Tome II : La Paysanne et l’Inspirée
La Vraie Jeanne d’Arc, t. II La Paysanne et l’inspirée
(1894)
D’après ses aveux, les témoins oculaires et la libre-pensée.
Je préférerais avoir été tirée à quatre chevaux qu’être venue en France sans le congé de Dieu.
(Procès, Séance du 27 février, p. 74.)
Il plut à Dieu ainsi faire par une simple pucelle, pour rebouter les adversaires du roi.
(Procès, Séance du 13 mars, p. 145.)
C’est à notre Seigneur de révéler ses secrets à qui il lui plaît.
(Procès Séance du 28 mars, p. 251.)
Imprimatur : Le Puy-en-Velay, le 8 août 1893. ✝ Fulbert, évêque du Puy.
L’auteur renouvelle l’expression de son entière soumission aux décrets du Siège apostolique, et notamment d’Urbain VIII.
Dédicace
IHS
Au gouverneur de la Pucelle, le prince des milices angéliques, saint Michel
À ses célestes maîtresses, les glorieuses vierges martyres, sainte Catherine et sainte Marguerite
Reconnaissance et amour de la part de tous ceux qui admettent la libératrice telle qu’elle s’est donnée.
En leur nom, l’auteur, Jean-Baptiste-Joseph Ayroles de la Compagnie de Jésus.
VIIBut et plan de la Vraie Jeanne d’Arc
I
De toutes les questions qui agitent le monde, la question capitale est celle du surnaturel.
— Le surnaturel est l’unique solution de la destinée humaine, dit le Christianisme.
— Le surnaturel n’existe pas, disent d’une commune voix les écoles naturalistes de tout degré.
Dieu a aimé l’homme au point de vouloir contracter avec lui la plus ineffable des alliances. Il s’est fait homme, et comme suite de cette infinie condescendance, il se greffe, par la foi et les appareils divins qu’il a établis, sur chacun de ceux qui veulent vivre d’une vie divine. Il produit en eux des vertus auxquelles atteignent les seuls chrétiens : des prodiges de pureté, d’humilité et de charité : Fleurs du Ciel sur la terre, une éternelle divinisation en sera le fruit. Comme démonstration de cette copénétration de notre nature par le Divin, le Verbe fait Chair ne s’est pas contenté des œuvres évidemment surhumaines qui ont préparé et formé l’histoire de la vie théandrique qu’il a menée parmi nous durant ses jours mortels ; il les continue à travers les âges. Par des faits en dehors des lois de la nature, contre les lois de la nature, par le miracle, par la prophétie, opérés dans quelques-uns de ses membres privilégiés, il atteste qu’il habite toujours la race d’Adam, qu’il s’unit indissolublement dans le sein de son Immaculée Mère. C’est l’enseignement chrétien.
Le naturalisme répond :
— Dieu, s’il existe, n’a pas de commerce avec le monde. Il vit solitaire dans son éternité, spectateur indifférent du jeu des forces libres, ou inconscientes, des êtres d’ici-bas ; l’histoire est vide de surnaturel et de divin. Ses annales ne sont que l’exposé de la combinaison des éléments de vie et de mort, de force VIIIet de faiblesse, dans l’ordre intellectuel, moral et matériel, déposés à portions inégales, on ne sait par qui, dans le sein des individus, des sociétés et de l’univers.
Le Christianisme reprend :
— Pareille doctrine n’a pas seulement contre elle le sens du genre humain, la raison, le cœur ; les faits la condamnent. Des milliers de témoins attestent avoir vu des faits obvies, patents, très faciles à constater, opérés au nom de Jésus-Christ, en dehors des lois de la nature, contre les lois de la nature. Les nier, c’est détruire toute certitude historique.
Le naturalisme repart :
— J’ai décrété qu’il n’y a pas eu, qu’il n’y a pas, qu’il ne saurait y avoir de faits de l’ordre surnaturel. Je prononce que ce que des centaines et des milliers de personnes affirment, même sous la foi du serment, avoir vu et entendu, elles ne l’ont ni vu ni entendu. Je supprime, j’altère tout ce qui présente quelque ombre de surnaturel ; j’y substitue de toutes pièces, de par le droit de mon bon plaisir, des explications de ma façon. Je suis la critique, mes contradicteurs manquent de discernement ; je suis la science, mes adversaires sont l’ignorance ; ils sont la crédulité, la légende, je suis l’école positive.
Tel est bien, au fond, dans sa révoltante crudité, le langage du naturalisme, celui du moins qui résulte de la manière dont il traite les faits de l’ordre surnaturel inscrits dans les annales de l’histoire ; telle est particulièrement son attitude vis-à-vis de la Pucelle. La Vierge libératrice l’écrase. Elle est le surnaturel éclatant d’une manière fulgurante au beau milieu de notre histoire. Impossible de suivre le cours de notre passé sans rencontrer et saluer cette figure sans modèle et sans copie.
Si les traits de son visage nous sont peu connus, en retour ceux de son âme, la trame de sa vie, l’intime de son être, nous ont été transmis avec un luxe de témoignages tels qu’aucun personnage historique n’en possède de comparables. Mise sous le pressoir, la plus candide des jeunes filles est forcée de mettre à nu le fond de son cœur. Ses ennemis écrivent ses réponses. Elles nous sont arrivées avec les paraphes des greffiers. Personne qui ne rende hommage à leur accent de sincérité. Il est plus impossible encore de nier la réalisation des prophéties qu’elle y sème, et que ses ennemis inscrivent. Vingt-cinq ans après sa mort, cent-vingt témoins viennent, sous la foi du serment, déposer de ce qu’ils ont vu, entendu, IXde ce qu’ils ne pouvaient pas ne pas voir et entendre. Plus de cinquante chroniques contemporaines, amies, ennemies, décrivent le phénomène avec plus ou moins d’étendue. On découvre presque chaque année de nouveaux documents de l’époque qui le mentionnent. Durant la carrière et surtout pour la réhabilitation, l’astre est observé, étudié par l’élite des théologiens, par un Gerson, un Bourdeilles, un Bréhal. Ils en cherchent les taches, les ombres réelles ou prétendues, et finissent par conclure que tout y est en parfaite conformité avec les données de la science divine. Où est donc le personnage, s’appelât-il, je ne dis pas Alexandre ou César, mais Louis XIV, Napoléon même, qui entre dans la postérité, porté par une semblable nuée de témoignages irréfragables ? On ne saurait trop le répéter : c’est de ce roc indestructible que Dieu lançait ce solennel défi au naturalisme qui commençait à s’infiltrer dans l’édifice chrétien ; c’est sur ce monument indélébile qu’il a allumé ce phare du surnaturel. Il faut renoncer à rien savoir du passé, nier l’existence de l’histoire, si on nie la réalité des faits sans analogues qui sont l’histoire de la Pucelle.
Mettre quiconque n’est pas sans quelque culture intellectuelle en état de voir, d’étudier dans son ensemble et dans ses détails semblable existence, la produire dans tout son jour en faisant connaître les temps, les lieux dans lesquels elle s’est manifestée, aborder les questions de quelque intérêt qu’elle fait naître, et en donner la solution qui semblera la mieux fondée ; mettre en regard ce qu’il plaît au naturalisme d’imaginer sous le titre d’Histoire de Jeanne d’Arc, en montrer la fausseté au point de vue des faits, l’incohérence, les contradictions au point de vue de la raison, faire juger par ce spécimen sa méthode historique, c’est le but des volumes en voie de publication sous le titre commun de : La Vraie Jeanne d’Arc. Chacun de ces volumes formera un tout, parce qu’il présentera une des phases si pleines de contrastes de l’astre merveilleux. Ils seront au nombre de cinq, s’il nous est donné de mener à terme l’œuvre entreprise. Il faut dire comment elle différera de celle qui a si justement illustré le nom de Jules Quicherat, en cinq volumes aussi, portant le titre incomplet de : Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc. Ce sera faire connaître le plan de la nouvelle œuvre.
XII
Quicherat a donné, à quelques rares exceptions près, les documents dans le texte primitif ; ils sont presque tous en latin, ou en français du XVe siècle, et par suite inaccessibles à tous ceux auxquels le latin n’est pas familier, ou qui redoutent les fatigues d’une lecture qu’il faut souvent arrêter pour saisir le sens de notre vieille langue. Dans la Vraie Jeanne d’Arc, les documents seront en français moderne, non toutefois sans conserver, si cela est possible sans nuire à la facilité de la lecture, quelque chose des charmes naïfs de l’écrit original. Les érudits pourront s’assurer que le vrai sens a été respecté, car ils trouveront au bas des pages, ou dans les pièces justificatives, le texte premier dans son intégrité, ou dans ses parties de quelque importance. Par là quiconque est en état de subir un examen d’études primaires pourra aborder dans ses sources mêmes l’étude d’une histoire que tout Français devrait pleinement posséder.
Quicherat, dans ses trois premiers volumes, a suivi l’ordre même du Double Procès. Dans le quatrième il a réuni les chroniques qu’il a connues. Le cinquième est composé de pièces disparates qui n’avaient pas trouvé place dans les précédents. Il en résulte que lorsque l’on veut, sur une période particulière, étudier tout ce que renferme la collection, il est si difficile de s’y retrouver que Quicherat lui-même semble ne pas s’y être reconnu. On verra dans la suite que, pour réfuter le malheureux travail des Aperçus nouveaux sur Jeanne d’Arc, par lequel il essaye de renverser le monument du Double Procès, il suffit de lui opposer les textes qu’il a édités, et qu’il a dû oublier, si l’on ne veut rien dire de plus accusateur pour sa mémoire. Chaque volume de la Vraie Jeanne d’Arc renfermera ce qui a rapport à une période déterminée ; on trouvera dans celui-ci tout ce qui nous a été transmis sur Jeanne depuis sa naissance jusqu’à son arrivée à Chinon. Les particularités dues aux réponses de l’accusée à Rouen sont disséminées dans le procès, selon qu’elles ont été amenées par le caprice des interrogateurs. Ces réponses seront groupées de manière à se présenter d’une manière suivie, dans un ordre chronologique. Il n’en sera pas autrement des dépositions des témoins, des chroniques elles-mêmes, autant que XIcela sera possible, sans tronquer la pièce reproduite. Quicherat est incomplet, en même temps qu’il renferme des inutilités. Comment s’expliquer, par exemple, que, dans le procès de réhabilitation, il ait fait si peu de place aux mémoires qui en font partie, et qu’il ait transcrit tout au long les citations commandés aux huissiers et la relation de l’exécution ? De pareilles inutilités ne se trouveront pas dans la Vraie Jeanne d’Arc ; mais on y lira des chroniques de valeur publiées depuis l’édition du Double Procès. L’une d’elles, la relation du greffier de La Rochelle, est due à Quicherat lui-même, qui l’a mise au jour dans une brochure postérieure.
Depuis l’éminent paléographe, les commencements du XVe siècle ont été étudiés ; et dans des écrits réservés aux érudits de profession, il était moins nécessaire de faire connaître l’état de la France à l’arrivée de la libératrice, les partis qui la déchiraient, l’origine de nos discordes. La libre-pensée, dans ses explications naturalistes, fait des excursions dans l’époque tout entière. Sa pleine réfutation exige qu’on la suive sur ce terrain. De là, le coup d’œil rapide sur la Chrétienté qui ouvre le présent volume. Il aidera, croyons-nous, à comprendre les raisons providentielles de ce grand miracle qui est la Pucelle. L’histoire de la France, des pays dans lesquels était enclavée la langue de terre française qui était la châtellenie de Vaucouleurs, de cette châtellenie elle-même, durant les années obscures de Jeanne, est présentée avec quelque étendue. On comprendrait difficilement sans cela bien des points de l’histoire de Jeanne, les contre-vérités de la libre-pensée. Comment expliquer par exemple l’acharnement de la capitale et de l’Université de Paris contre la libératrice, si l’on ne savait comment, en haine des Armagnacs, pour venger la mort de Jean sans Peur, idole des Parisiens et de la plupart des docteurs de l’Université, tous s’étaient jetés dans les bras de l’Anglais. Malgré son étendue, ce premier livre, croyons-nous, ne paraîtra pas trop long à ceux qui désirent comprendre pleinement au milieu de quel concours de circonstances, le Ciel fit pour nous le miracle de la Pucelle.
Par leur nombre même, par leur provenance, les documents présentent des divergences réelles, parfois apparentes seulement. De là, la nécessité d’en discuter la valeur, de les concilier quand cela est possible, d’indiquer sur quels points ils méritent créance, ou sont dénués d’autorité. Ils soulèvent plusieurs questions, de tout XIIintérêt, par exemple où finissait la mission de Jeanne. Ces questions seront discutées selon leur importance. Dans le désir d’être aussi complet que possible, il sera même parlé des lieux auxquels se rattache particulièrement l’héroïne.
C’est après avoir ainsi présenté dans son vrai jour, d’après les pièces mêmes, chaque période de la plus authentique des histoires, qu’il sera fait justice des fantaisies par lesquelles le naturalisme s’efforce de la fausser, et nous donne une Jeanne d’Arc fantastique, impossible.
Si le succès ne trahit pas de longs et consciencieux efforts, le plan réalisé sera l’œuvre signalée comme indispensable, par le doyen des évêques et des cardinaux français. Son Éminence le cardinal Desprez, archevêque de Toulouse, daignait bien écrire à l’auteur de la Pucelle devant l’Église de son temps :
À tout prix il faut arracher notre admirable Jeanne d’Arc au rationalisme et à la libre-pensée ; il faut montrer en elle la Vierge divinement envoyée à la France pour la préserver de la ruine et conserver à la défense de la foi la nation appelée si justement la Fille aînée de l’Église.
III
Les cinq volumes de la Vraie Jeanne d’Arc comprendront deux ou trois fois les matières des cinq volumes du Double Procès de Quicherat.
Le premier a paru sous le titre particulier de : La Pucelle devant l’Église de son temps. Chronologiquement, il aurait dû venir le dernier. Il a passé avant les autres, parce qu’il fallait se hâter de tirer de la poussière de l’inédit des œuvres dues à l’élite des théologiens du siècle de Jeanne, qui discutaient sa vie, ses actes, ses paroles, sous leur aspect le plus élevé et le plus capital, leur accord avec la révélation, avec l’enseignement catholique. Par leur objet même, ces discussions ont pu paraître au-dessus de la portée d’un certain nombre d’esprits cultivés : il n’en sera pas de même des volumes qui suivront. Exclusivement historiques, ils ne seront que la plus complète et la plus véridique des histoires publiées sur la Pucelle, qui en compte un si grand nombre, et si peu qui nous donnent sa vraie figure. On trouvera ici l’héroïne, telle qu’elle s’est peinte elle-même XIIIet que l’ont vue les contemporains. Ce ne serait pas un mince profit de faire perdre créance à des caricatures qui sont des outrages à la céleste enfant et au Ciel qui la forma.
Le présent volume, le deuxième de la Vraie Jeanne d’Arc, est consacrée à la vie de Domrémy et de Vaucouleurs, jusqu’à l’arrivée à Chinon, venons-nous de dire.
Les chroniqueurs parlent peu de cette première période. Ils s’étendent surtout sur la période guerrière et courent sur le martyre. La reproduction des chroniques et des documents importants de l’époque qui nous parlent de Jeanne d’Arc, fera donc suite à ce que le présent volume nous fait connaître de la vie obscure. Il y aura matière à de nombreuses appréciations et discussions.
Mais la période guerrière nous est aussi exposée par les aveux de Jeanne et par les dépositions de fort nombreux témoins, d’une compétence indiscutable, entendus au procès de réhabilitation. Avec la réfutation des fantaisies de la libre-pensée, ce serait le tome quatrième.
Il en faudra largement un cinquième pour faire connaître la martyre, d’après ses réponses, les témoins oculaires et la libre-pensée.
Grâce à l’élan qui emporte vers la libératrice croyants et incroyants, des monuments à son honneur surgissent chaque jour et marquent d’un signe glorieux tous les lieux sur lesquels elle a fixé son pied. Le plus indispensable n’est-il pas celui que Son Éminence le cardinal Desprez proclame devoir être élevé à tout prix ?
J’entreprends de répondre à une invitation tombée de si haut, décidé de consacrer à l’œuvre tout ce qu’il plaira à Notre-Seigneur de m’accorder de vie, après avoir déjà donné de longues années à ramasser des matériaux. L’œuvre est plus qu’à moitié faite. Me sera-t-il donné de la mener à terme ? C’est le secret de Dieu et des amis de Jeanne. L’accueil fait à la Paysanne et l’Inspirée dira si je n’ai pas trop présumé de mes moyens, et si je dois continuer à traiter sur le même plan la guerrière et la martyre.
IV
Ces pages, datées primitivement de la fête de la dédicace des Basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, du 18 novembre 1893, étaient encore dans les ateliers typographiques, lorsque le 27 janvier 1894, XIVun décret de Léon XIII, introduisait l’héroïne dans la voie au terme de laquelle se trouvent les autels, suite d’une régulière canonisation. Un immense cri de joie, parti de tous les cœurs qui ne sont pas voués au mal, même du premier organe de l’opinion de la protestante Angleterre, a salué cet acte réparateur ; c’est un tressaillement universel dans l’espérance de l’acte dernier qui en sera le couronnement. Au moment où ces lignes sont écrites, l’acclamation va grandissant.
Tout est unique, tout sort des limites ordinaires dans la Vénérable servante de Dieu ; ce qui se rapporte à sa vie posthume à travers les âges, tout comme ce qui compose la trame de sa vie mortelle. L’on ne trouvera pas, dans les annales des canonisations, de saint pour lequel les suprêmes honneurs que peut décerner la terre aient été sollicités avec l’ardeur que pasteurs et fidèles ont mise à les demander pour la libératrice. Aucun, par ses premiers pas dans la carrière des honneurs divins, n’a provoqué les enthousiasmes que provoque l’introduction de la cause de celle que les Saintes appelaient : fille de Dieu.
Besoin de réparer un trop long oubli, pressentiment des grands biens qu’apportera le culte solennel et public de celle qui est une preuve aussi palpable que persuasive du surnaturel, n’est-il pas permis de voir dans ces transports l’action du divin Esprit suggérant au moment opportun le remède réclamé par les besoins particuliers à chaque époque ? C’est une famille de dilection et d’obéissance que la famille des enfants de Dieu : Filii sapientiæ natio eorum obedientia et dilectio1, nous dit le Saint-Esprit. Dilection envers la très glorieuse et très aimante sœur qui nous honore tous, dilection envers le Seigneur dont la vertu la remplit, envers le Ciel tout entier qui l’envoya, dilection envers le Pontife qui exprimait, dès 1885, dans son bref à l’heureux évêque postulateur, Mgr Couillé, des pressentiments semblables à ceux des fils dont il est le père, et cependant obéissance qui par une sainte contrainte évite ce qui serait en opposition avec les lois ecclésiastiques ; où trouver mieux ces caractères ?
N’y a-t-il pas là le gage d’une prompte réalisation de vœux si universels ? Ne pouvons-nous pas espérer que le Ciel, par quelqu’une de ces voies dont il a le secret, fera que le titre authentique de Sainte ne tardera pas à suivre celui de Vénérable qui lui est enfin donné ? Pour notre Vénérable sœur, entrer dans la carrière fut plus difficile que la XVparcourir. Il lui en coûta plus d’obtenir l’assentiment de Baudricourt, du dauphin et de son entourage que de rompre les bastilles anglaises, de mettre en fuite l’armée de Talbot, et de conduire le roi à Reims. Ne nous est-il pas permis de penser qu’il en sera ainsi de la carrière des honneurs décernés ici-bas à la sainteté ? Elle est restée comme en dehors durant près de cinq siècles, lorsque son histoire vraie lui donnait, autant qu’il nous est permis de le dire en soumettant cette appréciation à celui qui a mission du Ciel pour la contrôler, lui donnait des titres incomparables pour être portée au sommet. Léon XIII vient de la mettre sur la voie ; puisse-t-il lui être donné de la lui faire parcourir tout entière !
Deux ans encore, et la France chrétienne célébrera, avec la splendeur qui convient, le quatorzième centenaire où, en sortant des eaux du Baptême, elle naissait Fille aînée de l’Église.
Comme la canonisation de l’incomparable fille de Jacques d’Arc arriverait, ce semble, bien à son heure en cet anniversaire quatorze fois séculaire ! Quel saphir resplendissant unirait ainsi la chaîne de nos annales, tournerait le cœur des fils vers celui des pères, et prouverait à tous que si le Christ aima les Francs dès le commencement, il les aime jusqu’à la fin !
Préjuger ne nous appartient pas, mais désirer ardemment, solliciter auprès de Celui auquel rien n’est impossible, est tout à fait dans nos droits, et ceux qui goûteront la pensée qui vient d’être émise voudront en user.
Puisse amener la réalisation de ce vœu Notre-Dame de France qu’imploraient avec tant d’instance les multitudes si malheureuses du XVe siècle, auxquelles la Mère de miséricorde envoya la libératrice !
À Notre-Dame de France est confié, comme les précédents, ce nouveau volume écrit à ses pieds dans la chère solitude de Vals, et signé à Paris, le 12 février 1894, le quatre-cent-soixante-cinquième anniversaire du jour où la paysanne de Domrémy triomphait des résistances de Baudricourt par l’annonce de la défaite de Rouvray, subie en ce jour à plus de cent lieues de distance.
L’auteur.
Notes
- [1]
Eccl., c. III.