Tome III : Livre VII. Pièces justificatives
611Livre VII Pièces justificatives
Nota. — L’on s’est attaché de préférence à donner le texte des pièces inédites, peu connues, ou plus importantes.
- La Pucelle d’après la Geste des nobles français
- Texte de la Chronique de Tournay
- Thomas Basin
- Extrait de divers manuscrits
- Lettre d’anoblissement de la Pucelle et de sa parenté
- Extrait du registre des délibérations du chapitre de Notre-Dame
- Jean Germain, De laudibus Philippi
- Jean Jouffroy
- Extrait du registre de la Chambre des comptes de Bruxelles
- Bedford constate dans un rapport officiel que les revers des Anglais en France datent de l’apparition de la Pucelle
A La Pucelle d’après la Geste des nobles français
Bibl. nat., fonds français nos 5699 et 500 f.
De la Pucelle venue devers le roy et des merveilles d’elle. — Ces choses durans fut admenée à Chinon par devers le roy de France une fille de simple estat, pucelle de sainte et religieuse vie, du pays de Barrois, qui fille fut d’un pouvre laboureur de la contrée et de sa femme, qui de leur loyal labour vivoient, aagée d’environ vint ans, et ou au temps de son enffance avoit été pastoure, et peu savoit des choses mondaines. Et peu parla ceste pucelle, seulement parloit de Dieu et de sa benoite mère, des anges, des saints et saintes de Paradis, et disoit que par plusieurs fois lui avoient été dites aucunes révélations touchans la salvacion du roy et préservation de toute sa seigneurie, laquelle Dieu ne vouloit lui être tollue ne usurpée, mais dont déboutez en seroient ses ennemis. Et ces choses estoit chargée de dire et signifier au roy dedans le tems de Saint-Jehan MIIIIXXIX. Si fut la Pucelle ouye par le roy en son conseil, et là ouvrit les choses à elle chargées, et à merveilles traicta des manières de faire vuider Anglois du royaume, et là ne fut chief de guerre que tant proprement sceust remontrer les manières de guerroier ses ennemis, dont le roy et tout son conseil fut esmerveillé, car en toutes autres matières fut autant simple comme une pastoure. — Pour ceste merveille, ala le roy à Poitiers et là mena la Pucelle qui par les notables du Parlement et par docteurs solemnelz en théologie la fist interroguer ; et, elle ouye affermèrent que ilz la réputoient chose divine inspirée de Dieu, et tout son fait et les paroles approuvèrent ; dont en plus grant révérence la tint le roy qui à ce temps mandoit gens de toutes pars, et grant quantité de vivres, et artillerie avoit fait mener à Blois, pour la cité d’Orléans secourir. Si requist la Pucelle que pour le secours conduire pleust au roy lui bailler telle gent et en tel nombre que elle requerroit, qui ne seroit pas grant nombre, ne grant puissance, et que pour son corps lui fut admenistré un harnois 612entier. Adoncques ordonna le roy que tout ce qu’elle requerroit lui feust baillé. Se prinst la Pucelle congié du roy pour aller à Orléans, et elle venue à Blois à peu de gens séjourna illec par aucuns jours, lesquels pendans elle fist faire un estendard blanc ouquel elle fist pourtraire la représentation de Saint-Sauveur et de deux anges, et le dit estandard avec tout son harnois fist beneislre en l’église Saint-Sauveur de Blois auquel lieu vindrent tantost après le mareschal de Sainte-Sévère, le sire de Rais et le sire de Gaucourt ayant compaignie de nobles et commun, qui une partie des vivres chargèrent pour iceulx mener à Orléans, en la compaignie desquels se mistla Pucelle qui bien cuidoit que par devant les bastides du siège devers la Beauce deussent passer mais le chemin prinstrent par la Salloigne, et à Orléans fut amenée le pénultième jour d’avril cellui an.
Cette Pucelle séjournant à Blois en attendant la compaingnie qui à Orléans la devoit mener escrivit et envoia par un hérault aux chiefs de guerre qui devant Orléans tenoient siège unes lectres dont la teneur est telle :
Jhesus, Maria.
Roy d’Angleterre, faictes raison au roy du Ciel de son sang royal. Rendez les clefz à la Pucelle de toutes les bonnes villes que vous avez en forcées. Elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal et est toute preste de faire paix, se vous voulez faire raison ; par ainsi que vous mettez jus et paicz de ce que vous l’avez tenue.
Roy d’Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chief de guerre ; en quelque lieu que je ataindray vos gens en France, se ilz ne veulent obéir, je les ferai yssir, vueillent ou non ; et se ilz veulent obéir, je les prendrai à mercy. Croiez que s’ilz ne veulent obéir, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient de par le roy du ciel, corps pour corps, vous bouter hors de France ; et vous promet et certiffie la Pucelle que elle y fera si gros hahay, que encore a mil ans en France ne fut veu si grant, se vous ne lui faictes raison. Et croiez fermement que le roy du Ciel lui envoiera plus de force que ne sarez mener de tous assaulx à elle et à ses bonnes gens d’armes641.
Entre vous, archiers, compaignons d’armes, gentilz et villains642, qui estes devant Orléans, alez vous en en vostre païs de par Dieu ; et se ainsi ne le faictes, donnez-vous garde de la Pucelle et de vos dommages vous souviengne.
Ne prenez mie vostre opinion, que vous ne tenrez mie France du roy du Ciel643, le fils sainte Marie ; mais la tendra le roy Charles, vray héritier à qui Dieu la donnée, qui entrera à Paris à belle compaignie. Se vous ne créez644 les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferrons645 dedens à horions ; et si verrons lesquelx meilleur droit auront, de Dieu ou de vous.
Guillaume de la Poule, conte de Suffort, Jehan, sire de Talbort, et Thomas, sire de Scalles, lieuxtenans du duc de Bethford, soi-disant régent du royaume de France pour le roy d’Angleterre, faictes réponse se vous voulez faire paix à la cité dOrléans. Se ainsi ne le faictes, de vos domages vous souviengne briefment646.
Duc de Bethford, qui vous dictes régent de France pour le roy d’Angleterre, la Pucelle vous prie et requiert que vous ne faictes647 mie destruire. Se vous ne lui faictes raison, elle fera648 que les François feront le plus beau fait qui oncques feust fait en la christianté.
613Escript le mardy de la649 grant sepmaine : entendez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle.
Au duc de Bethford qui se dit régent le royaulme de France pour le roy d’Angleterre.
En la ville d’Orléans vint la Pucelle le pénultième jour davril l’an mil IIIIXXIX et tantost sceust que de ses lettres et de tout le contenu, les chiefs du siège ne tindrent compte ; mais tindrent et réputèrent tous ses fais et de ceulx qui créance y adjoutaient héréses en la saincte foy, dont firent les héraulx prendre et en feu les vouldrent ardoir ; laquelle prinse venue à la congnoissance du bastart d’Orléans, qui adonc fut à Orléans, manda aux Anglois, par son hérault que les héraulx lui ren volassent, en leur faisant savoir que se mourir les faisoient, que d’une telle mort feroit mourir leurs héraulx, qui pour faist des prisonniers estoient à Orléans ou il les fiz empescher, et tous prisonniers Anglois qui lors estoient en bien grant nombre ; et tantost furent les héraulx rendus.
Puissance venue à Orléans. — Le mardi IIIe jour de may vindrent à Orléans les garnisons de Montargis, Gien, Chasteauregnart du pays de Gastinois, de Chasteaudun avec grand nombre de gens de pié garnis de traits et de guisarmes. Si vindrent le soir nouvelles que par la Beausse venoient de Blois le mareschal de Sainte-Sévère et le sire de Raiz qui les vivres et l’artillerie amenoient, et doubla len que audevant deussent aller Anglois. Pourquoy le mercredi matin, veille de l’Ascension IIIIe jour de may mil IIIIXIX, très bien matin, se partirent, d’Orléans le bastard et la Pucelle armée à grant compaignie de gens d’armes et de trait, et estendart déploié, allèrent au devant des vivres qu’ilz rancontrèrent, et par devant les Anglois qui de leurs bastides n’osèrent yssir passèrent, et dedans Orléans entrèrent environ prime.
Prinse de la bastide de Saint-Lou. — Dorléans yssirent ledit jour environ heure de midi aucuns des nobles avec grand nombre de gens de trait et de commun, qui fier et merveilleux assault livrèrent contre Anglois qui la bastide Saint-Lou tenoient : laquelle fut moult défensable et fortiffiée, et grandement garnie avoit esté par le sire de Talbort tant de gens, de vivres, comme dabillements. En cellui assault furent moult grevez François, et le dit assault durant, y vint hastivement la Pucelle armée à eslandart déploié, dont enforça l’assault de plus en plus. Depuis la venue de laquelle ne fut Anglois qui François peust illec blécier ; mais sur eux conquirent François la bastide, et ou clocher de l’église se retrairent Anglois et là recommencièrent François lassault et longuement dura. Pendant lequel fist Talbort yssir Anglois à puissance des autres bastides pour ses gens secourir ; mais à celle heure estoient yssis d’Orléans les chiefs de guerre avec toute leur puissance, qui aux champs se misent en batailles ordonnées entre la bastide assaillie et les autres bastides anglesches, attendans illec Anglois pour les combattre ; mais audedans de leurs bastides fit le sire de Talbort Anglois retraire, délaissant en abandon les Anglois de la bastide Saint-Lou, qui par puissance furent conquis environ vespre ; dont fut l’occision nombrée à VIIxx hommes, et arse fut et démolie la bastide en laquelle François conquisrent très grant quantité de vivres et d’autres biens, et atant rentrèrent à Orléans la Pucelle avec les grans seigneurs et leur puissance, dont par toutes les églises à celle heure furent rendues à Dieu graces et louanges en hymnes et oroisons dévotes, à son de cloches, que bien ouyrent Anglois, qui de puissance par ceste perte et de courage furent fort abessiés.
Desirant fut la Pucelle Anglois faire partir du siège ; pour ce requist les chiefs de guerre que à toute puissance yssissent le jour de l’Ascension pour assaillir la bastide Saint-Laurent où furent touz les plus grands chiefs de guerre et le plus de la puissance des Anglois, et quelconque doubte ne feist que tantost ne les deust conquerre, ançois se tenoit seure de les avoir et disoit ouvertement que leure estoit venue ; mais dyssir 614ne besoigner telle journée ne furent point daccord les chiefz de guerre pour la haultece du jour, et d’autre part furent doppinion de premièrement tant faire que conquises peussent être les bastides et boulevars du costé de la Saloigne avec le pont, afin que de Berri et dautres pais peust la ville recouvrer vivres, et ainsi prinst la chose delay cette journée à la grande desplaisance de la Pucelle qui malcontente sen tint des chiefs et cappitaines.
Oultre Loire passa la Pucelle a grant puissance le vendredi VIe jour de mai l’an MIIIIXXIX en la veue de Glacidas, qui tantost fit désemparer et ardoir la bastide de saint Jehan le blanc, et ses Anglois fist retraire avec ses abillements en la bastide des Augustins ou boulevard et ès Tournelles. Si marcha avant la Pucelle atout ses gens de pié tenant sa voie droit au Portereau, et à celle heure nestoient encore tous ses gens passez, ançois en avoit grant partie en une isle qui peu povaient finer de vaisseaulx pour leur passage. Néanmoins tant ala la Pucelle que du boulevard aproucha et à peu de gent illec planta son estandart ; mais à celle heure survint ung cry que Anglois venoient à puissance du côté de Saint-Privé, pour lequel cry furent espouentés les gens qui avec la Pucelle furent, et à retraire se prindrent droit au passage de Loire, dont a grand douleur fut la Pucelle, et de soy retirer fut contrainte à peu de gent. Si levèrent Anglois grand huy sur les François et à puissance yssirent pour la Pucelle poursuire, crians grans cris après elle en disant d’elle parolles diffamables. Adoncques tourna contre eulx et tant peu qu’elle ot de gent leur fist visage et contre Anglois marcha à grant pas, à estendart desploié. Si furent Anglois par la voulonté de Dieu tant espouentez que la fuite prindrent laide et honteuse. Adoncques retournèrent François qui sur eux commencèrent la chace jusques à leurs bastides, ou Anglois se retrairent à grant haste. Devant la bastide des Augustins sur les fossés du boulevart assist la Pucelle son estandart, et là vint tost à grand gent le sire de Rais, et toujours allèrent François croissant qui la bastide des Augustins prindrent d’assault, ou estoient Anglois en très grant nombre qui tous furent illec occis, et fort estoit garni de vivres et de richesses, mais pourtant que au pillage furent François trop ententifs, fist la poucelle bouter le feu en la bastide ou tout fut ars.
En celluy assault fut bleciée de l’un des piez de chaucetrappes, et pourtant qu’il anuitait fut ramenée à Orléans et grand gent laissa en siège devant le boulevart et les tournelles, et la nuitée se deppartirent Anglois qui dedant le boulevart de SaintPrivé estoient, ouquel ilz boutèrent le feu, puis passèrent Loire en vaisseaulx et se retrairent en la bastide Saint-Laurent.
Recouvrement des Tournelles d’Orléans et la mort de Glacidas. — En grand doubte fut la Pucelle la nuit que sur ses gens ferissent Anglois devant les Tournelles ; et pour ce, le samedi VIIIe jour de may, environ souleil levant, par l’accort et contentement des bourgois d’Orléans, contre l’opinion et voulonté de tous les chiefs et cappitaines qui la furent de par le roy, se parti la Pucelle à tout son effort et passa la Loire. Si lui baillèrent ceulx d’Orléans canons couleuvrines et tout ce qui necessaire estoit pour assallir le boulevart et les Tournelles, avecques vivres et des bourgois d’Orléans de l’une part. Et pour les dictes Tournelles assaillir et le pont conquerre, de la partie de la ville establirent de l’autre part sur le dit pont grand nombre de gens d’armes et de trait avec grand appareil que fait avoient les bourgois pour les arches rompues passer et les Tournelles assaillir. Si furent Anglois assaillis des deux parties moult asprement ; car à merveille gectèrent contre Anglois de canons, de couleuvrines, de grosses arbalestes et d’autres traits ceulx d’Orléans. Fier et merveilleux fut l’assault plus que nul qui de la mémoire des vivans eust esté oncques veu. En cet assault vindrent les chiefs qui dedans Orléans estoient quand les manières apperceurent. Et grandement se deffendoient Anglois qui tant gettèrent que faillant aloient leurs pouldres et autres traits, et de lances, guisarmes, dautres bastons et pierres deffendoient le boulevart et les tournelles ; mais le dit assault durant, environ vespres fist la Pucelle ses gens descendre 615ès fossés du boulevart et contremont drecier eschelles, si renforça de celle partie l’assault de plus en plus, qui depuis prime dura jusques à six heures après-midi ; et tant furent Anglois chargiés de couleuvrines et aultres trait, que plus ne sosoient monstrer à leurs deffenses ; et furent de laultre part assaillis par les tournelles dedens lesquelles boutèrent François le feu, et à la fin tant furent oppressés de toutes pars et tant bléciés que en eulx ne sceurent plus Anglois deffense.
À celle heure se cuidièrent Glacidas et autres seigneurs Anglois retraire du boulevard ès Tournelles pour leur vie sauver ; mais soubz eulx par le jugement de Dieu rompi le pont leveis et en la rivière de Loire noièrent.
Adoncques entrèrent de toutes pars François dedans le boulevart et les Tournelles, qui en la veue du conte de Suffort et des seigneurs de Talebort et autres chiefs de guerre furent conquises, sans monstrer ni semblant faire d’aucun secours. Si fut là grant occision d’Anglois ; car du nombre d’environ cinq-cents chevaliers et escuiers, de tous les plus preux et hardis tenuz du royaume d’Angleterre, qui là estoient soulz Glacidas avec aucuns faulx François, ne furent retenus prisonnierz en vie, fors environ II cents. En cette prinse furent mors le dit Glacidas, les seigneurs de Ponnains, de Gonins, et autres nobles d’Angleterre et d’autres pais.
Après laquelle tant glorieuse victoire, par le mandement de la Pucelle qui par dessus le pont retorna cette nuitée, furent les cloches sonnées en toutes les églises dOrléans à moult grant solennité, rendant à Dieu grâces et louanges. Et de trait fut la Pucelle grievement bléciée au dit assault, avant lequel advenu elles avoit biens dit quelle devoit être férue jusques au sang ; mais tost vint à convalescence650.
De ceste desconfiture furent Anglois à grant destresse, et grant conseil tindrent cette nuitée. Si yssirent de leurs bastides, le dimenche le VIIIe jour de may an MIIIIXIX, avecques leurs prisonniers et tout ce que emporter povaient, et mettant en abandon tous leurs malades tant prisonniers comme aultres, avec leurs canons, bombardes, canons, artilleries, pouldres, pavaiz, habillements de guerre, et touz leurs vivres et biens, misrent le feu à dites bastides, et en bataille de pié se misrent sur le chemin dOrléans à Mehung à estendarts déploiés. Si firent les chiefs de guerre estant à Orléans ouvrir les portes environ souleil levant, dont à grant puissance yssirent à pié et a cheval qui sur Anglois vouloient aler férir ; mais là survint la Pucelle qui la poursuite desconseilla, et voult que on les laissast atant departir sans assaillir cette journée, se contre François mie venoient pour les combatre ; mais doubtalement tournèrent Anglois le dos, et tant à Mehung comme à Jargueau se retrairent, dont les aulcuns gettèrent parmi les champs leurs harnois. Par ce désemparement de siège se départi le plus de la puissance des Anglois, que tant en Normendie comme autre part se retrairent.
Et après ledit désemparement les Anglois encores estant en la veue de la Pucelle, fist icelle Pucelle venir aux champs ceulx de l’église revestus, qui a grant solemnité chantèrent hymnes respons et oroisons dévotes, rendans louanges et grâces à Dieu ; et ce fait issi la commune d’Orléans qui entrèrent ès bastides, où moult trouvèrent vivres et grans richesses. Et par la voulenté des bourgois furent toutes les bastides gectées par terre et tous les foubourgs abattus, et en la ville dOrléans furent retraiz leurs canons et bombardes.
Si se retrairent Anglois en plusieurs places par eulx conquises ; c’est à savoir le conte de Suffort à Jargueau ; et tant à Mehung et à Baugenci comme autres places par eulx conquises se retrairent les seigneurs de Scalles, de Talbort et autres chiefs de leur partie, qui ces choses mandèrent hastivement au duc Jehan de Bethfort régent, qui de ce fust moult dolent, et doublant que aucuns de ceux de Paris pour cette desconfiture se deussent réduire à lobéissance du roy, et contre les Anglois faire le commun peuple esmouvoir, se parti à tres grant haste de Paris, et à Vincennes se retrait le 616dit régent, qui de toutes pars manda les barons du royaume et grant quantité de vivres ; mais peu y vint des barons, et à délaissier les Anglois et les hair et despriser se prinsrent les piquars et autres nations du royaume ; mais pour que à celle heure ne peut la pucelle larmée entretenir en desfault de vivres et paiement le mardi Xe jour de may se depparti la Pucelle accompagnée de haults seigneurs, et par devers le roy s’en ala qui en grant honneur la receupt et tint à Tours aucuns conseils, lesquels feniz il manda de toutes pars ses nobles, et pour la rivière de Loire nestoier bailla la charge au noble duc dAlençon, qui la Pucelle voult avoir en sa compaignie.
Si vindrent à grant puissance devant Jargueau, où fut le conte de Suffort à grant compaignie d’Anglois qui la ville et le pont avoient fortifiiez. Là mirent siège de toutes pars les François le samedi jour de saint Barnabe XIe du mois de juing, de bombardes et canons fut en peu de heures la ville fort empirée, et le dimanche ensuivant XII jour dudit mois de juin, furent la ville et le pont pris par assault, où fut occis Alexandre La Poule, avec grant nombre d’Anglois. Si furent illec prins et retenus prisonniers Guillaume La Poule, conte de Suffort, Jehan La Poule son frère, et bien fut la desconfiture des Anglais nombrée à environ Vc combattants, dont furent le plus occis ; car entre les mains des gentilzhommes occioient les gens du commun tous les prisonniers anglois qu’ils rencontroient, dont convint mener par nuit à Orléans par la rivière le conte de Suffort, son frère et autres grants seigneurs anglois pour leur vie sauver. Pillée fut la ville et l’église du tout qui plaine fut de richeces, et celle nuit se retrairent à Orléans le duc Dalençon, la Pucelle, les chiefs de guerre avec la chevalerie de lost pour eulx raffraichir, et là furent receuz à grant joye.
La prinse du pont de Mehung-sur-Loire. — En la ville Dorléans séjournèrent après la prinse de Jargueau le duc Dalencon et la Pucelle par aucuns jours pendant lesquelz vinrent illec à grant chevalerie le seigneur de Rais, le seigneur de Chauvigny, le seigneur de Laval et autres grans seigneurs pour le roi Charles servir en son armée, lequel en ce contemple vint à Sulli, et d’autre part vint à Blois à grant. chevalerie le conte Arthur de Richemont, connestable de France, contre lequel le roy pour aucuns rapports avait conçeu hayne et malveillance.
Si tindrent de grants conseils dedans Orléans le duc d’Alençon, et chiefs de guerre, et grant appareil firent faire pour siège mettre devant Mehung et Baugenci, ou se tindrent à celui temps le sire de Scalles et le sire de Talbort à grant compagnie d’Anglois, et pour les garnisons desdites places renforcer mandèrent Anglois qui la Ferté Hubert tenoient, lesquels ardirent la basse court, et abandonnanz le chastel s’en alèrent à Baugency. Si parti une nuitée le duc de Talbort de Baugenci pour aler au-devant de messire Jehan Fastol qui à grant compaignie d’Anglois, de vivres et de traits sestoit parti de Paris pour venir avitailler et renforcier la puissance des Anglois, mais pour ce que de la prinse de Jargueau ouy nouvelles dedans estampes laissa les vivres, et à Yenville vint avec sa compaignie, auquel lieu il trouva le sire de Talbort, lesquels assemblés tindrent aucuns conseilz.
Comment François recouvrèrent le pont de Mehun-sur-Loire et Baugenci. — Jehan le duc Dalançon chief et lieutenant général du roy Charles de France de son armée, accompaigné de la Pucelle, et de plusieurs haulx seigneurs, barons et nobles, entre lesqueulx estoient messire Loys de Bourbon, conte de Vendosme, le sire de Rais, le sire de Laval, le vidame de Chartres, le sire de Latour, et autres seigneurs, atout grant nombre de gens de pié, et grant charroy chargié de vivres et d’appareil de guerre, le XVe jour de juing MIIIIXXIX se partirent d’Orléans pour siège mectre devant Anglois, et tirant leur voye droit à Baugency se arrestèrent devant le pont de Mehung que avoient Anglois fortiffié et fort garny, et tantost à leur venue fut par assault prins et garny de bonne gent, et ce fait n’arrestèrent point François, mais pensant que dedens Baugency se feussent retrais le sire de Talbort et de Scalles, allèrent devant Baugency, pour la venue desqueulx Anglois abandonnèrent la ville et sur le pont et ou Chastel se 617retrairent. Adoncques entrèrent François dedans la ville, et le pont et le chastel par devers Beausse assiégèrent, et là drécièrent et assortirent canons et bombardes dont fort batirent le chastel.
En cestui siège vint à grant chevalerie le conte de Richemont connestable de France qui en tout humilité se mist à genoulz651 devant la Pucelle, lui suppliant, que comme le roy lui eust donné puissance de pardonner et remettre toutes offenses commises et perpétrées contre lui et son auctorité, et que pour aucuns rappors senestres, le roy eust conceu hayne et maltalent contre lui, en telle manière que par ses lettres avoit fait faire deffense que aucun recueil, faveur, ou passage, ne luy feussent donnez pour venir en son armée, la Pucelle de sa grace pour le roy le voulsist recevoir au service du roy pour y emploier son corps, sa puissance et toute sa seigneurie, en lui pardonnant toute offense. Et à celle heure furent illec, le duc d’Alençon et tous les haulx seigneurs de lost qui la Pucelle en requisirent, laquelle le leur octroya, parmy ce que en leur présence elle receupt le serment dudit connestable de loyaument servir le roy, sans jamais dire ne faire chose que tourner luy doyt à desplaisance Et à ceste promesse tenir ferme sans enfraindre, et de lui estre contraire se trouvé estoit deffaillant, s’obligèrent lesdicts seigneurs à la Pucelle par lectres de leur scellé.
Si fut adonc ordonné que du costé de Solloingne mettroit siège le connestable devant le pont de Baugency, mais le vendredy XVIIe jour dudit mois de juing fist le bailly d’Evreux qui fust dedans Baugenci requérir à la Pucelle traitié qui fait fut et accordé entour minuit, en telle manière que ès mains du duc d’Alençon et de la Pucelle pour le roy Charles de France, Anglois rendroient le pont et le chastel, leurs vies sauves, lendemain à heure de soleil levant, et sans emporter ni mener fors leurs chevaulx et harnois avec aucuns de leurs meubles montant pour chacun ung marc d’argent seulement, s’en pourroient franchement aler ès pais de leur partie ; mais armer ne se devoient jusques après dix jours passés, et par cette manière se deppartirent Anglois qui estoient nombrez à Vc combattants, qui le pont et le chastel rendirent le samedi XVIIIe jour de juing mil CCCCXXIX.
Comment Mehun fut recouvré par la fuite des seigneurs de Scalles, de Talbort et messire Jehan Fastol chevaliers anglois. — En la ville de Mehung entrèrent une nuitée les sires de Scalles, de Talbort, Fastol qui ou chastel de Baugenci ne peurent avoir entrée par l’empeschement du siège ; et cuidans faire le siège désemparer, la nuit de la composition assaillirent Anglois le pont de Mehung, mais ledit XVIIIe jour de juing, tantost que de Baugency furent Anglois deppartiz vint l’avant-garde des François devant Mehung, et aussitost toute la puissance en bataille ordonnée. Adoncques cessièrent Anglois lassault du pont et de toute leur puissance yssirent aux champs, et tant à pié comme à cheval se misrent en batailles ; mais à retraire se commencièrent délaissans Mehung avec leurs vivres et abillements, et leur chemin prindrent par la Beausse du costé par devers Patay et partirent hastivement.
Le duc d’Alençon, la Pucelle, le conte de Vendosme, le sire de saincte Sévère et de Boussac mareschal, messire Loys de Culaut admiral de France, le sire de Labret, le sire de Laval, le sire de Chauvigny, et autres grans seigneurs qui en batailles ordonnées chevauchèrent et tant asprement poursuiirent Anglois que près Pathoy les aconsuirent au lieu dit Coynces, et furent tant près tenuz que plus ne peurent la bataille eschever, et en ordonnance se misrent contre lesquels assemblèrent Francois à bataille, et en peu deures furent Anglois desconfiz, dont fut l’occision nombrée sur le champ par les héraulx dangleterre à plus de IImIIc Anglois. En cette bataille qui fut le XVIIIe jour de juing mil IIIIXXIX, furent prins les seigneurs de Talbort et de Scalles avec plusieurs chiefs de guerre et autres nobles du pais dangleterre, qui bien furent nombres à Vm hommes. Si commenca la chace sur les fuians jusques près les portes 618Dyenville, en laquelle chace furent plusieurs Anglois occis. Contre les Anglois fuiant fermèrent les bonnes gens Dyenville les portes, montèrent sur la muraille à leurs deffenses, et ou chastel fut à peu de compaignie un escuier anglois lieutenant du capitaine, qui le chastel avoit en garde ; lequel congnoissant la desconfiture des Anglois traita avec les bonnes gens du chastel rendre, sa vie sauve, et fist serment d’être bon et loyal François, à quoi ilz le receurent. Grant avoir et grans richesses demourèrent en celle ville qui par les Anglois y avoient été laissiez à leur partir pour aller à la bataille, avec grant quantité de trait, de canons et autres abillements de guerre, de vivres et marchandises, et en l’obéissance du roy se réduisirent ceux Dyenville. Dedans Mehung entrèrent François après la fuite des Anglois et toute pillèrent la ville.
Et de la bataille s’enfuit messire Jean Fastol. Et quant Anglois que en plusieurs places furent en pais de Beausse, si comme à Montpipeau, saint Simon et autres forteresses, ouirent nouvelles de ceste déconfiture, hastivement prinstrent la fuite laide et honteuse, et le feu boutèrent dedans.
Après lesquelles tant glorieuses victoires et recouvrement de villes et chasteaux faites ledit XVIIIe jour de juing retourna toute larmée dedans Orléans, ou receuz furent à grant joye par les gens d’église bourgois et commun peuple, qui à Dieu en rendirent grâces et louanges. Et bien cuidèrent les prodeshommes du clergié et bourgois d’Orléans que là deust le roy venir, pour lequel recevoir ilz firent les rues tendre à ciel, et grant appareil vouloient faire pour honorer à sa joyeuse venue, mais dedans Sully se tint sans venir à Orléans, dont ne furent mie contens d’aucuns qui entour le roy estoient, et atant demoura la chose à celle fois. Pourquoi la Pucelle ala par devers le roy, et tant fist que le XXIIe jour de juing cellui an il vint à Chasteauneuf sur Loire ; auquel lieu se tirèrent par devers lui les seigneurs et chiefs de guerre, et là tint aucuns conseilz de guerre, apres lesqueulx il retourna à Sully, et à Orléans vint la Pucelle qui toutes gens darmes fit tirer par devers le roy, avecques abillements vivres et charroys. Dont se parti la Pucelle Dorléans, qui à Gien ala ou vint le roy à puissance, et par héraulx manda aux capitaines et autres qui les villes et forteresses de Bonny, Cosne, la Charité tenoient, que en son obéissance se rendissent dont ils furent reffusans.
En la ville de Baugency séjourna après la bataille le comte de Richemont connestable de France par aucuns jours, attendant responce du duc Jean d’Alançon et de la Pucelle, de haulx seigneurs qui fors sestoient portéz du roy appaisier et lui faire pardonner son maltalent ; à quoy ils ne peurent avenir, et ne voult le roy souffrir qu’il alast par devers lui pour le servir, dont il fut en grant desplaisance.
[…]
Du recouvrement de Bosny-sur-Loire. — En la ville de Gien ala le roy durant ces choses, lequel envoia devant Bonny messire Loys de Culant son admirai atout grant gent ; et le dimanche après saint Jehan MIIIIXXIX lui fut rendu.
Et pour ce que désirant fut la Pucelle que avant que le roy emploiast sa puissance à recouvrer ses villes ne ses chasteaux, elle le menast tout droit à Rains pour illec être couronné et recevoir la saincte uncion royal, à quoy estoient aucuns doppinion contraire tendans ad ce que premièrement le roy assiégeast Cosne et la Charité, pour les pais de Berry, d’Orléans, et du fleuve de Loire nestoier, sur ces choses tint à Gien de grans conseils, pendant lesquels fut la royne illec menée en espérance d’estre menée couronner à Reins avec le roy ; et eulx séjournans illec vindrent au service du roy a grant puissance les barons et haulx seigneurs de plusieurs contrées du royaulme. Si fut en la lin le roy délibéré en son conseil de la royne renvoier à Bourges, et sans mectre aucuns sièges sur Loire prendroit chemin droit à Rains pour sa consécration recevoir ; adoncques retourna la royne à Bourges et de Gien se parti le roy le jour saint Pierre ou mois de juing MCCCCXIX, à toute puissance, et tenant sa voye droit à Rains, sadrecia en Aucerrois et par ses héraulx manda aux bourgois de la cité d’Aucerre, à ceux de Cravant, de Coulanges-les-Vineuses, qui pour le roy anglois et le duc 619de Bourgoigne se tenoient, que en son obéissance se rendissent ; auquel mandement ilz obéirent et en sa grace les receupt, et autres villes et chasteaulx de la contrée et bénignement leur pardonna toutes offenses. Si administrèrent au roy vivres et charroys abondamment pour son host soustenir, et en tout ce que requerir leur voult semploièrent en son service. Dedans Aucerre nentra pas le roy à celle fois ; mais pour la possession en prendre et le serment recevoir du clergié et des bourgois renvoya de haulx seigneurs, et ce fait passa la rivière dyonne. Et de toutes pars alla chacun jour son host croissant tant de haulx seigneurs barons et nobles, comme bourgois et gens de commun. Et chevauchant pais et recevant villes et places en obéissance tint son chemin droit à la cité de Troies en Champaigne, dedans laquelle le duc de Bourgoigne avait establi plusieurs cappitaines au nombre de Vc hommes darmes pour résister contre le roy.
Du siège mis par le roy devant la cité de Troyes. — Devant Troies vint le roy Charles de France, le mercredi VIe jour de juillet MCCCCXXIX, et là mist siége de toutes pars. Si fist son appareil et ses bombardes asseoir et assortir sur la rive des fossez de la cité que forte fut et bien closes de murailles, contre laquelle il commanda faire ses bombardes gecter.
B Texte de la Chronique de Tournay
Voir : Livre II, Chronique de Tournay.
Recueil des Chroniques de Flandre, t. III, p. 405-417.
En ce dessus dit an mil IIIIcXXVIII, estoient Englès, à grosse puissance en pays de Gascongne, faisans guerre à tous les pays de entour, et par espécial devant Blois et Orliens, où estoient plusieurs villes et forteresses tenans le parti du roi de France, qui pour lors se tenoit à Chinon, avec belle compaignie de gens d’armes, pour deffendre son pays et résister aux Englès ses adversaires. Et estoient en sa compaignie le marescal de Bousat, monsr de Gaucourt, monsr de Rays, La Hire et pluiseurs aultres gentilzhommes et grand nombre de Sauldoiers, qui deffendoient le pays contre les dits Englès ; mais nonobstant quelque deffence que ils feissent ou poussent faire, leurs adversaires prévalloient et tousjours conquestoient pays ; dont le roi estoit moult dolant ; mais ce ne lui povait aidier à cause que le heure ne estoit point venue, en laquelle Dieu le estoit à mettre hors de opprobre et de misère. Et fait à présumer et à croire que pour aulcuns peschiés ou de princes ou de peuples, le ayde de Dieu fut attargée, le roi toujours lui requerrant son ayde et souccours, et mandant souventes fois aux collèges des églises cathédrales de son royaulme faire processions et exhorter le peuple eulx amender et prier pour lui et son roiaulme, considérant et ramenant en sa mémoire que les persécutions de guerre, mortalité et famine sont vergues de Dieu à punir les énormités du peuple ou des princes.
Les Englès dont, eux efforchant mettre tout le pays à leur obéissance se assemblèrent en grand nombre, et assegièrent la ville et cité de Orliens, devant laquelle ilz furent longuement, faisans plusieurs maulx au pays de entour et plusieurs envayes et assaulx à icelle ville par fait de canons, veuglaires, serpentines et aultres hostils de guerre. Mais ceulx de ladite ville se deffendoient si puissamment et vaillamment que rien n’y conquestoient, fors perte des leurs. Et eulx, voiants que par assault ne povoient avoir la ville et que moult y perdoient, se advisèrent et conclurent affamer icelle : et, pour ce faire, ils firent trenquis et bastilles encloant ladite ville et eulx contre les courses de leurs anemis ; et ne laissoint passer par terre ne par eaue, quelques marchandises ne vivres, dont ceulx de la dite ville se poussent sustenter ou aidier. Et ceulx de ladite ville de Orliens, eulx voiands en tel dangier et aiant peu de 620espérance estre soucourrus, sinon de Dieu principalement, se retournèrent vers lui, requerrant que par sa bonté et miséricorde, il lui pleust être à eulx propice, selon que il sçavoit que il leur estoit nécessité. Et souvent faisoient processions et dévotes prières tout le temps dudit siège, toujours requerrant le ayde et miséricorde de Dieu. Et quand il pleut à Dieu oïr les prières, tant du roi de France comme de ceux d’Orliens et autres villes dudit roiaulme, et que sa volunté fut les aidier et souccourir et jetter de l’opprobre où ils estoient, il ne excita ne promeut les corages des hommes robustes et exercités à la guerre à eulx oster le Ghehorîel et faix de toute calamité et misère, adfin que ils ne extimassent la victoire venir de eulx ; mais leur voeillant monstrer que toute force vient de lui et que merveilleusement et miraculeusement il fait toutes ses oevres, il anima et enhardi ung fueble et tendre corps féminin, aiant vescu tout son temps en purité et casteté, sans quelque reproce ni suspicion de mal fait. Lequel corps féminin et nommé Jehenne estoit de Loraine, de une petite ville dite Mareulle, séante entre la cité de Mès et le pont à Mouisson, distoiante II lieues de ladite cité et III dudit Pont ; et avoit icelle Jehenne demouré et servi illec, grand espace de temps, en aulcune cense dudit lieu.
Quand dont il pleut à Dieu subvenir et conforter le dit roiaulme de France, ceste dite Jehenne, le roi estant à Chinon, vers l’entrée du quaresme du dessus dit an, comparut devant lui en habit de escuier, et se déclara estre Pucelle et envoiée de Dieu à subpéditer et expulser les Englès, par armes, se partir ne se voellent amiablement, de son roiaulme et brefvement le mener sacrer et couronner en la ville de Rains, malgré tous ses hayneulx et mortels anemys.
Adont le roi, entendant les parolles et promesses de la dite Jehenne estante en habits dissimulé, les tint pour légières et vaines, sans y adjouter foi. Et ladite Jehenne continuante ses parolles et disante que le ayde de Dieu, duquel elle estoit envoiée, ne doit estre refusée, mais joieusement reçupte, le roi comme sage et prudent, toujours espérant avoir aulcun souccours de la grâce de Dieu, et commémorant que anchiènernent femmes avoient fait merveilles, comme Judith et aultres, assembla son conseil et autres clercs, adfin que la chose arguée et débatue par bonne et meure délibération, il peust sçavoir se aulcune conjecture de divine ayde povoit estre sentie en ceste femme. Lesquelz clercs et conseil disputant la matière par plusieurs et diverses journées, et considérant et sçachant que les oëvres de Dieu sont incongneues, et que plusieurs fois il avoit fait merveilleux et miraculeux souccours aux siens, conclurent et dirent au roi, en ceste manière :
Très chier sire, la matière que il vous a pleu nous déclarer et mettre en conseil passe entendement humain, et ne est qui en sceust jugier, ni affermer, car les oëvres du seul et souverain seigneur se diversifient et sont inscrutables. Mais entendu la nécessité de votre très digne et excellente personne, avec aussi celle de votre roiaulme, et considéré les continuées prières de vostre peuple, espérant en Dieu, et de tous aultres amants paix et justice, et mesmement ramené que on ne scet la volunté du seigneur, il nous semble estre bon non rejetter ne refuser la pucelle, qui se dist estre envoiée de Dieu pour vostre souccours et ayde, nonobstant que ses promesses soient sups oëvres humaines. Mais point ne disons ne entendons que légièrement créedz à elle : car le dyable est subtil et décepvable, tendant tout tirer à lui. Et pour ce, il est juste et raisonnable que, selon la sainte escripture, le fachiés esprouver par deux manières, c’est assavoir par prudence humaine, en enquérant de sa vie, de ses meurs et de son intention, comme dit St Pol : Probate spiritus si en Deo sunt, et par dévotes oroisons, enquerre signe de aulcune oëvre ou apparence divine, par quoi on puist jugier que elle est venue de Dieu, ainsi que il fut dit au roi Achaz : que il demandast signe, quand Dieu lui faisoit promesse de victoire, en lui disant : pete tibi signum a Domino Deo tuo, et semblablement fist Gédéon, qui demanda signe et plusieurs aultres.
Lesqueles II manières le roi tint et observa selon son conseil, envers ladite Pucelle, c’est assavoir : probation de prudence humaine et inquisition de signe de Dieu par 621oroison. Pour la première, il fist la diste Pucelle tenir et estre avec lui, en sa court mieulx de VI semaines, et le fist communiquier avec toutes gens, et aussi examiner par seigneurs de eglise et aultres clercs subtilement, elle tousjours accompagnié de gens de dévotion, dames, damoiselles, vesves et pucelles, et aulcunes fois de gens d’armes et aultres, en la présence du roi. Mais en quelque manière que ce feust, privément ou publiquement, ne fust veu ne trouvé en elle, fors bien, humilité, patience, virginité, dévotion et honneste simplesse. Et de sa naissance et vie furent oyes pluiseurs choses merveilleuses, conformantes à vérité. Et quand à la seconde manière de inquisition de signe par oroison, elle interroguée de ce, respondi que devant la ville de Orliens, et non ailleurs, le monstreroit ; car ainsi lui était ordonné de Dieu. Et le roi, après la dite probation faite de la Pucelle, autant que à lui estoit possible, considérant la response de icelle à lui-mesme dite touchant démonstrer aulcun signe de son envoi, et voiant la constance et persévérance de elle requerrante instamment aler à Orliens, pour démonstrer aulcun signe de divin souccours, ne vollut empescher le voiage, mais lui espérant en Dieu assembla ses gens d’armes, qui estoient expars par le pays, et les fist aprester, pour conduire ladite Pucelle vers ladite ville, sans se voulloir monstrer répugnant au Saint-Esperit, ou ingrat de la bonté et miséricorde de Dieu et indigne estre de lui souccouru, comme il avoit trouvé en délibération de conseil. Et ladite pucelle, voiante les préparations qui se faisoient pour le souccours de ladite ville de Orliens, fist, par le ottroi du roi, escripre unes lettres, lesquelles elle envoia aux capitaines des Englès tenant siège devant icelle, desquelles la teneur s’ensuit.
Jhesus, Maria ! toi, roi d’Engleterre, et toi, duc de Becquefort, qui te dis régent de France, vous Guillemme de la Polle, conte de Suffort, Jehan sire de Taleboth, et Thomas sire d’Escables, qui te dis lieutenant du duc de Becquefort, faites raison au roi du ciel de son sang roial ; rendés à la Pucelle, envoiée de Dieu, le roi du chiel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France ; car elle est chi venue de par Dieu, réclamer tout le sang et droit roial, et preste de faire paix, se raison lui vouliez faire, vous déportans de France, et paiant le roi de ce que le avez tenue. Et vous tous, archiers et compaignons de guerre, gentilz et aultres estans devant la ville de Orliens, partez vous de par Dieu, et vous en alez en vostre pays, et se ainsi ne le faites, attendez les nouvelles de la Pucelle, qui brefvement vous visettera à votre grand domages. Et toi, roi d’Engleterre, fai ce que je te ai escript : que se tu ne le fais, je suis cief de guerre, aians puissance et commission de Dieu de bouter et encachier forciblement tes gens, partout où les ataindrerai ès parties de France. Que se ils voellent obéir, je arai merchi de eulx, et, sinon, je les ferai occir. Je sui chi venue de par Dieu, le roi du ciel, pour vous expulser de France, et tous ceulx qui voudront faire trayson, malengin ou domage au roiaulme très cristien. Et ne mettez en vostre oppinion tenir le dit roiaulme de Dieu, le roi du ciel, fil de la vierge Marie, car Charle, vrai héritier de icelui, le tenra, voeilliés ou non ; c’est la volonté du roi du ciel et de la terre. Et ce lui est révélé par moi, qui sui Pucelle, et que il entrera à Paris à bonne compaignie ; et se vous ne vouliez croire les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferrons dedens à horrions et y ferons tel hahai, que, passé mil ans, ne fut si grand en France. Faites donc raison, et créedz la Pucelle. Que se vous ne le faites, le roi du ciel lui envoiera et donra plus de force, que ne lui pourez livrer de assaulx, et pareillement à ses bonnes gens d’armes. Et aux horrions verra-on qui ara le meilleur droit de Dieu du ciel. Toi dont, roi d’Engleterre, et toi, duc de Becquefort, la Pucelle vous prie que vous issiés du pays, car elle ne vous voelt détruire, en cas que lui faites raison ; mais se vous ne le créedz, tel cop poura venir, que les Franchois en sa compaignie feront le plus beau fait que onques fut vu en cristienneté.
Et envoiez response se vouliez faire paix et vous partir de Orliens ; que se vous ne le faites, attendez-moi à votre grand domage et brief.
622Escript mardi de ceste sepmaine sainte et pénultime de mars mil IIIIc, XXVIII.
Et ces choses ainsi faites, et le armée de France assemblée et preste, la dite Pucelle se parti de Chinon, tirant vers Orliens, le joedi XXIe de apvril, mil IIIIc XXIX, et ala à Blois, où elle attendi les vivres et puissance qui se debvoient mettre dedens la dite ville de Orliens, jusques an joedi ensicvant, et adont elle se parti du dit Blois, aiant son estandard de blancq satin, auquel estoit figuré Jhesu Christ séand sur les arches, monstrant ses plaies, et à caseun lez, un angel tenant une fleur de lis.
Et estoient en sa compaignie monsr le marescal de Bousac, monsr de Gaucourt, monsr de Rays, Lahire et plusieurs aultres grands seigneurs, en nombre de tous combattans environ III (trois) mil, que de pied que de cheval. Et menèrent avec eulx parmi la Saloingne, environ LX carios de tous vivres, et IIIIc XXXV chargés de bestail. Et l’endemain, ilz vinrent à la dite ville de Orliens, emprès la rivière, où ceulx de la dite ville les vinrent quérir par navires, malgré les Englès, qui ne osèrent issir de leurs trenquis et bastilles, ne faire quelque résistence. Et la Pucelle, voiante que on le avoit mené du costé de la Saloingne, et que elle ne avait trouvé les Englés, fut très couroucée vers les capitaines, et commencha plorer. Et incontinent charga la compaignie que ilz retournassent au dit Blois querre les vivres que ilz y avoient laissiés, et que ilz les amenassent du côté de la Biausse, et que elle les adevanceroit avecques une partie de ceulx de la ville de Orliens, et bien leur dist que rien ne doutassent, et que ils ne trouveroient quelque empeiscement. Et adont entra la dite Pucelle en la ville, et ses gens retournèrent au dit Blois, en obéissant et accomplissant son dit. Et après ilz se partirent dudit Blois, aiant le sourplus de vivre et grand nombre de bestail, comme bœfs, porcs et moutons, le mardi IIIe de mai.
Et l’endemain, veille de l’Ascension, ilz vinrent à Orliens du dit costé de la Biausse, sans quelque empeiscement à l’aler ne au venir, par trait ne aultrement, combien que les Englès se assemblèrent environ XIIIIc combatans, pour les envaïr au retour, mais ilz ne osèrent, car la dite Pucelle, aiante grosse puissance de ceulx de ladite ville, ala au devant de eulx, et les reçupt malgré leurs anemis, et les conduisit en ladite ville.
Et tost après que lesdits vivres furent en la ville de Orliens, la Pucelle aiante son estandart et sa puissance, ala assaillir la bastille de St-Leu, qui estoit forte et de grand deffense, une partie de ses gens de cheval ordonnez à garder que les Englès de aultre costé ne leur feissent souccours ; et la dite Pucelle, avec ceulx de sa route, venus à ladite basteille, firent tant, parmi le ayde et volunté de Dieu, que elle fut prise par vive force de assault, et y morurent environ CLX Englès sans les prisonniers qui furent environ XIIII (14). Et là conquirent grands vivres et plusieurs pièches de artillerie et aultres bagues, sans quelque perte des leurs, sinon II hommes. Et adont se retraiyrent, menans tout en ladite ville.
Et l’endemain feste de l’Ascension de Jhesu-Crist, la dite Pucelle aiante son estandart en la main, issi de ladite ville de Orliens avec sa puissance du costé de la Saloingne, et monstra semblant assaillir leur bastille. Et par une fainte retraite que elle commanda faire, les Englès sallirent hors de icelle après eulx à grand puissance. Et adont ladite Pucelle et Lahire voiands les dits Englès estre issus retournèrent vigoreusement supz eulx, et les reboutèrent et poursievirent si asprement, que à paines se poiirent retraire en leur fort ; et là morurent XXX englès. Et fut le ung de leurs fors pris et un bolvercq et grand nombre de vitailles. Et les Englès, voiands que ainsi ils estoient reboutez, deffirèrent III bastilles qui estoient du dit costé de la Saloingne, et tous se retraiyrent on leur grande bastille du bout du pont.
Et ceste nuite, tint la dite Pucelle et les siens les champs, jusques au cler Jour, dudit costé de la Saloingne. Et le dit jour commenchié esclarchir, et la Pucelle et ses gens appointés et ordonnez, se efforchièrent envaïr ladite grande bastille du bout du pont, qui estoit moult forte et comme imprenable, et où estoit grand nombre d’Englès et belle ordonnance de deffense de bombardes, canons et aultre trait à poure.
623Laquele bastille fut telement défendue par lesdits Englès, que, par tout le jour, Franchois rien ne y conquirent. Et ceste envaïe se continuant jusques assez tart du vespre, la Pucelle, comme il pleut à Dieu, fut bléchée par trait lui entrant environ ung pole en la poitrine, deseure la dextre mamelle ; de laquelle bléchure elle se monstra plus estre lie (sic) que tourblée, et demandante un peu de ole d’olive, avec coton tira elle meismes le trait de sa poitrine et mist le dit ole dessups et dict : Maintenant ne ont les Englès comme rien de puissance, car ceste bléchure est le signe de leur confusion et misêre, révélé à moi de par Dieu, et de moi non déclaré jusques à présent.
Et incontinent, elle appointée et armée, se tirante à part et appoiante sups sa lance, tenans icelle de la main, fist semblant faire oration à Dieu, la face eslevée vers le ciel. Et, ce fait, elle retourna aux gens d’armes et leur monstra ung lieu de ladite bastille, leur commandant que ilz le envaïssent par là et entrent en icelle, lesquelz obéissans, tous de ung commun accord avec elle la première, assaillirent icelle et telement le oppressèrent, que, Dieu aidant, promptement fut prise de force. Et eulx dedens entrez, y eubt, que pris que mors, environ Vc Englès des principaulx de leur ost. Et lesdits Englès voiands la dite bastille estre prise et eulx cuidans retraire dedens la tour du pont, ledit pont fondi et chéi en le eaue, dessupz lequel estoit Classedas, ung de leurs ciefs souverains, et aultres grands seigneurs avec lui, jusques environ XXX, qui tous furent noiez. Et ceste chose fut tenue comme miraculeuse. Et, en ceste conqueste, gaignièrent les Franchois grand habondance de vivres et de artilleries, comme bombardes, canons, serpentines, veuglaires et aultres engiens et bagages. Et, le meisme jour assez tart, entra la dite Pucelle avec ses gens, en la ville de Orliens, en grand joie de coer et rendant grâces à Dieu de la dite victoire, et menans leurs prisonniers devant eulx : et leurs gens reveus, après la dite conqueste et assaut, ne trouvèrent que V hommes moins et peu de bléchiés. Et de ceste journée dirent aulcuns et affermèrent que durant ledit assault, furent véus deux blancs oiseaulx sups les espaulles de ladite Pucelle. Et les Englès prisonniers dirent et congneurent que il leur sembloit que les Franchois se monstroient être trois fois plus que ilz ne estoient, et que par ce avoient été si espoventez, que ilz ne avoient quelque puissance de eulx deffendre.
Et, le dimence après et endemain de la dite victoire et conqueste, au point du jour, les aultres englès des Bastilles, du côté de la Biausse voiands leur male adventure et doubtans la puissance de la dite Pucelle, habandonnèrent leurs places et bastilles, et s’enfuyrent tous ensemble, qui bien estoient nombres XXVe combatants, que de pied que de cheval. Et ceulx de la ville de Orliens, avec ladite Pucelle, voiands la fuite desdits Englès, issirent de la dite ville, en nombre de environ Vc chevaulcheurs, et férirent en la queue, et en occirent et prirent aulcuns, sans ce que ilz se retournassent ne monstrassent quelque défense. Et la Pucelle, ce voiands, fit retraire ses gens, sans souffrir que plus les poursievissent, disans que, puisque ilz se partoient, on ne les dedvoit trop aggresser, et mesmement ce que il estoit dimence, jour et feste du sabbat de Dieu, et aussi pour ce que elle leur avoit donné jour de eulx en aller jusques au lundi. Et eulx retrais en la dite ville et reposez la nuitée se partirent de icelle, l’endemain matin, et alèrent ès bastilles que les dits Englès avaient délaissé, ès esquels ilz trouvèrent pluiseurs vitailles, artilleries et aultres habillements de guerre, vaillables grand somme de argent.
Et ces choses ainsi faites, la Pucelle manda au roi toute la besongne ainssi que elle estoit ; lequel, oïand ces nouvelles, fut moult joieux, et, tost après, se parti de Chinon, pour aler devers elle, et vint en la ville de tours, le vendredi devant la Penthecouste ensievant. Et il venant en icelle ville, ladite Pucelle, qui peu avant y estoit venue, ala audevant de lui son estandart en sa main, et lui fist révérence, se inclinante dessups son cheval le plus bas que elle peut, le cief descouvert ; et le roi à cest abordement osta son caperon et le embracha en la suslevant ; et, comme il sembla à pluiseurs, voullentiers le euist baisée de la joie que il avoit. Et cette joieuse obviation 624faite, ils entrèrent en ladite ville de Tours, et se mirent en leurs hostelz. Et l’endemain vinrent nouvelles au roi que le sire de Scables et le sire de Talleboth et grand nombre de Englès, escappez du siège de Orliens, se estoient mis et enclos à Gergeau, à Baugentis et à Meun : lesqueles nouvelles oyes, il manda hastivement le bastard de Orliens et Poton de Saint-Traille, qui avoient esté capitaines de ladite ville, le siège durant, et pluiseurs aultres seigneurs, estans en garnison et forteresses de là entour. Et eulx assemblez à Tours, le roi leur commanda aler avec la Pucelle après les dits Englès. Et adont se parti ladite Pucelle de Tours, à bonne puissance de gens d’armes, et alèrent asségier la ville de Gergeau, où ledit sire de Talleboth et celui de Scables estoient avec grand nombre d’Englès ; et est icelle ville supz la rivière de Loire, à VIII lieues de Orliens. Et eulx venus devant ladite ville subitement y firent un grand et merveilleux assault, lequel ils continuèrent, tant que ilz la prirent par force et là fut pris le sire de Talleboth et le sire de Scables, lesquelz la Pucelle laissa aler, par aulcun traitié que ilz promirent entretenir.
Et ce fait, aulcuns des cappitaines dirent à ladite Pucelle que elle avoit mal fait de laissier aler les anemis du roi, ausquelz elle respondi que briefvement seroient repris aultre part, et que ilz ne tenroient chose que ilz euissent promis.
Et de là s’en allèrent à Meun, qui est à V lieues de Orliens, au dessoubz de ladite rivière, et le prirent de assault et de là à Baugentis. Mais eulx venus illec, la garnison avec aussi la plus grand partie de ceulx de ladite ville, se estoient partis et enalez, et adont ceulx qui estoient demourez ou castiel les reçuprent et leur livrèrent ladite ville et le castiel. Et, après ce, la Pucelle, avec les cappitaines et gens d’armes, s’en alèrent audevant et contre VIm Englès, qui venoient pour souccourrir leurs gens, avec lesquelz se estoient mis le sire de Talleboth et celui de Scables, que ladite Pucelle avoit laissié aler, comme dessupz est dit, et aussi pluiseurs aultres Englès, lesquelz avant s’enfuioient. Lesqueles II armées se entrecontrèrent emprès Patay, en Biausse, à VI lieues de Orliens. Et illec se portèrent les Franchois si vaillamment que, Dieu aidant, lesdits Englès furent desconfis et près tous mors. Et là furent repris le sire de Scables et celui de Talleboth et pluiseurs aultres. Et ceste baptaille faite, et les prisonniers emmenez avec toute la despoulle, grand joie fut faite et loenges rendues à Dieu, congnoissans que toute victoire vient de lui. Et les prisonniere présentez au roi, il les reçupt très liement, en remerciant ladite Pucelle et les cappitaines, et rendant graces à Dieu, qui donnoit corage à une femme de teles emprises. Et adont se parti le roi, de Tours et ala à Orliens, avec plusieurs seigneurs, chevalliers, escuiers, cappitaines et aultres ; et, illec venu fut reccu à grandjoie.
Et après ces choses ainssi aciefvées, le roi, par le conseil de la Pucelle et de aulcuns seigneurs de sa court, se parti de la ville de Orliens, aiant belle compaignie de gens d’armes, et tira vers la ville et cité de Rains, pour être sacrez et couronnez. Et, en faisant le dit voiage, mist en son obéissance pluiseurs villes et forteresses alors tenues des Englès, c’est assavoir : Aussoire, Sens, Troies, Chalon et aultres pluiseurs. Et, après ce, le roi vint et entra en ladite ville de Rains, le samedi XVIe de juillet du dessupzdit an mil IIIIcXXIX à VII du vespre, et, l’endemain à III heures du matin, ala en l’église Nostre-Dame, avec pluiseurs seigneurs et aultres. Et eulx entrez dedens ladite église, elle fut close jusques à IX heures, et adont ladite église ouverte, le roy fut sacrez et couronnez par monseigneur le archevêque de ladite ville et cité de Rains. Et, ce fait, les seigneurs, qui là estoient, lui firent hommage tel que il appertenoit à leurs seignouries et tenemens. Et adont fist le roi un que ducs, que contes, et environ IIc chevalliers.
Et après se parti de ladite ville, prenant chemin vers Paris. Et, en ceste voie, se rendirent à lui les villes qui s’ensièvent, c’est assavoir : Laon, Soissons, Compiègne, Casteau-Tieri, Senlis, Beauvais, Laingni et pluiseurs aultres forteresses et casteaux. Et fait à présupposer et extimer que se toudis euist procédé avant, tôst eust reconquesté tout son roiaulme, car les Englès et autres ses adversaires estoient si esbahis et efféminez, 625que à paines se osoient amonstrer ne deffendre la pluspart de eulx, sans espérance de éviter la mort, fors par fuir. Et le roi ainsi besongnant vint à Saint-Denys avec son armée, et lui, entré en l’abaye, fit célébrer les obsèques et service du roi Charle son père, VIe de ce nom.
Et, en tout ce voiage, la Pucelle ne avoit aultre intention, fors de elle et ses gens assaillir la ville et cité de Paris ; devant laquele elle fist plusieurs courses, avec les siens, et partout là entour. Et estoit courouchée que aultrement ne se faisoit ; mais les cappitaines ne se accordèrent assallir ladite ville ; ains, par aulcuns du conseil du roi, firent retraire leurs gens d’armes, dont il convint que ladite Pucelle se restraiist à Saint-Denis, où le roi se tenoit. Et III jours après, le roi créand aulcuns de son conseil, contre le gré de ladite Pucelle, s’en ala menant icelle avec lui, oultre la rivière de Loire. Et là se tint tout le yver, sans gaire besongnier au fait de la guerre, dont ladite Pucelle estoit très mal contente, mais ne le povoit amender.
L’an mil IIIIc et XXX, tantost après Pasques, Philippe, duc de Bourgongue, et sire Jehan de Lucembourcq, conte de Lingni, avec plusieurs cappitaines d’Engleterre, et aians grand puissance de gens d’armes, Englès, Bourguignons, Picars et Portugalais, s’en alèrent en France et conquestèrent aulcunes villes et forteresses, qui se estoient rendues au roi, au voiage de Paris, comme dessupz est dit ; et tant que les dessudits, avec leur armée, vinrent devant Compiengne, et y mirent le siège, et se fortifièrent de bol vers et bastilles pour les affamer. Et avoit ledit duc de Bourgongne grand nombre de Portingalois avec lui à cause que il avoit espousé la fille du roi de Portingal, dont les nocpces avoient été faites au mois de janvier précédent, en la ville de Bruges ; èsquels on fist pluiseurs esbatement de joustes, tournois et aultres noblesses sumpteuses…
Ici le chroniqueur raconte les prodigalités du duc à ses noces.
Le duc de Bourgongue dont, avec ses aliez et armée, estant fortifiez devant ledite ville de Compiengne pour icelle affamer, et aulcun bon cappitaine, de nom Guillaume de Flavi, estant dedens et bien deffendant icelle avec le ayde des manans et habitans, le roi, par aulcun de son conseil, envoia en leur ayde Jehenne la Pucelle avec IIc hommes Ytaliens, Et ladite Pucelle, venue en ladite ville, et, aulcun jour, issue pour grever leurs anemis, avec ceulx de la ville et lesdits Ytaliens, après longe escarmuce par eulx faite, et cuidans rentrer en icelle, furent si opprimez et constrains de leurs adversaires, que ladite Pucelle fut retenue prisonnière et livrée en la main de messire Jehan de Lucembourcq, lequel envoia ladite Pucelle ou castiel de Biaulieu, commandant icelle emprisonner en une tour. Et après la prise de ladite Pucelle, le duc de Bourgongne, pour aulcuns ses affaires de Braibant et de Liège, se parti dudit siège, laissant ses gens illec ; lesquelz y furent, avec le aultre armée, que la Toussaint approchoit.
Ici le chroniqueur raconte la délivrance de Compiègne et puis reprend l’histoire de Jeanne.
Ce siège durant, Jehenne la Pucelle estoit enfermée et tenue prisonnnière en une tour ou castiel de Biaulieu, de laquelle elle cuidante escaper, sailli de haut embas : dont telement fut bléciée que aler ne s’en peut, et fut reprise et menée à Biaurewart, où elle fut prisonnière tant que ledit siège fut deffait ; et adont messire Jehan de Lucembourg le délivra aux Englès, lesquels le menèrent à Rouen, où longement fut tenue prisonnière. Et depuis dirent et affermèrent pluiseurs que, par le envie des capitaines de France, avec la faveur que aulcuns du conseil du roi avoient à Philippe, duc de Bourgongne et audit messire Jehan de Lucembourcq, on trouva couleur de faire morir ladite Pucelle par feu, en ladite ville de Rouen, non trouvant en elle aultre cause ne culpe, fors que elle avoit esté, durans toutes les dessupzdites conquestes, en habit dissimulé.
626C Thomas Basin
Procès de la Pucelle (Histoire de Charles VII, liv. II, ch. XV et XVI, p. 81).
Traduction : Livre II, Basin, chapitre IV, § III
Mirabantur omnes ferme quod ad interrogationes de fidei capitulis, etiam doctis et litteratis viris satis difficiles, talis rusticana juvencula tam prudenter et caute responderet. Et quum assessorum, qui acrius et ferventius Anglorum querelæ fautores atque defensores exsistebant, tota ad hoc versaretur intentio, ut callidis et captiosis interrogationibus capta, criminis hæreseos adjudicaretur rea, et per hoc de medio tolleretur, nihil tamen validum aut efficax ad hoc ex ipsius dictis aut assertionibus extrahere potuerunt.
Fuerat enim revera, ut ab his qui ejus conversationem et mores cognoverant testabatur, priusquam ad regem accessisset, ac etiam postquam inter armatorum cohortes observata fuit, multum devota, quoties poterat, ecclesias et oratoria frequentans. Ubi autem dum rure pascendo pecori insisteret, si audiret campanæ sonum pro elevatione divini Corporis et Sanguinis vel pro salutatione Beatæ Mariæ, cum magno devotionis fervore solita erat genu flectere et Deum exorare. Sed et Deo suam vovisse virginitatem affirmabat : de cujus violatione, licet diu inter armatorum greges et impudicorum ac moribus perditissimorum virorum fuisset conversata, numquam tamen aliquam infamiam pertulit. Quinimo, cum per mulieres expertas, etiam inter Anglorum existens manus, super sua integritate examinata inspectaque fuisset, non aliud de ea experiri potuerunt nec inferre, nisi quod intemerata virginalia claustra servaret. Excusabat ipsa virilis vestis habitum atque tegumentum, præceptum de assumendo et utendo eo atque armis divinitus sibi factum asserens, ne viros, inter quos diu noctuque in expei ditionibus bellicis obversari haberet, ad illicitam sui alliceret concupiscentiam, si amiclum muliebrem portasset ; quod vix profecto inhiberi potuisset.
Sed certe, cujuscumque in ea seu simulacrum seu specimen virtutis elucere potuisset, vix erat ut, apud quos tenebatur, se potuisset justificare, cum nihil ferventius aut propensius quam ipsam perditum iri et exstingui affectarent. Una enim omnium Anglorum sententia voxque communis erat se nunquam posse cum Francis feliciter dimicare, aut de eis reportare victoriam, quamdiu illa Puella, quam sortilegam ac maleficam diffamabant, vitam ageret in humanis. Atqui quomodo innocentia secura evadere, quidve prodesse, inter tot acerbissimorum inimicorum et calumniatorum manus posset, quales eidem Puellac ipsi Anglici erant, atque alii permulti, qui animosius eorum partes defendebant et judicio assidebant, qui eam toto annisu, quacumque via, perditum iri cupiebant ?
Quum autem super iis, quas affirmabat Sanctarum Virginum apparitiones factas, in una eademque confessione perseveranter maneret, diuque et multoties iteratis examinationibus fatigata, simul etiam squalore et inedia diutini carceris macerata et confecta fuisset (in quo quidem ab Anglicis militibus, tam intus carcerem, quam a foris juxta ostium jugiter excubantibus, asservabatur), ferunt, judicibus sibi, si id faceret, impunitatem liberationemque pollicentibus, aliquando eam abnegasse se habuisse veras hujusmodi apparitiones aut divinas revelationes ; ad hoc tamen inductam ut, coram assidentibus in judicio, ea ulterius se dicturam asserturamve abjuraret. Quod cum ita factum fuisset,nec minus propter hoc a duritia et asperitate carceris laxaretur, aliquot post decursis diebus, vulgatum exstitit eam dixisse se propterea fuisse correptam quod hujusmodi apparitiones et revelationes se abnegasset habuisse, denuoque Sanctas easdem sibi in carcere apparuisse, quae de hoc ipsam dire increparant.
Quum autem ad judices ea res perlata fuisset, ipsa iterum ad judicium publice exhibita, tanquam in abjuratam hæresim relapsa, judicata exstitit et relicta ut talis 627brachio sæcularis potestatis. Quam illico rapientes exsecntores totaque Anglorum manus, qui in magno numero cum rege suo Henrico tum erant Rothomagi, spectante innumera pæne populorum multitudine tam de civitate ipsa quam de agris et vicinis oppidis (nam plurimi velut ad spectaculum publicum propterea ad eamdem urbem confluxerant), ipsa Johanna, Deum semper invocans auxiliatorem et gloriosam Domini nostri Jesu Christi Genitricem, igne consumpta extitit.
Collecti etiam fuerunt universi cineres, quos illic ignis tam de lignis quam de ipsis corpore et ossibus reliquerat, et de ponte in Sequanam projecti, ne quid reliquiarum ejusdem aliqua forsan posset superstitione tolli et servari. Et talis quidem finis hujus transitoriæ vitas Johannæ fuit.
Exspectabit forte hujus historiæ lector nostrum de hujus Puellæ gestis judicium, de qua per omnem Galliam ea tempestate celeberrima fama fuit. Nos vero audenter dicimus et affirmamus quod, ex processu facto contra eam (quem ipsi vidimus postquam, ejectis Anglis, Normannia sub Caroli ditionem, velut postliminio, redierat) non sufficienter constat ipsam de alicujus erronei dogmatis, contra veritatem doctrinæ catholicæ, assertione convictam vel in jure confessam ; ac per hoc hæresis atque relapsus satis manifeste defuisse fundamentum. Quanquam etiam, præter hoc, poterat processus hujusmodi ex multis capitibus argui viliosus, coram capitalibus inimicis sæpe per eam recusatis, denegato sibi etiam omni consilio, quæ simplex puella erat, factus et habitus : quemadmodum ex libello quem desuper, ab eodem Carolo expetito a nobis consilio, edidimus, si ei ad cujus venerit manus eum legere vacaverit, latius poterit apparere. Pulsis enim de Normannia Anglicis, idem Carolus par plures regni sui prælatos et divini atque humani juris doctos homines, diligenter processum prædictum examinari et discuti fecit ; et de ea materia plures ad eum libellos conscripserunt. Quibus, coram certis a sede apostolica ad cognoscendum et judicandum de hujusmodi materia judicibus delegatis, exhibitis et mature perspectis, per eosdem judices in sententiam, quam diximus, exstitit condescensum, et sententia, contra eam data sub Anglorum imperio, cassata et revocata.
Mirabitur forsan aliquis, si a Deo missa erat, quomodo sic capi et suppliciis affici potuerit ; sed nullus admirari rationabiliter poterit, qui sine ulla hæsitatione credit sanctum sanctorum Dominum et Salvatorem nostrum, sanctos prophetas et apostolos a Deo missos ob doctrinam salutis et fidei Deique voluntatem hominibus insinuandum et evangelizandum, variis cruciatibus et suppliciis affectos, triumphali martyrio hanc vitam finiisse mortalem ; quum etiam legamus in veteri Testamento populum Israeliticum, a Deo jussum Chananaeorum gentes exterminare et contra suos hostes et idolatras pugnare, tam propter sua peccata aut alicujus etiam ex eis, aliquando prævalentibus eis hostibus, cecidisse et corruisse. Quis enim novit sensum Domini, aut quis consiliarius ejus fuit ? Non tamen ita hæc dicimus, quod eamdem Johannam, modo quem diximus ex hac misera vita præreptam, apostolorum aut sanctorum martyrum velimus meritis coæquare ; sed quod minime repugnantia aut inter se incompatibilia reputamus, et quod a Deo, ad subveniendum regno et genti Francorum adversus hostes suos Anglicos, qui tunc regnum ipsum gravissime opprimebant, ad ipsorum Francorum Anglorumque conterendam superbiam, et ut ne quis ponat carnem brachium suum
, sed non in Deo, sed in se ipso solo de suisque viribus glorietur, dicta Johanna a Deo missa fuerit ; et nihilominus quod eam Deus, vel ob regis vel gentis Francorum demerita, utpote quod tantorum beneficiorum, quanta Deus per eam ipsis mirabiliter contulerat, ingrati, non proinde debitas egerint gratias divinitati, aut victorias eis concessas non gratiæ Dei, sed suis meritis aut viribus attribuerint (quæ merita profecto nulla nisi mala tunc erant, quum mores corruptissimi essent, seu alia causa aliqua, justa quidem, quoniam non est apud Deum iniquitas, licet a nobis minime cognita), ab hostibus capi et supplicio sic eam affici permiserit, gratiam quam gratis nec merentibus dederat, ab indignis ac ingratis subtrahendo. Sæpe enim quod divina pietas dedit gratis, tulit ingratis. Quod autem per fœminas interdum cum armis, interdum 628sine armis, suis subventionem et victoriarum solatia de hostibus Deus contulerit, testes sunt historiæ de Debbora, Judith et Esther, quæ canoni divinarum Scripturarum inseruntur.
D Extrait de divers manuscrits
Traduction : Livre II, Thomassin, chapitre I, § II
Exhortation à seconder la Pucelle
Virgo puellares artus indula virili
Veste, Dei monitu, properat relevare jacentem
Liliferum regem, atque suos delere nefandos
Hostes, præcipue qui nunc sunt Aurelianis
Urbe sub, ac illam deterrent obsidione.
Et si tanta viris mens est se jungere bello,
Credite fallaces Anglos succumbere morti,
Marte puellari Gallis sternentibus illos.
Et tunc finis erit pugnæ, tunc fœdera prisca,
Tunc amor et pietas et cætera jura redibunt ;
Certabunt de pace viri, cunctique favebunt
Sponte suo regi, qui rex librabit et ipsis
Cunctis justitiam, quos pulchra pace fovebit.
Et modo nullus erit Anglorum pardiger hostis
Qui se Francorum præsumat dicere regem.
E Lettre d’anoblissement de la Pucelle et de sa parenté
Traduction : Livre III, chapitre VIII, § IV
Karolus Dei gratia, Francorum rex, ad perpetuam rei memoriam.
Magnificaturi divinæ celsitudinis uberrimas nitidissimasque gratias, celebri ministerio Puellæ, Johannæ d’Ay de Dompremeyo, caræ et dilectæ nostræ, de ballivia Calvimontis seu ejus ressortis, nobis elargitas, et, ipsa divina cooperante clementia, amplificari speratas, decens arbitramur et opportunum, ipsam Puellam et suam, nedum ejus ob officii merita, verum et divinæ laudis præconia, totam parentelam dignis honorum nostræ regiæ majestatis insigniis attollendam et sublimandam, ut divina claritate sic illustrata, nostræ regiæ liberalitatis aliquod munus egregium generi suo relinquat, quo divina gloria et tantarum gratiarum fama perpetuis temporibus accrescat et perseveret.
Notum igitur facimus universis præsentibus et futuris, quod nos, præmissis attentis, considerantes insuper laudabilia, grataque et commodiosa servitia, nobis et nostro regno jam per dictam Johannam Puellam multimode impensa, et quæ in futurum impendi speramus, certisque aliis causis ad hoc animum nostrum inducentibus, præfatam Puellam, Jacobum d’Ay dicti loci de Dompremeyo, patrem, Ysabellam ejus uxorem, matrem, Jacqueminum et Johannem d’Ay et Petrum Prerelo, fratres ipsius 629Puellæ, et totam suam parentelam et lignagium, et in favorem et pro contemplatione ejusdem, etiam eorum posteritalem masculinam et femininam, in legitimo matrimonio natam et nascituram, nobilitavimus, et per præsentes nobilitamus et nobiles facimus, concedentes expresse ut dicta Puella, dicti Jacobus, Ysabella, Jacqueminus, Johannes et Petrus, et ipsius Puellæ tota parentela et lignagium, ac ipsorum posteritas nata et nascitura, in suis actibus, in judicio et extra, ab omnibus pro nobilibus habeantur et reputentur ; et ut privilegiis, libertatibus, prærogativis, aliisque juribus, quibus alii nobiles dicti nostri regni ex nobili genere procreati, uti consueverunt et utuntur, gaudeant pacifice et fruantur, eosdemque et dictam eorum posteritatem, aliorum nobilium dicti nostri regni ex nobili stirpe procreatorum consortio aggregamus, non obstante quod ipsi, ut dictum est, ex nobili genere ortum non sumpserint, et forsan alterius quam liberæ conditionis existant…
Suit l’énumération des privilèges de noblesse. L’exemption de la somme qu’en règle générale les anoblis devaient payer en recevant les lettres de noblesse, se trouve exprimée en ces termes :
Nec aliquam financiam nobis, vel successoribus nostris, propter hanc nobilitationem solvere quovis modo teneantur aut compellantur ; quam quidem financiam, præmissorum intuitu et consideratione, eisdem supra nominatis, et dictæ parentelæ et lignagio prædictæ Puellæ, ex nostra ampliori gratia donavimus et quitavimus, donamusque et quitamus per præsentes, ordinationibus statutis… et mandatis factis, vel faciendis ad hoc contrariis, non obstantibus quibuseumque.
G La Chronique dite des Cordeliers
Bibl. nat., fonds français n° 23018 r°.
Traduction : Livre IV
L’auteur commence à parler de la Pucelle au f° 483 r°.
En ce temps, arriva devers le dauphin une josne fille née en Loeraine et fille d’un povre laboureur laquelle se faisoit nommer Jennette la Pucelle. Et avoit garde les brebis ou village dont elle estoit née. Laquelle pucelle estoit en parolle et en contenance moult innocente, comme il sambloit. Et toutes foix elle feist entendant que par divine inspiracion elle debvoit faire mettre le dit dauphin en possession de son royaume de France et le faire partout obéir. Et tant donna à entendre à son père et à ses amis que elle fu par ung sien frère et autres que elle trouva ses adjoins amenée devers iceluy dauphin. Et la par ses parolles icellui dauphin le retint à sa court et le mist en très grant estat, dont le plus grant partie de ses gens furent moult esmerveilliés, car ilz tenoient icelle Jennette à folle et à nyce.
Celle Jennette, quant elle fu en ce party retenue du dit dauphin et mise en estat, requist estre montée et armée comme ung homme d’armes en disant que elle feroit merveilles. Et ainsi en fu fait. Et se commencha à mettre en armes et sievir les routes.
Et tantost après ce se assamblèrent grant foison de gens d’armes pour lever le dit siege d’Orleans après le traictié fally, comme dit est. Et en celle assamblée se bouta et mist la dicte Pucelle et leva ung estandart où elle fist mettre Jhesus
et maintenoit estre envoiie de par Dieu pour mettre le dit dauphin en possession du royaume de France.
À l’entrée du moix de may l’an mil IIIIcXXIX, fu le siege levé de devant Orleans 630par force et puissance de le partie du daulphin. Et y fu la dicte Pucelle qui commença à faire merveilles, tant de fait comme de parolle, et briefment elle fist tant que elle commença à avoir une grande renommée. Et avoient ceulx de ce party grande esperance en elle. Là furent les bastilles des Engloix prises et arses. Et si eult grand desconfitures des diz Engloix et grant occision.
Après le siege d’Orléans levé, se mist le daulphin de France sus à toute puissance, et reconcquisrent ses gens et la Pucelle Baugensy, Meun, Gergeau et autres fortresses pluiseurs sur les diz Engloix. Et y fu prins le seigneur de Talbo et plusieurs autres seigneurs et cappitaines du party des diz Engloix qui furent depuis long tamps detenus prisonniers, par especial le dit seigneur de Talbo qui fu prison à Poton de Sainte Treille à le prise du dit lieu de Gergeau qui fu prise à assault et de force.
Le XVIIIe jour de juing après disner, assamblèrent les gens du regent qui s’estoit mis sus contre les gens du dit dauphin, et furent Engloix desconffis emprès Yoinville et Estampes. Et retourna le regent à Paris à pau de gens. Et tantost après y fu envoyés le seigneur de l’lsle-Adam.
Quant le dauphin de Viennoix fu mis sus et la Pucelle tousjours au plus près de luy en armes comme ung cappitaine et grant gent desoubz elle, il commença à concquester places et pais par le fait et renommée qui partout se commencha à espardre de la dicte Pucelle. Et n’estoit fortresse qui à se simple parolle et semonce ne se volsist rendre, cuidans et esperans par ses merveilles que ce fuist chose divine, car elle faisoit merveille d’armes de son corps et manyoit ung bourdon de lance très puissanment et s’en aidoit raddement, comme on veoit journellement. Et avec ce amonnestoit les gens au nom de Jhesus et faisoit preschemens, affin de attraire le peuple à luy rendre et obeir audit daulphin. Et fist tant finalement que renommée couru partout jusques à Romme qu’elle faisoit miracles et que, puis qu’elle venoit devant une place, les gens de dedens, quelle volenté qu’ilz eussent paravant de non obeir au dit daulphin ne à elle, estoient tous muez et falis et n’avoient nulle puissance de eulx deffendre contre elle et tantost se rendoient comme Sens, Ausoirre et aultres fortresses, combien que le roy n’entra point en aucunnes, mais il eubt vivres pour son argent etc. Et vint se grant renommée à estre continuée par le ville de Troies en Champaigne qui tousjours avoit tenu le party de Bourgongne et promis de le tenir et ensievir. Et toutes fois elle fu rendue incontinent sans cop ferir à la monicion et semonce d’icelle Pucelle, dont toutes gens furent esbahis et meismement les princes et seigneurs tenans le dit party de Bourgogne qui estoient en très grand doubtance.
[…]
En ce tamps, après la reddition de Troies, concquist ledit daulphin moult de villes et fortresses par le moien de la Pucelle qui lors tolly tout le nom et les fais des cappitaines et gens d’armes de sa compaignie, dont aucuns diceulx n’estoient mie bien contens ; et mist en son obeissance tout le pais dessus le riviere de Loire, Ausserrois et Champaigne, excepté aucunnes fortresses que Perrinet Grasset tenoit qui oncques ne se volrent rendre ne obeir au dit dauphin ; mais fist icelui Perrinet moult de griefz et de contraires aux gens d’iceluy daulphin.
En ce tamps, envoia le duc de Bourgongne ses ambaxadeurs à Rains affin que il entretenissent leur serment de la paix final et que il demourassent en l’obéissance du roy Henry et de luy, et ainsi le promisrent à faire.
Tant alla le daulphin de Viennoix et son armée que il arriva emprès Rains. Et cependent, au moix de juing, fist le regent de France une grosse armée pour aller contre le dit daulphin et recueilla et mist sus les gens d’armes qui estoient escappés et sauvés de devant Orleans et Yvinville. Et endementiers que son armée se mettoit sus, concquestoit tous jours le daulphin et sa Pucelle et tant que ilz vinrent à sept saux emprès Rains. Et envoia le dit daulphin au dit lieu semonrre ceulx de la ville à lui faire ouvreture et obéissance, combien que ilz avoient promis aux ambaxateurs du duc de Bourgongne de eulx tenir, ainsi que dit est, contre ledit daulphin.
631Quant ceulx de Rains oyrent la semonce que on leur faisoit de eulx rendre, ilz allèrent à consseil au quel ilz se conclurent tantost de faire ouvreture et obeissance au dit daulphin comme à leur seigneur naturel. Et ainsi fut fait. […]
Et chevaulçoit la dicte Pucelle devant le roy toute armée de plein harnas à estendart deploiié ; et quant elle estoit désarmée, s’avoit-elle estat et habis de chevalier, sollers lachiés dehors pied, pourpoint et chauches justes et un chapelet sur le tieste et portoit très nobles habis de drap d’or et de soie bien fourrés. […]
Envoia (le roi) son armée et la Pucelle à Saint Denis, et il meismes y fu après sans luy faire couroner. Et puis envoia sa puissance devant Paris par plusieurs foix, dont à l’une le duc d’Alenchon, la Pucelle, emprès Saint Leurens, furent par ceulx de Paris recachiés et rués jus jusques au nombre de six à sept cens hommes mors, et se retrairent lors à Senlis. Et une aultre foix livrèrent assault d’un lez à la dicte ville de Paris, en deschendant de Montmartre. Et là fist la Pucelle merveilles, tant de parolles et amonnestemens comme de donner cuer et hardement à ses gens de assalir. Et elle meismes alla si près que elle fu navrée de tret en une cuisse et rachassié elle et toute son armée. Et ne conquisrent riens à leur assault. […]
Ainchois que le roy Charles allast devant Paris, avoit eu ung conseil entre l’archevesque de Rains, le seigneur de la Trimouille, Poton et la Hire, d’une part, et messire Jehan de Luxembourg, le chancellier de Bourgongne, les seigneurs de Croy et Lourdin de Saligny et autres ; mais il n’y eubt nulle conclusion de abstinences ne de paix, et fu la journée tenue emprès la Fère.
Quant les gens du roy virent que ilz n’aroient point de obéissance à Paris, on envoia à Compiengne par plusieurs foix. Et enfin se rendy par traictié et fist obéissance au dit roy Charles, et y fu commis Villaume de Flavy cappitaine à grant puissance. Et se rendirent lors les forteresses de Creil, le Pont Saincte Massence, Chasteauthiery, Langny et aultres plusieurs ; mais Breteuil et Chartres se tinrent avec Ponthoise, Mante, Vernon, les Pons à Meulen, Charenton, Bois de Vinssaine et aultres. Et ainsi demoura la guerre par tout le royaume de France.
En ce temps le IIIe jour du mois d’aoust, partit le régent de Paris en armes, et envoia unes lettres au roy Charles sur le fait de ses assemblées, desquelles la teneur suit :
Le texte est celui de Monstrelet.
Non obstant ces lettres, le roy Charles ne prist ne volt prendre nulle journée de combattre ne autrement, mais tousjours concquestoit pais. Et toutes fois furent les deux puissances de Franchois et de Engloix par troix jours bien près l’une de l’autre en plains camps ; mais les Engloix, qui n’estoient point de trop si grant puissance que les Franchoix, se encloïrent et ne volrent yssir hors de leur cloz, sinon pour combattre à piet, et leurs ennemis estoient trop et les euissent combattus de piet et de cheval. Et pour ce demoura la chose en ce point, excepté que il y eult aucuns gentilz hommes de Picardie de la garnison de Paris qui estoient à cheval, lesquelx le jour Nostre-Dame my-aoust se frappèrent en l’ost du roy sur ceulx de cheval. Et là y eult ung estour de fers de lances sans grant perte d’un costé ne d’autre. Et y furent fais chevaliers le bastard de Saint Pol, Jehan de Crequi, Jehan de Brimeul, Jehan de Fosseux, Mathieu de Landas, Anthoine de Bethune, seigneur de Moreuil, Jehan de Croy et aultres. Et estoient à ce jour, sur le vespre, retraictes les batailles de piet de chascune partie, et le roy Charles retourné à Crespy en Valloix.
En ce tamps, se rendy en l’obeissance du roy Charles la cité de Beauvaix et partie du pais de Beauvesis. […]
Et allèrent ses gens par le pais en diverses parties prendre par traictié et non de force villes et chasteaulx. Et cependant commenchèrent plusieurs traictiés et parlemens entre les gens du dit roy et monseigneur de Bourgogne. Et fu l’arcevesque de Rains, chancellier d’iceluy roy, et plusieurs autres ses ambaxateurs à Arras devers le dit duc de Bourgongne, environ la my-aoust. Et finablement furent trieves prises entre iceulx deux princes par le moien des ambaxateurs que le duc de Savoie avoit 632envoié devers eulx pour le bien de la paix pourcachier. De la manière desquelles triewes ou abstinence de guerre la vérité s’ensieut… s’ensuilt la coppie des trewes du roy Charles par vidimus du prévot de Paris sur le fait des trièves entre le roy et monseigneur de Bourgongne.
À tous ceulx qui ces présentes lettres verront ou orron, Simon Morhier, chevalier, seigneur de Villers, conseilliers du roy notre sire et garde de la prévôté de Paris, salut. Savoir faisons que nous, l’an de grace mil IIIIc et XXIX, le vendredi XIIIIe jour d’octobre, veismes unes lettres de Charles, soy disans roy de France, seellées de son grand seel en chire jaune, sur double queue, contenant la fourme qui s’ensieult :
Charles par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme pour parvenir à mectre paix dens notre royaume et faire cesser les grans et innumérables maulx et inconvéniens qui, par les guerres et divisions qui sont en iceluy, y sont advenu et adviennent chacun jour, aiant par le moien des ambaxadeurs de notre très cher et très amé cousin le duc de Savoie esté nagaires tenues aucunes journées tant par nous et nos gens que par nostre cousin de Bourgoigne et les siens ; et pour ce que la matière de la dicte paix qui touche plusieurs parties toutes grans et puissans, ne se puelt demener et conduire à bonne fin sans aucun délay et trait de tamps, ait semblé ausdits embaxadeurs, qu’il estoit nécessaire prendre abstinence, jusques à aucun temps convenable pour plus aisiement et convenablement durant icelle traictier de la dicte paix ; laquelle abstinence par le moien diceulx ambaxadeurs ait été prinses et accordées entre nos gens pour et ou nom de nous d’une part, et les gens de notre dit cousin de Bourgoigne pour et ou nom de lui, d’autre part, et aussi au regard des Anglois leurs gens, serviteurs et subgez, se ad ce se veullent consentir ès termes et mettes qui sensuient ; cest assavoir en tout ce qui est par deçà la rivière de Saine, depuis Nogent-sur-Seine jusques à Harfleu, sauf et réservées les villes, places et forteresses faisans passage sur la dicte rivière de Saine ; réservé aussi à notre dit cousin de Bourgoigne que se bon luy semble, il porra, durant la dicte abstinence, emploïer luy et ses gens à la deffence de la ville de Paris et résister à ceulx qui voldroient faire guerre ou porter dommage à icelle, à commenchier la dicte abtinence, cest assavoir depuis le jour dhuy, XXVIIIe jour de ce présent moys d’aoust au regard de notre dit cousin de Bourgoigne, et au regard des dits Anglois du jour que d’iceulx aurons veu et receu leurs lectres et consentement ; et durer jusques au Noël prochainement venant : savoir faisons que nous, ces choses considérées, voulans, pour la pitié que nous avons de nostre povre peuple, obvier de tout notre cuer et intencion à la multiplicacion des ditz maulx et inconvéniens, avons baillié, consenty et accordé, et par ces présentes baillons, consentons et accordons, bonne et seure abstinence de guerre, pour nous, nos pais, vassaulx, subgez et serviteurs et ceulx qu’il a en son gouvernement, et les places des dits vassaulx et serviteurs estant ès termes et limitiez dessus déclarées, et aussi pour les villes et païs ci-après déclarez, cest assavoir la ville d’Amiens et le plat pais de notre baillage d’Amiens, la ville d’Abbeville, et tout le païs de Pontieu, les villes de Noyon, Saint-Quentin, Chauny, Monstreul, Corbie, Dourlens, Saint-Riquier, Saint-Wallery, Ribemont et Térouvvane, ensamble les plats païs estant à l’environ d’icelles ; et aussi auxdiz Anglois, et tous aux termes et limites et soubz les conditions de réservation dessus déclarées ; à commenchier icelle abstinence ce dit XXVIIIe jour d’août au regard de notre dict cousin de Bourgoingne, et au regard des dits Anglois du jour que sur ce aurons receeu d’eulx leurs lectres et consentement ; et à durer jusques au dit jour de Noël prochainement venant, comme dit est ; pourveu aussi que notre dict cousin de Bourgoigne consente et accorde la pareille abstinence, et nous en baille ses lectres patentes de pareille substance que cestes, et par ceste présente abstinence ne sera aucunement dérogié ni préjudicié aux abstinences par cy devant ordonnées par notre dit cousin de Savoie, entre aucuns de nos païs et de notre party et aucuns des pays de notre dit cousin de Bourgoigne et autres, compris ès dictes abstinences ; mais demourront 633icelles abstinences en leur force et vertu durant le tamps et en leur forme et manière que contenu est ès lectres sur ce faictes ; et aussi durant le tamps de ceste présente abstinence, aucune des parties qui consentiront icelle ne porront ès termes et mettes dessus diz prendre, gaingnier ne conquester lune sur lautre aucune des villes, places on fortresses estant ès dis termes et mettes, ne nen recepvront obéissance aucune, posé ores que icelles villes, places ou forteresses se volsissent voluntairement rendre à lune des parties, ou à lautre.
Et afin que cette présente abstinence soit mieulx gardée et entretenue, nous avons pour nous et de notre part ordonnés conservateurs dicelle nos amés et féaulx Rigault, seigneur de Fontaine chevalier, notre chambellan, et Poton de Saintetraille, notre premier escuier de corps et maistre de notre escuierie, ausquelx et à chacun d’eulx, donnons povoir, autorité et mandement espécial de réparer et faire réparer tout ce quy par aucuns de nos vassaulx, subgez et serviteurs seroit fait, attempté ou innové contre ne ou préjudice de ladicte présente abstinence, de poursuir et requérir devers les conservateurs qui sur ce seront ordonnez pour la partie de nostre dit cousin de Bourgoigne, la réparation de tout ce quy de son costé seroit fait, attempté ou innové contre ne ou préjudice ladicte présente abstinence, et généralement de faire par nos diz conservateurs et chacun d’eulx tout ce qui en tel cas appartieut et appartendra estre fait. Sy donnons en mandement à tous nos lieutenans, connestables, mareschaulx, maistres des arbalestriers, amiral et autres chiefs de guerre, à tous cappitaines de gens d’armes et de trait estans en notre service, et à tous noz autres justichiers, officiers et subgez, ou à leurs lieutenans, que la dite présente abstinence gardent, entretiengnent et observent involablement et sans le enffraindre, couvertement ne en appert, en quelque manière que ce soit, le temps d’icelle durant ; et auxdiz conservateurs par nous à ce ordonnez et à chascun deulx et à leurs commis et députez en toutes choses regardans l’entretenement et conservacion dicelle, et la réparacion de ce quy sera attempté ou innové au contraire, se aucunement advenoit, obéissent et entendent dilligemment et leur prestent et donnent conseil, confort, assistence et aide, se mestier est et se en sont requis.
Donné à Compiengne le XXVIIIe jour d’aoust, lan de grâce mil CCCC et vingt-neuf, et le septième de notre reygne. Ainsi signé de par le roy. — J. Villebresme.
Aultre copie sur le fait des dictes abstinences :
À tous ceulx qui ces… etc., Simon Morhier, etc.
Savoir faisons que nous, lan de grâce mil IIIIc et XXIX, le jeudi XIIIe jour d’octobre, veismes unes lettre de Charles, soy disant roy de France, desquelles la teneur s’ensuit :
Charles, etc. Comme pour parvenir au bien de paix et faire cesser les grans maulx et inconvéniens qui par les guerres et divisions, qui sont en nostre royaulme, y sont advenues et y adviennent chacun jour, aient nagaires esté prinses et accordées par le moien des ambaxadeurs de notre très chier et très amé cousin le duc de Savoie, certaines abstinences de guerre entre nous dune part, et notre cousin de Bourgoigne dautre part, à durer depuis le XXVIIIe jour daoût darrain passé jusques au jour de Noël prochainement venant, selon la fourme, condicions et réservacions contenues et déclarées en certainnes noz autres lectres sur ce faictes, donnés en nostre ville de Compiengne, le XXVIIIe jour daoût dessus dis, esquelles abstinences n’est aucunement comprinse notre ville de Paris, notre chastel du bois de Vissannes, nos pons de Charenton et de SaintClo et la ville de Saint-Denis ; savoir faisons que nous, ces choses considérées, et pour certaines autres causes et considéracions ad ce nous mouvans, avons, en ampliant de nostre part les dictes abstinences, consenty et accordé, et par ces présentes consentons et accordons que nostre ville de Paris, notre chastel du bois de Vissannes, nos pons de Charenton et de Saint-Clau, et la ville de Saint-Denis dessusdis, soient en icelles abstinences comprinses, tout ainsy comme se lesdites villes et lieux y fussent par 634exprez desnomez et déclarés, pourveu toutesvoyes que de nostre dicte ville de Paris et des aultres places et lieux ci-devant exprimés en hors, ne soit fait par voye de guerre ne aultrement, durant icelles abstinences, chose préjudiciable ausdictes abstinences et que de ce nostre dit cousin nous baille ses lettres, demourans toujiours les abstinences dessus dites en leur force etvertu, sans ce que par ces présentes y soit aucunement dérogié ne préjudicié. Et se par voye de fait, par volonté désordonnée ne autrement, durant icelles abstinences, aucune chose estoit faicte, attemptée ou innovée contre ne ou préjudice d’icelles abstinences, la partie offendue ne porra aucunement procéder par vengeance ne voye de fait, ne par alléguer les dites abstinence finies ou rompues ; mais en sera faicte réparation par les conservateurs de la partie qui ara offendu. En tesmoing de ce, etc.
Donné à Senlis, le XVIIIe jour de septembre, dessus dit. Ainsi signé par le roy en son conseil tenu par Monseigneur le conte de Clermont, son lieutenant général es pais deca Saine, le conte de Vendosme, vous Christofre de Haucourt, le doien de Paris, pluiseurs aultres présens. — J. Willebresme.
Aultres coppies de lettres du roy Henry par lesquelles il commist le duc de Bourgoingne gouverneur de Paris et dailleurs :
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et Dengleterre, à tous ceulx qui ces présentes lectres verront, salut. Savoir faisons que, comme nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent de notre royaulme de France, duc de Bétheford, considérons les grans affaires et diverses charges quil a à supporter pour le présent, tant pour le gouvernement de nostre dit royaume, comme meisment pour notre duchié de Normandie auquel nos anemis et adversaires se sont boutés à grosses puissances, aient prié, requis bien instamment, cordialement et adcertes notre très chier et amé oncle Philippe, duc de Bourgongne, conte de Flandre, d’Artois, et de Bourgongne palatin et de Namur, seigneur de Salins et de Malines, de luy aidier à conduire et supporter partie des dittes affaires, et par espécial de prendre et accepter le gouvernement et garde de nostre bonne ville, prévosté et visconté de Paris et des villes et villaiges de Chartres, de Melun, Sens, Troyes, Chaumont en Vassigny, Saint-Jangou, Vermendois, Amiens, Tornesis et Saint-Amand et le seneschaussée de Ponthieu, réservées les villes, chastiaux et chastelenies de Dreux, Villeneufve-le-Roy, Crotoy, Rue et les pais de la conqueste faicte par feu notre très chier seigneur et père, cuy dieux perdoinst, avant la paix final de nos royaulmes de France et de Engleterre, qui demourront en lestat et garde où elles sont de présent ; lequel nostre oncle de Bourgongne pour amour et honneur de nous et de notre dit oncle le régent, son biau-frère, et pour la conservacion et entreténement de nostre seignourie et tuicion de nostre bonne ville de Paris et des lieux dessus diz, Jasoit ce qu’il ait de présent pluiseurs grans et pesans affaires pour le gouvernement de ses païs et seignouries, en a prins et accepté le gouvernement et garde ; et nous, aiant ceste chose très plaisant et agréable, congnoissans par vraie expérience le grant puissance, vaillance et léaulté de nostre dit oncle de Bourgongne ; iceluy nostre oncle de Bourgongne, par l’advis et délibéracion de notre dit oncle le régent et les gens de notre grand conseil en France, avons ordonné et commis, ordonnons et commettons par ces présentes notre lieutenant ès bailliages ès lieux dessus ditz et gouvernement d’iceulx, en luy donnant plain povoir, auctorité et mandement espécial de gouverner et garder pour et au nom de nous et soubz nous, jusques au tamps de notre venue en nostre royaume de France, nostre ditte bonne ville de Paris, bailliage et lieux dessus diz, ensamble nos hommes, vassaulx et subgetz demourans ès dictes villes, bailliages et lieux ; de donner ou nom de nous et soubz nostre scel, durant le dit tamps, les seignouries, terres, rentes et revenues qui dores en avant nous escherront par la rebellion et désobéissance de nos subgés aians terres et seignouries ès lieux qui sont et seront à nous reduis et obéissans, ès mettes de son gouvernement, de faire procéder aux officiers royaulx electifs par bonne et deue 635élection et confermacion, ainsi qu’il est acoustumé ; de disposer des aultres officiers non électifs selon la fourme déclarée en certaines nos aultres lettres et ordonner de toutes aultres et singulières choses, besongnes et affaires des lieux dessus diz ; de tenir nos consaulx, y conclurre et la conclusion exécuter au bien et honneur de nous et conservacion de nostre dicte seignourie ; et pour ce faire, convertir et emploier toutes les finances qui nous appartiennent ès appartenances, villes, bailliages et lieux dessus diz, ainsi que les cas le requerront, en y commettant et ordonnant de par nous telz officiers que bon lui samblera, sans pour ce préjudicier ne deroghier en autres choses à l’estat et dignité de la régence de notre dit oncle le régent.
Si donnons en mandement à nos amez et féaulx conseilliez les gens de notre parlement, au prévost de Paris et à tous nos baillis et aultres justiciers, officiers et subgez à qui il appartiendra ou à leurs lieuxtenans, que nostre oncle de Bourgongne laissent joir et user plainement des gouvernement et garde dessus ditz, et en toutes choses concernans et regardans ce qui dit est, obéissent à luy et à ses mandemens et commandemens sans aulcun contredit ; promestant en bonne foy à nostre dit oncle de Bourgongne que toutes et quantes foix que charge de guerre luy sourvendra ès termes dudit gouvernement, de le aidier de nos gens de Angleterre et dailleurs si avant que raisonnablement pour le temps faire porrons, quand requis en serons par notre dit oncle de Bourgoigne.
Donné à Paris le XIIIe jour d’octobre, l’an de grace mil CCCCXXIX et de notre règne le VIIe. Ainsi signées : Par le roy à la relation (du conseil) tenu par Monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bethefort, auquel Messeigneurs le cardinal Dengleterre et le duc de Bourgogne, vous, les évesques de Beauvais, de Noyon, de Paris et d’Eureux, le comte de Guise, le premier président du Parlement, labbé du mont Saint-Micquel, le sire d’Escalles, le sire de Santes, messire Jean Fastol, messire Raoul Bouthillier, le sire de Saint-Liebaut, messire Jean Poupham, les seigneurs de Clamecy et du Mesnil, le trésorier du palais à Paris, messire Guillaume le. Duc, et plusieurs aultres estoient — Jehan Reinel652.
Ainsi quil dit est par ces lettres fut le duc de Bourgogne à Paris après les trieves et abstinences de guerre données par le roi Charles ; esquelles trieuves et abstinences ne volrent point estre les Englois compris ; ains gherrièrent, et furent gherrier ce tamps durant au pais de Normandie et surprirent et perdirent et gangnèrent plusieurs places, villes et forteresses qui leur firent moult de travaux et dommages a rescouvrer ; et par ainsi le duc de Bourgogne, après ce qu’il eust empris le dit gouvernement, et sur ce conclu en plusieurs grandes mattières touchant la seureté et garde des pais et places à luy comises, s’en retourna atout sa compagnie qui estoit grande et noble des gens de Picardie en ses pais d’Artois et de Flandres, et là se tint tout hiver sans plus avantage gherrier.
Et ce temps durant furent plusieurs grans consaulx tenus des ambaxateurs des princes sur le fait de la paix, et furent les trieuves et abstinences alongiées jusques au mois de mars ensuivant ; mais finalement la paix ne se polt trover, et faillirent les traictiès par ce mesmement que le ville de Compiengne fust du tout désobéissant de livrer passage au dit duc de Bourgongne en alant et retournant à Paris ; ce qui lui estoit promis avec le pont sainte Maxence qui fut mis en les mains de Regnault de Longheval du consentement des deux parties ; mais Guillaume de Flavy ne volt obéir et se tint toujiours gherriant atous lez luy et sa puissance, et se garnit ladite ville de Compiengne pour le défendre contre tous.
Le temps des treuves durant, se devoient tenir le roy Charles, comme il fîct, oultre la rivière de Saine, et le régent en Normandie.
À l’entrée du moix d’apvril, alla le duc de Bourgongne à Peronne et fist une très 636grant assamblée de gens d’armes pour aller devant Compiengne, pour ce que là avoit très grosse garnison qui empeschoit le passage de Paris et faisoit moult de maulx aux pais d’environ. En ce temps, VIIe jours en apvril, entra le bastard de Clarence à Paris à grosse puissance Denglois, et y avoit esté mandé par le seigneur de l’Isle-Adam et aultres, pour ce que quarante dixaines de la dicte ville s’estoient conclus et avoient traictié, si que on disoit, de livrer icelle ville aux gens du roy Charles, et y en eust grant plante de prins, mais peu de executez, pour ce que la chose rapaisa et prist assez bonne fin.
Le jeudy d’après les festes de Pasques, XXe jour du moys d’avril de l’an mil CCCCXXX, messire Jean de Luxembourg, le seigneur de Croy et aultres capitaines à tous leurs gens partirent de Péronne et allèrent oultre l’yawe faisant l’avant-garde de l’ost du duc de Bourgongne, lequel le siew et party du dict lieu de Péronne le samedi ensuivant de Pasques closes, et s’en allèrent conquerre plusieurs places et forteresses que tenoient leurs anemis comme Araisnes, le Tour de Gournay et aultres.
Le jour de saint Georges XXIIIe jour d’apvril, arriva le josne roy d’Angleterre à Calais aiant XLVII vaisseaux atout par renommée, II mille hommes et grosses garnisons de bestial et de vivres qui furent menez en Normandie, et les gens d’armes envoiez en plusieurs parties taut de Normandie comme de France, et aussi devant Compiengne ou ailleurs, où mestier en estoit, et le josne roy demoura audict lieu de Calais, jusques au moix de juillet ensuivant que il fust menez à Abeville, et de là à Rouen où il séjourna depuis par grant espace de temps.
Après plusieurs places prises par les gens du duc de Bourgongne sur leur chemin de Compiengne, fu le siege mis au Pont de Coisy leur il avoit gros ses garnisons de gens Willaume de Flavy. Et fu ledit duc de Bourgongne à ce siege lequelx y fist getter plusieurs pierres d’engiens et tant faire que ceulx de dedens en fuirent et allèrent à Compiengne de nuit, en boutant le fu partout, et habandonnèrent la place le XVIe jour de may.
En ce temps, arrivèrent Engloix au Pont l’Evesque emprès Noyon, et là furent ung jour assalis de la garnison de Compiengne et autres, en nombre de quatre mil hommes, dont le Pucelle avoit le nom d’estre le capitaine. Là se deffendirent Engloix très grandemement, qui n’estoient que douze cens hommes, mais ils euissent eu fort tamps, se ilz n’euissent esté secourus de monseigneur de Saveuses qui se tenoit à Saint Eloy de Noyon atout huit cens hommes qui reboutèrent leurs anemis.
Le XXIe jour de may, fu le siège mis d’un lez pardeça l’iawe devant la ville de Compiengne là où arrivèrent les contes d’Outiton et de Arondel, à belle compaignie d’Engloix, lesquelx furent devant la dicte ville par grande espace de temps. Et firent carpenter pons, bastilles et habillemens pour enclore la dicte ville. Lequel siege durant, firent ceulx de dedens plusieurs saillies à très grand puissance, car pardelà l’auwe environ Paris leur povoit venir secour de gens et de vivres sans nul dangier.
Et si avoient fait une forte bastille pardecha l’iave leur ilz alloient et retournoient en la ville, toutes les fois qu’il leur plaisoit, par les fossés. Et y avoit dedens cette bastille en terre pluiseurs cambres et logis de gens d’armes qui moult faisoient de maulx en l’ost des Bourguignons et des Engloix ; mais communément les saillies se faisoient plus sur les Engloix que sur les Piccars.
Dedens Compiengne se tenoient la Pucelle à grant compaignie de gens, et toujiours yssoit elle hors au front devant, et faisoit merveilles de son corps et de ses parolles, en donnant cuer à ses gens de bien faire le besongne, et tant que, le XXVIIe jour de may, à une saillie que elle fist, elle et le lieutenant Willaume de Flavy, pour lors capitaine de Soissons, firent merveilles d’armes. Et estoient bien seize cens hommes.
Là y sourvint messire Jehan de Luxembourcq en personne au secours des Engloix qui estoient fort assalis. Et y eubt crueulx estour et estequis ; mais enfin fu la Pucelle prise et detenue par le bastard de Vendomme et Anthoine de Bournonville qui estoient de le compaignie et de l’ostel du dit de Luxembourcq. Et pareillement fu pris le dit 637lieutenant et pluiseurs hommes d’armes. Et les aultres furent reboutés dedens Compiengne.
De la prise de la Pucelle fu moult grant renommée partout, et en furent moult joieux ceulx du party de Bourgongne et ceulx des autres moult dolans, car les ungs avaient esperance et les autres doubtance de son fait. Se fu enfin amenée prisonnière à Beaurevoir là où elle fu par grant espace de tamps, et tant que par son malice elle en quida escapper par les fenestres ; mais ce à quoy elle s’avaloit rompy ; se quey jus de mont à val. Et se rompy près les rains et le dos, de lequelle blechure elle fu longtamps malade. Et depuis ce qu’elle fu garie, fu elle delivrée aux Engloix par auscuns moyens et traitiés d’argent. Et fu menée à Rouen là où on lui fist son procès tout du long. Et enfin fu condempnée, comme dit sera cy après, quant tamps et lieu sera…
Le penultime jour de may (1431), fu arse Jennette la Pucelle à Rouen après ce qu’elle avoit esté jugié en chartre, et qu’elle s’estoit rappellée de ses erreurs aprez la noble predicacion qui sur son fait avoit esté faicte au dit lieu de Rouen en le presence du regent de France, de plusieurs haulx princes et prelatz, tant de France comme Dengleterre, du grant conseil du roy Henry et de tous ceulx qui oïr le volrent ; mais que elle vit que on le volloit mettre en habit de femme, elle se rappella et dist qu’elle voloit morir ainsi comme elle avoit vesqui, et partant elle fu condempnée à ardoir. Et fu la pourre de son corps gettée par sacqs en la rivière, affin que jamais sorcherie ou mauvaiseté on n’en peuist faire ne propposer.
Nota. — Les passages qui viennent d’être cités se trouvent disséminés dans le manuscrit 23018, du folio 483 à 507.
H Texte de la chronique de Gilles de Roye
Traduction : Livre IV
Eodem anno (1429) cornes Salisberiensis, cornes de Suffole, Dominus de Talbot, cum ingenti exercitu, villam Aurelianensem obsederunt, et ab omni parte bastillias plures fecerunt. Pro quorum victualibus adducendis, dominus Johannes fastol, et Dominus Simon Mohier prepositus Parisiensis cum parvo exercitu plures currus et quadrigas victualibus oneratas et maxime allecibus adducebant de Parisius Aurelianis, ad obsidionem. Quo audito, dux Borbonii, connestabularius Scotiæ et La Hire cum magno exercitu venerunt obviam eis, et commisso prælio, cessit Anglicis Victoria ; et ceciderunt ibi connestabularius Scotiœ, dominus d’Orval, frater domini d’Albret, et plures alii. Dux autem Borbonii fugit ; et sic dicta victualia ad obsidionem adducta sunt. Quadam autem vice, circa horam prandii, comite de Salisbery in bastillia Pontis existente et villam inspiciente, venit lapis ex canone de villa, a quo nescitur tracto, qui percutiens contra fenestram ubi dictus cornes intuebatur, lapillus venit contra vultum dicti comitis, et eo percussus post triduum interiit.
In diebus illis venit ad delphinum quædam puella de Vallecoloris in patria Barrensi, dicens se esse missam a Deo ab debellandum Anglicos et expellendum eos de regno Franciæ et reducendum delphinum in hæreditatem paternam et adducendum eum Remis diadema regni percipere. Qua adveniente, mira dicebat, et examinata ad omnia respondebat ac si fuisset jugiter in armis nutrita. Et misit ad sanctam Katherinam de Fierbois, pro quodam ense a Deo sibi revelato, cum quo debellatura erat Anglicos. Et ibi missum est et inventum prout dixerat ; hæc ergo a Delphino retenta. Interim ipse Delphinus congregavit exercitum quantum potuit ; et illum ac capitaneos suos cum dicta puella, cum victualibus, misit Aurelianis. Quæ, obsidione non obstante, villam 638intravit ac Victualia intromisit. Prius siquidem cives Aurelianenses in tanta penuria fuerant, quod deliberati fuerant dare aliquam summam Anglicis, aut reddere villam in manus ducis Burgundico, et miserunt ad eum Poton de Santrailles, cum litteris credentire et potestate tractandi cum duce Burgundiæ. Qui respondit quod sibi bene placebat, et si placeret regenti, et super hoc ipse misit ad regentem, sed regens non fuit contentus. Imo dixit se non cessaturum, donec villam haberet et expensas quas in obsidionc ponenda habuerat recuperaret. Dux ergo Burgundiæ, his auditis, dimisit dictum Poton in pace.
His itaque transactis, dicta puella taliter rem conduxit quod obsidionem hujusmodi vi armorum levavit, omnes bastillias et Anglicos expugnavit et dictam villam ab Anglicis liberavit.
Deinde dicta Puella a dicta villa recedens plures villas sicut Meun et Beaugency cepit, et Anglicos ab illa expulsit, a quibus dicti Anglici discedentes ibant versus Parisius per Beaussiam. Quos dux Alençonii, comes de Richemont, connestabularius Franciæ, comes de Vendosme et dicta Puella cum exercitu insecuti, in quodam villagio, nomine Patay, dictos Anglicos comprehenderunt, et commissa pugna, equites Anglicorum fugere ceperunt, pedites vero in nemore adjacente et villagio se absconderunt, et finaliter multis Anglicis occisis et captis, dicta Puella victoriam obtinuit ; ubi ceciderunt circiter III millia Anglorum. Capti fuerunt ibi Dominus de Talbot, Dominus de Scales, Dominus de Hungefort et plures alii, et duravit fuga usque Yenville. Dominus autem Johannes Fastolf fuga lapsus venit Corbolium.
Hac igitur habita victoria, Puella rediit ad Carolum regem Franciæ et dixit ei quod voluntas Dei erat ut ipse Carolus Remis in regem coronaretur. Tunc rex ad hoc omnem exercitum suum congregavit. Et convenientibus ad eum duce Alençonii, duce Borbonii, comite de Vendôme, Johanna Puella, domino de Laval, domino de la Tremouille, domino de Bays, domino de Albret et domino de Lohéac et pluribus aliis cum maximo exercitu apud Gien, supra Ligerim, fuit ibi dissentio inter connestabularium et dominum de la Tremouille, qui regem regebat, sic quod dictus connestabularius reversus est.
Rex autem cum ceteris venit Antissiodorum. Erant autem in exercitu regis plures mulieres diffamatæ, quæ impediebant armatos sequi regem ; unde puella irata evaginavit gladium quo percussit aliquas, sic quod gladius fractus est.
Cives autem Antisiodorenses venerunt obviam regi, et, mediantibus pecuniis datis domino de la Tremouille, rex civitatem pertransivit non intrando, de quo puella et capitanei plurimum murmurarunt.
Ab illo loco venit rex ante Trecas, et stetit aliquibus diebus ante eam, a qua remeare ad propria concluserat, nisi dicta puella intra triduum villam habituram promisisset.
Dicta igitur puella approximationes et media ad faciendum assultum faciente, illi de villa, habito consilio, ad regem venerunt, et compositione facta quod armati ibidem existentes cum bonis suis recederent et cives obedientiam regi facerent, villa reddita est, quam rex in crastinum intravit.
In qua Anglicis expulsis et capitaneis per regem ordinatis, rex a dicta villa recessit et venit ad dictam civitatem Cathalaunensem, quæ ultro sibi portas aperuit, et ab illo loco venit Remis ubi cum magno gaudio susceptus est, et in crastino per Archiepiscopum Remensem coronatus est, et factus est miles per ducem Alençonii, et dominus de Laval comes factus est, et plures scutiferi facti sunt milites.
Pausatis autem in dicta civitate tribus diebus, rex discessit et venit ad villam de Vely, quæ se reddidit regi ; et deinde venit ad civitatem Lauduneusem, necnon Suessionensem, quæ se reddiderunt regi. Deinde venit ad villam Castri Theodorici, quæ ultro se dedit et similiter Pruvinum.
Tunc dux Betfordiæ audiens hæc quæsivit bellum, quod rex acceptavit ; sed dictus dux audiens regem tenere campos non venit, sed rediit Parisius. Cumque rex deliberaret 639transire Sequanam, supervenit certa quantitas Anglicorum in dicta villa Braii, et sic rex retrocessit et venit ad castrum Theodorici, et de ibi ad vilium de Crespy, et abhine versus Dampmartin. Tunc Anglici de Parisiis exierunt et venerunt apud Mithri in Francia ; fueruntque ambo exercitus quasi dispositi ad pugnam ; sed tandem, escarmuchiis factis hinc inde, Anglici Parisius redierunt.
Rex vero venit Compendium, cujus cives claves sibi ultro dederunt. Rege autem ibi existente, venerunt episcopus et cives Sylvanectenses et episcopus et cives regi obedientiani præstiterunt et similiter Belvacenses.
Hiis diebus recessit dux Bethfordiæ a Parisiis et reliquit ibi dominum Ludovicum de Luxembourg, episcopum Morinensem, cancellarium ibidem pro rege Angliæ. Rex autem Franciæ, ordinatis in Compendio et Belvaco capitaneis, venit Silvanectum et abhinc venit ad Sanctum Dionisium. Et tunc fuerunt varii conflictus inter Anglicos existentes Parisius et Francos in Sancto Dyonisio, quibus durantibus, totus exercitus venit ad dimidiam Leucam prope Parisiius, et fecerunt contra villam Parisius multos assultus, ubi dicta Puella fuit in femore sagitta vulnerata, et si quilibet de exercitu regis ita virilis fuisset sicut ipsa, Parisius fuisset in periculo captionis ; sed omnes alii de captione dissidebant. Tunc dicta puella reliquit arma sua in Sto Dyonisio.
Illo tempore, villa de Langny supra Matronam regi se reddidit. Qua capta, rex, relictis duce Borbonii et aliis capitaneis in villis suæ obedientiæ, per villam de Langny rediit apud Montargis. Tunc fuerunt verii conflictus et captiones villarum et roberiæ multæ inter Francos et Anglicos.
Anno Domini 1430, Johannes de Luxembourg, comes de Hotentiton, comes d’Arondel cum magno exercitu venerunt ad obsidendum Compendium, quod cum ad nolitiam Puellæ, quæ era quæ erat apud Lagny, devenisset, ipsa venit Compendium, et quantum potuit obsidionem impedivit.
Quæ dum quadam vice cum exercitu villam exisset, et incaute nimis a villa se elongasset, à Burgundio circomsepta capta est, unde non parvus dolor fuit Francis ; fuitque dicto Domine Johanni de Luxembourg adducta, qui duxit eam Noviomum ad ducem et ducissam Burgundiæ, deinde perdictum Dominum Johannem Anglicis vendita fuit, et postea ducta Rothomagum, et ibi sive jure sive injuria concremata est.
J Extrait du registre des délibérations du chapitre de Notre-Dame
Arch. nat., LL, 716, p. 173-174.
Traduction : Livre V
Lune quinta septembris.
Visis articulis in registro notarii sub die vicesima quinla augusti pro custodia claustri et ecclesie olim factis, ad ipsos augmentendum, diminuendum et corrigendum deputantur domini de Lanco, Chuffart, Clemens aut duo ex ipsis. Et ipsi videbunt si sic expediat facere provisionem victualium in turribus ecclesie pro conservatione dominorum meorum qui volent ascenderes turres.
Ordinatum est quod domini provisores fabrice ordinabunt et disponent de reliquiis et jocalibus ecclesie conservandis et preservandis a malitia inimicorum, secundum eorum conscientiam ut melius poterunt.
Magister Pasquerius declaravit quod magistri J. de Laneo, P. de Ordeimonte et ipse ceperant in thesauro ecclesie quamdam ymaginem Sancti Dyonisii auream, dempto pede, sufficienter designatam in inventario thesauri, et vendiderant corpus ipsius ymaginis quod ponderabat, dempto capite et dyademate Vc marcas VI encias et V stertingas, 640precio LVI salutorum auri pro marca, et retinuerant pedem de argento, caput et dyadema supradicta.
Placet dominis quod duo molendina ecclesie existentia in coquina Sancti Augustini tradantur ad locagium per magistrum Johannem Chuffart, camerarium clericum, ad ulilitatem ecclesie.
Mercurii VII septembris.
Hodie fit processio solemnis ad Sanctam Genovefam in Monte pro malicia temporis et hostilitate inimicorum sedauda et pacificanda, in qua intererunt canonici Palacii cum vera Cruce. Et est sciendum quod ipsi inimici dederunt insultum contra villam Parisiensem, credentes eam capere et quotquot personas utriusque sexus repperirent in ea, prout juraverant quemadmodum ipsimet asserebant, interficere, et in vespere cessaverunt et se retraxerunt.
In crastinum vero, cum eorum Puella, in qua tanquam in Deum suum confidebant, iterum circa unam horam post meridiem, suum insultum inceperunt, fortissimeque in eodem insultu continuaverunt, fortissime totis veribus dimicantes usque ad mediam noctem, sed obstante resistencia civium Parisiensium cum fiducia Dei et gloriose Virginis, cujus festum in eadem villa Parisiensi honorifice celebrabatur, nihil finaliter fecerunt, nonnullos Anglicos et alios vulneraverunt et paucissimos interfecerunt ; de suis quam plurimos perdiderunt, quorum non fuit numerus cognitus, quia dictum est quod eos combusserunt. Eorum Puella in femore vulnerata fuit, et credo quod propter hoc recesserunt ; etiam una videbant socios suos morientes et mortuos, et mortem timentes retrocesserunt. Dimiserunt maximum numerum boretarum ex quibus volebant implere fossata ville, et aliquas in eis dimiserunt, paucas tamem. Puella defferens suum vexillum venit super fossata, in quo loco fuit, ut dicitur, vulnerata, VIC LX scalas dimiserunt et bene im milia gallice de clayes ; habuerunt ad illa omnia afferendum bene trecentum quadrigas quas ipsimet ad colla trahentes adduxerunt oneratas pisside, borretis, scalis et clayes ; quarum quadrigarum plures reduxerunt ad Sanctum Dionysium defferentes in eis suos vulneratos, alie Parisius adducte fuerunt in crastinum, et reliquam partem comburerunt, quia reperte fuerunt rote centum, quarum residuum earum presumitur fuisse combustum in ipsa nocte ante recessum eorum, et sic vituperose recesserunt.
In Crastinum Dalphinus eorum rex fecit celebrari plures nuissas in Sancto Dyonisio pro rege Carolo sexto suo patre.
K Jean Germain, De laudibus Philippi
Arch. nat., LL, 716, p. 173-174.
Traduction : Livre V
De captura Pontis a Choisi et Johannæ Puellæ (Cap. XIV).
Iterum de campestri bello reditur apud Pontem a Choisy, ad supra Compendium, acriter pugnatur ; præsidium concutitur, petrariis dejicitur, et voracibus flammis cuncta conflantur ; itur ad Compendium magnum hostium præsidium ; advenit Johanna quæ puella apud Francos ad præsagium famabatur ; standaria et belli signa superstitioso anathemate consecrat, in ventum deplicat. Irrumpit in nostros ; sed ab his strata (la chaussée) præoccupatur ; pro mensura ejus diutius confligitur. Nunc hostes compelluntur ad præsidium, nunc nostri se intra castra continent ; alii progressi hostes in nostros irruunt ; per stratam nostri validum immittunt exercitum, depelluntur hostes, equis dejiciuntur, sua frangitur cohors, ad pontem aufugiunt, præcursores nostri vallum subintrant ; ductili ponte in altum ducto, hostes in flumen ruunt ; plurimi humanitate nostrorum cum lancearum adjumento de fluvio emergunt.
Illa obtestanda mulier, mulierum risus et virorum offendiculum, more militantium 641armis contecta lanceæ ictu adverso dejiciitur equo ; sua figmenta pereunt, suæque sortilegæ evanuere artes ; varia gesticulatione sese occultat. Cognita capitur ; principi offertur ; à fidentibus armis exuitur ; quod se virum fuit mentita sexus discernit, nam prælo armorum constrictæ mammæ ad ventrem fluunt ; turgidæ nates ad nænias matrum aptissimam consignant ; gesticulatione tamen atque procaci verborum audacia se virum mentitur. Postremo unde sit et gestorum seriem patefacit, ad Anglos mittitur, et, justitia Ecclesiæ mediante, Rothomagi ignibus adjectapænas debitas luit.
L Jean Jouffroy
Traduction : Livre V
De Philippo Burgundiæ duce oratio
Successit huic bello illud callide vulgatum, temere creditum, miraculum cujusdam virginis quam Franci puellam vocitant. Atque equidem an velut in sacris litteris Debbora mulier populum Israelitem, in spem erexit, haud scio ; quispiamve astutus, cum Franci proceres, altero alteri refragante parere, sua inertia paucos Anglicos fortes etticerent, concitamento istius puellæ usus sit, ut fractos et debilitatos Francorum animos attolleret, præsertim qui, testimonio Cæsaris, rem auditam pro comperta facile habeant ; sive enim, sparso rumore, popularis laus sit consecuta puellam, sive rusticellæ animum ac ex inopia in delicias emergentem mulierem cupiditas gloriæ ut arma ferret instruxit, quæ in hospitio cui servivit docta ligna lapidesque comportare, ac ex Lotharingorum more sciebat versare aratrum et gubernare boves, nichil est scilicet miraculo loci. Nam, quod est in re militari pessimum vitium, confidentia ex aliquot præliorum felicitate Anglos impleverat ; et pauci a pluribus, contemnentes que hostem a procedentibus per disciplinam, facile poterant vinci.
Gratiam vero et auctoritatem Philippo majorem dedit quod Anglos vicerat ipsa puella sub maenibus Genabi, quam urbem Aurelianum appellant ; quotquot viros muliebre bellum timentes illa fugabat, qui per omnes Gallias et Hispaniam arma victores circumtulerunt. Ipsam enim Puellam, ipsam Philippus, quem nunquam larvæ deterrerent, primus apud oppidum Caritatis supra Ligerim, per constitutum ibi præsidium, a processu arcuit, primus ab irruptione in Parisios repulit et solus cepit. Processerat enim Philippus quo deturbaret hostes Picardiam ingressos. Puella vero prope Auxonam fluvium sperans Philippum cum exercitu consistentem, sed deditum venationibus, imparatum offendere, collectis fere sex millibus equorum, per silvas adventans ex occulto repente Philippum nihil suspicantem invadit. Atqui princeps ad verum pulverem Martis instructus, collatis signis, manus conseruit ; impressione vero a latere per sagittarios facta, ad ingenium muliebre puella rediens sese fugæ commisit. Sensit autem nichil prosperum evenire confictis fraudi, videlicet quotiens vera virtus eniteretur.
Nam, quæ invaserat prœstantissimum principem, hæc victa est ; quæ Angelum suæ vitæ comitem se habere jactabat, hæc fugiebat et capta est. Hanc vero etsi hostes Philippi suum columen et stabulum confidentiæ suæ ducerent, Philippus tamen ad se reductam alioquin sprevit et intueri ; quippe intermortuas illorum vires excitasset ; quæ Campamiam, Remos, Senones, Silvanectum ita terruisset, aut illexisset, vix enim dignum se dicebat vicisse, licet ferocem exercitum, cujus dux femina fuerat, et pejores, certe ut de Achille Scripsit Homerus, omnibus malis existimare solet, res simulatas et conventitias.
642Verum cum hanc puellam Carolus Septimus nunc Francorum rex feratur laudibus extollere, et Alexandri tempore, ut ait Cicero, nichil scribere liceret nisi quod Alexandro placeret, cessabo, quod Plautus admonet, pressare vomicam.
M Extrait du registre de la Chambre des comptes de Bruxelles
1er volume des Registres noirs.
Introduction et traduction : Livre V, chapitre VII
Item est verum, quod supradictus dominus de Rotselaer, existens in civitate Lugdunensi super Rodanum, ex relacione sibi facta per quemdam militem, consiliarium et magistrum hospitii domini Karoli de Borbonia, scripsit aliquibus dominis de consilio domini ducis Brabancie prelibati pro novis, quod rex Francorum cum predicto domino Karolo et aliis principibus et amicis suis fecit magnam congregacionem gentium armorum, qui pariter convenire deberent ultima mensis aprilis presentis anni MCCCCXXIX, animo et intencione profiiscendi versus civitatem Aurelianensem, et ipsam de obsidione Anglicorum liberandi. Scripsit ulterius ex ejusdem militis relacione, quod quedam puella, oriunda ex Lotharingia, nomine Johanna, etatis XVIII annorum vel circiter, est penes prædictum regem : que sibi dixit quod Aurelianenses salvabit, et Anglicos ab obsidione effugabit, et quod ipsa ante Aurelianis in conflictu telo vulnerabitur, sed inde non morietur ; quodque ipse rex in ista estate futura coronabitur in civitate Remensi, et plura alia que rex penes se tenet secreto. Que quidem puella cotidie equitat armata cum lancea in pugno, sicut alii homines armorum juxta regem existentes. In eadem siquidem puella prædictus rex et amici sui magnam habent confidenciam, prout in litera dicti domini de Rotselaer plenius continetur, que fuit scripta Lugduni supra Rodanum, supradicti mensis aprilis die XXII. Et quidquid dicitur de prædicta puella, et que predixit, ita evenerunt. Nam obsidio ante Aurelianis fuit levata, et Anglici ibidem vel capti vel occisi vel effugati (sunt). Rex fuit Remis coronatus, et fere omnes civitates, castra, villas est municiones illius regionis, fugatis Anglicis, ad suam obedienciam reduxit in estate supradicta.
N Bedford constate dans un rapport officiel que les revers des Anglais en France datent de l’apparition de la Pucelle
Traduction : Livre V, chapitre VIII, § VII
My right doubted and Soverain Lorde, lyke it youre Hieghnesse to be remembred, how that not long agoo, for dyscharge of my selven as towarde any defaulte or blame that by any suggestion or informacion, suche as yne have yave matere ne cause to, myght to the hurt of my nane or fame, or withdraught of youre gracious benevolence and favour, withoute my desert, be layede upon me, touchyng my demenyng in the governance of youre Reaume of France, I declared myself and my demenyng in youre saide Reaume of France, by a writying departed into certaine 643Articles ; the whiche writyng with all humbiesse y presented to youre Hieghnesse. In the whiche, for declaration of the conduyt of the werre in youre saide Reaume, for the tyme of youre noble Regne, hit is contened and is soche, that after the decesse of my Lorde youre Fadre, to whoos Soule God doo mercy, by the Grace of God, and by the gode labour and diligence of youre trewe Men and Servantz there, and me oon of hem, wyllyng to doo the goode that Iconde, divers grete and faire dayes. And victories were hadd there for you and in your querell upon your ennemys, and youre obeissance theire notably enlargissed and encresed and brought thereto greet partie of Boye, Champaigne, Aûcerroys, Doûziout, Nyvernoys, Maconnoys, Anjou, Maine ; and alle thing there prospered for you, til the tyme of the Siege of Orleans, taken in hand God knoweth by what advis. At the whiche tyme, after the adventure fallen to the persone of my Cousin of Salysbury, whome God assoyle, there falle by the hand of God as it semeth, a greet strook upon youre peuple that wos assembled there in greete nombre, caused in grete partie as y trowe, of lake of sadde beleve, and ofunlevefull doubte that thei hadde of a disciple and lyme of the feende called the Pucelle, that used fals enchauntements and sorcerie, the whiche strooke discomfiture, nought oonly lessed in grete partie the nombre of youre peuple there but as wel with drowe the courage of the remenent in merveillous wyse and couraied youre adverse partie and enemys to assemble hem forthwith in grete nombre to the whiche divers of youre greete Citees and Townes as Reyns, Troyes, Chaalons, Laon, Sens, Provins, Senlis, Laigny, Creyl, Beauvais, and the substaunce of the Cuntres of Champaigne, Brye, Beauvoisin, and also a partie of Picardie, yolde here withoute resistence, or abode of socours ; howe were it that incontinent after the saide discomfiture of Orleans, I doubtyng of theire discouraies, sent to thayme divers your Conseillers of the same Cuntrees, offryng hem garnison of Men and Socours. And over this with thoo that were left me of youre peuple, forthwith the refresshyng of the retenue that myne Oncle the Cardinal hadd made for the Chirche, the whiche was notable, and eam thider in full good seison, sett and kept my self o ye feelde divers days, ayens youre ennemys, that purposed to have geten the remenaunt of the Cuntree. I redy there to have employed my persone in youre querell, and to the sauvacion of your Lande, and of youre trewe Subgetts there, and Sidde therto the goode that y conde ; so that with Godds grace, it shal not be fonden that ye have lost in my defaulte the said Citees, Townes or Cuntrees ; the lose and departyng of the whiche, and the neghing and dayly prees of the Werre therby to youre gode Toune of Parys, and to the remenant of your Cuntree of France, youre Subgitts of the same neither myght tille theire Lands, ne theire Viegnes, ner occupie hem with bestaille, ner otherwyse, ner yuneto hemselfe, ner outter any kyns of Merchandises hath dryven hem to an extreme povertee, suche as thei may not long abyde ; as it is not unknowen into youre Counseil that was wich yowe but late agoo in youre saïde Reaume ; and causeth hem that with alle her hertes desire to kepe hir trouthes and obeissance unto you, to aske of yowe for non power of thayme self more chargeable and abydyng socours than, ever thay didde before and made me with ofther of your Counsaille of youre Reaume of France, to assemble at Caleys, with my Brother and other Lordes of youre Counsaille of this Lande ; and for lakke of Comfort there emonges other causes that moeved me, 1 cam into this youre Reaume, to shewe this unto youre Hieghnesse, to th’entent of provision to be hadde ther upon, suche as it shulde lyke you by th’advis of youre Counseil here to ordein.
644P Chronaca del N. U. Antonio Morosini Q. Marco
D’après une copie du manuscrit MMXLVIII de la bibliothèque Saint-Marc à Venise, revue sur le manuscrit original N° 6587 de la Bibliothèque impériale de Vienne.
Corando MCCCCXXVIIII in Veniexia
I.
(Pages 969-975, fos 501-502653.)
Copia de una letera manda el nobel homo ser Pangrati Zustignan ady x de marzo da Bruzia a so pare miser Marcho Zustignan, rezevuda ady xviij de zugno : dixe in questa forma.
Miser, ady iiij de questo v’ò scrito, e per le mie ve ho avixado, e dadove a saver l’asiedio di nemixi fortisimo eser stado da torno d’Oriens, zia per ano uno e mezo. Al qual luogo per simel ve scrisi fo morto d’una bombarda el conte de Sanlinbem chapetanio ioro, da può la morte del qual sempre i diti ingelexi, fato so poder chon dener e con zente, plu forte l’asiedio loro faxeva, e sy per vendegar la morte del dito signor, chomo eziandio per otegnir la pugna loro, che al vero se i diti avese prexo Horiens, se podeva de lizier al tuto farse signory de Franza, e mandar el dolfin per pan a l’ospedal, di qual ingelexi è dito ala ziornada i se feva plu forti al dito asiedio, e aveva fato xiij bastie fortisime, e quasi inespugnabele ; per la qual cosa quely d’Oriens manda al ducha de Borgogna a rechomandarse, a quelo voiandoli dar la tera liberamente, del qual signor i dè de bone parole, e diseli al so poder i otegneria con el rezente de Franza so chugnado boni pati per loro, e anchora per so cuxin el ducha de Oriens, ch’è prixion in Engletera, e trovandose lo dito signor a Paris circha la fin de l’altro mexe a parlamento chon i rezenti, voiando hotegnir da luy che l’asiedio se levese da Horiens chon questa chondicion, che luy per nome de so cuxin d’Oriens voleva meter governadory, e che la mitade de l’intrada fose del re d’Ingletera, e de l’altra mitade fose del ducha d’Oriens per so viver, e che la tera fose senpre al comando loro de intrar e insir al so piaxer. E oltra questo, che quele comune fose tegnude de dar hogni ano x milia schudi al dito riziente per ainplir ai servixij dela so vera, de che in choncluxive parando al reziente che Borgogna li desplaxeva la dita tera dovese vegnir in le suò man, e crezando averla asediada per muodo che in brieve loro credeva averla, respoxe el ducha de Borgogna che in algun muodo queli non intendeva che le tere che aspeta ala corona de Franza dovese capitar in man d’altry cha del re, agrevandose d’amiracion, conprendendo che Borgogna uxase tal parole, conziò sia che’l deveria eser coluy che plu fervente fose a tal caxion cha algun altro, anzi i pareva el contrario, e che plu tosto el cerchase al bendel delfino, ch’a quelo del re d’Ingletera e suò, e segundo sento fra una parte con l’altra de fo de grande e asè parole, ma tanto se sa che de Borgogna quelo se parti da Paris non ben desposto, e circha di x da Paris largo de la parla a l’anbasada d’Oriens e diseli, chomo la cosa iera pasada, choncludendo, che lo dito delfin chon tuta l’altra parte seria ben tristi e da puocho si non se valer ; e meio darli baldeza, e darli a intender che in alguna cosa i non sende inpazeria. El conte signor de Borgogna è vegnudo qui, e anchora in questo dy eser, crezo, per dilatar tenpo e cetera.
Da può se a novela vene da Paris e per letere e per mesy e per marchadanty e per plu vie, e avemo son verisime, como a iiij. di de questo mexe, tuto el sforzo che pote far el dolfin, che se raxionava eser xij. M. boni chavali, di qual è chapetanio Carlo de 645Valon fio del ducha. E aprexentase zià gran tenpo, e anchora de la son, e questi a per muier la fia del ducha d’Oriens, e anchora uno hastardo del ducha d‘0riens con la dita giente, per persone sfiorade, meso aver asaisima vituaria dentro la tera, e ogni ziorno moltiplicava del meter in el canpo scharamusando, e da può ady vij. del prexente a mezo di si ave una altra grosa bastia fortisima, che iera dala riviera verso l’altra cirnera, la qual dale altre bastie non se podeva aver secorso, e bem che de niente i l’asaltase e de gitar fuogo artificiado dentro, fo intro tuti una per muodo che la fo tuta arsa, e tuti i gelexi che iera dentro se bruxia, siando stady plu de vj. c. de tuta la fior. Tute le altre bastie restava, che iera xij., tute fo prexe, e che per tute, se i omeni non fose schanpadi da CL, tra i qual franzeschi e ingelexi, tuti iera morti, e alguny puochi prexi, e di suò capetani alguno non se sa che sia morto, e de prexi, fra di qual è el conte de Salsalfoz e el conte de Taborz, el sire de Schales, e molti altry signory, homeny de prexio e de molta fama, e de bonbarde e balestre e pavexary chon molty altry signory stady e d’onor.
Como vien dito, da tuto l’asiedio del mezo ano stado, notove chomo poderè saver, nome che circha MV de queli se raxiona eser retrati a uno castelo he circha lige vjj. largo d’Oriens, e chi dixe largo da quele asediade da quele del dolfin, e a hora fe vostro conto el se dixe, e chusy eser la verilade, zià durada la vera per ani xvj. non n’ave chusi cativa ziornada, e Dio sa se tuto questo paixe golde de tal novela, e chi me domandase in secretis, non crezo men piaxer de altry ne senta el signor ducha chè qua. E questo perchè per luy fa che questi ingelexi sia arquanto batudi, che ly son potenti, e ly altry verizando se vada chonsumando con grando afano, e Dio che può tuto, sia e priega al bem di Cristiani, ma tanto ve digo che se Borgogna volese solamente pur de parole favoriziar l’altra parte de gente, no vargeria tra qui e sem Zane, ch’el no se troverave in Franza uno ingelexe ala ziornada s’aprexentase.
Davanti da questa nuova a ziorni XV. e anchora da può, senpre s’a dito molte cose de molte profecie eser trovade qua a Parixi e altre cose che confano al dolfin, quelo dever grandemente prosperar, e in veritade me refaceva, e insenbre de opinion con uno italiano de tal condicion, e per molty se ne feva de plu bele befe del mondo, e masimamente de una procela vardaresa de piegore nasuda de verso la Rena, andada quela per mexe uno e mezo in verso el dolfino, e altry propio, e non ad altra persona quela aver voiudo favelar. E in concluxion li propoxe che Dio a luy la mandava e che de certo li dixe, che tra de qua a sem Zane del mexe de zugno lo intreria in Paris, e dar bataia a ingelexi, e che de certo Lu seria venzedor, e intrerave in Paris, e serave incoronado, e apreso ch’el devese far so sforzo de giente e portar vituaria a Horiens, e dar bataia a ingelexi, e che de certo el seria venzedor, e l’asiedio leverave con gran confuxion, e claramente da l’altra parte de gran fati ve poria mentoar quelo, per quela ve poria mentoar, aver abudo per queta vixion e feme star mi con tuti i altry sospesi, e io me truovo aver letere de marchadanty demarchadantia,ch’è in Borgogna, de xvj. de zener, l’è contra de questi fati e de questa damixela, e ady xxviij l’a refrescha la dita nuova per una altra letera, e dixe che la dita dixe, da zente de fama a puochi ziorni serà levado l’asiedio, e cetera.
Le qual letere per ora ve o dito davanti, de ponto in ponto, chomo son sta scrite che la dixeva, e chusy eser seguido de fina sto ziorno, e dixese che colory el scrive è uno ingelexe che se clama Lorenzo xxx, che Marin bem cognose, persona da bem, e discreta in muodo che lu scrive de tal cosa ; vedando quel se dixe in le letere de tanti onorady homeny de gran fede fame deventar mato, fra le qual cose dixe de vezuda per simel caxion eser sy patente molty baroni la tegnia, e par che altre persone comune sia vezudo in fina qua, epuò dixe molti averla voiudo gabar, che seguramente son morti de mala morte, hor in el fine, i dixe, che io diro v’ò contado, ma tanto se vede claro la vituoria senza contrario e desputacion chon maistry in tolegia, che la par che la sia una altra santa Catarina che sia vegnuda in tera, in però che molty chavaliery, holdando raxionar e dir tante mirabel cose, e da nuovo hogno dy apar 646eser gran miracolo, abiandola aldida raxionar de tante notabel cose de quela.
Avanti per i franzeschi a Horiens vegnudo chomo de la s’à dito, si che non so quelo me diga, nè debia creder, salvo la posanza de Dio eser granda, e s’el non fose la letera ch’io ò rezevuda de tal caxion de Borgogna, niente ve ne diria, perche a l’orechie di auditori pluy tosto le par favole, che altre cose sia, e como le ò conprade cusy ve le vendo.
El maridazo de Borgogna in la fia del re de Portogalo è fato, e cusi seria de lizier cosa la dona vegnise chon le nave o galie ; credo, segundo se dixe, questo signor vignerà, farà magnificha festa, e tiense el sera in questa festa.
Fo dito da può, die far la dita damixela do altry gran fati, e quela da può die morir ; Dio i’npresta aiudo, e como vien dito per tuty, e nuy non desmentega per longa vita e bona con alegreza. Amen. E ady xviij zugno è dito, miser lo dolfin de manda una letera al papa de Roma.
II.
(Pages 977-978, f° 502.)
Da può sabado dy del mexe de zugno da maitina, in lo di dela aparenzion de sen Marcho, avesemo da Broza per letera rezevuda miser Marcho Zustignan da so fio ser Prangati de dy iiij. de zugno, ly scrive dela rota dada per miser lo dolfin a ingelexi, e de loro prexi e morty da plu de MD in MM e apreso quelo aver abudo uno altro fortisimo castelo d’ingelexi, sozianzando la novela per ordene avanti dita eser vera. E dy fati dela damixela andar prosperando molto meio ; fata la so letera in Broza ady iiij. zugno, e de qua rezevuda ady xxvj. de quelo mexe.
Apreso avesemo una letera aver scrito miser lo dolfin da Paris a miser lo papa Martin xj. (sic) da Roma, el tenor de quela non se à anchora sapudo, ma la copia s’à dito per miser Polo Corer da i suò da corte la puo aver abuda, e notificharola per ordene in questo libro, da puoy avila per letera, la qual no è de mestier notificharla per caxion la se contien sovra uno tenor.
III.
(Page 981, f° 503.)
Con el nome de l’onipotente Signor eterno Dio, ady xiiij. del mexe de luio, e per molte letere vegnude, e scrito si a da Vignon a Veniexia, como ady xxiij. del mexe de zugno de l’ano de MCCCCXXVIIII, per uno nobel homo miser Zian da Molin, miser lo dolfin insenbre chon la damixela clamada per name Zanis, inluminada del Spirito Sancto, da Dio inspirada, ady xxiij. zugno intrase in Roan e aver d’acordo la citade, e ingelexi fugise e insise de quela per muodo miracoloxamente, e per lo dito signor e re perdonase a tuti, e pacifichase con lor, e da può a xxiij. in el mexe de zugno in la festa del biado san Zane Batista gracioxo, à zionto lo dito in Paris ; tuti ingelexi insembre el ducha de Borgogna insido di fuora pacifichamente ; insembre può la damixela e miser lo dolfin chon meso i suo baroni e cavaliery in Paris prosperando e confortandose clamado fo mazior signor per tute le tere e chastele e vile de Franza ; fato fose notabelisime feste confortandose con la donzela, e quelo perdonando a tute giente, non se arechordando plu de l’inzurie di engelexi con i franzeschi aver rezevude, e tornady tuti a contricion de penetencia in direta choncluxion, bona e perfeta paxe, la dita donzela fexe questa rechonciliacion in questo muodo, che per uno, over in do ani, i franzeschi e ingelexi con el Signor dovese vestir de pano beretin con la croxieta suxo cuxida, e de dover dezunar per tuto quelo ano, el venere di dela setemana pan e aqua per ogni domada, e de star tuti insembre in colegacion con le suò muier, e de non dormir plu carnalmente con altre done fuor del suo patremonio, prometando in Dio, da questo tenpo in avanti de non voler nè uxar descordia alguna de vera per nisuno muodo.
E da può questa damixela aver dito a miser lo dolfin voler andar a Roma per farlo incoronar dela so corona de tuta Franza, e avemo in futo l’a dito eser seguido dela dita damixela trovade senpre invardada in so fermeza, vegnuda per verificar magnifiche cose in questo mondo. Amen.
647IV.
(Pages 983-986, fos 503-504.)
Copia de una letera mandada per lo nobel homo miser Zan da Molin da Vignon ady xxx zugno, la qual el scrive in questa forma como diremo per avanty.
Io ve voio dir d’una zentil damixela dele parte de Franza, anzi a dirve meio d’uno zentil anzolo che da Dio eser vegnudo e mandado a rechonzar el bon paixe de Franza, che zia perdudo iera, che abiando abudo la damixela, per nome dita Zanes, siando stada in infinity luogi revelady a ingelexi, la dita ande a una tera se clama Bonacin, e manda a dir al capetanio Tabot, segnor ingelexe, che ly dese la tera ; non volse, de che el conte Sofort, signor ingelexe, per nome dela damixela, tanto fexe, che iu i dè la tera, e voiando intrar dentro, resalvado la persona con el so aver, vene da può a inclinar ala dita damixela, e zuray che may la so persona non s’armerave may contra el Re de Franza, e chusi a quelo li de licencia, e partise. Da può el trovase per camin uno fantin ngelexe, che fono asunady de lingua raxion de Franza, per vegnir a trovar la dita damixela, de che no ostante lo dito signor dito Tabot, che aveva zurado de non prender arma contra la corona de Franza, se mese luy e la so conpagnia a insenbre con ingelexi, e la damixela chon bon cuor dise : andemo a trovarli, che i ronperemo ; e cusy fo, e vene ala bataia, e dura asay, e ala fin el de fo morti chi dixe iijMVC, e chi diga iijM, e de prexi altry tanti ; di qual non de schanpase homo, ch’è grande meraveia, e che dala parte dela donzela non de mori xx persone ; e fonde morti tuti i capetani, el signor de Schale, e di altry asay, salvo Talabort romaxe prixionier, ma feve vostro conto, che tuti i luogi son rendudy fina apreso Paris, zia Orlens, Rens, Ziatres, chon molti altry luogi, io non me recordo, ma io tegno de certo, che infina questo dy el dolfin sia a Paris, che abiè, siandonde morti tanty ingelexi, e prexi lo resto, quali die eser smaridy, el ducha de Benfort, ch’è in Paris, aver mandado a domandar secorso dal ducha de Borgogna, avemo non i a mandado ninte ; io intendo ch’el sia taiado a peze, s’el no s’averà reparado via da fuzir. Parme de queste cose sia de gran meraveia, che in do mexi che una fantineta abia aquistado tanto paixe senza giente d’arme, che ben se puo cognoser, che per vertude umana non può eser questo, ma da Dio eser piaxesto, considerando la longa tribulacion abuda el plu gentil paixe del mondo, e queli che son pluy cristiani, cha giente del mondo, parandoy che Dio abia purgady i suò pechadi e la so soperbia a voiudo che sul ponto dela so final destrucion Dio con la soa man aiudarli, che non iera posibel ad altry de farlo, che ven654 prometo s’el non fose sta Dio zio, el non pasava do mexi ch’el dolfin chovegniva fuzir e lasar tuto, el qual non aveva da manzar, ne non aver pur uno groso da sostegnirse con homeny vc d’arme. E vedè con che muodo l’à aidado Dio, chomo per una femena, zioè Nostra Dona Sancta Maria, che salva l’umana generacion, chusy per questa donzela pura e neta l’à salvado la plu bela parte de cristantade655, ch’e ben uno grande esenplo dela fede nostra, e si me par che questo fato sia el plu solene656 che fose zià vc any, ne non sera credo may, che ogni omo vedera e vivera ; con tuti i signali adorarla per lo proposto de Paris, che non de podeva andar e c’andado, si che io crezo che infina a questo dy quela abia plu de XLM. persone la siegue, si che vede como ingelexi porà resister, che quanti de vignerà davanti che la manaza, chazera morti in tera ; e queste son cose che par incredibile, e io insteso son stado asè a crederle, ma pur in efeto son vere, e hogni omo li dà fede. La glorioxa damixela promeso a dar al dolfin de donarli la corona de Franza, uno dono che valera plu del reame de Franza, e apreso declararli de darly la conquista dele tere sancte, e serà de soa conpagnia. Como se dixe, sera tante cose, che’l no me basteria uno dy a scriverle, ma ala ziornada se vedera meio, e aldirè dir in puocho tenpo le grande cose che l’averà a far, che sono tre altre, oltra del meter del re in Franza in caxa, ziaschaduna plu granda asè de questa, e Dio de lasa veder tanto che nuy vezemo, e posando veder tuto.
648V.
(Page 987, f° 804.)
Copia de una letera da Marseia de xxviij de zugno.
Piaxeme asè che abiè vezudo volentiera i miracoli grandi dele novele de Franza, le qual son stade vere, como da può vu avere657 sentido, avixandove da può i fati d’Oriens, e apreso de molty casteli e tere inespugnabele, e molta giente prexa e persa e tuti scanpady con tuti capetany principali,e almen davin VJM. ingelexi, in forma che puochi ne resta in Franza, e raxioneve658 che’l dolfin per vertude de questa damixela aver gran posanza ; e tuti tirady ala via d’Oriens per incoronarse, e stimo che avanti san Zoane serà stado incoronado ; che al ziorno dito sia dentro a Paris, de che cusy piaqua a Dio Nostro Signor, ma longo seria a scriverve li miracoli grandi che continuamente à fato e fa questa damixela. E abieme per schuxio con paciencia se plui avanti non scrivo, ma de altro tuto seguira ve darò a saver…
VI.
(Pages 988-1000, fos 503-505.)
Nuove de Zaneta poncela vegnuda in el reame de Franza in l’ano de Mccccxxviiij.
Dela qual de avemo tante letere de Bertagna de iiij de zugno per letere per persone degne de fede che s’a vezude ascholtar e afermar sy per questa via, como per molty altry l’a vezude. E in sustancia ve dirò de queli che son cose miracolexime [sic], se cusy son, che quanto per my esendo quela dela vita vien dito, crezo la posanza de Dio eser grande, e cetera.
La dita ponzela è de etade de ani xviij o circha, in el paixe dela Rena ale confine de Franza, che iera begina, guardatrixe de piegore, nasuda de homo de vilazo, che in el principio del mexe de marzo partandose quela dela soa greze, e fato pregar Dio e suò parenti e de zentilomeni chon lie, i dity sen contradicion li consenti, dizandoy che per inspiracion divina li moveva, e cetera.
Vegnuda la dita davanti la prexencia del nobel principo Carlo dolfino, fiol del re de Franza ultimamente morto, nolifichandoy per parte de Jexu Nostro Redentore che a luy piaxeva per tre caxion, le qual, como lie a quelo dexiva, cusi seguiria se ferma fede dese quelo re, ponendo la vita se loro s’amendase e governase segundo lie, mediante la gracia de Dio, per chomandamento de quelo l’iera659 mosa.
Prima l’iera vegnuda per levar l’asiedio, che ingelexi tegniva a Horiens, segonda per incoronarlo liberamente de farlo re de tuta la Franza e sue apartinencie, terza de far la paxie tra lu con ingelexi, e anchora che’l ducha de Orliens esia de prexion d’Ingletera per amor, ma questa ultima parte conclude cosa, che se la mixiericordia de Dio non se mete, sera forte cosa a seguir senza grandisimo spargimento de sangue d’una parte e de l’altra, e ultimamente non contradiando ingelexi a render el miser di Oriens, per forza pasera in fina in Engletera e contrazeralo al so despeto, suzugando i diti ingelexi con infinita soa vergonza e dano.
Vezando el dolfino dir tute cose (sic) de bocha de una fanzoleta, de luy se ne fè befe, credendo lie una paza e indemoniada, e tanto ardida, e de lie vezudo che ale suò parole non n’iera da darli fede, si dise che lie notifichase le dite cose, che altry cha Dio e luy non le savarave660, per la qual caxon, lu fato asunar molty savij homeny, e incomenza a raxionar chon ela, e a provarla per moity muody si in le mixierie del corpo e in el so parlar a queli661 zentilomeni fermar d ogni cosa, e ultimamente per gran maistry in tolegia per spacio d’uno mexe, e può ultimamente concluxe, veziando la soa vita, e chostoro principalmente el parlar e responder ale proposte fatoli per queli e dite, questa tal criatura non eser altro cha santa e serva de Dio, tuti tegniva consiono el delfino alie de tuto el so chuor li volese creder, e molte altre cose per mie vien scrito, e anchora de qui se conta, che avanti che ly se credese a quela, i ave 649molte pruove, tra le qual, voiandose la dita comunigar, el prete aveva una ostia sagrada, e l’altra no, e quela che non n’iera sagrada li volse dar, e quela la prexe per la man, e diseli, quela non n’eser el Corpo de Cristo so Redentor, anzi iera quelo che’l prevede aveva meso soto el corporal.
La vita de chostie non n’è altro cha do onze de pan al ziorno, e beve aqua e, se pur beve vino, mete tre quarti d’aqua, e ogni domenega se confesa, devotisima, pientisima, e sinplicisima, tuta plena de spirito Santo. Volzè.
Quela a chomendacion adalguno in sustancia si e, che la dita vuol lie con i suo capetanij e signory dela corte sy sia confesady, e sy se confesa a fornicacion, e con tute le donzele, tra le qual, queli e quele che va contra Dio, i so corpi stady plu crudeli e plu chativy homeny che fose may in ogno vicio per lie averli reduti insembre con i altry ala soa volunta che i non perichola, ch’io non me estendo de recontarli, e vegnir aia mixiricordia de Dio, de soa salvacione.
Subito fato lie capetania e governatrixe de tuta l’oste del dolfino, la dita comanda che nisuno non fose sy ardido che prendese per forza dai suo suditi alguna cosa, se non fose pagada, e altra mente caza a pena dela vita, e molty altry comandamenty, tuti honesti, non me estendo de rechontarli e cetera.
Apreso volse che nel comunegarse fazeva el dolfino con tuti i suo suditi lagremando, e a provarse e a prometerse liberamente e de buom cuor a perdonar a hognomo che ly fose stado contra, e so innemigo e rebelo, e rebeli, e che tute le tere d’onde i diti intrase, fose con bona paxe, senza fare vendeta adalguno, nè ale persone, nè a l’aver, denotandoli cose con bocha, e dixese, e con el chuor i fese e con le huovre i fese el contrario, tuto el dano seria so, e che de certo in pochisimo tenpo el dolfino con tuta la soa giente de Franza, senza piu eserde remiedio de romagnir, d’onde, fazando questo, in brieve de tenpo Dio i daria bona gracia per la so mixiricordia, e farial signor de tuto el so paixe.
Spante le novele de costie per i paixi circhonstanti de Bertagna, se mese uno baron di mazior del paixe, che se clama monsignor de Rais, e quelo andadola a trovar, el zenero de i allry capetanij, rezevudo, oservando la vita loro, e per letere fo Iete, el ducha so prior cavò di i altry a proveder de levar l’asiedio iera a Oriens tutavolta, e stando lie a canpo con tutala giente a comandar che a ziaschun se facese prestararme per sechorer la citade d’Oriens, e questo circha lo mexe di avril.
La dita damixela se fexe far arme a soa persona, e chavalcha, e va armada de tute peze, como uno soldado eplu meraveioxamente, e par l’abia trovado una spada antigisima, che iera in una gliexia, sovra la qual fi dito aver viiij croxie, nè altra armadura porta quela.
Porta anchora la dita uno stendardo blancho, suxo el qual è Christo Nostro Signor meso in maniera de Trenidade, e da una man tegnir662 el mondo e da l’altra benedysie e per ziaschaschuno lady è uno anzelo, che prexenta do flori de zii, tal chomo queli porta hi reali de Franza.
Mesose la dita in ponto chon circha iJM. homeny da pie e da cavalo, e apareclada molta vituaria a refreschar de vera, bonbarde, e veretoni, e per simel altre cose, per avanti la se movese ; per suo araldy i manda a dirli a ingelexi per tre volte i se dovese levar da canpo, altramente capiterave663 mal, e quela mentoando per nome tuty i suò capetanij, fra i qual nomeneva el sire de Tabort, Ruxint e Astolfo, el conte de Schales, el Conte de Sufuc. Clais dal Sue de Molin, che tuti iera al dito asiedio, i quali da lie de loro se ne fexe befe, e mandali a dirli che l’iera una ribalda e incantatrixe.
Udita Zaneta lo desprexio fatoli da queli, comanda che ogni omo se fazese inprestar arme e recherir aiuto, e dito questo se contase per conto i non fose plu de iJM. persone, dove ingelexi fose plu de vjM. e quela confortay per muodo che iera tutij soficienty 650per XM senza algun ripolso, e la dita ponzela chon tuta la so conpagnia pasa davanti ingelexi per quelij che niente serave stady suficienti per quela a contrastar a mile, e entrase con le vituarie e refreschamento dentro da Oriens, che may ingelexi non ave argumento a muoverse ; bem cridava contra la dita a dirli vilania, e che l’iera una putana e incantatrixe, e de gitarli driedo molte piere de bonharde hover da mangano.
Refreschadi chi fo hogni omo insembre con queli iera ala varda dela tera, che iera el bastardo de Aliens e altry capetanij, circha persone ijM.vc. in suma, ladita comanda che ziaschaduno se fese imprestar arme, e andando quela senza alguna paura, confortando, che alguno non dubitase perchè i fose men zente d’ingelexi, e che Dio iera dala parte soa, e in concluxione insidi de fuora el merchore dy avanti, la caxione quela anda davanti una dele bastie d’ingelexi, dove iera vjc. conbatanti fortisimi e inestimabely, e tuto quel ziorno la conbatè, e feli puocho dano, che circha una ora avanti sera, esendo la giente soa là voiando quaxi tornar, la dita fè vista vardar al Cielo lagremando, e può de brieve tuta rechomandarse crida, che ziaschun fose artento ad ascholtarla e, dise, che ai suò innemixi l’iera sta levado le forze con parole cridante e che a loro ingelexi queli i feri e perse la dita bastia, su la qual iera ingelexi vjc, con le man suò, che i pareva eser prexi e morti, ala qual scharamusia de morise x franceschi, e retornadi dentro se reposava664 tuti. E la zuoba dy, che fo l’Asension, dixese, insese665 de fuora, e in quelo ziorno fo la a sovra a veder lor dele dite bastie, che iera viiij, che nisuno non fo sy ardido de aprosemarse a lie per paura, ma ben li dixeva vilania, e lie umelmente li respondeva chi se devese levarse, e altramente ly faria tuti la mala fin.
El venere dy, suxo la terza, insy la dita fuora con el stendardo so in man e, seguitada da tuti, vene a darli l’arsalto a una altra bastia, che iera la plu forte, e tuti avixa che’l ponte, che pasa la riviera, su la qual iera Clavis de l’engelexe con plu de VC, e in proceso de iiij. ore, desfidandose ingelexi con i franzeschi, posandose retirar l’ingelexi de là dal ponte, non se posando plu retrar, el ponte se ronpe e cadese in la riviera Clais capetanio chon plus de ccc, e tuti s’anega666.
Notè, che la dita fo ferida de uno vereton in la gola, edixese quel ziorno la dise ai capetanij suò la seria ferida, ma che la non averave mal de pericholo ; a so bontade di capetanij ingelexi se schontrono insenbre, e si se fè forti suxo una bastia dele plu forte, che se clama Londos, ala qual quel ziorno insy de fuora la dita donzela con la soa conpagnia, e in concluxion la l’ave per forza, e fonde morto el sire de Moliens so capetanio d’ingelexi, de che la damixela magina lo resto del canpo diingelexi abandonase tute le altre bastie, e andesene via plu cha de paso, e chusi fo levado l’asiedio da Horlens per la damixela dita, mediante Dio glorioxo.
Avixandove, che tute le bonbarde e tante clave e altry apareclamenti in zenere aveva ingelexi, lasono per schanpar, e tute fose prexeper i franzeschi, e avemo coluy che scrive de Bertagna dixe che i sia andady al ducha de Bertagna, hover el fiol deveva andarde a scontrar la damixela con vc. bertoni, che iera retornadi in Bertagna, quel monsignor di Oriens se feria forte.
Le infrascrite nuove infina qua son quele scrite de Borgogna, e anchora plu per altre vie simele, e anchora plu novelade e oldide de bocha de molti, da molte nacion, che viene chi da uno luogo e chi da l’altro, tute se concore costie far miracoli da puoy con el dolfino ; io, per mie, como ho dito, la posanza de Dio eser granda, non so quelo me diga de qua a creder, e chi el contrario credi, ziaschaduno eser in so libertade, che l’uno ne l’altro non de dana, ma tanto è, che’l dofino ala ziornada va prosperando granmente, per muodo che le quaxio posibel acrederle a respeto de quelo ingelexi l’aveva reduto, como se vede ch’el non podeva pluy.
A Paris, per l’anbasada del maistro de Sasidis è stado trovado de molte profecie, che 651se fa mencion de questa damixela, fra le qual è una de Beda in Alexandria che queli l’aquistase e intendese a uno muodo, e uno a l’altro ; la dita dixe e trazele per queste parole dirò qua de soto…
Vis Comulcoli bis septem se sociabunt Galboniopuli bella nova parabunt Ecce beant bella, fert vexila puella. | 5 100 2 1 5 1 100 5 100 1 1 1000 101 5 2 — 1429 |
Da può levado l’asiedio da Oriens, se retrase in uno castelo el conte de Sabort, e zionse in tera homeny viiijc, in el qual castelo, che se clama Zerzco, e circa a xv. de mazo la dita damixela con la giente in siando a meter l’asiedio, in choncluxion l’ave per forza con tuti prexi e morti, e romaxe prexo lo dito conte con uno so fameio e altry asay cavaliery, e morto uno altro so fameio, a questa vituoria e a xij. de zugno, lo so capetanio d’ingelexi con tuta la so posanza sy d’ingelexi e franceschi fo per eser ale man, e dixese i franceschi iera circha iiijM. a cavalo ; avanti s’acomenzase a scontrare con ingelexi, e de prexente voltasey le spale senza far defexa, de che non fo may oldido dir, e dixese da può se ne trova la dita damixela con tuta la so conpagnia, e in concluxion non è schanpa dala parte diingelexi viijc. persone, e prexo el sire deTabot, el sire de Schales e molty altry signori, si che prendene in puocho tenpo, la fexe espresisimy miracoli e infinity del dolfino.
El regiente e intorno Paris e a mandado a Borgogna lo secora, e abie tuto se perde, per la qual caxion de vegnudo novela una granda anbasada per parte soa, como per parte de quela comunita, che secorso queli i voia dar, e cusi ne e in tuta Ingletera che proveda de quel riame.
Fo dito, e chusy credo, monsignor de Borgogna mandera in questy do dy verso Paris con gran giente. E molte cose se raxiona, chi dixe per eser a l’incontro con el dolfin, e chi diga per tratar acordo tra lu e ingelexi ; non so quelo me debia creder dela predita ziornada, al seguirlo saveremo meio.
Io m’aveva desmentegà, e altro non n’ò a dirve, ma como se scrive de Ingletera per persone, homeny iijM. per andar in Franza, per plu de queli iera soldady del gardenal per andar incontra i Usi, che fi dito sera homeny circha vjM. in suma.
Monsignor de Borgogna è andado a Paris, e là dixese per far acordo, e chi dixe per eser contra el dolfin, so parente ; del seguir per tenpo se savera per altre vie.
De Ingletera a bocha per ingelexi, e altry se dixe, el ducha de Orleans, che xe stado in prixion zia any xviiij667, eser schanpado e andado al re de Scocia, el qual re faxeva questa giente per retardar in Franza in favor del dolfino, con una soa sorela l’à maridada in el primogenito del ducha, e tiense questa novela ferma, ben che non de sia altre raxon, nè ancora letera alguna.
Scrito fina qua, el fante a induxiado e eve letere da Londra da primo de zugno, che non fa mencion de questo, si che non può eser, ma conprendese ingelexi abia fato 652levar questa nuova per aver caxon con plu onesta in n’Engletera se creza el dito signor plu de quelo li ae668, di qual i dity feva grandisima stima.
De fermo se sente de Ingletera che tuta quela giente avera presto el gardenal per andar contra i Usy, e statin anchuoy è pasa in Franza, e anchor di i altry dixe che de fermo paserà viijM. ingelexi, che bem ve inprometo ano bexogno de pasar presto, e con posanza granda, per caxon se sente la donzela eser sy a canpo con plu de XXXVM., per conto, e ano asè di archi, per vie e pasy che su per la riviera, che son clamada la Careta, che abie claro che queli pora andar al so piaxer fina ale porte de Paris. Cristo proveza al bem di Cristiani.
Bergogna è tre ziorni eser preso a Paris ; chi sera spiera de veder, e chi del contrario chi serà del seguir de questo ; e questo avemo da Broza fina a viiij. del mexe de luio MCCCCXXVIIIJ.
Fina qua non è afermada questa letera.
VII.
(Pages 1000-1004, fos 505-506.)
Copia dele novele de Franza dela donzela, mandade dal marchexe de Monfera ala signoria de Veniexia669.
Inlustrisimo principo. Elo è chosa vera chel ziorno dy xxj de zugno la dita donzela se party con tuta la zente d’arme de su la riviera de Loiraper andar a Rains per incoronar el re de Franza, e lo dito re se parti ai dy xxij, in perd che la dita damixela la va davanti chontinuamente per spaci a d’una ziornada, o circha, e si adevene che’l sabado dy do luio eser sta fato molte notabel cose, da può dele qual ela si andè davanti la citade de Austro, e in quela hora i citadini sy i manda xij anbasadori di plu notabel homeni dela citade, e de queli li qual apareva amixi del re, mostrando de praticar e de far obediencia al re, ch’el vegnise davanti la citade, e durando questa praticha li citadini si mandase permolti capetanij de ziente d’arme, li qual como borgognoni e savonengi nominadi : loprimo fo lo vechio de Baro, lo signor de Vurando e miser Onberto, mareschalcho savonengo, i qual sy conduse chon lor circha homeni d’arme viijc, li qual tuti li citadini fexe aschonder per le caxe suò, in una parte xx e xxx, e in altre XL, e cetera.
La dita donzela sy manda xij. homeny de queli del re, andadi in la citade per veder quelo che se feva, e sy fe retornar xij. de queli dela citade, e quando ly xij. del re fo andadi in la cita, e holdido e vezudo si gran moltitudine de giente armada, e tuti quanti eser cusi meraveioxi, voiando retornar a dir quelo che i aveva vezudo e aldido in la cità, li citadiui, vezudo el tradimento deschoverto, si prexe questi xij. del re e si li taia la testa, e da può le mese su le porte dela citade, e de subito, sapudo la donzela queste cose, fexe prender li xij. dela cità e si li fe taiar le teste, e davanti le porte dela citade, e, dapuò fato questo, fe cridar che ziaschaduno devese andar ad arsair lacitade, e, fato el chomandamento, tuti andò a l’arsalto.
Lo veschovo dela citade al primo arsalto, chonbatando la citade, fo prexo, el qual con i prevedy iera vegnudo vestido con robe e paramenty de regilione [sic], e con reliquie, e aqua benedeta ; la dita donzela el fexe piar con tuti i prevedy e fexei taiar a tuti le teste e, questo fato, da vij. ani, sy a homeni come femene, e tuti quanti sono taiadi a peze, e fexe guastar tuta la citade.
Veritade è, che circha ijM. ingelexi sy andava scorrizando el canpo del re, per veder s’i podeva trovar al dito canpo descordanza e de farli alcun grando dano ; la dita donzela sy fo domandar uno capetanio del re, lo qual vien clamado Laira, e a quelo ly dise : tu a fato per lo to tenpo de cose nobelisime, ma al di d’anchuo Dio t’à apareclado de far una plu nota bele che may festi ; prendi la toa giente d’arme e va al tal boscho 653lonzi de qua do lige, e là tu trovera ijM. ingelexi, tuti con le lanze in man, e tuti i pierà e amazeray ; lo qual andando a trovarli i diti ingelexi queli prexi e morti, si como ly aveva dito la damixela.
Dentro dala citade de Hosera eser morto lo dito vechio de Baro e apreso el signor de Varandom e miser Onberto mareschalcho con molti de Savona, circha vjc. Fato questo, la giente del re de Franza si son andadi a una citade apelada Trois, e l’à fato hobediencia, e simel muodo à fato la contrada di i Ongij, ed è vero che’l ducha de Bary, fradelo del re Alois e chugnado del re de Franza, Jo qual si vegnirà per aidar al re con circha viijc. cavay, li borgognony, abiando sentido questo, sy li andè a trovar per chomandamento del ducha de Borgogna chon circha cavay MCC e, conbatudi insenbre, i borgognexi si son stady per la mazior parte morti e prexi.
El ducha de Borgogna e’l ducha de Bertufort con tuto lo so sforzo si son reduti auna vila clamada Blave, e la si se mete in ponto per conbater lo dito re e con la damixela, ma de questo, non hostante la grandisima moltitudene d’omeni chon li diti ducha a uno, la dita donzela non de fano algun conto de queste cose sovra dite, parli ben a quela i è gran nuova670, e altro paixe del re aver fato precesion, con grandi fuogi e festa.
Lo veschovo de Chiaramonte, lo qual sy aveva la corona de Sancto Alvixe, si la redurà al re per questo muodo con grandisima pena, che la damixela sy i manda uno fante chon suo letere pregandolo chel volese render la corona, lo qual sy respoxe che la s’aveva mal insoniado, ma la dita donzela sy i manda a dir una altrafiada, respoxoi quelo medieximo, e si scrise a i citadini de Gieramonte, che se la corona non fose renduda, che Dio li provederave ; questo non fo fato, e subitamente cazete tanta quantita de tenpesta, che fo gran miracolo, e la donzela la terza volta scrise ai prediti, e si li scrise la forma ela fazone dela corona,la qual el veschovo tegniva ochulta, che se la non fose renduda molto pezio li vigneria che vegnudo non n’iera ; el veschovo, oldando nomenar la forma e la fazone dela corona, la qual non se credeva che se savese, forte pianzando e pentandose de quelo che l’aveva fato, la dita corona alo dito re e ala damixela mandada i fose.
VIII.
(Page 1004, f° 506.)
Copia de la nuova ut supra671.
Dixese apreso, che l’à rezevudo letere dal re propio, le qual luy aveva apreso de sy e a prexentarle, e in quele se contien tute quele vituorie e fati, che se contien in quela copia, e molto plu cose de altry luogi aquistadi con molta ocixion d’ingelexi, choncludando in quela letera, che i se mete in ordene con la damixela de andar a trovar el ducha de Borgogna e dieser con quelo ale man, sperando de bona vituoria, e in concluxion dixe che da può nuovamente per uno abado asay degna persona, pasando da caxa soa ultra, holtra a bocha le som afermado quela ultima notabel nuova, quela rota del ducha de Borgogna e de tanta hocixion de persone ingelexe, bergognoni e queli de Savoia, ma non fa mencion che’l ducha sia prexo ; tute queste cose l’aferma eser vere, respeto le otintiche letere del re e dela persona.
IX.
(Page 1004, f° 506.)
Ponto dela letera da Zenoa de primo avosto 1429.
I fati de Franza bene aldo in vano che piaxer non ase ad aldir, che la poncela faza bem, de nuovo grandisima vituoria, ò abudo de fama in Paris che’l dolfin sia, e che’l rezente sia morto ala bataia e del ducha de Borgogna sia prexo ; a parà che queste cose se sapian in Milan per uno capetanio soldado del dolfino, che a nome Ziorzi de Valeperga, che questo a scrito ; e aldo eciam del ducha de Savoia, che cusy è sta scrito al signor ducha de Milan.
Questy ij capitoly non è staben otentichadi de niente.
654X.
(Pages 1008-1013, f° 507.)
Per letera scrive ser Pangrati Zustignan da Broza a miser Marcho so pare de dy xvj. de Iuio : de nuovo quelo che de qui ve scrisy eser prima, che el gardenal di Ingletera, che iera con queli iiijM. ingelexi, che deveva andar contra i Usi, partise ieri da Cales per eser a Paris, e dixese deveva pasar de brieve ala suma de altry tanti ingelexi, ne altro in quela se ave a dir.
Monsignor de Borgogna da può el se parti alguni dixe che l’è zionto a Paris, e per alguni de no, e ch’el non dà voiudo andar, e ch’el dito se truova a Sanlis, una giente, e circha largo a tratar parlamento chon suò cugnadi e con el dolfino, che è Carlo de Barbon e’l conte de Uziamonte, e meterse d’acordo, ma de questo se scrive niente de crede.
Scrivese anchora el dolfino chon la poncela e con tuta la soa giente, in suma sono pluy de XXVM, eser pasadi da Tros de Canpagna e da molti altry luogi, per chaxiom à anemo de trovarse per andar a Rens, e che de tuor tere per lo prexente non sende cura, che subito a Rens zionto là el sera incoronado, e sera hobidiente dai suo fedeli, e chi dixe el contrario, ma ziaschuno parla se non per la soa voluntade, ma tanto è, che opinion è che questo doilino incoronado sia, e tiense se cusi seguirà, over ch’el sia seguido, e partidi hi sera de la el so dreto camin sera in so paixe, e par ancora, a dito molti, che se Dio non de meta la man soa, cusy debia eser, ma a una ziornada, per caxon sera forzo una parte con l’altra, schontrandose, e vien dito che a questa ziornada de vuol eser Borg. in persona, el qual a fato gran comandamento per tuti suo luogi ; Dio che può proveza, ma fe vostro conto, chomo fa el dolfino, niente fa se non per lo conseio dela donzela, la qual i dixe al tuto la cacerà ingelexi de Franza.
XI.
(Pages 1009-1010, f° 507.)
Da Bruzia, Miiijxxviiij corando, può per letera rezevuda da ser Prangati Zustignan de xxvij luio.
Qua de soto dirò quelo ò sentido de nuove de Franza de xxvij de iuio. Certo se sa per molte vie como circha dy xij de questo mexe, el dolfin ave Tros de Zanpagna, e che, avanti l’avese, color dentro volse respeto672 ziorni tre, e può begnisimamente se rexe a luy como so vero signor, e quelo pacifichamente perdonase a tuti, e con begninitade quelo i rezevete, e statin per comandamento dela poncela, la qual a iu se dixe quela eser cavo e via e governatrixe de tuti, e contase coley siegue el dolfino, e sono con lie XXVM. persone da quela banda, senza queli sono ai confini de Normandia, che è el ducha de Lanson, como in questa diremo.
Partidi da Tros son vegnudi a Rens, donde confina el sagrarse tuti reali de Franza, e là i zionse el sabado ady xvj. de quelo, e senza algun contrasto queli fo apreso le porte, e la domenega ady xvij fo sagrado con tute le suo pertinencie, e dura la sagra da terza fina cercha el vesporo, e questo se fa [sic : sa ?] certo ancora per molte vie.
Avanti anchora molte tere de Zanpagna, como è Zalon, Lanfon673 [sic : Lan ?….], quanti e avanti altry asay luogi tuti vignudi ala ubidencia soa, e non tanto che tute iera parciale, che senpre le dite iera stade con el ducha de Borgogna, ed è vero che may non à voiudo voler el zuramento d’ingelexi, che per lor medemi s’à governado con la parte de Borgogna.
Torim, ch’è una tera larga de qua a una ziornada, ch’è circha mia XL. de longi, che senpre è stada fedelisima al so signor dolfino, si se a fato sule confine feste e procesione e fuogi per le vituorie de questo re novelamente sagrado ; è per opinion de molti che i diti l’aiderà de dinery, e chi diga i diti i apareclerà iiijM. homeny per mandarli in el so favor.
El ducha de Bergogna è tornado da Paris e zionse a Razo ady x. de questo, e con luy a menado so sorela la duchesa de Betifor, che se clama el rexente de Franza ; el dito riziente iera partido da Paris per eser a Pontros, ch’è la clave de Normandia, 655e là atende el gardenal chon tuti ingelexi che iera partidy, e raxionase eser in suma VJM., che iijM, son pagadi per andar chontra i Usi di dener de la gliexia, e Dio ch’é zusto zudexe, e cetera.
Questo signor ducha per la Pichardia con altry suò luogi a fato gran mandamento de far zente d’arme, e de tuto segundo el voler so dixe de brieve eser presto con ingelexi andar Zaneta al dolfino. Cristo proveza ala raxione.
Paris roman guardada chon gran paura del puovolo da xxxij signori, xvj. dala parte de Borgogna e xvj. dala parte d’Ingletera ; raxionase sono in soma soto la so condicione circha iijM. homeny, e ano el puovolo ordenado non posa partir alguno, noma per Diabor non se lieva chontra loro, del qual luogo a ziornade qui n’è capetanio, e parexini è fermani per eser certi de trovarse fuori dele fievre poravey ochorer, e cetera.
Cristo proveza.
Dixese de certo, per persone degne de fede, e chusy credo, per quelo s’à posudo sentir, el re de Franza aver mandado a questo signor ducha de Borgogna, ch’el concora tanto, ch’el se debia voler trovar el di dela Madalena a San Donis, che è a una vila largo da Paris circha a do mia, al qual luogo tuti i reali de Franza prende la corona, e chovien eser tuti xij pari, e perche el ducha de Bergogna è per do, zioè per la contesa de Fiandra e la duchesa de Borgogna, el dito a mandado a ingelexi el quinto per la so persona ; non n’è da raxionar el ne vada, ma in secretis multy monta lochontur [sic : chonta lo chontrar ?], non so quelo me debia creder.
Sase, el ducha de Lanson con xijM. homeny ai confini de Normandia far bona vera a ingelexi, e zià se dixe aver prexo tre hover quatro tere ; serà forzò segundo mi ai diti ingelexi farsy forto in Normandia, e ben fara se i le porà tute vardar segundo le cose adevien ale ziornade in favor del re de Franza che non n’è al regiente, e in questi tre mexi presto averano paze, che certo ai nostry dy se puo dir abiemo vezudo cose miracoloxe asè, como se può certamente conprender per quelo è seguido. Cristo aida la raxione, e sia bem de tuty.
È stado dito zià molty ziorni, ma non se saper letera d’algun, ch’el fiol del ducha de Borgogna a seguir el re de Franza con iijM. barony.
Questo signor ducha se truova pur a Razo, e fase conto, che in li dy pasadi el manda anbasada al re de Franza, la qual i à trovado segondo se dixe in dexacordo, e dixese eser presto per tuto avosto ingelexi a conbater el dito re ; non so quelo me debia creder.
De certo se sa, el re de Franza eser stado a Nois, largo da Paris xij. lige, e vegniva alora per Paris per tuor la corona a San Dionis, che è dele solenita che l’à ha far, e tiense certo a questy dy el sia incoronado, ei qual San Donis per queli de Paris, esendo tuty le mure mese contra e rapite i fosy, el puovolo schanpado a Paris, e queli solo perchè, vignanonde el re con la soa giente, non se posa farse forte.
E trovase el gardenal e’l reziente a Pontos, largo da Paris vij. lige, con tuto el sforzo d’ingelexi, e non se debia eser ale mane. Cristo proveza al bem dy cristiany, e sapiè ala ziornada niente del seguir, nè altro d’è, fina a xxvij. de luio Miiijxxviiij.
XII.
(Page 106, f° 508.)
Apreso avesemo per lo fante over per la scarsela vene da Broza de dy viiij avosto de 1429, lo dolfin stado con la damixela apreso a Paris a lige tre, ma pur non se a ancora quelo sia intrado in Paris, ma bem eser stà onto re dele parte de Franza, ma quelo seguira per avanti averemo de nuovo…
XIII.
(Page 1026, f° 509.)
Dale parte de Paris per letere da Broza prima de xvij.
de selenbrio de Miiijxxviiij. non avemo anchor el dolfim in Paris sia sta ancor incoronado. Apreso è stado dito se diga el ducha de Borgogna si à fato treva per mexi do con el dolfino, e apreso una grosa giente eser con quelo e con la damixela atorno Paris e abiala asediada, ma quelo averemo per l’avegnir noteremo in questa cronicha per avanti, ma Dio lo sa grandisime cose eser seguido dela Franza, per i fati dela dita damixela, per la vertu divina operada in ela…
656XIV.
(Page 1029, f° 512.)
Copia dela letera da Broza scrita per lo nobel homo miser Prangati Zustignan de dy xiij. de setenbrio a so pare miser Marcho ; contiem in questa forma e diga. Fina a xxvij del pasado ve scrisy quanto iera seguido dele nuovede Franza, da può el re aver abudo San Lis, Ponte Sancto Cholo, Ponte Zabaton, Blaves, San Donis.
In Normandia se truova el regiente con tuti ingelexi, in suma vjM. ho circha.
Monsignor de Borgogna se deveva partir iery da Razo over Rasio con homeny iiijM.
per eser con el regiente, e puo con tuto el so forzo andar a secorer Paris, e la poncela con luy. [Sic : Lacune probable tant dans l’original que la copie.]
In questo dy s’à dito eser fato trieva tra una parte e l’altra fina a Nadal ; non so intender queste caxione, ma chi me domandase, creder debiamo eser d’acordo monsignor da Broza e’l re, e altro non aver da far stima alguna fina ady xiij. setenbrio 1429.
Da può fo dito el re de Portogalo marida so fia in lo fio del ducha de Borgogna.
XV.
(Pages 1045-1058, f° 514.)
Copia de una letera mandada da Broza per lo nobel homo ser Prangati Zustignan a so pare miser Marcho, fata ady xx. novenbrio ; contien in questa forma in brevitade, rezevuda a xxiij. decenbrio in Veniexia.
Miser, io ve scrisy faltra ady iiij. de questo per la scarsela, de che fin quel ziorno ve avixiè quanto iera seguido di faty de Franza, puoy è la regiente del re aver prexo in Normandia una tera se clama Veroil, bonisima tera, e altry forty pasy e chasteli e plu che in Roano è stado deschoverto uno tratado, che aveva Carlo de barbon e el ducha de Lanzon, che de certo, se la i fose andada fata, prendevano la tera e’l ducha de Bechiforte, con tuto el resto d’ingelexi.
De ver Paris iery vene uno anbasador de questo signor ducha de ver el re, e, per quelo ò posudo saver, è stado solo per dever alongar la trieva con el re fina a mezo fevrer, per lo qual anbasador a dito per quelo se devulga universalmente fra ogni homo, ch’el re de Franza se meteva in ordine con asaisima giente per eser presto a tenpo nuovo, e dicono fra costoro, el dito avera dele persone CM. a canpo,che tuto può eser, ma parme uno grande numero, tanto è, che hogni homo se muove per le parole dela poncela, la qual de certo è viva. E pur novelamente a prexo de arsalto uno castelo fortisimo lige, v. apreso Paris, e lie puoy eser ita a meter l’asiedio a la Giente su l’Era. Contase da nuovo da puochi dy in qua tante cose di fati de costey, che se veritade he, è da far meraveiar ziaschuno che crede, e chi no, ziaschuno per mio parer, segundo le voluntade ano, le dreza e conza, azionze e menuisie como ly pare, ma tanto e che ogno omo concore, costey eser senpre chon el re, e claro se vede soto honbra de costey e cose fate da Dio mandada ; ch’el sia quelo è seguito in favor del re e la conquista l’à fata, e de nuovo quelo el fa, eser tuto per questa caxion ; credere non è male, e chi non crede non fa però contra la fede.
Trovandome in li dy pasadi con alguni regilioxi a raxionar de questa caxione, parme che la università de Paris, over per dir meio li innemixi del re, aver674 mandado a Roma al papa achuxiar chostey, dicho questa poncela, per ereticha, lè e chi ly crede, e questo perchè dicono costey fa contra la fede per voler eser creduta, e in saper dir le cose che debiano venire ; e in favor de costey el canzelier de la universita, che è homo solenisimo, dotor in teologia, a suo honor e laude e defexa a fato una belisima opera, la qual vi mando con questa, dela qual miser lo doxie credo ne averà somo piaxer, e ancora molti altry, como a mi par ; fe che a luy e a altry nostri de li ziaschuno ne faze participo de queste nuove, si che leta l’averè, questa la podè mandar.
El re d’Ingletera fo incoronado a dy vj. de questo a Londres ; e de etade de ani viiij, e dixese de certo, e cusy credo, se fazi presto per pasar a tenpo nuovo con gran posanza, dixesy con plu de XXVM. ingelexi ; parme eser certo debia eser de gran fati a tenpo nuovo. Cristo proveza.
657Questo signor ducha non se sa anchora quelo fara, ma segundo se devulga parato a sostegnir la promesa fata al re d’Engletera.
XVI.
(Pages 1058-1060, f° 516.)
Mccccxxviiij. Rezevuda ady primo de fevrer.
Esenplo d’una letera vegnuda da Bruzia de iiij. de zener, eser da dire da ser Prangatil Zustignan de miser Marcho fo de miser Orsato.
Carisimo padre, ady viij. del pasado ve scrisi quanto iera de nuovo sentivemo, e avemo per questa quelo è seguido da può eser.
Circha a dy xx de l’altro fina qua l’anbasada del re de Franza a questo signor ducha de Borgogna e ingelexi, la trieva che spirava a Nadale son stada longada altermene che sera per tuto fevrer ; è stranie cose a intender queste ; trazie molty tien in secretis che lia sia d’acordo, e molty el contrario, e my son uno de queli che tien el contrario, e credo de giente darà favor a ingelexi, ma che la soa persona ne vada o nè creda, anzi sarà in questo paixe con la nuova spoxa a darli piaxer ; e perda chi voia, lu non può675 venzer tal asenplo li date a tanta dignita, ma ve se conceso consentirè fone ancora l’anbasada de Carlo de Barbon so cuxin, la caxion non n’ò may posudo saver.
La giente del ducha de Lanson in Normandia fa grande vera con l’ingelexi, e prende tute chastele e forteze, e a i dy pasady prexe unatera che si è da persone e stazone asay dita Loviel, del qual luogo iera vc. ingelexi, che tuti i morino, e questa i ave per tratado.
Per uno sacretario del ducha d’Oriens, ch’e prixion in Engletera, che vien de ver el re de Franza aver parlado, e pasado de qui con salvoconduto da questo signor e da ingelexi, dixe a bocha, e chusy credo, perche e homo da darli fede, che la giente del re aveva prexo la Chiaretè su Lera, e alguni altry luogi se tegniva per questo signor, e che altro non resta che Ziaves [?] e Parixi, digo in Franza, e tuto d’arsalto, e plu dirò ancora quelo se dixe, e credeteme quelo ve par, dixe la poncela far tute queste cose e mile altre meraveie, che, se le sono vere, a domino facta est ista, ed è gran meraveia ai dy nostry.
El re de Franza se truova in bon ponto, e questo se sa certo, e à abudo de ver Lenguadocha e tuto so paixe grandisima sovencion de dinary e de giente ; l’à uno estremo exercito per eser presto a tenpo nuovo, e de certo per la hopinion de tuti, e chusi credo, se Dio non ge mete le man, e per eser una gran sparsion de sangue. Cristo per sua santa merzè ne proveza.
El ducha de Betiforte, che iera regiente de Franza, se tiene pare676 in Roan in Normandia ala guardia del paixe, al meio el può, e par in questi puochi dy pasa in sa aiuto circha tre mile ingelexi, e de certo se tiene el re de Ingletera con grandisima posanza pasera a tenpo nuovo, che cusi crede ogni omo.
Corando MCCCCXXX (ancien style)
XVII.
(Pages 1071-1073, fos 518-519.)
Per plu letere vegnude da Brozia dal nobel homo ser Prangati Zustignan de miser Marcho, fate del mexe de fevrer de Miiijxxviiij., de dy xvij., apar luy scriva molte novele de qua, ma da può in concluxion anchora per una soa fata in Brozia a dy iiij marzo de Miiijxxx scriva soto brevitade in questa forma.
Miser, a xxij. del pasado ve scrisy el bexogno ; in quel dy dapuo avy la vostra de dy iiij., dito che me concluxe piacer asè per saver de vostra salude e a vostra consolacion del muodo me avixè, e ala dita farò resposta a conplimento per la scarsela, che per costuy non m’è posibele, e abiè paciencia.
Quelo eser da nuovo da puo ve scrisy si e che a questi dy eser dito el re de Franza aver abudo Zetres, ma da può non se a refreschado la nuova, si che io non la credo.
Può in questi dy eser certisimo eser vegnudo novele a questo signor ducha che uno 658chastelo inespugnabele, largo da Roan lije vij. suxo la riviera de Sona, clamado Castel Grixiante, per tratado la giente del re de Franza averlo perso [sic : preso] per le man d’ingelexi, in el qual luogo iera uno prixionier cavalier francescho, che se clama miser Zian Barbaxion, che el re d’Ingletera aveva prexo e dentro iera so prixion, e molto homo notabelisimo e valente capetanio, e per simel molty altry prixionery franzexi, che li dentro iera in prixion, a questo muodo son liberady.
Altro se raxiona el re de Ingletera pasera ala Pasqua, como per altre ve ò dito, ma questo signor ducha ha fato el so mandamento e tocha de ingelexi per trar le suò giente notabeli XXVM. e altre persone, zioè el re fo dito eser potentisimo, e raxioneve che le cose boie per tuto, e de certo se sto Signor Dio non de mete le suò mane, convien che l’una dele parte vada a questa istade a niente, ma Dio per soa santa marzè proveda e non varda ai nostri pechadi, nè altro non d’è per lo prexente. Rezevuda ady xxx marzo MCCCCXXX.
XVIII.
(Pages 1078-1079, f° 520.)
Corando lo dito milieximo de sovra [MCCCCXXX].
Nuove de Franza abude da Broza in MCCCCXXX, de dy xxij de marzo, per molte letere rezevude per Fiorentini e Veniciani, per la scarsela vegnuda al Bonromeo da Fiorenza, e sy per letera del nobel omo ser Prangati Zustignan de miser Marcho l’Orsato, acordandose sovra uno tenor : in sustancia dixe in questa forma, rezevude in le feste de Pasqua a xvij avril ; e prima se sente del re corse fina su le porte de Paris, siando con la donzela con quelo, e manda LX cavay e lasase in arguaito cavali vc ; e insy loro incontra el bastardo de Sen Polo e tre altry capetani, e chi dixe con ijM. cavay e chi con VM, e queli LX, scharamusando, sy son torna de driedo e conduseli fina pasado l’arguato, e può queli inboschady i denole ale spale e prexeli tuti, che non d’è scanpa uno, e dixe eser stada mala bota a questo signor ducha de Borgogna, e anchora se dixe a Paris è deschoverto uno tratado, de che iera in tratado bem iiijM. e prexo uno frar menor che li menava, e anchor se diga che l’iera capetanio del dolfin, o sia, e xe pasado la riviera con bem vjM. cavay, e le cose se schalda da divero.
Può d’è che, sendo miser Zovane de Lucinborgo per meter canpo a Conpigno, in voler dar l’arsalto ala tera, da chavay mile che l’iera dentro insise per altra porta al contratrio e può i torna ale spale, e dixese averne raorti e prexi ase, e tolto a queli quaxi tuto el chariazo chortiglere677 ; e si dixe del conte d’Andonto à prexo uno castelo in Canpagna, dove iera uno capetanio che faxeva gran dano al paixe, e tuti aver mesi al fil dele spade, e si dixe aver levado l’asiedo da Tonis678, con cadanno [?] d’ingelexi, si che vedè quante cose da puochi di, e sono ati queli del re a dominar tuto, se sono d’acordo…
XIX.
(Pages 1093-1094, f° 821.)
MCCCCXXX ady xxv de zugno. Nuova vegnuda in Veniexia ; scrita fo ala dogal signoria in questa forma e in favor del re de Franza, chomo el principo de Ragonia, non679 ofendendo [sic] ale tere del delfinado e abiando prexo da iiij luogi, lo governador del Dolfinado, chon molta giente del re de Franza e altra giente del Dolfinado, ady xj, del mexe prexente de zugno de MCCCCXXX aver roto lo predito principo, per la qual rota è sta prexi e morti chavali iijM., m li qual se truova prexi molti e plu notabel homeni de Savoia, che iera con lo dito principo, intro i quali de Savoia se menzona prexi monsignor de Salanova e so fiolo miser Albertin marescalcho, Schalavrin de Leto, lo fiol de miser monsignor de Valusin e lo fiol de monsignor de San Ziorzo n uno castelo dito Contefurbo680, e miser Goter de Rupo, e’l miser de Ais e el conte de Goret ; e el dito principo de Origens apena è schanpato 659con cavay xviij. e si è reduto dentro lo castelo d’Antonin, onde è la dita giente del Dolfinado, e l’ano recluxo ; apareclavase de far zente, prestandoy duchati L. per lanza, e de so salario duchati xj. ; e.tute queste nuove eser in favor del dolfino, romagnando la donzela sana e gaiarda, aluminada da Dio de gracia, prosperando la via soa…
XX.
(Pages 1105, f° 524.)
MCCCCXXX ady iij. de luio a Conpeio681. Avemo abudo, e se sa dito per plu ziorni per avanti cha da Brozia, chomo ady iij. de luio fose scrito, che in lo dy dela Sensa la damixela steva in colegacion e in perfeto amor con lo re de Franza miser lo dolfin, con el qual la giente soa aver meso l’asiedio de Paris, per muodo non se aver speranza queli dentro posa resister contra la corona del dolfinado ; s’a dito quela eser sta prexa per la giente del ducha de Borgogna, la qual donzela per quelo non avemo se de quela sia sta defenido niente ; saverase per avanti, ma da può è sta dito questa donzela eser stà confinada con pluxor donzele in una forteza con scorla de bona varda, e non posando eser tanto vardada, quando fo de piaxer de Dio, quela se parti e ritorna ala giente soa, senza molesta dela persona soa…
XXI.
(Pages 1155-1156, f° 534.)
La poncela de certo, quela è sta mandada a Roan al re di Ingletera, per la qual caxon miser Zian de Lucenburgo, che la prexe, ne à tochado XM. corone per darla in le man d’ingelexi ; quelo seguirà de lie non se sa, ma dubitase i non la faza morir, e veramente queste son stranie e grande cose di faty de costie ; e scrive questo aver parlado con molty, aver parlado da puo che la fo prixioniera, ma pur universalmente ognomo dixe lie eser de bona vita e onestisima e sapientisima ; quelo seguira convien che in puocho tenpo se veda ; che de certo, segundo el parer d’ognomo queste caxion convien presto aver fin ; digo a veder chi dovera a romagnir de sovra. I fery son caldisimy d’una parte e de l’altra e ala ziornada la giente del re de Franza cresie e prospera e sapientemente se governa. Dio al ben di Cristiani proveza, nè altro per adeso non avemo de nuovo…
XXII.
(Pages 1158-1159, f° 534.)
Corando MCCCCXXX. Qua dito quelo s’à abudo de nuovo de xv. decenbrio, dale parte de Broza per la vegnuda del nobel omo miser Nicholò Morexini fo de miser Vetor, como s’a dito in quele parte.
Presentese prima che la donzela iera in man del ducha de Borgogna, e per molty de là se devolgava che ingelexi l’averave per denery, e sapudo questo el dolfino i mandase una ambasada, che per condicion del mondo i dity non devese consentir a tal caxion, altramente i faria ai suò che’l va in le mane tal conpagnie su i confini de Ponpignio [sic] como el dolfin aver tolto uno castelo chon certe persone che iera vegnude a secorso so, e aveva abudo vjc. cavay, dei qual iera circha LX. cavaliery e signori prixiony, in Borgogna el dito ducha aver perso molte castele, steva el ducha de Borgogna a parlamento chon queli de Lezie, ma credese se otignerò paxe.
Apreso noto e fazo mencion, como se sope e fose scrito, el ducha de Borgogna ingelexe quelo eserli nasudo uno fiol mascholo dela soa dona muier soa, fiola del re de Portogalo, e questo eser so primogenito de quela.
Corando MCCCCXXXI
XXIII.
(Pages 1238-1239, f° 549.)
MCCCCXXXJ. Per pluxor letere vegnude da Broza per pluy di, zionze in Veniexia una dal fio de ser Zian Zorzi fo de miser Bernardo da San Moixè, fata ady xxij. del mexe de zugno, e per una altra s’a dito vegnuda a ser Andrea Corner zenero fo de ser Lucha Michiel dala Madalena ; scrive de qua la honesta donzela iera sostegnuda per ingelexi in le parte de Roan, rechalada per chorone XM., prexa per ingelexi, tegnuda in persona [sic] in molta streteza ; ase dilo quela 660per do volte òver per tre ingelexi l’aveva voiudo far bruxiar per retega, se non fose sta miser lo dolfin de Franza, mandando molto a manazar ingelexi ; ma pur questo non ostando ala terza liada inpixesmady molto ingelexi con meso i franzeschi, chomo per despeto, non abiando bon conseio, ala terza iiada la fexe arder in Roan, e quela per avanti questo marturio, siando molto contrita e begnisimamente ben disposta, avanti la andese al martirio vien dito i aparse Madona Santa Catarina Vergene, confortandola e digandoy : fiola de Dio, sta segura in la fede toa, conziò682 tu serà in lo numero de le vergene del paradixo in gloria ; e apar morise contritamente, de che miser lo dolfm re de la Franza de portase amarisima doia, fazandose so conceto de farde vendeta teribel de ingelexi e done de Ingletera a so zusta posanza, mostrando Dio demostrera ancora grandisima vendeta e fina da mò ancora cusi apar e infina anchuoy in dy la citade de Paris sta de partido, quela è per roinar ala ziornada e plu non se può tegnir nè valer, e tute persone scanpa e esie fuora da dexaxio e fame ; tiense per opinion i franzeschi [?] l’abia fato bruxiar per lo gran prosperamento prospera e va prosperando da ogni tenpo i signor franzeschi, digando ingelexi : anchò may morta costie questa donzela, la so ventura del dolfin non i anderà pluy segonda ; e Cristo i piaqua i adevegna el contrario, segundo como s’a dito se questa cosa sia cusy la veritade…
Notes
- [641]
Variante du Journal du siège :
Que le roy du ciel lui envoyra plus de force à elle et à ses bonnes gens d’armes, que ne sçauriez avoir à cents assaulx.
- [642]
Gentilz et vilains ne s’y trouve pas
; mais le mot vilains est dans le texte de la geste. - [643]
Du roy du ciel, du fils de sainte Marie.
- [644]
Si vous ne croyez.
- [645]
Nous fierrons.
- [646]
Briefment
ne s’y trouve pas. - [647]
Que ne vous faciez mie.
- [648]
Elle fera tant que.
- [649]
En la.
- [650]
Le n° 5001 n’a pas de titres de chapitre ; ils ne sont pas régulièrement indiqués dans le n° 5699. Il y a cependant ici : Siège levé de devant Orléans.
- [651]
Le mot à genoulx a été omis dans la Chronique éditée par Vallet de Viriville.
- [652]
Ces pièces capitales se lisent du f° 490 r° à 491 v°.
- [653]
Le premier chiffre indique la pagination de la copie de Venise, le second les folios de l’original de Vienne, les lettres
Or.
indiquent le texte original. - [654]
Dans l’original ; voy.
- [655]
Or.
cristanitade
. - [656]
Or.
solenne
. - [657]
Or.
Ou avele
. - [658]
Or.
raxionent
. - [659]
Or.
Lie era
. - [660]
Or.
saverarie
. - [661]
Or.
ali
. - [662]
Or.
tegnit
. - [663]
Or.
capiterarie
. - [664]
Or.
se reposaria
. - [665]
Or.
et insise
. - [666]
Or.
fu nega
. - [667]
Or.
XIII
I. - [668]
[Or.
di quelo li se
.] - [669]
M. Dalla Santa imprimait les deux lettres suivantes dans la Scintilla de Venise des 17 et 24 février 1895, d’après un texte trouvé dans les archives du monastère San Giorgio in Isola. Il y a d’assez nombreuses variantes. L’on ne relève que celles qui rendent intelligibles quelques passages de Morosini, qui ne le sont pas sans cette rectification.
- [670]
Texte de la Scintilla :
Par Lion Grannovo, e altre payse, etc.
Il est, ce semble, le vrai. - [671]
Texte de la Scintilla :
Da verso Franza dise una notabei persona che e venuta qui se trova personalmente a quelli primi fati de Oriens appresso la Poucella, che la recevudo lettere, etc.
- [672]
Or.
respito
. - [673]
Or.
Lan san Quantin
. - [674]
Or.
Anno
. - [675]
Or.
Non puo se venzer
. - [676]
Or.
pur au lieu de pare
. - [677]
Or.
cortiglere
. - [678]
Or.
da Toris
. - [679]
Or.
offendendo
, sans la négation. - [680]
Or.
Conte de Furbo
. - [681]
Or.
Hon pieio
. - [682]
Or.
conzio sia tu sera
.