Procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Séance du 2 mai (Procès ordinaire)

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(Voir le tableau de toutes les séances du procès.)

Résumé : admonestation publique

(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)

Salle du château de Rouen. — Cauchon, Lemaître, 63 assesseurs (dont 11 nouveaux).

Cauchon s’adresse à l’assemblée : Après avoir longuement entendu l’accusée, le tribunal a soumis ses aveux résumés par écrit à de nombreux théologiens. Les avis déjà reçus suffisent à faire apparaître sa culpabilité. Toutefois, avant de prononcer un jugement définitif, il nous a semblé nécessaire de tout entreprendre pour la ramener à la vérité. Ces derniers jours, plusieurs docteurs ont essayé de l’instruire et de l’alerter, mais l’astuce du Diable a prévalu, et ils n’ont pu, jusqu’ici, lui être d’aucun profit. Aussi, devant l’échec de l’exhortation charitable, il fut décidé de procéder à une admonition publique. Aujourd’hui l’accusée sera amenée devant vous et Jean de Châtillon, archidiacre d’Évreux, tentera de la ramener à la vérité. Nous invitons quiconque s’estimant capable d’y concourir à se manifester.

Jeanne est introduite dans la salle

Cauchon l’engage à se rendre aux conseils que l’archidiacre s’apprête à lui exposer dans une cédule en français, car si elle ne le faisait pas, elle s’exposerait au péril de son âme et de son corps.

Châtillon prend la parole. Il rappelle à Jeanne les devoirs du chrétien et l’invite à se corriger selon l’avis rendu par les théologiens. À quoi Jeanne lui réplique qu’il lise sa cédule et qu’elle lui répondrait ; je m’en attends à Dieu, mon créateur, de tout, je l’aime de tout mon cœur.

Teneur de la cédule d’admonition

1. Châtillon commence par rappeler à Jeanne qu’elle s’était dite prête à reconnaître toute erreur que des théologiens lui trouveraient, et l’en félicite. Or l’examen de ses dits et faits a permis de relever de nombreuses et graves erreurs. Cependant, si elle voulait s’amender, les gens d’Église seraient toujours prêts à la recevoir avec miséricorde en vue de son salut. En revanche, si elle s’obstinait dans la vanité à vouloir se passer d’eux, elle s’exposerait à de graves périls.

2. Il lui explique ensuite que refuser de soumettre ses révélations et apparitions au jugement de gens d’Église, en prétendant ne s’en rapporter qu’à Dieu, est contraire à la foi et à l’article Unam Sanctam. Or qui nie cet article est hérétique et qui refuse de s’y soumettre est schismatique, et encourt les lourdes peines prévues par le droit canonique.

3. Il lui expose aussi l’indécence pour une femme de porter un habit d’homme : les Écritures et les conciles l’ont explicitement condamné ; et qu’en préférant ne pas communier à Pâques plutôt que de le retirer, elle a méprisé un commandement de l’Église. C’est pourquoi il l’admoneste de rejeter son habit d’homme.

4. Il souligne que non contente de porter cet habit elle a en plus affirmé qu’elle faisait bien et ne péchait point en cela. Or soutenir qu’il est bien d’aller contre un enseignement de l’Église, c’est errer dans la foi ; et s’y obstiner, c’est tomber dans l’hérésie. En outre prétendre porter cet habit par commandement de Dieu revient à le blasphémer. C’est pourquoi il l’admoneste de ne plus prononcer de tels blasphèmes.

5. Il livre le rapport de docteurs qui se sont penchés sur ses révélations et apparitions : l’histoire de la couronne apportée à Charles et de la venue d’anges comporte trop de mensonges évidents, et ce d’après les témoignages recueillis aussi bien [de] ceux qui par la suite furent de notre parti que [des] autres ; ses propos sur ses saintes sont eux-aussi truffés d’invraisemblances et de contradictions, comme la fréquence non justifiée de leur venue, l’impossibilité de décrire leur corps malgré cette fréquence, ou leurs commandements contraires à ceux de l’Église ; ce qui les amène à conclure que tout cela ne peut venir de Dieu. Puis il montre les dangers que fait encourir au peuple celui qui prétend audacieusement parler par révélation, comme l’avènement de nouvelles sectes et autres bouleversements ; car ces curiosités sont une ruse des démons, que Dieu autorise pour punir la présomption de ceux qui se laissent séduire. C’est pourquoi il l’admoneste de renoncer à ces vaines imaginations, de cesser de répandre de tels mensonges, de rentrer dans la voie de la vérité.

6. Il termine en l’avisant que ces fausses révélations peuvent entraîner d’autres péchés comme : celui de divination (l’annonce d’événements à venir, d’un objet caché, de qui Dieu aimait, d’avoir été remise du péché commis en sautant de Beaurevoir), celui d’idolâtrie (l’adoration de ses apparitions sans s’être assurée auprès d’un homme d’Église qu’elles étaient de bons esprits) et celui de témérité (en affirmant croire en ces apparitions insolites aussi fermement qu’en la foi chrétienne).

Réponses de Jeanne
durant la lecture de la cédule d’admonition
1. Sur sa soumission à l’Église
(articles 1 et 2)

Jeanne renvoie à son interrogatoire ; dit croire que l’Église militante ne peut ni errer ni faillir, mais conclut invariablement que de ses dits et faits elle s’en rapporte à Dieu. Avisée que rejeter l’article Unam Sanctam fait d’elle une hérétique et qu’elle encoure le feu, répond que même face au feu elle ne dira pas autre chose. Interrogée si elle veut se soumettre au pape, répond : — Menez-m’y et je lui répondrai.

2. Sur son habit d’homme
(articles 3 et 4)

Affirme qu’elle accepte de prendre un habit de femme pour entendre la messe et communier, comme elle l’avait déjà dit, pourvu qu’aussitôt après elle puisse reprendre son habit d’homme. À la remarque que l’habit d’homme ne lui est plus nécessaire puisqu’elle est en prison, elle répond : — Quand j’aurai fait ce pour quoi je suis envoyée de par Dieu, je prendrai l’habit de femme. Interrogée si elle pense bien faire, répond qu’elle s’en remet à Dieu et nie le blasphème. Admonestée de cesser de porter cet habit et de croire qu’elle fasse bien de le porter, répond qu’elle n’en fera autre chose.

3. Sur ses visions et ses révélations
(articles 5 et 6)

Répond qu’à la venue de ses saintes elle se signe parfois, et parfois non. Sur l’article 5 s’en rapporte à son juge, à savoir Dieu, dont lui viennent ses révélations directement ; quant au signe donné au roi, elle dit accepter l’offre de s’en rapporter à l’archevêque de Reims, au sire de Boussac, à Charles de Bourbon, au sire de La Trémoille et à La Hire, car ils étaient présents, mais seulement si c’est elle qui leur écrit. Sur l’article 6 et ses prophéties, s’en remet à son juge, à savoir Dieu et renvoie à son interrogatoire. Interrogée si, au cas où l’on ferait venir trois ou quatre gens de son parti sous sauf-conduit, elle accepterait de s’en rapporter à eux quant à ses révélations, répond qu’on les fasse venir et qu’après elle répondra. Interrogée si elle veut s’en rapporter et se soumettre à l’Église de Poitiers, où elle a été examinée, répond : — Me croyez-vous prendre par cette manière et par cela m’attirer à vous ?

Dernières sommations

On continue de la sommer de se soumettre à l’Église militante et de la mettre en garde contre les dangers de corps et d’âme, à quoi elle répond : — Vous ne ferez jamais ce que vous dites contre moi sans qu’il ne vous en advienne mal, et au corps et à l’âme !

D’autres docteurs tentent à leur tour de l’admonester, sans plus de résultat.

Finalement l’évêque l’exhorte une dernière fois ; Jeanne demande le délai qu’elle a pour répondre : l’instant même. Elle se tait.

Le tribunal quitte la salle, Jeanne est reconduite en prison.

Composition du tribunal

(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)

Accusée

Juges

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