Procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Séance du 3 mars (Procès d’office)

Toutes les séances

(Voir le tableau de toutes les séances du procès.)

Résumé : 6e interrogatoire public

(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)

Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 42 assesseurs (dont 5 nouveaux), absence de Lemaître.

Interrogatoire
1. Jeanne prête serment

— Comme autrefois j’ai fait.

2. Sur ses saints

Interrogée d’où vient son affirmation que saint Michel a des ailes quand elle n’a vu ni son corps ni celui des saintes ? dit avoir déjà répondu ; qu’elle sait qu’ils sont saints et saintes du paradis. Interrogée si elle vit autre chose que leurs visages, refuse de répondre : — J’aimerais mieux que me fissiez trancher le cou ! ; mais dit qu’elle parlera volontiers de tout ce qui touche au procès ; dit que saint Michel et saint Gabriel ont des têtes naturelles, qu’elle les a vus de ses yeux vus, tels que Dieu les forma, et qu’elle croit que ce sont eux aussi fermement que Dieu est.

3. Sur sa délivrance

Interrogée si elle savait par révélation qu’elle s’échapperait, répond : — Cela ne touche votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi ? ; dit ne savoir rien d’autre, ni le jour ni l’heure, sinon qu’elle serait délivrée.

4. Sur son habit d’homme

Interrogée sur ce qu’en a dit le roi, renvoie à l’interrogatoire de Poitiers ; les clercs ? leur dit qu’elle l’avait pris à Vaucouleurs ; la reine ? ne se rappelle plus ; lui a-t-on jamais demandé de déposer son habit d’homme dans l’entourage du roi ? refuse de répondre ; le lui a-t-on demandé à Beaurevoir ? oui, mais a refusé sans le congé de Notre Seigneur ; aussi refusa-t-elle les habits de femme offerts par la demoiselle de Luxembourg et la dame de Beaurevoir, tout en précisant que si elle avait dû changer d’habits, elle l’eût plutôt fait à la requête de ces deux dames que d’autres dames qui soient en France, sa reine exceptée ; de même refusa-t-elle d’en prendre à Arras, à la requête de Jean de Pressy et de quelques autres. Pense-t-elle pécher en portant un habit d’homme ? répond qu’elle obéit à Dieu ; quand et par qui Dieu le lui demanda ? refuse de répondre.

5. Sur les panonceaux25

Dit que certains seigneurs en firent faire à l’image de son étendard ; était-ce pour leur porter bonheur ? répond qu’elle leur disait plutôt d’entrer hardiment parmi les Anglais, et elle-même y entrait ; qu’elle leur disait aussi ce qui était advenu et adviendrait encore. Interrogée si de l’eau bénite fut jetée sur les panonceaux, répond l’ignorer, et que si ce fut fait, ce n’a pas été sur [son] commandement ; inscrivaient-ils Jhesus Maria dessus ? l’ignore ; organisa-t-elle des processions autour d’églises avec les panonceaux ? répond que non, ni ne l’a vu faire. À Jargeau avait-elle mis quelque chose de rond derrière son heaume ? répond : — Par ma foi, il n’y avait rien.

6. Sur frère Richard26

Dit qu’elle le vit pour la première fois à Troyes ; qu’il s’avançait vers elle en faisant des signes de croix et en jetant de l’eau bénite, et qu’elle lui dit : — Approchez hardiment, je ne m’envolerai pas !

7. Sur des portraits d’elle

Répond qu’elle n’en vit un qu’une fois à Arras, entre les mains d’un Écossais, la représentant en armure, agenouillée devant son roi à qui elle présentait une lettre.

8. Sur un tableau chez son hôte à Orléans
représentant trois femmes et la devise Justice, Paix, Union27

Répond qu’elle n’en sait rien.

9. Sur des messes ou prières dites pour elle

Dit n’en avoir jamais commandées ; mais pense qu’on n’a point fait de mal en priant pour elle.

10. Sur le fait qu’elle se dise envoyée de Dieu

Interrogée si ceux de son parti le croient, répond : — Ne sais s’ils le croient, et m’en attends à leur courage, mais s’ils ne le croient, je suis bien envoyée de par Dieu ! ; et que ceux qui le croient n’ont point été abusés.

11. Sur les manifestations de piété à son égard

Dit qu’elle n’y était pour rien et laissait venir à elle les pauvres gens, qui la baisaient ou touchait ses vêtements ; nie les révérences des Troyens à son entrée ; ne sait rien d’un sermon de frère Richard ; dit n’avoir jamais couché à Troyes ; qu’elle souleva un enfant pour son baptême en cette ville, deux à Saint-Denis, et ne se souvient plus pour Reims et Château-Thierry ; qu’elle donnait aux fils le nom de Charles, aux filles celui de Jeanne ou comme les mères le voulaient ; qu’elle laissa toucher et baiser ses anneaux sans préjuger des intentions.

12. Sur un fait d’armes à Château-Thierry28

Répond que c’est une calomnie des Anglais.

13. Sur le sacre à Reims :

Dit que le roi donna des gants aux chevaliers29 ; que son étendard fut près de l’autel en l’église ; qu’elle ignore si frère Richard le tint.

14. Sur sa piété

Répond qu’elle se confessait et communiait souvent depuis son départ ; qu’elle reçut ces sacrements en habit d’homme, mais n’a point mémoire de les avoir reçus en armes.

15. Sur la jument de l’évêque de Senlis

Interrogée pourquoi elle la lui prit, répond qu’elle lui fut payée ; ajoute que la bête étant peu endurante, elle la lui rendrait volontiers s’il la réclamait.

16. Sur l’enfant de Lagny qu’elle ressuscita

Dit qu’elle se joignit à une prière de femmes devant l’église pour un mort-né de trois jours, qu’il bâilla, reprit couleur, fut baptisé, mourut peu après et put être enterré en terre sainte [c’est-à-dire dans un cimetière] ; ignore si on lui attribua la résurrection.

17. Sur Catherine de La Rochelle30

Dit l’avoir vu à Jargeau et à Montfaucon ; qu’elle ne crut pas à ses histoires de dame blanche qui la visitait, et qu’elle lui conseilla plutôt de retourner vers son mari faire son ménage et nourrir ses enfants ; que ses saintes lui confirmèrent qu’il n’y avait que folie, et que c’était tout néant ; que ladite Catherine et frère Richard en furent très mal contents ; qu’elle passa deux nuits dans son lit à attendre avec elle sa dame blanche mais ne vit rien ; que Catherine lui déconseilla l’assaut de La Charité-sur-Loire et préférait aller trouver le duc de Bourgogne pour faire la paix ; mais qu’il lui semblait à elle qu’on n’y trouverait point de paix, si ce n’était par le bout de la lance.

18. Sur l’assaut de La Charité

Nie avoir aspergé les fossés d’eau bénite ; nie avoir ordonné l’assaut par révélation ; dit qu’elle aurait préféré ne pas y aller mais s’est laissée convaincre par les gens d’armes.

19. Sur sa détention à Beaurevoir

Dit y avoir passé quatre mois ; qu’elle fut fâchée d’apprendre que les Anglais venaient pour la prendre ; que ses voix lui défendirent de sauter, mais que de peur d’être prise, elle sauta et fut blessée ; que sainte Catherine lui annonça qu’elle guérirait et que ceux de Compiègne, pour qui elle priait toujours, auraient secours ; qu’après son saut on la crut morte ; qu’elle aurait mieux aimé rendre son âme à Dieu que d’être en la main des Anglais ; nie avoir blasphémé sous la colère ni avoir jamais maugréé saint ou sainte.

20. Sur son passage à Soissons

Interrogée si elle renia Dieu ou menaça de tailler en pièces le capitaine de la ville, répond n’avoir jamais renié ni saint ni sainte et que ceux qui l’ont rapporté ont mal entendu.

21. Jeanne est raccompagnée en sa prison

Cauchon annonce la fin des séances publiques et la poursuite du procès sous une autre forme. Les confessions de Jeanne seront ordonnées et mises à l’écrit par quelques docteurs et gens expérimentés, lesquels se rendront dans sa cellule s’il fallait la réinterroger sur quelque point. Les assesseurs devront de leur côté commencer à étudier la matière du procès, et ont interdiction de quitter la ville.

Notes

  1. [25]

    Le panonceau était une petite pièce d’étoffe que le chevalier accrochait généralement à sa lance et sur lequel il mettait ses armes ou sa devise (Voire note 10a).

  2. [26]

    Frère Richard était un moine franciscain qui prêcha à Paris devant les multitudes que l’Antéchrist était né et que le jour du jugement dernier surviendrait en 1430. Menacé de poursuites par l’Université de Paris à cause de ses erreurs il dut fuir la ville en avril 1429. On le retrouve à Troyes en juillet où il prêcha en faveur de Jeanne. Son soutien à Charles VII, son orthodoxie suspecte et sa mauvaise réputation auprès des universitaires et du clergé retomba certainement sur Jeanne. (Champion, note 242).

  3. [27]

    Psaume 84:11 : Misericordia et veritas obviaverunt sibi ; justitia et pax osculatæ sunt (Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent).

  4. [28]

    On demeure dans l’incertitude sur le sens de ce passage : des soldats prirent papillons en son étendard devant Château-Thierry (Champion, note 252).

  5. [29]

    Gratification courante à l’occasion de fêtes ou de promotions de chevaliers (Champion, notes 255 et 256).

  6. [30]

    Catherine avait quitté La Rochelle, son mari et ses enfants, pour venir prêter son concours à Charles VII. Elle s’était rangée sous la bannière de frère Richard, et c’est dans son sillage que Jeanne la rencontra plusieurs fois. À l’époque du procès, Catherine fut entendue judiciairement à Paris et déposa que Jeanne sortirait de prison par le secours du diable si elle n’était pas bien gardée ; cette déposition fut utilisée dans l’article 56 de l’acte d’accusation.

Composition du tribunal

(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)

Accusée

Juge

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