Séance du 23 mai (Procès ordinaire)
Résumé : nouvelle admonestation ; conclusion de la cause
(Extrait de l’Abrégé du procès de Jean Gratteloup, 2021.)
Salle du château de Rouen, proche de la prison de Jeanne54. — Cauchon, Lemaître, 7 assesseurs, en présence des évêques de Thérouanne et de Noyon.
Jeanne est amenée. Maître Pierre Maurice, lui lit une cédule qui expose en français les erreurs de Jeanne d’après l’avis de l’Université de Paris, puis l’admoneste, toujours en français, de se désister de ces vices et erreurs, de se corriger et amender, et de bien vouloir se soumettre au jugement de l’Église.
Annexes
1. Teneur de la cédule sur les erreurs de Jeanne
Me Maurice reprend, en les expliquant à Jeanne, les 12 articles de l’acte d’accusation et grosso modo pour chacun l’avis de la faculté de Théologie.
2. Teneur de l’admonestation
Chère Jeanne, malgré nos longues et charitables admonestations vous avez toujours refusé de vous rétracter. Le tribunal aurait déjà pu rendre la sentence mais il a préféré solliciter l’Université de Paris, laquelle demanda à ce que vous soyez de nouveau admonestée. En conséquence, si de telles apparitions vous sont advenues, ne les veuillez croire, à défaut de signe suffisant ou miracle comme l’enseigne l’Écriture.
Prenons l’exemple suivant : le roi vous a confié la garde d’une place ; quelqu’un se présente sans lettres ni signe mais dit venir du roi, le croiriez-vous ? De même lorsque Jésus monta au ciel et confia l’Église à Pierre et à ses successeurs il défendit d’accepter quiconque se présenterait en son nom si cela n’était suffisamment établi, autrement que par ses propres dires. Ainsi vous ne devez pas croire en vos voix, ni nous en vous, puisque Dieu nous a prescrit le contraire.
Reprenons l’exemple : si un soldat se dressait contre ses officiers, ne le condamneriez-vous pas ? De même vous, qui êtes chrétienne, comment jugeriez-vous celui qui se dresserait contre les officiers du Christ, à savoir les prélats de l’Église ? Comment vous jugez-vous vous-même ? Désistez-vous, je vous prie, de vos dires, si vous aimez Dieu, […] et obéissez à l’Église, en vous soumettant à son jugement. Car si vous persévérez, votre âme sera condamnée au supplice éternel, […] et, pour ce qui est du corps, je ne fais grand doute qu’il ne vienne à perdition.
Renoncez à la vanité qui vous fit agir, préférer l’honneur de Dieu, le salut de votre âme et de votre corps. Ne vous séparez pas de l’Église car le Seigneur a dit à ses prélats : Qui vous ouït m’ouït, et qui vous méprise me méprise (Luc 10:16).
Au nom de vos juges, je vous admoneste, je vous prie, je vous exhorte, pour que vous vous rétractiez et retourniez à la voie de la vérité, en obéissant à l’Église. En ce faisant, vous sauverez votre âme, et vous rachèterez, comme je l’espère, votre corps de la mort. Mais si vous vous obstiniez, sachez que votre âme sera engloutie dans le gouffre de damnation ; quant à la destruction de votre corps, je la crains. Ce dont Jésus-Christ daigne vous préserver !
Réponse de Jeanne
Après avoir été ainsi admonestée et exhortée, elle répond : — De mes faits et dits je m’en rapporte à mon interrogatoire et m’y tiens, de ma soumission à l’Église, également
; puis elle ajoute que, même sur le bûcher face au bourreau prêt à y mettre le feu, elle ne dirait autre chose et soutiendrait ce qu’elle dit au procès jusqu’à la mort.
Sur ce, les juges annoncent la fin du procès et convoquent le tribunal pour le lendemain afin de lire la sentence et de procéder ultérieurement.
Notes
- [54]
La séance du 29 mai, censée se tenir dans le même lieu, indique la chapelle de l’archevêché.
Composition du tribunal
(Voir le tableau analytique de tous les juges et assesseurs du procès.)
Accusée
- Jeanne d'Arc
- 24e séance sur 27
- 19 ans
Juges
- Pierre Cauchon
- 60 ans
- Jean Lemaître
Lire dans les différentes éditions
- Français :
- Champion (1921)
- Fabre (1884)
- O’Reilly (1868)
- Vallet de Viriville (1867)
- Le Brun de Charmettes (1817)