué quelque crainte, ni vu les défenses ou les contraintes dont l’article fait mention.

Sur le cinquième déclare n’avoir pas vu ni remarqué les pressions, ni les menaces ou craintes dont il est fait mention dans l’article.

Sur le sixième déclare n’avoir rien remarqué, comme dessus ; au contraire il lui paraît que les notaires écrivaient fidèlement.

Sur le septième déclare ne pas se souvenir qu’elle ait demandé ou obtenu un conseil, ni qu’on lui en ait procuré un, parce qu’il ne fut pas présent dès le début du procès. Ne sait rien sur le reste de l’article.

Sur le huitième déclare qu’il sait bien que Jeanne était en prison comme dessus ; et il l’a vue quelquefois entravée et non obstant sa maladie ; et il y avait un Anglais qui avait la garde de l’entrée de la chambre ou cachot, sans l’autorisation duquel personne ne pouvait l’approcher, même les juges.

Sur le neuvième déclare qu’il lui semble bien que Jeanne était âgée d’environ dix-neuf ans, d’après son aspect ; elle était ingénue comme une fille de cet âge, parfois parlant bien sur le sujet, et parfois incertaine et ne répondant pas aux questions. Ne sait rien d’autre.

Sur le dixième déclare avoir entendu dans la ville que les 187Anglais, de nuit, en l’absence des juges, l’inquiétaient, disant parfois qu’elle mourrait, parfois qu’elle serait tirée d’embarras ; mais ne sait si cela est vrai.

Sur le onzième déclare qu’il fut présent quand certains juges lui posaient des questions bien difficiles ; elle leur répondait qu’il ne lui appartenait pas de répondre, et qu’elle s’en rapportait à eux. Et quelques-uns des docteurs assistant lui disaient parfois : Vous avez bien parlé, Jeanne.

Sur le douzième déclare que Jeanne, quelquefois fatiguée par de nombreux interrogatoires, demandait un délai jusqu’au lendemain, et on le lui accordait. Sur le reste ne sait rien.

Sur le treizième déclare avoir entendu plusieurs fois de Jeanne même le contenu de cet article, à savoir qu’elle ne voulait rien dire ni faire contre la foi. Et il croit que cela fut écrit dans le procès.

Sur le quatorzième déclare avoir en effet entendu de ladite Jeanne les paroles contenues dans cet article.

Sur le quinzième déclare ne pas se rappeler avoir vu un Anglais lors de l’audition de ladite Jeanne, excepté le garde ; ne se rappelle pas quelque interdiction prononcée au sujet de ce qui se faisait au procès, quoiqu’on eût interdit d’insérer certaines choses qui, au dire du témoin, ne concernaient pas la cause.

Sur le seizième déclare ignorer si ces mots du seizième article furent insérés au procès ; ne se rappelle pas que Jeanne dans tout le procès ait dit refuser de se soumettre au jugement de l’Église, bien qu’il l’ait vue parfois troublée ; et alors, au dire du témoin, les docteurs qui étaient présents la dirigeaient ; et parfois on remettait jusqu’au lendemain.

Sur le dix-septième article déclare que fut parfois exposé par les docteurs à Jeanne ce qu’était l’Église ; et alors elle disait ce qu’elle croyait et se soumettait au jugement de l’Église. Ne sait rien d’autre du contenu de l’article.

Sur le dix-huitième article déclare croire que les notaires écrivirent fidèlement, parfois en français, parfois en latin, suivant ce qu’exigeaient le sujet et les paroles prononcées. Pour la traduction, il entendit que maître Thomas de Courcelles 188fut chargé de traduire le procès du français en latin ; mais ignore si quelque chose fut changé, ajouté ou retranché.

Sur le dix-neuvième article déclare avoir déposé ci-dessus ce qu’il sait ; pour le reste s’en rapporte au droit.

Sur le vingtième, déclare comme dessus.

Sur le vingt et unième déclare que le procès mentionne la capture de Jeanne dans le diocèse et le territoire de Beauvais ; pour le reste s’en rapporte au droit.

Sur le vingt-deuxième répond comme dessus, dans le septième article.

Sur le vingt-troisième déclare qu’il ne fut pas présent lors de la réception du corps du Christ ; mais il fut notoire que Jeanne, avant sa mort, le jour même, reçut le corps du Christ ; et c’est après la réception du corps que le témoin vint dans la chambre où avait lieu l’interrogatoire. De même déclare n’avoir jamais rien remarqué dans Jeanne qui ne fût d’une bonne catholique ; et l’autorisation de recevoir le corps du Christ fut donnée à Jeanne en présence du témoin, bien qu’il n’eût pas été présent à la réception. Et ensuite on lui a dit que, peu avant de venir au lieu du supplice, elle fit de belles et dévotes prières à Dieu, à la bienheureuse Marie et aux saints ; aussi plusieurs personnes présentes en furent touchées aux larmes, et surtout maître Nicolas Loiselleur, promoteur de la cause, qui partit de la compagnie de Jeanne en pleurant, et qui, rencontrant une troupe d’Anglais dans la cour du château, fut insulté par eux, menacé et appelé traître ; à ces mots il eut grand peur, et, sans se détourner vers d’autres occupations, il alla voir le sire comte de Warwick pour être protégé ; et si le comte n’avait pas été là, le témoin croit que ledit Loiselleur aurait été tué.

Sur le vingt-quatrième déclare qu’une fois la sentence rendue, les ecclésiastiques s’en allèrent du lieu où elle avait été prononcée ; et le témoin aussi s’en alla. Et ne sait rien d’autre.

Sur le vingt-cinquième déclare qu’il ne fut pas présent lorsque Jeanne subit le supplice ; mais il entendit que Jeanne était morte pieusement et en catholique, invoquant le nom de Jésus et de la sainte Vierge Marie.

189Sur le vingt-sixième déclare bien croire que si ladite Jeanne n’avait pas fait la guerre aux Anglais, ceux-ci n’auraient pas procédé contre elle aussi diligemment et durement ; et croit aussi qu’ils désiraient exalter leur parti et abaisser le roi de France.

Sur le vingt-septième déclare que ce qu’il a dit est vrai, qu’il y a là-dessus rumeur publique et renommée dans la cité de Rouen.

LAMessire Pierre Bouchier.

Messire Pierre Bouchier, prêtre, âgé de cinquante-cinq ans ou environ, curé de l’église paroissiale de Bourgeauville, diocèse de Lisieux, témoin produit, reçu, juré et entendu le lundi susdit.

Sur le premier article déclare croire qu’il contient la vérité, surtout parce que Jeanne a fait lever le siège d’Orléans.

Sur le deuxième déclare que les Anglais retenaient Jeanne, et croit qu’ils voulaient bien la faire mourir.

Sur le troisième article déclare qu’elle fut conduite et transportée comme il est indiqué dans l’article. Sur les pressions et autres choses contenues dans l’article ne sait rien.

Sur le quatrième article déclare qu’il ne sait rien sur tout cet article, si ce n’est qu’un clerc anglais, bachelier en théologie, garde du sceau privé du cardinal d’Angleterre, présent lors de la première prédication au cimetière Saint-Ouen de Rouen, s’adressa au seigneur évêque de Beauvais, juge de ladite Jeanne, et lui dit : Dépêchez-vous ! Vous être trop favorable. De quoi l’évêque, mal content, jeta le procès par terre, disant qu’il ne ferait rien d’autre ce jour là et qu’il agirait suivant sa conscience.

Sur le cinquième ne sait rien, car il ne fut pas présent lors de la conduite du procès.

Sur le sixième ne sait rien, car il ne fut pas présent.

Sur le septième semblablement ne sait rien, si ce n’est qu’elle était seule, assise sur un siège, et il entendit qu’elle répondait sans conseiller ; ignore cependant si elle en a demandé 190un ou s’il lui fut refusé. Ne sait rien d’autre sur cet article.

Sur le huitième article déclare bien savoir qu’elle était en prison dans le château de Rouen ; mais ignore si elle était enchaînée ; et personne ne pouvait lui parler sans l’autorisation de quelques Anglais qui avaient sa garde. Il ne la vit pas sortir de prison qu’elle ne fût accompagnée d’Anglais ; et il croit que ceux-ci avaient été enfermés avec elle dans une pièce ; les trois clés de cette pièce étaient gardées, l’une par le seigneur cardinal ou le susdit bachelier, l’autre par l’inquisiteur, la dernière par messire Jean Benedicite le promoteur ; et les Anglais redoutaient fort qu’elle s’évadât.

Sur le neuvième déclare qu’à son jugement elle avait environ l’âge de dix-neuf ans, et on disait qu’elle était assez sage dans ses réponses. Ne sait rien d’autre.

Sur le dixième ne sait rien et n’a rien entendu dire.

Sur les onzième et douzième ne sait rien, car il ne fut pas présent lors de son interrogatoire et de ses réponses.

Sur le treizième déclare qu’il ne fut pas présent au procès ; mais après la prédication faite à Saint-Ouen, Jeanne dit à haute voix, mains jointes, qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église, priant saint Michel qu’il la dirigeât et conseillât.

Sur le quatorzième déclare n’avoir pas vu ce qui est en question ; mais a entendu de plusieurs que Jeanne, lors de son interrogatoire, avait dit qu’elle se soumettrait à notre seigneur le pape et qu’on la conduisît à lui.

Sur les quinzième et seizième articles ne sait rien, car il ne fut pas au procès.

Sur le dix-septième déclare, à propos de l’explication donnée par le seigneur promoteur, s’en rapporter à la compréhension qu’avait Jeanne.

Sur le dix-huitième déclare avoir entendu dire que le procès fut rédigé en latin.

Sur les dix-neuvième, vingtième et vingt et unième articles s’en rapporte au droit.

Sur le vingt-deuxième déclare ne savoir rien d’autre, si ce n’est avoir entendu dire que Jeanne répondait seule et sans conseil.

191Sur le vingt-troisième déclare, pour autant qu’il vit Jeanne, avoir su qu’elle était bonne chrétienne et bien dévote. Il sait qu’on lui apporta le corps du Christ au château dans son cachot, avant de la conduire au Vieux Marché, où elle fut exhortée et brûlée. Pour le reste s’en rapporte au procès.

Sur le vingt-quatrième déclare qu’après la sentence portée par le juge ecclésiastique elle fut conduite à l’estrade du bailli par des hommes d’armes royaux ; sur cette estrade il y avait le bailli et d’autres officiers laïcs, et elle resta quelque temps avec eux ; mais ce qu’ils dirent ou firent, il l’ignore, si ce n’est qu’après leur départ elle fut livrée au feu.

Sur le vingt-cinquième déclare que Jeanne, alors qu’on l’attachait, implorait et invoquait spécialement saint Michel. Et il la vit bonne chrétienne jusqu’à la fin ; il vit aussi de nombreux assistants, jusqu’au nombre de dix mille, pleurer et se lamenter, en disant que c’était grande pitié.

Sur le vingt-sixième déclare croire que les Anglais redoutaient Jeanne plus que tout le reste de l’armée du roi de France, et qu’à son point de vue ils étaient poussés par ce sentiment pour faire ce procès contre elle.

Sur le vingt-septième déclare que les points exposés sont vrais et notoires, surtout dans la cité de Rouen.

LAMessire Nicolas de Houppeville.

Vénérable et discrète personne messire Nicolas de Houppeville, bachelier en théologie, natif de Rouen, âgé de soixante ans ou environ, juré et entendu le lundi, huitième jour de mai.

Sur le premier article déclare qu’il le croit véridique ; et jamais il n’estima que les Anglais agissaient par zèle de foi ou pour ramener Jeanne à une bonne ligne de conduite.

Sur le deuxième déclare qu’il croit l’article véridique, et la renommée publique était telle dans toute la cité.

Sur le troisième article déclare bien savoir que Jeanne fut amenée dans cette cité de Rouen par les Anglais, et placée dans la prison du château de Rouen ; le procès fut organisé par lesdits Anglais, à ce qu’il croit ; mais pour la crainte et les pressions, il n’y croit pas quant aux juges ; croit au contraire 192qu’ils ont agi volontairement, surtout l’évêque de Beauvais : il vit celui-ci revenir, après avoir conduit Jeanne, racontant sa mission au roi et au sire de Warwick, et dire, joyeux et exultant, certaines paroles qu’il ne comprit pas ; ensuite l’évêque parla en secret avec le comte de Warwick, mais ce qu’il dit alors le témoin l’ignore.

Sur le quatrième déclare qu’à son avis les juges et les assesseurs étaient pour la majeure part des volontaires ; pour les autres, croit que plusieurs avaient peur, surtout d’après ce qu’il entendit au sujet de maître Pierre Minier, dont l’opinion, donnée par écrit, ne plut pas audit évêque de Beauvais ; ce dernier au contraire la repoussa, en disant qu’à son avis maître Pierre Minier n’aurait pas dû mêler droit canonique et théologie, et qu’il aurait dû laisser le droit canonique aux juristes. Déclare en outre avoir entendu que des menaces furent prononcées par le comte de Warwick contre frère Isambard de La Pierre, de l’ordre des frères prêcheurs, présent au procès : on l’aurait menacé de noyade s’il ne se taisait, parce qu’il dirigeait les paroles de Jeanne pour qu’elle les répétât ensuite aux notaires ; et croit avoir entendu cela de la bouche de frère Jean Le Maistre, dudit ordre, alors sous-inquisiteur. De même déclare que lui, témoin convoqué un jour au début du procès, ne vint pas, retenu ailleurs ; venu le deuxième jour, il ne fut pas reçu, mais renvoyé par monseigneur l’évêque de Beauvais ; et parce qu’il avait dit auparavant, en parlant avec maître Michel Colles, qu’il était périlleux d’engager ledit procès pour plusieurs raisons, paroles qui furent répétées à l’évêque, ce dernier s’employa à faire mettre le témoin dans les prisons royales de Rouen, dont il fut délivré à la prière du seigneur abbé de Fécamp de l’époque. De plus, lui qui parle, a entendu que, sur l’avis de quelques personnes appelées par l’évêque à cette fin, on aurait décidé de l’envoyer en exil en Angleterre ou ailleurs, loin de cette cité de Rouen, sans l’intervention et la supplication dudit abbé et de quelques-uns de ses amis. De même il sait avec certitude que le sous-inquisiteur avait très peur, et il le vit très embarrassé pendant le procès.

193Sur le cinquième article déclare qu’il ne fut pas présent au procès ; mais il entendit de la bouche dudit maître Jean Le Maistre que Jeanne se plaignit une fois des questions difficiles à elle posées, et d’être trop tourmentée par des questions ne concernant pas le procès.

Sur le sixième article déclare avoir entendu, par quelque rumeur publique, qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines de ses paroles.

Sur le septième déclare croire que cet article est véridique, et la renommée était telle dans la cité de Rouen.

Sur le huitième déclare savoir que Jeanne était dans la prison du château et gardée par des Anglais seulement. Sur le reste il y avait renommée publique.

Sur le neuvième déclare croire que Jeanne avait l’âge mentionné dans l’article, et que tout le reste de cet article est vrai, et que la constance de Jeanne avait convaincu beaucoup de gens des secours spirituels reçus par elle.

Sur le dixième article déclare que, d’après des rumeurs répandues dans la cité de Rouen, certains individus, feignant être des soldats du roi de France, furent mis avec elle, secrètement, pour la persuader de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, sinon son jugement serait fait ; et d’après ces rumeurs, à cause de leur persuasion, Jeanne varia ensuite dans sa soumission à l’Église.

Sur le onzième, dépose comme dessus ; déclare avoir entendu, de la bouche dudit frère Jean Le Maistre, qu’elle se plaignait de questions trop difficiles et hors du sujet.

Sur le douzième croit que l’article est véridique, parce que la renommée était telle, et on prétendait que les interrogatoires étaient partiels et captieux.

Sur le treizième déclare que telle était la rumeur publique dans cette cité de Rouen, au sujet du contenu de l’article, jusqu’à la variation citée plus haut dans la déposition.

Sur le quatorzième déclare croire que l’article est véridique, et c’était la rumeur publique.

Sur les quinzième et seizième articles déclare s’en rapporter au procès.

194Sur le dix-septième dit qu’il en a déposé ci-dessus, au dixième article.

Sur le dix-huitième article déclare ignorer si le procès fut écrit en français ou en latin ; et ne sait rien d’autre.

Sur le dix-neuvième déclare qu’à son avis, comme il l’a senti et le sent encore, on doit parler de persécution voulue et recherchée, plutôt que de jugement.

Sur le vingtième déclare s’en rapporter au procès.

Sur le vingt et unième article dit qu’il en a déposé ci-dessus, au dix-neuvième article.

Sur le vingt-deuxième déclare croire que cet article est véridique.

Sur le vingt-troisième déclare croire que Jeanne fut bonne catholique ; elle reçut le corps de Notre Seigneur le matin de l’exécution. Croit vrai le reste de l’article.

Sur le vingt-quatrième article déclare avoir vu Jeanne pleurant beaucoup au sortir du château, et conduite au lieu du supplice et de la dernière prédication par cent vingt hommes environ, dont quelques-uns portaient des massues et d’autres des glaives ; aussi, mû de compassion, il ne voulut pas aller jusqu’au lieu du supplice.

Sur le vingt-cinquième article déclare que cet article est véridique, suivant la rumeur et la renommée publiques dans cette cité de Rouen ; mais quant à lui, il n’entendit rien d’elle, car il n’assista pas à l’exécution.

Sur le vingt-sixième article déclare croire que cet article contient la vérité ; et la renommée dans cette cité de Rouen était que les Anglais procédaient par haine et peur, et aussi pour déshonorer le roi de France.

Sur le vingt-septième article déclare qu’il contient la vérité, sans contredit.

LAMessire Jean Massieu.

Messire Jean Massieu, prêtre, âgé de cinquante-cinq ans, curé pour une part de l’église paroissiale de Saint-Cande-le-Vieux de Rouen, juré et entendu le lundi susdit. I 205-206

195Sur le premier article déclare croire qu’il contient la vérité.

Sur le deuxième article déclare croire que cet article est véridique ; et cela était bien évident, car pour la garder il y avait cinq Anglais de jour et de nuit, dont trois étaient de nuit enfermés avec elle, et deux de nuit en dehors du cachot.

Sur le troisième déclare que Jeanne fut prise dans le diocèse de Beauvais, conduite dans cette cité de Rouen et placée au château de Rouen dans un cachot. Mais au sujet de la crainte et des pressions déclare que maître Jean de Châtillon, alors archidiacre d’Évreux, docteur en théologie, remarquant à diverses reprises que des questions trop difficiles avaient été posées à Jeanne, combattit ce mode de procéder, en disant qu’on ne devait plus agir ainsi en cette cause. Alors d’autres assistants au procès lui dirent plusieurs fois qu’il les gênait ; et lui répondit : Il faut que je soulage ma conscience. Pour cette raison on lui interdit, mais il ne sait plus qui, de revenir à moins d’être convoqué.

Sur le quatrième article déclare qu’à l’époque du procès de ladite Jeanne il était, lui qui parle, doyen de la chrétienté de Rouen, et il conduisait Jeanne de la prison à l’interrogatoire, et de l’interrogatoire à la prison, et il assistait toujours à l’interrogatoire ; et il n’y avait aucun des assistants au procès qui n’eût peur. Ses raisons de parler ainsi sont les suivantes. Après la première prédication, le jour de la sainte Trinité, l’après-midi, alors que Jeanne avait repris ses vêtements d’homme et qu’on rapportait la chose à maître André Marguerie, venant d’arriver au château de Rouen, ce Marguerie répondit qu’il serait nécessaire de savoir les motifs de la reprise de ces vêtements, et qu’il ne suffisait pas de la voir ainsi vêtue ; aussitôt un Anglais, qui tenait en main une lance, appela Marguerie traître Armagnac, en dressant contre lui la lance qu’il tenait ; aussi ledit Marguerie s’enfuit, craignant d’être frappé ; il fut malade de cette affaire, ou très troublé. Quant à la peur qu’il eut, lui, témoin qui parle, il déclare ceci : vers le début du procès fut rapporté à quelques gens du château de Rouen, de la part de maître Eustache Turquetil, ce que ce dernier avait entendu, à savoir que lui, 196Massieu, interrogé sur ce point, avait répondu n’avoir jamais vu en Jeanne que du bien, n’avoir trouvé en elle rien de répréhensible ; à cause de cela il fut mandé par monseigneur l’évêque de Beauvais, qui le blâma très durement pour ces paroles, lui disant que sans ses amis il aurait été jeté à la Seine. Déclare en outre que les meneurs du procès étaient poussés à suivre la volonté des Anglais plus que la justice ; et les docteurs qui suivaient le procès étaient favorables aux Anglais.

Sur le cinquième article déclare que dans ledit procès maître Guillaume Manchon écrivait ; et se souvient que ce Manchon écrivait, non pas à la volonté de quelques-uns, mais pour la vérité ; et parfois il arrivait que Jeanne était interrogée à nouveau au sujet d’une difficulté, et on trouvait alors que Manchon avait compris et bien écrit.

Sur le sixième article déclare croire que le notaire rédigeait fidèlement.

Sur le septième article déclare que lui, qui parle, était sur l’estrade lors de la première prédication avec ladite Jeanne ; il lui lut la cédule d’abjuration ; et à la demande et requête de Jeanne, il l’instruisit, lui montrant le danger la menaçant à propos de cette abjuration, à savoir si elle devait, avant l’examen des articles par l’Église, les abjurer ou non. Voyant cela, maître Guillaume Erard, prédicateur, demanda au témoin ce qu’il disait, et le témoin répondit : Je lui lis cette cédule et lui dis de signer. Mais elle dit qu’elle ne saurait signer ; et déclara vouloir que les articles fussent vus et examinés par l’Église, qu’elle ne devait pas abjurer le contenu de cette cédule, et demanda à être placée sous la garde de l’Église et non plus dans les mains des Anglais. Ledit Erard répondit alors immédiatement que Jeanne n’aurait pas plus ample délai et que, si elle n’abjurait pas le contenu de la cédule aussitôt, elle serait brûlée ; le même Erard interdit au témoin de parler davantage avec Jeanne, ou de lui donner quelque conseil.

Sur le huitième article dépose simplement que l’article est véridique. Au sujet de la garde, il a déjà déposé ci-dessus.

197Sur le neuvième article déclare qu’à son jugement Jeanne était âgée de dix-neuf ou vingt ans, très simple dans son comportement, mais humble et prudente dans ses réponses.

Sur le dixième article déclare ne pouvoir en toute connaissance déposer sur ce point ; mais il entendit que maître Nicolas Loiselleur, feignant être un Français prisonnier des Anglais, entra parfois secrètement dans la prison de Jeanne pour la persuader de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, sinon elle se trouverait trompée.

Sur le onzième article déclare bien se rappeler que fréquemment on faisait à Jeanne des questions hachées, et aussi des questions difficiles étaient lancées par plusieurs à la fois ; avant qu’elle eut répondu à l’une, on passait à une autre question ; d’où elle était mal contente et disait : Faites l’un après l’autre. Le témoin admirait comment elle pouvait répondre aux questions subtiles et captieuses qui lui étaient posées, questions auxquelles un homme cultivé aurait malaisément pu répondre bien.

Sur le douzième article le déclare véridique. Son interrogatoire durait ordinairement de la huitième à la onzième heure.

Sur le treizième article le déclare véridique, car il entendit plusieurs fois de la bouche de Jeanne que jamais Dieu n’aurait permis qu’elle dît ou fît rien contre la foi catholique.

Sur le quatorzième article déclare qu’il est véridique dans la forme ; ajoute en vérité avoir entendu Jeanne dire aux juges que si elle avait mal dit ou fait en quelque manière, elle voulait corriger et amender cela à la décision des juges.

Sur le quinzième article s’en rapporte au procès.

Sur le seizième déclare n’avoir jamais entendu ce qui est contenu dans l’article de la bouche de Jeanne, mais avoir entendu plutôt le contraire, comme il a dit plus haut.

Sur le dix-septième déclare avoir bien entendu Jeanne dire aux docteurs qui l’interrogeaient : Vous m’interrogez sur l’Église triomphante et militante ; je ne comprends pas le sens de ces expressions ; mais je veux me soumettre à l’Église, comme il convient à une bonne chrétienne.

Sur le dix-huitième déclare avoir vu le procès écrit en 198français, et croit qu’ensuite tout le procès fut rédigé en latin. Ne sait rien du reste contenu en cet article.

Sur les dix-neuvième, vingtième et vingt et unième déclare que, d’après ce qu’il a vu et su de Jeanne, elle fut condamnée injustement ; il est poussé à dire cela, car il entendit de Jeanne même que le jour de la sainte Trinité, le matin, alors qu’elle était couchée dans son lit, ses gardiens enlevèrent les vêtements féminins et les remplacèrent par des vêtements d’homme ; elle demanda alors aux gardiens de lui rendre ses vêtements de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, mais ils refusèrent, disant qu’elle n’aurait rien d’autre que ce vêtement d’homme ; elle leur dit qu’ils devaient bien savoir cette reprise de vêtements d’homme interdite par les juges ; néanmoins ils refusèrent de lui donner ses vêtements féminins ; enfin, pressée par le besoin, elle mit les vêtements d’homme, et, après qu’on l’eût vue ainsi habillée toute la journée, on lui rendit le lendemain ses vêtements de femme. Et cette reprise de vêtements d’homme fut la cause pour laquelle elle fut jugée relapse et condamnée.

Sur le vingt-deuxième déclare que dès le début du procès Jeanne demanda un conseiller pour ses réponses, se déclarant trop simple pour cela ; on lui répliqua qu’elle répondrait elle-même, comme elle voudrait, et qu’elle n’aurait pas de conseiller.

Sur le vingt-troisième article déclare bien savoir que Jeanne reçut, après l’avoir demandé, le corps du Christ dans sa prison, avant qu’on l’eût prêchée et abandonnée, des mains du frère Martin Lavenu, avec l’autorisation de l’évêque de Beauvais et du sous-inquisiteur ; et le corps du Christ lui fut apporté par un certain messire Pierre, d’une manière très irrévérencieuse, sur la patène d’un calice, recouvert par le corporal en lin de ce calice, sans lumière et sans assistant, sans surplis et sans étole. Déclare en outre que Jeanne, après deux confessions faites à lui, frère Martin, reçut le saint corps du Christ en sa présence très dévotement et en répandant beaucoup de larmes.

Sur le vingt-quatrième article déclare qu’après la prédication 199de maître Nicolas Midi au Vieux Marché, Jeanne fut abandonnée par les ecclésiastiques. Ceux-ci partis, elle fut conduite, sans aucune sentence de justice séculière, au lieu du supplice.

Sur le vingt-cinquième article déclare qu’il contient tout entier la vérité ; et il ne vit jamais personne finir ses jours de manière aussi catholique.

Sur le vingt-sixième article déclare croire qu’il fut ainsi procédé contre Jeanne pour les causes contenues dans l’article ; et le prêcheur qui fit la première prédication parla en effet du royaume de France en ces termes : Ô royaume de France ! autrefois tu fus réputé et appelé très chrétien, tes rois et tes princes furent appelés très chrétiens ; mais maintenant à cause de toi, ô Jeanne ! ton roi qui se dit roi de France, en te soutenant et en croyant à tes paroles, est devenu hérétique et schismatique ! ; et il répéta cela trois fois. Jeanne se dressant alors lui répondit en disant : Sauve votre révérence, ce que vous dites n’est pas vrai ; car je veux que vous sachiez qu’il n’y a pas meilleur catholique entre les vivants que lui.

Sur le vingt-septième déclare que ce qu’il a déposé fut et reste notoire dans cette ville de Rouen.

LAMaître Nicolas Caval.

Vénérable et discrète personne maître Nicolas Caval, prêtre, licencié ès lois, chanoine de Rouen, âgé de soixante ans ou environ, juré et entendu ledit jour de lundi.

Sur le premier article déclare croire que les Anglais n’avaient grande affection pour Jeanne.

Sur le deuxième déclare croire vraiment au contenu de l’article.

Sur le troisième déclare, d’après la commune renommée, que Jeanne était en prison au château de Rouen et qu’un procès fut engagé contre elle en matière de foi ; pour le reste de l’article ne sait que dire.

Sur le quatrième ne sait rien.

200Sur le cinquième déclare ne savoir que dire à ce sujet.

Sur le sixième déclare croire que les notaires ont écrit avec fidélité et sans crainte.

Sur le septième ne sait rien.

Sur le huitième déclare que Jeanne fut en prison au château de Rouen. Pour le reste ne sait rien.

Sur le neuvième déclare qu’elle lui semblait être bien jeune ; à propos de ses réponses déclare qu’il l’a entendue une fois en pleine audience, et qu’elle parlait avec assez de sagesse.

Sur le dixième article déclare ne rien savoir et n’avoir rien entendu.

Sur les onzième, douzième, treizième, quatorzième, quinzième, seizième, dix-septième et dix-huitième ne sait rien.

Sur les dix-neuvième, vingtième et vingt et unième s’en rapporte au droit et au procès.

Sur le vingt-deuxième ne sait rien.

Sur le vingt-troisième déclare bien savoir qu’elle a été brûlée ; si cela fut juste ou injuste, il s’en rapporte au procès.

Sur le vingt-quatrième déclare ne rien savoir.

Sur le vingt-cinquième déclare qu’il ne fut pas présent à la condamnation, ni à l’exécution, et il ne vit pas la foule des Anglais ; il apprit cependant de certains qu’elle criait et invoquait le nom de Jésus à ses derniers moments et qu’elle toucha plusieurs personnes aux larmes.

Sur le vingt-sixième déclare croire vraiment que les Anglais la craignaient avant de s’en emparer ; mais ignore s’ils procédèrent contre elle pour les causes contenues dans l’article.

Sur le vingt-septième déclare avoir déposé ci-dessus ce qu’il en sait.

LAMessire Guillaume Du Désert.

Vénérable et discrète personne messire Guillaume Du Désert, chanoine de Rouen, âgé de cinquante-deux ans ou environ, juré et entendu le huitième jour du mois de mai.

Sur le premier article déclare croire qu’il est véridique, car si elle avait tenu le parti des Anglais comme elle soutint 201le parti des Français, elle n’aurait pas été traitée comme elle le fut.

Sur le deuxième déclare que les Anglais lui paraissent en quelque sorte avoir été effrayés par ses faits ; mais ignore s’ils voulaient la faire périr pour cela.

Sur le troisième déclare l’avoir vue une fois au château de Rouen, où il allait seulement pour la voir ; et il la vit quand on la conduisait devant les juges. Et on racontait qu’elle était détenue en prison dans ce château. À propos de la crainte et des pressions ne sait rien.

Sur les quatrième, cinquième et sixième déclare ne rien savoir, car il ne fut pas présent.

Sur les septième et huitième articles ne sait rien et ne la vit pas dans sa prison ; il entendit cependant qu’elle était gardée par les Anglais.

Sur le neuvième déclare que Jeanne était jeune, âgée de dix-huit ou dix-neuf ans, ou environ ; et on disait qu’elle répondait avec sagesse et habileté.

Sur le onzième ne sait rien et n’a rien entendu là-dessus.

Sur le douzième ne sait rien, car il ne fut pas présent.

Sur les treizième et quatorzième articles déclare qu’il fut présent à la première prédication faite à Saint-Ouen de Rouen ; là il vit et entendit l’abjuration faite par Jeanne, qui se soumit à la décision, au jugement et aux ordres de l’Église. Déclare en outre qu’un certain docteur anglais, présent à cette prédication, fut mécontent de la réception de l’abjuration, car Jeanne en prononçait quelques mots en riant ; et il dit à l’évêque de Beauvais, alors juge, qu’il avait mal fait en admettant cette abjuration et que c’était une dérision. Lequel évêque, irrité, lui répondit qu’il se trompait, car, puisqu’il était juge en matière de foi, il devait chercher le salut de Jeanne plutôt que sa mort.

Sur les quinzième et seizième articles déclare qu’au cours de cette prédication il entendit Jeanne dire qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église. S’il fut interdit aux notaires de relater par écrit cette soumission, le témoin l’ignore.

Sur le dix-septième article déclare s’en rapporter à l’intention de Jeanne.

202Sur les dix-huitième, dix-neuvième, vingtième et vingt et unième déclare ne rien savoir du procès, car il ne fut pas présent.

Sur le vingt-deuxième déclare s’en remettre au procès.

Sur le vingt-troisième déclare que dans les deux prédications où il la vit, il comprit par son maintien et ses gestes qu’elle était catholique, invoquant Dieu et les saints. Ne sait rien de sa communion au corps du Christ.

Sur le vingt-quatrième article déclare que le lieu du supplice avait été préparé avant la prédication ; et après celle-ci Jeanne fut abandonnée par les juges ecclésiastiques et aussitôt saisie ; mais si elle fut immédiatement conduite au supplice, ou au bailli et à quelques-uns des officiers royaux présents sur une estrade, le témoin l’ignore.

Sur le vingt-cinquième déclare l’article vrai en sa forme.

Sur le vingt-sixième déclare croire assez que les Anglais la haïssaient et la craignaient ; mais si pour cela ils furent poussés à faire ce procès contre elle, il l’ignore ; il croit cependant qu’ils le firent à cause de ses faits d’armes.

Sur le vingt-septième article déclare que ce qu’il a déposé est vrai.

LAMessire Guillaume Manchon.

Discrète personne, messire Guillaume Manchon, prêtre, curé de l’église paroissiale de Saint-Nicolas le Painteur de Rouen, âgé de cinquante-sept ans ou environ, juré et entendu ledit jour, huitième du mois de mai.

Sur le premier article déclare croire que l’article est véridique.

Sur le deuxième croit aussi que cet article est véridique.

Sur le troisième article déclare que Jeanne fut amenée dans cette cité de Rouen, placée au château de Rouen dans la prison, et un procès mené contre elle en matière de foi par l’évêque de Beauvais et le sous-inquisiteur. Dans ce procès il fut notaire, lui qui parle, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre 203des seigneurs de ce conseil. Déclare de même que cet évêque de Beauvais ne fut pas contraint d’engager le procès contre Jeanne, mais le fit volontairement ; et on convoqua l’inquisiteur, qui n’osa s’y opposer. Et les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.

Sur le quatrième article déclare, au sujet du promoteur, que ce dernier ne fut pas contraint, mais agit volontairement ; au sujet des juges a déjà déposé. Pour les assesseurs et les docteurs déclare qu’ils furent convoqués et n’auraient pas osé s’y opposer. Pour le reste s’en rapporte à leur conscience.

Sur le cinquième article déclare que lors du procès, pendant un grand espace de temps, tandis que le déposant écrivait, il y eut deux autres écrivains cachés près d’une fenêtre ; et après le déjeuner, après avoir lu et collationné en présence de quelques docteurs dans la maison de l’évêque de Beauvais la rédaction faite le matin par le déposant, on disait à celui-ci ce qui avait été écrit différemment par les autres écrivains et on lui suggérait de rédiger comme eux. Le témoin répondait alors qu’il avait écrit fidèlement et ne changerait rien ; et il n’a rien changé, mais a écrit fidèlement. Il se rappelle aussi que pour les paroles en discussion entre lui et ces écrivains, il faisait une marque, et le lendemain Jeanne, interrogée à nouveau sur les points douteux, confirmait la relation du déposant, comme on peut le voir par l’inspection du procès.

Sur le sixième dépose comme immédiatement ci-dessus.

Sur le septième article déclare que pendant le procès, lors de la semaine sainte ou aux environs, maître Jean de La Fontaine, agissant pour l’évêque de Beauvais dans cette cause de foi, et frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, de l’ordre des frères prêcheurs, qui chaque jour assistaient frère Jean Le Maistre sous-inquisiteur au procès, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cela étant venu à la connaissance des seigneurs de Beauvais et de Warwick, lesdits évêque et comte entrèrent dans une extrême colère contre eux ; pour 204cette raison ledit La Fontaine partit sans prendre congé, sinon il aurait été en danger de mort ; mais les deux autres frères auraient été pareillement en grand péril de mort, si ledit Le Maistre, qui menait le procès, ne les avait protégés. Déclare de même que maître Jean Lohier, se trouvant une fois dans cette cité de Rouen au temps dudit procès, fut sollicité de donner son avis sur ledit procès ; en présence de l’évêque il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : d’abord premièrement car il ne se déroulait pas dans un lieu sûr, ni dans une cour ecclésiastique, et que Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; en outre parce qu’on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant alors que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque de Beauvais et aux autres seigneurs du parti anglais, il ne voulut pas attendre davantage ; il se retira le lendemain et partit pour la cour de Rome.

Sur le huitième dépose en toute connaissance que l’article est véridique. Et il y avait quatre ou cinq gardiens, dont l’un était le chef.

Sur le neuvième article déclare croire que l’âge de Jeanne était celui indiqué dans l’article ; et ajoute que cette Jeanne répondait [parfois] assez savamment, et parfois répondait avec assez de simplicité, comme on peut le voir dans le procès ; et il croit que dans une cause si difficile elle n’aurait pas été capable par elle-même de se défendre contre tant de docteurs, si elle n’avait été inspirée.

Sur le dixième déclare avoir entendu dire de maître Nicolas Loiselleur que, feignant être du parti de Jeanne, il avait seul accès auprès d’elle, s’enquérait de beaucoup de choses, et ensuite les rapportait aux juges et au conseil. Sur le reste de l’article n’a rien à déposer.

Sur le onzième, à propos des questions et des réponses, s’en rapporte au procès.

Sur le douzième article déclare que Jeanne était interrogée pendant deux ou trois heures le matin, et parfois le même jour après le déjeuner ; elle était très fatiguée par ces interrogatoires. Sur l’intention des juges s’en remet à leur conscience ; 205mais ils lui faisaient en l’interrogeant les questions les plus subtiles qu’ils pouvaient trouver.

Sur le treizième article déclare avoir souvent entendu Jeanne qui demandait à ouïr la messe, à savoir les dimanches, aux Rameaux et à Pâques ; elle demanda le jour de Pâques à se confesser et à recevoir le corps du Christ ; et on lui permit de se confesser seulement audit Loiselleur, qui en cela agissait avec fausseté ; elle se plaignait beaucoup de ces refus. Le témoin qui parle entendit souvent de la bouche de Jeanne tout le reste contenu dans l’article, et croit qu’une partie en est contenue dans le procès.

Sur le quatorzième s’en rapporte au procès ; et il entendit à plusieurs reprises ce qui est contenu dans l’article.

Sur les quinzième et seizième articles déclare avoir écrit ce qu’il a entendu au cours du procès. Déclare en outre, lorsqu’on pressait Jeanne de se soumettre à l’Église et lorsque frère Ysambart de La Pierre la persuadait de se soumettre au concile général, avoir entendu l’évêque de Beauvais dire au frère Bardin : Taisez-vous, au nom du diable ! Et cela se passait en justice, quand Jeanne était interrogée.

Sur le dix-septième article déclare qu’il était manifeste qu’elle ne comprenait pas la différence entre l’Église triomphante et l’Église militante. Sur le reste s’en rapporte au droit.

Sur le dix-huitième déclare que le premier original du procès fut écrit fidèlement par lui qui parle, en français, sauf la première session, et croit qu’il fut traduit fidèlement en latin.

Sur le dix-neuvième s’en rapporte au droit.

Sur le vingtième déclare ne pas croire le contenu de l’article, en raison de ce qu’il a dit-ci-dessus.

Sur le vingt et unième s’en rapporte au droit.

Sur le vingt-deuxième déclare que pendant le procès, et jusqu’à la fin ou presque, Jeanne n’eut pas de conseiller. Si elle en a demandé, il ne s’en souvient pas ; mais à la fin ou presque elle eut maître Pierre Morisse et un carme pour la diriger et l’instruire.

Sur le vingt-troisième article déclare bien savoir que la 206sentence fut portée ; mais sur la justice ou l’injustice s’en rapporte au droit. Sait cependant que Jeanne, le jour de sa mort, avant la prédication et sa sortie du château, reçut le corps du Christ, apporté sur l’ordre des juges, à la demande instante de Jeanne.

Sur le vingt-quatrième article déclare qu’elle fut amenée au lieu du supplice avec une grande troupe de gens, jusqu’au nombre de quatre-vingt environ, armés d’épées ou d’épieux ; et il entendit qu’après la proclamation de la sentence du juge ecclésiastique et l’abandon de Jeanne, elle fut conduite au bailli, alors présent ; celui-ci, sans autre délibération ou sentence, faisant un signe de la main, dit : Emmenez, emmenez. Et ainsi fut-elle conduite au lieu du supplice où elle fut brûlée.

Sur le vingt-cinquième article déclare qu’aussitôt après la sentence de l’Église et dès que Jeanne sut qu’elle allait mourir, elle fit de très belles oraisons, recommandant son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie et à tous les saints, les invoquant et demandant pardon aux juges et aux Anglais, au roi de France et à tous les princes du royaume. Pour le reste de l’article ne vit rien, parce qu’il s’en alla ; mais il a bien entendu beaucoup de ceux qui assistaient à l’exécution dire qu’elle avait crié le nom de Jésus à la fin de sa vie.

Sur le vingt-sixième article, pour la haine et la crainte, dépose comme dessus ; ajoutant que, suivant la rumeur publique, jamais les Anglais n’auraient osé mettre le siège devant Louviers sa vie durant. Pour la fin de l’article déclare croire que les Anglais cherchaient par ce moyen à diffamer le roi de France. En outre déclare que, dans la prédication faite à Saint-Ouen par maître Guillaume Erard, celui-ci s’écria : Ô noble maison de France ! tu as toujours été sans tache et sans blâme d’erreur ; maintenant ce serait une grande pitié que tu puisses choir dans une telle erreur que d’ajouter foi à cette femme !

Sur le vingt-septième article déclare que pour les dépositions déjà faites par lui, il y avait et il y a renommée publique dans cette cité de Rouen.

207LAPierre Cusquel.

Pierre Cusquel, laïc, habitant de Rouen, âgé de cinquante ans ou environ, juré et entendu le mardi neuvième jour du mois de mai.

Sur le premier article le déclare véridique, et telle était la renommée.

Sur le deuxième déclare de même croire que cet article contient la vérité.

Sur le troisième déclare que ladite Jeanne fut amenée par les Anglais en cette cité de Rouen, et placée au château en prison, dans une pièce située sous un escalier, vers les champs, où il la vit détenue et incarcérée. Et croit que les juges et les assistants au procès agissaient par faveur envers les Anglais et qu’ils n’auraient pas osé contredire ceux-ci ; mais ne sait rien sur les pressions.

Sur le quatrième article déclare s’en rapporter au procès ; il a entendu, lorsque maître André Marguerie ou un autre a dit de bien rechercher la vérité sur la manière dont Jeanne avait changé de vêtement, quelqu’un répondre, mais ne sait qui : qu’il se taise, au nom du diable !

Sur le cinquième article déclare n’avoir pas été présent au procès ; aussi ne sait-il rien de cet article, ni du suivant.

Sur le septième déclare croire que personne n’aurait osé donner un conseil à Jeanne, ou la défendre, ou la diriger.

Sur le huitième article déclare qu’il contient la vérité, d’après ce qu’a vu le témoin ; car il entra deux fois dans la prison de Jeanne, grâce à maître Jean Son, alors maître d’œuvre audit château ; il s’entretint avec elle et l’avertit de parler avec prudence, s’agissant de sa vie. Et il ajoute qu’une cage de fer fut construite pour l’enfermer debout, et qu’il la vit peser dans sa maison ; cependant il ne vit pas Jeanne à l’intérieur.

Sur le neuvième article déclare que Jeanne était jeune, âgée d’environ vingt ans, et qu’elle parlait avec prudence ; mais croit qu’elle était ignorante du droit et peu capable de répondre à tant de docteurs.

208Sur le dixième déclare ne rien savoir.

Sur le onzième déclare qu’il ne fut pas présent au procès, mais que le contenu de l’article était de renommée publique ; et les Anglais travaillèrent de toutes leurs forces à la surprendre en paroles, parce qu’elle avait mené la guerre contre eux.

Sur le douzième déclare croire l’article véridique.

Sur le treizième déclare avoir entendu de la bouche de Jeanne, en pleine prédication à Saint-Ouen, les paroles contenues dans l’article.

Sur le quatorzième article déclare avoir entendu dire que Jeanne avait parlé comme l’article l’indique.

Sur les quinzième et seizième articles s’en rapporte au procès.

Sur le dix-septième article s’en rapporte au droit et à l’intention de Jeanne.

Sur le dix-huitième ne sait rien ; mais s’en rapporte au procès.

Sur le dix-neuvième déclare croire qu’on procédait pour plaire aux Anglais, plus qu’avec un souci de loyauté et de justice, et cela était de renommée publique dans la cité de Rouen.

Sur le vingtième s’en rapporte au procès.

Sur les vingt et unième et vingt-deuxième s’en rapporte au droit et au procès.

Sur le vingt-troisième article déclare ne pas avoir été présent lors de la dernière prédication, de la condamnation et de l’exécution de Jeanne, car son cœur n’aurait pu supporter ou souffrir cela par pitié pour Jeanne ; mais il a bien entendu que Jeanne avait reçu le corps du Seigneur avant sa condamnation.

Sur le vingt-quatrième article déclare avoir entendu dire qu’il était véridique, car aucune sentence ne fut prononcée par un juge séculier.

Sur le vingt-cinquième article déclare avoir entendu dire que l’article était vrai dans la forme, et que maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice, triste et gémissant, se lamentait sur ce qu’il avait vu 209là en ces termes : Nous sommes tous perdus, car une personne bonne et sainte a été brûlée ; il croyait en outre que son âme était entre les mains de Dieu, puisque, au milieu des flammes, elle implorait toujours le nom du Seigneur Jésus.

Sur le vingt-sixième article déclare croire que tout l’article est véridique ; et telle était la renommée publique dans la cité de Rouen.

Sur le vingt-septième article déclare que pour ses dépositions il y eut et il y a la renommée et la voix publiques.

LAFrère Ysambard de La Pierre.

Religieuse et honnête personne frère Ysambard de La Pierre, prêtre, bachelier en théologie, âgé de soixante ans ou environ, de l’ordre des frères prêcheurs, juré et entendu ledit jour de mardi.

Sur le premier article déclare que lui, témoin, fut présent au cours de tout l’interrogatoire et du procès de ladite Jeanne avec frère Jean Le Maistre, sous-inquisiteur, et que cet article contient la vérité.

Sur le deuxième article déclare simplement qu’il contient la vérité ; et la renommée, dans cette cité de Rouen, était que les Anglais n’auraient pas osé assiéger la ville de Louviers pendant la vie de Jeanne et jusqu’à sa mort.

Sur le troisième article déclare que quelques-uns des assesseurs procédaient dans la poursuite du procès avec partialité, comme l’évêque de Beauvais ; mais certains, comme par exemple plusieurs docteurs anglais, étaient mus par la méchanceté et la vengeance, et d’autres docteurs de Paris étaient mus par l’espoir d’une récompense ; plusieurs enfin étaient poussés par la peur, comme ledit sous-inquisiteur et d’autres dont il ne se souvient plus. Et tout fut conduit sur l’ordre du roi d’Angleterre, du cardinal de Winchester, du comte de Warwick et d’autres Anglais, qui payèrent les dépenses faites pour ce procès. Le témoin déclare que le reste contenu dans l’article est vrai.

Sur le quatrième article déclare que monseigneur Jean de 210bonne mémoire, alors évêque d’Avranches, parce qu’il refusait de donner son opinion en la matière, fut menacé par maître Jean Benedicite, alors promoteur de la cause ; et maître Nicolas de Houppeville, parce qu’il ne voulait pas assister au procès, ni donner son avis, fut en danger d’être exilé. Déclare en outre qu’après la première prédication, dans laquelle Jeanne avait rétracté, lui, témoin, et maître Jean de La Fontaine, maître Guillaume Vallée de l’ordre des frères prêcheurs, et d’autres du rang des juges, allèrent au château pour conseiller à Jeanne de persévérer toujours dans son bon propos. Ce que voyant, les Anglais, remplis de colère et de fureur, les chassèrent du château avec des glaives et des bâtons ; en cette circonstance maître Jean de La Fontaine s’enfuit, quitta la ville et n’y revint pas. Et lui-même, témoin, reçut beaucoup de menaces du comte de Warwick, parce qu’il avait auparavant dit à Jeanne de se soumettre au concile général.

Sur le cinquième article déclare que ladite Jeanne, interrogée si elle voulait se soumettre à notre seigneur le pape, répondit que oui, si seulement on l’envoyait et conduisait à lui ; mais elle refusait de se soumettre à ceux qui étaient présents, du moins à l’évêque de Beauvais, parce qu’ils étaient ses ennemis mortels ; et lorsque le témoin lui eut persuadé qu’elle se soumît au concile général alors assemblé dans lequel se trouvaient beaucoup de prélats et de docteurs du parti du roi de France, à cette nouvelle Jeanne dit qu’elle se soumettait audit concile. Alors l’évêque de Beauvais invectiva violemment le témoin en lui disant : Taisez-vous, au nom du diable ! Entendant cela, maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, demanda à l’évêque s’il devait écrire cette soumission ; l’évêque répondit que non, et que ce n’était pas nécessaire ; aussi Jeanne dit à l’évêque : Ha ! vous écrivez bien ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi. Et il croit que cela ne fut pas écrit ; d’où s’ensuivit dans l’assemblée un grand murmure.

Sur le sixième article a déposé immédiatement ci-dessus ce qu’il sait.

211Sur le septième dépose comme dessus.

Sur le huitième dépose, de science certaine, comme il est indiqué dans cet article.

Sur le neuvième déclare que Jeanne était jeune, âgée d’environ dix-neuf ans, ayant bonne intelligence, et elle répondait sagement ; mais elle n’était pas capable de répondre aux questions difficiles qu’on lui posait.

Sur le dixième dépose, seulement d’après certains ouï-dire, que quelques individus allèrent la nuit, à la dérobée, à la prison de Jeanne pour la persuader de ce qui est contenu dans l’article. Ignore si c’est la vérité.

Sur le onzième déclare que l’article contient la vérité, quoi qu’elle ait donné réponse satisfaisante à certaines questions, comme on peut le constater par le procès.

Sur le douzième déclare que parfois l’interrogatoire de Jeanne durait pendant trois heures de la matinée ; et parfois l’interrogatoire avait lieu tant le matin que l’après-midi. Il l’a entendue à plusieurs reprises se plaindre qu’on lui posait trop de questions.

Sur les treizième et quatorzième articles déclare qu’ils contiennent la vérité, car il entendit cela de la bouche de Jeanne.

Sur les quinzième et seizième articles déclare ne rien savoir déposer sur eux, et s’en rapporte au procès.

Sur le dix-septième déclare que lors du procès, pendant longtemps, quand on interrogeait Jeanne sur sa soumission à l’Église, elle croyait qu’il s’agissait de cette réunion de juges et d’assesseurs alors présents et assistant, jusqu’à ce qu’elle fût instruite par maître Pierre Morisse du sens de ce mot ; et lorsqu’elle eût compris, elle se soumit toujours au pape, pourvu qu’on la conduisît à lui. Et croit que son ignorance de l’Église était la raison pour laquelle parfois elle n’accepta pas de se soumettre à l’Église.

Sur les dix-huitième et vingtième ne dit rien, si ce n’est qu’à son jugement ledit Manchon écrivit et relata fidèlement, et s’en rapporte au procès.

Sur le dix-neuvième article déclare croire, comme il l’a 212déjà dit, que la sentence fut rendue contre elle par méchanceté et vengeance, plus que par amour de la justice.

Sur le vingt et unième déclare que les juges, à son avis, observaient suffisamment les règles du droit ; mais il a déposé plus haut sur leurs dispositions, à savoir qu’ils agissaient avec méchanceté et par vengeance.

Sur le vingt-deuxième déclare qu’en certaines parties du procès des conseillers furent donnés à Jeanne. En ce qui concerne la nullité de la sentence, a déposé plus haut ; le témoin ajoute avoir cru, lors de la première prédication, et attendu le mode de procéder, qu’elle serait brûlée, car elle différait sa rétractation ; et elle avait été conduite en voiture jusqu’au cimetière de Saint-Ouen de Rouen.

Sur le vingt-troisième article déclare que le contenu en est vrai.

Sur le vingt-quatrième article déclare savoir qu’aucune sentence ne fut prononcée par le juge séculier, car il était présent ; mais après la prédication et une longue attente au même endroit, elle fut conduite au supplice par les clercs du roi ; le témoin et frère Martin Lavenu l’accompagnèrent jusqu’à la fin.

Sur le vingt-cinquième article déclare qu’il contient en entier la vérité ; ajoutant même que l’évêque de Beauvais, l’un des juges, pleura à cette occasion. En outre un homme d’armes anglais, qui la haïssait extrêmement et avait juré de placer de sa propre main un fagot sur son bûcher, après l’avoir fait et entendu Jeanne invoquer le nom de Jésus à ses derniers moments, fut frappé de stupeur et comme en extase : on le conduisit à une taverne près du Vieux Marché, où il reprit des forces en buvant. Et après avoir déjeuné avec un frère de l’ordre des prêcheurs, cet Anglais confessa — le témoin l’entendit — par l’intermédiaire de ce frère anglais, qu’il avait gravement péché, qu’il se repentait de tout ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il la jugeait une femme bonne ; car il semble que cet Anglais avait vu dans le dernier souffle de Jeanne une colombe blanche sortant de la flamme. Déclare aussi que le bourreau l’après-midi du même jour, vint au 213couvent desdits frères prêcheurs et dit au témoin et à frère Martin Lavenu sa grande crainte d’être damné, parce qu’il avait brûlé une sainte.

Sur le vingt-sixième article déclare vrai son contenu. En outre déclare croire que la principale raison de faire un procès contre elle fut de déshonorer le roi de France ; et on tendait à ce résultat en la jugeant ; car maître Guillaume Erard le proclama en un endroit de ladite cause, lorsqu’il dit : Seule la France manquait habituellement de monstres ; mais maintenant voici un monstre horrible avec cette femme schismatique, hérétique et sorcière, grâce à laquelle le roi de France veut recouvrer son royaume. À cet Erard Jeanne répondit : Ô prêcheur ! vous parlez mal ! Ne parlez pas de la personne du roi Charles, notre sire, parce que c’est un bon catholique et ce n’est pas en moi qu’il a cru.

Sur le vingt-septième déclare vrai ce qu’il a déposé.

LAMaître André Marguerie.

Vénérable et prudente personne, maître André Marguerie, archidiacre de Petit-Caux au diocèse de Rouen, âgé de soixante-seize ans ou environ, juré et entendu ledit jour neuvième de mai.

Sur le premier article déclare que les hommes d’armes anglais haïssaient Jeanne et désiraient sa mort, comme il le croit.

Sur le deuxième déclare croire qu’il y en avait plusieurs cherchant à la faire périr, afin qu’elle ne pût leur nuire.

Sur le troisième article déclare avoir entendu que Jeanne avait été prise près de Compiègne, au diocèse de Beauvais ; conduite ensuite dans cette cité de Rouen, elle fut détenue au château de Rouen, où un procès en matière de foi fut mené contre elle par l’évêque de Beauvais et le sous-inquisiteur, sur l’ordre des Anglais ; mais ignore si ce fut à la suite de pressions.

Sur le quatrième article déclare avoir entendu dire que certaines personnes furent réprimandées pour ne pas avoir 214parlé suffisamment bien en faveur des Anglais, comme ceux-ci le désiraient ; mais ignore si pour cette raison quelqu’un fut en danger, bien qu’il eût appris que maître Nicolas de Houppeville n’avait pas donné son avis.

Sur le cinquième article déclare ne rien savoir dire sur cet article, car il assista peu aux interrogatoires, et il en est de même pour l’article suivant.

Sur le septième article ne sait rien.

Sur le huitième déclare ne pas l’avoir vue en prison ; mais croit qu’elle fut gardée par les Anglais, car ceux-ci avaient la garde du château où fut emprisonnée Jeanne.

Sur le neuvième article déclare qu’à son avis Jeanne était avisée dans certaines de ses réponses.

Sur le dixième ne sait rien.

Sur le onzième déclare croire que vraisemblablement l’article contient la vérité.

Sur le douzième article ne sait rien.

Sur le treizième ne sait rien.

Sur le quatorzième déclare croire plutôt le contraire : en effet il a entendu parfois de Jeanne même que ses convictions ne venaient pas de quelques personnes, prélat, pape ou autre, mais qu’elle les tenait de Dieu. Le témoin croit que ce fut une des raisons pour lesquelles on la poursuivit en vue d’une rétractation.

Sur les quinzième et seizième s’en rapporte au procès.

Sur le dix-septième article ne sait rien, ni sur l’article suivant.

Sur le dix-neuvième déclare vraie la première partie de l’article ; mais ne sait rien sur le reste.

Sur le vingtième déclare s’en rapporter au droit.

Sur les vingt et unième et vingt-deuxième articles déclare ne rien savoir.

Sur le vingt-troisième déclare ne rien savoir de ce qui a été fait, ni si elle a été condamnée injustement, ni si quelque injustice fut commise dans la marche du procès.

Sur le vingt-quatrième article déclare que, s’il assista à la dernière prédication, il ne fut cependant pas présent lors 215de l’exécution, tant cela faisait pitié ; et il ne sait rien du reste de l’article, si ce n’est que plusieurs des assistants pleurèrent, même monseigneur le cardinal de Luxembourg, évêque de Thérouanne.

Sur le vingt-cinquième article déclare ne rien savoir de sa dévotion ; mais elle paraissait très troublée car elle disait : Rouen, Rouen, mourray-je cy !

Sur le vingt-sixième déclare bien croire que quelques Anglais, gens de peu, procédaient par haine et crainte ; mais il ne le croit pas des ecclésiastiques notables. Déclare en outre qu’un certain chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à la première prédication, ayant dit à l’évêque de Beauvais qu’il était trop favorable à Jeanne, cet évêque lui répondit : Vous mentez, car je ne voudrais pas être favorable à quelqu’un dans une telle cause. Et alors ce chapelain fut réprimandé par ledit cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.

Sur le vingt-septième déclare que pour ce qu’il a dit, il y a la voix et la renommée publiques.

LAMessire Richard de Grouchet.

Vénérable et discrète personne messire Richard de Grouchet, prêtre, maître ès arts et fait bachelier en théologie, chanoine de l’église collégiale de Salcey au diocèse d’Évreux, âgé de soixante ans ou environ, témoin produit, entendu et juré, ledit jour de mardi.

Sur le premier article déclare croire que cet article contient la vérité sur les faits et gestes des Anglais.

Sur le deuxième article déclare qu’il contient la vérité, et la renommée était que les Anglais craignaient Jeanne.

Sur le troisième article déclare qu’elle fut conduite dans cette cité de Rouen ; et il la vit au château de Rouen où elle fut incarcérée ; mais ne sait déposer à propos de la crainte et des appréhensions des juges, dont il est question ; la renommée publique cependant, dans cette cité de Rouen, était que les Anglais faisaient faire tout par haine et colère.

Sur le quatrième article déclare qu’il lui semble que certains 216des assistants au procès étaient volontaires et partiaux, d’autres contraints et forcés, et beaucoup craintifs, dont certains s’enfuirent pour ne pas être présents au procès ; parmi ceux-ci messire Nicolas de Houppeville fut en grand péril. En outre maîtres Jean Pigache et Pierre Minier, comme il l’apprit d’eux, et lui-même qui parle demeurant avec eux, donnèrent leur avis sous la crainte, les menaces et dans la terreur, et assistant au procès ils formèrent le projet de fuir ; et il déclare avoir entendu plusieurs fois de la bouche de maître Pierre Morisse que celui-ci, après la première prédication, avait exhorté Jeanne à persévérer dans son bon propos, mais que les Anglais en avaient été mécontents et qu’il avait été en grand péril d’être battu, à ce qu’il disait.

Sur les cinquième et sixième articles déclare croire que les notaires écrivaient fidèlement. Il vit cependant et entendit l’évêque de Beauvais injurier violemment les notaires, quand ceux-ci ne faisaient pas ce qu’il voulait ; et la scène était très violente, à ce qu’il assure, d’après ce qu’il a vu et entendu.

Sur le septième article déclare n’avoir pas su ou vu que quelqu’un se fût mêler d’instruire ou de conseiller Jeanne, et il n’a pas vu qu’elle eût demandé ou qu’on lui eût offert un conseiller ; il pense cependant qu’au début du procès elle demanda un conseiller, mais ne peut l’affirmer avec certitude. Dit en outre ignorer si quelqu’un fut en péril de mort pour l’avoir défendue ; mais il sait bien que, au cours d’autres interrogatoires difficiles, certains ayant voulu diriger Jeanne furent réprimandés durement et sévèrement, et ils étaient taxés de partialité, tantôt par ledit évêque de Beauvais, et tantôt par maître Jean Beaupère ; ce dernier disait à ceux qui la dirigeaient de la laisser parler, et qu’il était désigné pour l’interroger.

Sur le huitième article déclare bien savoir que Jeanne était en prison dans le château de Rouen, et qu’elle était gardée, amenée et emmenée par les Anglais ; mais ne sait rien des entraves et des chaînes, bien qu’il eût entendu dire qu’elle était détenue durement et étroitement.

Sur le neuvième croit qu’elle était bien de l’âge indiqué ; 217elle répondait cependant avec sagesse, très exactement, et il entendit dire au seigneur abbé de Fécamp de l’époque qu’un grand clerc aurait bien pu faillir dans les réponses aux interrogations difficiles qui lui étaient faites ; sait cependant qu’elle était ignorante du droit et de la procédure.

Sur le dixième déclare ne rien savoir.

Sur les onzième et douzième articles déclare l’avoir vue interrogée sur des questions difficiles, peu claires et captieuses, dans l’intention lui semble-t-il, de la surprendre en parole et de la détourner de son propos ; et néanmoins, en considérant sa faiblesse de femme, elle répondait bien ; et parfois elle faisait remarquer qu’elle avait déjà répondu à certaines questions qui lui étaient à nouveau posées, en indiquant le jour.

Sur le treizième déclare avoir entendu plusieurs fois au cours du procès de la bouche de Jeanne le contenu de l’article.

Sur le quatorzième article déclare avoir vu et entendu au procès Jeanne interrogée si elle voulait se soumettre à l’évêque de Beauvais et à quelques-uns des assistants, alors désignés ; elle répondait que non, et qu’elle se soumettait au pape et à l’Église catholique, demandant à être conduite au pape. Et comme on lui disait que son procès serait envoyé au pape pour qu’il en fût juge, elle répondait ne pas vouloir qu’on agît ainsi, car elle ne savait pas ce qu’on mettrait dans le procès ; mais elle voulait être conduite devant le pape et être interrogée par lui.

Sur les quinzième et seizième articles déclare ne pas savoir s’il fut inséré ou inscrit dans le procès qu’elle ne se soumettait pas à l’Église, et il n’a pas vu que cela fût écarté ; mais il sait qu’en présence de lui, qui parle, Jeanne se soumit toujours au jugement du pape et de l’Église.

Sur le dix-septième article déclare ne rien savoir d’autre que ce qu’il a déposé ci-dessus.

Sur le dix-huitième article déclare que le notaire écrivait le procès en français, et quand il y avait doute sur le texte il le relisait. Mais sur la traduction ne sait rien.

218Sur le dix-neuvième déclare l’article vrai, pour ce qui est du droit. Mais quant au fait déclare que lui et les dénommés Pigache et Minier donnèrent leur avis par écrit, suivant leur conscience, ce qui ne plut pas à l’évêque, ni aux assesseurs, et l’évêque dit : C’est cela que vous avez fait ?

Sur le vingtième déclare croire que les notaires ont bien et fidèlement rédigé.

Sur le vingt et unième article déclare que la sentence lui parut toujours, à lui qui parle, injuste, et il ne sait où on a pris les motifs et raisons de la condamner. Sur les autres points contenus dans l’article s’en rapporte au droit.

Sur le vingt-deuxième déclare qu’elle répondait toujours elle-même, et ne vit pas qu’elle eût quelque défenseur. Pour le reste a déposé ci-dessus.

Sur le vingt-troisième article déclare que le contenu de l’article était de renommée publique dans cette cité de Rouen.

Sur le vingt-quatrième article déclare qu’il n’a pas eu connaissance, et qu’il n’a jamais entendu dire, qu’il y ait eu une sentence prononcée par un juge séculier contre Jeanne, car il ne fut pas présent alors ; mais la voix publique et la rumeur étaient qu’elle avait été conduite au supplice par force et injustement.

Sur le vingt-cinquième déclare qu’il ne fut pas présent ; mais la renommée publique était conforme au contenu de l’article.

Sur le vingt-sixième article déclare croire que Jeanne fut mise à mort pour les raisons contenues dans l’article ; ignore cependant si on avait l’intention de déshonorer le roi notre sire ; mais croit bien que c’est par mépris pour le roi qu’elle fut mise à mort, étant donné la manière de procéder et le genre du jugement.

Sur le vingt-septième déclare vrai ce qu’il a déposé ci-dessus.

LAFrère Pierre Miget

Vénérable et religieuse personne frère Pierre Miget, professeur de théologie sacrée, prieur du prieuré de Longueville-Giffard 219au diocèse de Rouen, âgé de soixante-dix ans ou environ, juré et entendu ledit jour de mardi.

Sur le premier article déclare croire qu’il contient la vérité, d’après les effets qui ont suivi.

Sur le deuxième article déclare avoir entendu d’un soldat anglais mort depuis que les Anglais craignaient plus Jeanne que cent hommes en armes.

Sur le troisième article déclare avoir entendu que les gens du sire de Luxembourg prirent Jeanne près de Compiègne, au diocèse de Beauvais, et qu’elle fut réclamée par les Anglais ; et l’évêque de Beauvais fut choisi pour faire un procès contre elle, parce qu’elle avait été prise dans son diocèse. Il sait qu’elle fut conduite en cette cité de Rouen et détenue au château, dans la prison ; et croit aux pressions et à la crainte dont il est fait mention dans l’article, bien qu’il ne sache rien de sûr.

Sur le quatrième article déclare qu’on pouvait vraisemblablement estimer le procès avoir été mené contre Jeanne par suite des pressions et de la crainte des Anglais, car elle fut toujours détenue sous l’autorité et la garde des Anglais, et ceux-ci ne permirent pas qu’elle fût détenue dans une prison ecclésiastique. D’après le témoin, à la fin de la première prédication faite à Saint-Ouen, comme Jeanne était exhortée à se rétracter et hésitait, un clerc anglais dit à l’évêque de Beauvais qu’il favorisait Jeanne ; l’évêque lui répondit : Vous mentez. Moi, je dois, par ma fonction, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne. Et lui qui parle fut déféré au seigneur cardinal d’Angleterre, parce qu’il aurait été favorable à Jeanne ; ce dont il fit excuse devant le cardinal, craignant le péril de son corps.

Sur les cinquième et sixième articles déclare croire que les notaires étaient véridiques et qu’ils rédigèrent fidèlement.

Sur le septième déclare ignorer si Jeanne avait demandé un conseiller, mais croit que personne n’aurait osé lui donner, sans être autorisé, un conseil ou un moyen de défense.

Sur le huitième croit que l’article contient la vérité, sous la réserve qu’il n’a pas vu Jeanne dans des entraves ou des chaînes.

220Sur le neuvième déclare croire que Jeanne était âgée de vingt ans. Et croit qu’elle était naïve au point de penser que les Anglais ne cherchaient pas sa mort et d’espérer s’en sortir moyennant argent. Il la vit cependant répondre de manière catholique et sage sur des points touchant la foi, sauf sur les visions qu’elle disait avoir et sur lesquelles, au jugement du témoin, elle insistait trop.

Sur le dixième article déclare ne rien savoir de l’article. Interrogé s’il savait que quelques autres personnes avaient été envoyées à Jeanne de nuit, déclare avoir entendu qu’un homme alla une fois vers elle de nuit, avec des vêtements de prisonnier, à ce qu’on dit, et feignant d’être un prisonnier originaire des régions soumises au roi de France ; cet homme la persuadait de persister dans ses déclarations, disant que les Anglais n’oseraient pas lui faire du mal.

Sur le onzième déclare n’avoir pas remarqué ce qui est contenu dans l’article.

Sur le douzième de même déclare ne pas croire au contenu de l’article et n’a rien vu.

Sur les treizième et quatorzième articles les déclare vrais, et avoir entendu le contenu de la bouche de Jeanne.

Sur les quinzième et seizième articles déclare s’en rapporter aux notaires et au procès.

Sur le dix-septième article déclare bien croire que Jeanne ne comprenait pas parfaitement ce qu’était l’Église, et ne se souvient pas que Jeanne ait refusé de se soumettre à l’Église.

Sur le dix-huitième s’en rapporte aux notaires.

Sur le dix-neuvième article déclare que c’est un article de droit et s’en rapporte au droit ; mais pour ce qui est des faits, croit que certains ne furent pas totalement libres et d’autres furent volontaires.

Sur le vingtième croit que les notaires furent fidèles et rédigèrent fidèlement. Ne sait rien d’autre.

Sur le vingt et unième déclare qu’en raison de la haine des Anglais le procès peut à bon droit être dit injuste et par conséquent la sentence injuste.

Sur le vingt-deuxième article déclare croire l’article vrai, sauf qu’il ignore si un conseil lui fut refusé.

221Sur le vingt-troisième article déclare que si elle avait été en liberté, elle aurait été aussi bonne catholique qu’une autre. Il entendit qu’elle avait reçu le corps du Christ, à sa demande. Pour le reste de l’article ne sait rien déposer de plus, si ce n’est qu’elle fut jugée relapse, abandonnée à la justice séculière et enfin brûlée.

Sur le vingt-quatrième article déclare ignorer si une sentence de juge séculier fut portée ; mais elle fut conduite au supplice en grande hâte par des soldats anglais.

Sur le vingt-cinquième article déclare que l’article contient la vérité, suivant ce qu’il a entendu, une fois Jeanne abandonnée par l’Église ; alors elle commença à se lamenter et acclamer Jésus ; et aussi partit le témoin, ému de si grande pitié qu’il ne put voir l’exécution de Jeanne.

Sur le vingt-sixième article déclare croire que l’article contient la vérité.

Sur le vingt-septième article déclare que pour toute sa déposition il y eut, et il y a, voix et renommée publiques dans la cité de Rouen.

LAFrère Martin Lavenu.

Religieuse et honnête personne, frère Martin Lavenu, prêtre, de l’ordre des frères prêcheurs, qui fut lecteur en théologie dans plusieurs couvents, âgé de cinquante-deux ans ou environ, témoin produit, reçu, juré et entendu ledit jour de mardi, neuvième du mois de mai.

Sur le premier article déclare avoir été présent à la plus grande partie du procès de Jeanne, avec frère Jean Le Maistre, alors sous-inquisiteur, et croit véridique ce premier article.

Sur le deuxième article croit qu’il contient la vérité.

Sur le troisième article déclare bien savoir que Jeanne fut conduite dans cette cité de Rouen et détenue dans la prison du château de Rouen, et que le procès fut fait et conduit contre Jeanne pour une cause de foi, à la demande et aux frais des Anglais ; mais sur la crainte et les pressions, dont il est fait mention dans l’article, ne sait rien.

222Sur le quatrième article déclare avoir vu maître Nicolas de Houppeville conduit à la prison royale, parce qu’il ne voulait pas assister au procès. Pour le reste de l’article ne sait rien de sûr, mais croit qu’une partie des assistants au procès avait peur et une autre était partiale.

Sur les cinquième et sixième articles s’en rapporte aux notaires ; croit cependant qu’ils écrivirent fidèlement ce qu’ils virent et entendirent.

Sur le septième article déclare bien savoir que Jeanne n’eut aucun directeur, conseiller ou défenseur jusque vers la fin du procès, et que personne n’aurait osé se mêler de la conseiller, de la diriger ou de la défendre par peur des Anglais ; et il entendit dire que certains qui allèrent au château, sur l’ordre des juges, pour conseiller ou diriger Jeanne, avaient été durement repoussés et menacés.

Sur le huitième déclare que l’article, dans la forme, contient la vérité.

Sur le neuvième, pour l’âge, il est d’accord avec l’article ; mais pour sa simplicité déclare qu’elle était très ignorante et savait à peine le Pater noster, quoiqu’il l’ait entendue parfois répondre avec foi et sagesse.

Sur le dixième article déclare qu’il ne sait rien personnellement pour en déposer. Interrogé s’il a su ou entendu dire que quelqu’un serait allé la voir secrètement de nuit, il dépose ainsi : de la bouche même de Jeanne il a entendu qu’un grand seigneur anglais était entré dans sa prison et avait essayé de la violer ; et c’était la raison pour laquelle, à son dire, elle avait repris les vêtements d’homme.

Sur le onzième article déclare qu’on posait à Jeanne des questions difficiles, qui ne convenaient pas à une telle femme, si simple ; mais pour l’intention de ceux qui l’interrogeaient, n’a rien à déposer.

Sur le douzième article déclare assez savoir qu’on la tourmentait beaucoup dans les interrogatoires, qui duraient trois heures ou environ ; on les faisait avant le déjeuner et après. Mais il ignore l’intention de ceux qui l’interrogeaient et leurs fins.

223Sur le treizième article déclare ne pas se rappeler avoir entendu au procès, mais il l’a bien entendu de Jeanne même hors du procès, ce qui est contenu dans cet article ou des choses semblables.

Sur le quatorzième article déclare avoir souvent entendu de la bouche de Jeanne qu’elle se soumettait au souverain pontife, demandant qu’on la conduisît à lui.

Sur les quinzième et seizième articles déclare ne rien savoir et s’en rapporte au procès.

Sur le dix-septième déclare ne rien savoir.

Sur le dix-huitième déclare bien savoir que le procès fut rédigé et écrit en français. Mais sur la traduction ne sait rien.

Sur le dix-neuvième article déclare que pour ce qui est du droit il s’en rapporte au droit ; et pour ce qui est du fait il s’en rapporte à ce qu’il a déposé ci-dessus.

Sur le vingtième déclare s’en rapporter aux notaires.

Sur le vingt et unième s’en rapporte au droit.

Sur le vingt-deuxième, la nullité du procès et de la sentence, s’en rapporte au droit. Sait cependant qu’elle n’eut pas de défenseurs ou conseillers, bien qu’elle en eût demandé.

Sur le vingt-troisième article déclare qu’il était évident pour les juges qu’elle s’était soumise à la décision de l’Église et qu’elle était fidèle catholique et pénitente ; et lui qui parle, avec l’autorisation des juges et sur leur ordre, donna le corps du Christ à Jeanne. Dit en outre qu’elle fut abandonnée, comme relapse, à la justice séculière ; et croit que, si elle avait tenu le parti des Anglais, on n’aurait pas ainsi procédé contre elle.

Sur le vingt-quatrième déclare être certain que, après son abandon par l’Église, elle fut saisie par des soldats anglais, présents là en grand nombre, sans aucune sentence de juge séculier, et malgré la présence du bailli de Rouen et du conseil de la cour séculière ; il le sait, car il resta toujours avec Jeanne depuis le château jusqu’à la fin ; et il lui administra, lui qui parle, sur l’ordre des juges, les sacrements de pénitence et d’eucharistie.

224Sur le vingt-cinquième article déclare que l’article contient la vérité, car il a vu et entendu ce contenu ; et le bourreau soit exécuteur témoigna, en présence de lui qui parle, qu’elle avait été condamnée à mort d’une manière abusive.

Sur le vingt-sixième article déclare croire qu’il en fut comme l’article l’indique. Et, interrogé, il ajoute que maître Guillaume Erard, dans le sermon qu’il fit au cimetière de Saint-Ouen de Rouen, s’écria en quelque endroit et dit en effet ces paroles : Ô maison de France ! tu as toujours été exempte de monstres jusqu’à présent ; mais maintenant, en adhérant à cette femme, une sorcière, hérétique et superstitieuse, tu t’es déshonorée !

Sur le vingt-septième article déclare que ce qu’il a déposé est vrai et notoire dans cette cité de Rouen et ailleurs.

LAMonseigneur Jean Le Fèvre

Révérend père dans le Christ et seigneur, monseigneur Jean, évêque de Démétriade, de l’ordre de saint Augustin, du couvent de Rouen, professeur de théologie sacrée, juré et entendu le mardi, neuvième dudit mois.

Sur le premier article déclare croire et imagine que les Anglais n’aimaient pas beaucoup Jeanne, et que, si elle avait été du parti de l’Angleterre, ils n’auraient pas fait si grande diligence et n’auraient pas procédé si durement.

Sur le deuxième article déclare s’imaginer qu’ils procédaient contre elle parce qu’ils la craignaient.

Sur le troisième article déclare ne rien savoir de la crainte et des pressions ; mais connaît bien le reste de l’article ; et croit que le procès a été fait à la demande et aux frais des Anglais.

Sur le quatrième article déclare ne rien savoir, sauf ceci : comme on demandait à Jeanne si elle était dans la grâce de Dieu, le témoin présent dit que ce n’était pas une question convenant à une telle femme ; alors l’évêque de Beauvais 225lui répliqua : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.

Sur les cinquième et sixième articles déclare s’en rapporter aux notaires.

Sur le septième article déclare ne pas avoir été présent à tous les interrogatoires ; mais, tant qu’il y fut, il ne vit pas qu’elle ait eu un conseil, ni qu’elle en ait demandé un.

Sur le huitième déclare que Jeanne était en prison au château de Rouen. Pour le reste de l’article ne sait rien.

Sur le neuvième article déclare que Jeanne avait l’âge indiqué, et qu’elle répondait très sagement aux interrogations, mises à part les révélations, à tel point que pendant trois semaines il la crut inspirée.

Sur le dixième article ne sait rien.

Sur le onzième déclare qu’on enquêtait très profondément sur quelques points, et qu’elle s’en tirait avec compétence ; et parfois on interrompait l’interrogatoire, passant d’une question à une autre, pour voir si elle modifierait ses propos.

Sur le douzième déclare qu’on faisait de longues séances d’enquête, qui duraient habituellement deux ou trois heures, à tel point que les docteurs présents en étaient très fatigués ; mais était-ce pour la fin indiquée, il l’ignore.

Sur le treizième déclare ne pas se souvenir que Jeanne ait prononcé les mots contenus dans l’article ; mais il se rappelle bien qu’elle dit ne rien vouloir dire ou faire qui fût contre Dieu.

Sur le quatorzième n’a pas de souvenirs ; mais il entendit dire comme immédiatement ci-dessus.

Sur les quinzième et seizième ne sait pas et n’entendit jamais qu’elle eût refusé de se soumettre à l’Église ; du moins ne se souvient pas.

Sur le dix-septième article ne se souvient pas.

Sur le dix-huitième article ne sait rien de la traduction, et ne se souvient pas si le procès fut reçu en latin ou en français.

Sur le dix-neuvième déclare ne pas avoir constaté de pression ; et ne sait rien d’autre.

Sur le vingtième s’en rapporte aux notaires.

226Sur le vingt et unième s’en rapporte aux juges.

Sur le vingt-deuxième article déclare avoir dit dans sa déposition ci-dessus tout ce qu’il en sait, et pour la nullité de la sentence s’en rapporte au droit.

Sur le vingt-troisième article déclare qu’à partir du premier sermon, fait à Saint-Ouen, il ne fut pas appelé au procès.

Sur le vingt-quatrième déclare qu’il fut présent au dernier sermon, au cours duquel elle demanda à tous les prêtres que chacun d’eux célébrât une messe pour elle ; mais ce qui s’ensuivit, il ne le vit pas, car il s’en alla.

Sur le vingt-cinquième déclare qu’elle eut une fin très catholique, et qu’elle émut aux larmes les juges et plusieurs autres par très grande pitié.

Sur le vingt-sixième déclare comme ci-dessus, quant à la crainte et la haine ; mais si on désirait déshonorer le roi de France, il l’ignore ; estime cependant qu’en général on ne l’aimait pas.

Sur le vingt-septième article déclare que ce qu’il a dit était de renommée et voix publiques.

LAMessire Thomas Marie

Vénérable et religieuse personne dom Thomas Marie, prêtre, bachelier en théologie, prieur du prieuré de Saint-Michel près de Rouen, de l’ordre de saint Benoît, âgé de soixante-deux ans ou environ, témoin produit, reçu, juré et entendu ledit jour.

Sur le premier article déclare que l’article lui paraît véridique.

Sur le deuxième déclare qu’en raison des faits surprenants de Jeanne pendant la guerre, et parce que les Anglais sont généralement superstitieux, ils estimaient qu’elle avait quelque chose de funeste ; aussi, à ce que croit le témoin, ils cherchaient sa mort dans toutes les délibérations et autrement. Interrogé comment il sait que les Anglais sont superstitieux déclare qu’ainsi le tient la commune renommée et c’est un proverbe courant.

227Sur le troisième article déclare que Jeanne fut conduite dans cette cité de Rouen et incarcérée au château de Rouen, et qu’on lui fit un procès en matière de foi à la requête et aux propres frais, à ce qu il croit, des Anglais. Sur la peur et les pressions déclare que certains intervinrent au procès par crainte, d’autres par partialité.

De même requis sur le quatrième article, déclare ne pas croire le contenu de l’article, surtout quant à la crainte et aux menaces, mais croire plutôt à la partialité, surtout parce que certains, comme il le croit et l’entendit dire, reçurent des présents. Déclare cependant que maître Nicolas de Houppeville fut à cette occasion incarcéré et expulsé du procès, parce qu’il avait parlé avec aigreur de la cause de Jeanne à l’évêque de Beauvais.

Sur le cinquième article déclare croire que les notaires ont écrit avec véracité et fidèlement, quoique peut-être, à ce qu’il comprit, ils aient parfois été sollicités d’écrire autrement.

Sur le sixième article déclare croire comme immédiatement ci-dessus.

Sur le septième article déclare avoir entendu dire qu’on lui offrit un conseiller ; mais non pas que quelqu’un avait été en danger de mort ou autre pour lui avoir donné un avis.

Sur le huitième déclare avoir entendu d’un serrurier qu’il avait fait une cage de fer pour y tenir Jeanne enfermée. Interrogé si elle fut placée dans cette cage, déclare croire que oui. Ne sait rien des gardiens.

Sur le neuvième déclare qu’elle était âgée de dix-huit ans, au jugement de lui qui parle. Quant à sa simplicité et son ignorance, déclare avoir entendu de quelqu’un qui avait été au procès, et d’autres, qu’elle répondait avec autant de sagesse aux questions que l’aurait fait un excellent clerc.

Sur le dixième article déclare ne rien savoir ; il entendit cependant qu’après la première prédication, alors qu’elle était de nouveau placée dans la prison du château, on lui fit tant de vexations pour l’accabler, qu’elle avoua préférer mourir plutôt que rester davantage avec les Anglais.

Sur le onzième article déclare avoir entendu ce qui est 228contenu dans l’article, bien qu’absent au procès ; et croit que les interrogateurs cherchaient la fin qui est indiquée.

Sur le douzième article déclare croire qu’ils lui faisaient tout le mal qu’ils pouvaient.

Sur le treizième article déclare avoir entendu de beaucoup ce qui est contenu dans l’article ; et ne sait rien d’autre.

Sur le quatorzième déclare comme immédiatement ci-dessus.

Sur les quinzième et seizième articles déclare ne rien savoir.

Sur le dix-septième article déclare ne rien savoir.

Sur les dix-huitième et vingtième déclare ne rien savoir.

Sur le dix-neuvième déclare que, où il n’y a pas libre arbitre, ni procès ni sentence ne valent ; mais pour savoir si dans ce procès les juges et les assesseurs furent libres, il ne peut rien dire d’autre que sa déposition ci-dessus.

Sur le vingt et unième article déclare s’en rapporter au droit.

Sur le vingt-deuxième déclare ne rien savoir, car il ne fut pas présent au procès.

Sur le vingt-troisième déclare bien croire, et telle était la renommée publique, que Jeanne était bonne catholique et qu’elle fut brûlée. Ne vit pas le reste de l’article.

Sur le vingt-quatrième article déclare ne rien savoir.

Sur le vingt-cinquième déclare avoir entendu ce qui est contenu dans l’article et croit qu’il en fut ainsi ; et il entendit de beaucoup qu’on vit le nom Jhesus écrit dans la flamme du feu qui la consumait.

Sur le vingt-sixième déclare bien croire que si les Anglais avaient eu une telle femme, ils l’auraient fort honorée et ne l’auraient pas traitée ainsi.

Sur le vingt-septième article déclare que ce qu’il a déposé est vrai et notoire dans cette cité de Rouen.

LAMessire Jean Riquier

Dom Jean Riquier, prêtre, curé de l’église paroissiale de Heudicourt, âgé de quarante ans ou environ, juré et entendu ledit jour de mardi, neuvième de mai.

229Sur le premier article croit que l’article contient la vérité.

Sur le deuxième déclare croire de même que l’article est vrai dans la forme ; il ajoute qu’on disait communément que les Anglais n’auraient pas osé mettre le siège devant Louviers avant sa mort.

Sur le troisième article déclare qu’elle fut conduite en cette cité de Rouen, placée dans la prison du château de Rouen, et on engagea un procès contre elle ; il croit que ce procès fut fait à la demande et aux frais des Anglais ; mais ne sait rien de la crainte et des pressions.

Sur le quatrième article déclare être de renommée publique que beaucoup de ceux qui faisaient le procès se seraient volontiers abstenus ; et ils assistaient au procès plus par peur qu’autrement ; et ainsi le croit.

Sur les cinquième et sixième articles ne sait rien, car il ne fut pas présent au procès.

Sur le septième article déclare ne pas se souvenir qu’ait été fait ce qui est contenu dans l’article.

Sur le huitième article déclare ne pas avoir vu Jeanne en prison ; mais on disait que personne n’osait lui parler, qu’elle était enchaînée, et que les Anglais la gardaient.

Sur le neuvième article déclare avoir entendu dire qu’elle répondait avec sagesse ; à tel point que si certains des docteurs avaient été ainsi interrogés, ils auraient pu difficilement répondre aussi bien.

Sur le dixième article déclare ne pas se souvenir d’avoir entendu le contenu de l’article, et ne sait rien.

Sur le onzième déclare qu’il ne fut pas présent au procès ; mais il entendit par la voix publique qu’on lui posait des questions très difficiles, et que, quand elle ne savait répondre, elle demandait un délai jusqu’au lendemain.

Sur le douzième déclare que le procès fut très long ; aussi, comme il l’entendit dire par certains, ceux qui faisaient le procès furent invectivés par les Anglais, parce qu’ils ne terminaient pas l’affaire assez vite.

Sur les treizième et quatorzième articles déclare que d’après la commune renommée Jeanne avait affirmé et déclaré ce qui est contenu dans les articles.

230Sur les quinzième et seizième articles déclare ne rien savoir de leur contenu.

Sur le dix-septième ne sait rien.

Sur les dix-huitième et vingtième s’en rapporte aux notaires et au procès.

Sur le dix-neuvième, déclare en conscience que la plupart de ceux qui agissaient dans le procès, s’ils avaient été libres et n’avaient pas craint la colère des Anglais, n’auraient pas ainsi procédé.

Sur les vingt et unième et vingt-deuxième ne sait rien.

Sur le vingt-troisième déclare qu’à son avis, d’après la fin de ladite Jeanne, elle était fidèle catholique ; il apprit qu’elle demanda à recevoir le corps du Christ, et croit qu’on le lui donna ; et sait qu’elle fut brûlée.

Sur le vingt-quatrième article déclare qu’après la dernière prédication elle fut abandonnée par les ecclésiastiques, et aussitôt il vit que les soldats et hommes d’armes anglais la saisirent et la conduisirent directement au lieu du supplice ; il ne vit pas qu’une sentence eût été portée par un juge séculier.

Sur le vingt-cinquième article déclare qu’il contient la vérité, comme il l’a vu et entendu. De même déclare, lui qui parle, avoir entendu que maître Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, présent lors de l’exécution de Jeanne, pleurant beaucoup, dit en présence du témoin et d’autres étant à proximité : Je voudrais que mon âme fût où je crois être l’âme de cette femme.

Sur le vingt-sixième, à propos des pressions, a déposé ci-dessus, et croit que les Anglais procédèrent pour les causes et pour les fins contenus dans l’article.

Sur le vingt-septième article déclare que c’était, et c’est, la renommée dans cette cité de Rouen pour tout ce qu’il a déposé ci-dessus.

LAMaître Jean Fave

Prudente personne, maître Jean Fave, maître ès arts et licencié ès lois, demeurant à Rouen, maître des requêtes de 231notre sire le roi, âgé de quarante-cinq ans ou environ, juré et entendu ce jour.

Sur le premier article déclare croire et penser que l’article est vrai.

Sur le deuxième article, déclare avoir assez compris que les Anglais craignaient cette Jeanne et, à ce qu’il entendit, avaient très peur qu’elle ne s’évadât.

Sur le troisième article déclare savoir qu’elle fut conduite en cette cité de Rouen et détenue en prison au château de Rouen ; selon la renommée publique on procéda contre elle en matière de foi ; et les Anglais, comme il l’entendit dire et comme il le croit, s’occupèrent du procès et payèrent les salaires des docteurs et autres appelés au procès. Quant à la crainte et aux pressions, déclare qu’après la première prédication, comme on la reconduisait en prison au château de Rouen, des valets se moquaient de Jeanne, avec la permission des Anglais, leurs maîtres ; et les principaux des Anglais étaient fort indignés contre l’évêque de Beauvais, les docteurs et les autres assesseurs du procès, parce qu’elle n’avait pas été confondue, condamnée et livrée au supplice. Il entendit dire que certains Anglais, ainsi irrités contre l’évêque et les docteurs qui revenaient du château, levèrent leur épée pour les frapper, sans toutefois le faire, disant que le roi avait mal dépensé son argent avec eux. Dit en outre avoir entendu de certaines personnes que le comte de Warwick, après la première prédication, s’était plaint desdits évêque et docteurs, en disant que le roi était mal servi, parce que Jeanne s’en tirait ainsi ; sur ce l’un des docteurs répondit : Seigneur, ne vous faites pas de soucis ; nous la rattraperons bien.

Sur le quatrième article dit ne rien savoir.

Sur le cinquième déclare avoir entendu dire que les Anglais avaient été mécontents de maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, et le tinrent comme suspect et favorable à Jeanne, parce qu’il ne venait pas volontiers et ne se conduisait pas à leur gré.

Sur les sixième et septième articles ne sait rien.

232Sur le huitième déclare croire que l’article est vrai ; et il entendit dire qu’on changeait souvent les gardes de Jeanne.

Sur les neuvième, dixième, onzième, douzième, treizième, quatorzième, quinzième, seizième, dix-septième, dix-huitième, dix-neuvième, vingtième, vingt et unième et vingt-deuxième articles, ne sait rien.

Sur le vingt-troisième, déclare croire que Jeanne était simple, bonne et fidèle catholique ; il la vit abandonnée par l’Église, et enfin conduite par le bourreau et d’autres au lieu du supplice pour être brûlée.

Sur le vingt-quatrième article déclare n’avoir pas appris qu’il y ait eu quelque sentence ou condamnation portée par le juge séculier ; mais elle fut conduite directement au supplice.

Sur le vingt-cinquième déclare avoir vu presque tous ceux de ce pays pleurer et se lamenter ; et lui qui parle entendit de la bouche même de Jeanne qu’elle invoquait le nom de Jésus dans les flammes.

Sur le vingt-sixième croit l’article vrai dans la forme.

Sur le dernier croit vrai et notoire tout ce qu’il a dit dans sa déposition.

Collation faite par nous, notaires désignés plus haut, qui avons mis fidèlement par écrit les dépositions et attestations des témoins, avec apposition de nos seings manuels en garantie et témoignage de toutes et chacune des choses ci-dessus. L’an du Seigneur 1452, le mercredi, dixième jour du mois de mai.

Ainsi signé : Compaing et Dauvergne.

Notes

  1. [10]

    Formule comme à la page 170.

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