Tomes III-IV (FR) : Chapitre 5 (5)
92LADépositions des témoins à Rouen.
L’an du Seigneur mille quatre cent cinquante-six, indiction quatrième, les mois et jours mentionnés ci-dessous, dans la cité de Rouen, devant les seigneurs archevêque de Rouen et Guillaume, évêque de Paris, et devant frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée, l’un des inquisiteurs de la perversité hérétique au royaume de France, furent produits, reçus, jurés et interrogés les témoins dont les noms et prénoms suivent, à la demande d’honnêtes personnes Isabelle d’Arc, le sire Pierre d’Arc, chevalier, Jean d’Arc, son frère, et de maître Simon Chapitault, maître ès arts et licencié en droit canonique, promoteur en cette cause, tous agissant contre révérend père dans le Christ et seigneur, le sire évêque de Beauvais, et contre le sous-inquisiteur de la perversité hérétique au diocèse de Beauvais et le promoteur des causes criminelles de la cour de Beauvais :
LAFrère Pierre Miget.
Et d’abord frère Pierre Miget, professeur de théologie sacrée, prieur du prieuré de Longueville-Giffard au diocèse de Rouen, de l’ordre de Cluny, âgé de soixante-dix ans, déjà entendu comme témoin à comparoir le seize décembre de l’année mille quatre cent cinquante-cinq, et ensuite rappelé le douze mai suivant, témoin reçu, produit et interrogé,
Et d’abord sur le contenu des deuxième, troisième et quatrième articles présentés de la part des plaignants, interrogé sur le père et la mère de Jeanne, ne sait rien dire en déposition ou témoignage, ni sur cette Jeanne, sauf depuis le moment où elle fut amenée à Rouen, ville où il la vit plusieurs fois pendant le procès mené contre elle. Il lui semble qu’elle répondait à ceux qui l’interrogeaient en catholique et avec prudence, sur les questions en matière de foi, attendu son âge et son état, bien qu’à son avis elle persistât trop dans les visions qu’elle prétendait avoir eues ; elle lui parut très simple et, si elle avait été en liberté, il croit qu’elle aurait 93été aussi bonne catholique qu’une autre. Il entendit dire qu’elle avait, à sa demande, reçu le Corps du Christ. Il sait aussi que, le jour où elle fut livrée à la justice séculière, elle se prit à crier et à se lamenter, en invoquant le nom de Dieu ; et elle se comportait de telle manière que plusieurs en étaient fort tristes. Le témoin ne put la voir et même s’en alla, mû par la pitié jusqu’aux larmes, comme beaucoup d’autres, et spécialement le seigneur évêque de Thérouanne, qui mourut cardinal.
Interrogé ensuite sur le contenu des cinquième et sixième articles et ce qu’il sait, déclare pour le cinquième qu’il fut présent lors du déroulement du procès fait à Jeanne, au moins lors de la plus grande partie et dans les délibérations, où il entendit qu’on faisait mention de certaines informations ; il ne vit cependant pas celles-ci, ni ne les entendit lire.
Quant au sixième article déclare croire, autant qu’il put s’en rendre compte par les faits qui suivirent, que les Anglais poursuivaient cette Jeanne d’une haine mortelle, la haïssaient et désiraient sa mort par tous les moyens, car elle était venue en aide au roi de France très chrétien. Et, comme il l’entendit d’un certain chevalier anglais, les Anglais la craignaient plus que cent hommes d’armes ; ils prétendaient qu’elle se servait de sortilèges, la craignant à cause des victoires obtenues grâce à elle. Ils décidèrent d’intenter un procès contre elle, et les juges, à son avis, le commencèrent poussés et pressés par les Anglais ; ceux-ci en effet la tinrent toujours dans leur garde et leur prison, et ne permirent pas qu’elle fût détenue dans une prison ecclésiastique.
Le témoin ajoute que, après le premier sermon fait à Saint-Ouen, Jeanne avait été exhortée à se rétracter, mais elle avait différé ; un ecclésiastique dit alors à maître Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, qu’il en était responsable. L’évêque lui répondit : Vous mentez ! Moi je dois, par mon état, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Et le témoin lui-même fut dénoncé au seigneur cardinal d’Angleterre comme responsable de la conduite de Jeanne ; de quoi le témoin se justifia devant le seigneur cardinal, 94craignant que son corps fût en danger. Et il croit que personne n’aurait osé aider ou défendre Jeanne, à moins d’y être autorisé. Croit aussi que certains des juges ne furent pas entièrement libres, et que d’autres cependant furent volontaires ; il lui semble, attendu la haine des Anglais contre elle, qu’on peut à bon droit déclarer le procès injuste, et par conséquent la sentence injuste ; il lui semble aussi que par ce procès on tendait à montrer l’infamie du roi de France.
Sur le contenu du septième article ne sait rien, en dehors de la déposition faite ci-dessus.
Sur le contenu du neuvième article, et concernant l’âge de Jeanne, déclare croire qu’elle avait vingt ans. Et elle était assez simple pour croire que les Anglais devraient la libérer moyennant rançon, et qu’ils ne s’efforçaient pas de la faire mourir. Sur la prison déclare que les Anglais la détinrent dans une prison privée, soit laïque, attachée par des chaînes, et personne ne lui parlait ; au contraire elle était gardée par quelques Anglais, qui ne permettaient à personne de lui parler. Ne sait cependant si elle fut dans des entraves de fer.
Sur le contenu du dixième ne sait rien.
Sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles, ne sait rien de plus que dans sa déposition ci-dessus.
Sur le contenu du quinzième déclare bien se rappeler que Jeanne a plusieurs fois déclaré s’en remettre à notre seigneur le pape pour ses paroles et ses actions. Sur le contenu du dix-septième article déclare avoir entendu plusieurs fois dans le procès, au cours des interrogatoires, Jeanne affirmer et attester qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique, et, si dans ses paroles et ses actes il y avait chose déviant de la foi, elle voulait s’en séparer ; elle proclama plusieurs fois expressément qu’elle soumettait tous ses dits et ses faits au jugement de l’Église et de notre seigneur le pape.
Sur le contenu des vingtième et vingt et unième articles, les autres étant omis, il s’en rapporte aux déclarations de Jeanne et aux articles fabriqués, comme on peut le constater.
95Sur le contenu du vingt-deuxième article déclare avoir entendu dire que, au cours du procès, il y avait des gens cachés derrière les courtines, pour, disait-on, écrire certaines choses sur les paroles et déclarations de Jeanne ; mais ce qu’il en fut, il n’en sait rien ; et il entendit cela de maître Guillaume Manchon, notaire de ce procès avec deux autres. Le témoin s’en est même plaint aux juges, en disant que cela ne lui paraissait pas une bonne manière de procéder. Quoi qu’il en soit de ces notaires cachés, il croit véritablement que les notaires qui signèrent le procès furent fidèles, et qu’ils rédigèrent fidèlement ce qui s’est passé au cours du procès.
Sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles déclare vrai que furent prononcées contre elle deux sentences, comme il est mentionné dans le procès, et qu’ensuite elle fut livrée à la justice séculière. Il ignore si quelque sentence fut prononcée par la justice séculière ; mais, aussitôt prononcée la sentence par l’évêque, Jeanne fut abandonnée par lui, saisie par les hommes d’armes anglais et conduite au supplice avec grande rage. Quant au fait de l’abjuration, mentionnée dans un article, déclare que Jeanne la prononça ; elle était rédigée par écrit ; et cela dura tout autant, ou à peu près, qu’un Notre Père
.
Sur le contenu du vingt-sixième article sait seulement ce qu’il a entendu dire, à savoir qu’un homme alla de nuit la voir, en tenue de prisonnier, et feignant d’être un prisonnier du parti du roi de France, pour persuader Jeanne de persister dans ses déclarations, et alors les Anglais n’oseraient pas lui faire de mal ; comme il l’apprit de Guillaume Manchon, l’un des notaires, ce fut un certain maître Jean [sic] Loyselleur qui feignit être le prisonnier. Ne sait rien sur les habits d’homme qui furent apportés, dont il est fait mention dans l’article ; il ne lui paraît pas que, pour avoir porté un vêtement d’homme, elle dût être jugée hérétique ; au contraire il lui paraît que celui qui, pour cette seule raison, l’aurait jugée hérétique, devrait être puni de la peine du talion.
96Sur le contenu du vingt-septième article ne sait rien.
Sur le contenu des vingt-huitième, vingt-neuvième, trentième, trente et unième, trente-deuxième et trente-troisième articles, outre sa déposition, déclare que beaucoup de ceux présents au procès étaient fort irrités, jugeant l’exécution très rigoureuse et mauvaise ; et c’était la voix publique que le jugement était mauvais.
Le témoin dit en outre qu’autrefois, dans un vieux livre, où on racontait la prophétie de Merlin, il trouva écrit qu’une certaine pucelle devait venir d’un certain Bois Chenu, de la région lorraine.
Sur tous et chacun de ces articles, à lui lus et exposés, sur leur contenu, le témoin ne sait rien d’autre en dehors de sa déposition ci-dessus.
LAMaître Guillaume Manchon.
Maître Guillaume Manchon, prêtre, notaire de la cour archiépiscopale de Rouen et curé de l’église paroissiale Saint-Nicolas de Rouen, âgé d’environ soixante ans, auparavant, à ce qu’il dit, le dix-septième jour de décembre, l’an du Seigneur mille quatre cent cinquante-cinq, cité comme témoin futur et malade par les seigneurs archevêque de Reims et évêque de Paris, et par frère Jean Bréhal, à la demande du procureur des plaignants, et ensuite, le mercredi douzième jour du mois de mai, témoin présenté, reçu et entendu,
Et d’abord sur le contenu des deuxième, troisième et quatrième articles déclare n’avoir eu nulle connaissance des père et mère et des parents de Jeanne. Quant à Jeanne, il l’a connue seulement lorsqu’elle fut conduite dans la ville de Rouen ; on disait qu’elle avait été prise dans le diocèse de Beauvais ; pour cette raison le seigneur Pierre Cauchon, alors évêque de Beauvais, prétendait être son juge, et il s’employa de toutes ses forces à ce qu’elle lui fût rendue, en écrivant au roi d’Angleterre et au duc de Bourgogne, et finalement il l’obtint. Ce fut cependant moyennant la somme de mille livres ou écus et trois cent livres de rente annuelle, 97que le roi d’Angleterre donna à un homme d’armes du duc de Bourgogne, qui avait pris Jeanne. Ensuite fut commencé le procès en matière de foi contre Jeanne, et dans la conduite de ce procès le témoin fut pris comme notaire, avec un certain Guillaume Boisguillaume ; ainsi fit-il la connaissance de Jeanne. Celle-ci, lui semblait-il, était très simple, bien qu’elle répondît parfois avec beaucoup de prudence, et parfois avec assez de simplicité, comme on peut le voir dans le procès. Il croit que dans une cause si difficile elle n’aurait pas été d’elle-même capable de se défendre contre tant de docteurs, si elle n’avait été inspirée.
Le procès, obtenu de lui en vertu d’un compulsoire, lui étant présenté, le témoin affirma que c’était le vrai procès, rédigé lors de la poursuite de la cause ; il reconnut que, signé par lui et ses collègues il contenait la vérité, qu’il l’avait rédigé ainsi que deux autres exemplaires, dont l’un fut donné au seigneur inquisiteur, un autre au roi d’Angleterre et un autre au seigneur évêque de Beauvais. Ces procès furent rédigés d’après une minute en français, minute même qu’il dit avoir remis aux seigneurs juges, et qui était écrite de sa propre main. Ce procès fut ensuite traduit du français en latin par maître Thomas de Courcelles et le témoin, dans la forme où il se trouve actuellement, le mieux possible, en suivant la vérité, longtemps après la mort et l’exécution de Jeanne. Le témoin dit aussi que ce maître Thomas ne fit presque rien en ce procès, à propos du libelle et du reste, ni n’intervint beaucoup.
Le témoin, interrogé sur le procès fait en français, qu’on lui a montré, et dans lequel se trouvent au début de quelques articles plusieurs Nota, sur le sens de ces Nota répond ce qui suit : au cours des premiers interrogatoires de Jeanne, et le premier jour, dans la chapelle du château de Rouen, il y eut un grand tumulte, et Jeanne était interrompue presque à chaque mot, quand elle parlait de ses apparitions ; il y avait là en effet quelques secrétaires du roi d’Angleterre, deux ou trois, qui enregistraient à leur guise les paroles et les dépositions de Jeanne, omettant ses motifs d’excuse et 98ce qui valait pour sa décharge. Le témoin s’en plaignait alors, disant que, si l’on n’y mettait ordre, il ne conserverait plus la charge de rédiger en cette affaire ; pour cette raison le lendemain on changea de lieu, et on se réunit dans une salle du château proche de la grande salle ; et il y avait deux Anglais pour garder l’entrée. Et parfois, parce qu’il y avait une difficulté à propos des réponses de Jeanne et de ses paroles, et parce que certains disaient qu’elle n’avait pas répondu comme le témoin l’avait écrit, où il lui paraissait avoir difficulté le témoin mettait ces Nota, au début.
Si cette Jeanne a vécu en catholique, le témoin l’ignore, sauf que souvent, pendant le procès, il l’entendit demander d’entendre la messe, à savoir aux dimanches des Rameaux et de Pâques, demandant aussi le jour de Pâques à se confesser et à recevoir le Corps du Seigneur ; et cependant on ne lui permit pas de se confesser, si ce n’est à un certain maître Nicolas Loyselleur, et elle se plaignait beaucoup de ce refus.
Sur le contenu des cinquième et sixième articles déclare que les juges prétendaient, comme cela est contenu dans le procès, avoir fait faire des informations ; mais il ne se rappelle pas les avoir vues ou lues, et sait seulement que, si elles avaient été produites, il les aurait insérées dans le procès. Quant à savoir si les juges procédaient par haine ou autrement, il s’en rapporte à leur conscience. Il sait cependant et croit fermement que, s’il avait été du parti des Anglais, il n’aurait pas traité Jeanne ainsi, et n’aurait pas engagé un tel procès contre elle. En effet elle fut conduite en la ville de Rouen, et non à Paris, parce que, croit-il, le roi d’Angleterre était dans cette ville de Rouen, avec les principaux de son conseil ; et elle fut placée dans la prison du château de Rouen. Et le témoin fut forcé de participer à cette affaire comme notaire, et il le fit contre son gré, car il n’osait aller contre un ordre des seigneurs du conseil du roi. C’étaient les Anglais qui poursuivaient ce procès, et il fut mené à leurs frais. Il croit cependant que l’évêque de Beauvais ne fut pas contraint de mener ce procès contre Jeanne, ni le promoteur ; 99mais tous deux le firent volontairement. Au sujet des assesseurs et autres conseillers, il croit qu’ils n’auraient pas osé refuser de venir, et il n’y en avait aucun qui n’eût peur ; car au début du procès il y eut une réunion dans une maison, près du château, où se trouvaient le seigneur évêque de Beauvais, l’abbé de Fécamp, maître Nicolas Loyseleur et plusieurs autres, qui convoquèrent le témoin ; et à ce dernier l’évêque déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès contre Jeanne et qu’on désignerait un autre notaire pour l’assister ; on nomma alors Boisguillaume.
Le témoin déclare aussi que plusieurs fois avant le début du procès, et souvent pendant le procès, Jeanne demanda à être conduite dans une prison épiscopale ou ecclésiastique ; cependant sur ce point on ne l’écouta pas, et on ne donna pas satisfaction à sa requête, car, comme dit et croit le témoin, les Anglais ne l’auraient pas livrée et l’évêque n’aurait pas voulu qu’elle fût placée hors du château.
Dit aussi qu’aucun conseiller n’aurait osé parler de cela, car chacun craignait de déplaire à l’évêque et aux Anglais. Au moment du procès en effet vint à Rouen feu maître Jean Lohier ; convoqué par l’évêque, et requis de donner son avis sur le procès de Jeanne, il fit quelques réponses que le témoin ignore, car il n’était pas présent ; mais le lendemain il alla au devant de ce Lohier dans l’église et lui demanda s’il avait vu le procès. Ce Lohier répondit qu’il l’avait vu et qu’il était nul, qu’il ne pouvait être soutenu, car on le faisait dans le château, lieu qui n’était pas sûr pour les juges, les conseillers et les praticiens ; en outre parce que le procès concernait plusieurs personnes qui n’avaient pas été citées ; de même parce qu’il n’y avait pas de [avocat] conseil, et pour plusieurs autres raisons. Finalement ce Lohier dit au témoin qu’il ne resterait pas dans cette cité de Rouen et partirait, et qu’on avait l’intention de faire mourir Jeanne. Il partit donc ; et le témoin est persuadé que, après ce jour, il n’aurait pas osé rester dans la ville et sous la domination des Anglais. Deux jours environ après ces faits, le seigneur évêque, interrogé 100par des docteurs et conseillers demandant s’il avait parlé avec ledit Lohier, répondit affirmativement, ajoutant que Lohier avait voulu placer leur procès en interlocutoire et le combattre, et qu’il ne ferait rien pour lui.
Déclare aussi qu’un certain maître Jean de La Fontaine avait été envoyé pour procéder à des interrogatoires de Jeanne, à la place du seigneur évêque de Beauvais ; pour cette raison, dans la semaine sainte, avec deux religieux de l’ordre des frères prêcheurs, à savoir Isambert de La Pierre et Martin Ladvenu, il était allé voir Jeanne, et voulut l’inciter à se soumettre à l’Église ; cela étant venu à la connaissance du sire de Warwick et du seigneur évêque de Beauvais, ils en furent mécontents, et, de crainte, ledit La Fontaine quitta cette cité et n’y revint plus ; et deux autres frères furent aussi en grand danger.
Déclare aussi qu’un certain maître Nicolas de Houppeville fut sommé de participer au procès, et, pour s’être récusé, il fut en grand danger. Ajoute que maître Jean Le Maistre, sous-inquisiteur, évita, autant qu’il put, d’y participer, car cela lui déplaisait beaucoup.
Déclare aussi qu’une fois maître Jean de Châtillon, pendant des interrogatoires de Jeanne, comme il la favorisait en quelque sorte, en disant que peut-être elle n’était pas tenue de répondre, ou en tenant d’autres propos dont il ne se souvient pas, cela ne plut pas au seigneur évêque de Beauvais et à quelques partisans ; à ces paroles il y eut grand tumulte et l’évêque dit alors à ce Châtillon de se taire et de laisser parler les juges.
Déclare aussi bien se souvenir qu’à un autre, qui parlait à Jeanne et essayait de la diriger et de l’avertir au sujet de sa soumission à l’Église, dans une session, l’évêque dit : Taisez-vous au nom du diable !
Ne se rappelle cependant pas le nom de celui qui était en cause.
Déclare aussi qu’une fois un homme, dont le nom lui échappe, dit sur Jeanne chose qui déplut au sire de Stafford ; ce dernier poursuivit alors celui qui avait parlé avec l’épée dégainée, jusqu’à un certain lieu d’immunité, et il l’aurait 101frappé, si on ne lui avait dit que l’homme était dans un lieu sacré et d’immunité.
Déclare aussi, interrogé sur ce, que ceux qui lui paraissaient d’esprit partisan étaient Beaupère, Midi et de Touraine.
Interrogé sur ce qu’il pourrait dire en déposition à propos des septième et huitième articles déclare ne rien savoir en dehors de sa déposition ci-dessus.
De même interrogé sur le contenu du neuvième article, répond savoir à ce sujet qu’une fois l’évêque de Beauvais, le comte de Warwick et lui, témoin, entrèrent dans la prison où était Jeanne, et là ils la trouvèrent dans des entraves de fer ; il entendit dire que la nuit elle avait le corps attaché par une chaîne de fer, mais il ne l’a pas vue ainsi attachée. Il n’y avait dans cette prison ni lit, ni rien pour coucher. Mais il y avait là quatre ou cinq gardiens, hommes de peu.
De même interrogé sur le contenu du dixième article, répond ne rien savoir.
Sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles déclare que, après la nomination du témoin et de Boisguillaume comme notaires pour faire dresser le procès de Jeanne, le sire de Warwick, l’évêque de Beauvais et maître Nicolas Loyseleur dirent au témoin et au notaire associé ce qui suit : Jeanne parlant admirablement de ses apparitions, ils décidèrent, pour savoir plus pleinement d’elle la vérité, que maître Nicolas ferait semblant d’être de la région lorraine, comme Jeanne, et dans l’obéissance du roi de France ; il entrerait dans la prison en habit court [laïc], les gardes se retireraient, et Jeanne et lui resteraient seuls dans la prison. Dans une pièce contiguë au cachot il y avait une ouverture faite spécialement, et on ordonna au témoin et à son associé de s’y mettre, pour écouter ce que dirait Jeanne ; là se trouvaient aussi l’évêque et le comte, et ils ne pouvaient être vus de Jeanne. Loyseleur commença alors d’interroger Jeanne, faisant semblant de donner quelques nouvelles sur l’état du royaume et sur ses révélations ; Jeanne lui répondait, croyant qu’il était de son pays et dans l’obéissance au roi de France. Mais comme l’évêque et le comte 102avaient dit au témoin et à son associé d’enregistrer ses réponses, le témoin répondit qu’il ne devait pas le faire, et que ce n’était pas honnête de commencer ainsi le procès ; cependant, si elle disait les mêmes choses dans les formes de justice, ils l’enregistreraient de plein gré. Ajoute qu’ensuite Jeanne eut toujours grande confiance en ce Loyseleur, si bien qu’il l’entendit plusieurs fois en confession après ces tromperies, et généralement on ne menait Jeanne en justice sans qu’elle eût parlé auparavant avec ce Loyseleur.
Déclare aussi que pendant le procès elle fut fatiguée par des questions nombreuses et diverses ; presque chaque jour il y avait un interrogatoire le matin, qui se poursuivait pendant trois ou quatre heures environ ; et parfois sur les dépositions de Jeanne ils choisissaient quelques questions difficiles et subtiles pour l’interroger à nouveau après le repas, pendant deux ou trois heures. Fréquemment on passait d’une question à une autre, en changeant de sujet ; et, malgré ces changements, elle répondait avec sagacité et en conservait la plus grande mémoire, car elle disait très souvent : Moi je vous ai répondu autrement sur cela
, en ajoutant : Moi je m’en rapporte au clerc
, c’est-à-dire au témoin qui parle.
Sur le contenu des quinzième, seizième et dix-septième articles ne sait rien et s’en rapporte à son procès.
Sur le contenu des vingtième et vingt et unième articles le témoin fut autrefois interrogé. Comment le promoteur constitué en la cause, ayant remis soixante-dix-sept articles contre Jeanne, ceux-ci furent-ils à la fin du procès réduits seulement à douze articles ? Qui a fait ces derniers articles ? Pourquoi les articles du promoteur ne furent-ils pas insérés dans l’instrument de sentence, comme le fut sa demande ? Et pourquoi furent insérés ces douze articles, attendu la différence existant entre ceux-ci et ceux-là ? Sur ces points le témoin fait la déposition suivante. Longtemps avant la rédaction des articles contenus dans le procès, Jeanne avait été interrogée plusieurs fois et avait fait plusieurs réponses. D’après ces questions et réponses furent rédigés, sur le conseil des assistants, les articles que remit le promoteur, pour que 103les points épars fussent repris en ordre. Ensuite, sur tous Jeanne fut interrogée, mais il fut décidé par les conseillers, et surtout par ceux qui étaient venus de Paris, que, suivant l’habitude, de tous les articles et réponses il convenait de faire quelques petits articles et de recueillir les principaux points, pour reprendre brièvement la matière, afin d’avoir des délibérations meilleures et plus rapides. Pour cette raison furent rédigés ces douze articles ; mais le témoin s’y employa très peu, et il ne sait qui a composé ou extrait ces articles.
De même interrogé pour savoir comment il a pu se faire qu’une si grande quantité d’articles et de réponses fussent réduits à douze articles, surtout dans une forme si éloignée des déclarations de Jeanne, et comment des hommes éminents auraient pu vouloir fabriquer de tels articles, il déclare ceci : il croit que dans le procès originaire, rédigé en français, il a inséré ce qui était vrai des interrogatoires, des articles remis par le promoteur et par les juges, et des réponses de Jeanne ; mais pour les douze articles il s’en rapporte à ceux qui les ont fabriqués, qu’il n’aurait pas osé, ni lui, ni son associé, contredire.
Interrogé sur la date où ses douze articles furent présentés, et s’il fît collation de ces articles avec les réponses de Jeanne, pour voir s’il y avait conformité, déclare ne pas en avoir souvenir.
On lut alors et on lui montra ces articles et on reconnut avec évidence une notable différence ; on montra aussi au témoin une petite note écrite de sa main, comme il le reconnaît ; on manda aussi Guillaume Colles, dit Boisguillaume, et Nicolas Taquel, notaires en cette cause, pour reconnaître cette petite note, datée du quatrième jour d’avril, l’an du Seigneur mille quatre cent trente et un ; dans cette petite note en français, insérée au procès, il est dit expressément que ces douze articles n’étaient pas bien rédigés, mais étaient au moins en partie sans rapport avec les déclarations de Jeanne, aussi devaient-ils être corrigés. Il semble que des corrections furent ajoutées et certaines choses enlevées, 104mais cependant les articles ne furent pas corrigés conformément à cette petite note :
Aussi on demanda aux trois notaires pourquoi les articles ne furent pas corrigés et par qui il en fut ainsi décidé, comment on les inséra dans le procès et la sentence sans correction, comment ils furent envoyés à ceux qui en délibéraient, si ce fut avec correction ou sans correction ; ils répondirent, le témoin et les deux autres notaires, que cette petite note fut écrite de la main de Manchon ; mais qui fit ces douze articles, ils n’en savent rien. Déclarent cependant qu’on dit alors que c’était la coutume de faire des articles semblables, de les extraire des déclarations des accusés en matière d’hérésie, comme ont l’habitude de le faire à Paris,en matière de foi, les maîtres et docteurs en théologie. De même ils croient que pour la correction des articles on en décida comme il paraît dans ladite petite note, à eux exhibée et par eux reconnue ; mais ils ignorent si cette correction a été portée sur les articles envoyés aux opinants, tant à Paris qu’ailleurs. Ils croient cependant qu’il n’en fut rien, comme cela paraît évident par une autre petite note écrite de la main de maître Guillaume d’Estivet, promoteur en cette cause, indiquant que les articles furent envoyés le lendemain par ce même Estivet sans correction. Pour le reste s’en rapporte au procès.
De même ce Manchon, à qui on demanda si les articles avaient été fabriqués conformément à la vérité, et s’il y a une grande différence entre eux et les réponses de Jeanne, dit que tout ce qui se trouve dans son procès est vrai. Pour les articles il s’en rapporte à ceux qui les ont fabriqués, car lui ne les a pas faits.
De même comme on lui demande si les délibérations portèrent sur tout le procès, ou sur ces douze articles, il répond croire que les délibérations ne portèrent pas sur tout le procès, celui-ci n’étant pas encore rédigé en forme, car il ne fut rédigé dans sa forme actuelle qu’après la mort de Jeanne ; mais les délibérations portèrent sur ces douze articles.
Interrogé pour savoir si ces douze articles furent lus à Jeanne, répond négativement.
105Interrogé pour savoir s’il a jamais perçu une différence entre ces articles et les déclarations de Jeanne, il dit ne pas se souvenir, car ceux qui exhibaient ces articles prétendaient qu’il était habituel de faire ainsi un choix ; le témoin n’a donc pas fait attention à cela et de plus il n’aurait pas osé reprendre des hommes si importants.
De même après lui avoir montré l’instrument de la sentence, signé de sa main et par d’autres, dans lequel se trouvent insérés ces articles, on lui demande s’il a vraiment signé cela et pourquoi y a-t-il ces douze articles et non la demande du promoteur, répond qu’il a signé cet instrument de même que ses collègues ; pour les énonciations de la sentence il s’en rapporte à l’énoncé des juges ; enfin pour les articles il dit qu’il plut de faire ainsi aux juges et ils le voulurent.
Sur le contenu du vingt-deuxième article il déclare qu’au début du procès, quand Jeanne était interrogée, il y avait quelques notaires cachés dans une fenêtre par des tentures ; avec eux, croit-il, se trouvait caché maître Nicolas Loyseleur, qui regardait ce qu’écrivaient ces notaires ; et ils écrivaient ce qu’ils voulaient, omettant les justifications de Jeanne. Or lui, témoin, était aux pieds des juges, avec Guillaume Colles et le clerc de maître Guillaume Beaupère, et ils écrivaient. Mais dans les écritures il y avait une grande différence, au point qu’il y eut entre eux une forte querelle ; pour cette raison, comme il l’a dit ci-dessus, sur les points où il voyait une différence, il mettait un Nota, afin qu’ensuite Jeanne fût interrogée à nouveau.
Sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième, vingt-cinquième et vingt-sixième articles déclare qu’une fois la procédure achevée, les délibérations furent demandées et collation en fut faite. Puis on décida que Jeanne serait sermonnée ; elle fut conduite à une petite porte, avec comme conseil maître Nicolas Loyseleur, qui l’accompagnait et lui disait : Jeanne, croyez-moi, car si vous le voulez vous serez sauvée. Prenez votre habit [de femme] et faites tout ce qui vous sera ordonné ; sinon vous êtes en danger de mort. Et si vous faites ce que je vous dis, vous serez sauvée ; vous en 106aurez beaucoup de bien, sans aucun mal, et vous serez remise à l’Église.
Elle fut alors conduite sur une estrade ou tribune ; deux sentences avaient été rédigées, l’une d’abjuration et l’autre de condamnation, que l’évêque avait par devers lui. Pendant que l’évêque prononçait la sentence de condamnation et lisait jusqu’à la condamnation, maître Nicolas Loyseleur disait à Jeanne de faire ce qu’il lui avait indiqué et de reprendre l’habit féminin. Il y eut alors une petite interruption, et l’un des Anglais présents dit à l’évêque qu’il était un traître ; l’évêque lui répondit qu’il en mentait. Après cet intermède Jeanne répondit qu’elle était prête à obéir à l’Église ; alors on lui fit prononcer cette abjuration qui lui fut lue ; mais le témoin ignore si elle a répété après le lecteur, ou si après la lecture elle a déclaré qu’elle était d’accord ; cependant elle souriait. Le bourreau était sur place avec une charrette, attendant qu’on la lui donnât à brûler. Le témoin déclare aussi qu’il ne vit pas faire la lettre d’abjuration ; mais elle fut faite après les conclusions des opinants et avant de venir en ce lieu. Il ne se souvient pas que cette cédule d’abjuration ait jamais été expliquée à Jeanne, ni donnée à comprendre, ni lue, avant le moment où elle fit cette abjuration. La première prédication, la sentence et l’abjuration eurent lieu le jeudi après la Pentecôte ; dans cette sentence elle fut condamnée à la prison perpétuelle.
Interrogé sur ce qui a poussé les juges à la condamner à la prison perpétuelle, attendu qu’ils lui avaient promis qu’il ne lui arriverait rien de mal, déclare croire que cela est arrivé à cause de la diversité des obédiences ; et ils craignaient qu’elle ne s’évadât ; mais s’ils ont bien ou mal jugé, le témoin s’en rapporte au droit et à la conscience des juges.
Interrogé ensuite sur le contenu des vingt-sixième et vingt-septième articles, déclare avoir entendu pendant le procès Jeanne se plaindre à l’évêque et au comte de Warwick, lorsqu’on lui demanda pourquoi elle ne mettait pas des vêtements de femme, car il n’était pas décent pour une femme d’avoir une tunique d’homme et des chausses, attachées avec beaucoup de lacets fortement réunis : elle répondit 107qu’elle n’oserait pas enlever ses chausses, ni les garder autrement que fortement attachées, car ils savaient bien, l’évêque et le comte, que ses gardiens avaient essayé plusieurs fois de la violer ; et une fois qu’elle criait, ce comte vint à ses cris à son secours, et, s’il n’était venu, ses gardiens l’auraient violée. De cela elle se plaignait.
Sur le contenu des autres articles, outre ce qu’il a dit dans sa déposition, le témoin déclare ce qui suit. Le dimanche suivant, dans la fête de la Sainte Trinité, il fut avec les autres notaires mandé par l’évêque et le comte de Warwick, pour aller au château de Rouen, parce qu’on disait Jeanne relapse et ayant repris des habits d’homme ; ainsi mandés, ils vinrent au château ; arrivés dans la cour du château, des Anglais qui s’y trouvaient au nombre de cinquante environ, en armes, maltraitèrent le témoin et ses collègues, leur disant qu’ils étaient des traîtres et qu’ils s’étaient mal conduits pendant le procès. Avec grande difficulté et crainte ils purent s’échapper de leurs mains, car ils étaient irrités, croit-il, parce que, après la première prédication et la sentence, Jeanne n’avait pas été brûlée. Le lundi en outre, mandé par l’évêque et le comte, le témoin se rendit au château, où il n’aurait pas osé entrer à cause de la crainte récemment éprouvée par lui et ses collègues, s’il n’avait eu la sauvegarde du comte de Warwick, qui le conduisit jusqu’à la prison ; là il trouva les juges, et quelques autres en petit nombre. En présence du témoin on demanda à Jeanne pourquoi elle avait repris cet habit d’homme. Elle répondit qu’elle l’avait fait pour protéger sa chasteté, car elle n’était pas en sécurité dans ses habits de femme avec ses gardiens qui voulaient attenter à sa pudeur ; elle s’en était plainte plusieurs fois à l’évêque et au comte, et les juges lui avaient promis qu’elle serait aux mains et dans les prisons de l’Église, qu’elle aurait une femme avec elle ; elle avait ajouté que s’il plaisait aux seigneurs juges de la mettre en lieu sûr, où elle n’aurait rien à craindre, alors elle était prête à reprendre un habit féminin, tout ceci, aux dires du témoin, étant contenu dans le procès. Pour les autres choses qu’on prétendait avoir été abjurées par elle, Jeanne 108déclarait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans l’abjuration. Et tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec sa charrette. Le témoin dit en outre qu’ensuite les seigneurs juges délibérèrent avec les conseillers sur ces points, jusqu’à ce que l’évêque prononçât une autre sentence, le mercredi suivant, comme cela est indiqué plus au long dans le procès.
Interrogé pour savoir si le sacrement de l’eucharistie fut administré à Jeanne, répond affirmativement, le matin de ce même jour de mercredi, avant le prononcé de la sentence contre elle.
Interrogé en outre pour savoir comment ils lui accordèrent le sacrement de l’eucharistie, attendu qu’ils l’avaient déclarée excommuniée et hérétique, et s’ils l’avaient absoute selon les formes de l’Église, déclare que les juges et les conseillers délibérèrent, pour savoir si le sacrement de l’eucharistie devait à sa demande lui être donné, et pour l’absoudre au tribunal de la pénitence ; il ne vit pas cependant qu’on lui eût donné une autre absolution.
Déclare en outre qu’après la sentence portée par l’évêque, qui la livra et l’abandonna à la justice séculière, le bailli dit seulement, sans autre forme de procès ou autre sentence : Emmenez ! emmenez !
À ces mots Jeanne fit si pieuses lamentations que presque tous étaient émus aux larmes, et même les juges.
Le témoin dit en avoir été si remué qu’il resta épouvanté pendant un mois. Il sait bien que sa fin et sa mort furent, comme il apparut à tous, très catholiques ; et elle ne voulut jamais rétracter ses révélations, mais persista à leur sujet jusqu’à la fin.
Dit aussi qu’avec l’argent qu’il reçut pour sa peine et son travail, en vaquant à ce procès, il acheta un missel, pour avoir mémoire d’elle et prier Dieu pour elle.
Ne sait rien d’autre ; pour le reste s’en rapporte au contenu du procès et à sa déposition antérieure devant maître Philippe de Rose, trésorier de Rouen, commis et député par le seigneur 109cardinal d’Estouteville, légat en France ; laquelle déposition lui ayant été lue, il y persista entièrement.
LAMaître Jean Massieu.
Maître Jean Massieu, prêtre, curé de l’église paroissiale de Saint-Cande-le-Vieux à Rouen, âgé d’environ cinquante ans, comme le précédent auparavant cité, juré et entendu le dix-septième jour du mois de décembre, et ensuite, le douzième jour du mois de mai, juré de nouveau et entendu sur les articles des demandeurs,
Et d’abord interrogé sur ce qu’il sait, pour déposer et témoigner, à propos des articles désignés ci-dessous, les autres articles étant omis soit en raison de leur longueur, soit du consentement des parties, il dit et déclare sous serment savoir seulement ce qui suit du contenu des deuxième, troisième et quatrième articles des demandeurs et plaignants. Sur les père et mère, les parents, la vie et la conduite de Jeanne, avant le début du procès fait contre elle, il ne saurait rien dire, sinon d’après les réponses de Jeanne, qui fut interrogée là-dessus pendant le procès mené contre elle ; il connut d’ailleurs Jeanne seulement après qu’elle eût été conduite à Rouen et détenue dans la prison du château, pour un certain procès qu’on engagea ensuite contre elle ; dans ce procès le témoin, qui était alors doyen de chrétienté à Rouen, fut exécuteur des mandements portés contre elle. Il avait aussi la charge de convoquer les conseillers, de conduire Jeanne devant ses juges et de la ramener ; il la conduisit plusieurs fois de la prison au tribunal et la ramena ; il exécuta plusieurs mandements contre elle, en la citant en justice ; pour cette raison il avait des relations très familières avec elle. À son avis c’était une fille bonne, simple et pieuse ; car il arriva, une fois qu’il la conduisait devant ses juges, qu’elle demanda au témoin s’il y avait sur son trajet quelque chapelle ou quelque église où fût le Corps du Christ ; et le témoin répondit par l’affirmative, en lui montrant une chapelle située sous le château où était le Corps du Christ. Jeanne 110alors, avec beaucoup d’insistance, demanda qu’il la conduisit, en passant, devant cette chapelle, pour qu’elle pût y révérer Dieu et prier ; ce que le témoin fit volontiers, et laissa devant cette chapelle Jeanne prier à genoux ; elle y fit, agenouillée, une oraison très dévote. De cela cependant le seigneur évêque de Beauvais fut mécontent, et il ordonna au témoin de ne plus lui permettre à l’avenir de prier ainsi.
De même sur le contenu des cinquième et sixième articles interrogé, il répond ignorer si on fit quelque information contre elle, car il n’en vit jamais aucune. Il sait cependant que d’assez nombreuses personnes l’avaient en grande haine, et surtout les Anglais, qui la craignaient beaucoup, car, avant sa capture, ils n’auraient osé venir en un lieu où ils l’auraient cru présente. Il a entendu dire que l’évêque de Beauvais faisait tout à l’instigation du roi d’Angleterre et de son conseil, établi alors à Rouen ; et il croit que cet évêque agissait, non pas poussé par un zèle de justice, mais par la volonté de ces Anglais, en grand nombre à l’époque dans la ville de Rouen, où se trouvait le roi d’Angleterre. Certains conseillers disaient en effet que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église ; l’évêque cependant n’en avait cure, et il la remit aux mains des Anglais. Car cet évêque était très attaché au parti des Anglais, et beaucoup de conseillers avaient très peur, et ne jouissaient pas de leur libre arbitre, comme maître Nicolas de Houppeville qui, s’en étant rendu compte, ne voulut pas participer aux délibérations et fut banni avec plusieurs autres, dont il ne se rappelle pas les noms.
Dit aussi que maître Jean Le Fèvre, de l’ordre des frères ermites de Saint-Augustin, actuellement évêque de Démétriade, s’aperçut qu’on tourmentait beaucoup Jeanne, en lui demandant si elle était en état de grâce ; et bien qu’à son avis elle fît des réponses satisfaisantes, cependant, les interrogateurs la harcelant sur ce point, il déclara qu’on la persécutait trop. Alors les interrogateurs lui dirent de se taire ; mais il ne se rappelle pas leur nom. Il sait cependant que l’abbé de Fécamp, à son avis, procédait en cette affaire plus par haine de Jeanne et partialité en faveur des Anglais 111que par zèle de justice. Dit en outre que maître Jean de Châtillon, alors archidiacre d’Évreux, déclara auxdits évêque et assesseurs que le procès, tel qu’on le faisait, lui paraissait nul, mais ne se rappelle plus pour quelle raison ; on interdit alors au témoin, qui convoquait, comme il a été dit, les assesseurs et les conseillers, de convoquer désormais ce Châtillon pour le procès ; et dès lors ce Châtillon ne fut plus présent.
Dit aussi pareillement que maître Jean de La Fontaine fut désigné pour l’interroger pendant quelques jours ; et, après avoir assisté à la procédure, il s’en alla, car il avait dénoncé dans ce procès certaines choses qui ne lui paraissaient pas devoir être faites. Sait aussi que maître Jean Le Maistre, introduit dans le procès comme inquisiteur, se récusa plusieurs fois pour ne pas participer à la procédure, et fît son possible pour ne plus être présent au procès ; mais on lui fit savoir, par certaines personnes qu’il connaissait, que s’il n’y assistait pas, il serait en danger de mort ; il vint, contraint par les Anglais, et le témoin entendit plusieurs fois ce Le Maistre lui dire : Je vois que si on ne procède pas en cette matière suivant la volonté des Anglais, la mort est proche.
Et le témoin lui-même fut en grand danger, parce qu’en conduisant Jeanne, à l’aller ou au retour, il rencontra un Anglais, chantre de la chapelle du roi d’Angleterre, nommé Anquetil, qui lui demanda ce qu’il pensait de cette Jeanne. Le témoin ayant répondu qu’il ne voyait rien en elle que de bon, et qu’elle lui paraissait être une femme de bien, le chantre rapporta ce propos au comte de Warwick ; ce dernier fut très mécontent du témoin, qui dut beaucoup s’agiter à ce propos et s’en tira finalement avec des excuses.
Interrogé ensuite sur ce qu’il peut attester ou déclarer sur le contenu du septième article, dit et déclare, outre ce qu’il a déjà dit, se souvenir qu’un jour, pendant le procès et vers le début, Jeanne reprocha à l’évêque de Beauvais d’être son adversaire ; et l’évêque lui répondit : Le roi m’a ordonné de faire votre procès et je le ferai.
De même interrogé sur ce qu’il peut attester ou déclarer 112sur le contenu des huitième et neuvième articles déclare, au sujet de la prison, savoir vraiment que Jeanne se trouvait au château de Rouen, dans une chambre à mi-étage, où l’on montait par huit marches ; il y avait un lit où elle couchait ; il y avait une grosse pièce de bois, dans laquelle était fixée une chaîne de fer servant à attacher Jeanne, placée dans les entraves, et qu’on fermait à l’aide d’une serrure fixée sur la pièce de bois. Il y avait aussi pour la garder cinq Anglais de la plus misérable condition, des houssepaillers en français, qui désiraient beaucoup sa mort et la tournaient très souvent en dérision ; et elle leur en faisait reproche.
Déclare aussi avoir entendu Étienne Castille, forgeron, dire qu’il avait construit pour elle une cage de fer, dans laquelle Jeanne était détenue debout, attachée par le cou, les mains et les pieds, et qu’elle avait été dans cette situation dès le moment où elle avait été amenée dans la ville de Rouen, jusqu’au début du procès engagé contre elle. Cependant il ne la vit pas dans cette situation, car, lorsqu’il l’emmenait ou la ramenait, elle était toujours hors des entraves.
De même, interrogé sur ce qu’il peut déclarer ou attester à propos du contenu du dixième article, dit et déclare bien savoir qu’elle fut examinée, pour savoir si elle était vierge ou non, par des matrones ou accoucheuses, sur l’ordre de la duchesse de Bedford, en particulier par Anne Bavon et une autre matrone dont il ne se rappelle pas le nom. Après examen ils rapportèrent qu’elle était vierge et intacte ; et cela il l’a entendu raconter par ladite Anne ; pour cette raison la duchesse de Bedford fit défense aux gardiens et autres de lui faire violence.
Interrogé ensuite sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles dit et déclare que, lors des interrogatoires de Jeanne, il y avait six assesseurs avec les juges pour l’interroger ; et parfois, quand l’un l’interrogeait et qu’elle répondait à sa question, un autre interrompait sa réponse, si bien qu’elle dit plusieurs fois à ceux qui l’interrogeaient ces paroles : Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre.
113Sur le contenu des quinzième et seizième articles ne sait rien d’autre que ce qu’il a déclaré plus haut.
Sur le contenu du dix-septième article déclare avoir entendu qu’on demandait à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église triomphante ou militante ; elle répondit qu’elle voulait se soumettre aux décisions du pape. Déclare aussi qu’on racontait couramment qu’un certain maître Nicolas Loiseleur fit semblant d’être un prisonnier, et entra dans sa prison ; par ce moyen il poussa Jeanne à dire et à faire des choses qui lui étaient nuisibles, concernant ladite soumission.
De même interrogé sur le contenu des vingtième et vingt et unième articles déclare ne rien savoir et ignore qui présenta les [douze] articles.
Interrogé ensuite sur ce qu’il peut déclarer ou attester à propos du contenu des vingt-deuxième, vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles, déclare ce qui suit touchant l’abjuration mentionnée dans ces articles. Lors de la prédication faite à Saint-Ouen par maître Guillaume Érard, celui-ci tenait une certaine cédule d’abjuration et il dit à Jeanne : Tu abjureras et signeras cette cédule !
La cédule fut alors remise au témoin pour lecture, et il la lut devant Jeanne. Dans cette cédule, il se le rappelle bien, il était prévu qu’à l’avenir elle ne porterait plus les armes, ni l’habit d’homme, ni les cheveux courts, avec beaucoup d’autres choses dont il ne se souvient plus. Il sait bien aussi que la cédule contenait environ huit lignes et non davantage ; et il sait avec certitude que ce n’était pas celle mentionnée dans le procès, car le témoin en a lu une différente de celle insérée dans le procès et que Jeanne signa.
Dit en outre que, lorsque Jeanne fut requise de signer ladite cédule, il s’éleva un grand murmure dans l’assistance, si bien qu’il entendit l’évêque dire à quelqu’un : Vous me ferez des excuses !
, assurant qu’on l’avait outragé, qu’il ne continuerait pas la procédure avant d’avoir reçu des excuses. Pendant ce temps le témoin avertissait Jeanne du péril qui la menaçait, au sujet de la signature de la cédule ; car il voyait bien que Jeanne ne comprenait pas la cédule, ni le 114danger qui la menaçait. Alors Jeanne, pressée de signer la cédule, répondit : Que cette cédule soit examinée par l’Église et les clercs, entre les mains de qui je dois être placée ; s’ils me donnent le conseil de la signer et de faire ce qu’on me dit, je le ferai volontiers.
Aussitôt maître Guillaume Érard déclara : Fais-le maintenant ! sinon tu mourras par le feu aujourd’hui.
Jeanne répondit alors qu’elle préférait signer plutôt que d’être brûlée ; à ce moment il se fit un grand tumulte dans l’assistance, et beaucoup de pierres furent lancées, mais il ne sait par qui. Une fois la cédule signée, Jeanne demanda au promoteur si elle allait être placée entre les mains de l’Église, et en quel lieu elle devait se rendre. Le promoteur répondit : au château de Rouen ; elle y fut conduite, revêtue d’habits féminins.
Interrogé en outre sur le contenu du vingt-sixième article déclare que, le jour de la Sainte Trinité, Jeanne, accusée de relapse, répondit qu’étant couchée dans son lit, les gardiens lui enlevèrent les habits féminins qui se trouvaient sur le lit et y mirent son habit d’homme, et, bien qu’elle eût demandé à ces gardiens de lui rendre ses habits de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, ils refusèrent de les rendre en disant qu’elle n’aurait rien d’autre que ledit habit d’homme. Et comme elle ajoutait que ses gardiens devaient bien savoir l’interdiction faite par les juges de porter cet habit, néanmoins ces gardiens refusèrent de lui rendre l’habit de femme qu’ils avaient enlevé. Poussée cependant par un besoin naturel, elle mit l’habit d’homme, et ne put de toute la journée obtenir de ces gardiens un autre habit, si bien que plusieurs personnes la virent en habit d’homme, et pour cela elle fut jugée relapse ; en effet ce jour de la Sainte Trinité plusieurs personnes furent envoyées, pour la voir en cette tenue, auxquelles Jeanne exposait ses motifs d’excuse. Entre autres elle vit maître André Marguerie, qui fut en grand danger, car, ayant déclaré : Il est bon de savoir d’elle pour quelle raison elle a repris l’habit d’homme
, un Anglais leva alors la lance qu’il tenait et voulut frapper ledit maître André ; aussi ce dernier et plusieurs autres, terrifiés, se retirèrent.
115Interrogé ensuite sur le contenu des autres articles, il déclare, pour l’abjuration, ne savoir rien qu’il puisse ajouter à sa déposition ci-dessus. Pour la sentence et la mort de Jeanne, il sait ce qui suit : le mercredi matin, jour de la mort de Jeanne, frère Martin Ladvenu entendit Jeanne en confession, et ensuite il envoya le témoin qui parle au seigneur évêque de Beauvais, pour lui faire savoir comment elle avait été entendue en confession et qu’elle demandait à recevoir le sacrement de l’eucharistie. L’évêque réunit quelques personnes à ce sujet et, après en avoir délibéré, déclara au témoin qu’il dît à frère Martin de lui porter le sacrement de l’eucharistie et tout ce qu’elle demanderait. Le témoin revint alors au château et rapporta cela à frère Martin. Frère Martin donna à Jeanne, en présence du témoin, le sacrement de l’eucharistie. Cela fait, elle fut amenée en habit de femme et conduite, par le témoin et frère Martin, jusqu’au lieu où elle fut brûlée. En chemin Jeanne faisait de si pieuses lamentations que le témoin et frère Martin ne pouvaient retenir leurs larmes. Elle recommandait en effet son âme si dévotement à Dieu et aux saints qu’elle provoquait les larmes de ceux qui l’entendaient. Elle fut amenée au Vieux Marché où se trouvait maître Nicolas Midi, qui devait faire la prédication. Celle-ci achevée, ce Midi déclara à Jeanne : Jeanne, va en paix ! L’Église ne peut plus te défendre et te remet en mains séculières.
À ces paroles Jeanne, à genoux, fit à Dieu des prières très dévotes et demanda au témoin à avoir une croix ; alors un Anglais se trouvant sur les lieux fit une petite croix avec un bâton, qu’elle baisa et posa sur sa poitrine avec la plus grande dévotion.
Cependant elle voulut avoir encore une croix d’église ; elle l’obtint, l’embrassait, la serrant dans ses bras, et pleurait en se recommandant à Dieu, à saint Michel, à sainte Catherine et à tous les saints ; à la fin elle étreignit la croix en saluant les assistants. Puis elle descendit de l’estrade en compagnie du frère Martin et alla jusqu’au lieu du supplice, où elle mourut très pieusement.
Il entendit aussi à l’époque Jean Fleury, clerc du bailli 116et greffier, dire que, au rapport du bourreau, une fois son corps brûlé et réduit en cendres, son cœur resta intact et plein de sang. Et on enjoignit au bourreau de rassembler les cendres et tout ce qui restait d’elle et de les jeter dans la Seine ; ce qu’il fit. Ne sait rien d’autre.
LAMessire Guillaume Colles.
Messire Guillaume Colles, dit Boisguillaume, prêtre, notaire public, âgé d’environ soixante-six ans, déjà cité, juré et interrogé le dix-huitième jour du mois de décembre, et ensuite interrogé et réentendu le douzième jour du mois de mai,
Interrogé d’abord sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles déclare n’avoir eu nulle connaissance de ladite Jeanne avant qu’elle fût amenée dans la ville de Rouen, pour le procès engagé contre elle, procès où le témoin fut l’un des notaires.
Ce procès lui étant présenté, il reconnut que le seing à la fin du texte était le sien, et que c’était le vrai procès engagé contre Jeanne ; on en fit, à ce qu’il dit, cinq exemplaires semblables, dont l’un est celui qui lui fut présenté. Il y avait aussi, dit-il, dans ce procès des notaires associés : maître Guillaume Manchon et maître Pierre Taquel, qui rédigèrent fidèlement les questions et les réponses, et après le déjeuner les collationnaient entre eux ; et ces notaires n’auraient rien fait en faveur de quiconque, car ils ne craignaient personne quant à cela. Il se rappelle bien que Jeanne répondait très prudemment, car elle disait parfois, si on l’interrogeait sur un point sur lequel elle avait déjà été interrogée, qu’elle avait répondu auparavant, et qu’elle ne répondrait plus ; et alors elle faisait lire ses dépositions par les notaires.
Interrogé de même sur ce qu’il peut déclarer au sujet des cinquième, sixième et septième articles, déclare bien savoir que le seigneur évêque de Beauvais engagea le procès contre elle, car il prétendait qu’elle avait été prise dans les limites du diocèse de Beauvais ; mais si celui-ci agit par haine ou autrement, il s’en rapporte à sa conscience. Sait cependant 117que tout se faisait aux frais du roi d’Angleterre et sur poursuite des Anglais ; et il sait bien que l’évêque, et les autres qui se mêlèrent de ce procès, obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre, car il les vit. Et comme certaines lettres de garantie avaient été montrées au témoin, il affirma que c’étaient celles qu’il avait vues autrefois, car il connaissait bien le seing de maître Laurent Calot, apposé sur elles.
Sur les informations mentionnées dans les articles, ne sait rien, car il ne les a pas vues, et ne croit pas qu’on en ait jamais fait.
Interrogé de même sur le contenu des huitième et neuvième articles, déclare que Jeanne était dans une prison forte, avec des entraves de fer ; elle avait cependant, dit-il, un lit. Elle avait aussi des gardiens anglais, dont elle se plaignit souvent, en disant qu’ils la tracassaient beaucoup et la maltraitaient.
Déclare aussi que maître Nicolas Loiseleur, se faisant passer pour cordonnier et prisonnier, du parti du roi de France et de la région lorraine, entrait parfois dans la prison de Jeanne et lui disait de ne pas croire à ces gens d’Église ; car, si tu les crois, tu seras perdue
. Il pense que l’évêque de Beauvais était bien au courant de cela, car autrement ce Loiseleur n’aurait pas osé faire telles choses ; à ce sujet beaucoup d’assesseurs au procès murmuraient contre ledit Loiseleur. Il ajoute que Loiseleur mourut subitement à Bâle ; et il entendit alors dire que Loiseleur, lorsqu’il vit Jeanne condamnée à mort, eut le cœur touché et monta sur la charrette, voulant demander sa grâce à Jeanne ; beaucoup d’Anglais qui se trouvaient là en furent indignés et, s’il n’y avait eu le comte de Warwick, ce Loiseleur aurait été tué ; mais le comte lui enjoignit de quitter la cité de Rouen au plus vite, s’il voulait sauver sa vie.
Déclare en outre que maître Guillaume d’Estivet entra également dans la prison en se faisant passer pour un prisonnier, comme l’avait fait Loiseleur ; cet Estivet, dit-il, était le promoteur et en cet affaire très attaché aux Anglais, auxquels il voulait absolument plaire. C’était aussi un mauvais homme, cherchant toujours pendant le procès à accuser 118faussement les notaires et ceux qu’il voyait procéder avec justice ; il injuriait beaucoup Jeanne, l’appelant paillarde, ordure. Il croit que Dieu le punit à la fin de sa vie, car il finit ses jours misérablement ; il fut en effet trouvé mort dans un pigeonnier, situé hors d’une porte de Rouen.
Sur le contenu du dixième article, il déclare avoir entendu plusieurs personnes, dont il ne se rappelle pas le nom, dire que Jeanne avait été examinée par des matrones et qu’on l’avait trouvée vierge ; c’est la dame duchesse de Bedford qui avait fait faire cet examen, et le duc de Bedford se trouvait dans un endroit caché d’où il voyait l’examen.
Interrogé ensuite sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles, dit et déclare que pendant le procès Jeanne s’est très souvent plainte qu’on lui posait des questions subtiles et hors de propos. Il se rappelle bien qu’une fois on lui demanda si elle était en état de grâce. Elle répondit que c’était une grande affaire de répondre à de telles questions ; mais elle finit par répondre : Si j’y suis, que Dieu m’y garde ; et si je n’y suis pas, que Dieu veuille m’y mettre ! Car j’aimerais mieux mourir que de n’être pas en l’amour de Dieu.
De cette réponse ceux qui l’interrogeaient furent stupéfaits, et ils la laissèrent alors, sans plus l’interroger pour cette fois.
Déclare aussi, interrogé sur ce point contenu dans les articles, ignorer si quelque pression fut faite sur certains, pour procéder en particulier par haine dans ledit procès, ou autrement, ou bien si certains avaient été forcés de participer audit procès ; il sait seulement que maître Nicolas de Houppeville refusa d’y participer ; mais il quitta la ville de Rouen, et cela, à ce qu’il croit, pour ne pas y être contraint.
Interrogé sur le contenu des quinzième et seizième articles, déclare que pour leur contenu il s’en rapporte au procès ; ne sait rien d’autre. Interrogé de même sur le contenu des vingtième et vingt et unième articles, les autres étant omis, car il ne sait rien sur eux, déclare bien savoir que dans le procès il y a douze articles ; mais pour savoir qui les a rédigés, et s’ils sont différents 119des dépositions de Jeanne, il s’en rapporte au procès. Sait cependant que ni lui, ni les autres notaires, ne les rédigèrent.
Sur le contenu des vingt-deuxième, vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles à propos de la cédule d’abjuration, qui fut faite dans la première sentence, il sait qu’elle fut lue en public ; mais par qui, il ne se le rappelle pas. Il croit que Jeanne ne la comprenait nullement, et qu’elle ne lui fut pas expliquée, car longtemps elle refusa de signer la cédule d’abjuration ; mais enfin, poussée par la crainte, elle signa et fit quelque croix. Si, après cette abjuration, elle reçut un habit de femme, ou non, il ne se le rappelle pas, s’en rapportant sur ce au procès et à ce qu’il contient.
Interrogé de même sur tous les autres articles à lui exposés ensemble, déclare, au sujet de la reprise de l’habit [d’homme], que le dimanche suivant la première sentence, lui, témoin, fut mandé au château de Rouen ; il y alla avec les autres notaires, pour voir Jeanne en habit d’homme ; arrivés au château, ils entrèrent dans la prison, et la virent habillée de vêtements d’homme. On lui demanda pourquoi elle avait repris ces vêtements ; elle donna certaines excuses, qui sont contenues dans le procès. Ne sait rien d’autre ; mais croit plutôt qu’elle fut contrainte d’agir ainsi, car certains de ceux qui participèrent au procès faisaient de grands applaudissements et se réjouissaient, parce qu’elle avait repris cet habillement ; cependant plusieurs notables étaient affligés, parmi lesquels elle vit maître Pierre Morice, très triste, et plusieurs autres.
Déclare aussi que le mercredi suivant Jeanne fut conduite au Vieux Marché de Rouen ; là il y eut prédication par maître Nicolas Midi, et la sentence de relapse fut prononcée par le seigneur évêque de Beauvais ; après la proclamation de la sentence, elle fut aussitôt prise par les laïcs et conduite, sans autre sentence ni procès, au bourreau pour être brûlée. Pendant qu’elle était ainsi conduite, elle faisait beaucoup de pieuses lamentations, invoquant le nom de Jésus, et presque tous ceux qui étaient présents ne pouvaient retenir leurs 120larmes ; et le témoin sait en vérité que les juges, et ceux qui participèrent au procès, encoururent la grande réprobation du peuple, car, après que Jeanne eût été brûlée, les gens du peuple montraient ceux qui avaient participé au procès avec horreur. Il entendit aussi soutenir que tous ceux qui furent responsables de sa mort moururent de façon très honteuse ; ainsi ce maître Nicolas Midi fut frappé de lèpre peu de jours après, et l’évêque mourut subitement, pendant qu’il se faisait faire la barbe.
Ne sait rien d’autre sur le contenu desdits articles.
LAFrère Martin Ladvenu.
Frère Martin Ladvenu, prêtre, religieux de l’ordre des frères prêcheurs au couvent de Rouen, âgé d’environ cinquante-six ans, cité, juré et interrogé auparavant, le dix-neuvième jour du mois de décembre, et de nouveau, le treizième jour du mois de mai, interrogé sur les articles contenus dans le procès, et sur ce qu’il peut déclarer ou attester au sujet de leur contenu, en mettant de côté haine, affection, partialité,
D’abord sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles déclare ne pouvoir rien attester ni dire sur ses père et mère, parents ou alliés ; mais il vit cette Jeanne dans la ville de Rouen, lorsqu’elle y fut amenée et livrée au seigneur évêque de Beauvais. Elle était très simple, âgée d’environ vingt ans, et savait juste le Notre Père
, bien que parfois, lorsqu’on l’interrogeait, elle répondît avec sagacité.
Interrogé ensuite sur ce qu’il peut dire ou attester du contenu des cinquième et sixième articles, déclare bien savoir que Jeanne fut amenée dans la cité de Rouen et détenue dans la prison du château ; un procès en matière de foi fut fait et conduit contre elle, sur poursuite et aux frais des Anglais. Cependant, comme il l’a entendu dire, l’évêque et les autres qui s’occupaient de ce procès voulurent avoir des lettres de garantie du roi d’Angleterre, et ils les obtinrent ; 121le témoin les avait vues dans les mains des seigneurs juges. Elles lui furent montrées, avec le seing manuel de maître Laurent Calot, que le témoin a bien reconnu.
Déclare en outre qu’à son avis certains des assesseurs à ce procès venaient par crainte des Anglais, et d’autres parce qu’ils étaient favorables aux Anglais ; car le témoin sait que maître Nicolas de Houppeville fut mis dans la prison royale, parce qu’il avait refusé de participer à ce procès. Sait aussi que Jeanne dans ce procès n’eut ni guide, ni conseil, sauf vers la fin du procès, et que nul n’aurait osé conseiller Jeanne, ou la diriger de quelque manière, par crainte des Anglais ; car une fois, pendant ce procès, quelques personnes furent envoyées sur l’ordre des juges, pour conseiller Jeanne ; mais ils furent repoussés par les Anglais et menacés. Sait aussi que frère Jean Le Maistre, sous-inquisiteur, qui participa à ce procès, et avec qui le témoin y allait très souvent, avait été forcé d’y venir ; en outre, à ce qu’il dit, un certain frère Ysambert de La Pierre, qui était le compagnon dudit sous-inquisiteur, ayant voulu une fois la conseiller, en quelque sorte, fut sommé de se taire et de s’abstenir de telles pratiques à l’avenir, sinon il serait noyé dans la Seine.
Sur les septième, huitième et dixième articles ne sait rien.
Sur le neuvième sait seulement que Jeanne était dans une prison laïque, dans des entraves et attachée par des chaînes, et personne ne pouvait lui parler sans la permission des Anglais, qui la gardaient jour et nuit.
Interrogé ensuite sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles, déclare qu’on posait à maintes reprises à Jeanne des questions difficiles, qui ne convenaient pas à une femme aussi simple ; on la tourmentait beaucoup en interrogatoires, car parfois on ne cessait de l’interroger pendant trois heures le matin, et autant l’après midi ; mais quelle était l’intention de ceux qui l’interrogeaient, il l’ignore.
Sur le contenu du quinzième article ne sait rien.
Sur le contenu des seizième et dix-septième articles, déclare avoir entendu plusieurs fois interroger Jeanne, pour 122savoir si elle voulait se soumettre au jugement de l’Église, et alors elle demandait ce qu’était l’Église ; comme on lui répondait que c’étaient le pape et les prélats qui représentaient l’Église, elle répliquait qu’elle se soumettait au jugement du souverain Pontife, demandant à être conduite près de lui. Il entendit une autre fois de la bouche de Jeanne, en dehors cependant du procès, qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique ; et si, dans ses dits ou ses faits, il y avait quelque chose déviant de la foi, elle voulait la rejeter et s’en remettre au jugement des clercs.
Sur le contenu des dix-huitième, dix-neuvième, vingtième, vingt et unième et vingt-deuxième articles ne sait rien d’autre que ce qui se trouve dans sa déposition ci-dessus.
Sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles déclare qu’il fut présent lors de la première sentence et de la prédication, faite à Saint-Ouen par maître Guillaume Érard. Il croit fermement que tout ce qui a été fait l’a été par haine du roi de France très chrétien, et pour le diffamer ; car dans cette prédication maître Guillaume Érard s’exclama à un moment et dit réellement ces paroles : Ô maison de France ! tu as toujours été jusqu’ici exempte de monstres ; mais maintenant, en t’attachant à cette femme ensorceleuse, hérétique, superstitieuse, tu es déshonorée !
À cela Jeanne répondit : Ne parle point de mon roi, il est bon chrétien.
Sur le contenu des vingt-sixième et vingt-septième articles déclare avoir appris de Jeanne qu’un grand seigneur anglais était venu vers elle, dans la prison, et tenta de la prendre de force. Elle dit au témoin que c’était la raison pour laquelle elle avait repris l’habit d’homme, après la première sentence.
Sur l’ensemble des autres articles, interrogé sur ce qu’il en est réellement, déclare que, le matin du jour où mourut Jeanne, sur autorisation et ordre des juges et avant le prononcé de la sentence, lui, témoin, entendit Jeanne en confession et lui apporta le Corps du Christ ; elle le reçut humblement, avec grande dévotion et beaucoup de larmes, au point qu’il ne saurait le raconter. Depuis cette heure il ne la quitta pas, 123jusqu’à ce qu’elle eût rendu l’âme ; et presque tous les assistants pleuraient de pitié, surtout l’évêque de Thérouanne. Et il ne doute pas qu’elle mourut en catholique ; il voudrait en effet, à ce qu’il dit, que son âme aille où il croit être l’âme de Jeanne.
Il déclare qu’après le prononcé de la sentence elle descendit de l’estrade, sur laquelle elle avait subi la prédication, et fut conduite par le bourreau, sans une autre sentence d’un juge laïc, jusqu’à l’endroit où était amassé le bois pour la brûler ; ce bois était sur une estrade, et par dessous le bourreau mit le feu. Lorsque Jeanne aperçut le feu, elle dit au témoin de descendre, et de lever haut la croix du Seigneur, pour qu’elle pût la voir ; ce qu’il fit.
Il déclare aussi qu’étant près d’elle pour l’entretenir de son salut, l’évêque de Beauvais et certains chanoines de l’église de Rouen arrivèrent pour la voir ; lorsque Jeanne aperçut cet évêque, elle lui dit qu’il était cause de sa mort, qu’il lui avait promis de la placer entre les mains de l’Église, mais qu’il l’avait remise entre les mains de ses ennemis mortels.
Déclare aussi, interrogé sur ce, qu’on avait mal procédé contre Jeanne, car il n’y eut pas de sentence rendue par des laïcs, mais il y eut seulement sentence de l’évêque. Et pour cette raison, deux années plus tard, un dénommé Georget Folenfant avait été remis par la justice ecclésiastique à la justice séculière ; avant la remise de celui-ci le témoin avait été envoyé au bailli par l’archevêque et l’inquisiteur, pour notifier que ce Georges devait être livré aux mains de la justice séculière, et qu’on n’agirait pas comme on l’avait fait pour la Pucelle, mais qu’on le conduirait au tribunal du bailli ; ce dernier aurait à procéder selon la justice ; on n’irait pas aussi rapidement que ce fut le cas contre Jeanne, mais on procéderait avec prudence.
Déclare aussi et atteste, sur ce interrogé, qu’elle soutint toujours et affirma jusqu’à la fin de sa vie que les voix entendues par elle venaient de Dieu, que toutes ses actions avaient été faites sur l’ordre de Dieu, et qu’elle ne croyait pas avoir 124été trompée par ces voix ; mais les révélations qu’elle avait eues venaient de Dieu. Ne sait rien d’autre.
LAMaître Nicolas de Houppeville.
Maître Nicolas de Houppeville, maître ès arts et bachelier en théologie, âgé d’environ soixante-cinq ans, précédemment interrogé comme témoin à présenter, et de nouveau interrogé sur les articles, le treizième jour du mois de mai,
D’abord sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles déclare avoir eu connaissance de Jeanne, de son père, de sa mère, de ses parents seulement après que cette Jeanne eût été amenée dans la ville de Rouen, où le procès fut engagé contre elle. Il lui semble qu’elle était âgée d’environ vingt ans ; elle était simple, ignorante du droit et n’était pas en état de se défendre elle-même dans ce procès ; elle conservait cependant une grande fermeté, et beaucoup en déduisaient qu’elle avait un soutien spirituel.
Interrogé de même sur ce qu’il peut attester à propos du contenu des cinquième et sixième articles, déclare n’avoir jamais estimé que l’évêque avait engagé un procès, en matière de foi, contre Jeanne pour le bien de la foi ou par zèle de justice, et afin de ramener Jeanne dans le bon chemin ; mais ce fut à cause de la haine conçue contre elle, car elle favorisait le parti du roi de France. Il ne croit pas que l’évêque agît par crainte ou sous une pression ; mais il le fit volontairement, bien que certains eussent participé, les uns par complaisance envers les Anglais, les autres par crainte ; il entendit en effet maître Pierre Minier dire qu’il avait donné par écrit un avis, qui n’avait pas été agréable à l’évêque de Beauvais.
Déclare aussi que des menaces furent proférées par le comte de Warwick contre frère Ysambert de La Pierre de l’ordre des frères prêcheurs, qui intervint au procès ; on lui dit qu’on le noierait dans la Seine, s’il ne se taisait, parce qu’il conseillait Jeanne et rapportait ses paroles aux notaires. Il a appris cela par frère Jean Le Maistre, sous-inquisiteur.
125Le témoin déclare aussi que vers le début du procès il participa à quelques délibérations, où il fut d’avis que ni l’évêque, ni ceux voulant prendre la charge du procès, ne pouvaient être juges ; il ne lui paraissait pas de bonne procédure que ceux du parti opposé fussent juges, et attendu qu’elle avait déjà été interrogée par le clergé de Poitiers et par l’archevêque de Reims, métropolitain de l’évêque de Beauvais. À la suite de cet avis le témoin encourut l’indignation violente de l’évêque, au point qu’il fut cité devant lui. Il comparut devant lui, affirmant qu’il ne lui était pas soumis, et que son juge était, non pas l’évêque, mais l’official de Rouen ; et ainsi se retira-t-il. Après cependant, comme il décidait de comparaître pour cette affaire devant l’official de Rouen, il fut pris, conduit au château, et ensuite dans la prison royale ; et parce qu’il demandait pour quelle raison on se saisissait de lui, on lui répondit que c’était à la requête de l’évêque de Beauvais. Le témoin croit que c’était à cause des paroles prononcées dans son avis, car, dit-il, maître Jean de La Fontaine, son ami, lui fit parvenir un billet pour l’avertir qu’il était détenu en raison de ces paroles et que l’évêque était fort indigné à son sujet. Cependant, sur les instances du seigneur abbé de Fécamp, le témoin fut tiré de prison ; il entendit alors dire que, suivant l’avis de quelques personnes réunies par l’évêque, il devait être exilé en Angleterre ou ailleurs, loin de la cité de Rouen ; ce qu’empêchèrent cependant le seigneur abbé de Fécamp et quelques amis du témoin.
Déclare aussi que frère Jean Le Maistre, sous-inquisiteur, n’intervenait à ce procès que forcé, et plein de crainte ; il le vit extrêmement embarrassé pendant ce procès.
Sur les septième, huitième et neuvième articles sait seulement que Jeanne était en prison, au château de Rouen, et elle y était gardée par les Anglais.
Sur les dixième, onzième, douzième, treizième et quatorzième articles déclare qu’il n’assista pas au procès ; mais il entendit maître Jean Le Maistre, sous-inquisiteur, dire que Jeanne se plaignit une fois des questions difficiles qu’on lui 126posait, qu’on la harcelait trop sur ces questions et surtout sur certaines ne concernant pas le procès, à son dire. Et alors le bruit courait qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines des paroles de Jeanne.
Sur le contenu des quinzième, seizième et dix-septième articles s’en rapporte au procès. Et de même sur le contenu des dix-huitième, dix-neuvième, vingtième et vingt et unième articles.
Sur le contenu du vingt-deuxième article déclare et atteste, à propos des rumeurs courant alors dans la ville de Rouen, que certaines personnes, se faisant passer pour hommes d’armes partisans du roi de France, furent introduits secrètement auprès d’elle, pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, sinon eux [les prétendus juges] poursuivraient le procès contre elle ; il était bruit aussi qu’à cause de ces conseils elle avait ensuite varié plusieurs fois sur le fait de la soumission. Il entendit alors dire que maître Nicolas Loyseleur était l’un de ces trompeurs, qui feignaient être du parti du roi de France.
Sur le contenu des autres articles déclare et croit que Jeanne fut bonne catholique ; il sait qu’elle reçut le Corps du Christ le jour de sa mort, et il la vit sortir du château pour aller au lieu du supplice toute en pleurs ; plus de cent vingt hommes d’armes la conduisaient, dont les uns portaient des lances, les autres des glaives. Aussi le témoin, mû par la compassion, n’eut pas la force d’aller jusqu’au lieu du supplice. Et il croit que tout ce qui fut fait contre Jeanne, le fut par haine du roi de France et pour le diffamer. Suivant l’opinion commune, tout ce qui avait été fait par eux [les prétendus juges] dans ce procès était nul, et Jeanne avait été victime d’une très grande injustice.
Déclare aussi avoir entendu maître Pierre Minier dire que son avis et celui de maîtres Richard de Grouchet et Pierre Pigache n’avaient pas été reçus, parce qu’ils ne plaisaient pas, et qu’ils alléguaient le Décret [de Gratien]. Ne sait rien d’autre.
127LAMonseigneur Jean Le Fèvre.
Révérend père dans le Christ et seigneur, monseigneur Jean Le Fèvre, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des frères ermites de saint Augustin, évêque de Démétriade, âgé d’environ soixante-dix ans, autrefois interrogé et juré, et de nouveau interrogé le douzième jour du mois de mai sur le contenu des articles produits en ce procès de nullité,
Interrogé d’abord sur ce qu’il peut attester à propos du contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, déclare avoir eu connaissance de Jeanne, de ses père et mère ou de ses parents, seulement depuis que cette Jeanne fut amenée dans la ville de Rouen, et au moment où fut engagé contre elle le procès en matière de foi par l’évêque de Beauvais et le sous-inquisiteur ; le témoin fut présent à ce procès jusqu’à la première prédication faite à Saint-Ouen ; mais non ensuite. À ce qu’il lui semble, Jeanne avait environ vingt ans, elle était très simple et répondait avec sagesse, au point que pendant trois semaines il la croyait inspirée, bien qu’à son avis elle insistât beaucoup, et trop, sur ses visions.
Interrogé ensuite sur le contenu des cinquième et sixième articles, déclare et atteste que, suivant son impression, les Anglais procédaient contre elle pour la haine qu’ils en avaient, car ils la craignaient beaucoup ; mais si les juges procédaient par haine ou par complaisance, il ne le sait pas ; cependant le procès était mené aux frais des Anglais. Il sait bien que tous ceux qui participèrent à ce procès n’avaient pas pleine liberté, car personne n’aurait osé dire quelque chose de peur d’être mal considéré ; en effet quelqu’un ayant demandé une fois à Jeanne si elle était en état de grâce, le témoin avait déclaré que c’était là question très difficile, à laquelle Jeanne ne devait pas répondre, mais fut ainsi repris par l’évêque de Beauvais : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
Interrogé ensuite sur ce qu’il peut attester à propos du 128contenu des septième, huitième et neuvième articles, dit et déclare que Jeanne était en prison au château de Rouen ; mais dans quelles conditions, il l’ignore. Dit cependant que certains des assesseurs étaient fort mécontents que Jeanne ne fût pas placée en prison d’Église ; et lui-même, témoin, murmura plusieurs fois, car il ne lui paraissait pas de bonne procédure de l’avoir remise entre les mains de laïcs, et surtout d’Anglais, attendu qu’elle avait été livrée aux mains de l’Église. Plusieurs étaient de cette opinion ; mais personne n’osait en parler.
Sur le dixième article ne sait si elle a été examinée, ou non ; mais il sait bien qu’une fois, comme on lui demandait pourquoi elle s’appelait la Pucelle
, et si elle l’était vraiment, elle répondit : Je peux bien dire que je suis ainsi ; et, si vous ne me croyez pas, faites moi visiter par des femmes.
Elle se montrait disposée à accepter un examen, pourvu cependant qu’il fût fait par des femmes honnêtes, comme c’est de coutume.
Sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles déclare qu’on posait à Jeanne beaucoup de questions profondes, dont elle se tirait cependant assez bien. Et parfois ceux qui l’interrogeaient interrompaient leur interrogatoire, passant d’une question à une autre, pour voir si elle allait modifier ses propos. Ils la fatiguaient aussi beaucoup par de longs interrogatoires, étant là pendant deux ou trois heures, au point que les docteurs qui assistaient en étaient eux-mêmes très fatigués. Parfois ceux qui l’interrogeaient lui coupaient la parole au cours des questions, au point qu’elle pouvait à peine répondre ; même l’homme le plus savant du monde aurait difficilement pu répondre.
Il déclare se rappeler qu’une fois, pendant le procès, Jeanne était interrogée sur ses apparitions et on lui lisait quelque article de ses réponses ; il sembla alors au témoin qu’on avait mal enregistré et qu’elle n’avait pas répondu de cette manière ; aussi dit-il à Jeanne de faire attention. Elle demanda alors au notaire qui rédigeait de relire ; après cette lecture elle dit au notaire qu’elle avait dit le contraire et qu’il n’avait 129pas bien rédigé ; sa réponse fut corrigée. Maître Guillaume Manchon dit alors à Jeanne que désormais elle fît attention.
Sur le contenu des quinzième, seizième et dix-septième articles déclare ne pas se souvenir que Jeanne ait refusé de se soumettre à l’Église ; mais il l’entendit plusieurs fois dire qu’elle ne voulait pas soutenir ou faire, autant qu’elle le pourrait, rien qui fût contre Dieu.
Interrogé de même sur le contenu des dix-huitième, dix-neuvième, vingtième et vingt et unième articles, déclare ne rien savoir à leur sujet. Il sait seulement que certains articles furent rédigés pour être envoyés aux opinants, mais s’ils furent bien et fidèlement rédigés, il ne le sait.
Interrogé de même sur le contenu des autres articles, à lui lus et exposés tous ensemble, déclare et atteste qu’après la première prédication faite à Saint-Ouen, comme il l’a dit, il n’assista plus au procès jusqu’au jour de la dernière sentence. Il fut présent à la prédication faite au Vieux Marché par maître Nicolas Midi, et, lui semble-t-il, Jeanne finit ses jours en catholique, criant : Jésus ! Jésus !
Elle pleurait tant, faisant de pieuses lamentations, qu’à son avis nul homme, s’il avait été présent, n’aurait eu le cœur dur au point de ne pas être ému aux larmes ; et en effet monseigneur de Thérouanne et tous les seigneurs assistants pleuraient par trop grande pitié. Le témoin se souvient bien que, dans la dernière prédication faite au Vieux Marché, Jeanne demanda à tous les prêtres présents de dire chacun une messe pour elle. Mais il ne resta pas là jusqu’à la fin, il s’en alla, car il n’aurait pu en supporter la vue.
Ne saurait, interrogé sur ce, rien déclarer de plus sur ces articles.
LAMessire Jean Lemaire.
Messire Jean Lemaire, prêtre, curé de l’église paroissiale Saint-Vincent de Rouen, âgé d’environ quarante-cinq ans, interrogé déjà le dix-neuvième jour de décembre, comme 130témoin à produire, et ensuite entendu de nouveau, le douzième jour du mois de mai,
Interrogé sur ce qu’il peut déclarer ou attester à propos du contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, déclare n’avoir que peu connu cette Jeanne ; car, lorsqu’elle fut conduite en la ville de Rouen, lui-même était étudiant à l’Université de Paris. Et il arriva en la ville de Rouen seulement le jour où fut prononcé à Saint-Ouen le sermon de maître Guillaume Évrard, et c’est là qu’il vit Jeanne.
Sur le contenu des cinquième et sixième articles déclare que, selon les bruits courant alors à Rouen, les Anglais avaient fait faire le procès contre Jeanne à cause de la haine et de la crainte qu’ils en avaient. Il déclare que sans aucun doute, dans la forme et la manière de procéder, puis de rendre les sentences, la justice fut très offensée. Il entendit aussi dire que plusieurs des seigneurs assesseurs au procès étaient dégoûtés par ce procès et mécontents de la procédure ; certains furent en grand danger de mort, et surtout, à son dire, feu maître Pierre Morice, abbé de Fécamp, maître Nicolas Loiseleur, et plusieurs autres.
Ne sait rien de plus sur le contenu des autres articles.
LAMaître Nicolas Caval.
Maître Nicolas Caval, licencié ès lois, chanoine de Rouen, âgé d’environ soixante-dix ans, interrogé déjà le dix-neuvième jour de décembre, et ensuite entendu à nouveau le douzième jour de mai, juré et interrogé sur le contenu des articles présentés au procès,
Et d’abord sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles déclare avoir eu connaissance de Jeanne seulement quand elle fut conduite en cette ville de Rouen ; il la vit pendant le procès, auquel il assista pendant quelques jours, sans avoir été requis cependant, à ce qu’il disait. Et il la vit une fois en cour de justice, où elle répondait avec assez de sagesse ; elle avait une très bonne mémoire, car à 131certaines questions elle répliquait : Moi, j’ai répondu autrement et de telle manière
; elle faisait alors chercher par le notaire le jour de la réponse, et on la trouvait conforme à ce qu’elle déclarait, sans la moindre addition ou soustraction, ce qui surprenait, attendu son jeune âge.
Sur le contenu des cinquième et sixième articles croit que les Anglais n’avaient pas grand amour pour elle ; mais quant aux juges il ne saurait rien dire. Des notaires il croit qu’ils écrivirent fidèlement, sans aucune crainte.
Sur le contenu des autres articles déclare seulement avoir entendu dire qu’elle mourut en catholique et qu’à son dernier jour elle invoquait le nom de Jésus ; car, dit-il, il ne fut pas présent lors de la condamnation. Ne sait rien d’autre.
LAPierre Cusquel.
Pierre Cusquel, laïc, bourgeois de Rouen, âgé d’environ cinquante-trois ans, déjà reçu, juré et interrogé auparavant, et de nouveau entendu le douzième jour de mai sur les articles produits au présent procès,
Et d’abord interrogé sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, déclare n’avoir eu nulle connaissance de son père, de sa mère, de ses parents. Quant à Jeanne il en fit cependant connaissance lorsqu’elle fut amenée dans la ville de Rouen ; il la vit en prison, car, à la demande et grâce à la complicité de maître Jean Son, maître d’œuvre du château de Rouen, il entra deux fois dans sa prison ; il s’entretint avec elle et lui conseilla de parler avec prudence, s’agissant de sa vie ou de sa mort. De l’avis du témoin Jeanne avait presque vingt ans, elle était toute simple, et, croit-il, ignorante du droit, bien qu’elle répondît avec prudence.
Interrogé de même sur le contenu des cinquième, sixième, septième et huitième articles, déclare que le procès fait contre elle en matière de foi, le fut, non par attachement à la foi ou par zèle de justice mais par haine et à cause de la crainte qu’inspirait Jeanne aux Anglais. Il croit que les juges et les 132assesseurs procédaient contre elle avec partialité et sur les instances des Anglais, qu’ils n’auraient pas osé contredire ; en effet à ce qu’il entendit alors, comme il y avait eu des bruits confus au sujet de la reprise de l’habit [d’homme], maître André Marguerie, lui semble-t-il, déclara qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit de Jeanne, avant de poursuivre la procédure ; mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable. Et il croit que personne n’aurait osé donner un conseil à Jeanne, ou la défendre ou la diriger.
Interrogé de même sur le contenu du neuvième article déclare et atteste que Jeanne, après avoir été amenée en la ville de Rouen, fut placée au château de Rouen, dans la prison du château, dans une pièce située sous un escalier, du côté de la campagne ; il l’y vit et lui parla deux fois, comme il l’a déjà dit. Ajoute qu’on fit exécuter une cage de fer pour la détenir debout, cage que le témoin vit peser dans sa propre maison ; il ne vit cependant pas Jeanne enfermée dans celle-ci.
Sur le contenu du dixième article atteste avoir entendu dire que la dame duchesse de Bedford avait fait examiner Jeanne, pour savoir si elle était vierge ou non ; et on la trouva vierge. Et cela il l’a entendu dire par plusieurs personnes, dont il ne se rappelle plus le nom.
De même interrogé sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles déclare et atteste n’avoir jamais assisté au procès ; mais le bruit courait qu’on la harcelait beaucoup par diverses questions, ceux qui l’interrogeaient s’efforçant de la piéger en paroles, parce qu’elle avait mené la guerre contre les Anglais.
Interrogé de même sur le contenu des quinzième, seizième et dix-septième articles déclare avoir entendu dire que Jeanne s’était soumise à l’Église et à notre seigneur le pape ; et il entendit de la bouche même de Jeanne, au milieu du sermon fait à Saint-Ouen par maître Guillaume Érard, qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique ; et si, dans ses paroles ou dans ses actes il y avait un errement contre la foi, elle voulait le repousser et s’en tenir au jugement des clercs.
133Interrogé de même sur le contenu des dix-huitième, dix-neuvième, vingtième et vingt et unième articles, ne sait rien.
Sur le contenu du vingt-deuxième article déclare avoir entendu dire, par certains dont il ne se rappelle plus le nom, que maître Nicolas Loiseleur faisait semblant d’être sainte Catherine et incitait Jeanne à dire ce qu’il voulait.
De même sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième, vingt-cinquième, vingt-sixième, vingt-septième et vingt-huitième articles interrogé et entendu, sait seulement qu’une certaine prédication fut faite à Saint-Ouen par maître Guillaume Érard, à laquelle assista le témoin ; mais sur ce qui se passa là, ne sait rien de plus que ce qu’il a déclaré ci-dessus.
Interrogé de même sur le contenu des autres articles et spécialement sur les vingt-neuvième, trentième, trente et unième, trente-deuxième et trente-troisième articles déclare bien savoir qu’une prédication fut faite au Vieux Marché et que Jeanne y fut brûlée ; mais il ne voulut pas y assister, son cœur n’aurait pu le supporter, par pitié pour Jeanne ; car, c’était la commune renommée et presque tout le monde en parlait, Jeanne avait subi un grand outrage et une injustice. Il entendit en effet maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice de Jeanne, triste et plein d’affliction, qui racontait et déplorait en se lamentant tout ce qui s’était passé et ce qu’il avait vu en cet endroit ; il disait ceci : Nous sommes tous perdus, car une sainte a été brûlée
; et il croyait que son âme était dans la main de Dieu, car au milieu des flammes, disait-il, elle criait toujours le nom de Jésus.
Déclare en outre qu’après la mort de Jeanne les Anglais firent recueillir ses cendres et les firent jeter dans la Seine, car [ils avaient craint] son évasion et craignaient qu’on ne crût à une évasion. Ne sait rien d’autre.
LAMaître André Marguerie.
Vénérable et prudente personne maître André Marguerie, 134archidiacre de Petit Caux en l’église de Rouen, licencié en l’un et l’autre droit, âgé d’environ soixante-seize ans, antérieurement interrogé, comme témoin à produire, le dix-neuvième jour du mois de décembre, et ensuite sur les articles de ce procès entendu le douzième jour de mai,
Interrogé d’abord sur ce qu’il peut déclarer ou attester à propos du contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, déclare n’avoir eu connaissance de Jeanne qu’au début du procès engagé contre elle ; elle était jeune, à ce qu’il dit, quoique prudente en ses réponses. Mais il n’assista pas très souvent à ce procès.
De même sur le contenu des cinquième et sixième articles déclare avoir entendu que Jeanne fut prise à l’intérieur des limites de l’évêché de Beauvais, à Compiègne, conduite en la cité de Rouen et détenue au château de Rouen, où fut engagé ce procès en matière de foi, par l’évêque de Beauvais et le sous-inquisiteur, sous l’impulsion des Anglais. Dit aussi que plusieurs des assesseurs au procès subirent des reproches, parce qu’ils n’avaient pas parlé assez ouvertement comme les Anglais le voulaient ; mais il ignore si l’un d’eux fut en danger de mort pour cette raison ; il entendit cependant dire que maître Nicolas de Houppeville refusa de donner son avis. Il ajoute que certains Anglais procédaient contre elle par haine ; mais les gens notables procédaient avec un bon esprit.
Sur les septième et huitième articles ne sait rien.
Sur le neuvième déclare qu’elle était dans la prison du château de Rouen où il la vit ; il croit qu’elle était gardée par les Anglais, car ceux-ci avaient la garde du château où elle était incarcérée ; sur ce point le témoin a toujours pensé qu’on procédait mal, en la maintenant aux mains des laïcs pendant un procès en matière de foi, surtout après la première sentence, quand elle fut condamnée à la prison perpétuelle.
Interrogé de même sur le contenu du dixième article, déclare croire qu’elle fut examinée, pour savoir si elle était vierge ou non ; mais en vérité il n’ose l’affirmer ; sait cependant que pendant le procès on la tenait pour vierge.
135Sur le contenu des onzième, douzième, treizième, quatorzième et quinzième articles, ne sait rien, car il n’assista pas beaucoup au procès.
Sur le contenu des seizième et dix-septième articles, déclare avoir entendu de la bouche même de Jeanne, interrogée pour savoir si elle voulait se soumettre à l’Église, que pour certaines choses elle ne croirait ni son évêque, ni le pape, ni quiconque, car elle les tenait de Dieu. Et ce fut une des raisons pour lesquelles on procéda contre elle, afin d’obtenir une rétractation.
Sur le contenu des dix-huitième, dix-neuvième, vingtième, vingt et unième et vingt-deuxième articles, ne sait rien.
Interrogé de même sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles, déclare qu’il fut présent lors de la première prédication. Et il se souvient bien que, dans l’intervalle où se faisait l’abjuration, un chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à cette première prédication, dit à l’évêque de Beauvais qu’il favorisait trop Jeanne. Alors l’évêque de Beauvais lui répondit qu’il mentait, car lui, évêque, prétendait ne vouloir en pareille cause favoriser personne ; aussi le chapelain fut-il réprimandé par le cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.
De même sur le contenu du vingt-sixième article déclare être allé au château un jour, après qu’on eût appris que Jeanne avait remis l’habit d’homme ; il demanda alors comment et en quelles circonstances elle avait repris cet habit ; mais les Anglais, furieux de cette question, firent un grand tumulte, au point que le témoin et beaucoup d’autres, venus au château pour cette affaire, furent obligés de partir rapidement, leurs corps étant en danger.
Sur le contenu des vingt-septième et vingt-huitième articles ne sait rien.
Sur le contenu des vingt-neuvième, trentième, trente et unième, trente-deuxième et trente-troisième articles déclare et atteste qu’il fut présent lors de la dernière prédication ; mais saisi de pitié, il n’assista pas à l’exécution de la 136sentence. Il sait cependant que plusieurs pleuraient, et surtout le seigneur évêque de Thérouanne, alors chancelier.
Sur la piété de Jeanne au moment de sa mort, ne sait rien, car il ne fut pas présent ; mais elle paraissait très troublée, car elle disait : Rouen, Rouen, mourrais-je [i]ci ?
Déclare aussi que, lui semble-t-il, par ordre du cardinal d’Angleterre, les cendres de Jeanne après sa mort furent rassemblées et jetées dans la Seine. Ne sait rien d’autre.
LAMaugier Leparmentier.
Honnête personne Maugier Leparmentier, clerc non marié, appariteur de la cour archiépiscopale de Rouen, âgé d’environ cinquante-six ans, antérieurement entendu et, le douzième jour de mai, entendu et interrogé sur les articles,
Et d’abord sur les premier, deuxième, troisième et quatrième articles déclare avoir connu cette Jeanne seulement après qu’elle eût été amenée dans la ville de Rouen ; il la vit au château de la ville, où le témoin fut mandé avec son aide, pour mettre Jeanne à la torture. Elle fut interrogée quelque temps. Elle se comportait avec beaucoup de sagesse dans ses réponses, si bien que les assistants s’en émerveillaient. Cependant le témoin et son aide se retirèrent, sans avoir attenté à sa personne.
Sur le contenu des cinquième et sixième articles, déclare que le procès contre Jeanne fut mené à la demande des Anglais et par l’évêque de Beauvais ; car, disait-on, elle avait été prise dans le territoire de Beauvais. Dit cependant que cet évêque était très attaché au parti anglais. Ajoute que des frères de l’ordre des prêcheurs eurent beaucoup à faire, parce qu’ils conseillaient à Jeanne de se soumettre à l’Église, comme il l’a entendu dire ; et la commune renommée était que tout ce que l’on faisait contre Jeanne était fait par haine du roi de France et de son parti, et que Jeanne avait subi une grande injustice.
Sur le contenu des septième, huitième et neuvième articles sait seulement qu’elle était au château dans la grosse tour ; 137il l’y vit quand il fut mandé, comme il l’a dit, pour la soumettre à la torture, bien qu’il n’en fût rien fait. Interrogé en outre sur le contenu du vingt-troisième au trente-troisième article, les autres étant omis, car il n’a rien à en dire, déclare qu’il fut présent lors de la première prédication faite à Saint-Ouen, et de même à la dernière, faite au Vieux Marché, le jour où Jeanne fut brûlée ; et le bois pour la brûler y avait été placé avant même la fin de la prédication et avant le prononcé de la sentence. Et aussitôt la sentence rendue par l’évêque, sans aucun intervalle, elle fut conduite au feu ; il n’a pas remarqué qu’une sentence eût été rendue par un juge laïc, car elle fut aussitôt conduite au feu ; placée dans ce feu, elle cria plus de six fois Jésus
et surtout dans son dernier souffle elle cria à haute voix Jésus
, si bien que tous les assistants purent l’entendre. Il ajoute que presque tous les assistants pleuraient de pitié. Déclare enfin avoir entendu dire que les cendres, après la combustion, furent recueillies et jetées dans la Seine.
Ne sait rien d’autre sur le contenu desdits articles.
LALaurent Guesdon.
Honnête personne Laurent Guesdon, bourgeois de Rouen et avocat en cour laie, clerc marié, entendu le douzième jour de mai,
Sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, déclare avoir connu cette Jeanne seulement après qu’elle eût été amenée en la ville de Rouen, où il la vit pour la première fois. Il ne la vit plus ensuite jusqu’à la prédication de Saint-Ouen.
Sur le contenu des cinquième et sixième articles ignore avec quel zèle les juges procédèrent en ce procès ; mais croit que si Jeanne avait été du parti des Anglais, on n’aurait pas procédé pareillement contre elle.
Sur les autres articles jusqu’au vingt-troisième, sait seulement qu’elle était dans la prison du château de Rouen, 138et non dans la prison ordinaire ; mais il ignore comment et pourquoi.
Interrogé ensuite sur ce qu’il sait du contenu des articles vingt-troisième, vingt-quatrième, vingt-cinquième, vingt-sixième, vingt-septième et vingt-huitième, déclare et atteste, comme il l’a déjà dit, qu’il fut présent à la première prédication faite à Saint-Ouen ; après cette prédication le témoin sait bien qu’on recommandait à Jeanne de faire certaines choses qu’elle refusait ; mais ignore de quoi il s’agissait.
Interrogé de même sur le contenu des vingt-neuvième, trentième, trente et unième, trente-deuxième et trente-troisième articles, déclare qu’il fut présent à la dernière prédication faite au Vieux Marché de Rouen, et il s’y trouvait avec le bailli, car le témoin était alors lieutenant du bailli ; et fut prononcée une sentence par laquelle Jeanne était abandonnée à la justice séculière. Après le prononcé de cette sentence, immédiatement et sans intervalle, elle fut remise aux mains du bailli ; sans plus, et sans attendre que le bailli ou le témoin, auxquels il appartenait de rendre une sentence, l’eût fait, le bourreau saisit Jeanne et la conduisit à l’endroit où le bois avait été préparé et où elle fut brûlée. Et il lui parut que ce n’était pas de bonne procédure, car peu après un malfaiteur, nommé Georges Folenfant, fut, pareillement après sentence de la justice ecclésiastique, remis à la justice séculière ; ensuite ce Georges fut conduit à la cohue [au marché] ; là, il fut condamné par la justice séculière, et ainsi ne fut-il pas mené aussi rapidement au supplice.
Le témoin croit aussi que Jeanne est morte en catholique, car elle mourut en criant le nom du Seigneur Jésus ; et c’était grande pitié ; et presque tous les gens présents étaient émus aux larmes. Déclare en outre qu’après la mort de Jeanne, les cendres qui restaient furent recueillies par le bourreau et jetées dans la Seine. Ne sait rien d’autre, dûment interrogé, sur le contenu de ces articles.
LAMessire Jean Riquier.
Vénérable personne messire Jean Riquier, prêtre, chapelain 139en l’église de Rouen et curé de l’église paroissiale d’Heudicourt, au diocèse de Rouen, âgé d’environ quarante-sept ans, témoin cité, produit, juré et interrogé,
Sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, déclare et atteste, sous serment, savoir ce qui suit : à savoir qu’il vit cette Jeanne pour la première fois lors de la prédication faite à Saint-Ouen, et une autre fois lors de la prédication faite au Vieux Marché ; c’était une jeune fille d’environ vingt ans. Elle était, croit-il, fidèle catholique, car à son dernier jour elle demanda à recevoir le sacrement de l’eucharistie, qu’elle eut. Le témoin n’a pas eu d’autre connaissance d’elle.
Sur le contenu des cinquième, sixième, septième et huitième articles déclare vrai que Jeanne fut amenée en cette cité de Rouen et qu’un procès fut mené contre elle en matière de foi. Le témoin était alors choriste de l’église de Rouen, et parfois il entendait les prêtres de l’église parler de ce procès ; il entendit ainsi maître Pierre Morice et Nicolas Loiseleur et d’autres dont il ne se souvient pas, dire que les Anglais la craignaient au point de ne pas oser, elle vivante, et jusqu’à sa mort, mettre le siège devant la ville de Louviers ; il était nécessaire, pour plaire aux Anglais, de faire rapidement son procès afin de trouver l’occasion de la faire mourir. Il croit que tout ce qui fut fait, le fut à la demande et aux frais des Anglais. Le bruit courait alors que beaucoup des assesseurs à ce procès se seraient volontiers abstenus, et qu’ils venaient au procès plus poussés par la crainte qu’autrement.
Sur le contenu du neuvième article, déclare qu’il ne vit pas Jeanne dans sa prison, car on disait que personne n’aurait osé lui parler. Sait cependant qu’elle était au château, attachée, disait-on, par une chaîne de fer, et les Anglais la gardaient.
Sur le contenu du dixième article ne sait rien.
Sur le contenu des onzième, douzième, treizième et quatorzième articles, déclare et atteste ne pas avoir été présent au cours du procès, mais la voix publique était qu’on posait 140à Jeanne de très difficiles questions, et qu’elle demandait un délai quand elle n’osait pas répondre. Ajoute que le procès fut conduit selon la volonté des Anglais, mais très long ; et il entendit certains dire que les Anglais étaient mécontents de telles longueurs et reprochaient à quelques personnes de ne pas aller plus vite. Déclare aussi savoir, par ouï-dire, que Jeanne répondait avec sagesse, au point qu’aucun des docteurs qui l’interrogeaient n’aurait mieux répondu.
Sur le contenu des quinzième et seizième articles déclare avoir entendu de certaines personnes que Jeanne prétendait ne rien vouloir dire ou affirmer contre la foi catholique.
Sur le contenu des dix-septième, dix-huitième, dix-neuvième, vingtième, vingt et unième et vingt-deuxième articles ne sait rien dire en déposition.
Mais sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles déclare avoir été présent à la première prédication faite à Saint-Ouen, dans laquelle il entendit entre autres maître Guillaume Érard tenir sur le roi de France de méchants propos, qu’il ne se rappelle plus exactement ; alors Jeanne intervint pour défendre le roi : Ne parlez pas du roi, car c’est un bon catholique ; mais parlez de moi.
Interrogé de même sur le contenu des autres articles, déclare sous serment qu’il assista à la prédication faite au Vieux Marché, le jour où mourut Jeanne, et il croit qu’elle mourut en catholique, comme il l’a déjà dit. Il sait qu’elle fut abandonnée par les clercs, et, aussitôt, il vit les sergents et hommes d’armes anglais la prendre et la conduire directement au lieu du supplice ; il ne vit pas que quelque sentence eût été rendue par un juge séculier.
Déclare aussi et atteste que maître Pierre Morice vint la voir le matin, avant qu’elle fût conduite à la prédication du Vieux Marché ; Jeanne lui dit : Maître Pierre, où serai-je ce soir ?
Et maître Pierre répondit : N’avez-vous pas bonne confiance en Dieu ?
Elle dit que si, et qu’avec l’aide de Dieu elle serait au paradis. Cela le témoin l’a appris dudit maître Pierre. Et, ajoute-t-il, lorsque Jeanne vit mettre le feu au 141bûcher, elle se mit à crier à haute voix Jésus
, et toujours, jusqu’à sa mort, elle cria Jésus
Après sa mort les Anglais, craignant qu’on ne parlât d’évasion, dirent au bourreau de repousser un peu le feu : ainsi les assistants pourraient-ils la voir morte, et on ne raconterait pas qu’elle s’était évadée.
Déclare aussi que maître Jean Alépée, à cette époque chanoine de Rouen, qui se trouvait à côté de lui, témoin, prononça ces paroles, en pleurant beaucoup : Si mon âme pouvait être là où je crois que se trouve l’âme de cette femme !
Ne sait rien d’autre sur le contenu de ces articles.
LAJean Moreau.
Honnête personne Jean Moreau, habitant de la ville de Rouen, âgé de cinquante-deux ans, témoin cité, produit juré et interrogé le dixième jour du mois de mai sur le contenu des articles présentés en cette cause,
Et d’abord sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles déclare et atteste que lui, témoin, est natif de Viéville près de Lamothe en Bassigny, non loin de Domrémy, lieu d’origine de Jeanne. Il n’a cependant connu ni Jeanne, ni ses parents ; mais la vérité est que, à l’époque où Jeanne se trouvait auprès du roi de France, vinrent en la ville de Rouen Nicolas Saussart et Jean Chando, marchands chaudronniers, desquels il apprit comment Jeanne était partie de la région lorraine. Ils racontaient que Jeanne se rendit à Vaucouleurs voir Jean [Robert] de Baudricourt, lui assurant qu’il fallait la conduire, ou la faire conduire, auprès du roi de France, tant et si bien que Baudricourt fut content de la faire conduire auprès du roi, alors à Chinon. Quand elle y fut arrivée, on lui désigna un autre que le roi, à elle qui ne l’avait jamais vu ; mais elle dit que ce n’était pas le roi. Enfin, après examen de clercs et de docteurs, elle parla au roi. Le témoin n’eut aucune autre connaissance de Jeanne jusqu’à ce qu’il la vît à deux prédications, faites 142contre elle, à savoir l’une à Saint-Ouen, l’autre au Vieux Marché de Rouen.
Sur le contenu des cinquième et sixième articles sait seulement qu’au temps où Jeanne se trouvait dans la ville de Rouen et qu’on faisait son procès, un homme notable vint de la région lorraine à Rouen ; il rencontra le témoin parce qu’il était de son pays ; et il lui dit venir de la région lorraine jusqu’à cette cité de Rouen, parce qu’il avait été commis spécialement pour faire une information au lieu d’origine de Jeanne et savoir quelle était sa réputation ; ce qu’il avait fait et transmis au seigneur évêque de Beauvais, croyant recevoir une compensation pour son travail et ses dépenses ; mais l’évêque de Beauvais lui avait dit qu’il était un traître et un mauvais homme, et qu’il n’avait pas fait ce qu’il devait, ce qu’on lui avait enjoint de faire. L’homme se plaignit au témoin de n’avoir pu avoir son salaire, parce que ces informations ne paraissaient pas utiles à l’évêque ; il déclara au témoin n’avoir rien trouvé, par cette information sur Jeanne, qu’il n’eût désiré trouver sur sa propre sœur ; et cependant il avait fait les informations dans cinq ou six paroisses proches de la ville de Domrémy et aussi dans cette ville. D’après cet homme il avait trouvé que Jeanne était très pieuse, qu’elle fréquentait souvent une petite chapelle, où elle avait l’habitude de porter des guirlandes à une statue de la Sainte Vierge qui se trouvait là ; et parfois elle gardait les animaux de son père.
Sur le contenu des septième, huitième et neuvième articles ne sait rien.
Sur le contenu du dixième article il a entendu dire, au temps du procès, qu’elle avait été examinée pour savoir si elle était vierge ou non ; et qu’on l’avait trouvée intacte.
Interrogé de même et entendu sur ce qu’il peut déclarer ou attester à propos du contenu des onzième, douzième treizième et quatorzième articles, déclare avoir seulement entendu dire ceci : elle suppliait souvent ceux qui l’interrogeaient, pour qu’elle eût à répondre seulement à l’un d’eux 143ou à deux d’entre eux, car ils la troublaient beaucoup par quantité de questions posées en même temps.
Sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles, les autres étant omis, car il ne sait rien à leur propos, déclare sous serment qu’il fut présent à Saint-Ouen, lors de la prédication faite sur Jeanne ; dans cette prédication celui qui parlait outrageait beaucoup Jeanne, lui disant qu’elle avait agi contre la majesté royale, contre Dieu et la foi catholique, qu’elle avait erré dans la foi, et que, si elle ne se détournait pas dorénavant de tels agissements, elle serait brûlée. Et il entendit en particulier Jeanne, répondre au prédicateur qu’elle avait pris un habit d’homme car elle avait à vivre parmi des hommes d’armes, avec lesquels il était plus sûr et plus convenable de se trouver en habit d’homme, plutôt qu’en habit de femme ; [ajoutant] qu’elle avait bien fait d’agir ainsi. Le témoin vit aussi à son dire qu’on lisait à Jeanne une certaine cédule, mais il ignore ce qu’elle contenait ; se souvient cependant qu’on y disait que Jeanne avait commis le crime de lèse-majesté, et qu’elle avait trompé le peuple. Il sait aussi qu’après la prédication elle fut remise à un sergent, lequel, au même lieu, la livra au bourreau, sans qu’une sentence eût été prononcée par le bailli ; elle fut conduite par le bourreau au feu, et dans ce feu il l’entendit demander de l’eau bénite. Elle criait Jésus
à haute voix. Elle demanda aussi une croix. Il a entendu dire que ce jour là, ou la veille, elle avait reçu le Corps du Christ. Ne sait rien d’autre.
LAMessire Nicolas Taquel.
Vénérable personne messire Nicolas Taquel, prêtre, curé de l’église paroissiale de Bacqueville-le-Martel, notaire impérial et de la cour de Rouen, juré, âgé d’environ cinquante huit ans, témoin produit en cette cause, reçu, juré et interrogé le onzième jour du mois de mai, l’an du Seigneur susdit mille quatre cent cinquante-six,
Et d’abord interrogé sur le contenu des premier, deuxième, 144troisième et quatrième articles, déclare qu’il eut connaissance de cette Jeanne pendant le procès intenté contre elle en matière de foi, car il fut l’un des notaires dans ce procès, bien qu’il ne fût pas présent au début, comme il appert par sa souscription ; il n’assista pas non plus à la procédure dans la grande salle ; mais il fut présent seulement quand le procès se déroula dans la prison ; et, lui semble-t-il, il commença à prendre part au procès le quatorzième jour du mois de mars de l’an du Seigneur mille quatre cent trente [et un], comme le prouvent ses lettres de commission, auxquelles il se réfère. Et, depuis cette date jusqu’à la fin du procès, il fut présent comme notaire aux interrogatoires et réponses de Jeanne, bien qu’il ne rédigeât pas ; mais il écoutait, et relatait aux deux autres notaires, à savoir Boisguillaume et Manchon, qui écrivaient, et surtout Manchon.
Et quand on lui montra le procès signé de son seing manuel, il reconnut son seing ; il confesse avoir signé ce volume et avoir certifié tous les actes auxquels il avait pris part. Il certifie aussi et reconnaît les autres seings de Manchon et Boisguillaume. Il dit aussi que ce procès fut rédigé en sa forme actuelle très longtemps après la mort de Jeanne, mais il ignore quand. Le témoin eut pour sa peine et pour son travail dix francs, bien qu’on eût dit qu’il en aurait vingt ; et ces dix francs lui furent remis par les mains d’un certain Benedicite ; mais d’où venait cette somme, il l’ignore.
Interrogé de même sur le contenu des autres articles jusqu’au vingtième article, déclare que pour ce qui touche au procès et pour le temps où il fut notaire, il s’en rapporte au procès. Pour le reste ne sait rien.
Interrogé de même sur le contenu des vingtième et vingt et unième articles, en ce qui concerne les articles [fabriqués] dont il est fait mention, déclare et atteste sous serment avoir entendu les notaires parler entre eux de certains articles qui devaient être fabriqués ; mais qui les fit, il n’en sait rien. Sait aussi que ces articles furent envoyés à Paris ; mais ne se souvient pas s’ils furent signés ou non ; il croit ne pas les 145avoir signés ; il n’a pas mémoire d’avoir jamais signé autre chose que le procès et la sentence.
Interrogé en outre au sujet de ces articles extraits [du procès] et vus par les juges, [pour savoir] s’il fut décidé qu’on les corrigerait, dit et déclare ne pas se le rappeler.
Et comme on lui avait montré une petite note du quatrième jour d’avril, en l’an du Seigneur mille quatre cent trente et un, laquelle prévenait que les articles, dans la forme où ils avaient été envoyés, devaient être corrigés, et au dos de laquelle ces corrections étaient portées, il confesse que cette note a été écrite de la main de maître Guillaume Manchon, et il croit avoir été présent. Il croit cependant qu’aucune correction ne fut apportée, bien que cela eût été décidé, à ce qu’il lui semble ; mais ensuite, pour quelle raison il en fut ainsi et qui s’y opposa, il n’en a plus souvenance, attendu tout le temps écoulé.
Sur le contenu de tous les articles suivants, à lui lus ensemble, déclare et atteste qu’il fut présent à Saint-Ouen, lors de la première prédication ; mais il ne se trouva pas avec les autres notaires sur l’estrade. Il était cependant assez près, et en un endroit où il pouvait entendre ce qui se faisait et ce qui se disait ; et il se rappelle bien avoir vu Jeanne quand la cédule d’abjuration lui fut lue ; elle lui fut lue par messire Jean Massieu ; c’étaient environ six lignes d’une grande écriture. Jeanne répétait après ledit Massieu. Cette lettre d’abjuration était en français et commençait par Je, Jeanne, etc.
Après cette abjuration elle fut condamnée à la prison perpétuelle et conduite au château. Déclare qu’ensuite il fut mandé pour l’interroger, à ce qu’on disait ; mais alors survint quelque tumulte et le témoin ne sait ce qui s’ensuivit. Sait cependant que plus tard il y eut une autre prédication, le jour même de la mort de Jeanne ; le matin de ce jour Jeanne reçut le Corps du Christ. Lors de cette prédication le témoin fut présent jusqu’à la fin ; une fois celle-ci achevée, Jeanne fut abandonnée à la justice séculière. Puis le témoin s’en alla et n’assista pas à la suite.
Ne sait rien d’autre, sur ce dûment interrogé.
146LAHusson Lemaistre.
Honnête personne Husson Lemaistre, laïc, de son métier chaudronnier, habitant de la ville de Rouen, âgé d’environ cinquante-huit ans, natif de Viéville, près de Lamothe en Bassigny, à trois lieues de distance de Domrémy, produit, reçu, juré et entendu par lesdits seigneurs juges et commissaires le onzième jour du mois de mai,
D’abord interrogé sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième articles, parmi ceux produits en cette cause, tous les autres étant omis, car il ne sait rien à leur sujet, déclare et atteste sous serment avoir bien connu le père et la mère de cette Jeanne ; c’étaient de bonnes et simples personnes, vivant en catholiques ; car, comme il l’a dit, il est natif de Viéville, à trois lieues de distance de la ville de Domrémy, où est née cette Jeanne et où ses père et mère habitaient. Il ne vit cependant Jeanne et n’en eut connaissance que lorsqu’elle vint à Reims, au couronnement du roi ; le témoin habitait alors cette ville. Et il y avait aussi là le père de Jeanne et sire Pierre, son frère, avec le témoin et sa femme ; ils étaient en grande familiarité, car ils étaient compatriotes, et ils appelaient sa femme voisine
.
Déclare aussi le témoin qu’il se trouvait dans son pays natal, quand Jeanne se rendit à Vaucouleurs, auprès de sire Robert de Baudricourt, pour qu’il la conduisît, ou la fît conduire, jusqu’au roi de France ; et on disait alors que c’était une grâce de Dieu, et que Jeanne était conduite par l’esprit de Dieu.
Déclare aussi que Jeanne demanda audit sire Robert de lui donner des gens pour la conduire auprès du sire dauphin, à ce qu’il entendit rapporter ; cette Jeanne dans la région était réputée bonne et honnête jeune fille ; elle avait fait autrefois un séjour chez une femme vertueuse, appelée la Rousse, demeurant à Neufchâteau ; elle se confessait volontiers et très souvent et recevait le Corps du Christ. Il a entendu dire qu’à l’époque où elle était conduite de Vaucouleurs 147auprès du roi, certains hommes d’armes qui la conduisaient faisaient semblant d’être du parti adverse ; et comme ceux qui étaient avec elle feignaient de vouloir s’enfuir elle leur disait : Ne fuyez pas, en nom Dé !
Et, comme on le racontait, lorsqu’elle arriva près du roi, elle le reconnut, bien qu’elle ne l’eût jamais vu auparavant. Elle conduisit enfin le roi sans empêchement à Reims, où le témoin vit Jeanne ; et de la ville de Reims le roi vint à Corbigny, puis à Château-Thierry, qui se rendit au roi ; et là, vint le bruit que les Anglais arrivaient pour livrer bataille au roi ; Jeanne cependant dit aux hommes du roi de ne rien craindre, que les Anglais ne viendraient pas. Ne sait rien d’autre, sur ce dûment interrogé.
LAPierre Daron.
Honorable personne Pierre Daron, lieutenant du seigneur bailli de Rouen, témoin produit, reçu, juré et entendu par le seigneur inquisiteur en présence des notaires de cette cause, et sur mandat des autres seigneurs juges, le treizième jour du mois de mai, disant être âgé d’environ soixante ans,
Et d’abord interrogé sur ce qu’il peut déclarer ou attester à propos du contenu des premier, deuxième, troisième articles, dit et déclare sous serment avoir eu connaissance de Jeanne seulement quand elle fut amenée en la ville de Rouen ; le témoin était alors procureur de la ville de Rouen ; il avait une grande curiosité de voir Jeanne et cherchait un moyen favorable pour la voir. Il rencontra Pierre Manuel, un avoué du roi d’Angleterre, qui désirait également beaucoup la voir, et ils partirent ensemble pour cela ; ils la trouvèrent au château, dans une tour, enchaînée, dans des entraves, avec une grosse pièce de bois par les pieds ; et elle avait plusieurs gardes anglais. Ce Manuel s’entretint avec Jeanne, en présence du témoin, lui disant, par plaisanterie, qu’elle ne serait pas venue là, si elle n’y avait été amenée ; et il lui demanda si elle savait bien, avant sa capture, qu’elle allait être prise. Elle répondit qu’elle s’en doutait bien. Et comme on lui demandait ensuite pourquoi, si elle prévoyait sa capture, 148elle ne se tenait pas sur ses gardes le jour où elle fut prise, elle répondit qu’elle ne connaissait ni le jour, ni l’heure, ni quand cela arriverait. Ils ne parlèrent pas davantage avec elle. Déclare aussi l’avoir vue une autre fois, pendant le procès engagé contre elle, quand on la conduisait de la prison à la grande salle du château.
Sur le contenu des cinquième, sixième, septième et huitième articles ne sait rien, sinon que certains furent blâmés par les Anglais, car ils refusaient de participer à ce procès, et surtout maître Nicolas de Houppeville.
Sur le contenu du neuvième article ne sait rien, si ce n’est, comme il l’a dit plus haut, qu’il la vit dans sa prison, dans une tour, attachée avec une grosse pièce de bois par les pieds.
Sur le contenu des dixième, onzième, douzième, treizième et quatorzième articles déclare bien se rappeler que plusieurs clercs furent rassemblés pour le procès ; et les notaires de ce procès étaient maître Pierre Manchon et messire Guillaume Colles, autrement nommé Boisguillaume ; mais dans quel esprit agissaient-ils, il n’en sait rien. Déclare cependant avoir entendu dire par certains, au cours du procès, que Jeanne dans ses réponses faisait merveille et qu’elle avait une mémoire surprenante ; en effet interrogée une fois sur un point déjà traité, même huit jours après, elle répondait : J’ai été interrogée tel jour
, ou il y a huit jours que j’ai été interrogée là-dessus et j’ai répondu ainsi
. Boisguillaume, l’un des notaires, déclarant qu’elle n’avait pas répondu, mais certains des assesseurs prétendant que Jeanne disait vrai, on fit lecture de la réponse au jour indiqué, et on trouva que Jeanne avait raison ; Jeanne s’en réjouit et dit à Boisguillaume que, s’il se trompait une autre fois, elle lui tirerait l’oreille.
Sur les articles suivants, du quinzième au vingt-troisième, ne sait rien.
Sur le contenu des vingt-troisième, vingt-quatrième et vingt-cinquième articles déclare qu’il fut présent au sermon 149fait à Saint-Ouen, mais ne saurait rien en dire, car il était très loin, aussi ne pouvait-il rien entendre.
Sur le contenu du vingt-sixième article déclare, d’après le bruit courant alors, qu’elle fut amenée après la première sentence à prendre des vêtements d’homme.
Sur le contenu des vingt-septième et vingt-huitième articles ne sait rien.
Sur le contenu des autres articles déclare et atteste qu’il fut présent au sermon fait au Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut ; il la vit livrer et remettre à la justice séculière, et, après avoir été ainsi livrée, sans aucun délai et sans autre sentence d’un juge laïc, elle fut remise au bourreau et conduite sur une estrade où avait été préparé le bûcher pour la brûler. Il croit qu’elle termina sa vie en catholique, car elle faisait plusieurs pieuses exclamations et lamentations, invoquant le nom du Seigneur Jésus ; et il l’entendit dire, entre autre paroles : Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma maison ?
On avait grande pitié d’elle, et plusieurs étaient émus aux larmes ; et beaucoup étaient mécontents qu’elle eût été exécutée dans la ville de Rouen. Sait aussi que Jeanne, jusqu’à son dernier moment, criait toujours Jésus !
Il ajoute qu’ensuite ses cendres et ses restes furent assemblés et jetés dans la Seine. Ne sait rien d’autre.
LAFrère Seguin de Seguin.
Frère Seguin de Seguin, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des frères prêcheurs, doyen de la faculté de théologie à l’Université de Poitiers, âgé d’environ soixante-dix ans, juré, interrogé et entendu d’office par les seigneurs juges et pour leur plus complète information le quatorzième jour du mois de mai,
Et d’abord sur le contenu des premier, deuxième, troisième et quatrième des articles produits en cette cause, surtout sur la connaissance qu’eut le témoin de ladite Jeanne, dit et déclare sous serment savoir ce qui suit.
Avant même d’avoir vu Jeanne, il avait entendu parler 150d’elle par maître Pierre de Versailles, professeur de théologie sacrée, lors de son décès évêque de Meaux. Ce dernier avait entendu dire par quelques hommes d’armes qu’ils étaient allés à la rencontre de Jeanne, venant auprès du roi, et qu’ils s’étaient mis en embuscade pour la capturer et la détrousser, elle et ses compagnons ; mais, alors qu’ils pensaient le faire, ils n’avaient pu se mouvoir du lieu où ils se trouvaient, et ainsi Jeanne s’était éloignée avec ses compagnons sans dommage.
Déclare qu’il la vit pour la première fois dans la ville de Poitiers ; le conseil du roi était alors assemblé dans la maison d’une certaine La Macée, dans la ville de Poitiers, et parmi ceux du conseil se trouvait le seigneur archevêque de Reims, alors chancelier de France. Ils firent venir le témoin, maîtres Jean Lombart, professeur de théologie sacrée à l’Université de Paris, Guillaume Le Marié, chanoine de Poitiers, bachelier en théologie, Guillaume Aymeri, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des frères prêcheurs, frère Pierre Turelure, maître Jacques Maledon, et plusieurs autres, dont il ne se rappelle plus les noms ; ils leur dirent qu’ils étaient délégués par le roi pour interroger Jeanne, et pour relater au conseil du roi leur impression sur elle ; et ils les envoyèrent à la maison de maître Jean Rabateau, dans la ville de Poitiers, où était hébergée Jeanne, afin de l’examiner. Une fois arrivés là, les délégués posèrent plusieurs questions à Jeanne ; et entre autres questions maître Jean Lombart lui demanda pourquoi elle était venue, car le roi voulait bien connaître ce qui l’avait poussée à venir le voir ; elle répondit de belle manière que, en gardant des animaux, une voix lui était parvenue, et lui dit que Dieu avait grande pitié du peuple de France et qu’il fallait qu’elle vînt en France. Ayant entendu cela, elle s’était mise à pleurer ; alors la voix lui avait dit d’aller à Vaucouleurs, et là elle trouverait un capitaine qui la conduirait avec sécurité en France et vers le roi, et elle ne devait pas avoir de doute ; ainsi avait-elle fait, et elle était arrivée auprès du roi sans aucun empêchement. Puis maître Guillaume Aymeri l’interrogea : Tu as déclaré 151que la voix t’a dit la volonté de Dieu de délivrer le peuple de la France du malheur où elle se trouve. S’il veut le délivrer, il n’est pas besoin d’avoir des hommes d’armes.
Jeanne répondit alors : En nom Dé, les gens d’armes batailleront et Dieu donnera victoire.
De cette réponse fut content maître Guillaume.
Le témoin lui demanda quel langage parlait la voix s’adressant à elle ; elle lui répondit que c’était un meilleur langage que le sien, le témoin parlant le limousin. Il lui posa une autre question, à savoir si elle croyait en Dieu ; elle répondit oui, et mieux que le témoin. Alors le témoin dit à Jeanne que Dieu ne voulait pas qu’on crût en elle, si rien ne montrait qu’on dût lui faire créance ; et qu’eux, conseillers, ne recommanderaient pas au roi de lui confier des hommes d’armes, sur ses simples affirmations, et de les mettre en danger, à moins qu’elle n’eût autre chose à avancer. Elle répondit : En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signes ; mais menez-moi à Orléans, je vous montrerai les signes prouvant pour quoi je suis envoyée
; elle demanda que des hommes lui fussent confiés, le nombre qu’il leur paraîtrait convenable ; et elle irait à Orléans. Elle annonça alors au témoin et aux autres assistants quatre événements qui étaient encore à venir, et qui arrivèrent peu après. D’abord que les Anglais seraient battus, le siège mis devant Orléans levé, et la ville délivrée des Anglais ; auparavant toutefois elle ferait une semonce aux Anglais. Deuxièmement elle déclara que le roi serait sacré à Reims. Troisièmement que la ville de Paris rentrerait dans l’obéissance au roi de France ; enfin que le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre. Toutes choses que le témoin a vu s’accomplir. Les délégués rapportèrent tout cela au conseil du roi, et furent d’avis, attendu la nécessité pressante et le danger où se trouvait la ville d’Orléans, que le roi pouvait s’aider de Jeanne et l’envoyer à Orléans.
Le témoin et les autres délégués enquêtèrent également sur la vie et les mœurs de Jeanne, et ils trouvèrent que c’était une bonne chrétienne, qu’elle vivait en catholique 152et que jamais on ne la trouvait oisive. Et même, pour être mieux informé de son comportement, des femmes lui furent attachées qui rapportèrent au conseil ses faits et gestes. Et le témoin croit que cette Jeanne fut envoyée par Dieu, attendu que le roi et les sujets dans son obéissance n’avaient plus aucun espoir ; tous au contraire croyaient à la défaite. Se rappelle bien aussi qu’on demanda à Jeanne pourquoi elle avait un étendard ; elle répondit qu’elle ne voulait pas se servir de son épée, ni tuer quelqu’un.
Le témoin déclare aussi que Jeanne était très irritée quand elle entendait jurer le nom de Dieu en vain, et qu’elle avait horreur de ceux qui juraient ainsi ; car elle disait à La Hire, qui avait l’habitude de dire beaucoup de jurons et de renier Dieu, qu’il reniât son bâton. Et ensuite ce La Hire, en présence de Jeanne eut coutume de renier son bâton.
Le témoin ne sait rien d’autre.
LAV. Déposition de sire Jean d’Aulon reçue a Lyon
Après s’ensuit la déposition de noble homme le sire Jean d’Aulon, chevalier, entendu sur l’ordre de révérendissime père dans le Christ l’archevêque de Reims, par religieuse personne frère Jean des Prés, maître ès saintes Écritures, de l’ordre des frères prêcheurs de Lyon, et vice-inquisiteur général de la perversité hérétique au royaume de France.
À révérendissimes pères dans le Christ et seigneurs, les seigneurs archevêque de Reims et l’évêque de Paris, commissaires délégués en cette affaire par l’autorité apostolique, frère Jean des Prés, maître en théologie sacrée, de l’ordre des prêcheurs de Lyon et vice-inquisiteur général de la perversité hérétique au royaume de France, due révérence et honneur. Sachez, mes seigneurs révérendissimes, et sachent tous que, l’an du Seigneur mille quatre cent cinquante-six, indiction quatrième commencée cette année, 153le vingt-huitième jour du mois de mai, devant moi et les deux notaires publics ayant souscrit avec leurs seings, s’est présenté en notre couvent de Lyon noble et puissante personne, le sire Jean d’Aulon, chevalier, conseiller et maître de l’hôtel de notre sire le roi de France, et son sénéchal de Beaucaire. Il m’a exposé oralement ce que vous, révérendissime père dans le Christ, seigneur archevêque de Reims, lui aviez mandé par vos lettres missives : à savoir que ce seigneur sénéchal, ayant été quelque temps, comme vous le savez, en la compagnie de défunte Jeanne, appelée habituellement la Pucelle, en ce royaume de France, ait à dire, déclarer et attester, devant moi et deux notaires publics, ce qu’il avait appris et vu au sujet de la vie, des mœurs, du comportement et des actes de cette Jeanne, pour en informer vos révérendissimes paternités, comme cela est indiqué plus au long dans les lettres missives susdites de révérendissime seigneur l’archevêque de Reims, présentées par le sire sénéchal, dont teneur suit.
[Texte en français inséré dans le procès]
Et aussitôt le sire sénéchal, ayant prêté d’abord serment en mes mains de dire et attester la vérité sur ce qui suit, dit, déclara et attesta sous serment, en présence de moi, vice-inquisiteur et desdits maîtres notaires, ce qui est écrit ci-dessous en langue vulgaire.
[Texte en français inséré dans le procès]
Que la présente déposition ait été ainsi faite en témoignage par le susdit sire sénéchal devant moi, vice-inquisiteur, et en présence des deux notaires souscrits, moi, vice-inquisiteur, je l’atteste et le certifie par cet instrument, reçu des propres mains des deux notaires souscrits, muni de leurs seings manuels, avec comme preuve l’apposition de mon sceau propre, dont j’use en mes fonctions de vice-inquisiteur ; le jour, l’an, l’indiction et le pontificat susdits.
154LASuivent les souscriptions des notaires.
Comme il est contenu ci-dessus, a déposé et témoigné le précité Jean d’Aulon devant le seigneur vice-inquisiteur, en présence de moi, Hugues Belièvre, clerc, citoyen de Lyon, notaire public par autorité apostolique, et juré de la cour de l’officialité de Lyon, avec l’apposition ici en témoignage de mon seing manuel, qui est tel. Ainsi signé : H. Belièvre.
De même, comme il est écrit ci-dessus, a déposé et témoigné le précité Jean d’Aulon, devant le seigneur vice-inquisiteur, en présence de moi, Bartholomé Bellièvre, citoyen de Lyon, notaire public par autorité apostolique et juré de la cour de l’officialité de Lyon, et en outre en présence du précité Hugon Belièvre, par la même autorité notaire et juré. Avec le témoignage de mon seing manuel, dont j’use dans de tels précédents. Ainsi signé : B. Bellièvre.
Collation faite : Lecomte. Ferrebouc.