Procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Séance du 27 mars (Procès ordinaire)

Toutes les séances

(Voir le tableau de toutes les séances du procès.)

Résumé : lecture des articles 1 à 30 du réquisitoire

(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)

  • Article 1 : légitimité du tribunal
  • Article 2 : sorcellerie ; s’être laissée adorer
  • Article 3 : hérésie
  • Article 4 : mauvaise éducation religieuse, croyance aux fées
  • Article 5 : fréquentation de l’arbre aux fées, de la fontaine (sorcellerie)
  • Article 6 : fréquentation de l’arbre aux fées, de la fontaine (ses danses et invocations)
  • Article 7 : mandragore
  • Article 8 : séjour à Neufchâteau, mauvaise vie
  • Article 9 : procès matrimonial à Toul
  • Article 10 : visions depuis Neufchâteau, départ de Domrémy à l’insu de ses parents
  • Article 11 : vantardise sur ses trois futurs fils (un pape, un empereur et un roi)
  • Article 12 : habit d’homme (mauvaise vie)
  • Article 13 : habit d’homme (vanité)
  • Article 14 : habit d’homme (blasphème d’en faire un commandement divin)
  • Article 15 : habit d’homme (préféré la messe)
  • Article 16 : habit d’homme (refus réitérés de le retirer)
  • Article 17 : prophéties (libération d’Orléans, sacre de Reims, victoire sur les Anglais et Bourguignons) et révélations de choses cachées
  • Article 18 : exhortation à Charles VII de chercher la guerre plutôt que la paix
  • Article 19 : épée de Fierbois (l’a découverte grâce aux démons ou cachée elle-même)
  • Article 20 : ensorcellement d’objets pour qu’ils portent bonheur
  • Article 21 : lettre aux Anglais (orgueil et blasphème)
  • Article 22 : lettre aux Anglais (teneur de la lettre)
  • Article 23 : lettre aux Anglais (contenu inspiré d’esprits malins ou feint)
  • Article 24 : utilisation d’une croix ou des noms de Jésus et Marie comme code secret
  • Article 25 : usurpation de la fonction d’ange
  • Article 26 : lettre du comte d’Armagnac
  • Article 27 : lettre du comte d’Armagnac (teneur de la lettre)
  • Article 28 : lettre du comte d’Armagnac (réponse de Jeanne)
  • Article 29 : lettre du comte d’Armagnac (teneur de la réponse)
  • Article 30 : lettre du comte d’Armagnac (preuve d’insoumission à l’Église)

Salle du château de Rouen. — Cauchon, Lemaître, d’Estivet et 37 assesseurs (dont 2 nouveaux).

Remise du réquisitoire au tribunal

Jeanne est amenée. Le procureur Jean d’Estivet prend la parole et annonce aux juges que les interrogatoires de l’accusée fournissent matière à procès de foi. Il remet au tribunal l’acte d’accusation, dont il entend prouver les conclusions de chaque article, et requiert :

  1. que Jeanne soit forcée d’affirmer et jurer répondre à chacun des articles : croit ou ne croit pas ;
  2. que si elle refusait ou tergiversait, elle soit réputée comme défaillante et contumace en sa présence ;
  3. que sa contumace l’exigeant, elle soit déclarée excommuniée pour manifeste offense.

En outre, il demande à ce qu’il lui soit rapidement assigné un jour pour répondre, et que tout article non répondu soit tenu pour confessé.

Délibération sur la procédure

Sur ce, l’acte d’accusation est transmis aux assesseurs, qui se prononcent chacun à leur tour sur les requêtes du procureur :

  • Venderès :

    Approuve ; Jeanne doit être contrainte de jurer, à défaut déclarée contumace, et en conséquence excommuniée ; on procéderait alors contre elle suivant le droit ;

  • Pinchon :

    Demande à ce que les articles lui soient lus avant toute délibération ;

  • Basset :

    Que les articles lui soient lus avant l’excommunication ;

  • Garin :

    Que les articles lui soient lus ;

  • La Fontaine :

    Comme Venderès ;

  • Ducrotay :

    Qu’on lui donne un délai d’au moins trois jours avant de l’excommunier, et qu’on la tienne convaincue si elle refuse de jurer ;

  • Ledoux :

    Comme du Ducrotay ;

  • Deschamps :

    Qu’on lui lise les articles et qu’elle ait délai pour répondre ;

  • Barbier :

    Comme Deschamps ;

  • L’abbé de Fécamp :

    Qu’elle soit tenue de dire la vérité sur le procès et ait délai pour répondre ;

  • Châtillon :

    Qu’elle soit tenue de dire la vérité, surtout pour les choses de son fait ;

  • Le prieur de Longueville :

    Qu’elle puisse répondre autrement que par croit ou ne croit pas lorsqu’elle ne sait pas ;

  • Beaupère :

    Que pour les choses certaines et de son fait elle soit tenue de répondre, que pour les autres elle ait délai ;

  • Touraine :

    Comme Beaupère ;

  • Midi :

    Comme Beaupère ; et quant à l’obliger à jurer, s’en rapporte aux juristes ;

  • Duquesnay :

    Comme l’abbé de Fécamp ;

  • Nibat :

    S’en rapporte aux juristes quant aux articles ; sur le serment, qu’elle jure sur les choses qui touchent le procès et la foi, et puisse demander délai sur les autres ;

  • Lefèvre :

    S’en rapporte aux juristes ;

  • Maurice :

    Qu’elle réponde ce qu’elle sait ;

  • Feuillet :

    Qu’elle réponde par serment ;

  • Guesdon :

    Comme Feuillet ;

  • Courcelles :

    Qu’elle soit tenue de répondre ; qu’elle réponde tandis qu’on lui lit les articles ; qu’elle puisse avoir délai ;

  • Marguerie :

    Qu’elle jure sur ce qui touche au procès ; qu’elle ait délai pour les autres ;

  • Gastinel :

    Qu’elle soit tenue de jurer ; quant à quoi faire si elle refusait, il demande d’abord à compulser ses livres ;

  • Morel et Duchemin :

    Qu’elle soit tenue de jurer.

Déclarations du procureur et de Jeanne

Après délibération il est décidé que les articles lui seront lus en français, qu’elle répondrait ce qu’elle saurait, et qu’elle pourrait demander un délai raisonnable. Ceci fait, le procureur garantit solennellement aux juges la bonne foi de l’acte d’accusation.

Cauchon s’adresse alors à Jeanne pour l’assurer des bonnes dispositions du tribunal qui cherchera, non pas vengeance ou punition corporelle, mais son instruction et son retour à la voie de vérité et de salut. Il lui offre de se choisir un ou plusieurs assistants parmi les assesseurs, puis la somme de prêter serment.

Jeanne remercie Cauchon et toute la compagnie de leurs bonnes intentions, mais décline l’offre d’assistance : — Je n’ai point intention de me départir du conseil de Notre Seigneur. Quant au serment que vous voulez que je fasse, je suis prête à jurer de dire la vérité sur tout ce qui touchera votre procès. Puis elle jure la main sur les Évangiles.

Lecture du réquisitoire et réponses de Jeanne

La parole est donnée à Me Thomas de Courcelles, chargé de lire les 70 articles de l’acte d’accusation. [La lecture s’étalera sur deux séances, 1 à 30 le jour-même, 31 à 70 le lendemain].

Celui-ci s’adresse au tribunal et commence par un préambule où il rappelle la capture de Jeanne dans la diocèse de Beauvais, c’est-à-dire dans la juridiction de Cauchon, sa remise par le roi de France et d’Angleterre en tant que sujette, justiciable et corrigible, et l’objet de son procès, à savoir : qu’elle soit dénoncée et déclarée sorcière, sortilège, devineresse, pseudo-prophétesse, invocatrice des esprits malins et conjuratrice, superstitieuse, impliquée et adonnée aux arts magiques, mal pensante dans notre foi catholique, schismatique, […] sceptique et dévoyée, sacrilège, idolâtre, apostate de la foi, maudite et malfaisante, blasphématrice envers Dieu et ses saints, scandaleuse, séditieuse, perturbatrice de paix et y faisant obstacle, poussant à la guerre, cruellement assoiffée de sang humain, incitant à le répandre, ayant abandonné complètement, sans vergogne, la décence convenable à son sexe, et pris sans pudeur un habit difforme et l’état des hommes d’armes, […] prévaricatrice des lois divine et naturelle et de la discipline ecclésiastique, séductrice des princes et du populaire, ayant permis et consenti, au mépris et dédain de Dieu, qu’on la vénérât et l’adorât, en donnant ses mains et ses habits à baiser ; hérétique ou du moins véhémentement suspecte d’hérésie ; et que pour tout cela elle soit punie et corrigée, comme se propose de le prouver le procureur.

Le procureur précise qu’il n’entend pas prouver le superflu mais juste le nécessaire.

[Ici commence l’énumération des 70 articles de l’acte d’accusation. Le procès-verbal fait suivre leur énoncé de la réponse de Jeanne puis des objections du procureur. Ainsi la plupart des articles se présentent sous cette forme : accusation — réponse — objections.]

Article 1
légitimité du tribunal

Rappelle la mission de gardien de la foi de l’évêque en son diocèse, laquelle mission s’applique aux faits nommés en préambule. — Jeanne reconnaît au pape et aux évêques cette mission, mais de ses faits ne se soumet qu’à l’Église du ciel, c’est assavoir à Dieu, à la Vierge Marie et aux saints et saintes de Paradis, et nie avoir défailli ou le vouloir.

Article 2
sorcellerie ; s’être laissée adorer

Accuse Jeanne de sorcellerie, divination, pactes avec les démons, etc. ; de s’être laissée adorer ; d’avoir vanté ces pratiques pour bonnes ; de s’y être adonnée depuis son plus jeune âge et jusqu’au jour même de sa capture. — Jeanne nie tout ; et si elle admet que certains cherchèrent à lui baiser les mains, elle ne l’a jamais encouragé. — Or le 3 mars elle reconnut avoir laissé venir à elle les pauvres ; le 10 mars elle reconnut avoir eu révélation prémonitoire de sa capture.

Article 3
hérésie

Accuse Jeanne d’hérésies nombreuses et répétées. — Jeanne nie et affirme avoir toujours cherché à soutenir l’Église.

Article 4
mauvaise éducation religieuse, croyance aux fées

Rappelle que Jeanne est née à Domrémy, qu’elle a pour père Jacques d’Arc, pour mère Isabelle, et l’accuse de ne pas avoir été éduquée dans la foi mais au contraire dans la croyance à la magie et aux fées, et ce par de vieilles dames et par sa marraine. — Jeanne confirme les informations sur son origine ; mais dit ignorer ce que sont les fées, et avoir reçu une bonne éducation religieuse ; quant à sa marraine, s’en rapporte à ce qu’elle a déjà dit. Requise de dire le Credo, elle répond : Demandez au confesseur à qui je l’ai dit.

Article 5
fréquentation de l’arbre aux fées, de la fontaine (sorcellerie)

Mentionne l’arbre aux fées, la fontaine, et les coutumes de sorcellerie autour. — Sur l’arbre, Jeanne renvoie à son interrogatoire, le reste elle le nie. — Or le 14 février elle répondit que certains malades buvaient l’eau de la fontaine pour guérir, et qu’elle même en avait bu ; le 1er mars que ses saintes lui étaient apparues près de la fontaine ; le 17 mars que sa marraine qui a vu les fées jouit d’une bonne réputation, qu’elle-même ignore ce que sont les fées, qu’elle entendit dire que ceux qui les suivaient y allaient le jeudi, mais que jamais elle n’y alla, qu’elle n’y croit pas et pense que c’est sorcellerie.

Article 6
fréquentation de l’arbre aux fées, de la fontaine (ses danses et invocations)

Accuse Jeanne d’être souvent venue à l’arbre et à la fontaine, de nuit ou à l’heure de la messe pour être seule, d’avoir dansé autour, accroché des couronnes de fleurs et fait des invocations. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 24 février elle parla de l’arbre, des malades guéris, de ses visites avec les autres jeunes filles du village, des couronnes de fleurs, des rumeurs de fées, de sa marraine qui les aurait vues, de ce qu’elle alla moins à l’arbre après avoir eu ses premières révélations, d’une rumeur qu’elle démentit associant ses révélations à l’arbre, et des questions qu’on lui fit sur la prophétie qu’une pucelle du bois chênu sauverait la France.

Article 7
mandragore

Accuse Jeanne d’avoir porté une mandragore pour s’attirer bonne fortune. — Jeanne le nie absolument. — Or le 1er mars elle évoqua l’existence d’une mandragore au village, enterrée quelque part sous un arbre ; mais nia l’avoir jamais vu, ni cru en ses pouvoirs.

Article 8
séjour à Neufchâteau, mauvaise vie

Évoque la fugue de Jeanne vers l’âge de 15 ans et son séjour à Neufchâteau dans l’auberge d’une dénommée La Rousse, et l’accuse d’y avoir fréquenté des jeunes femmes sans retenue et des soldats, mené les bêtes, et appris à monter à cheval et à manier les armes. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 22 février elle parla de son séjour chez La Rousse où elle aida dans les tâches ménagères mais n’alla pas aux champs ; le 24 février, dit avoir déjà répondu sur les bêtes, précise qu’en grandissant elle ne les gardait plus mais les menait parfois au pré.

Article 9
procès matrimonial à Toul

Évoque le procès matrimonial à Toul et l’accuse d’avoir fait citer un jeune homme qui refusait de l’épouser après qu’il eut vent de sa fréquentation desdites femmes [de l’article 8]. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 12 mars, elle expliqua que c’est l’homme qui la fit citer et non l’inverse, qu’elle n’avait rien promis, et que ses voix l’assurèrent qu’elle gagnerait son procès.

Article 10
visions depuis Neufchâteau, départ de Domrémy à l’insu de ses parents

Rapporte les visions et révélations qu’elle eut depuis son départ de chez La Rousse, notamment qu’elle ferait lever le siège d’Orléans, couronner son roi, et chasser les adversaires du royaume de France ; et comment, sans l’aval de ses parents, elle s’en alla trouver Baudricourt, fut repoussée deux fois avant d’être reçue à la troisième. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 22 février elle décrivit comment elle entendit sa voix pour la première fois à 13 ans ; dit qu’elle l’entendit souvent depuis son départ et qu’elle la croyait de Dieu ; que celle-ci l’édifia dans la religion et lui annonça sa mission pour la France et sa visite à Baudricourt. Le 24, dit que sa voix venait plusieurs fois par jour, encore la veille et le matin même, et confirma la première apparition à 13 ans. Le 27, parla de saint Michel, de ses saintes et de leurs apparitions. Le 1er mars, confirma la venue des saintes la veille et le jour même. Le 12, dit avoir caché son départ à ses parents contre l’avis de ses saintes ; évoqua le songe de son père quant à son départ, précisa leur avoir toujours obéi, sinon pour le procès de Toul et à l’occasion de son départ qui leur causa grand chagrin.

Article 11
vantardise sur ses trois futurs fils (un pape, un empereur et un roi)

Rapporte que Jeanne se serait vantée à Baudricourt qu’elle aurait trois fils, lesquels deviendraient pape, empereur et roi ; que celui-ci lui aurait alors proposé de lui en faire un sur-le-champ, ce qu’elle déclina arguant que le Saint-Esprit y œuvrera ; et que ce témoignage vient de Baudricourt lui-même. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie s’être vantée qu’elle aurait trois enfants. — Or le 12 mars, elle dit qu’avant Orléans ses voix l’appelèrent Jehanne la Pucelle, fille de Dieu35.

Article 12
habit d’homme et mauvaise vie

Affirme que Baudricourt, bien à contre-cœur, arma et habilla Jeanne en homme ; [s’en suit une description détaillée de son équipement et de son apparence, dont sa coupe de cheveux taillés en rond à la façon des pages] ; que Jeanne s’entraîna ensuite avec des soldats, assurant en cela qu’elle remplissait le commandement de Dieu. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. Interrogée si prendre un habit d’homme de guerre était un commandement de Dieu, s’en rapporte à son interrogatoire. — Or le 22 février, elle parla de sa visite à Baudricourt, comment il prépara son départ vers le roi conformément aux révélations, de sa prise d’habit d’homme, de sa visite au duc de Lorraine, puis des étapes de son voyage. Le 27, dit que l’habit d’homme est peu de chose, qu’elle ne le prit non par ordre de Baudricourt mais par commandement de Dieu et qu’elle pense avoir bien fait. Le 12 mars, répond comme ci-dessus. Le 17 mars, dit s’en remettre à Dieu tant pour l’habit que pour le reste.

Article 13
habit d’homme et vanité

Accuse Jeanne de blasphème puisqu’elle attribue à Dieu des prescriptions contraires à la loi divine, en affirmant notamment s’être habillée avec indécence [habit d’homme] et richesse [énumération d’une somptueuse garde-robe] par son commandement. — Jeanne nie avoir jamais blasphémé. — Or le 27 février elle affirma avoir tout fait par commandement de Dieu. Le 3 mars, dit ne plus se souvenir si le roi l’interpella sur son habit d’homme ; et qu’elle ne pensait pas être en état de péché mortel pour avoir porté un tel habit.

Article 14
habit d’homme et blasphème d’en faire un commandement divin

Accuse Jeanne de faire injure à Dieu en affirmant bien faire de porter un habit d’homme et refuser de le retirer sans son commandement. — Jeanne nie mal servir Dieu et annonce une réponse pour le lendemain. — Or le 24 février elle avait dit consentir à prendre un habit de femme contre sa libération, et sinon qu’elle garderait l’actuel puisqu’il plaît à Dieu. Le 12 mars, nia avoir jamais pensé mal faire en portant un habit d’homme. Le 17 mars, interrogée sur l’apparente contradiction de consentir à porter une chemise de femme, tout en prétendant que Dieu lui commandait un habit d’homme, répondit qu’il suffisait que la chemise soit longue.

Article 15
habit d’homme préféré la messe

Rappelle qu’il fut proposé à Jeanne d’accéder à sa demande d’entendre la messe contre son renoncement définitif à porter un habit d’homme, mais qu’elle préféra renoncer à la messe qu’à son habit, prouvant ainsi son endurcissement au mal. — Jeanne répond préférer mourir que désobéir à un commandement de Dieu. Le tribunal réitère la proposition, qu’elle refuse à nouveau. Quant à l’article elle atteste que cette proposition lui a bien été faite et nie le reste. — Or le 15 mars, elle dit accepter la proposition de retirer son habit d’homme pour la durée de la messe, mais qu’elle le remettrait ensuite ; qu’elle consultera son conseil au sujet d’un retrait définitif, et requérait d’ici là de pouvoir entendre la messe sans en changer. Le 17, dit préférer mourir que de laisser son habit d’homme sans commandement de Dieu, tout en doutant que Dieu permît sa mort ; que si elle était libérée en habit de femme, elle reprendrait aussitôt son habit d’homme, et que jamais ne s’engagerait à ne plus le prendre ou à ne plus s’armer, si cela était contraire au commandement de Dieu.

Article 16
habit d’homme et refus réitérés de le retirer

Relève que Jeanne avait déjà rejeté tous les appels à s’habiller et à se comporter en femme depuis sa capture, comme à Beaurevoir ou à Arras. — Jeanne atteste s’être vue requise de prendre un habit de femme et avoir refusé ; quant aux autres œuvres de femme, dit qu’il y a assez d’autres femmes pour les faire. — Or le 3 mars elle dit ne plus se souvenir si les clercs qui l’examinèrent [à Poitiers] l’interrogèrent sur son habit d’homme ; attesta que chez le seigneur de Luxembourg à Beaurevoir, puis à Arras, on lui demanda qu’elle mît un habit de femme et s’y refusa ; ajouta que la demoiselle du Luxembourg demanda au seigneur de ne pas la livrer aux Anglais36 ; refusa d’indiquer laquelle de ses voix lui commanda de prendre l’habit d’homme.

Article 17
prophéties (libération d’Orléans, sacre de Reims, victoire sur les Anglais et Bourguignons) et révélations de choses cachées

Affirme que Jeanne fit trois promesses à son roi : qu’elle libérerait Orléans, le ferait couronner à Reims et le vengerait en tuant et chassant Anglais et Bourguignons du royaume ; et qu’elle s’en vantait et leur donnait crédit en révélant à plusieurs personnes d’autres secrets d’eux seuls connus. — Jeanne confirme avoir porté trois nouvelles à son roi, de lui rendre son royaume, de le faire sacrer et de bouter hors ses adversaires ; que de cela elle fut messagère de par Dieu, qu’il devait la mettre hardiment en œuvre, qu’elle lèverait le siège d’Orléans et que le duc de Bourgogne sera soumis de gré ou de force. Quant au fait qu’elle reconnut Baudricourt et le roi, elle renvoie à son interrogatoire. — Or le 22 février elle confessa avoir reconnu, sans les avoir jamais vus, Baudricourt à Vaucouleurs et le roi à Chinon, par le seul conseil de ses voix ; et qu’au roi elle dit vouloir aller faire la guerre contre les Anglais. Le 13 mars, affirma n’avoir jamais entendu parler de cette affaire de prêtre et de tasse d’argent.

Article 18
exhortation à Charles VII de chercher la guerre plutôt que la paix

Accuse Jeanne d’avoir incité Charles VII à faire la guerre plutôt qu’à négocier la paix, et qu’elle prétendait que c’était l’un des plus grands biens qui pût advenir à toute la chrétienté. — Jeanne répond qu’elle écrivit au duc de Bourgogne pour l’appeler à la paix ; quant aux Anglais, la paix qu’il y faut, c’est qu’ils s’en aillent ; sur le reste elle renvoie à son interrogatoire. — Or le 27 février elle expliqua avoir refusé de traiter avec le capitaine de Jargeau qui demandait un délai de quinze jours pour que les Anglais s’en allassent ; et dit ne pas se souvenir si elle consulta ses voix pour prendre cette décision.

Article 19
épée de Fierbois : l’a découverte grâce aux démons ou cachée elle-même

Accuse Jeanne d’avoir consulté les démons au sujet de l’épée de l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, et de l’avoir cachée elle-même afin de duper les gens par cette mise en scène d’une fausse révélation. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 27 février elle confirma avoir séjourné à Sainte-Catherine-de-Fierbois avant d’arriver à Chinon ; dit aussi que c’est depuis Chinon ou Tours qu’elle envoya chercher l’épée après avoir été informée de sa présence par ses voix ; elle décrivit son exhumation, les fourreaux, comment elle la porta continuellement jusqu’à son départ de Saint-Denis ; dit n’avoir jamais fait bénir l’épée, et bien l’aimer car on l’avait trouvée dans l’église de sainte Catherine qu’elle aimait bien. Le 17 mars, dit ignorer le sens des cinq croix sur l’épée.

Article 20
ensorcellement d’objets pour qu’ils portent bonheur

Accuse Jeanne d’avoir ensorcelé son anneau, son étendard, l’épée de Sainte-Catherine-de-Fierbois et d’autres accessoires distribués aux soldats, affirmant qu’ils donneraient victoire et assureraient protection et bonne fortune à ceux qui les porteraient ; le fit notamment la veille de sa capture à Compiègne et lors de l’assaut de Paris, où les siens subirent de lourdes pertes. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie toute sorcellerie ; quant au bonheur de son étendard, s’en remet à Dieu. — Or le 27 février elle nia avoir jamais posé son épée sur un autel, ou alors non pour qu’elle fût plus fortunée ; dit que lors de sa capture c’est une autre épée, prise à un Bourguignon, qu’elle portait. Le 1er mars, parla de ses deux anneaux mais nia avoir jamais soigné ni guéri personne avec. Le 3 mars, dit que plusieurs seigneurs firent leur étendard à l’image du sien, mais qu’elle ne commanda jamais qu’ils fussent aspergés d’eau bénite ou menés en procession. Le 17 mars, évoqua l’anneau offert par ses parents, dit l’avoir porté à la guerre en leur honneur ; dit aussi l’avoir porté lorsqu’elle toucha sainte Catherine, tout en refusant de préciser quelle partie elle toucha37.

Article 21
lettre aux Anglais : orgueil et blasphème

Accuse Jeanne d’avoir par orgueil, devant Orléans, envoyé une lettre aux Anglais [reproduite à l’article 22] marquée de Jhesus Maria et de croix, alors qu’elle contenait des choses peu conformes à la foi catholique. — Jeanne nie avoir agi par orgueil mais par le commandement de Dieu, et atteste la teneur des lettres sauf trois mots. — Or le 22 février, elle reconnut l’envoi de cette lettre et sa teneur sauf trois mots. Le 3 mars, elle dit ignorer si ceux de son parti la croyaient envoyée de Dieu, mais que s’ils le croyaient n’étaient point abusés.

Article 22
lettre aux Anglais : teneur de la lettre

Reproduit la lettre aux Anglais envoyée depuis Orléans le 22 mars 1429. Dans cette lettre Jeanne s’adresse au roi d’Angleterre, au duc de Bedford [régent du royaume de France] et aux capitaine tenant le siège ; elle leur demande de quitter la France après avoir payé les dommages causés ; les menace de grandes pertes s’ils s’obstinaient ; dit être envoyée de Dieu et savoir par révélation que Charles est le vrai héritier et qu’il récupérera son royaume de manière éclatante ; les prie d’obéir, pour leur propre salut ; et entrevoit même le grand bénéfice d’une alliance entre Français et Anglais pour la chrétienté38. — Jeanne déplore que les Anglais ne l’aient pas écoutée et annonce qu’avant sept ans ils le regretteront, comme elle l’a dit ailleurs [séance du 1er mars].

Article 23
lettre aux Anglais : contenu inspiré d’esprits malins ou feint

Dit que la lettre prouve que Jeanne a : soit été inspirée d’esprits malins, soit tout inventé pour tromper les populations. — Jeanne nie l’inspiration d’esprits malins. — Or le 27 février elle dit préférer être écartelée qu’être venue en France sans le congé de Dieu.

Article 24
utilisation d’une croix ou des noms de Jésus et Marie comme code secret

Accuse Jeanne d’avoir utilisé le signe de la croix entre les noms Jhesus et Maria comme un code secret indiquant aux siens qu’il fallait comprendre l’inverse du message. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 17 mars elle dit avoir apposé les mots Jhesus Maria en imitation des clercs.

Article 25
usurpation de la fonction d’ange

Accuse Jeanne d’avoir usurpé la fonction d’ange en se disant envoyée de Dieu, même lorsqu’elle provoqua la violence et l’effusion du sang humain. — Jeanne répond qu’elle proposait toujours d’abord la paix, mais ne renonçait jamais à combattre. — Or le 24 février elle dit venir de Dieu, qu’elle n’avait rien à faire en ce procès, demandant qu’on la renvoyât à Dieu d’où elle venait. Le 17 mars, dit que Dieu l’envoya secourir le royaume de France.

Article 26
lettre du comte d’Armagnac

Rapporte que Jeanne reçut en août 1429 à Compiègne, une lettre du comte d’Armagnac. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 1er mars Jeanne fut interrogée sur cette lettre [reproduite à l’article 27] et sur sa réponse [reproduite à l’article 29], essentiellement sur la question des trois papes ; elle nia s’être jamais prononcée sur la question et affirma personnellement croire à celui de Rome.

Article 27
lettre du comte d’Armagnac : teneur de la lettre

Reproduit la lettre du comte d’Armagnac à Jeanne. Celui-ci lui présente les trois papes rivaux (Martin V, Clément VIII et Benoît XIV) et lui demande d’obtenir de Dieu qu’il lui révèle auquel obéir.

Article 28
lettre du comte d’Armagnac : réponse de Jeanne

Introduit la réponse de Jeanne.

Article 29
lettre du comte d’Armagnac : teneur de la réponse

Reproduit la lettre-réponse de Jeanne au comte d’Armagnac (envoyée de Compiègne le 22 août 1429). Jeanne y accuse réception du courrier du comte, s’excuse d’être trop occupée à faire la guerre pour pouvoir y répondre maintenant, mais s’engage à le faire dès qu’elle sera au repos à Paris et aura eu révélation sur la question du pape.

Article 30
lettre du comte d’Armagnac : preuve d’insoumission à l’Église

Accuse Jeanne, lorsqu’elle s’engagea à interroger ses voix pour savoir quel pape croire, d’avoir douté du pape unique et indubitable et d’avoir préféré son dire à l’autorité de toute l’Église. — Pour les articles 27 à 30 Jeanne renvoie à son interrogatoire.

Notes

  1. [35]

    Champion suggère que cette objection inopportune concerne l’article 25 (Champion, note 379)

  2. [36]

    Cette démarche n’a pas été consignée dans l’interrogatoire du 3 mars (Champion, note 401).

  3. [37]

    Cette réponse ne se trouve pas dans l’interrogatoire du 17 mars (Champion, note 402).

  4. [38]

    La croisade commune (Champion, note 410).

Composition du tribunal

(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)

Accusée

Juges

Lire dans les différentes éditions

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