Tome IV : Livre V. La Vierge-Guerrière d’après les livres de comptes, etc.
363Livre V La Vierge-Guerrière d’après les livres de comptes. — Sa constitution physique. — Éclaircissements. — La carrière de la Vénérable.
- Comptes du roi et du duc d’Orléans
- Comptes de la ville d’Orléans
- Registres de la ville de Tours et de diverses villes du midi
- Registres des villes du Centre et du Nord
- Constitution physique de la Pucelle
- Éclaircissements
- Carrière de la Vénérable (chronologie)
Près de cinq siècles se sont écoulés depuis le martyre de l’héroïne. Que de titres précieux ont été emportés par le temps, les incendies, les révolutions et les hommes ! Cependant, à mesure que les archives du XVe siècle sont explorées, l’on voit apparaître, là où l’on n’était pas en droit de l’attendre, le nom de la merveilleuse jeune fille. Ce sont des livres de comptes mentionnant les légères dépenses faites pour rendre grâce à Dieu de ses exploits, pour l’assister, pour lui faire honneur ; des registres de délibérations qui la mentionnent ; ce sont des traditions locales. Tout ce qui se rattache au plus sympathique et au plus glorieux des noms de notre histoire a son intérêt. Aussi voudrions-nous réunir ici ce qui est signalé non seulement dans des ouvrages universellement connus, mais encore dans les revues de province, justement jalouses de recueillir le moindre mot qui a trait à la Libératrice.
Nous sommes heureux de l’occasion de témoigner notre reconnaissance à ceux qui nous ont facilité ce travail, principalement à MM. les archivistes et bibliothécaires des villes où nous nous sommes présenté. Ils se sont généralement montrés les dignes collègues de ceux qui, dans les grands dépôts littéraires de la Capitale, se mettent avec tant de courtoisie à la disposition des travailleurs qui veulent en explorer les trésors.
364Chapitre I Comptes du roi et du duc d’Orléans
- I.
- Ce qui nous reste des comptes royaux pour les années 1429-1430.
- Don à Jean de Metz en vue de la Pucelle.
- Sommes données pour couvrir les dépenses, les frais de l’équipement et de l’étendard de la Pucelle ;
- pour solder le voyage de Reims, pour l’achat d’un cheval à Soissons, d’un autre à Senlis :
- pour son père.
- Pension à ses frères, à son neveu.
- II.
- Achat par le duc d’Orléans de riches vêtements pour la Pucelle.
I. Ce qui nous reste des comptes royaux pour les années 1429-1430. — Don à Jean de Metz en vue de la Pucelle. — Sommes données pour couvrir les dépenses, les frais de l’équipement et de l’étendard de la Pucelle ; — pour solder le voyage de Reims, pour l’achat d’un cheval à Soissons, d’un autre à Senlis : — pour son père. — Pension à ses frères, à son neveu.
Nous n’avons jusqu’à l’année 1444 que des fragments de comptes du règne de Charles VII, dit M. Loyseleur dans son érudit travail : Compte des dépenses faites pour secourir Orléans405. Lorsque Jeanne était sur la scène, Hémon Raguier était le trésorier des guerres. Les comptes ne furent apurés qu’en 1441, et ce travail lui-même n’existe pas. L’on n’en possède que des copies, et des copies incomplètes. Denis Godefroy, dans son Histoire de Charles VII, de Laroque, dans son Traité de la noblesse, nous ont conservé des fragments dans lesquels l’on trouve diverses sommes données à la Pucelle, ou en sa considération.
Telle la suivante :
À Jean de Metz la somme de cent livres pour le deffray de lui et autres gens de la compagnie de la Pucelle n’aguères venue par devant le roy nostre sire du pays de Barrois, des frais qu’ilz ont faiz en la ville de Chinon, et qu’il leur convient faire ou (au) voiage qu’ilz ont entencion de faire pour servir icelluy seigneur en l’armée par luy ordonnée pour le secours d’Orléans ; laquelle somme a esté aux dessusditz, octroiée par lettres du roy du XXIe jour d’avril mil CCCCXXIX406.
De Laroque, au chapitre XLIII de son Traité de la noblesse, relève aussi la dépense suivante qu’il donne comme tirée du 13e et dernier compte d’Hémon Raguier.
Aux personnes cy après nommées : la somme de 450 livres tournois 365qui ou (au) mois d’avril MCCCCXXIX après Pasques, de l’ordonnance et commandement du roy nostre sire, a esté payée et baillée par ledit trésorier ; c’est à savoir :
À Jean de Mès, pour la despence de la Pucelle, 200 livres tournois ; — à maistre armeurier pour ung harnois complet pour ladite Pucèle, 100 livres ; — au dit Jean de Mès et son compagnon, pour luy aidier à avoir des harnois pour eulx armer et habiller pour être en la compaignie de laditte Pucelle, 123 livres tournois, — et à Hauves Poulnoir, paintre demeurant à Tours, pour avoir paint et baillié estoffes pour ung grant estendart, et ung petit pour la Pucelle, 25 livres tournois ; — comme il appert par lettres patentes du roy nostredit seigneur, données à Chinon le Xe jour de mai oudit (audit) an MCCCCXXIX, adressantes (adressées) à maistre Regnier de Boullegny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes les finances, et par luy expédiées le XVe jour dudit mois de May oudit an, aux capitaines et chiefs de guerre ci-après nommés. Lettres patentes du dit seigneur, données au château de Gien-sur-Loire le vingt-deuxième jour du mois de septembre ou (au) dit an 1429, adressées à maître René de Boulegny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes finances.
À Jeanne la Pucelle, la somme de 243 livres tournois forte monnoye, et trente ducats d’or, qui ès moy d’aout et septembre 1429, de l’ordonnance et commandement du roy nostre seigneur, lui a été plusieurs fois baillée et délivrée par le dit trésorier, pour commettre (pourvoir) au fait de la despense ordonnée par elle faire au voyage fait par le dit seigneur à Reims pour le fait de son sacre et couronnement ; comme il appert par lettres patentes d’icelui seigneur, données au chatel de Gien le 22e jour dudit mois de septembre au dit an 1429, adressantes à maître Jean Regnier de Boullégny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes finances, et par lui expédiées le 23e jour du dit mois de septembre cellui an : par lesquelles il est procédé par le dit seigneur, que en les rapportant ou (à la) quittance sur ce de Mathelin Raoul ordonnè à faire la dépense de la dite Jeanne tant seulement, la dite somme soit allouée ès comptes et rabattue de la recette du dit trésorier par messieurs des comptes, sans aucun contredit ou difficulté ; nonobstant que la dite quittance précède en date lesdites lettres, et quelsconque ordonnances, mandements et défenses à ce contraires. Pour ce, par vertu des dites lettres et quittances ci-rendus, la dite somme de 242 livres tournois et trente ducats d’or, dont faut rabattre 151 livres tournois, forte monnaie, trente ducats d’or.
À Jehanne la Pucelle la somme de 236 livres tournois forte monnoye, qui ès mois d’août et de septembre 1429, du commandement et ordonnance du roi nostre seigneur lui a été baillée et payée par le dit trésorier. C’est 366à savoir pour un cheval que le dit seigneur lui fit bailler et délivrer à Soissons ou dit mois d’août trente-huit livres dix sols tournois ; pour un autre cheval que semblablement le dit seigneur lui fit bailler et délivrer à Senlis ou dit mois de septembre, six vingts dix-sept livres dix sols tournois.
Et à Reims que icelui seigneur lui fit bailler et délivrer pour bailler à son père soixante livres tournois, comme il appert par lettres patentes du dit seigneur données au chastel de Gien le 22e jour du dit mois de septembre, ou dit an 1429, adressantes à maître Regnier de Boullegny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes finances, et par lui expédiées le 23e jour du mois de septembre cellui an, etc., deux-cent-trente-six livres forte monnoye.
Ce n’est là qu’une faible partie des sommes allouées à la Pucelle. Elles eussent été insuffisantes pour soutenir le train de sa maison, et pourvoir aux nécessités auxquelles elle avait à faire face. On a vu comment, interrogée, dans la séance du 10 mars, sur ce qu’elle avait reçu du roi, elle répondit en tenir dix ou douze-mille écus ; ce qui, ajoutait-elle, était peu pour mener la guerre.
Charles VII, sur les dernières années de son règne, et Louis XI ont payé une pension aux deux frères de la Pucelle, et même après la mort de Pierre, à Jean, fils de ce dernier.
Cela résulte des citations suivantes empruntées à Quicherat407.
Extrait d’un registre de la chambre des comptes de Paris, et imprimé par de Laroque au chapitre XLIII de son Traité de la noblesse :
À messire Pierre du Lis, chevalier, livre de la Pucelle, six vingt et une livres pour sa pension de l’an MCCCCLIV.
À Jehan du Lis, frère de la Pucelle, escuier, bailly de Vermandois et capitaine de Chartres, pareille somme pour sa pension de l’an MCCCCLIV.
Extrait d’un compte de l’an 1468, conservé dans le manuscrit 772-3 de Gaignières :
À Jehan du Lys, frère de feue Jehanne la Pucelle, 25 livres en récompense de la capitainerie de Vaucouleurs, que le roy a bailliée à Mgr de Calabre.
Extrait d’un compte de Gilles Coron, changeur du trésor, et cité par Godefroy (Histoire de Charles VII, p. 890) :
À Jehan de la Pucelle, filz de feu Pierre du Lis, en son vivant chevalier, frère de feue Jehanne la Pucelle, la somme de six vingt et cinq livres tournois, sur la recette ordinaire de Vitri, pour sa pension, pour l’année CCCCLXXIII (1473), ainsi que l’a eue le dit feu Pierre du Lis jadis, son père.
367Extrait du registre original des comptes du 1er janvier au 31 décembre 1476 (Arch. nat., p. 290) :
À Jehan de la Pucelle, filz de feu Pierre du Lis, en son vivant chevallier, frère de feue Jehanne la Pucelle, la somme de six vint et cinq liv. tournois, à lui ordonnée par le roy nostre sire, pour sa pension de l’année, finissant à la feste de la Magdeleine CCCCLXXVIII (1478).
II. Achat par le duc d’Orléans de riches vêtements pour la Pucelle.
M. le mareschal de Beauvais possédait en 1846 les originaux en parchemin des deux pièces suivantes. Communication en fut donnée à Jules Quicherat qui les publia dans la Bibliothèque de l’École des chartes (2e série, t. I), avant de les insérer dans le Double Procès. Il les accompagne de plusieurs remarques dont on trouvera ici la substance.
La Pucelle portait constamment des vêtements virils, soit qu’elle fût parmi les hommes d’armes, soit qu’elle fût dans sa demeure privée. Le costume viril, chez les hommes des hautes classes, comprenait un long vêtement assez semblable par sa forme aux robes de chambre modernes. La huque était une cotte plus courte, plus ou moins ample, que l’on portait par-dessus l’armure, ou quelquefois sous le vêtement. Le mois de juin 1429 est le mois de la campagne de la Loire. Le cadeau a-t-il été fait avant ou après la bataille de Patay ? La pièce ne le dit pas. Il est certain que l’enthousiasme inspiré par l’envoyée du Ciel était alors au comble. Une des expressions de ce sentiment, ce furent les riches habits dont on crut que l’héroïne devait être revêtue, et que nous avons vu lui avoir été reprochés au procès de Rouen. D’après Quicherat, les sommes qui vont être énumérées représenteraient 600 francs de notre monnaie actuelle. La Libératrice crut devoir accepter et porter ces vêtements ; Notre-Seigneur, dont elle était l’envoyée, loua Magdeleine du parfum si précieux répandu sur sa tête. L’incrimination des Pharisiens de Rouen est la reproduction des murmures de Judas et de ses complices, plusieurs inconscients.
En délivrant Orléans, elle délivrait la capitale de l’apanage du duc Charles, prisonnier à Londres, et elle donnait, nous l’avons vu, la délivrance du captif comme l’un des objets de sa mission. Jacques Boucher, trésorier du duc, interprète des intentions de son maître, fit faire le riche vêtement aux couleurs de la maison d’Orléans, qui étaient le vermeil, ou cramoisi, et le vert. Après l’assassinat de la rue Barbette, le vert, d’abord clair, se rapprocha du brun, et après Azincourt fut plus sombre encore, il fut le vert perdu. La maison d’Orléans avait des orties dans 368ses armes. Les Orléanais en ornèrent les vêtements de la Pucelle, comme on le verra au chapitre suivant.
Voici, à l’orthographe près, avec la quittance des fournisseurs, la pièce par laquelle le duc ratifie le présent de son trésorier.
Charles, duc d’Orléans et de Valois, comte de Blois et de Beaumont, et seigneur de Coucy, à nos amés et féaux les gens de nos comptes, salut et dilection. Nous vous mandons que la somme de treize écus d’or viez (vieux) du poids de soixante et quatre au marc qui par notre amé et féal trésorier général Jacques Boucher a été payée et délivrée ou (au) mois de juin derrenier (dernier) passé, à Jehan Luillier, marchand, et Jehan Bourgois, taillendier (tailleur), demeurants à Orléans, pour une robe et une huque que les gens de notre conseil firent lors faire et délivrer à Jeanne la Pucelle, étant en notre dite ville d’Orléans, ayant considération aux bons et agréables services que ladite Pucelle nous a faits à l’encontre des Anglais, anciens ennemis de Monseigneur le roi et de nous ; c’est à savoir au dit Jean Luillier, pour deux aunes de fine brucelle vermeille408, dont fut faite la dite robe, au prix de quatre écus d’or, l’aune, huit écus d’or ; pour la doublure d’icelle, deux écus d’or ; et pour une aune de vert perdu, pour faire la dite huque, deux écus d’or, et au dit Jean Bourgois, pour la façon des dites robe et huque, et pour satin blanc, sandal409, et autres étoffes, pour tout un écu d’or : vous, icelle somme allouez ès comptes de notre dit trésorier et rabattez de sa recette, sans aucun contredit ou difficulté, par (en) rapportant ces présentes et quittance sur ce dessusdits tant seulement, nonobstant ordonnances, restrincions, mandements, ou défenses quelconques à ce contraire. Donné au dit lieu d’Orléans, le dernier jour de septembre, l’an de grâce mil CCCC vingt et neuf.
Par Monseigneur le Duc à la relation de vous à ce par lui commis. Signé : Labbé ;
Jean Lullier, drapier et bourgeois d’Orléans, et Jehan Bourgois, taillandier du dit lieu, confessèrent avoir eu et reçu de Jacques Boucher, tresorier général de Mgr le duc d’Orléans, la somme de treize écus d’or viez du poids de soixante et quatre au marc, pour une robe et une huque que les gens du conseil de mondit seigneur le duc firent faire et délivrer, dès le mois de juin CCCC vingt-neuf, à Jehanne la Pucelle, étant lors au dit lieu d’Orléans ; c’est assavoir, le dit Luillier pour deux aunes de fine Bruxelles vermeille, dont fut faite ladite robe, huit écus ; pour la doublure d’icelle deux écus ; et pour une aune de vert perdu pour faire ladite huque, deux écus d’or ; et ledit Bourgois, pour la façon des dites robe et 369huque et pour satin blanc, sandal et autres étoffes, pour tout un écu d’or ci comme, etc., et s’en tinrent à bien contents, etc., et quittes. Fait le Ve jour d’août l’an mil CCCC et trente. Signé : Cormier410.
L’on verra dans le chapitre suivant des libéralités du duc d’Orléans envers les frères de la Pucelle.
370Chapitre II Extrait des comptes de la ville d’Orléans
- I.
- Présents, vins, mets, diverses dépenses, frais pour chevaux, autres frais payés par les Orléanais à la Pucelle, à ses frères, à ses compagnons.
- Messages.
- Le service anniversaire de la mort.
- Présents à ceux qui en 1452, 1456, viennent pour instruire et proclamer la réhabilitation.
- Les indulgences.
- Le monument du pont.
- II.
- La mère de la Pucelle à Orléans avec une partie de sa famille.
- Pension mensuelle payée par la ville.
- L’année de sa mort.
- Pierre du Lys.
- Bail emphytéotique de la métairie des Baigneaux.
- Don de l’Île-aux-Bœufs.
- Honneurs rendus à Pierre du Lys.
- Les noces de son fils, Jean de la Pucelle.
- Don fait par le duc d’Orléans.
- Acte par lequel Charles d’Orléans accorde la concession de l’Île-aux-Bœufs à Pierre et Jean du Lys
- III.
- Nombreuses processions à Orléans en 1429.
- La procession du 8 mai.
- IV.
- Détails sur la délivrance d’après les comptes.
- Part prise par Orléans au recouvrement de Jargeau, de Beaugency, à l’attaque contre La Charité.
- Jean le Canonnier, compatriote de la Pucelle.
- V.
- Bail de soixante ans pour une maison à Orléans au nom de la Pucelle ?
Nous avons déjà dit, d’après le docte chanoine Dubois, que les dépenses de la ville d’Orléans étaient inscrites sur un double registre ; l’un, les comptes de forteresse, relatait les dépenses faites pour la défense militaire ; le second, les comptes de commune, les autres dépenses municipales. Les comptes de forteresse sont encore conservés ; les comptes de commune des années 1429-1430 ont disparu ; mais on possède un grand nombre de mandements de paiement et de quittances. Le receveur désigné, Jean Hillaire, en 1429 et 1430, ne faisait de dépense que de l’avis des procureurs. Ce consentement était constaté par un représentant de l’autorité royale en présence de la municipalité tout entière, et à la suite les dépenses étaient acquittées sur reçu. Le chanoine Dubois fouilla tous ces stocks, et laissa dans ses manuscrits un état des dépenses faites en 1429-1430. Il n’est que juste de lui en faire honneur. Nous possédions dans nos cartons de nombreux extraits, lorsque MM. Charpentier et Cuissard, à la suite du Journal du siège, ont édité à leur tour les comptes de la ville d’Orléans pour les années 1429 et 1430. Ce sont près de deux-cents pages petit in-octavo pour la gestion de Jean Hillaire. Nous y prenons ce qui regarde la Pucelle, et quelques autres indications qui peuvent aider à mieux se rendre compte des exploits de Jeanne à Orléans et aux bords de la Loire.
371I. Présents, vins, mets, diverses dépenses, frais pour chevaux, autres frais payés par les Orléanais à la Pucelle, à ses frères, à ses compagnons. — Messages. — Le service anniversaire de la mort. — Présents à ceux qui en 1452, 1456, viennent pour instruire et proclamer la réhabilitation. — Les indulgences. — Le monument du pont.
Voici comment, le 14e jour d’octobre 1429, le délégué de l’autorité royale constatait la régularité des dépenses qui vont être énumérées.
À tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jehan le Prestre, licencié en lois, garde de la prévôté d’Orliens, salut. Sachent tous que Jean Martin, Chariot L’Uillier, Jaquet Compaing, Pierre Baratin, Jean Morchoasne, Raoulet de Recourt, Jean Boillève et Jaquet l’Argentier, procureurs de la ville d’Orliens, établis pardevant nous… d’un accord et consentement ont voulu, consenti et accordé que Jehan Hillaire, procureur et receveur des deniers appartenans à la ville d’Orliens, paie et baille des deniers de sa recette aux personnes qui s’ensuivent la somme cy après déclarée, c’est à savoir :
À lui (Jehan Volent) pour un demi-muid d’avoine donné à Jehanne la Pucelle :
CVIII s. p.411
À lui (Jacquet le Prestre) pour 7 pintes de vin présentées le dit jour (1er mai) à la Pucelle, à II s. p. la pinte, vallent :
XIIII s. p.412
À lui pour VII pintes de vin présentées le IIe jour de mai à la Pucelle à XIV d. la pinte, vallent :
IX s. IIII d. p.413
À Raoulet de Recours pour une alose présentée à la Pucelle, le IIIe jour de mai :
XX s. p.414.
À lui pour VII pintes de vin à elle présentées le dit jour :
IX s. IIII d. p.415
À lui (Jaquet Compaing) pour demie aune de deux vers achatée pour faire les orties des robes à la Pucelle :
XXXVI s. p.416
À Jehan Morchaisne pour la vente d’un tonneau de vin qui fut envoyé à Jehanne la Pucelle à Baugency, par Jehan Mahy et Jehan Boillève procureur, et coûta XVI écus d’or, à LXIIII s. p. pour chacun écu, valent :
LI l. t. IIII s. p.417
À lui pour l’achat de XII XIInes de pains envoyés semblablement à la dite Jeanne :
IX I. XII s. p.418
372À Marsot Bariaut, pour avoir tiré à clair un tonneau de vin pris chez Jean Morchaisne, donné à la Pucelle :
VI s. p.419
À Jehan Mahy pour dépense faite par lui et Jehan Boillève pour avoir été de par la ville à Baugency présenter à Jeanne un tonneau de vin et XII XIInes de pain, et pour le salaire du nottonnier :
LXIII s. p.420
À Jean Morchoasne, pour argent baillé pour l’achat de six chappons, IX perdrix, XIII congnins (lapins) et un faisan présentés à Jehanne la Pucelle, maître Jean de Vally, maître Jean Rabateau, et Monsr de Mortemar, le XIXe jour de janvier :
VII. XII s. III d. p.421
À Guillot le Brun, sellier, pour l’achat d’un bat à bahu et pour un bahu, serrure, courroies, sangle et pour toile pour le garnir par dedans, sans la couverture, donné à Jeanne la Pucelle, pour tout :
LXXVI s. p.422
À Jean Pillas, pour dépense faite en son hôtel par les chevaux de Jehanne la Pucelle, laquelle a été ordonne payer. Pour ce :
XX l. p.423
À Jaquet Compaing pour argent baillé pour la dépense de Jeanne la Pucelle, dernièrement qu’elle fut en cette ville :
VIII l. p.424.
À Jaquet Compaing pour bailler à Orliens le Hérault, pour avoir été à Selles devers la Pucelle, le IIIIe jour de juin, donner des nouvelles des Anglais :
VI l. VIII s. p.425
À lui, pour argent baillé à Jehan le Clerc qui fut avec François Jehannin devers la Pucelle de par la ville :
XII d. p.426
À Pierre Baratin pour bailler à Chauvin et à Thomas d’Yvoy, maçons, qui furent leur VIe à Jargeau quand la Pucelle y fut, qui font XII jours. Pour chacun jour VI s. IIII d. p. vallent :
LXXVI s. p.427.
À Jacques Bouchier, trésorier, pour certaine quantité de pics et pelles baillés en la chambre de la ville dont il demandoit XI l. t. qu’il avait pour ce payés, et pour aucune dépense faite par Jehanne la Pucelle en son hôtel, et pour l’amendement de environ XX francs de monnaie qu’il avait bailliés en bois et aux charpentiers ponr la ville, pour tout ce :
XXXI. p.428
À Jehan Morchoasne pour argent baillé à Thevenin Villedart pour la dépense qu’ont faite en son hôtel les frères de la Pucelle :
VI l. VIII s. p.429
373À lui pour argent baillé auxdits frère pour don à eux fait, trois écus d’or qui ont coûté chacun LXIIII s. p. vallent :
IX l. XII s. p.430
À Chariot le Long pour trois paires de housseaux et trois paires de souliers, dus à lui pour les frères de la Pucelle :
LXXII s. p.431
À Isambart Bocquet, cousturier, pour un pourpoint baillé au frère de la Pucelle :
XXIX s. p.432
À Jehan, frère de Jeanne la Pucelle, pour don à lui fait par la ville, pour lui aider à vivre et soutenir son état :
XL l. p.433
À Jean Le Camus pour bailler à trois compagnons qui étaient venus avec Jehanne, qui n’avaient que manger :
4 sols parisis434.
À Robin le Bocaut, sergent, pour la dépense de lui et d’un cheval, d’être venu de Baugency à Orliens par l’ordonnance de Jeanne quérir des poudres, quand le siège y était :
XVI s. p.435
Toutes ces libéralités ont été faites pendant que Jeanne était sur la scène. Après son martyre, les Orléanais ont continué à honorer sa mémoire. Ils ont manifesté leur reconnaissance par le service qu’ils célébraient au jour de sa mort, la veille de la fête du Saint-Sacrement, par la part prise à sa réhabilitation, par les secours donnés et les honneurs rendus aux membres de sa famille, par la fête du 8 mai, jusque par l’accueil fait à la fausse Jeanne d’Arc.
On lit dans l’Inventaire des Archives communales, par M. Doinel :
À Jehan Moynet, cirier, pour neuf livres de cire, mises et employées en quatre cierges, douze tortils et un flambeau, pour l’anniversaire de feue Jehanne la Pucelle, célébré en l’église Saint-Sanson d’Orliens, les surveille et veille de la Fête-Dieu mil CCCCXXXV, huit religieux des quatre Ordres mendiants chantent (sans doute dans leurs couvents respectifs) huit messes des morts durant celle de l’Anniversaire436.
1436. À Jaquet Leprestre pour bailler aux douze procureurs, pour offrir à la messe du dit anniversaire, à chacun 4 d. p., comme on a acoustumé :
Pour ce, 4 s. p.
L’année suivante :
À Étienne le Peintre pour quatre écussons peints aux armes de la dite Jehanne la Pucelle, qui furent attachés aux quatre cierges437.
3741439. À Gilet Morchoasne, pour neuf livres et demie de cire pour faire quatre cierges et ung flambeau pour l’obsèque de feue Jehanne la Pucelle, la surveille de la Fête-Dieu :
Pour ce, 22 s. 2 d. p.
Dès que l’on pensa à engager pratiquement l’affaire de la réhabilitation, Orléans fut aussitôt interrogé. Les comptes de la ville accusent, par un vin d’honneur qui leur fut offert le 26 mai 1452, la présence de Guillaume Bouillé et de l’Inquisiteur de la foi, lesquels avaient mandé les procureurs pour le procès de feue Jeanne la Pucelle438.
Le cardinal d’Estouteville, légat en France, qui les avait mis en mouvement, ne tardait pas à venir lui-même à Orléans. Les comptes de la ville de 1452 relatent la note suivante :
Le 8 juin payé VIII l. VIII s. pour l’achat de trois grands carreaux, et trois bars (barbeaux) présentés le 9e ensuivant à Mgr le Cardinal Légat d’Estouteville.
Item payé II s. à Jehan Pascault, portefaix, pour avoir porté ledit poisson pour présenter à Mgr le Légat.
Item payé IV l. VIII s. pour la vente d’un traversin de vin clairet lequel fut présenté à Mgr le Légat.
Item payé IX l. XVIII s. pour deux traversins de vin, c’est à savoir un vermeil, l’autre blanc, lesquels furent présentés audit Mgr le Légat.
Les procureurs, c’est-à-dire la municipalité, eurent un double entretien avec le légat ; cela résulte de la note suivante :
Item payé XX s. à Louis Boilleau pour poisson acheté la journée que fut présenté ledit poisson audit Mgr le Légat, pour donner à dîner aux procureurs afin de les entretenir pour retourner après dîner devers Mgr le Légat439.
C’est dans cette visite que le cardinal accorda cent jours d’indulgence à ceux qui assisteraient à la fête du 8 mai.
Item payé XXVII s. 4 d. à Jehan Le Jeune, notaire apostolique, pour avoir un pardon de Mgr le Légat pour la procession des Torelles.
Et l’année suivante 7 mai, on trouve la mention de
XVI d. donnés à Simon, crieux d’eschelette (avec clochette)
pour avoir crié le pardon que les précédents procureurs avaient impétré de Mgr le cardinal d’Estouteville440.
Cette première visite de 1452 n’a laissé aucune trace dans le procès de réhabilitation, soit que les informations se soient faites seulement d’une manière orale, soit que les délégués apostoliques n’aient pas jugé à propos de les joindre au procès, comme ils y ont ajouté les informations écrites, reçues à Rouen quelques jours auparavant.
La commission apostolique une fois instituée par Calixte III, les 375comptes de la ville, par les dons faits à son président l’archevêque de Reims, attestent sa présence à Orléans le 15 et le 16 mars.
La réhabilitation amena à Orléans, au mois de juillet 1456, l’inquisiteur Bréhal et l’évêque de Coutances.
L’abbé Dubois a relevé dans ses manuscrits les dépenses suivantes :
À Bertrand Fournier, poulailler, pour douze poissons, deux lapereaux, douze pigeons et un levrat, achetés de lui le mardi 20 juillet, et qui le dit jour furent présentés de par ladite ville à Mgr l’évêque de Cotences (Coutances) :
22 s. 8 d.441.
Payé 8 s. 9 d. à Jean Pichon pour 10 pintes et chopines de vin par lui présentées le dit jour, au souper, au susdit Mgr l’évêque de Cotences et l’Inquisiteur de la foi au susdit prix.
Payé 8 s. 9 d. au dit Pichon pour 10 pintes et chopines de vin par lui pareillement présentées le mercredi 21 juillet au dit Mgr l’évêque et à l’Inquisiteur de la foi.
Payé 8 s. 9 d. au dit Pichon pour 10 pintes et chopines de vin par lui pareillement présentées le dit jour, au souper, aux susdits Mgr l’évêque et Inquisiteur de la foi.
Payé 4 sols à six hommes qui le dit 21 juillet portèrent les torches de la ville à une procession qui fut faite le dit jour en l’église Saint-Samson d’Orléans par l’ordonnance de mesdits l’évêque de Cotences et l’Inquisiteur de la foi pour le fait de Jeanne la Pucelle442.
Une autre indication de l’abbé Dubois prouverait que Louis XI, ainsi que le rapportent certains auteurs, serait revenu sur le procès de Jeanne d’Arc. La note a été reproduite p. 267.
Peu après ce célèbre jugement (de la réhabilitation), dit Symphorien Guyon, les Orléanais (les dames orléanaises) érigèrent sur le bord du pont, à l’entrée de leur ville, l’image de bronze de Notre-Dame de Pitié représentée au pied de la croix, tenant le corps du Sauveur en son giron, d’un côté la statue du roi Charles VII, et de l’autre celle de la Pucelle, pareillement de bronze, le roi et la Pucelle représentés à genoux comme suppliants pour donner à entendre que ce roi persécuté par les Anglais, et cette généreuse Vierge envoyée pour le secourir, avaient obtenu secours par la vertu de la croix, et par l’intercession de la Vierge des vierges ; et de plus pour représenter que la Pucelle avait su par esprit de prophétie la dévote prière faite par le roi Charles devant l’image de Notre-Dame de Pitié443.
376D’après Le Maire aussi, ce fut auprès de Notre-Dame de Pitié que Charles VII aurait fait sa prière444.
Les protestants renversèrent le monument lorsque, en 1562, ils s’emparèrent d’Orléans. Il fut rétabli quelque temps après, et subsista jusqu’à ce que leurs logiques héritiers, en août 1792, l’abattirent de nouveau, parce que, disaient-ils, il insultait à la liberté du peuple français, et qu’ils voulaient en couler des canons. Le chef de ces barbares, dont les Iroquois auraient rougi, était l’ancien pédagogue Léonard, ou mieux, comme on disait à Orléans, Léopard Bourdon.
Il semble qu’au lieu de tenir son divin Fils dans ses bras, la Mère des douleurs, dans le nouveau monument, était debout au pied de la Croix.
II. La mère de la Pucelle à Orléans avec une partie de sa famille. — Pension mensuelle payée par la ville. — L’année de sa mort. — Pierre du Lys. — Bail emphytéotique de la métairie des Baigneaux. — Don de l’Île-aux-Bœufs. — Honneurs rendus à Pierre du Lys. — Les noces de son fils, Jean de la Pucelle. — Don fait par le duc d’Orléans.
Les Orléanais portèrent justement sur les membres de la famille de la Pucelle la reconnaissance et l’amour qu’ils avaient pour la Libératrice elle-même. M. Boucher de Molandon dans sa brochure : La Famille de Jeanne d’Arc dans l’Orléanais445, a donné là-dessus d’intéressants détails complétés par ses courtes pages : Un Oncle inconnu de Jeanne d’Arc.
La mère de l’héroïne vint s’y établir vers 1440, et y resta jusqu’à sa mort, le 28 ou 29 novembre 1458. Les honneurs dont la mémoire de sa glorieuse fille y était l’objet, plusieurs fois par an, auraient suffi pour l’y attirer. Elle y assistait au service annuel célébré la veille de la Fête-Dieu, anniversaire du martyre, à la procession du 8 mai ; elle vit en mai et juin 1452 Bouillé, Bréhal, d’Estouteville se préparer à engager la grande cause de la réhabilitation. En novembre 1455, elle quittait Orléans pour se rendre à Paris, escortée vraisemblablement de plusieurs notables bourgeois et sympathiques matrones ; elle allait présenter à la commission apostolique le rescrit que lui avait adressé Calixte III, pour l’autoriser à faire revoir le procès ; en mars 1456, elle voyait le président de cette commission, l’archevêque de Reims, avec ses assesseurs, engager l’enquête juridique ; la réhabilitation y était solennellement proclamée le 24 juillet de la même année. Isabeau avait auprès d’elle sa petite-fille, Marguerite du Lys, fille de Jean d’Arc, prévôt de Vaucouleurs, qui se maria à l’écuyer Jean de Brunet, son fils Pierre, auquel le duc d’Orléans avait donné l’Île-aux-Bœufs ; sa belle-fille était une Barroise, Jeanne Baudot. La dernière découverte de M. de Molandon446, a établi que 377Mangin de Vouthon, son frère, était venu lui aussi se fixer aux bords de la Loire.
Les comptes de la ville établissent que la municipalité faisait à la glorieuse mère une pension mensuelle de 48 sols, ou d’un sou 7 deniers par jour, annuellement 28 liv. 8 sols. Cette redevance est fidèlement relatée à partir de 1440, À son arrivée la digne mère fit une maladie. Cela résulte des comptes suivants :
À Henriet Anquetil et Guillemin Bouchier, pour avoir gardé et gouverné Isabeau, mère de Jeanne la Pucelle, tant en sa maladie comme depuis, et y a esté depuis le VIIe jour de juillet jusques au dernier jour d’août, c’est à savoir au dit Henriet :
IX l. XII s. p.
Et au dit Guillaume Bouchier LVII s. II d. p. pour pain et vin. Pour ce :
XII l. IX s. II d. p.
À la chambrière, qui était à feu messire Bertran, physicien, qui avait gardé la dite malade. Pour ce :
III s. p.
À Henriet Anquetil, pour la dépense de la dite Isabeau, et de marché fait à lui de quarante-huit solz parisis par mois ; pour ce, pour demi-mois de septembre :
XXIII s. p.
Dans la suite de cette même année on trouve :
À Ysabeau, mère de Jeanne, pour sa nourriture, pour le mois de décembre (1440) et par l’ordonnance de la chambre, pour ce :
XLVIII s. p.447.
La mort d’Isabelle Romée se trouve relatée dans le registre des comptes de 1458 de la manière suivante :
À messire Pierre Dulis, chevalier, frère de feu Jehanne la Pucelle, la somme de XLVIII s. p. qui par les procureurs a été ordonné lui estre baillée, pour le don que la ville faisait chacun mois à feu Isabeau, leur mère, pour lui aider à vivre, et pour le mois de novembre derrenier passé, ouquel mois elle trespassa le XXVIII ou XXIXe jour ; pour laquelle cause ladite somme esté ordonné estre baillée audit messire Pierre, son filz, pour faire du bien pour l’âme d’elle et accomplir son testament. Pour ce :
XLVIII s.448.
La Pucelle étant née en 1412, la quatrième ou la cinquième des cinq enfants d’Isabelle Romée, on est fondé à conclure avec M. de Molandon, qu’elle devait être à peu près octogénaire.
Pierre du Lys est-il venu à Orléans avec sa mère ? Il ne le semble pas, puisque ce sont des mains étrangères qui ont soigné la digne femme dans sa maladie de 1440 ; mais il n’a pas tardé à la rejoindre.
378Cela résulte d’un acte que M. Doinel découvrit dans une étude de notaire à Orléans, et qui est daté du dernier jour de janvier 1442 ; M. de Molandon en avait trouvé copie dans les registres du chapitre de Sainte-Croix d’Orléans. C’est un bail emphytéotique par lequel les chanoines louent au frère de la Pucelle leur domaine des Baigneaux.
Voici le début :
Mestaierie de Baigneaux.
Le mercredi, dernier jour de janvier 1441 (a. st.) (1442).
Messire Pierre du Lis, chevalier, chambellan du roy nostre sire, et dame Jehanne sa femme, du pays de Bar, à présent demeurant à Orléans,… confessèrent avoir pris à (pour) la vie d’eulx deux et de Jehan du Lys leur fils, et au survivant d’eux trois, du chapitre de l’Église d’Orléans… à commencer du jour de la Toussaint qui sera en l’an mil CCCC quarante et trois, la mestaierie, terres et appartenances de Baigneaux, assise au vau de Loire (val de Loire), et d’icelle mestaierie, terres et appartenances, feront les proufis leur vie durant, pour la quantité de sept muids de grains, c’est assavoir quatre muids de blé seigle, et trois muids avene.
La métairie des Baigneaux, à deux lieues à l’est d’Orléans, comprenait, d’après M. de Molandon, de 170 à 180 arpents de terres labourables baignées par les eaux de la Loire.
La redevance était légère ; encore, durant les quatre premières années, le preneur était tenu de fournir quatre muids de seigle seulement. On lui faisait grâce de l’avoine.
Le chevalier Pierre du Lys n’était pas riche. Jean Bourdon, qui exploitait les îles Bourdon dans le voisinage des Baigneaux, se porta caution ; il allait faire davantage encore. Remarquons, avant de le constater, que Pierre du Lys, ou d’Arc, est dit chevalier, chambellan du roi. Il était marié à une femme de son pays, et déjà père.
Les Baigneaux se trouvent sur la rive gauche de la Loire, dans la paroisse de Sandillon, en face de Chécy sur la rive droite. Un vaste réseau d’îles, les unes soudées maintenant au val de gauche, les autres amoindries ou emportées par la rivière qui s’est jetée vers le nord, existait entre les deux bords, et subdivisait les eaux en plusieurs bras de faible largeur. On pouvait par des passerelles, dont quelques vestiges ont été retrouvés, communiquer facilement d’une rive à l’autre. L’Île-aux-Bœufs, à proximité des Baigneaux, d’une contenance de plus de deux-cents arpents de terre, était une de ces îles. Jean Bourdon la possédait en fief moyennant une redevance annuelle de six livres parisis. Il proposa de renoncer à son fief, et y renonça en effet, le XXVI juillet 1443, à condition que le duc d’Orléans donnerait l’île au chevalier Pierre du Lys ; ce qui fut fait deux jours après, par l’acte dont voici quelques extraits rajeunis.
Acte par lequel Charles d’Orléans accorde la concession de l’Île-aux-Bœufs à Pierre et Jean du Lys
379Charles, duc d’Orléans et de Valois…, avons reçu l’humble supplication de notre bien aimé messire Pierre du Lys, chevalier, contenant que pour acquitter sa loyauté envers monseigneur le roi et nous, il partit de son pays et vint au service de mondit seigneur le roi et de nous, en la compagnie de Jehanne la Pucelle sa sœur, avec laquelle jusques à son absentement (disparition), et depuis jusques à présent, il a exposé son corps et ses biens audit service, et au fait des guerres de mondit seigneur le roi, tant devant notre cette ville d’Orléans comme en plusieurs et divers lieux, et par fortune desdites guerres, il a été prisonnier desdits ennemis ; et à cette cause, il a vendu les héritages de sa femme, et perdu tous ses biens, tellement qu’il a peine de quoi vivre, et à avoir la vie de sa femme et de ses enfants, nous requérant très humblement que pour lui aider à ce, il nous plaise lui donner pour son vivre, la vie durant de lui et de Jean du Lys, son fils naturel et légitime, les usufruits, profits, revenus et émoluments d’une île appelée l’Île-aux-Bœufs à nous appartenant, assise en la rivière de la Loire, près de Lasalle, au droit (en face) de Chécy, ainsi comme elle se poursuit et comporte C’est pourquoi nous, en considération aux choses dessus dites, en faveur et contemplation de ladite Jeanne la Pucelle sa sœur germaine (propre), et des grands, hauts et notables services qu’elle et ledit messire Pierre, son frère, ont faits à mondit seigneur le roi et à nous,…. avons donné et donnons, de notre science certaine et grâce spéciale, par ces présentes, audit messire Pierre, et lesdits usufruits, profits, revenus et émoluments de ladite île, et choses dessus dites, pour iceux être pris et perçus dorénavant par lui et sondit fils, la vie durant d’eux deux, et de chacun d’eux, tant que le survivant d’eux deux vivra et aura la vie au corps… etc.
Donné à Orléans le XXVIIIe de juillet de l’an de grâce mil CCCC quarante et trois. Ainsi signé par Monseigneur le duc449.
Pierre du Lys et son fils Jean jouirent paisiblement de la concession.
Jean du Lys, dit de la Pucelle, renouvelait son accession au bail des Baigneaux, comme le contrat le lui enjoignait, le 8 janvier 1467. Ce qui suppose que son père venait de mourir450. Jean du Lys, dit de la Pucelle, mourut lui-même sans postérité, en 1501, et l’Île-aux-Bœufs passa à sa cousine, Marguerite du Lys, femme de Jean de Brunet451.
Pierre du Lys occupait une place d’honneur à la procession du 8 mai. Il précédait immédiatement le clergé, un serviteur portant un cierge à ses côtés.
380Jean de la Pucelle s’allia à une des nobles familles de l’Orléanais, à damoiselle Macé de Vézines. Le mariage eut lieu le 18 juillet 1457, et la ville profita de l’occasion pour donner au neveu de la Pucelle une nouvelle marque de gratitude envers sa glorieuse tante. On lit dans les comptes de la ville :
À Symon le Mazier, demeurant à l’Ange, le lundi XVIIIe jour du mois de juillet, pour LI (51) pintes de vin tant blanc que vermeil, pris ledit jour en son hostel, et présenté par la ville au dîner et souper aux noces du fils de messire Pierre du Lys, chevalier, frère de feue Jehanne la Pucelle ; pour ce qu’il était venu faire sa fête du village en cette ville, et n’avait point de bon vin vieil de provision, pour pouvoir festoyer et faire plaisir à messeigneurs de la justice et autres notables gens de ladite ville et de dehors, qui étaient venus auxdites noces, LII s. p. ; c’est à savoir pour XV pintes de vin blanc, X s. p. et XXVI pintes de vin vermeil à XIV d. la pinte, XLII (42) s. p. Pour ce payé au dit Simonnet par l’ordonnance des dits procureurs :
LII s. p.
À Michel Filleul, l’un des procureurs, la somme de vingt livres tournois qui, par l’ordonnance desdits procureurs, a été par lui présentée au nom de la ville au fils du dit messire Pierre du Lys, chevalier, le mardi XIXe jour dudit mois, en augmentation de son mariage, pour considération des grands biens, bons et agréables services que fit durant le siège feue Jehanne la Pucelle, sœur du dit messire Pierre du Lys, à cette cité d’Orléans. Pour ce audit Michelet, le dit jour :
XVI l. p.
Audit Michelet, ledit jour, pour une bourse achatée par lui, en quoi il a présenté la somme dessus dite en monnaie :
II s. IV d.452.
M. Salmon trouva au Vatican, dans le manuscrit n° 733, f° 21 (de la Reine Christine) la note suivante reproduite par Quicherat (t. V, p. 280) :
À messire Pierre du Lys, chevalier, frère de feue Jehanne la Pucelle, la somme de dix livres tournois, laquelle mondit seigneur le duc lui a donnée en souvenance des bons et notables services que ladite feue Jehanne a faits à tout ce royaume, au recouvrement dicelui, et mêmement (surtout) durant le siège, mis par les Anglais devant la ville d’Orléans ; à (pour) icelle somme avoir et prendre des deniers des ventes du bois de ses forêts, comme il appert par lettres patentes dudit seigneur, données en son chastel de Blois, le onzième jour de juin mil CCCCc LXIII (1463)453.
La ville fit aussi, en 1436, plusieurs manifestations de gratitude envers Jean du Lys, autre frère de la Pucelle. Les dons inscrits au registre 654 381sont ainsi résumés dans l’Inventaire sommaire des Archives communales d’Orléans :
À Jacques le Prêtre, pour six pintes et choppine de vin, pour donner au frère (de) feue Jeanne la Pucelle le jeudi XIIe jour de janvier (1436)… à Jean du Lilz, frère de la dicte feue Jehanne la Pucelle, pour don fait à lui le XIIIe jour de janvier ensuivant, LXIIII sols parisis454… Mardi 21 août, 12 livres tournois en don à Jean du Lys, frère de Jeanne la Pucelle, pour s’en retourner, disant qu’il venait de devers le roy, et que le roy lui avoit ordonné cent francs, et commandé que on les lui baillast, dont on ne fist rien, et ne lui en fut baillé que XX, dont il avait despendu les XII, et ne lui en restait plus que VIII francs, qui estoit peu de chose pour s’en retourner, vu qu’il estait son cinquième à cheval… on lui offre X pintes et chopine de vin455.
Orléans ne se lassait donc pas d’honorer la sœur dans la personne de ses frères ; mais le plus permanent des monuments, celui qui a survécu à toutes les transformations, c’est la procession du 8 mai : action de grâces envers le Ciel, il est aussi une hymne de reconnaissance envers celle qui servit d’instrument à sa miséricorde.
III. Nombreuses processions à Orléans en 1429. — La procession du 8 mai.
Satan est parfaitement dans son rôle en faisant interdire les processions partout où il est le maître. Puisque les autres cérémonies du culte se font dans l’intérieur des églises, il supprime avec les processions le plus beau des spectacles qui ait lieu en plein soleil. Qu’est une procession ? L’humanité chrétienne en marche vers le Ciel à la suite de la Croix, faisant monter vers l’Église triomphante, dont souvent elle porte dans ses rangs les restes mortels, ses cris suppliants, faisant monter vers elle ses gémissements, ses pressants appels, et ses actions de grâce. Aussi les processions étaient multipliées dans les âges de foi. On avait recours aux processions pour obtenir la cessation des fléaux ; on remerciait par les processions ; on éternisait par des processions annuelles le souvenir des grands jours d’une cité ou d’un royaume. Drame vivant : personne qui ne fût appelé à y jouer son rôle, à en emporter un enseignement réconfortant pour la conduite de la vie.
Aussi les processions se multiplièrent à Orléans durant les jours que l’héroïne fut sur la scène. Les livres de comptes en font foi.
Le 3e jour de mai 1429 fut un jour de procession à cause des Rogations, et aussi de la fête patronale de la cathédrale. Elle eut, d’après les 382livres de compte, une solennité exceptionnelle. On y porta la vraie croix ; Quicherat cite les extraits suivants :
Pour ceux qui portèrent les torches de la ville, à la procession du IIIe de may dernier, présents Jehanne la Pucelle et autres chiefs de guerre, pour implorer Notre-Seigneur pour la délivrance de la dicte ville d’Orléans :
Pour ce, 2 s. p.456.
À Jean Mahy, pour un religieux carme qui fit sermon quand on porta la vraie croix457 :
XVI s. p.
Non seulement, il y eut procession le jour de la Délivrance, le 8 mai ; mais aussi le 10, c’est la signification de cette mention :
À maistre Robert Baignart pour un autre sermon par lui fait le Xe de mai ensuivant458 :
XVI s. p.
Il y a procession le 16 juin, sans doute pour la prise de Jargeau. De là cette mention :
À maistre Robert Baignart, jacobin, pour 1 sermon par lui fait le XVIe jour de juin que on fit procession :
XVI s. p.
Cela n’empêcha pas la procession qui eut lieu pour la victoire de Patay, le 19 juin :
À frère Estienne Avolle, carme, pour 1 sermon par lui fait le XIXe jour de juin que on fist procession :
XVI s. p.459
La nouvelle de la reddition de Troyes, et peut-être l’annonce que le sacre devait avoir lieu à Reims le 17 juillet, expliquent cette mention que l’on trouve dans les comptes :
À Jaquet le Prestre pour baillera ceulx qui portèrent les torches le dimanche XVIIe jour de juillet que on fit profession :
IIII s. p.
La nouvelle du sacre arrive à Orléans. Le 23 juillet, un samedi, procession plus solennelle, puisqu’on y porte le Saint-Sacrement :
Au dit Jacquet pour despence faite par les procureurs et autres bourgeois, présens le XXIIIe jour de juillet que on porta Corpus Domini par la ville d’Orléans :
XIIII (14) s. p.
À Frère Loys, augustin,pour ung sermon par lui fait ledit XXIIIe jour de juillet :
XVI s. p.460
Il y a procession le XXVe juillet, ainsi que cela résulte des lignes suivantes :
À maistre Robert Baignard, pour un sermon par lui fait le XXVe jour de juillet que fut faite procession :
XVI s. p.461
On en trouve encore au 5 août, au 14, au 15 août, très vraisemblablement comme action de grâces pour les merveilleuses conquêtes qui 383suivirent le sacre. Procession le 12 octobre. Elle est ainsi indiquée :
À lui (Jaquet) pour ceux qui portèrent les torches de la dite ville à la procession générale faicte le XIIe jour d’octobre, pour mémoire du jour que les Anglois misdrent le siège devant Orléans, XXVI d. p. ; valent :
VIII s. p.
C’est encore maître Robert Baignart qui fait le sermon462.
Pour ne pas trop prolonger cette nomenclature, citons la procession du 28 mai, et celle du 5 juin 1430, où les deux fois le sermon est fait par frère Loys de Richeville, augustin. La nouvelle de la prise de Jeanne d’Arc était arrivée à Orléans ; des bourgeois de Beauvais et de Senlis s’y trouvaient ce même jour ; la ville leur offre six pintes et chopine de vin463. Il est moralement certain que ces supplications avaient pour objet la délivrance de la captive.
De toutes ces processions, celle qui devait se prolonger à travers les âges, qui se faisait avec plus de solennité, que les documents désignent sous le nom de procession de la ville, est celle du jour même de la délivrance, du 8 mai.
Elle commença après la fuite des Anglais. On possède à Orléans la quittance de Louis de Ruscheville, prieur des Augustins, qui fit le premier sermon que tant d’autres devaient suivre ; elle est en latin : l’abbé Dubois en a inséré le texte dans ses manuscrits464. En voici la traduction :
Sachent tous que moi, frère Louis de Richeville, prieur des Frères augustins, j’ai reçu de vénérable et honnête personne, Jean Hillaire, receveur de la ville d’Orléans, la somme de XVI sous, à l’occasion de la prédication faite par moi, au cloître de Sainte-Croix, lorsque, le dimanche après l’Ascension, la procession se fit à Saint-Paul. En témoignage, j’ai signé la présente cédule de ma main et de mon sceau manuel, l’an du Seigneur MCCCCXX9, ainsi que ci-dessus.
Ludovicus de Ru.
L’église de Saint-Paul renferme la chapelle de Notre-Dame-des-Miracles ; le logis de la Pucelle, l’hôtel de Jacques Boucher, est presque attenant ; il n’en est séparé que par une petite rue. C’est bien justement que l’on rapportait à Notre-Dame des Miracles le miracle que tant d’autres miracles allaient suivre. Ce n’est que l’année suivante, semble-t-il, que la procession a pris la forme qu’elle a gardée durant des siècles, d’une visite aux principaux endroits où le siège était assis, et surtout où fut remportée la victoire décisive. En 1429, la place n’était 384pas dégagée, et en particulier, le pont était difficilement praticable. Mais dès l’année suivante, d’un commun accord, les autorités de la ville arrêtèrent que la procession commémorative se ferait tous les ans. Il semble qu’elle eut lieu d’abord le 7 mai. C’est la date donnée par les comptes de commune dans les articles suivants.
À Jehan Martin, pour l’achat de XXVI l. de cire neufve pour faire XII cierges qui furent portez à la procession le VIIe jour de may et donnez à Monsr saint Mamert, Monsr saint Euvertre et Monsr saint Aignan, à II s. p. la livre, valent :
CVIII s. p.
À Jaquet le prêtre pour paier ceulx qui portèrent les torches de ladite ville à ladite procession :
IIII s. p.
… Audit Jaquet pour bailler à ceulx qui portèrent les châsses de Monsr Saint-Aignan, Saint-Mesmin, de Bonneval et autres corps saints, pour payer quatre sergents qui furent à la dicte procession pour arrengier le peuple et pour paier ceulx qui portèrent des eschiellettes (clochettes), pour tout :
XLVIII s. p.
À Raoulet de Harcourt, pour despence laite par lui et Jehan Mohy, un varlet en leur compagnie, à aller à Jargueau quérir Monsr l’evesque d’Orliens pour estre à ladicte procession, pour louaige de chevaulx et sallaire de varlet, pour tout :
LXVIII s. p.465
Quand on parcourt l’inventaire sommaire des comptes de la commune d’Orléans par M. Doinel, on y trouve des détails tels que ceux-ci, pour l’année 1434 : Procession du 8 mai : les 12 procureurs de la ville portent chacun un cierge, ayant chaque cierge un écusson aux armes d’Orléans ; sonnerie à Sainte-Croix et chant : on porte les châsses de saint Aignan, saint Mamert, saint Euverte ; Robert Baignart, prédicateur, reçoit 16 sols parisis466. Le sermon est fait par un des religieux des quatre ordres mendiants, dominicain, franciscain, augustin ou carme. On peut voir les détails de la solennité, telle qu’elle se pratiquait au XVIIe siècle, dans l’Histoire d’Orléans, par Symphorien Guyon.
IV. Détails sur la délivrance d’après les comptes. — Part prise par Orléans au recouvrement de Jargeau, de Beaugency, à l’attaque contre La Charité. — Jean le Canonnier, compatriote de la Pucelle.
Le chanoine Dubois se félicitait d’avoir entrepris le dépouillement si laborieux des registres de sa ville natale. Il avait raison. Ces comptes, d’un abord si vulgaire, donnent d’intéressants détails sur les diverses circonstances de la délivrance, et, rapprochés de la marche des événements, les mettent sous les yeux.
Des bourgeois sont envoyés à Blois pour surveiller l’arrivage des blés 385que la belle-mère du roi, Yolande, y fait venir de divers côtés. Tel Geffroy Drion. Il y passe vingt jours467. Si l’on pouvait douter que le premier convoi soit descendu par eau de Chécy jusqu’à Orléans, on en trouverait la preuve dans les gardes qui couchent aux chalands qui l’ont amené jusqu’au pied de la tour Neuve, dans les chariots payés pour l’apporter dans le grenier qui a été loué468, et jusque dans les informations faites par Jean Caseau, notaire du châtelet, contre ceux qui, pressés sans doute par la disette, sont venus de nuit embler (voler) du blé dans les chalands amarrés à l’aumône, sous le pont469.
Les détails abondent sur les achats de traits, d’arbalètes, de salpêtre, de poudre, sur la solde payée aux canonniers. Des villes alors fort lointaines ont envoyé des quantités considérables de provisions de guerre. Alby a donné 325 livres, tant salpêtre que soufre470. Montpellier cinq balles de soufre et de salpêtre pesant sept-cents livres471, plus quatre arbalètes d’acier472. En 1436 la ville achète à Naudin Bouchard
un long canon très bel et long ; et le fit durant le siège pour getter de dessus le pont aux Anglais qui passoient la rivière de la bastille qui estait en l’isle. à la bastille du champ Saint-Privé, pour ce qu’il n’y avait canon en la ville qui y peust jetter473. On met le feu au boulevard des Tourelles au moyen de fagots et de haillons graissés ;
un chaland chargé de matières inflammables fétides est mis sous le pont des Tourelles.
Des guetteurs sont toujours en observation au haut des tours de Notre-Dame et de Saint-Pierre-en-Pont. Le jour de l’assaut des Tourelles, des bateliers sont sans cesse occupés à passer d’une rive à l’autre ceux qui prennent part à la bataille. En ville l’on cuit en maints endroits les pains que l’on se hâte de faire passer aux combattants. La ville en a payé de quatre à cinq-cents douzaines ; elle a soldé pour ce jour dix-huit tonneaux de vin, des porcs cuits à point, qui leur ont été expédiés.
Orléans ne s’est pas contenté de solder les frais de sa propre délivrance. Il a voté trois-mille livres pour débusquer les Anglais de Jargeau474. Il y a envoyé ses pièces de canon, ses canonniers, sa grosse bombarde, à laquelle sont attelés vingt-deux chevaux. Même coopération à la délivrance de Beaugency475. La grosse bombarde a été amenée jusqu’à Gien à 386destination de La Charité. Il semble que le siège a été levé avant qu’elle fût arrivée, et aussi avant que fussent arrivés les cinq-cents compagnons qui y étaient dirigés, et qu’Orléans fit habiller
de huques de draps pers à croix de blanchet476.
On trouve dans les comptes de la ville les noms de tous les capitaines accourus à la défense d’Orléans. La ville ajoute aux gratifications trop légères, et, ce semble, tardivement acquittées, que leur donne l’indigent roi de Bourges.
Parmi ces défenseurs, aucun n’est plus intéressant que Jean le Lorrain, maître Jean le Canonnier, le Couleuvrinier, ainsi que le désignent les documents du temps. Maître Jean était du pays même de la Libératrice, puisque Montesclère, son lieu d’origine, est le château-fort qui dominait Andelot, la prévôté dont relevait la partie française de Domrémy. Le lieu et les antécédents de l’habile et jovial pointeur sont ainsi désignés dans les comptes du trésorier des guerres, Hémon Raguier :
À maistre Jean de Montesclère, canonnier demeurant à Angiers, la somme de sept vingts (140) escus d’or, que le roi notre sire, par ses lettres patentes, données à Chinon le IIe jour de février de l’an 1428 (a. st.) a ordonné lui estre baillée et délivrée, et laquelle le mois d’octobre précédent… il lui promit, alors qu’il le manda d’Angiers, pour l’envoyer à Orliens le servir de son fait, industrie et mestier ; lequel y alla, et servit bien grandement ledit seigneur477.
Maître Jean, né à Montesclère, résidait donc à Angers, lorsque, dès le commencement du siège, le roi l’envoya à Orléans. Son nom revient plusieurs fois dans les comptes de la ville. On y lit :
À maître Jean Canonnier, pour don à lui fait par les procureurs pour lui aider à vivre, pour ce qu’il n’a nuls gages de la ville, 24 livres478.
Il fut blessé, ainsi que cela est formellement affirmé dans la note suivante :
À Geffroy Drion, apothicaire, pour avoir gouverné maître Jean le coulevrineur, quand il fut blécié, et un sien varlet, par composition faite à luy :
VII l. IIII s. p.479
Ce valet reçut lui-même la gratification suivante :
Pour bailler au Moine, varlet de maistre Jehan, le canonnier, pour don à luy fait par les procureurs pour ce qu’il estoit blécié480 :
XXXII s. p.
On procure à maître Jean du plomb dont il faisait si bon usage481.
387Maître Jean quitta Orléans après la campagne de la Loire, le 23 juin, et reçut un don de 8 livres à son départ482.
Il fut au siège de Compiègne ainsi que l’indique la mention suivante :
Pour dépense faite à donnera souper à maistre Jean le Coulevrineux, qui estoit venu de Compiègne :
XLVIII s. p.483.
Cinquante sous furent donnés à celui qui apporta la nouvelle de la délivrance de cette cité, et le 3 décembre 1430, un vin d’honneur est offert aux procureurs de la ville484. Les comptes attestent que les maires, les bourgeois de Beauvais, de Senlis, de La Rochelle, reçurent à diverses occasions semblables honneurs.
V. Bail de soixante ans pour une maison à Orléans au nom de la Pucelle ?
M. Doinel publiait en 1876, dans les Annales de la Société archéologique de l’Orléanais (t. XV), une pièce qui mérite d’attirer l’attention des historiens de la Vénérable. Elle est tirée d’un registre de notaire du chapitre de Sainte-Croix (série G).
Si la Pucelle avait l’intuition qu’elle ne durerait guère qu’un an, l’acte qui va être cité paraît établir qu’elle avait pensé qu’une plus longue carrière mortelle pourrait s’ouvrir devant elle. C’est peut-être le cas où, trouvant un parfait acquiescement à la direction qu’elle apportait au nom de Dieu, elle aurait pu accomplir sa mission tout entière. Nouvelle Judith, elle aurait alors vécu jusqu’à une longue vieillesse au milieu de son peuple. Elle aurait choisi Orléans pour lieu de retraite et en aurait fait comme sa seconde patrie. L’acte suivant en effet semble indiquer qu’elle avait loué pour soixante ans une maison à Orléans.
Voici le texte découvert et publié par M. Doinel :
Le mardi XXVIIe de février 1432 (a.st.) Jehan Feu, huilier, et Philippe sa femme, demeurans à Orléans, en la paroisse de Saint-Malo, confessent avoir pris à rente, forme ou pencion, dujourd’huy jusques à la fin de cinquante-neuf ans après ensuivans, des doyen et chapitre de l’Église d’Orléans, en la présence de messire Jehan Ferron, chanoine d’icelle Église, ung hostel qu’ilz ont, assis en la rue des Petiz-Souliers d’Orléans, et que tenoit par avant la Pucelle, dont estoit pleige485 Guillot de Guienne, qui audit bail a renoncié au prouffit desdis bailleurs ; — tenant d’une part à l’ostel dudit preneur et d’autre part aux hoirs feu Jehan Bellevoie. Cette prise faicte pour la somme de siz escuz d’or 388fin, dont les LXIIII font le marc, de rente, ferme ou pencion, chacun an durant ledit temps, à paier desdis preneurs et de chacun d’eulx pour le tout auxdis bailleurs, à leur bourcier et procureur, ou au porteur, etc., franches et quictes, aux termes de Saint-Jean-Baptiste et de Noël, et à chacun terme la moitié, commençant le premier paiement à Noël prouchain venant, et seront tenuz de soustenir et maintenir ledit hostel bien et suffisamment en bon et suffisant estat, ledit temps durant, et ou la fin dudit temps laisser en bon et suffisant estat ; et aussi seront tenuz de paier de leur propre toutes tailles d’Église, de puis, de pavé et aultrement qui pourroient estre imposées sur ladite maison, ledit temps durant, sans faire aucun rabat de ladite rente, etc.
389Chapitre III La Pucelle et ses victoires d’après les registres de la ville de Tours, et de diverses villes du midi
- I.
- Tours.
- Gratifications aux courriers qui apportèrent la nouvelle de la délivrance d’Orléans, de la victoire de Patay, de la soumission de Troyes, du sacre.
- La Pucelle demande que Tours fasse une dot à la fille du peintre de sa bannière.
- Demande partiellement éludée.
- II.
- La Rochelle, Poitiers.
- Les miracles de la Pucelle prêchés à Périgueux.
- Jubilé de Rocamadour.
- Saint Martial et la Pucelle.
- III.
- Toulouse.
- La Pucelle dans les registres communaux de Toulouse.
- VI.
- Alby.
- La page du greffier de l’Hôtel de ville d’Alby.
- V.
- Carcassonne.
- Montpellier.
- Brignoles.
I. Tours. — Gratifications aux courriers qui apportèrent la nouvelle de la délivrance d’Orléans, de la victoire de Patay, de la soumission de Troyes, du sacre. — La Pucelle demande que Tours fasse une dot à la fille du peintre de sa bannière. — Demande partiellement éludée.
C’est du diocèse de saint Martin que Jeanne s’est élancée à la libération de la France, puisque c’est à Chinon qu’il a été décidé qu’elle serait mise à l’œuvre, de Loches qu’elle est partie pour la campagne de la Loire, préparation de celle du sacre. Saint Martin l’a en quelque sorte armée ; sainte Catherine de Fierbois, qui lui a donné l’épée, est du diocèse de Tours, et c’est à Tours, auprès du tombeau du grand thaumaturge, que la Guerrière a fait confectionner son étendard.
Les comptes de la ville parlent à plusieurs reprises de la Pucelle. Vallet de Viriville, Quicherat, en ont donné des extraits ; il nous a été donné d’avoir les originaux entre les mains et de les consulter. Avec plus de loisir, un érudit tourangeau, M. Messire, les a compulsés plus récemment, et en 1897 a publié ce qu’ils renferment sur Jeanne d’Arc, dans le journal l’Univers, nos des 16 janvier, 29 mars, 6 mai, 6 juin et 28 juillet, et autres.
Après avoir cité plusieurs pièces établissant les sacrifices faits par Tours pour venir en aide à Orléans, M. Messire nous fait connaître la gratification suivante faite au chevaucheur qui vint porter la nouvelle de la fuite des Anglais. Le chevaucheur porteur de l’heureux message est précisément Jean Colet, qui avait amené Jeanne de Vaucouleurs à Chinon.
390À Jehan Colez, chevaucheur de l’escuirie du roy, notre sire, la somme de X livres tournois qui, par ordonnance des gens d’église, bourgeois et habitans de la dite ville, lui ont esté ordonnez estre baillez et donnez pour les bonnes et joyeuses nouvelles par lui apportées en ceste ville, ou (au) mois de juing (lisez : mai) derrier passé, de la prinse faite par la Pucelle, monseigneur de Rays et les gens de leur compaignie, des bastilles que avoient faites les Anglois devant Orléans, où ilz ont esté logez et tenoient le siège, et de la bataille et déconfiture par elle faite contre lesdiz Anglois. Pour ce, paié audit Jehan Colez par mandement desdiz esleuz, donné le IIIe jour de juillet [mil] IIIIc XXIX, et quittance sur ce cy rendue.
(Archives de Tours, Registre des comptes, XXIV, f° 106 v°.)
Cette mention a été évidemment rédigée bien postérieurement à l’arrivée de Colet ; ce qui en explique les fautes grossières. La Libératrice arrivait à Tours le 12 ou 13 mai ; elle a dû y être devancée par Colet ; et l’on ne voit pas pour quelle raison on a différé jusqu’au 3 juillet de lui donner sa gratification.
Après la prise de Jargeau, le roi remercie les habitants de Tours des prières qu’ils ont faites et qu’ils font pour le succès de ses armes. Dans la lettre qu’il écrit on lit :
Nous avons ferme confiance, à cause des prières et dévotes oraisons que les gens d’Église, bourgeois et habitants, et autres nos loyaux sujets, ont faites et feront pour nous à Dieu notre Créateur, que il nous a moult aidé et il nous aidera, tant pour le fait d’Orléans, de Jargeau pris d’assaut en cette semaine sur les Anglais, que autrement.
(Registre des comptes, XXIV, f° 106 v°.)
Voici la mention de la victoire de Patay représentée comme remportée devant Meung.
À Estienne de la Fontaine, chevaucheur de l’escuirie du roy notre sire, la somme de VI livres tournois à lui baillez et paiez par l’ordonnance des gens de ladite ville (pour lettres) envoiées par le roi notredit seigneur, faisans mencion de la bataille dont était chef monseigneur le duc d’Alençon, monseigneur le comte de Vendosme et la Pucelle contre les Anglois, ses ennemis anciens, en eulx en fuiant et désemp[ar]ant de Mehun ; et fut le XVIIIe jour de ce présent mois. Desquelx Anglois en fut que mors que prins IIm Vc (2500) ; et fut prins Tallebot, Fastot, Hongrefort, Rameston, Escalles, et autres cappitaines et Anglois qui nouvellement estoient venuz audit Mehun. Et pour cestes bonnes nouvelles a esté donné audit chevaucheur ladite somme de VI livres. Pour ce, paié par mandement desdiz esleuz donné le XXIIe jour de juin [mil] IIIIc XXIX (1429), et quittance sur ce cy rendue.
On lit à gauche, en marge :
Nouvelle de la deffaite des trouppes des 391Anglois devant Mehun-sur-Loire. Par mandement et quittance cy rendue avec lettres closes dont l’article fait mencion.
(Registre des comptes, XXIV, f° 106 v°.)
Un message du duc d’Alençon à sa femme, à Orléans, annonçait la soumission de Troyes. La duchesse se hâtait d’envoyer copie de la lettre reçue à sa belle-mère à Tours et aux habitants de cette ville, qui se trouvaient ainsi informés le 20 juillet, dix jours après la reddition de la capitale de la Champagne. Cela résulte du passage suivant du registre des comptes :
À Jehan Ortie, chevaucheur de l’escurie de monsieur d’Orléans, la somme de C (cent) sols tournois à lui baillez et paiez par l’ordonnance des gens de la dite ville, pour les bonnes nouvelles qu’il a aportées à la dite ville, pour la copie d’unes letres clouses, envoiées par monseigneur d’Alençon à ma dame sa femme estant à Orléans, desquelles lettres il a apporté la copie en ceste ville, le XXe jour de juillet derrenier passé, à ma dame d’Alençon l’aisnée et aux gens de la dite ville, faisans mencion de l’entrée et récepcion faite par le (lire : faite au) Roy, notredit seigneur, à mon dit seigneur d’Alençon, la Pucelle et toute leur compaignie ès villes d’Ausserre, de Trois en Champaigne et autres villes, en alant de Gien à Reins pour y estre sacré et couronné ; dont de ce, après lesdites letres vues, a esté faite grant sollempnité en ladite ville, tant ès églises d’icelle comme autrement. Pour ce, par mandement desdiz esleuz, donné le premier jour d’aoust [mil] IIIIc XXIX (1429) et quittance sur ce cy rendue.
(Registre des comptes, XXIV, f° 107.)
C’est aussi dix jours après le sacre que Tours apprenait l’heureux événement ainsi mentionné dans les comptes :
À Thomas Scot (Écossais), chevaucheur de l’escuirie du Roy notre sire, la somme de VIII livres tournois, à lui baillez et paiez par l’ordonnance des gens de ladite ville, pour les bonnes nouvelles par lui apportées le XXVIIe jour de juillet derrenier passé, par lettres envoiées aux gens de la dite ville, cy attachées, faisans mencion du sacrement et couronnement fait au Roy, notre dit seigneur, en sa ville de Reins, et l’entrée de lui, monseigneur d’Alençon, la Pucelle et leur compaignie ; dont pour ce a esté fait grant joye et sollempnité en ladite ville. Pour ce, par mandement desdits esleuz, donné le premier jour d’aoust [mil] IIIIc XXIX (1429), et quittance sur ce cy rendue.
(Registre des comptes, f° 107 v°.)
La volontaire interruption par Charles VII du recouvrement du royaume se trouve aussi consignée dans le livre des comptes, encore que le greffier tourangeau ne comprit pas vraisemblablement les dessous du néfaste recul. C’est à propos de la convocation à Angers pour le 26 septembre 1429 des trois États par Charles d’Anjou. Le 24, les élus envoient un 392messager à pied payé 78 sols, pour s’excuser d’y prendre part ; parce que
le roy s’en venait du pais d’amont devant Paris où il a esté pour aucun temps, et ça estoit de bon gré de son retour.
(Registre des comptes, f° 108.)
La Vénérable avait au plus haut degré la mémoire du cœur. Très désintéressée pour elle-même, elle ne l’était pas pour ceux qui lui avaient rendu quelque service, l’avaient secondée dans sa mission. Elle voua une particulière affection, nous a-t-elle dit elle-même, aux dames de Luxembourg, ses bienveillantes geôlières de Beaurevoir, elle demanda exemption d’impôts pour Domrémy et Greux, des fondations pieuses pour les âmes de ceux qui étaient morts au service de la cause nationale. Les livres de comptes nous fournissent un autre trait de sa gratitude.
Pendant qu’elle faisait confectionner sa bannière à Tours, elle avait connu la fille de l’artiste qui avait fait l’œuvre, Hennes Polnoir486. La fille s’appelait Héliote, et elle se mariait en février 1430. Jeanne, tant pour honorer celui qui avait fait le Labarum français que pour satisfaire son amitié pour la jeune fille, écrivit aux élus de Tours, leur demandant de faire à la nouvelle mariée un don de cent écus. Quatre passages des registres urbains nous disent ce qu’il en fut de cette demande. Encore que la misère fût extrême, l’on n’en éprouve pas moins un sentiment pénible en voyant combien fut réduit le don sollicité.
Voici le premier passage qui nous fait connaître la demande de la Vénérable :
Le XIXe jour de janvier l’an mil IIIIc XXIX (n. st. 1430) au tablier de ladite ville, présent Guion Farmeau, juge de Touraine, se sont assemblez, sire Jehan Dupuy487, conseiller de la royne de Secille, les esleuz de ladite ville :
Maistre Lionnart Champenois, chanoine de l’église de Tours, commis pour ladite église ;
Maistre Jehan Chevrier et Rigaut de Beillon, chanoines de l’église de Tours, pour [le] chappitre de Tours ;
Maistre Jehan Deslandes, chanoine de monseigneur saint Martin, Pierre Briçonnet. Olivier Duboillon, Estienne Garnier ;
Pour délibérer sur unes lettres closes envoiées par Jehanne la Pucelle 393aux quatre esleuz de la ville et [à] sire Jehan Dupuy, faisant mencion que on baille à Hennes Polnoir, paintre, la somme de Ct (cent) escuz pour vestir sa fille et que on lui garde.
Appointé que sur ce on parlera audit Hennes et rescripra len à sire Jehan de Ponctuer [et à] maistre Jehan Picart, estans à Bourges488.
Le XVIIIe jour de janvier mil IIIIc XXIX (1429) en l’ostel de la ville, présent Jehan Godeau, lieutenant à Tours pour monseigneur le bailli.
(Registre des délibérations, VI, f° 250 v°.)
La question fut débattue le 7 février ainsi que le porte le cahier des délibérations.
Le VIIe jour de février, l’an mil IIIIc XXIX (n. st. 1430), au lieu de la Massequière, présens Jehan Godeau, lieutenant juré, Guyon Farmeau, juge de Touraine, se sont assemblez les esleuz, maistre Pierre Lermite, official de Tours, pour monseigneur Larcevesque ; maistre Jehan Chevrier, chanoine et arceprestre de l’église de Tours, pour ladite église ; maistre Jehan Deslandes, dit Bouandry, pour [le] chappitre de monseigneur saint Martin ; Jehan de Brion, Marc de la Bretonnière, Pierre Briçonnet, Jehan Vesautier, Guillaume de Montbason, Jehan Hermen, Jehan Peslieu. Roulet Berthelot, Gillet de Brion, Guillaume de Montbason et autres.
Par lesquels a este délibéré que à la fille de Hennes Polnoir, paintre, qui de nouvel est mariée, pour lonneur de Jehanne la Pucelle, venue en ce royaume devers le Roy pour le fait de sa guerre, disant à lui avoir esté envoyée, de par le Roy du Ciel, pour le fait de sa guerre, contre les Anglois ennemis de ce royaume, laquelle a rescript à la ville que, pour le mariage de ladite fille, icelle ville lui paie la somme de cent escuz ; que de ce, rien ne lui sera paié, ne baillé, pour ce que les deniers de ladite ville convient emploier ès réparacions de ladite ville, et non ailleurs ; mais, pour lamour et lonneur de ladite Pucelle, iceulx gens d’église, bourgois et habitans ferons honneur à ladite fille à sa bénédicion qui sera jeudi prouchain, et d’icelle feront prier ou nom de ladite ville ; et pour ce faire ladite prière aux hommes notables d’icelle ville, est ordonné Michau Hardoin, notaire de ladite ville ; et à icelle fille sera donné du pain et du vin le jour de sadite bénédicion : ce est assavoir le pain d’un sextier de froment et quatre jalayes de vin.
(Registre des délibérations, IV, f° 251.)
Qui de nouvel est mariée doit signifier la cérémonie des fiançailles. Le registre des comptes et celui des délibérations font foi de l’exécution de cet arrêté. Voici l’un et l’autre passages.
394Dons et prosens faiz par ladite ville.
À Colas de Montbason, pour lui et Hennes Polnoir, paintre, baillé par mandement desdiz esleuz donné le XIXe jour de février, l’an mil IIIIc XXIX (n. st. 1430), cy rendu avec quittance sur ce, la somme de IIII livres X sols tournois qui deue leur estoit. C’est assavoir aud. Colas XL sols tournois pour IIII jalayes de vin blanc et claret, donné de par ladite ville, le IXe jour de ce mois à Héliote dud. sieur Tiennes fille qui cellui jour fut espousée ; et audit Hennes L (50) sols tournois pour être convertiz en pain pour les noces dicelle fille, pour lonneur de Jehanne la Pucelle qui avoit recommandée (ladite) fille à lad. ville par ses lettres clouses cy rendues.
En marge : Par mandement et quittance cy rendue avec les lettres de la Pucelle.
(Registre des comptes, XXIV, f° 105 v°.)
À Colas de Montbason, pour lui [et] Hennes Polnoir, paintre, la somme de IIII livres X sols tournois à eulx deue. C’est assavoir aud. Colas X sols pour l’achat de IIII jalayes de bon vin blanc et claret, achaté chacune pinte X deniers, qui, par délibéracion des gens d’église, bourgois et habitans faicte le VIIe jour de ce moys, ont esté données et présentées le IXe jour dud. moys à la fille dud. Hennes, qui celui jour a esté espousée ; et aud. Hennes L (50) sols tournois pour l’achat d’un sextier de froment qu’il nous a juré, affirmé avoir achaté ; icelle somme qui, par lad. délibéracion, a esté donné à sad. fille pour convertir en pain, pour les nopces dicelle fille, à laquelle on a fait led. don de par lesdiz gens d’église, bourgois et habitans, pour lonneur de Jehanne la Pucelle, estant avec le Roy notre sire, qui pour lad. fille dicelui Hennes avoit rescript à lad. ville ; et par rapport à ce.
(Registre des délibérations, f° 212.)
La lettre de Jeanne d’Arc aux habitants de Tours n’a pas été retrouvée. Il a été dit ailleurs (I, p. 80-81) comment, à la nouvelle de la captivité de la Pucelle, on avait fait à Tours des processions auxquelles parurent nu-pieds les membres du clergé séculier et régulier.
II. La Rochelle, Poitiers. — Les miracles de la Pucelle prêchés à Périgueux. — Jubilé de Rocamadour. — Saint Martial et la Pucelle.
La Rochelle. — On a vu précédemment (III, p. 202 et suiv.) le récit inséré par le greffier de la municipalité dans les registres de la commune. Il n’y a pas jusqu’à l’aventurière Catherine qui ne prouve l’impression produite dans cette ville patriotique par la céleste envoyée.
Poitiers. — Poitiers, si secourable à Orléans, donna le nom de Jeanne d’Arc à une de ses tours bâtie en 1430, et démolie depuis489.
Périgueux. — En 1887, M. Michel Hardy trouvait dans les livres de 395comptes de l’hôtel de ville de Périgueux une note dont voici la traduction :
Item, nous avons payé le treizième jour de décembre que nous fîmes dire une messe chantée, parce que maître Helie Bodant était venu dans cette ville et prêchait à tout le peuple les grands miracles accomplis en France par l’intermédiaire d’une Pucelle qui était venue trouver le roi notre sire de par Dieu ; et à ladite messe, nous avons fait mettre deux cierges du poids de un quart et demi, et donné deux sols à l’officiant, Me Jehan de Lascoutz. Monta le tout à la somme de trois sols, 4 deniers et une maille490.
M. Hardy nous apprend que maître Bodant était un frère prêcheur, dont il raconte brièvement l’histoire, qui n’est pas sans péripéties.
Cahors. — Les docteurs de Poitiers trouvaient un motif de croire à la Pucelle dans les prières qu’au milieu des épouvantables calamités du temps les peuples faisaient monter vers le ciel. Le R. P. Deschamps, dans un volume qui a reçu de hautes et chaleureuses approbations, l’Apôtre saint Martial, a observé que la première apparition avait lieu, lorsque l’ostension du chef de saint Martial attirait les foules autour des reliques de l’apôtre de l’Aquitaine491.
La déposition de frère Pâquerel nous a donné lieu de rappeler qu’au moment où la Vénérable était examinée et approuvée à Poitiers, les peuples se pressaient au sanctuaire qui fut le Lourdes du moyen âge, à Notre-Dame du Puy ; que Jeanne y était représentée par sa mère et par ses guides. Un autre sanctuaire attirait les foules priantes au moment où la jeune fille se présentait à Baudricourt ; c’était le sanctuaire de Rocamadour dans les solitudes et les gorges du Quercy ; sanctuaire pittoresque entre tous, dont les origines traditionnelles, comme celles de Notre-Dame du Puy, se rattachent au disciple du Christ, à saint Martial. Il y avait grand pardon à Notre-Dame de Rocamadour en 1428, de Pâques au troisième jour après la Pentecôte, c’est-à-dire du 4 avril au 25 mai. Or Jeanne se présentait à Baudricourt vers le 13 mai. Le livre consulaire de Cahors, dit le livre tané, a consigné et l’affluence des pèlerins, et à la suite l’apparition de la Pucelle. Voici traduit en français le passage qu’on lit au folio CLXIII :
Le samedi et trois d’avril en 1428, qu’étaient les (premières) vêpres de Pâques, commença le pardon (jubilé) que notre seigneur le pape avait octroyé et donné pour la peine et la coulpe en la chapelle et oratoire de Notre-Dame de Rocamadour, et y allèrent 396tant de gens de toutes parts, Français et Anglais et autres, que quelquefois il y avait de vingt à trente-mille personnes étrangères à RocAmadour. Ledit pardon dura de Pâques jusqu’au troisième jour après Pentecôte ; nul homme n’y éprouva ni trouble ni dommage.
À la mi-carême environ de l’an susdit (a. st.) vint vers le roi de France, notre sire, une Pucelle qui se disait envoyée par le Dieu du Ciel pour jeter les Anglais hors du royaume de France492.
Encore que l’on admettrait que les chiffres sont passablement gonflés, l’affluence des pèlerins est indubitable. La foi faisait cesser un moment la haine et la discorde dans un temps où la violence était partout ; Français et Anglais se trouvaient rapprochés par la foi, bien que l’on puisse entendre ici par le mot Anglais les Français soumis à la domination anglaise.
C’est justement que le greffier rapproche l’arrivée de la Libératrice des solennelles supplications qu’il relaie. Il parle comme les docteurs de Poitiers. La prière est le grand levier avec lequel les âmes croyantes remuent le monde, parce qu’elles mettent en mouvement le bras de Dieu. C’est l’enseignement de l’Évangile, et l’historien chrétien doit être heureux de constater des coïncidences qui laissent entrevoir la réalisation de ce que sa foi lui fait un devoir de croire.
III. Toulouse. — La Pucelle dans les registres communaux de Toulouse.
Les délibérations des capitouls de Toulouse étaient rédigées en latin. On possède le registre de 1428-1430. Le R. P. Léonard Cros a bien voulu le compulser à mon intention. Il se compose de 46 folios, et comprend 27 délibérations. Il y est question de la Pucelle dans les délibérations du 25 mai, du 2 juin, du 26 juillet.
Le 25 mai, après délibération sur d’autres sujets, Gilles de Burruco (?) propose d’envoyer vers le roi, tant pour lui soumettre les affaires débattues que pour connaître les faits de la Pucelle493. Beaucoup adhèrent à son avis.
Le 2 juin, la délibération roule sur une altération des monnaies prescrite 397par Charles VII. La mesure déplaisait souverainement. Charles VII avait d’ailleurs fait connaître la délivrance d’Orléans. On s’arrête à l’avis de Bertrand Deubérart. On députera au roi pour le remercier des nouvelles sur Orléans (regraciando de nocis civitatis Orliens), et on lui exposera les inconvénients qui résulteraient de l’adoption de la nouvelle mesure.
Pierre Flamenche émet un avis qui prouve la haute idée que l’on se faisait de la Pucelle. Il veut la faire intervenir dans cette mesure fiscale.
Qu’on écrive, (dit-il), à ladite Pucelle, qu’on lui explique les inconvénients résultant de ce changement dans les monnaies, peut-être pourra-t-elle y apporter remède494.
Le mot ladite Pucelle, rapproché des nouvelles d’Orléans, prouve que dans le conseil l’on avait déjà parlé de la Libératrice.
D’après la rédaction du greffier, la Pucelle tient une plus large place dans les délibérations du 26 juillet. C’était après le sacre. Chaque jour avait amené et amenait un heureux événement. Sans aucun doute on en avait connaissance à Toulouse ; mais on voulait avoir quelque chose de précis. C’est la signification de ce que dit messire Jean de Balaguer.
Qu’on envoie, (dit-il), au roi, pour savoir les nouvelles choses qui se passent dans ce royaume495.
Jean Ynard veut que l’on fasse davantage. L’on avait à se plaindre des exactions du comte de Foix. Il veut que la ville se mette sous la protection du roi et de la Pucelle, et que cette mission soit confiée à un homme d’autorité :
Qu’un personnage notable, (dit-il), soit envoyé au roi et à la Pucelle pour qu’ils aient la ville en recommandation496.
Le peuple toulousain était avide de savoir tout ce qui regardait la Libératrice. Il se plaignait de ce que messieurs les capitouls ne donnaient pas satisfaction à sa juste curiosité. Les plaintes étaient assez fortes pour en faire délibérer les messieurs du Capitole. On ne doutait pas que la Vierge ne fût divinement envoyée pour relever et recouvrer le royaume. C’est en termes bien exprès dans les registres consulaires. En voici la traduction :
On a aussi délibéré sur ce que les gens se plaignent de ce que les messieurs du conseil n’ont pas envoyé vers le roi pour savoir les miracles et les faveurs nouvelles qui se multiplient de jour en jour par le moyen de cette pucelle, venue pour relever et récupérer le royaume, ainsi que le public le dit et le croit, vu les susdits miracles.
On s’est donc demandé si l’on enverrait une ambassade, de combien de personnes elle 398se composerait, comment on en couvrirait les frais. Le conseil a décidé conformément à l’avis de sire Jean Ynard497.
VI. Alby. — La page du greffier de l’Hôtel de ville d’Alby.
Alby avait fait à Orléans assiégé un large envoi de poudre et de salpêtre. Aussi la nouvelle de l’intervention de la Pucelle y causa-t-elle une telle admiration que le greffier de la municipalité en consigna le récit dans ses registres. Ce récit se lit au cartulaire n° 4 de l’hôtel de ville, d’où M. Compayré l’a tiré et imprimé en 1841 dans les Études historiques et documents inédits sur l’Albigeois. Quicherat, qui l’a reproduit, ajoute qu’on en trouve une copie dans les manuscrits de Doat (t. IX, f° 287) à la Bibliothèque nationale. Il est rédigé en langue romane. Voici la traduction498 :
399Qu’il soit mémoire à tous dans le présent et l’avenir d’un merveilleux fait que Dieu Notre Seigneur Jésus-Christ a accompli en faveur du noble prince, notre souverain le roi de France, Charles, fils de Charles. Il faut savoir qu’au mois de mars, l’an 1428 (a. st.), vint vers ledit roi de France, une fille, une Pucelle, jeune, de l’âge de quatorze à quinze ans. Elle était du pays et du duché de Lorraine, pays qui est des côtés d’Allemagne. Cette Pucelle était une pastourelle innocente, qui tout le temps de sa vie avait gardé les brebis. Elle vint vers le roi, dans le temps susdit, en la ville de Chinon, accompagnée par ses deux frères ; quelques autres aussi en petit nombre l’accompagnaient. Et quand elle fut par là, elle se prit à dire quelle voulait parler au roi, qu’elle n’appelait pas roi, mais Dauphin parce qu’il n’était pas couronné. Alors lui furent montrés quelques chevaliers, en lui disant que c’était le roi ; et elle dit toujours que ce n’était pas le roi, et que quand elle le verrait, elle le connaîtrait bien.
Et enfin le roi de venir ; et sitôt qu’elle le vit, elle de se jeter à genoux (devant lui) et de lui dire que Dieu l’envoyait vers lui, et elle l’appelait légitime roi de France, et que s’il voulait croire qu’elle était venue vers lui par commandement de Dieu, qu’il recouvrerait tout ce que les Anglais, anciens ennemis du roi, lui avaient pris et usurpé.
Le fait est qu’ils occupaient tous les pays de Normandie et de Picardie, excepté Tournay, les pays de Beauvaisis, de Maine et d’Artois, de Brie, de Beauce et toute la Champagne, Paris et toute la douce France, les pays du Hainaut et de Cambrésis, jusqu’à la rivière de Loire. En ce temps, en effet ils tenaient la ville d’Orléans assiégée. Dans la ville se trouvaient cinq-cents hommes d’armes ; mais le siège était si fortement assis que ni les hommes d’armes, ni les habitants de la ville, ni toute la puissance du roi, n’étaient pas capables de le faire lever ; aussi les assiégés étaient-ils en délibération de se rendre à la merci des Anglais ; ce dont le roi était fort inquiet, à la pensée de perdre une aussi bonne ville que l’est Orléans.
La Pucelle, voyant l’inquiétude du roi, vint lui parler en ces termes :
Gentil roi de France, qu’avez-vous ? Vous êtes inquiet sur votre ville d’Orléans : je veux envoyer aux ennemis une lettre dans laquelle je leur dirai que Dieu leur ordonne de lever le siège de devant Orléans, et de 400 s’en aller ; car s’ils ne le font pas, il faudra qu’ils s’en aillent par force.Quand les capitaines anglais eurent lu la lettre que la Pucelle leur envoyait, ils dirent contre elle de grandes insultes et injures.Quand la Pucelle connut la réponse faite à sa lettre, elle vint dire au roi de rassembler des hommes d’armes et de trait ; ainsi fit-il, il fit son mandement ; la Pucelle se mit la première sur pied, armée de fer-blanc des pieds à la tête ; elle leva un étendard sur lequel Notre-Dame était représentée ; elle vint au siège avec toute la compagnie dans laquelle se trouvaient La Hire, le bâtard d’Orléans, et d’autres capitaines qui n’étaient pas en aussi grand nombre que les Anglais qui étaient dix contre un. Aussi avaient-ils grand peur de les attaquer ; mais la Pucelle leur donna un tel cœur, que se mettant elle-même devant la partie la plus forte du siège, avant vingt-quatre heures, le siège était levé, une multitude d’Anglais tués, beaucoup d’autres prisonniers.
Le greffier a probablement fait cette digression dans ses procès-verbaux à la première nouvelle de la levée du siège d’Orléans, et il a couché le fait tel que la renommée le publiait. Il n’a voulu donner que la substance de l’événement ; il y aurait mauvaise grâce d’observer que si la Libératrice était Lorraine, elle n’était pas du duché de Lorraine, qu’Orléans n’a pas été délivré en vingt-quatre heures, à moins qu’on ne s’en tienne au fait décisif de la prise des Tourelles, et que l’on ne regarde la prise de Saint-Loup et de la Bastille des Augustins que comme des engagements d’avant-poste.
V. Carcassonne. — Montpellier. — Brignoles.
Carcassonne. — Le Courrier de l’Aude de la première quinzaine de juin 1894, dans une suite d’articles dus à la plume de M. l’abbé Baichère, a fait revivre les sentiments qui animèrent une cité, où s’étaient réfugiés de nombreux concitoyens d’Eustache de Saint-Pierre, de nombreux habitants de Calais expulsés par Édouard III.
On possède les livres de comptes de l’église Saint-Michel : ils ont rédigés en langue romane ; on y lit sous la date de l’année 1429 :
Mardi 17 mai fut faite une procession générale pour les bonnes nouvelles du siège d’Orléans. Monseigneur de Carcassonne a dit la messe à l’église Saint-Michel. La quête a produit sept sols.
Les nouvelles de la victoire de Patay firent renouveler les actions de grâces. On lit à la date du 28 juin :
Jeudi 28 juin fut faite une procession générale à cause des bonnes nouvelles reçues du roi notre souverain seigneur. La quête a donné cinq sols499.
401Narbonne, à laquelle Charles VII se hâtait de faire écrire, dans la lettre citée dans le volume précédent, les bonnes nouvelles à mesure qu’elles lui arrivaient d’Orléans, n’a pas dû rester en arrière. Il a été dit ailleurs comment Montpellier éleva une chapelle au lieu même où le courrier qui venait annoncer qu’Orléans était libre, dut attendre l’ouverture des portes jusqu’au lever du jour500.
Si le temps avait respecté les écrits de l’époque, nous trouverions certainement des mentions semblables à celles qui viennent d’être relevées dans toutes les villes qui obéissaient au roi de Bourges, devenu en moins de trois mois le roi de France.
Brignoles. — Une découverte de ces dernières années nous montre que de publiques actions de grâces pour les victoires de la Pucelle furent rendues à Dieu bien au-delà des possessions de Charles VII. Brignoles, ville de la Provence, relevait de l’Empire ; on conserve un livre de comptes, où le trésorier a inscrit :
Item. Le trésorier déclare avoir payé un gros par ordre des syndics aux ménétriers qui parurent à la fête, lors de la procession de reconnaissance qui fut faite, à la suite des nouvelles ici arrivées de cette Pucelle qui était dans les contrées de France.
Quoique le livre ne marque pas la date du jour, on est en droit de conclure du contexte que la solennité eut lieu entre le 13 mai et le 20 juin, plutôt en mai qu’en juin, pensons-nous. De nombreux documents établissent que la nouvelle des miracles de la Pucelle se répandit avec une singulière rapidité. On connaissait à Avignon la victoire de Patay, dès le 27 juin, huit jours après. La belle-mère du roi, Yolande, était comtesse de Provence. Elle y faisait d’assez longs séjours. Elle a du promptement transmettre la nouvelle que Dieu relevait miraculeusement le trône de son gendre.
Il est vraisemblable que Brignoles ne fut pas la seule ville de Provence où de solennelles actions de grâces furent rendues à Dieu501.
402Chapitre VI La Pucelle d’après les registres des villes du Centre et du Nord
- I.
- Clermont, Bourges, Moulins, Nevers.
- Envoi pour le siège de La Charité par les habitants de Clermont.
- Bourges a célébré jusqu’à la Révolution par une procession la délivrance d’Orléans.
- Moulins : le livre des comptes.
- Nevers.
- Les comptes de la ville de Decize.
- Le château d’Aspremont.
- Quelques particularités sur Perrinet Gressart.
- II.
- Reims.
- Les alarmes des Rémois à la nouvelle que Charles VII voulait cesser la poursuite de ses conquêtes.
- Lettres au roi et à la Pucelle.
- Dons au père de la Pucelle.
- III.
- Le Beauvaisis.
- Séjour au château de Borenglise.
- La Pucelle aux portes de Senlis, le 24 avril 1430.
- Le chemin de la demoiselle à Montépilloy.
- La Pucelle et les registres de Compiègne.
- IV.
- Tournay.
- Combien la ville de Tournay était française.
- Lettre de la Pucelle aux habitants de Tournay.
- Processions, spécialement pour le sacre.
- Les députés présents au sacre rendent compte de leur mission.
- Envoyés de Tournay aux conférences d’Arras de 1429.
- Correspondance avec la Pucelle.
- Secours d’argent à la Pucelle dans les fers.
I. Clermont, Bourges, Moulins, Nevers
Envoi pour le siège de La Charité par les habitants de Clermont. — Bourges a célébré jusqu’à la Révolution par une procession la délivrance d’Orléans. — Moulins : le livre des comptes. — Nevers. — Les comptes de la ville de Decize. — Le château d’Aspremont. — Quelques particularités sur Perrinet Gressart.
Clermont. — Les États d’Auvergne s’étaient imposés en novembre 1428 à trente-mille livres, et ils s’imposèrent à treize-mille écus en avril pour secourir Orléans, mais l’impôt ne fut levé qu’en très petite quantité ; et ce qui avait été prélevé fut détourné à d’autres destinations502.
La Pucelle et le sire d’Albret firent appel à Clermont et à Riom pour le siège de La Charité. Les registres de Clermont font foi que cet appel fut entendu. Buchon d’abord, et Quicherat ensuite, ont publié l’extrait suivant tiré du Livre des mémoires et diligence de la ville de Clermont, appelé encore le papier du chien. Voici le passage à l’orthographe près :
Mémoire soit que la Pucelle Jeanne, message (messagère) de Dieu, et Mgr de Lebret (d’Albret), envoyèrent à la ville de Clermont le VIIe jour de novembre, l’an mil quatre cent vingt et neuf, une lettre faisant mention que la ville leur voulsit (voulut) aider de poudre de canon et de trait et d’artillerie pour le siège de La Charité. Et (il) fut ordonné par Messeigneurs 403d’Église, élus et habitants de ladite ville, de leur envoyer les choses qui s’ensuivent ; lesquelles leur furent envoyées par Jehan Merle, fourrier de Mgr le Dauphin, comme appert (c’est constant) par sa quittance, laquelle est en ce papier : et premièrement deux quintaux de saupestre (salpêtre), un quintal (de) souffre, deux caisses de trait, contenant un malher (un millier) ; et pour la personne de ladite Jehanne, une épée, deux dagues, et une hache d’armes. Et fut écrit à messire Robert Andrieu, qui était devers la dite Jehanne, qu’il présentât le dit arnoys à la dite Jehanne et (au) seigneur de Lebret.
Il est très vraisemblable que Riom ne resta pas en arrière et fit aussi son envoi.
Bourges. — Bourges avait à plusieurs reprises envoyé des secours à Orléans. Jeanne y séjourna durant trois semaines à la suite du sacre. La chronique de rétablissement de la fête du 8 mai à Orléans nous a dit que l’on y célébrait la délivrance d’Orléans par une procession annuelle, le dimanche dans l’octave de l’Ascension. La délivrance avait eu lieu, en effet, à pareil jour de l’année ecclésiastique, jour nécessairement mobile. Il est établi que la ville fut fidèle à cette institution jusqu’à l’année 1793. Un rituel imprimé en 1746 par ordre de Mgr Roye de La Rochefoucauld porte (p. 20) :
Processions générales de la ville de Bougres. — Le dimanche dans l’octave de l’Ascension pour rendre grâces à Dieu de ce qu’en 1429 les Anglais furent mis en fuite par la Pucelle d’Orléans. On va de l’église métropolitaine en celle des Carmes503.
Le clergé séculier et régulier devait y assister. Les archives de Bourges ne sont pas encore dépouillées. Elles semblent riches ; il est à croire que l’on y fera d’autres découvertes sur la Pucelle.
Moulins. — Les comptes de la ville de Moulins ont été conservés. On y lit que la ville a envoyé deux-cents livres de poudre à canon à Orléans.
On donne six écus d’or à un chevaucheur, appelé Le Singe, qui de la part du duc de Bourbon apporta la nouvelle de la prise de Jargeau.
Un fouage fut octroyé le 18 juillet pour chasser les ennemis du roi ; il ne fut pas levé pour certaines causes… L’argent fut rendu à quelques-uns qui avaient payé.
Les habitants sont ajournés le 25 octobre 1429 pour asseoir et imposer deux fouages et demi pour la délivrance de Saint-Pierre-le-Moûtier.
La ville de Saint-Pierre était conquise peu de jours après, et Jeanne d’Arc était à Moulins le 9 novembre. On n’a pas encore trouvé, à ma connaissance, de pièce officielle qui mentionne sa présence.
Nevers. — On possède aux archives de Nevers le livre des comptes de 404la petite ville de Decize. M. l’archiviste de Flamard m’y a fait lire à l’année 1429 la mention suivante, qui nous apprend que Jeanne était à Saint-Pierre-le-Moûtier au jour de la Toussaint.
Item. — Vous mandons que vous paiez à Guiot Regnier, pour le voyage de son valet du jour de la feste de Toussaint dernier passée qu’il fut envoyé au lieu de Saint-Pierre-le-Moustier, pour assentir et savoir novelles des gens de la Pucelle qui y tenaient ledit siège. Pour ce accordé à luy dix sols tournois.
Une tradition veut qu’en se rendant à La Charité Jeanne soit passée devant le château d’Apremont. Le possesseur étant anglo-bourguignon.
Jeanne d’Arc aurait fait tirer un coup de canon contre le château. On l’y montrerait encore. Les bateliers en passant chanteraient : Voici le château d’Apremont ; Jeanne d’Arc lui cracha au front, un boulet pour affront.
L’on montre le boulet, qui est en fer : ce qui est une objection. L’on ne fondait pas encore de boulets en fer, dit M. Louis Noubet504. L’auteur, en disant qu’ils ne datent que de François Ier, se trompe certainement. Le père Daniel prouve qu’on en fabriquait longtemps avant.
D’après l’article cité, Jeanne d’Arc était à La Charité le 24 novembre. Cette expédition reste toujours le point le plus obscur de l’histoire de la Libératrice. Quel jour précis commence le siège ? Quel jour fut-il levé et par suite de quelles circonstances ? On l’ignore jusqu’à présent.
Dans un mémoire que Perrinet fait remettre au duc de Bourgogne vers 1435, il écrit que lorsque
La Charité fut assiège, à la requête du seigneur de La Trémoille et de ses gens, Mgr Claude Chastellux, gouverneur du Nivernais, et Mgr de Villarnot firent défendre et crier par toutes les bonnes villes des marches de par ici, et par les foires et par les marchés que nul ne personne ne donnât secours, confort, ni aide à moi, ni à nul de mes compagnons.
Perrinet s’étant emparé du château de Veauche, le frère de La Trémoille, Jonvelle, le réclama comme étant son bien. Dans ce même mémoire, Perrinet écrit
qu’il en fut fait pleine obéissance à Mgr de La Trémoille, comme à lui appartenant, lorsque le roi et la Pucelle furent devant Auxerre505.
Nouvelle preuve qu’en étant des personnages des plus en vue dans des partis opposés, La Trémoille et Jonvelle se rappelaient qu’ils étaient frères.
Moins d’un an après que Perrinet eut défendu La Charité contre la Pucelle, le roi d’Angleterre,
par considération des grands, notables et loyaux services que lui avait rendus et lui rendait le dit capitaine…
lui donnait la seigneurie de Loigny à perpétuité, avec droit de transmis 405si on à son neveu, Pierre Larragonais, bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier.
La pièce est du 4 novembre 1430506.
Les comptes de la ville de Nevers pour 1429 ont disparu.
II. Reims
Les alarmes des Rémois à la nouvelle que Charles VII voulait cesser la poursuite de ses conquêtes. — Lettres au roi et à la Pucelle. — Dons au père de la Pucelle.
M. Henri Jadard, dans sa brochure : Jeanne d’Arc à Reims, a tiré des registres de la ville plusieurs passages qui, outre quelques particularités sur le père de la Libératrice, nous montrent combien Jeanne d’Arc, en demandant que Charles VII continuât ses conquêtes, était en communauté de sentiments avec les pays nouvellement soumis. La première annonce de la retraite du roi vers la Loire jeta l’alarme à Reims. Les habitants prévirent que c’était les abandonner à la fois aux attaques des Anglo-Bourguignons, et aux exactions des troupes royales elles-mêmes.
C’est ce qui résulte des textes du livre des conclusions prises par le conseil de la ville. Les voici légèrement rajeunis.
Du 3 août 1429 (f° 122 v°) :
Il a été délibéré de réécrire à Monseigneur de Reims qu’on a entendu que le roi veut délaisser son chemin sur Paris et aussi sa poursuite (la poursuite de ses conquêtes) ; ce qui pourrait être la destruction du pays, attendu que ses ennemis, comme on dit, sont forts, et aussi que les gens d’armes étant ès-forteresses de par deçà se vantent de faire la guerre. Le supplier de faire (des démarches) devers Mgr de Bourgogne et Mgr de Luxembourg, qu’ils leur défendent de faire la guerre, et qu’il tienne la main à ce que sa poursuite se fasse.
Ils veulent que les villes voisines joignent leurs instances à leurs instances. C’est ce qui résulte de la conclusion prise le 4 août (f° 122 v°) :
Il a été délibéré de rescrire à Laon et à Châlons qu’on a entendu que le roi veut prendre son chemin à (vers) Orléans et Bourges, en éloignant et délayant (différant) sa poursuite ; et que pour cette cause on envoie Mgr Saint-Thierri pour lui remontrer l’inconvénient qui s’en pourrait ensuivre, et que on leur envoie copie des lettres du roi et que on prie ceux de Châlons qu’ils rescrivent à Troyes afin que pareillement à Troyes l’on rescrive par devers icelui seigneur.
Par sa lettre du 5 août, Jeanne, tout en rassurant les habitants de Reims, ne laissait pas de leur faire comprendre combien pareil dessein lui était pénible et était contraire à ses vues.
Aussi les bourgeois de Reims insistent-ils encore auprès du roi lui-même. Ils faisaient de nouvelles instances à la date du 11 août. Le registre porte (f° 123) :
406Il a été délibéré de rescrire au roi que quelques-uns lui conseillent de délaisser sa poursuite, le supplier de la continuer diligemment pour le bien de lui et du royaume.
Salutaires conseils : les villes, la plus saine partie de l’armée s’unissaient à la céleste envoyée pour dire au monarque abusé de ne pas se lasser de recevoir la soumission des villes et des provinces qui se donnaient à lui. Les intrigues de cour devaient l’emporter.
La discipline imposée par la Pucelle fut promptement mise en oubli : cela ressort de la délibération du conseil de Reims du 31 août (f° 125) :
Il a été délibéré d’écrire au roi et à Mgr le chancelier sur les apatissements que font les gens de Poton étant à Châtel-Thierry, afin qu’il lui plaise y pourvoir, et qu’on y envoie un homme suffisant pour poursuivre la provision, et est élu Jean Gouvion.
Les apatissements étaient des contributions imposées par les hommes d’armes à une contrée pour être préservée du pillage, de l’incendie et des autres violences dont les capitaines du temps étaient coutumiers.
La Pucelle avait défendu sous peine de la vie, écrit Justigniani (III, p. 585) de rien enlever dans les pays de l’obéissance du roi. Ses prescriptions étaient mises en oubli lorsqu’elle était éloignée.
Une délibération du 5 septembre est ainsi résumée :
Du lundi Ve jour de septembre, l’an (mil) IIIcXXIX, par Antoine de Hellande, capitaine, présents… jusqu’au nombre de 80 personnes, a été délibéré de payer les dépens du père de la Pucelle et de lui bailler un cheval pour s’en aller.
Item a été délibéré de rescrire au roi et à Mgr de Reims sur les appatis que font ceux de Chastel-Thierry et autres garnisons, et qu’il lui plaise y pourvoir.
Et pareillement à la Pucelle, et qu’on y pourvoie.
La Pucelle était devant Paris, nul doute qu’elle ne fut navrée de pareils excès. Ils ne devaient faire que s’accroître après l’interruption de la campagne.
Ils devaient favoriser les menées de ceux qui restaient attachés à la domination anglaise. Reims en comptait un certain nombre. Un complot pour livrer la ville fut formé en décembre. Il fut découvert et réprimé.
Le roi avait établi, à la place de Guillaume de Châtillon capitaine de la ville pour les Anglais, le neveu de l’archevêque, Antoine de Hellande, seigneur d’Hercauville ; mais il avait maintenu comme son lieutenant Thomas de Bazoches, qui l’était précédemment du commandant anglais.
Le père de la Pucelle était, ce semble, à Reims le 5 septembre. Y était-il resté depuis le 16 juillet, où il y était arrivé avec sa glorieuse fille ; 407l’avait-il suivie dans la campagne après le sacre ? C’est ce que l’on se demande.
Le livre des comptes fait foi que la ville paya sa dépense à Reims, elle est ainsi mentionnée :
À Alix, veuve de feu Raulin Moriau, hôtesse de l’Âne rayé, pour dépenses faits en son hôtel par le père de Jeanne la Pucelle, qui était en la compagnie du roi, quand il fut sacré en cette ville de Reims, ordonnés être payés des deniers communs de ladite ville, la somme de XXIV livres parisis, comme il appert plus à plein par le mandement dudit lieutenant, donné le XVIIIe jour du mois de septembre, l’an mil CCCCXXIX, et par quittance de ladite Alix, au dos d’icelui mandement :
pour ce XXIII l. p.
L’Âne rayé, dit M. Jadard auquel tout ce qui regarde Reims est emprunté, était une hôtellerie importante. Il en est souvent question dans les comptes, à raison de ses vastes écuries qui donnaient sur la rue des Fusilliers [Fuseliers]507.
III. Le Beauvaisis
Séjour au château de Borenglise. — La Pucelle aux portes de Senlis, le 24 avril 1430. — Le chemin de la demoiselle à Montépilloy. — La Pucelle et les registres de Compiègne.
Une histoire manuscrite de Beauvais par M. Hermant (Bibl. nationale, supp. fr. n° 5-2, t. III) nous a conservé la tradition suivante :
L’on tient par une ancienne tradition, dans l’extrémité de ce diocèse (de Beauvais), que la Pucelle Jeanne a demeuré quelque temps au château de Borenglise, de la paroisse d’Elincourt, entre Compiègne et Ressons.
Cette créance populaire est tout à fait vraisemblable. Quicherat, que nous reproduisons, ajoute en note que la paroisse d’Élincourt étant dédiée à sainte Marguerite, c’était pour la Pucelle un motif de rechercher le voisinage de cette église.
Jeanne d’Arc a dû séjourner à Borenglise [Bellinglise] lorsqu’elle cherchait à arrêter le duc de Bourgogne qui s’emparait de Gournay-sur-Aronde, de Choisy, et des autres avant-postes de Compiègne.
En ce même temps, le 24 avril, elle se présentait aux portes de Senlis, et demandait à y être admise avec mille chevaux. Le livre des délibérations du conseil de la ville, qui existe encore, nous fait connaître la douloureuse réponse qui lui fut faite.
Vu la pauvreté de la ville en fourrages, grains, avoine, vivres et vin, il lui sera offert d’entrer dans la ville avec 30 ou 40 hommes des plus notables et non plus508.
Le pays devait en effet avoir été appauvri par les armées de Charles VII et de Bedford. qui s’étaient durant deux jours tenues sous ses murailles, au milieu du mois d’août précédent. C’était le lieu de résidence 408de Louis de Bourbon-Vendôme, qui y gagna chevance, dit Monstrelet. On devait cependant tout tenter pour seconder celle qui ne venait que pour épargner de plus grands malheurs. La jalousie des capitaines n’était-elle pour rien dans cette réponse ? L’héroïne allait en recevoir une semblable devant Soissons quelques jours après.
Montépilloy, à deux lieues de Senlis, présente les ruines du château où Charles VII coucha le 14 août 1429. Une tour, des pans de murs s’encadrent dans la maison du propriétaire actuel. Les fossés sont encore conservés, un des chemins qui y conduisent porte encore le nom de chemin de la demoiselle, m’a-t-il été dit sur les lieux, et s’est appelé autrefois, a-t-il été dit encore, chemin de la Pucelle. Dans la plaine qui s’étend entre Senlis et Montépilloy, les travaux pour le chemin de fer ont fait découvrir en plein champ de nombreux cadavres ; c’étaient vraisemblablement les trois-cents morts des escarmouches que se livrèrent les armées de la Pucelle et de Bedford.
Albert d’Ourches a déposé avoir vu devant Senlis Jeanne communier deux fois de suite (le 14 août, dimanche, et le 15, fête de l’Assomption), en compagnie des ducs de Clermont et d’Alençon509. N’était-ce pas dans l’église de Montépilloy ? Desservie par un prêtre qui a plusieurs paroisses à sa charge, dans une petite localité peu religieuse, de toutes les églises livrées au culte, il en est probablement peu en France aujourd’hui d’aussi délabrées à l’intérieur.
Il n’est pas de ville à laquelle la Libératrice ait témoigné plus d’affection qu’à Compiègne. C’est au moins quatre fois qu’elle est entrée dans ses murs, aux pieds desquels devait commencer la carrière de son martyre. Elle y entrait le 18 août 1429 avec Charles VII510. Elle y revenait le 13 mai 1430. Les comptes de la ville attestent qu’un vin d’honneur lui fut offert ; on y lit :
Item le XIIIIe jour du dit mois de mai présentés à la Pucelle IIII pots de vin, contenant X los au dit prix valent X s.511
Le los contenait 1 litre, 50 centilitres. Elle fit alors la tentative de dégager Choisy-le-Roi par le détour sur Soissons512 ; rentrant à Compiègne d’où elle était partie, elle quitte la ville pour aller à Lagny et Crépy, d’où elle repart dans la nuit du 22 au 23 mai.
Le 23 au soir elle était faite prisonnière. On regrette de ne trouver sur ce douloureux événement, dans les archives de Compiègne, d’autre trace que l’insignifiante mention suivante :
409À Jean le Borgne, tonnelier, pour lui et ses aides, pour trente-deux pavais, par lui faits et ses dits aides, au mois de mai IIIIc et trente, quand la Pucelle fut prinse, pour la deffense d’icelle ville513.
IV. Tournay
Combien la ville de Tournay était française. — Lettre de la Pucelle aux habitants de Tournay. — Processions, spécialement pour le sacre. — Les députés présents au sacre rendent compte de leur mission. — Envoyés de Tournay aux conférences d’Arras de 1429. — Correspondance avec la Pucelle. — Secours d’argent à la Pucelle dans les fers.
Aucune ville n’était plus française que Tournay. Elle se maintint fidèle au roi de Bourges, quoiqu’elle fût entourée de pays bourguignons, et qu’elle comptât dans son sein de puissants adhérents au traité de Troyes. Thoisy, son évêque, était chancelier du duc de Bourgogne, et dévoué à sa cause. Le peuple de Tournay, qui, avec ses bannières, c’est-à-dire ses corps de métiers, ses consaux ou conseillers, jouissait de la constitution la plus largement démocratique et faisait lui-même ses propres affaires, témoignait d’un attachement inviolable aux successeurs de Clovis dont Tournay fut la première capitale. Quelques citations des extraits analytiques des registres des consaux de Tournay, par M. Vandenbroeck, vont nous montrer combien dans la période de la Pucelle les communications avec la Libératrice et le roi furent fréquentes et cordiales.
Les registres ont conservé le texte d’une lettre de la Pucelle et en ont mentionné plusieurs autres. Les processions pour le bien du roi et le recouvrement du royaume s’y font le 22 juin, le 5 et 3 août 1429514.
Le livre des comptes porte cette gratification :
À Théry de Maubray, qui le VIe jour de juillet apporta nouvelles du roy notre seigneur, et de ses victoires et recouvrement du royaume, avecq lettres de la Pucelle et du confesseur d’icelle.
7 juillet: la lettre adressée aux Tournaisiens est communiquée aux consaux.
9 juillet : résolution de donner connaissance aux bannières de la lettre de la Pucelle515.
12 juillet : mise en délibération si la ville enverra des députés vers le roi et la Pucelle. Les consaux s’en rapportent à ce que les chefs de roi (les magistrats) en décideront516.
Le samedi XVIe jour de juillet, de l’an CCCXXIX, disent les registres, le roy Charles de France VIIe de ce nom, fit son entrée en la cité de Reims, et le lendemain XVIIe jour du dit mois reçut son sacre, couronnement, 410grand honneur et liesse. Le 20, procession d’action de grâces, où l’on porte la chasse de saint Éleuthère517.
Le 29 juillet, Biethemieu Carlier, grand doyen, Jacques Queval, juré, et maître Henri Romain, conseiller, sont de retour du voyage qu’ils ont fait pour assister au sacre et couronnement du roi à Reims. Ils ont vu les entrées faites à Auxerre, à Troyes, à Châlons et dans d’autres villes. Le lendemain, ils rendent compte de leur mission à la pierre de dessus les degrés de l’entrée de la halle du conseil, et exhibent les lettres du roi adressées aux consaux et à la communauté. Ces lettres qui renferment la réponse que le roi fait à cette ambassade sont lues en présence du peuple. — Dans une note M. Vandenbroeck nous apprend que les députés étaient partis de Tournay le 3 juillet et que les frais de cette députation s’élevèrent à 336 liv. 19 s.518.
Monstrelet nous a parlé des conférences tenues à Arras entre les ambassadeurs du roi de France à la tête desquels se trouvait Regnault de Chartres, et le duc de Bourgogne. Les Tournaisiens avaient député à ces conférences, et cela pour ne pas être détachés de la soumission immédiate au roi de France, ainsi que cela résulte de ces lignes de M. Vandenbroeck :
20 août 1429 : Sire Jean Haccart, juré, et maître Henri Romain, conseiller, font rapport aux consaux de leur voyage à Arras auprès de l’archevêque de Reims, chancelier de France, de M. de Gaucourt, de Christophe de Harcourt, de M. de Dampierre, du doyen de Paris, et d’autres ambassadeurs étant en cette ville touchant le traité avec le duc de Bourgogne. Ces deux députés ont, en conformité de leurs instructions, exposé au chancelier que la ville de Tournay était notablement privilégiée par les roys de France… que pour quelconque chose, ils ne mettraient la ville hors de leurs mains, ne la disjoindraient pas de la couronne de France… Le chancelier donna réponse suffisante.
Il semble que des courriers de Tournay étaient sans cesse en chemin pour savoir des nouvelles du royaume ; en preuve cette double citation :
À Tassart du Tielt, pour avoir allé en la ville de Compiègne et ailleurs devers le roy notre Sr pour savoir et enquerre (enquérir) des nouvelles, dont il rapporta lettres de la Pucelle qui estoit devers le roy ; auquel voyage il vaqua XV jours finans (finissant) le XXVIe jour du dit mois d’août :
CV s.
Il était donc parti le 11 août, et il dut repartir le lendemain de son arrivée d’après l’indication suivante :
Au même pour avoir allé à Saint-Denis 411et autres villes devers le roy nostre Sr pour enquerre et savoir de ses nouvelles, dont il rapporta lettres du dit seigneur, et aussi de la Pucelle, auquel voyage il vacqua XVIII jours finans le XIVe jour de septembre ensuivant :
CV s. IX d.519
L’on ne possède malheureusement pas ces deux dernières lettres de la Pucelle. Un autre passage du livre des comptes est intéressant à plus d’un point de vue ; il est tiré du registre qui commence au 1er avril 1430 et finit au 30 septembre. On y lit :
À Jehan Naviel, clerc, pour baillier et porter à Jehanne la Pucelle, estant prisonnière à la ville d’Aras, sur la resqueste par elle faite par ses lettres et seur message que, en la faveur du roy nostre Sr et des bons services qu’elle l’y avoit fais, que ladite ville lui vosist (voulut) envoier de XX à XXX escus d’or, pour emploier en ses nécessitéz. Sur quoi fu, par la délibéracion et ordonnance de messieurs les quatre consaulx, baillio et délivré audit Naviel, ou (au) nom que dessus la somme de XXII couronnes d’or, qui vallent XXXI liv. XIIII s. 7 d. T520.
L’on ne trouve pas dans les registres des délibérations consulaires trace de cette allocation. On aura craint peut-être que cette mention ne fût l’occasion de tracasseries contre ceux qui témoignaient ainsi de leur pitié effective à celle que le Bourguignon se disposait à livrer, sitôt que le prix d’achat aurait été versé.
M. l’abbé Debout est le premier qui ait attiré l’attention sur cette mention des livres de comptes de Tournay. Il en résulte que le séjour à Beaurevoir a été moins long qu’on ne l’imagine généralement. Déjà au chapitre de la captivité de la Pucelle (IV, p. 107), nous nous sommes efforcé de déterminer la durée probable du séjour de Jeanne à Beaulieu, Beaurevoir, Arras, Le Crotoy.
Il n’est pas jusqu’aux livres de comptes de l’Allemagne qui ne témoignent de l’enthousiasme provoque par la Libératrice. Dans un registre des dépenses de la ville de Ratisbonne, M. de Hormayr trouva une mention ainsi traduite dans le Double Procès de Quicherat (t. V, p. 270) :
Item, nous avons donné pour voir le tableau qui représente comment la Pucelle a combattu en France, 30 deniers.
On observe qu’à cette époque, en 1429, l’empereur Sigismond visitait Ratisbonne.
412Chapitre V La constitution physique de la Pucelle
- I.
- Ni portraits, ni statues authentiques de la Vénérable.
- Elle était forte, belle.
- Cheveux.
- Signes particuliers.
- Sa parole.
- Don des larmes.
- Costume.
I. Ni portraits, ni statues authentiques de la Vénérable. — Elle était forte, belle. — Cheveux. — Signes particuliers. — Sa parole. — Don des larmes. — Costume.
Aucun pinceau, aucun ciseau du temps ne nous a transmis de la Vierge-Guerrière ni tableau, ni statue qui soient arrivés jusqu’à nous. Le portrait montré à Jeanne dans la prison d’Arras a disparu. Nous en sommes réduits aux éléments incomplets que nous ont laissés les écrits du temps.
Personne ne peut mieux nous renseigner que Jean d’Aulon, maître d’hôtel de la Vénérable, il nous dit qu’elle était (IV, p. 215) :
belle et bien formée ;
D’après Cousinot, qui doit l’avoir vue (III, p. 66) :
elle était bien compassée de membres et forte.
Le chambellan de Charles VII, Perceval de Boulainvilliers, doit avoir conversé avec la Vénérable. Il la dépeint ainsi dans sa lettre au duc de Milan (II, p. 245) :
Cette Pucelle a la beauté qui convient, elle a une attitude virile… L’on ne vit jamais pareille force à supporter la fatigue et le poids des armes ; c’est au point qu’elle peut rester six jours et six nuits sans détacher une seule pièce de son armure.
Ces trois témoins, qui parlent de visu, sont unanimes pour affirmer que Jeanne était forte.
L’auteur des Annales de Bretagne, Alain Bouchard, écrivait près d’un siècle après le martyre ; d’après lui elle était
grande et belle.
L’Italien Sabadino la dit (IV, p. 260) :
forte et robuste, belle, de visage un peu brun, avec des cheveux blonds.
Philippe de Bergame nous l’a ainsi dépeinte (IV, p. 265) :
Elle était de petite taille, avait une physionomie de paysanne, les cheveux noirs, et une très grande force musculaire.
Le livre de Pluscardin la dit (IV, p. 302) :
petite (de taille), et faible de corps.
Tous, ce dernier excepté, s’accordent pour la dire bien prise et douée d’une grande force corporelle. Seuls Philippe de Bergame et le moine de Pluscardin la disent petite de taille. Les erreurs relevées chez l’un et l’autre 413enlèvent toute valeur à leur témoignage, quand il est, comme dans le cas présent, en opposition avec des auteurs français plus compétents et mieux informés.
D’après Philippe de Bergame les cheveux de la Pucelle étaient noirs, tandis que Sabadino les dit blonds. Le moine augustin est ici d’accord avec le Greffier de La Rochelle (III, p. 202).
Une prophétie que Jean Bréhal donne comme s’étant réalisée annonçait que la Libératrice aurait le cou bref, un léger signe rouge à l’extrémité de l’oreille droite en arrière, le parler lent (I, p. 497).
Il est certain qu’elle parlait peu, mais avec beaucoup de justesse et d’à-propos. Sa voix était flûtée comme celle des femmes, disait Boulainvilliers (II, p. 245) ; elle avait une bonne voix de femme, écrivaient les seigneurs de Laval (III, p. 315). Cette voix était parfois si doucement pénétrante que ceux qui la visitaient et l’entretenaient à Poitiers, même les hommes venus incrédules, se retiraient en jetant des larmes (III, p. 70). C’était une grande consolation de converser avec elle (IV, p. 168). Le ton, comme la parole elle-même, variaient selon l’occurrence. Empreint d’élévation quand elle rendait compte des apparitions, il devait avoir quelque chose de terrifiant vis-à-vis des blasphémateurs pour leur inspirer la terreur dont parlent les documents, vif et enlevant quand elle s’adressait aux hommes d’armes qu’il fallait mener à l’assaut.
Elle avait le don des larmes. Il semble, d’après Perceval de Boulainvilliers, que ses yeux en étaient pleins habituellement, ou du moins souvent, puisqu’il emploie l’expression : lacrymis manat ; ses yeux laissent échapper des larmes ; ce qui n’est pas inconciliable avec ce qu’il ajoute immédiatement : hilarem gerit vultum, sa figure reflète la joie. Les larmes ont été données par Dieu comme un soulagement de l’âme sous l’impression d’un sentiment qui la pénètre et la remplit pour ainsi dire au-delà de ses capacités. Les larmes sont un épanchement de son trop plein. La joie les fait couler comme la tristesse. Que ne renfermait pas l’âme de cette jeune fille de dix-sept ans ! Rien d’étonnant par suite que les historiens aient constaté une foule de circonstances dans lesquelles Jeanne a pleuré. Elle pleurait quand les Anges la quittaient pour remonter vers les cieux, elle aurait voulu qu’ils l’eussent amenée avec eux (II, p. 140) : elle pleurait en se confessant (supra, p. 222) ; elle pleurait à la vue des saintes espèces (IV, p. 171, p. 198) : elle pleura lorsque la flèche traversa son cou pour ressortir derrière l’aisselle (IV, p. 230) ; les grossières insultes de Glacidas la firent pleurer (IV, p. 228), ce qui ne l’empêcha de pleurer et de sangloter en le voyant s’abîmer dans les flots (IV, p. 230) ; elle pleurait dans la prière (IV, p. 201). Ce don des larmes a été celui de la plupart des saints. Dans les âges de foi, les multitudes 414entières nous sont représentées comme pleurant ; et ce ne sont pas le plus souvent des larmes de tristesse, de douleur, de dépit, encore moins de rage. Les peuples sans foi ne connaissent guère que cette dernière sorte de pleurs. Les réprouvés pleureront, et ne seront pas soulagés par leurs pleurs.
Nous savons que lorsque Jeanne arriva à Vaucouleurs. elle portait des vêtements de paysanne de couleur rouge ; le Greffier de La Rochelle nous a décrit son vêtement quand elle arriva à Chinon (III, p. 202). Il a été traité dans ce volume des vêtements de sa vie publique (IV, p. 43).
L’attention des modernes se porte beaucoup sur ces infiniment petits de la divine histoire. Ces efforts n’ont pas abouti à nous donner le portrait authentique de la Vénérable. Il y a eu parfois des déconvenues comme lorsqu’on a pris pour une Jeanne d’Arc du XVe siècle le Saint-Georges de Montargis. Nous sommes riches pour tout ce qui a trait à l’âme de la Vénérable, pauvres pour ce qui regarde son extérieur. N’en est-il pas ainsi de son Seigneur et du nôtre ?
Jeanne, qui ne savait ni A ni B, signait ses lettres, soit qu’on lui conduisit la main, soit qu’elle fût parvenue à aligner grossièrement les lettres de son nom. La signature apposée au bas de la lettre aux habitants de Riom est une preuve manifeste de son inexpérience en calligraphie. Les caractères sont tracés d’une manière pénible et irrégulière.
415Chapitre VI Éclaircissements
Les points les plus importants de la vie guerrière ont été discutés, spécialement à la suite des réponses données par la Vénérable sur cette partie de son histoire. Il en reste cependant quelques-uns, la plupart secondaires, sur lesquels les documents produits présentent des divergences réelles ou apparentes. Il ne saurait en être autrement. Cinq témoins observant un même fait en rapporteront différemment les menus détails. Ils ne l’auront pas considéré du même point de vue, leurs dispositions personnelles auront été différentes ; tout en étant de bonne foi ils auront mal démêlé leurs souvenirs. Loin que ces divergences atteignent la vérité du fait sur le fond duquel ils sont d’accord, elles ne font que l’établir d’une manière plus indubitable ; elles écartent toute pensée de collusion ; le rôle de la critique est alors de concilier ce qui ne s’exclut pas. de démêler ce qui est vrai ou tout au moins plus vraisemblable, d’avouer parfois son ignorance, sans trop s’attarder à ce qui est de minime ou de nulle importance. C’est l’objet du présent chapitre.
I. Examens de Chinon et de Poitiers. — Découverte de l’épée de Fierbois. — Saint-Florent. — Tours. — Blois. — Marche sur Orléans.
1. Examens de Chinon et de Poitiers
Perceval de Boulainvilliers affirme que Jeanne n’attendit pas trois jours avant d’être admise auprès du roi (II, p. 244). Simon Charles dépose que le prince se décida plus tôt qu’il ne se l’était d’abord proposé (IV, p. 147). La Pucelle nous a donné les détails suivants : les voix lui avaient promis que le roi ne tarderait pas trop à la recevoir (IV, p. 7), qu’il aurait bon signe pour la croire (IV, p. 13) ; que ce signe lui fut donné lorsqu’elle était logée chez 416une bonne femme près du château et qu’elle partit aussitôt vers le roi (IV, p. 20) ; il y avait plus de trois-cents chevaliers présents et plus de cinquante torches allumées, ce qui suppose que c’était le soir (IV, p. 9) ; et cependant, quand Jeanne montrait le signe, le roi était seul, encore qu’il y eût beaucoup de gens qui n’étaient pas loin (IV, p. 11). — Circonstances qui s’accordent parfaitement avec le récit d’Alain Bouchard (III, p. 287).
Il en résulte que la première entrevue a eu lieu dans la soirée du mardi 8. Depuis l’après-midi du dimanche, la mystérieuse jeune fille avait été fortement pressée de questions ; elle avait d’abord fait difficulté de répondre, et demandé à parler au roi. Elle s’était cependant décidée à faire certaines ouvertures sur sa mission.
La date du 8 est confirmée par la déposition du duc d’Alençon. Il était à Saint-Florent-lès-Saumur, lorsqu’un courrier lui annonça l’arrivée de la Pucelle. Il partit le lendemain, et cependant à son arrivée la première entrevue avait eu lieu (IV, p. 192). Elle est aussi confirmée par la déposition du page de Coutes. Avant d’avoir donné le signe, c’est-à-dire avant l’entrevue avec le roi, Jeanne est logée chez une bonne femme : mais après la révélation des secrets elle est logée à la tour du Coudray. C’est là, avant le départ pour Poitiers, que l’enfant est à son service, et qu’il est témoin des allées et des venues qu’il nous fait connaître (IV, p. 201). La déposition du duc d’Alençon suppose aussi qu’il a vu Jeanne à Chinon, durant plusieurs jours, avant qu’elle partit pour Poitiers.
Quand eut lieu ce départ ? Jeanne était certainement à Poitiers le 22 mars. Quel jour y arriva-t-elle, et quel jour en partit-elle ? Rien de précis, à ma connaissance. La Vénérable a dit qu’elle fut examinée pendant trois semaines à Chinon et à Poitiers. Cela nous porte au 28 mars. C’était le lendemain de Pâques qui tombait cette année le 27. Elle nous dit encore qu’elle était à Chinon durant la semaine de Pâques, où ses paroles semblent établir qu’il y eut une solennelle promulgation de son acceptation. La sentence dit que durant six semaines le roi n’a cessé de la montrer à toutes gens (I, p. 60). C’est qu’encore que l’on se soit occupé au retour de Poitiers d’équiper la céleste Envoyée, de réunir les vivres pour ravitailler Orléans, les hommes d’armes qui devaient escorter la jeune fille, l’on n’a pas cessé de l’observer.
Le bruit de son arrivée s’est répandu au loin. Dès le 22 avril Rosethlaer l’annonçait de Lyon à Bruxelles (III, p. 539) ; Pancrace Justigniani nous apprend qu’avant cette date on en parlait à Bruges (III, p. 574). Pour couvrir sa responsabilité, Charles VII a dû répandre la sentence de Poitiers ; et pour faire connaître sa mission, l’Envoyée du Ciel ne se sera peut-être pas opposée à ce que l’on connût la lettre aux Anglais : 417cela expliquerait comment nous avons si souvent rencontré l’une et l’autre pièces. Datée du 22 mars, la fière sommation a été expédiée plus d’un mois après.
2. Découverte de l’épée de Fierbois
Jeanne affirme que l’épée de sainte Catherine de Fierbois lui a été révélée par ses voix. D’Estivet, dans l’article XXIX de son réquisitoire, l’accuse de l’avoir découverte par la voie de la divination, ou de l’y avoir frauduleusement, malicieusement, artificieusement fait cacher, pour se prévaloir ensuite auprès des peuples de l’avoir découverte par des voies surnaturelles et divines. L’école naturaliste, si souvent d’accord avec l’accusation qu’elle anathématise pour la forme, admet, au fond, pareille donnée. Jeanne, dit-elle, s’est arrêtée à Fierbois avant d’arriver à Chinon. Elle a vu alors l’épée dont elle a feint dans la suite ne savoir l’existence que par la révélation de ses voix. On est heureux d’avoir à opposer à ce démenti infligé à la Vénérable ces paroles de Quicherat :
Quand on a le procès tout entier sous les yeux, et qu’on y voit de quelle manière l’accusée met sa conscience à découvert, c’est son témoignage qui est fort, et l’interprétation des raisonneurs qui est faible.
L’éditeur du Double Procès ajoute que la découverte de l’épée produisit sur le peuple l’effet que la révélation des secrets avait produit sur le roi.
3. Saint-Florent, Tours, Blois
Le duc d’Alençon, récemment sorti de captivité, était alors avec sa mère et sa femme, fille de Charles d’Orléans prisonnier à Londres, à l’abbaye de Saint-Florent près Saumur. Quand la Vénérable vint-elle faire visite à la fille du prince qu’il était dans sa mission de délivrer, sans les empêchements qu’elle rencontra ? Les paroles du duc (IV, p. 190) sembleraient supposer que ce fut après la délivrance d’Orléans, lorsqu’elle promit à la jeune duchesse de lui ramener son mari sain et sauf ; mais le texte de Cagny, qui nous dit qu’elle ne fut pas longtemps à Chinon sans faire cette visite, nous porte à croire que ce fut à son retour de Poitiers, avant de partir pour Tours, ou même durant son séjour dans cette ville.
À son retour du Jubilé du Puy-en-Velay, Pâquerel, qui chercha d’abord Jeanne à Chinon, la trouva à Tours où elle faisait confectionner sa bannière. Le Jubilé se clôturait le jour de Pâques, 27 mars. Ce n’était pas trop à cette époque de huit jours pour se rendre du sanctuaire d’Anis au tombeau de Saint-Martin, et ce n’est guère que vers le 4 ou 5 avril que le moine augustin a dû être de retour au lieu vie sa résidence. C’est donc dans les premiers jours d’avril que la Pucelle sera venue à Tours. Elle a pu s’en absenter pour revenir à Chinon et pousser jusqu’à Saint-Florent.
D’après la Chronique de Tournay, elle est partie de Chinon pour Blois 418le 21 avril, elle y sera arrivée le 22. Elle y a fait un arrêt de quelques jours, pendant que l’on formait le convoi et que les hommes d’armes arrivaient ; non seulement elle y a fait bénir son étendard, elle a ordonné aux hommes de guerre d’avoir à laisser leur bagage de péché, et à mettre leur conscience en bon état ; ce qui nous porte vers le 26 avril.
4. Marche sur Orléans
Pâquerel nous a dit que dans cette marche ils avaient couché deux fois en rase campagne, et nous savons par le Journal du siège que, pour l’entrée dans la ville, l’on attendit le soir du vendredi 29, afin d’éviter le tumulte. Cela nous donne droit de conclure que l’on est parti de Blois dans la matinée du 27 et que dans la soirée du 28, l’on était assez près d’Orléans, vers Olivet peut-être. Dès le matin du 29, on s’est mis en mesure de faire entrer le convoi. La pénible surprise de Jeanne, trompée sur la direction qu’elle avait ordonné de prendre, le vent qui empêchait les chalands de remonter, ont dû amener des tâtonnements ; ce qui expliquerait que les chroniqueurs nous parlent du voisinage de Saint-Jean-le-Blanc, du port situé en face de Saint-Loup, comme de points où l’on aurait abordé. Il n’est pas douteux cependant que l’on ait chargé le convoi de vivres à l’Île-aux-Bourdons, en face de Chécy. C’est attesté par trois documents d’origine orléanaise : le Journal du siège, le Mystère de la délivrance, le Récit de l’établissement de la fête du 8 mai. Des écrivains Orléanais n’ont pas pu se tromper sur pareil fait. Les vivres, promptement embarqués, sont descendus par la rivière, ont passé sous Saint-Loup, pendant que les Orléanais faisaient contre la garnison une vigoureuse attaque, qui ne permettait pas de surveiller la rivière (IV, p. 118). Quant à la Pucelle, elle a débarqué sur la rive droite, à Chécy, d’où elle s’est rendue au château de Reuilly, ainsi que c’est constaté par les lettres d’anoblissement de son hôte Guy de Cailly (IV, p. 331). Elle y a attendu assez longtemps pour faire son entrée à Orléans à la tombée de la nuit, escortée par la suite dont nous ont parlé divers documents.
Pendant ce temps, le plus grand nombre de ses gens de guerre étaient sur le chemin de Blois. Ce n’était pas seulement pour y trouver un pont que l’on pût librement franchir ; c’était aussi pour en ramener un second convoi de provisions. Il était nécessaire, alors surtout que la population s’accroissait du nombre des guerriers venus pour seconder la Libératrice (III, p. 57). Il est probable aussi que, le 27 avril, tous les guerriers convoqués à Blois n’étaient pas encore rendus.
Et cependant, d’après Cousinot (III, p. 77), il y eut des hésitations. Elles prirent fin par les lettres pressantes et par l’arrivée du Bâtard ; car les chroniques indiquent et des lettres et la venue du lieutenant général. La déposition de d’Aulon nous a fait connaître que la Pucelle protégea non seulement la rentrée, mais aussi la sortie du Bâtard.
419II. Prise de Saint-Loup. — Prise des Augustins, des Tourelles.
5. Prise de Saint-Loup
L’on concilie les divers récits sur la prise de Saint-Loup, en supposant qu’après la rentrée dans la ville des troupes de Blois, la Pucelle aura recommandé de se tenir prêt à attaquer les bastilles anglaises, et qu’elle aura peut-être parlé de Saint-Loup. Son intention n’était cependant pas que l’on commençât sans elle ; mais marcher au combat sous la conduite d’une enfant de dix-sept ans a toujours été un acte d’humilité coûteux pour des guerriers ; voilà pourquoi on se sera porté à l’attaque sans lui en donner avis. Il est impossible d’avoir des témoins plus irrécusables que ceux qui nous attestent qu’elle a été surnaturellement prévenue de ce qui se passait Ce sont ceux qui l’ont entendue s’éveiller soudainement, et lui ont fourni les armes qu’elle réclamait : d’Aulon, de Coutes, son hôtesse ; c’est Pâquerel son aumônier. Ils parlent de ce qu’ils ont vu et entendu.
6. Prise des Augustins
Il est plus difficile de coordonner ce qui est dit de la prise des Augustins. Voici, ce semble, ce qui résulte des divers récits. Le soir de l’Ascension, 5 mai, se tient un conseil auquel Jeanne n’assiste pas, mais auquel elle est appelée, quand tout est conclu (III, p. 151). Après quelques hésitations, on lui dévoile le plan dont elle se dit contente, encore que le lendemain elle n’en ait rien exécuté. L’on devait commencer par une diversion sur la rive droite. Jeanne dirige immédiatement l’attaque sur la rive gauche ; ce qui explique la phrase de Perceval de Cagny (III, p. 177) :
Tous ne la suivirent pas, ainsi qu’elle s’y attendait.
En dégageant la rive gauche, l’on assurait les communications avec les pays du Midi et de la domination française ; mais l’entreprise était difficile ; il fallait toucher la rive non loin de la bastille que l’ennemi avait rendue comme imprenable, la bastille des Tourelles que couvrait celle des Augustins, aussi très fortifiée. L’on passa partie directement en bateaux, partie en abordant dans l’Île-aux-Toiles. Les bateaux faisaient défaut (III, p. 80) jusqu’à ce qu’on fît un pont de bateaux de l’île à la terre ferme. L’on se proposait d’assaillir la bastille Saint-Jean-le-Blanc, bastille isolée des Augustins et des Tourelles ; mais le passage franchi, l’on constata que les Anglais avaient abandonné Saint-Jean-le-Blanc pour renforcer d’autant les Augustins (IV, p. 210).
D’Aulon (Ibid.), la Chronique de la fête du 8 mai (III, p. 303), nous disent que les seigneurs, ne croyant pas possible d’emporter les Augustins, repassèrent dans l’Île-aux-Toiles : c’était donner le signal d’une retraite confuse sous les yeux de l’ennemi. La Pucelle, qui essaie de protéger le mouvement, voit les rangs s’éclaircir autour d’elle. Les Anglais poussent 420de grands cris, sortent des Augustins, et insultent les Français et l’héroïne. C’est alors que la Pucelle, prenant dans l’Île-aux-Toiles le cheval dont parle d’Aulon, suivie de La Hire, fait volte-face et marche droit contre les Anglais. Nombre d’hommes d’armes reprennent courage et marchent sur ses pas ; les Anglais sont refoulés dans leur bastille ; on attaque le boulevard qui la protège ; boulevard et bastille sont emportés. Jeanne ordonne d’y mettre le feu, en même temps qu’elle indique les Tourelles, privées de leur défense avancée, comme objectif pour le lendemain ; si bien que les vainqueurs en grand nombre passèrent la nuit sur les nouvelles positions conquises (III, p. 305), et que l’on eut grand-peine à décider Jeanne, blessée aux pieds par une chausse-trappe et très fatiguée, à venir reposer à son hôtel. D’après quelques chroniqueurs, la Pucelle avait feint la retraite pour attirer les Anglais hors de leurs bastilles ; c’était un stratagème.
7. Prise des Tourelles
L’opposition des capitaines royaux à l’attaque des Tourelles est attestée par Cousinot (III, p. 81), par Pâquerel (IV, p. 229), par Simon Charles (IV, p. 148), par Louis de Coutes (IV, p. 204). La Chronique de l’établissement de la fête suppose cette opposition quand elle cite cette parole de Jeanne (III, p. 306) :
— Qui m’aimera, qu’il me suive.
Pour bien comprendre les chroniques, il est nécessaire de se rappeler que la partie du pont sur la rive droite était au pouvoir des Orléanais, tandis que celle de gauche était au pouvoir des Anglais. Plusieurs arches rompues séparaient les deux camps ennemis, qui avaient fortifié chacun la partie qu’ils occupaient : les Orléanais, le boulevard de la Belle-Croix ; les Anglais, les Tourelles. Les Tourelles étaient séparées de leur boulevard établi au Portereau sur la terre ferme par un bras de la Loire, au-dessus duquel était jeté un pont-levis. Le pont-levis en s’écroulant précipita Glacidas dans la rivière. Comment fut déterminé l’écroulement ? Était-ce par le poids de ceux qui s’y précipitaient pour passer du boulevard dans les Tourelles, qui pourtant commençaient à être envahies, grâce à la gouttière mise en travers, sur laquelle s’était élancé le hardi chevalier de Rhodes, de Giresmes ? Était-il en partie consumé par les flammes du brûlot infect que les Orléanais avaient dirigé par-dessous ? Les Anglais, comme l’indique le Mystère du siège, l’avaient-ils en partie scié pour que les assaillants, venant à s’emparer du boulevard et voulant s’y élancer, subissent le sort qu’ils se préparaient à eux-mêmes ? Autant le fait de l’écroulement est certain, autant il semble difficile d’en préciser la cause.
Pourquoi Talbot et les Anglais de la rive gauche n’ont-ils pas fait mine de porter secours à Glacidas durant cette longue journée du samedi 7 mai ? Cela semblait facile de la bastille Saint-Laurent. Ils avaient une 421bastille au milieu de la rivière dans l’île Charlemagne, en aval du pont, et sur la terre ferme, ils possédaient la bastille Saint-Privé. Craignaient-ils en diminuant leurs forces d’exposer les positions de la rive droite ? Mais les Orléanais étaient occupés sur la rive gauche, et il semble que c’eût été le moment de tenter de pénétrer dans la ville, ne fût-ce que pour faire une diversion qui aurait diminué le nombre des ennemis auxquels Glacidas devait tenir tête. Rien ne fut tenté. N’est-ce pas un effet de la terreur noire qui saisit les assiégeants à la suite de la sommation de l’Envoyée du Ciel ?
D’après le Greffier de La Rochelle, Jeanne, à la suite de la prise des Tourelles, signifia à Talbot d’avoir à se retirer, et que, si elle le trouvait le lundi, il lui en prendrait mal. Le lundi il n’y avait à Orléans d’autres Anglais que les prisonniers.
III. Blois, Tours, Loches. — Beaugency, Patay. — De Patay jusqu’à Reims.
8. Blois, Tours, Loches
Après la délivrance, les hommes d’armes venus à la suite de la Pucelle se hâtèrent de se retirer, par défaut de vivres, dit Cousinot (III, p. 80) ; ce qui indique combien la pénurie était grande avant l’arrivée du double convoi.
Elle partit elle-même le lundi 9 d’après le Journal du siège, le mardi 10 d’après Cousinot. Elle passa deux ou trois jours à Blois, dit Simon Beaucroix (IV, p. 162). Sûrement elle était à Tours le 13, et peut-être le 12 au soir, puisqu’elle alla au-devant de Charles VII, qui, le vendredi 13, vint de Chinon à Tours. Charles, et la Pucelle avec lui, firent à Tours un séjour de dix jours521. Ils étaient à Loches le 23.
La lettre des seigneurs de Laval nous la montre à Selles le lundi 5 juin. Elle était là dans une des seigneuries de La Trémoille. Le favori l’avait achetée en 1426 des deux sœurs Jeanne et Marguerite de Châlons522. Elle en partit le jour même pour Romorantin : le rendez-vous de l’armée était près de cette ville. Elle a dû entrer à Orléans vers le 9.
9. Prise de Jargeau
C’est le samedi 11 que l’armée est partie d’Orléans pour Jargeau. En l’absence de la Pucelle, le Bâtard et quelques autres chevaliers avaient tenté d’en débusquer les Anglais. La tentative fut malheureuse, et, d’après le Mystère (IV, p. 333), ils y avaient laissé plusieurs des leurs dont les corps, à l’arrivée de Jeanne, gisaient dans les fossés. Serait-ce la raison pour laquelle certains chroniqueurs, joignant les deux tentatives, font durer le siège huit jours au lieu de deux ?
422Encore ici Jeanne engagea l’assaut malgré l’avis des capitaines qui entraient en pourparlers avec Suffolk (IV, p. 51 et p. 195) ; d’après le Mystère du siège, ils auraient même commencé la retraite (IV, p. 333).
D’après le Greffier de La Rochelle, Suffolk se serait rendu à la Pucelle, comme à la plus vaillante femme du monde, tandis que, d’après les chroniqueurs, il se serait rendu à un gentilhomme français qu’il fit chevalier. Quicherat propose de concilier ainsi ces divergences : Suffolk se serait rendu à la Pucelle, et son frère Jean au gentilhomme.
Grand nombre de prisonniers furent massacrés à cause de différends survenus entre les Français leurs possesseurs. L’on prétend que c’est parce que les nobles se faisaient la part trop belle. Encore que l’on n’allègue pas de texte, cela semble assez vraisemblable ; la Libératrice a trouvé son plus grand appui dans les milices populaires.
Pour préserver Suffolk, Jeanne le fit descendre en bateau jusqu’à Orléans, et descendit elle-même de nuit.
10. Beaugency, Patay
C’est dans l’après-midi du mercredi 15 qu’elle part pour Meung, et emporte le pont qui est séparé de la ville. Elle y met des défenseurs, couche dans les champs, et le jeudi 16, laissant la ville de Meung, elle se rend à Beaugency. Beaugency, que Talbot avait quitté pour aller à la rencontre de Fastolf amenant une armée de Paris, capitule sur le minuit, dans la nuit du vendredi au samedi. La garnison sortit dans la matinée du samedi.
La veille, Talbot s’était présenté, avait offert la bataille, et sur la réponse qu’on se verrait le lendemain, s’était rendu à Meung, où il avait commencé durant la nuit à bombarder le pont. Il espérait, en franchissant la Loire, venir secourir Beaugency par la rive gauche. Comme il se disposait à continuer l’attaque commencée, il apprend que Beaugency est perdu. C’est alors qu’avec la garnison de Meung, il se retire pour couvrir Janville et les autres places anglaises.
La Pucelle avertie se met à sa poursuite. La bataille appelée de Patay s’est livrée au village de Lignerolles, dans une dépression de terrain qui, avec les bois depuis disparus, explique que l’on n’ait vu l’armée anglaise que lorsque l’on s’est trouvé en face. L’attaque impétueuse de l’avant-garde commandée par La Hire empêcha Talbot d’ordonner son armée. Les hérauts comptèrent 2300 Anglais morts sur le champ de bataille, mais parmi les fuyards beaucoup furent égorgés dans les champs, notamment aux portes de Janville qui se fermèrent devant les Anglais, qui en avaient fait une de leurs meilleures places de la Beauce.
Lignerolles est entre Patay et Coinces, l’un et l’autre sur des hauteurs opposées. Le champ de bataille du XVe siècle s’étend sensiblement jusqu’au champ de bataille de Loigny, illustré par la glorieuse défaite de 423de Sonis et de ses zouaves. En 1870 des obus ont endommagé le clocher de Patay : la Libératrice y coucha la nuit du samedi 18 au dimanche 19 ; par suite elle y a rendu grâces à Dieu de sa miraculeuse victoire — elle ne perdit que deux ou trois hommes — et elle y a communié avant de repartir pour Orléans.
11. De Patay jusqu’à Reims.
Charles VII, venu à Sully, frustra l’attente des Orléanais, qui avaient fait des préparatifs pour le recevoir. Dès le 20 Jeanne allait le rejoindre et, par Benoît-sur-Loire, le ramenait jusqu’à Château-Neuf, où il se trouvait le 22. Le roi étant reparti pour Gien, la Libératrice de son côté quittait Orléans le 24 de bon matin, et le rejoignait le même jour. Les tergiversations de la Cour ne finissaient pas. Pour y mettre un terme, dès le 27 la Libératrice se mettait aux champs avec la majeure partie de l’armée ; le roi suivait avec la noblesse dès le 29, et le 1er juillet l’on campait devant Auxerre. Dès le 5, l’on campait devant Troyes. Les lettres d’amnistie octroyées à Châlons, étant datées du 13, de Bussy-Lettrée523, l’armée a dû quitter Troyes le 11 juillet, et non pas le 12, comme le disent quelques chroniqueurs. Le 14 et le 15 ont dû se passer à Châlons, sauf que le roi, comme l’indique de Cagny (III, p. 186) est allé, le 15, coucher au château de Sept-Saulx, possession de l’archevêque de Reims.
La cérémonie du sacre s’étant faite le 17, l’on se demande comment tout a pu être préparé dans un si court espace de temps. Déjà, à la date du 4, Charles VII avait écrit de Brienon-l’Archevêque pour que l’on se disposât à le recevoir selon la manière accoutumée pour ses prédécesseurs (III, p. 357). À la réception de la lettre, Reims était fort peu disposé à lui ouvrir ses portes, ainsi que le prouvent les mémoires de Rogier. Le Dauphin y comptait cependant des partisans ; ils ont dû faire secrètement des préparatifs ; à partir de la reddition de Troyes, dès le 9, les dispositions ont changé, et autant que le permettait la présence de la garnison anglaise, l’on s’est occupé de l’auguste cérémonie.
IV. Du sacre jusqu’à la tentative contre Paris.
12. Laon
Dans l’expédition du sacre et dans celle qui suivit, Jeanne se détachait parfois du gros de l’armée pour sommer les châteaux et les forteresses qui ne se rendaient pas à ses hérauts de se rendre au Roi du Ciel et au gentil roi Charles VII (III, p. 185 et p. 440). L’on voudrait connaître les lieux qu’elle a ainsi visités. Les chroniqueurs ne les indiquent pas.
424S’il fallait en croire une Histoire manuscrite de Laon, cotée à la bibliothèque de cette ville sous le n° 481, que nous avons consultée, Jeanne serait venue à Laon, et aurait repris les châteaux de Coucy, La Fère, Guyse, Marle, occupé le fort Saint-Vincent524. Laon avait apporté ses clés à Vailly, et l’on attendait Charles VII ; ses registres municipaux en font foi. À la date du 22 juillet, on y lit que la ville a acheté
VII poinsons de vin vieilz de Croy… en intention de donner et en faire présens au roy nostre sire à sa venue à Laon, lequel n’y vint point, etc.
Ces mêmes registres mentionnent
VIII los de vin présentez à Guyenne hérault de notre roy525.
Guyenne était à Orléans le héraut de Jeanne. Il faudrait accuser les greffiers de la ville, si Jeanne y était venue, de s’être contentés de mentionner le héraut et d’avoir passé sous silence la Libératrice.
13. Soissons
De Vailly, ville fortifiée qui appartenait à l’archevêque de Reims, Charles VII se rendit directement à Soissons où il séjourna trois jours. Encore qu’avec l’enthousiasme pour la Libératrice qui remplit toutes les âmes, il faille se méfier de revendications tardives et souvent sans preuves, on peut regarder comme fondée la tradition qui fait arrêter Jeanne au village de Sainte-Marguerite, paroisse de Bucy, dans une chapelle dédiée à sa sainte maîtresse, chapelle qui existe encore. Si, comme il a été affirmé, le village se trouve sur la route, Jeanne ne sera pas passée sans faire une halte dans le sanctuaire dédié à sa bien-aimée sœur du Ciel.
D’après l’Histoire manuscrite de Soissons, par Rousseau-Desfontaines, l’armée aurait campé près de Soissons, dans la prairie d’Ambleguy, dans un camp d’une rondeur tirée au cordeau526.
14. Senlis
Encore que Bedford, par ses lettres du 7 août, eût provoqué Charles VII au combat, il n’a jamais osé engager la bataille, et s’est contenté d’une démonstration sans mêlée sérieuse, qui n’empêchait nullement l’armée française de marcher de conquêtes en conquêtes. Il vient à Mitry au-devant de Charles VII qui occupe les hauteurs de Dammartin : mais il se cantonne dans une position où il serait imprudent de vouloir le forcer. L’armée française descend jusqu’à Thieux où l’on montre une porte par laquelle Jeanne se serait rendue du château à l’église qui en est tout près. Quelques légers engagements sans signification ont lieu aux bords de la petite rivière de la Biberonne, et le soir l’Anglais rentre à Paris laissant Charles VII se diriger vers Senlis. Bedford, il est vrai, vient encore pour défendre la ville ; l’on s’attendait à une bataille décisive. Bedford, fortement cantonné à la Victoire, protégé par des marais et par les fortifications qu’il a fait élever, se tient durant tout le jour de l’Assomption 425dans son inexpugnable retranchement, sourd à toutes les propositions, à toutes les provocations armées, par lesquelles on le presse de venir se mesurer en rase campagne.
Laquelle des deux armées quitta la première cette position d’expectative ? Les chroniqueurs ne sont pas d’accord. Il certain que Charles VII, le soir du 15, vint coucher à Crépy ; mais l’armée passa la nuit dans le camp qu’elle occupait depuis deux jours. D’après Perceval de Cagny, la Pucelle et le duc d’Alençon attendirent le lendemain jusqu’à midi, et n’allèrent rejoindre le roi que lorsqu’ils apprirent que Bedford rentrait par Senlis à Paris (III, p. 189). Ce serait le contraire, d’après la chronique de Le Fèvre de Saint-Remy (III, p. 509). Ce qui est certain, c’est que, par là, le Régent anglais n’arrêta pas les conquêtes de Charles VII. Ce que ne pouvaient pas les armes, une stupide ou perfide négociation le fit.
V. La Pucelle autour de Paris. — Du retour à Gien à la captivité.
15. La Pucelle autour de Paris
Partie de Compiègne le 23 août, elle recueille sur son passage une partie de ceux qui avaient occupé Senlis (III, p. 190) ; elle a du, en continuant sa marche, sommer, ainsi que c’était son habitude, les places et les forteresses de rendre obéissance au Roi du Ciel et au gentil roi Charles. Saintines, Chantilly, étant indiqués par Monstrelet comme ayant fait leur soumission (III, p. 423), il semble de toute vraisemblance que la Libératrice sera passée par Chantilly. L’armée arrivait à Saint-Denis, d’après Chuffart, le 25 août, d’après de Cagny, le 26 (III, p. 190).
Elle s’installa dans les villages environnants, parmi lesquels Monstrelet cite Aubervilliers et Montmartre (III, p. 423). Des escarmouches avaient lieu autour de la ville d’après de Cagny (III, p. 190) ; ce que confirme Chuffart (III, p. 520). M. Germain Lefèvre-Pontalis a découvert que les troupes de la Pucelle s’étaient emparées des châteaux de Béthemont et Montjoie-Saint-Denis entre Saint-Germain et Poissy (III, p. 520, note).
De l’ensemble des chroniques, il résulte que La Chapelle-Saint-Denis, village à moitié chemin de Saint-Denis et de Paris, était comme un point de ralliement. Perceval de Cagny (III, p. 190) :
Il ne se passait pas de jours que la Pucelle ne vint faire les escarmouches ; elle se plaisait beaucoup à considérer la situation de la ville, et par quel endroit il lui semblerait convenable de donner un assaut.
Il est, par suite, moralement certain qu’elle a dû, plus d’une fois, aller à Montmartre, où l’attiraient sa dévotion, les troupes qui y campaient, et la facilité d’observer Paris. Elle devait donner l’assaut à la descente de Montmartre, dit la Chronique des Cordeliers (III, p. 442).
426Parfois les escarmouches avaient lieu à un moulin à vent devers la porte Saint-Denis et La Chapelle (III, p. 190). D’après la chronique latine de Jean Chartier, ce moulin touchait aux faubourgs (III, p. 467). Il devait être vers Saint-Laurent où la Chronique des Cordeliers prétend que la Pucelle aurait éprouvé un échec manifestement exagéré (III, p. 442).
Pendant ce temps l’on faisait arriver aux Parisiens des lettres écrites en beau langage, dit Chuffart. Elles portaient le sceau du duc d’Alençon ; c’étaient sans doute des promesses d’amnistie telles que la Pucelle en faisait à toutes les villes du saint royaume, promesses fidèlement tenues. On répandait dans Paris des bruits bien contraires, puisque, d’après Fauquembergue, l’on disait que Charles VII voulait détruire la ville et y faire passer la charrue (III, p. 479). Le bon greffier ajoute avec raison que c’est chose difficile à croire. Les Anglo-Bourguignons exploitaient ainsi l’antique haine des Parisiens contre le Dauphin viennois et surtout contre les Armagnacs. Que le sentiment de la vengeance, notamment des massacres de 1418, se réveillât au cœur de ces derniers, et surtout au cœur du fils du connétable d’Armagnac, si atrocement assassiné, cela n’est pas impossible ; mais rien n’était plus contraire aux dispositions de la Pucelle et à sa conduite.
D’après Chuffart (III, p. 520) et les registres du chapitre (III, p. 531), une première attaque, et comme un essai de la journée du lendemain, eut lieu le 7 septembre. La cause de l’échec du 8 a été expliquée (IV, p. 67 et seq.) ; bornons-nous à exposer le matériel des faits. Le gros de l’armée passa la nuit à La Chapelle. Il a été observé comment une réponse de la Pucelle suppose que l’on satisfit d’abord aux devoirs religieux imposés par la fête (IV, p. 70). Sur les huit heures, l’armée, bien pourvue de tout ce qui était nécessaire pour un assaut, quitta La Chapelle (III, p. 191). L’armée s’établit sur la butte du Marché-aux-Pourceaux, entre la porte Saint-Honoré et Saint-Denis (III, p. 521). Elle se divise en deux parts ; l’une qui attaquera, l’autre qui empêchera que les Parisiens, sortant, comme on le supposait, par la porte Saint-Denis, ne viennent tomber sur les derrières des assaillants. Une butte, ou petite élévation, qui, d’après la chronique latine de Chartier, semble aussi un foirail, devait cacher ceux qui étaient en observation. Non procul retro glebam fori pecudum agmen residere nec intraneis apparere statuerunt527. Les canons et coulevrines furent ainsi installés sur le marché aux pourceaux. Il y avait, ce semble, un premier fossé entre le marché aux pourceaux et les défenses extérieures de la ville, notamment entre les barrières et les 427boulevards qui protégeaient la porte Saint-Honoré. Ce premier fossé était à sec.
La Pucelle et ceux qui raccompagnent s’emparent après un fier assaut qui commença sur le midi, mais dura plusieurs heures, du boulevard qui défend la porte Saint-Honoré ; ils avaient mis le feu aux barrières. Les Parisiens sont forcés de rentrer dans la ville (III, p. 108, p. 140, p. 191). La rentrée des Anglo-Bourguignons a vraisemblablement produit dans Paris la panique signalée par Fauquembergue (III, p. 478), par le Greffier de La Rochelle (III, p. 213) et implicitement par Chuffart, qui raconte que les Parisiens reprirent courage un peu après quatre heures.
Un second fossé, profond, rempli d’eau, courait le long des remparts. La Pucelle, montant sur le dos d’âne, se mit à sonder
en divers lieux la profondeur de l’eau et de la vase et y passa un grand espace de temps (Journal du Siège, III, p. 140) ;
elle cherchait l’endroit plus facile à combler ;
mais elle était courroucée d’être peu secondée (Chronique de Tournay, III, p. 227).
Le succès déjà obtenu en refoulant les Parisiens dans la ville était un gage qu’elle allait mettre le roi dans Paris, ainsi qu’elle n’avait cessé de le promettre. Le roi dans Paris, comment le concilier avec les trêves du 28 août, d’après lesquelles le duc de Bourgogne était autorisé à défendre Paris,
et résister à ceux qui voudraient faire la guerre ou porter dommage à cette ville (Chronique des Cordeliers, III, p. 445) ;
bien plus, durant ces trêves,
l’on ne pourra prendre, acquérir, garder aucune de ces villes qui y sont comprises, même quand elles voudraient se rendre à l’une des parties (III, p. 446).
Le roi dans Paris, c’était l’apogée du triomphe de la Pucelle, ses envieux rejetés dans l’ombre, la céleste Envoyée toute puissante pour opérer les réformes qu’elle demandait.
Aussi c’est en vain qu’elle ordonne de combler les fossés avec cette abondante provision de grandes bourrées à trois liens dont les chariots ont été chargés : elle est très peu secondée. Les registres du chapitre attestent qu’on n’en jeta
qu’un petit nombre (III, p. 532).
L’on n’utilise pas les quatre-mille claies dont on était pourvu. Il eût été facile, le fossé comblé quelque part, de dresser les six-cent-soixante échelles qu’on avait amenées (III, p. 532). On devait faire circuler que les fossés étaient trop profonds, qu’il fallait se retirer. Les conseillers de la trêve de Compiègne, — et l’on a vu combien ils étaient nombreux, — ont dû faire rétrograder leurs hommes d’armes.
L’heure avançait, lorsque la blessure de l’héroïne fournit à ses envieux un nouveau motif de presser la retraite. Cette blessure à la cuisse était moins grave que celle qu’elle avait reçue avant la prise des Tourelles. Moins encore qu’aux Tourelles la Guerrière y voit un motif de cesser l’attaque ; elle demande avec plus de force que l’on comble les fossés. Au lieu de lui obéir, on la somme elle-même de se retirer. Elle refuse, 428assurant que l’on prendra la ville ; il faut que le duc d’Alençon vienne, et l’enlève, ce semble, de force contre son vouloir. Il est vraisemblable qu’on lui promit de recommencer le lendemain de bonne heure ; de Cagny nous apprend qu’elle donna en effet le signal d’une nouvelle attaque (III, p. 192) ; c’était l’ordre de ses voix ; des ordres venus de Saint-Denis, où Charles VII s’était tenu constamment, arrêtèrent tout. Cette intention de la Pucelle, qui le 9, malgré sa blessure, se leva de très bon matin, explique que le matériel de guerre ait été laissé sur le champ de bataille.
Refoulés dans la ville par la porte Saint-Honoré, les Parisiens n’osèrent plus se montrer en dehors des murailles ; mais les chroniqueurs des deux partis sont unanimes pour dire que des remparts leur artillerie faisait rage. Chuffart rapporte que les projectiles non seulement atteignaient la porte Saint-Denis, mais dépassaient Saint-Lazare, c’est-à-dire atteignaient la Villette, qui alors portait le nom de Villette Saint-Lazare, ou Saint-Ladre528.
D’accord pour constater le bruit des engins de guerre des deux côtés, les documents diffèrent profondément sur le nombre des blessés et des morts. D’après de Cagny, personne du côté de la Pucelle ne fut tué, pas même blessé au point de ne pouvoir se retirer sans aide (III, p. 191). Le Greffier de La Rochelle va jusqu’à dire que les assiégeants ramassaient les pierres pour les montrer à ceux qui les avaient lancées. D’après lui, un seul homme fut tué ; et comme c’était précisément un Rochellois, on peut supposer quelque exagération de sa part (III, p. 213). Monstrelet, au contraire, dit qu’il y eut un très grand nombre de tués et de blessés (III, p. 424). D’après Chuffart, le héraut envoyé le lendemain de Saint-Denis aurait avoué quinze-cents blessés, parmi lesquels cinq-cents tués ou blessés à mort. L’on peut croire ici que le haineux universitaire exagère, comme il le fait dans la suite en parlant de la sortie de Compiègne où il met quatre-cents tués ou noyés, lorsque les autres documents se contentent de nous parler de quatre ou cinq hommes pris avec la Pucelle, et ne mentionnent ni tués, ni noyés.
Si le héraut venu de Saint-Denis a donné pareil chiffre, c’est vraisemblablement d’après les bruits intéressés qu’ont dû faire courir ceux qui, après avoir fait échouer l’entreprise du 8, auraient été désolés de la voir reprendre. Il importait d’outrer les pertes subies la veille, afin d’agir sur l’opinion, et obtenir d’opérer la retraite sur la Loire, à laquelle s’opposaient la Pucelle et ceux qui suivaient ses inspirations.
Quant à la crémation des corps dans la grange des Mathurins, Chuffart 429est le seul qui en parle, avec le registre capitulaire, à la rédaction duquel il n’a pas dû être étranger, vu la place qu’il occupait dans le chapitre. Le registre canonial n’ose pas l’affirmer ; il le présume de ce que l’on trouva plus de cent roues sans les chariots qu’elles devaient monter. La raison paraît très futile. Les roues pouvaient être destinées à traîner des claies, ou autres instruments de guerre, qu’on aurait montés sur le champ de bataille. Cela ne prouve nullement que l’on se soit servi des chariots pour en faire un brasier. Des ossements, des débris de corps humains auraient été trouvés si l’on avait fait une crémation hâtive, si contraire aux idées du temps. Il semble plus vrai de dire que les Parisiens ne trouvant pas de cadavres ni de débris humains, on aura forgé ce conte pour en expliquer l’absence.
En quel endroit la Pucelle fut-elle blessée ? Est-ce à la porte Saint-Honoré comme on l’imprime généralement ? Cela ne semble nullement prouvé.
Elle plongea sa lance en divers lieux… et y passa un grand espace de temps (Jean Chartier, III, p. 148).
Pour sonder les eaux en divers lieux, elle a dû s’écarter de la porte Saint-Honoré ; en quel point a-t-elle été atteinte par le trait vulnérateur ? Rien, à ma connaissance, ne l’indique.
D’après M. Wallon, l’ancienne porte Saint-Honoré était dans la rue de ce nom, un peu à l’ouest de la place actuelle du Palais-Royal. La rue des Remparts près du Théâtre-Français indiquait le voisinage des remparts en cet endroit.
16. Du retour de Gien à la captivité
La Pucelle arrivait à Gien le 21 septembre avec l’armée. De Gien elle écrivit aux habitants de Troyes une lettre qui fut lue le 2 octobre dans l’assemblée du peuple à la suite d’une lettre du roi datée de la même ville. Cela résulte des lignes suivantes que l’on trouve dans les registres des assemblées :
Furent en la dicte assemblée publiées certaines lectres de Jehanne la Pucelle, escriptes à Gien, XXIIe jour du dict mois (septembre), par lesquelles elle se recommande à MM., leur fait sçavoir de ses nouvelles, et qu’elle a été bléciée devant Paris529.
D’après Vallet de Viriville, le roi était à Sully le 26 septembre, à Amboise le 27, à Selles le 1er octobre. Il y serait resté jusqu’au 3530. À Selles, comme à Sully, il était l’hôte du favori auquel il abandonnait toute sa puissance. Il lui abandonna aussi la Pucelle. À y regarder de près, la Libératrice a été plus que jamais sous la main du tout-puissant favori.
La campagne commencée dans la dernière quinzaine d’octobre et terminée par l’échec contre La Charité dans la première quinzaine de décembre, 430est sous la direction du sire d’Albret ; c’est le frère utérin de Georges La Trémoille.
Encore que nous ne possédions que des indications fort rares sur les lieux où Jeanne a séjourné durant les trois premiers mois de 1430, les dates de la lettre aux Hussites, de ses deux lettres aux habitants de Reims nous la montrent résidant au moins en mars, à Sully, d’où elle s’échappe à la fin de ce mois.
À l’ordre des événements indiqués au chapitre V du premier livre de ce volume ajoutons les remarques suivantes. Le 24 avril Jeanne demande à entrer dans Senlis avec mille chevaux ; il lui est répondu que l’on ne peut en recevoir que trente ou quarante. En admettant qu’à la suite, elle se soit rendue au château de Borenglise, elle n’a dû y séjourner que peu de jours. Quels sont ses mouvements pour arrêter le Bourguignon jusqu’à la tentative contre Pont-l’Évêque ? Aucun document, à ma connaissance, ne nous renseigne. La défaite de Franquet d’Arras a dû précéder, a-t-il été dit.
Monstrelet, la Chronique des Cordeliers, Le Fèvre de Saint-Remy sont unanimes pour nous dire que la tentative contre Pont-l’Évêque a eu lieu pendant que le duc de Bourgogne assiégeait Choisy. Or, le siège, commencé le 10 mai, a été fini le 16. C’est donc vers le 11 ou le 12 que Jeanne est partie de Compiègne pour venir avec deux-mille hommes, dit Monstrelet, quatre-mille d’après la Chronique des Cordeliers, s’efforcer de couper ainsi les communications du duc. Le 13, Compiègne lui offre un vin d’honneur. Aussitôt après, c’est l’essai du passage de l’Aisne par Soissons. Jeanne n’a pu rentrer à Compiègne que le 15 ; elle y est rentrée sans armée ; et Choisy était ruiné dès le 16. Le siège de Compiègne allait commencer, et de fait il commença le 20. C’est vers le 18 ou le 19 que l’héroïne a dû courir à Lagny, à Crépy, quérir les hommes avec lesquels le 23, elle rentrait de très bon matin dans la ville qu’elle voulait préserver.
Voici maintenant la carrière de la Vénérable jusqu’à son arrivée à Rouen, le nom des lieux où elle a posé son pied, la date tantôt certaine, tantôt seulement probable du jour, où, en les foulant, elle y indiquait le monument dû à sa mémoire.
431Chapitre VII La carrière de la Vénérable
1412 | |
---|---|
6 janvier | Naissance (II, p. 113, 242, 278, etc.) |
1424 | |
Vers le 31 mai | Première apparition (II, p. 278) |
1425 | |
Juin ou juillet | Fuite à Neufchâteau (II, p. 95, 288)530a |
1428 | |
Vers les premiers jours de mai | Burey-la-Cote (II, p. 169, 234) |
Vers le 13 | Vaucouleurs (II, p. 234) |
Vers le 15 | Domrémy (ibid.)530b |
Fin de décembre | Burey-la-Côte, Vaucouleurs (II. p. 222, 224, 293) |
1429 | |
Janvier | Vaucouleurs (II, 224, 293) |
Février, premiers jours | Toul, Nancy, Saint-Nicolas (II, p. 232, 293) |
12 | Vaucouleurs (II, p. 232 ; III, p. 67, 68, 114 ; IV, p. 327) |
23 | Départ de Vaucouleurs (II, p. 233, 298). — Saint-Urbain (II, p. 173). — Auxerre (II, p. 174 ; III, p. 67). |
432Mars, vers les premiers jours | Gien (IV, p. 178, 154) |
4, 5 | Sainte-Catherine de Fierbois ; II. p. 174) |
5, 6 | L’Île-Bouchard (IV, p. 7) |
6 | Chinon (III, p. 174, 272) |
8 | Première entrevue avec le roi. — Séjour à Chinon (chapitre précédent, n° 1) |
Avant le milieu du mois | Poitiers (ibid.) |
Vers la fin du mois | Retour à Chinon (ibid.) |
Avril, premiers jours | Saint-Florent. — Tours (chapitre précédent, n° 3) |
Le 21 ou le 22 | Blois (ibid.) |
27, 28 | En marche vers Orléans, Olivet (chapitre précédent, n° 4) |
29 | Île-aux-Bourdons, Chécy, Reuilly, Orléans (ibid.) |
30 | Sommation aux Anglais du boulevard Belle-Croix (III, p. 121) |
Mai, 1er | Chevauchée dans la ville, sommation de la Croix-Morin (III, p. 121) |
2 | Fait la conduite à Dunois (IV. p. 208), observe les positions anglaises, vêpres à Sainte-Croix (III. p. 122 et 304) |
3 | Assiste à la procession (IV, p. 382) |
4 | Va au-devant du convoi de Blois, emporte Saint-Loup (III, p. 78, 122, etc. : IV, p. 209, etc.) |
5 | Ascension, sommation aux Anglais de la Belle-Croix (III. p. 80, 150, 305 ; IV, p. 226, etc. |
6 | Prise des Augustins (III. p. 80, 124, 305, etc. ; IV. p. 210, 229, etc. : chapitre précédent, n°6) |
7 | Prise des Tourelles (Presque tous les documents ; chapitre précédent, n° 6.) |
8 | Départ des Anglais (Ibid.). — Procession (IV, p. 383) |
9, alias 10 | Départ de la Pucelle d’Orléans pour Blois (III, p. 128, 85) |
11, 12 | Blois (chapitre précédent, n° 8) |
43313 jusqu’au 22 | Tours (ibid. ; III, p. 86, 225) |
23 | Loches (chapitre précédent, n° 8, IV, p. 182) |
Juin, 4-5 | Selles-en-Berry (III, p. 314) |
5 au soir | Départ pour Romorantin (ibid.) |
9 ou 10 | Orléans (III, p. 131) |
11 et 12 | Jargeau (III, p. 86, 131, 181) |
13 | Orléans (III, p. 133, 181) |
15 | Meung (III, p. 80, 134, 182 ; IV, p. 196) |
16, jusqu’au matin du 18 | Beaugency (III, p. 134, 182, etc.) |
18 | Bataille de Patay (III, p. 91. 135, 183, etc. ; IV, p. 197) |
19 | Retour de Patay à Orléans (III, p. 183) |
20 | Sully-sur Loire (III, p. 92, 136) |
21 ou 22 | Saint-Benoît-sur-Loire (IV, p. 148) |
22 | Châteauneuf-sur-Loire (III, p. 92) |
24 | Départ d’Orléans et arrivée à Gien (III, p. 184) |
27 | La Pucelle se met aux champs (III, p. 159, 185, 591) |
Juillet, 1er | Devant Auxerre (III, p. 96. 160, 412) |
3, au soir | Brienon-l’Archevêque (III, p. 357) |
4 | Brienon-l’Archevêque, Saint-Florentin, Saint-Phal (III. p. 96. 357 ; IV, p. 53) |
5 au matin | Devant Troyes (III. p. 354-5) |
Arrêt ; le 9 | Composition de la ville (III, p. 98, 359 ; IV, p. 185) |
10 | Entrée dans Troyes (III. p. 99, 185) |
11 | Départ (III, p. 211, 366) |
13 | Bussy-Lettrée (chapitre précédent, n° 11) |
14 et 15 jusqu’au soir | Châlons (III, p. 185, 366) |
15-16 | Sept-Saulx (III, p. 186, 361) |
16 | Entrée à Reims (tous unanimement) |
17 | Sacre (item) |
18-19-20-21 | À Reims (III, p. 102. 186 ; IV, p. 56, 253) |
21 | Corbigny (III, p. 102) |
22 | Vailly (III, p. 102) |
23 | Soissons (III, p. 102, 187) |
29 | Château-Thierry (III, p. 187) |
434Août, 1er | Montmirail-en-Brie (III, p. 187) |
2 | Provins (III, p. 187). Sortie du côté de Lamothe-Nangis. Vers Bray-sur-Seine (III, p. 103, 458). |
5 | Retour vers Paris (III, p. 187 ; IV, p. 62) |
7 | Coulommiers-en-Brie (III, p. 187) |
9-10 | Château-Thierry ; La Ferté-Milon (III, p. 103, 188) |
11 | Crépy-en-Valois (III, p. 188) |
12 | Lagny-le-Sec (III, p. 188) |
13 | Auprès de Dammartin. — Thieux(III, p. 103, 188, 250, 458). — (Excursions de la Vénérable pour hâter la soumission, III, p. 188) |
14 | Baron, Montépilloy (III, p. 104, 188, 250, 419) |
15 | Montépilloy (ibid.) |
16 | Montépilloy. — Rentrée à Crépy (III, p. 189). |
18 | Compiègne (III, p. 189). |
23 | Départ de Compiègne (III, p. 190). — Senlis, Chantilly (III, p. 190, 423). |
25 alias 26 | Saint-Denis (III, p. 190, 520). |
26, 27, 28, 30, 31 | Escarmouches autour de Paris . La Chapelle (chapitre précédent, n° 15). |
Septembre, 1er, 2, 3, 4, 5, 6 | Escarmouches, La Chapelle, Moulin (chapitre précédent, n° 15). |
7 | Attaque plus vive, coucher à La Chapelle (ibid.). |
8 | Porte Saint-Honoré, préparatifs de l’assaut, retraite à La Chapelle (chapitre précédent, n° 15). |
9 | Ordre de revenir à Saint-Denis (III, p. 192). |
10, 11, 12 | Saint-Denis (III, p. 109, 144, 192-193). |
13 | Départ de Saint-Denis (III, p. 193). |
13, 14, 15, 16, 17, 18, 20 | Retraite par Lagny, Provins, Bray-sur-Seine, Sens, Courtenay, Châteaurenard, Montargis (III, p. 142, 250). |
21 | Arrivée à Gien (III, p. 193). |
22, 23, 24, 25 | Séjour à Gien (chapitre précédent, n° 16). |
26 | Sully (ibid.). |
27 | Amboise (ibid.). |
435Octobre, 1-3 | Selles-en-Berry (ibid. ; IV, p. 175). |
3 | Bourges (IV, p. 175). |
Jusque vers la fin du mois | Bourges (IV, p. 175). — Meung-sur-Yèvre (IV, p. 213). — Montfaucon-en-Berry (IV, p. 76, 77). |
Novembre 1er | Saint-Pierre-le-Moûtier (IV, p. 253, 404). |
9 | Moulins (IV, p. 74). |
2e quinzaine jusqu’aux premières semaines de décembre | La Charité (III, p. 164, 195, 252). |
Fin de décembre | Meung-sur-Yèvre (III, p. 346). |
25 | Jargeau (III, p. 529) |
1430 | |
Janvier | ? |
19 | Orléans (IV, p. 372). |
Février, tout le mois | ? |
Mars, durant la dernière quinzaine | Sully-sur-Loire (III, p. 195 ; IV, p. 80, 81, 83). |
Avril, 1ère quinzaine | Lagny (III, p. 195. — Résurrection de l’enfant (IV, p. 83). — Prise de Franquet d’Arras (III, p. 164, 195, 429)531. |
Semaine de Pâques (cette année 16 avril) | Melun, révélation de la captivité (IV, p. 84). |
24 | Devant Senlis (IV, p. 407). — Borenglise [Bellinglise] (IV, p. 407). |
Mai, premiers jours | ? |
Vers le 10, 11, 12 | Compiègne et tentative contre Pont-l’Évêque (chapitre précédent, n° 16 ; et III, p. 429, 451, 510). |
43613 | Compiègne (IV, p. 408). |
Jours suivants | Tentative sur Soissons (III, p. 253). |
Vers le 15 | Rentrée à Compiègne (ibid.). |
Vers le 18 | Sortie vers Lagny et Crépy pour chercher secours (IV, p. 88). |
23 | Rentrée matinale (IV, p. 88). — Sa prise le 23 (III, p. 534). |
Jusqu’à la fin de mai | Château de Beaulieu (III, p. 197 ; IV, p. 96)532. |
Juin, vers le 6 | Noyon (III, p. 159, et IV, p. 97) |
Juin, juillet, août, septembre | Beaurevoir (IV, p. 91) |
Avant le 29 | Arras (IV, p. 106 et 411). |
Fin d’octobre | Le Crotoy, par Drugy (III, p. 379, 381 ; IV, p. 100). |
Novembre | Le Crotoy (IV, p. 100). |
Décembre | Rouen par Saint-Valéry, Eu, Dieppe (III, p. 380). |
1431 | |
Janvier, février, mars, avril, mai jusqu’au 30 | Le martyre. Toutes les tortures du corps et de l’âme. |
Le 30 mai 1431 | La Vénérable était âgée de dix-neuf ans, quatre mois, vingt-quatre jours. |
Dies pleni inveniuntur in ea.
Notes
- [405]
Mémoires de la Société archéol. de l’Orléanais, t. XI.
- [406]
Godefroy, p. 907. Denis Godefroy dit tenir ces lignes de sire Yvon d’Hérouval, auditeur des comptes, qui les a relevées au huitième compte de Guillaume Charrier.
- [407]
Procès, t. V. p. 279.
- [408]
Drap cramoisi superflu de Bruxelles (Quicherat).
- [409]
Étoffe fine, précieuse et légère (Lacurne, voy. Cendail).
- [410]
Procès, t. V, p. 112 et suiv.
- [411]
Charpentier et Cuissard, p. 210.
- [412]
Charpentier et Cuissard, p. 218.
- [413]
Charpentier et Cuissard, p. 218.
- [414]
Charpentier et Cuissard, p. 218.
- [415]
Charpentier et Cuissard, p. 218.
- [416]
Charpentier et Cuissard, p. 219.
- [417]
Charpentier et Cuissard, p. 220.
- [418]
Charpentier et Cuissard, p. 220.
- [419]
Charpentier et Cuissard, p. 221.
- [420]
Charpentier et Cuissard, p. 221.
- [421]
Charpentier et Cuissard, p. 232.
- [422]
Charpentier et Cuissard, p. 238.
- [423]
Charpentier et Cuissard, p. 238.
- [424]
Charpentier et Cuissard, p. 236.
- [425]
Charpentier et Cuissard, p. 310.
- [426]
Charpentier et Cuissard, p. 311.
- [427]
Charpentier et Cuissard, p. 338.
- [428]
Charpentier et Cuissard, p. 364.
- [429]
Charpentier et Cuissard, p. 220.
- [430]
Charpentier et Cuissard, p. 220.
- [431]
Charpentier et Cuissard, p. 239.
- [432]
Charpentier et Cuissard, p. 254.
- [433]
Charpentier et Cuissard, p. 243.
- [434]
Charpentier et Cuissard, p. 185, registre 550.
- [435]
Charpentier et Cuissard, p. 99.
- [436]
Inventaire, p. 140, registre 654.
- [437]
Inventaire, p. 141, Procès, t. V, p. 274.
- [438]
Inventaire, p. 146, registre 662.
- [439]
Manuscrits de l’abbé Dubois, t. III, p. 116.
- [440]
Dubois, ibid., Cf. Doinel, p. 146, 147, registres 662, 663.
- [441]
Dubois, t. III, p. 113.
- [442]
M. Doinel, p. 147, indique le registre 664, comme renfermant mention de ces dépenses.
- [443]
Page 256.
- [444]
Histoire et antiquités de la ville et du duché d’Orléans, p. 187.
- [445]
Herluison, 1878, in-8° de 166 pages, extrait des Mémoires de la Société archéologique de l’Orléanais.
- [446]
Un Oncle de Jeanne d’Arc, Herluison, 1891, et Mémoires archéologiques, t. XXIII.
- [447]
La Famille de Jeanne d’Arc dans l’Orléanais, p. 12-13.
- [448]
La Famille de Jeanne d’Arc dans l’Orléanais, p. 42.
- [449]
Boucher de Molandon, opere citato, résumé du paragraphe VI, p. 24.
- [450]
Boucher de Molandon, p. 46.
- [451]
Boucher de Molandon, p. 54-57.
- [452]
Boucher de Molandon, p. 41 ; Doinel, p. 148, registre 665.
- [453]
Boucher de Molandon, p. 45-46.
- [454]
Doinel, p. 140.
- [455]
Doinel, p. 141.
- [456]
Procès, t. V, p.259.
- [457]
Charpentier et Cuissard, p. 216.
- [458]
Charpentier et Cuissard, p. 216.
- [459]
Charpentier et Cuissard, p. 221.
- [460]
Charpentier et Cuissard, p. 225.
- [461]
Charpentier et Cuissard, p. 225.
- [462]
Charpentier et Cuissard, p. 228.
- [463]
Charpentier et Cuissard, p. 242.
- [464]
T. II, f° 332 v°.
- [465]
Charpentier et Cuissard, p. 240-241.
- [466]
Charpentier et Cuissard, p. 140.
- [467]
Charpentier et Cuissard, p. 327.
- [468]
Charpentier et Cuissard, p. 216.
- [469]
Charpentier et Cuissard, p. 262.
- [470]
Charpentier et Cuissard, p. 325.
- [471]
Charpentier et Cuissard, p. 340.
- [472]
Charpentier et Cuissard, p. 325.
- [473]
Doinel, p. 100.
- [474]
Doinel, p. 98 ; Charpentier et Cuissard, p. 305.
- [475]
Charpentier et Cuissard, p. 257.
- [476]
Doinel, p. 99.
- [477]
Charpentier et Cuissard, p. 183.
- [478]
Charpentier et Cuissard, p. 302.
- [479]
Charpentier et Cuissard, p. 256.
- [480]
Charpentier et Cuissard, p. 298.
- [481]
Charpentier et Cuissard, p. 300.
- [482]
Charpentier et Cuissard, p. 320.
- [483]
Charpentier et Cuissard, p. 250.
- [484]
Charpentier et Cuissard, p. 250.
- [485]
Pleige, caution.
- [486]
D’autres lisent Huves Poulvoir, James Power, et d’autre manière encore. L’on a cherché sa nationalité. L’on noircit trop de papier, croyons-nous, à propos de ces insignifiants détails, qui font perdre de vue les grands traits de l’incomparable figure. Au lieu de contempler le divin monument, l’on s’arrête au grain de sable qui est à ses pieds.
- [487]
Jean Dupuy, conseiller à la cour des comptes de Charles VII, était on même temps un des agents de la reine Yolande. C’était le mari d’Éléonore de la Pau ou de Paul, suivante de la reine Marie d’Anjou. La Pucelle durant son séjour à Tours reçut l’hospitalité dans leur maison ; de Coules désigne ta dame, et Pâquerel le mari.
- [488]
Jean Pontchier appartenait à une notable famille de Tours. Jean Le Picart, secrétaire de Charles VII, jouissait auprès de Charles VII d’une grande faveur. L’un et l’autre géraient à la cour de Bourges les intérêts de la ville de Tours.
- [489]
Revue poitevine et saintongeoise, 15 mars 1891, p. 73.
- [490]
Item beylem, lo XIII jorn de dezembre, que fezem dire una messa am nota, per so que M° Hélie Bodant era vengut en esta vila et prediquet à tot lo poble les grans miragles que eran estat fach en Fransa per la venguda d’una pioucela qui era venguda a nostre sier le rey de part Diou ; e nos fezern metre a la dicha messa dos siris qui pesavan un quart et demi quart, e donem à mosser Joh. de Lascout que dizia la dicha messa dos s. ; monta III s. p. IIII d. 1me.
- [491]
L’Apôtre saint Martial et Jeanne d’Arc, p. 242 et suiv.
- [492]
Lo dissabde e tres d’abrial lan MIIIICXXVIII, que era la vespra de Pascas, comenset lo perdo que nre scuhor lo papa auia autrejact et donat a pena e culpa en la cappela e oratori de nrà dona de Roquamador, et ly aneron tantas de gens de totas pts. frances et angles et autres, q moltas regadas auia XX et XXX milia psonas strangieras à Roquamador. Duret lo diche perdo de Roquamador entro ters jorn àps Pantacosta, ni home no ly pres desturbi ni dampnatge. Environ miech careme lan dessus ven al rey de Fransa nrè shor una piusela q se dizia estre tramesa allrey p Dio del cel, p gitar los angles del realme de Fransa. (Communiqué par M. Georges Martin, docteur en droit.)
- [493]
Tam pro præmissis quam pro sciendo ea quæ fuerunt facta per Puellam (f° 17 v°).
- [494]
Scribatur dicte puelle, scilicet explicando inconvenientia quæ eveniunt propter mutationem monetarum, et forsan apponeret remedium (f° 20 r°).
- [495]
Dominus Johannes de Balaguerio : Mittatur homo regi pro sciendo nova quæ evenerunt (ou eveniunt) in præsenti regno (f° 23 v°).
- [496]
Dominus Johannes Ynardi : Mittatur regi et puicelle, ut habeant villam recommendalam, unus homo notabilis (f° 23 v°).
- [497]
Item fuit propositum qualiter gentes loquuntur, quia domini non miserunt regi pro sciendo miracula et nova bona, quæ eveniunt de die in diem, mediante illa Pucella quæ venit pro reparando et recuperando regnum, ut dicitur publicè et credunt, attentis dictis miraculis. Ideo fuit questio si mittent, et in quo numero, et de quibus expensis solverent… Prædictum consilium recepit conclusionem ut in in opinione domini Johannis Ynardi. (F° 25.)
Les passages qui viennent d’être cités avaient été publiés dans les Annales du Midi, avril 1889.
- [498]
Memorial sia a totz presens et endevenidors d’una mirabilhoza cauza que nostro senhor Dieus Jehsus-Christ mostret al noble prinsep et nostre sobiran senhor lo rey de Franssa, Karles, filh de Karles. So es assaber que en lo mes de mars, l’an mil CCCC XXVIII (a. st.) venc al dich noble rey de Franssa una filha. Puzela Jobe, de l’atge de quatorze a quinse ans, la cal era del pais et del dugat du Loreyne, local pais es en las partidas d’Alamanha. Ed ora la dicha Puzela una pastorela ignossen, que tos tems avia gardadas las hobelhas. Et venc al rey ellos lems dessudithz en la viala de Chino, accompanhada de sos dos frayres ; et d’autres ela companhian en petita companhia.
Et cant ela foc de par dela, ela va dire que ela volia parlar am lo rey, local no l’apelaba pas rey mas dalti per so car non era coronat. Don ly foron mostratz d’alqus cavaliers, disen ly que aquo era lo rey : es ela disia totzjorn que non era : e can ela lo vigra, ela lo conoyra be, es adonc lo rey ba benir, ed ela, tantost que ela la vic, se ba aginolhar et ly ba dire que Dieus la tremetia a luy, et lo nouminaba gential rey de Fransa, et que se el volia creyre que ela era vienguda aqui per mandamen de Dieus, e recobrira tot so que los Engleses, enemicx ancias del rey, li avian pres et asurpat.
So es que tenian tots loz pais de Normandia et de Picardia, fora Tornay, Bria, de Beubezi, de Mayna et d’Artois, de Bria, de Beussa el tota la campanha, Paris et tota la dolsa Franssa, lo pais d’Aynaut et de Combrazis, tins a la rebieyra de Leyre. Car en aquel tems los Englezes tenian asseliada lo viala d’Orlhenx en que avia dendins cinq cens homes d’armas, mas aquel seti era talament fort, que los homes d’armas, ni las gens de la viala, ni encara tot lo poder del rey, no era abastan de lo levar : ans eron en prepaus los d’endedins des se redre à la merssi dels Englezes ; don lo rey era ben torbat se perdes tan bona viala coma es aquella.
Et vezen la Piusela que lo rey era torbat, li ba dire aquestas paraulas :
Gential rey de Franssa, que avete vos ? Vos etz corossat de vestra viala d’Orlhenx. Leu lour voli tramettre une lettera local fara mencio que Dieus lor manda que se levon d’avant la viala et s’en ano ; car se non ho faziau, els calria que s’en levesso per forssa
et cant los capitanis agro legida la letra que la Puzela lor trames, li diseron grans vituperis es enjurias.Es aguda la resposta de la dicha letra, la Piuzela va dire al rey que hages gens d’armas et de trach ; et sis tes et fec son mandemen ; es ela se mes tota premieyra sus, armada de fer blanc tota de cap a pe ; et te son estandart en que era Nostra Dona, et s’en va al seti am tota aquela companhia en que era Layra et lo bastar d’Orlhenx et d’autres capitanis ; mas non pas en tan gran companhia coma eran los Englezes a X per I ; es avian gran paor de metre se sus els, mas la Piuzela lor mes tal cor et se mes d’avas la plus forte part del seti, que davant que fosse XXIV oras, agro levat lodich seti et mort grant multitut d’Englezes, et grant cop d’aprionatz.
- [499]
Dimarz a XVII de May foue faita professio general per las bonas novelhas del seti de Orliens, et ditz la messa mossenhor de Carcassona à la glieyza de Mossenhor Sant Miquel : Vale lo acapte VII s. — Dijaus a XXVII de jun que foue fayta professio general per las bonas novehas del rey nostro subrian senhor : Vale lo acapte V s. — Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, t. II, p. 311.
M. l’abbé Baichère pense qu’une procession fixée au second dimanche de mai, que l’on retrouve encore au XVIIIe siècle, était destinée à perpétuer à Carcassonne comme à Bourges le souvenir de la délivrance d’Orléans. Bien plus, ce serait l’origine d’une procession qui se fait encore dans plusieurs parties du diocèse.
- [500]
La Pucelle devant l’Église de son temps, p. 8.
- [501]
Item ponit idem thesaurarius solvisse ex preccepto sindicorum menestriis qui feceruntfestum, dum fecorunt processionem ad amorem Dei, dum venerunt nova illius Puiselle que erat in partibus Francie, videlicet grossum unum (f° 128vo ).
Procession d’action de grâces à Brignoles, par M. Mirem.
- [502]
Titres de la maison de Bourbon, par M. Lecoy de La Marche, t. II, p. 240-241.
- [503]
Voy. Jeanne d’Arc en Berry, par MM. Jeny et Lanéry d’Arc.
- [504]
Bulletin de la Société nivernaise des sciences, lettres et arts, 2e série, t. VIII : Le boulet de Jeanne d’Arc.
- [505]
Archives de la Côte-d’Or : 11918.
- [506]
Arch. nat. J.-J. 174, f° 149.
- [507]
Page 48, note.
- [508]
Comité archéol. de Senlis, Mémoires. Article de M. Vatin, année 1866.p. 53.
- [509]
La Paysanne et l’Inspirée, p. 228.
- [510]
Voir le beau livre de M. Alexandre Sorel, La Prise de Jeanne d’Arc à Compiègne, chap. VII.
- [511]
Alexandre Sorel, p. 145.
- [512]
Alexandre Sorel, p. 151 et suiv.
- [513]
Alexandre Sorel, p. 349.
- [514]
Extraits analytiques des anciens registres des consaux de la ville de Tournai, p. 332.
- [515]
Extraits analytiques…, p. 333.
- [516]
Extraits analytiques…, p. 336.
- [517]
Extraits analytiques…, p. 337.
- [518]
Extraits analytiques…, p. 338. S’ils n’étaient partis que le 3 juillet, ils n’avaient pas pu voir le roi à Auxerre, encore moins à Bourges et à Gien, ainsi que le dit l’extrait.
- [519]
Extraits analytiques…, p. 335.
- [520]
M. Debout, Jeanne d’Arc prisonnière à Arras, in-18, p. 14.
- [521]
M. De Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 215.
- [522]
Histoire manuscrite de Notre-Dame de Celles, par le P. Pierre de Sainte-Marguerite(Bib. de Blois).
- [523]
Histoire de Châlons, par M. le Comte de Barthélemy.
- [524]
Page 53.
- [525]
Comptes des deniers de la ville de Laon, f° 80.
- [526]
IIIe partie, p. 145.
- [527]
Manuscrit de Cheltenham.
- [528]
Lebeuf, édition Cocheris, t. IV, p. 167.
- [529]
Procès, t. V, p. 145.
- [530]
Cabinet des titres, 1859. IIe partie, p. 111.
- [530a]
Geoffroy de Foug nous apprend que Jeannette allait quelquefois à Maxey-sur-Vaise (II, p. 217).
- [530b]
D’après un petit-cousin de l’héroïne, Jeanne aurait visité ses parents à Sermaize dans l’année 1427 ou 1428 (II, p. 203).
- [531]
Jean Chartier, de Cagny, placent la rencontre avec Franquet d’Arras, presque aussitôt après le retour de la Pucelle à Lagny, tandis que, d’après Monstrelet, elle aurait eu lieu dans les premiers jours de mai. À la page 84, nous l’avons avancée jusque vers le 20 ou 22 avril. Il nous semble plus vraisemblable que c’est même avant Pâques, cette année 16 avril.
- [532]
Dans le trajet de Beaulieu à Beaurevoir, la captive aurait, d’après une tradition locale, passé une nuit au château de Wiège, dont Jean de Luxembourg s’était emparé en 1424. — Avant la démolition, qui n’a eu lieu que vers le milieu de ce siècle, on y montrait un cachot de six pieds de long, sur quatre de large, éclairé seulement, par une meurtrière, comme le lieu où la Vierge aurait été renfermée. Sur une pierre, on lisait l’inscription suivante, gravée peut-être par un prisonnier venu après la sainte fille : Vive le roi et le Dauphin-Jeanne. Le mot dauphin était représenté par un dauphin. (La Thiérache, Bulletin de la Société archéologique de Vervins, 5 novembre 1875, p. 163). — Wiège est dans le canton de Sains (Aisne).