Procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Séance du 1er mars (Procès d’office)

Toutes les séances

(Voir le tableau de toutes les séances du procès.)

Résumé : 5e interrogatoire public

(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)

Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 57 assesseurs (dont Lemaître et 2 nouveaux).

Interrogatoire
1. Jeanne est requise de prêter serment

Tergiverse comme précédemment, et finit par jurer : — De ce que je saurai, qui touche le procès, volontiers dirai la vérité, et vous en dirai tout autant que j’en dirais si j’étais devant le pape de Rome !

2. Sur les trois papes20

Interrogée sur quel pape elle croit être le vrai, répond en demandant s’ils étaient deux ; reconnaît avoir échangé par écrit avec le comte d’Armagnac. Lecture est faite d’une lettre du comte et d’une réponse de Jeanne [Lettres reproduites aux articles 27 et 29 de l’acte d’accusation] ; elle les atteste en partie ; confirme que le comte l’interrogea sur les trois papes ; nie avoir répondu à ce sujet, et affirme que sa promesse d’une réponse future concernait une autre question non reproduite ici ; croit personnellement qu’il faut obéir à notre Saint Père le pape qui est à Rome.

3. Sur les noms Jhesus Maria et la croix dont elle marquait ses lettres

Répond parfois les mettre et parfois non ; précise qu’une croix sur une lettre indiquait à son parti qu’il fallait comprendre le contraire.

4. Sur sa lettre aux Anglais devant Orléans21

Lecture en est faite [la lettre est reproduite à l’article 22 de l’acte d’accusation]. Elle la confirme sauf trois points : Rendez à la Pucelle au lieu de Rendez au roi et l’ajout de chef de guerre et de corps pour corps ; dit qu’elle la dicta elle même ; qu’elle fut juste montrée à certains de son parti avant d’être envoyée.

5. Sur l’avenir des Anglais en France

Annonce qu’avant sept ans ils perdront beaucoup et que les Français auront grande victoire22 ; que ses saintes le lui révélèrent, et qu’elle fût alors bien fâchée d’un si long délai ; qu’elle le sait aussi bien qu’elle sait que [Cauchon] est devant elle. Interrogée quand cela arrivera, répond qu’elle ne sait le jour ni l’heure, ni l’année ; nie avoir dit à son garde John Grey que cela serait avant la Saint-Martin d’hiver [11 novembre], mais que d’ici là on verrait bien des choses.

6. Sur ses saints et saintes

Dit ne plus se souvenir si saint Michel lui vint accompagné de saint Gabriel ; confirme avoir entendu ses saintes depuis la dernière séance et qu’il n’est jour qu’elle ne les entende ; dit les voir toujours sous la même forme, leurs figures couronnées bien richement, mais n’évoque pas leur habillement ; qu’elle sait qu’une apparition est homme ou femme à sa voix et parce qu’elles le lui disent ; qu’elle voit les visages mais n’a pas mémoire des corps ; qu’elles parlent très bien et bellement, et le langage de France. Interrogée si sainte Marguerite parle anglais, répond : — Pourquoi parlerait-elle anglais puisque n’est du parti des Anglais ?

7. Sur ses anneaux

— Vous en avez un de moi ; rendez-le-moi ! ; dit que les Bourguignons lui en ont pris un autre ; que celui-là, sans pierre et marqué des noms Jhesus Maria, lui fut donné à Domrémy par son père ou sa mère ; que l’autre lui fut offert par son frère ; demande à ce qu’il soit remis à l’Église ; affirme n’avoir jamais guéri personne avec un anneau.

8. Sur ses saintes

Répond ignorer si elles lui parlèrent près de l’arbre, mais dit qu’elle le firent près de la fontaine ; qu’elle les y entendit bien, mais ne se souvient plus de leurs propos. Interrogée si elles lui firent quelques promesses, répond que oui, par le congé de Dieu, mais que ce n’est pas du tout de votre procès ; dit que ses saintes lui ont annoncé que le roi serait rétabli, promis qu’elle-même serait conduite au Paradis, mais refuse de révéler une autre promesse qui ne concerne pas le procès, mais la dira avant trois mois.

Interrogée si elles lui avaient annoncé qu’elle serait délivrée avant trois mois, répond : — Ce n’est pas de votre procès ; cependant ne sais quand serai délivrée, et ajoute que ceux qui la veulent ôter de ce monde pourraient bien s’en aller avant elle. Le tribunal insiste, répond : — Reparlez m’en dans trois mois. Et demandez aux assesseurs si cela concerne mon procès. Les assesseurs délibèrent, concluent que cela concerne le procès et la somme de répondre : elle requiert un délai. Interrogée si ses saintes lui défendent de dire la vérité, répond que ce qui concerne son roi n’est pas du procès, mais qu’elle sait qu’il gagnera le royaume de France ; dit aussi qu’elle serait morte sans leur réconfort quotidien.

9. Sur sa mandragore

Nie en n’avoir jamais eu ; dit en avoir entendu parler au village comme d’une chose dangereuse, enterrée sous un coudrier [noisetier] en un lieu qu’elle ignore ; qu’elle ne croit pas en son pouvoir de faire venir l’argent ; nie que ses voix en aient jamais parlé.

10. Sur saint Michel

Interrogée sur sa figure, répond qu’elle ne lui vit pas de couronne et de ses vêtements, rien ne sait ; était-il nu ? : — Pensez-vous que Notre Seigneur n’ait de quoi le vêtir ? ; avait-il des cheveux : — Pourquoi les lui aurait-on coupés ? ; dit qu’elle ignore s’il a des cheveux ou porte une balance23 ; qu’elle ne l’a plus vu depuis son départ du château du Crotoy ; qu’elle a grande joie quand elle le voit ; et lui semble, quand elle le voit, qu’elle n’est pas en péché mortel.

11. Sur ses saintes

Dit qu’elles la font volontiers confesser à tour de rôle et de temps à autre ; qu’elle ignore si elle est en péché mortel, mais ne pense pas avoir jamais rien fait pour.

12. Sur le signe donné au roi

— Je vous ai toujours répondu que vous ne le tirerez pas de ma bouche. Allez lui demander ! ; répète qu’elle dira certaines choses et d’autres non. Les juges insistent, Jeanne résiste ; dit avoir promis d’elle-même à ses saintes de garder le secret car trop de gens le lui eussent demandé. Interrogée si le roi était seul lors du signe, répond que oui et que les autres étaient à distance ; lui a-t-elle vu une couronne ? refuse de répondre car ce serait se parjurer ; avait-il une couronne à Reims : répond qu’il mit celle qu’il trouva24, mais qu’une mille fois plus riche lui fut apportée plus tard et qu’il aurait pu l’avoir pour le sacre s’il avait attendu.

Notes

  1. [20]

    Martin V, Clément VIII et Benoît XIV.

    La crise connue sous le nom de Grand Schisme d’Occident (1378-1417) vit l’émergence de plusieurs papes rivaux. Le concile de Constance avait refait l’unité autour de Martin V, élu en 1417, installé à Rome et reconnu par la plupart des royaumes chrétiens. Mais l’antipape d’Avignon Benoît XIII, quoique isolé, avait refusé de s’incliner. À sa mort en 1423, il laissa même deux successeurs : Clément VIII et Benoît XIV. — Le comte d’Armagnac, qui interrogea Jeanne sur lequel suivre avait soutenu Benoît XIII puis Clément VIII, mais semblait s’être déjà rallié à Martin V au moment où il consulte Jeanne (Champion, note 211).

  2. [21]

    Lettre adressée au roi Henri VI, au duc de Bedford, et aux seigneurs anglais participants aux siège. — Bedford, frère cadet d’Henri V, avait été nommé régent du royaume de France à la mort de ce dernier (1422), du fait de la minorité d’Henri VI qui n’avait que neuf mois lorsqu’il devint roi.

  3. [22]

    De fait les Anglais durent faire face, à l’insurrection de la Normandie en 1434, à la paix d’Arras entre Français et Bourguignons en 1435, puis à la perte de Paris en 1436, qui amorcèrent leur inexorable repli.

  4. [23]

    Saint Michel, peseur d’âmes, était représenté avec une balance (Valet de Viriville).

  5. [24]

    Les ornements royaux, déposés au Trésor de Saint-Denis après le sacre, étaient alors aux mains des Anglais. (Champion, note 225.)

Composition du tribunal

(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)

Accusée

Juge

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