Procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Séance du 22 février (Procès d’office)

Toutes les séances

(Voir le tableau de toutes les séances du procès.)

Résumé : 2e interrogatoire public

(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)

Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 48 assesseurs (dont Lemaître et 7 nouveaux).

Cauchon rappelle la présence à ses côtés du vice-inquisiteur Lemaître, invité à participer au procès, mais qui restera en retrait dans l’attente de sa pleine confirmation par l’inquisiteur de France. Celui-ci le remercie et l’invite à poursuivre le procès.

Interrogatoire
1. Jeanne est introduite et requise de prêter le même serment que la veille

— Je le fis hier votre serment ; et il vous doit bien suffire. Sur l’insistance du juge elle consent à jurer sur ce qui toucherait la foi, mais oppose les mêmes réserves que la veille, pour conclure : — Je n’ai rien fait que par révélation.

Elle est ensuite interrogée :

2. Sur son enfance

Elle dit ignorer l’âge de son départ de la maison ; avoir appris à filer et coudre ; qu’elle vaquait aux besognes familières de la maison, et n’allait pas aux champs avec les brebis et autres bêtes12. Elle évoque son séjour de quinze jours à Neufchâteau chez une dénommée La Rousse. Sur sa pratique religieuse : dit se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques.

3. Sur sa voix

Déclare qu’elle vint pour la première fois à l’âge de treize ans et qu’alors elle eut grand peur. — Et vint cette voix sur l’heure de midi environ, en temps d’été, dans le jardin de son père ; explique qu’elle est accompagnée de clarté. Dit en outre que si elle était dans un bois, elle entendrait bien ses voix venir à elle. Décrit la voix digne ; la croit envoyée de la part de Dieu ; sut après l’avoir entendu trois fois que c’était la voix d’un ange ; refuse de détailler son aspect ; dit comment elle lui commanda de se bien gouverner et de fréquenter l’église pour le salut de son âme, et lui révéla qu’elle irait en France et lèverait le siège d’Orléans.

4. Sur son séjour à Vaucouleurs

Dit que sa voix l’envoya vers Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, car celui-ci l’équiperait ; qu’elle déplora alors ne savoir ni chevaucher ni mener guerre ; qu’elle alla trouver son oncle pour qu’il l’y conduise ; qu’une fois sur place elle reconnut Baudricourt grâce à sa voix ; qu’elle lui annonça devoir aller en France ; qu’il la repoussa deux fois, mais qu’à la troisième il la reçut, et l’équipa, ainsi que la voix l’avait prédit.

5. Sur le duc de Lorraine

Dit s’être rendue à son invitation avec sauf-conduit ; qu’il l’interrogea sur sa santé à quoi elle répondit qu’elle n’en savait rien ; mais qu’elle lui demanda son fils et des gens pour aller en France, avant de s’en retourner à Vaucouleurs.

6. Sur son départ de Vaucouleurs

Dit que Baudricourt lui donna une épée et une escorte : un chevalier, Jean de Metz, un écuyer, Bertrand de Poulengy et quatre serviteurs, qui jurèrent de la mener bien et sûrement ; qu’il la salua une dernière fois : — Va, et advienne que pourra ! ; qu’elle gagna la ville de Saint-Urbain et coucha en l’abbaye ; qu’elle passa par Auxerre où elle entendit la messe ; et que fréquemment entendait ses voix.

7. Sur son habit d’homme

Refuse de répondre qui le lui fit prendre, tergiverse, finit par dire que de cela elle ne chargeait personne.

8. Sur le duc d’Orléans13

Affirme que Dieu l’aime et qu’elle avait eu plus de révélations sur lui que sur homme vivant, excepté [son roi].

9. Sur sa lettre aux Anglais devant Orléans

En confirme la teneur (qu’ils s’en allassent) sauf à deux endroits : Rendez à la Pucelle au lieu de Rendez au roi et l’ajout des mots corps pour corps et chef de guerre.

10. Sur son arrivée à Chinon

Dit qu’elle arriva sans incidents ; fit halte à Sainte-Catherine-de-Fierbois d’où elle envoya prévenir le roi ; arriva à Chinon à midi et l’alla trouver après dîner.

11. Sur sa rencontre avec le roi

Dit qu’elle le reconnut grâce à sa voix et qu’elle lui annonça vouloir aller faire la guerre contre les Anglais ; évoque plusieurs apparitions et belles révélations mais refuse de les décrire : — Envoyez vers le roi, et il vous le dira. ; dit que les voix l’avaient assurée qu’elle serait reçue ; que les proches du roi, dont Charles de Bourbon, entendirent et virent les voix.

12. Sur sa voix

Dit l’entendre quotidiennement ; qu’elle ne lui demande d’autre récompense que le salut de son âme ; que le jour de l’assaut devant Paris sa voix lui avait demandé de demeurer à Saint-Denis, ce qu’elle aurait fait si des capitaines ne l’avaient emmenée contre sa volonté ; qu’elle fut blessée devant Paris où elle fit faire une escarmouche un jour de fête, et guérit en cinq jours.

Notes

  1. [12]

    Pour Valet de Viriville, il ne faut sans doute pas comprendre que Jeanne vaquait aux besognes de la maison et n’allait pas aux champs avec les bêtes, mais qu’elle y vaquait lorsqu’elle n’allait pas aux champs avec les bêtes. Champion semble corroborer cette interprétation puisqu’il précise en note : Au témoignage de tous les paysans qui déposèrent au procès de réhabilitation, Jeanne allait à la charrue avec son père, bêchait, gardait les vaches et les porcs, vaquait aux soins du ménage comme toutes les autres filles du village. (note 123).

  2. [13]

    Le duc d’Orléans, cousin de Charles VII et l’un des plus grands prince français était alors détenu en Angleterre depuis la bataille d’Azincourt (1415). Il tua l’ennui de ses vingt-cinq années de captivité en composant une œuvre poétique considérable.

Composition du tribunal

(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)

Accusée

Juge

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