Procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Séance du 24 mai (Procès ordinaire)

Toutes les séances

(Voir le tableau de toutes les séances du procès.)

Résumé : prédication publique ; lecture de la sentence de condamnation ; abjuration de Jeanne

(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)

Cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. — Cauchon, Lemaître, 36 assesseurs et la présence notable du cardinal d’Angleterre, de l’évêque de Norwich, des évêques de Thérouanne et de Noyon, des abbés du Bec-Hellouin et du Mont-Saint-Michel.

Jeanne est sur un échafaud en présence d’une foule nombreuse lorsque le tribunal arrive.

Prédication publique
de Guillaume Érart

Maître Guillaume Érart prend la parole pour admonester tant Jeanne que le peuple. Il commence par citer Jean 15:4 : le sarment ne peut porter de fruit par lui-même s’il ne demeure sur la vigne, de même vous non plus si vous ne demeurez en moi… ; et montre comment Jeanne s’est séparée de l’Église.

Réponse de Jeanne

Cette prédication finie, il se tourne vers elle et lui désigne ces juges qui l’avaient tant reprise et sommée de se soumettre à l’Église. À quoi elle répond : — Je vous répondrai ; quant à la soumission, je leur ai déjà répondu, que tout soit envoyé à Rome, je m’en rapporte à Dieu et au pape ; quant à mes dits et faits, je les ai faits de par Dieu ; et n’en charge ni le roi, ni quiconque. Interrogée si elle souhaitait révoquer ses dits et faits réprouvés par les clercs, répond s’en remettre à Dieu et au pape.

On lui rétorque que ça n’est pas suffisant ; le pape est loin, l’évêque a autorité en son diocèse ; elle doit s’en remettre à l’Église et aux clercs présents. Jeanne est admonestée trois fois.

Elle garde le silence.

Lecture de la sentence et abjuration de Jeanne

Cauchon commence alors à lire la sentence.

À mi-lecture, Jeanne l’interrompt : elle annonce se soumettre à l’Église et vouloir obéir à tout ce que ses juges lui ordonneront ; et plusieurs fois elle répète qu’elle ne croira plus en ses apparitions et révélations.

Alors, devant le tribunal et en présence d’une grande multitude, elle abjure, selon le texte d’une cédule rédigée en français qu’elle prononce de sa bouche et signe de sa main.

Teneur de l’abjuration
en français

Toute personne qui, après avoir erré et failli, est revenue en l’Église doit se garder de faillir à nouveau. Moi, Jeanne, dite la Pucelle, je confesse que j’ai très gravement péché : — en feignant mensongèrement avoir eu révélations et apparitions de par Dieu ; — en outrepassant la loi divine ; — en portant un habit dissolu ; — en portant armures et en désirant l’effusion du sang humain ; — en disant avoir tout fait par le commandement de Dieu ; — en méprisant Dieu et ses sacrements ; — en faisant sédition et idolâtrie, en adorant de mauvais esprits et en les invoquant ; je confesse aussi que j’ai été schismatique et que j’ai erré en la foi. Par la grâce de Dieu et le secours des gens d’Église, ces crimes et erreurs je les abjure de bon cœur et sans fiction et me soumets entièrement à l’Église et à sa justice ; et jure devant saint Pierre, le pape, vous messeigneurs l’évêque, le vice-inquisiteur et tous mes juges n’y jamais retourner. Et ceci je le dis, affirme et jure par le Dieu tout-puissant, et par ces saints Évangiles. Ainsi signée : Jehanne ✠.

[Suit le texte de l’abjuration en latin.]

Teneur de la sentence après abjuration

Après avoir reçu la cédule d’abjuration signée, Cauchon rend la sentence définitive.

Au nom du Seigneur, amen. Les pasteurs de l’Église doivent s’opposer de toutes leurs forces aux assauts incessants du Malin, surtout en ces temps périlleux où l’apôtre annonça l’apparition de pseudo-prophètes et de sectes. C’est pourquoi tu as été déférée devant nous évêque et vice-inquisiteur, toi Jeanne dite la Pucelle, pour plusieurs crimes en matière de foi. Après l’examen de tes réponses par l’Université de Paris et les docteurs réunis à Rouen, après mûre délibération, nous avons conclu que tu avais très gravement délinqué. [Suivent les fautes énumérées dans l’abjuration] Cependant, après avoir été admonestée charitablement à tant de reprises, tu as abjuré de vive voix ; aussi nous te délions des liens de l’excommunication par lesquels tu étais enchaînée pourvu que ton retour à l’Église soit sincère et que tu observes ce qui t’est et te sera enjoint. Toutefois, parce que tu as délinqué témérairement envers Dieu et la sainte Église, comme on l’a dit plus haut, pour que tu fasses une salutaire pénitence, nous te condamnons finalement et définitivement à la prison perpétuelle, avec pain de douleur et eau de tristesse, afin que tu y pleures tes fautes et que tu n’en commettes plus désormais qui soient à pleurer, notre grâce et modération étant sauves.

Composition du tribunal

(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)

Juges

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