Séance du 27 février (Procès d’office)
Résumé : 4e interrogatoire public
(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)
- Comparution de Jeanne :
- Serment
- Santé
- Voix
- Saintes
- Saint Michel
- Voix
- Habit d’homme
- Voix
- Entretien avec le roi
- Arrivée à Chinon
- Épée
- Étendard
- Libération d’Orléans
- Siège de Jargeau
Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 54 assesseurs (dont Lemaître et 3 nouveaux).
Interrogatoire
1. Le tribunal demande à Jeanne de prêter serment
S’en suit le même échange qu’aux séances précédentes : — Vous devez vous en contenter, car j’ai assez juré.
2. Sur sa santé
Interrogée si elle se porte bien depuis samedi, répond : — Du mieux que j’ai pu.
; assure avoir jeûné durant ce Carême.
3. Sur sa voix
Dit qu’elle l’a beaucoup entendue depuis la dernière séance, et même pendant, mais moins distinctement que dans sa cellule et que celle-ci l’enjoignait à répondre hardiment ; qu’elle la consultait sur les questions que les juges poseraient ; qu’elle répondra volontiers de tout ce que Dieu l’autorisera à révéler ; qu’en particulier elle ne dirait rien des révélations au roi sans l’autorisation explicite de sa voix ; qu’elle ne serait pas tranquille si elle répondait sur un point sans l’avoir consultée.
4. Sur ses saintes
Dit que la voix est celle de sainte Catherine et de sainte Marguerite, dont les figures sont magnifiquement couronnées ; qu’elle les reconnaît bien l’une de l’autre, à leur manière de saluer et parce qu’elles se sont nommées ; qu’elles la gouvernent depuis sept ans ; refuse de décrire leur habit, leur âge, si elles parlent ensemble ou à la suite ; dit avoir oublié laquelle apparut la première ; et renvoie plusieurs fois à son interrogatoire de Poitiers17.
5. Sur saint Michel
Dit que c’est lui qui vint le premier lorsqu’elle avait treize ans environ ; interrogée sur sa voix, répond qu’elle n’a point parlé de voix mais d’un grand confort venant de lui ; dit qu’il était accompagné des anges du ciel, qu’elle les vit de ses yeux aussi bien comme je vous vois vous
et qu’elle pleurait lorsqu’ils partaient ; ajoute qu’elle ne vint en France que du commandement de Dieu ; refuse de répondre sur la figure de saint Michel et sur ce qu’il lui dit.
6. Sur ses voix
Dit qu’elle n’a pas l’autorisation de communiquer ce qui lui a été révélé ; qu’elle n’en n’a instruit que le roi, car cela le concernait. Interrogée d’où lui vient sa conviction que les voix viennent de Dieu, répond : — Ce sont saintes Catherine et Marguerite, croyez-moi si vous le voulez !
. Interrogée comment elle décide de répondre à certaines questions mais pas à d’autres, répond qu’elle consulte ses voix ; assure qu’elle aimerait mieux être tirée par les chevaux [écartelée] que d’être venue en France sans le congé de Dieu.
7. Sur son habit d’homme
Répond que c’est peu de chose, que personne ne le lui a suggéré, et qu’elle n’a pris cet habit, ni rien fait, que par commandement de Dieu et de ses anges. Le considère-t-elle licite ? — Tout ce que j’ai fait est par commandement de Dieu ; et s’il m’eût enjoint d’en prendre un autre, je l’aurais pris.
; nie l’avoir pris par ordre de Baudricourt ; a-t-elle bien fait ? répond que tout ce qu’elle a fait par commandement de Dieu elle croit l’avoir bien fait.
8. Sur sa voix
Répond que lorsqu’elle venait il y avait beaucoup de lumière de toute part.
9. Sur son entretien avec le roi
Interrogée s’il y avait un ange sur la tête du roi, répond : — Par Notre Dame ! s’il y était, je l’ignore et ne l’ai point vu.
; confirme qu’il y avait de la lumière, cinquante torches, sans compter la lumière spirituelle. Interrogée comment son roi ajouta foi à ses dires, répond qu’il avait bonnes enseignes [bons signes] et par les clercs qui l’interrogèrent pendant trois semaines à Chinon et à Poitiers. Interrogée sur les révélations à son roi, répond : — Vous ne les aurez pas de moi cette année !
10. Sur son arrivée à Chinon
Dit qu’elle fit halte à Sainte-Catherine-de-Fierbois où elle entendit trois messes dans la journée ; qu’elle écrivit au roi pour lui demander d’être reçue et pour lui annoncer qu’elle venait à son secours, savait de bonnes choses sur lui et saurait le reconnaître entre tous les autres.
11. Sur son épée
Dit qu’elle avait l’épée reçue à Vaucouleurs quand, à Tours ou à Chinon, ses voix lui en signalèrent une autre, cachée derrière l’autel de l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois et ornée de cinq croix ; qu’elle l’envoya chercher ; que sitôt que l’épée fut découverte, les gens d’Église du lieu la frottèrent et aussitôt la rouille tomba sans effort, et ils la lui envoyèrent ; qu’elle ne la fit pas bénir ; qu’elle l’aimait bien car trouvée en l’église de Sainte-Catherine qu’elle aimait bien ; qu’elle ne pense pas l’avoir posée sur l’autel pour qu’elle soit mieux fortunée ; qu’elle la garda jusqu’au départ de Saint-Denis, après l’assaut de Paris ; que ce n’est pas celle offerte à Saint-Denis, ni celle qu’elle portait au moment de sa capture, laquelle avait été prise à un Bourguignon et était bien bonne à donner de bonnes baffes et de bonnes torgnoles18 ; qu’elle ne dira pas où elle se trouve ; que ses frères gardent ses biens, épées, chevaux et autres choses valant plus de 12 000 écus.
12. Sur son étendard19
Le décrit blanc semé de lis, figurant [Dieu tenant] le monde entouré de deux anges et les noms Jhesus Maria
; dit préférer quarante fois son étendard à son épée ; qu’elle l’a fait faire, comme le reste, du commandement de Dieu ; qu’elle le portait pendant les assauts pour éviter de tuer quelqu’un, et qu’elle n’a d’ailleurs jamais tué personne.
13. Sur la libération d’Orléans
Dit que le roi lui avait confié 10 ou 12 000 hommes ; décrit son arrivée dans la ville, puis les combats ; dit qu’elle avait annoncé, d’après révélations, la levée du siège et qu’elle serait blessée ; qu’elle le fut au cou, lors de l’assaut à la bastille du Pont où elle posa l’échelle en premier ; qu’elle continua à combattre ; qu’elle fut guérie en quinze jours, réconfortée par sainte Marguerite.
14. Sur le siège de Jargeau
Assume le refus d’accorder un délai aux Anglais pour se retirer.
Notes
- [17]
Avant de la mettre en œuvre, Charles VII fit examiner Jeanne par les autorités ecclésiastiques qui lui étaient resté fidèles et s’étaient exilées de Paris à Poitiers. Le rapport de cet examen, utilisé au procès et auquel Jeanne renvoie plusieurs fois, ne figure pas dans les pièces du procès et ne nous est pas parvenu.
- [18]
En français dans le texte latin : de bonnes buffes et de bons torchons.
- [19]
Le mot étendard désignait toutes sortes d’enseignes militaires ; il s’appliquait à la bannière, au pennon, au panonceau (ou panoncel). — La bannière était rectangulaire ; on y mettait les couleurs et les emblèmes de l’écu. Les chevaliers qui avaient le droit d’avoir bannière étaient désignés sous le nom de Chevaliers bannerets. — Le pennon était une pièce d’étoffe ample, terminée en pointe ; on y mettait ses armes ou sa devise. — Le panonceau était un petit pennon à une ou deux queues. (Philippe-Hector Dunand, Histoire complète de la Bienheureuse Jeanne d’Arc, 1912.)
Composition du tribunal
(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)
Accusée
- Jeanne d'Arc
- 4e séance sur 27
- 19 ans
Juge
- Pierre Cauchon
- 60 ans
Lire dans les différentes éditions
- Français :
- Brasillach (1932)
- Champion (1921)
- Fabre (1884)
- O’Reilly (1868)
- Vallet de Viriville (1867)
- Le Brun de Charmettes (1817)
- Richer (1630)