Tome V : La Martyre
La Vraie Jeanne d’Arc, t. V La Martyre
(1902)
D’après les témoins oculaires, le procès et la libre-pensée.
Lui dient ses voix qu’elle sera délivrée par grand victoire, et après lui dient ses voiz : Pran tout en gré, ne te chaille pas de ton martyre, tu t’en vendras enfin en royaume de Paradis.
(Séance du matin 14 mars.)
Dédicace
IHS
À la reine des martyrs
À l’honneur des milliers de vierges du cloître et du siècle, de grandes chrétiennes, de prêtres et de fidèles, mis à mort en haine de la foi romaine, durant la période révolutionnaire de la fin du XVIIIe siècle :
Puissent, au XXe, les héritiers de leurs persécutions hériter de leur constance !
L’auteur,
Jean-Baptiste-Joseph Ayroles,
de la Compagnie de Jésus.
En la fête de saint Michel, 29 septembre 1901.
Bref de sa sainteté Léon XIII
[Reproduction de la traduction au tome 3.]
Superiorum Licentia
Cum opus cui titulus La Vraie Jeanne d’Arc, V : La Martyre, a P. Joanne-Baptista-Joseph Ayroles nostræ societatis sacerdote compositum aliqui ejusdem societatis revisores, quibus id commissum fuit, recognoverint et in lucem edi posse probaverint, facultatem concedimus, ut typis mandetur, si ita iis ad quos pertinet, probaverint.
In quorum fidem has litteras manu nostra subscriptas et officii nostri sigillo munitas dedimus.
Die festo sancti Patris Nostri Ignatii, die 31 julii anni 1901.
Locus sigilli.
R. de Scorrailles, S. J.,
Præpositus Prov. Tolosanæ.
Imprimatur
Burdigalæ, die 31a Augusti 1901. ✝ V.-L. card. Lecot, Arch. Burdigal.
L’auteur professe la plus entière soumission à tous les décrets du Siège apostolique, et spécialement d’Urbain VIII.
XIPréface
Tu seras délivrée par grande victoire ; ne t’inquiète pas de ton martyre ; tu viendras enfin avec nous en royaume de Paradis.
Les Saintes parlaient ainsi à leur disciple de la partie du divin poème qu’il nous reste à parcourir. C’est un champ de bataille, mais bien différent de celui de Patay ; c’est une suite d’assauts que la Vénérable doit non pas tenter, mais repousser. Ils ne portent pas seulement sur toutes les parties extérieures de l’existence mortelle de la Vierge ; les assaillants veulent pénétrer dans les replis les plus secrets de son âme et de son cœur ; ils y pénétreront, et nous avec eux, et rien n’est plus beau dans son histoire.
Certes, la Libératrice était belle lorsqu’elle se révélait soudain guerrier et capitaine accompli ; et que, laissant quenouille et fuseau, elle conduisait ses hommes d’armes au sommet des Tourelles, anéantissait l’armée anglaise et conquérait villes et provinces avec la rapidité du vainqueur d’Arbèles ou de Marengo ; plus belle, lorsqu’elle, qui ne sait ni a ni b, tient tête à la meute des théologiens qui, pour justifier la sentence déjà arrêtée, la promènent sur les questions les plus ardues de la science sacrée, faisant de leurs questions autant de pièges, scrutant ses réponses pour y trouver un prétexte de condamnation. Vains efforts. Ses réponses sont resplendissantes d’inspiration, tant elles sont empreintes de justesse, de piété, de sagesse, de candeur et de profondeur tout ensemble.
XIIL’admiration qu’elles provoquent est mêlée d’indignation contre ceux qui les travestissent et les altèrent, de pitié pour la Martyre, tourmentée à la fois dans son âme et dans son corps. Ce sont les sentiments qui naissent des documents qu’il nous reste à produire. Ces documents sont empruntés presque exclusivement au double procès. L’on ne comprend bien le procès de condamnation qu’en ayant présent à la mémoire ce que, à la réhabilitation, les témoins des diverses scènes qui le composent, nous révélèrent de la manière dont il fut conduit. Trente-cinq furent interrogés. Ecclésiastiques, laïques, ils déposent de ce qu’ils ont vu et entendu. Qui pouvait mieux entendre et voir que les greffiers chargés de consigner, par écrit, questions et réponses, ou l’appariteur, l’huissier, chargé d’amener et de reconduire l’accusée, et se tenant sans cesse à ses côtés durant les interrogatoires ? Ils ont déposé deux, trois, jusqu’à quatre fois.
Il faudra apprécier la valeur du double instrument judiciaire, faire voir les astuces du juge prévaricateur, les fraudes et les violences par lesquelles il s’est donné des complices qui, en réalité, ne le sont pas. Le greffier qui tenait la plume a plié plus d’une fois devant ces violences. Le procès de condamnation est entaché d’omissions capitales.
Le procès de réhabilitation avait pour but de mettre en lumière l’innocence de la victime ; les preuves surabondent. Grand était le nombre de ceux qui avaient trempé dans le forfait ; ils étaient puissants. Tous les atteindre était impossible ; il était dangereux de le tenter ; on aurait suscité des oppositions qui auraient empêché d’obtenir le but premier : la réhabilitation de la mémoire de la sainte fille. L’on restreignait le plus possible le nombre des coupables mis en cause.
La justice humaine est nécessairement courte de bien des manières. Combien souvent les plus criminels lui échappent ! Disposition providentielle, pour nous convaincre que la XIIIjustice humaine n’est que l’ombre de la justice éternelle, aux yeux de laquelle aucun coupable ne se dérobe, qui ne recule ni devant le nombre ni devant la puissance, que le crédit ne désarme pas : J’ai vu, dit l’auteur inspiré, l’iniquité s’asseoir à la place de la justice, et j’ai dit : Dieu jugera le juste et l’impie, et alors chaque chose sera mise à sa place1.
Malheur à vous qui faites de l’iniquité une parure pour votre orgueil2
, est-il écrit ailleurs.
Le double procès est la meilleure source, presque l’unique de la vie de Domrémy ; nous lui devons les détails les plus intimes sur la guerrière ; mais il est tout pour le martyre, les chroniques se contentant de nous indiquer le dénouement. Aucune partie de la céleste histoire n’a été plus pervertie ; sur aucune il n’est plus nécessaire de faire la lumière. De là la nécessité de l’étudier de près, de rapprocher les textes, de se rendre compte de la marche du drame, de voir la portée de certains actes sur lesquels glisse le procès-verbal, à raison même de leur importance. Aussi, sans apporter, comme dans les précédents volumes, des textes inédits ou peu connus, il n’est pas impossible que l’on nous trouve nouveau. L’on verra la raison des assertions qui pourront surprendre.
Le présent volume, comme les précédents, est divisé en sept livres d’une ampleur bien différente. Le premier renferme les préliminaires du procès jusqu’à la comparution de l’inculpée devant le prétendu tribunal, le 21 février 1431.
Le second reproduit les dépositions des trente-cinq témoins entendus à la réhabilitation sur ce qui s’était passé à Rouen. Quatre enquêtes eurent lieu à ce sujet, et, comme il vient d’être dit, certains témoins furent entendus jusqu’à quatreXIVfois. Après avoir rapporté la déposition la plus juridique, on a cherché dans les autres les particularités qui n’y auront pas été renfermées.
Le troisième est consacré à ce que nous appelons l’instruction du procès. Par ordre de Cauchon, une enquête avait été faite au lieu d’origine. Elle avait été confiée au prévôt d’Andelot, Gérard Petit ; il avait eu pour greffier Nicolas Bailly. La déposition de ce dernier a été rapportée dans le volume de la Paysanne et l’Inspirée : il nous a dit comment il avait été molesté, parce que le rapport n’avait pas été ce que l’aurait voulu l’accusateur3. Nous aurons, par un intermédiaire, le résumé fait par Gérard lui-même. Tout ce qu’il avait recueilli, il aurait voulu le savoir sur le compte de sa sœur. Grand fut le mécontentement de l’évêque de Beauvais. Il fallait tirer de l’accusée de quoi échafauder une sentence de condamnation. De là les interrogatoires qui commencent le 21 février et se prolongent jusqu’au 24 mars. Il y eut dix-sept séances. C’est le troisième livre.
L’objet du quatrième est le procès proprement dit. Il est double. Le premier se termine à Saint-Ouen par la condamnation, après l’abjuration prétendue, à la prison perpétuelle. Le second, un simulacre de procès, est intitulé procès de rechute. Sous prétexte que l’accusée est retombée dans les crimes abjurés, elle est abandonnée au pouvoir séculier.
Les bourreaux, par des pièces menteuses, ont essayé de tromper les contemporains et la postérité. Leurs artifices et les pièces par lesquelles ils ont essayé de les ourdir sont la matière du cinquième livre.
La libre-pensée a essayé de travestir cette troisième partie, comme elle a fait pour les deux autres. Quicherat, dans ses Aperçus nouveaux, s’est constitué l’avocat de Cauchon. Il XVfaut le réfuter avec d’autant plus de soin que certains catholiques, entraînés par le renom mérité que la collection intitulée Double Procès de Jeanne d’Arc a valu au paléographe, ont trop facilement admis plusieurs de ses idées. Il sera fait aussi une rapide réfutation des autres chefs de la libre-pensée. C’est le sixième livre.
Dans le septième sont produits les titres que la Vénérable nous semble avoir à être honorée comme martyre.
Outre la table du présent volume, deux autres viendront à la suite. La première renfermera la liste alphabétique des documents reproduits ou analysés dans la Vraie Jeanne d’Arc ; la seconde, la table alphabétique et analytique des matières plus importantes des quatre derniers volumes, une table semblable ayant déjà été donnée à la suite du premier.